Chapitre 2 : Trouver sa Place

Des patients pénétrèrent dans le cabinet et Loki les accueilla avec un sourire, leur demandant de patienter.

« Le Dr. Evans a un peu de retard, » les informa-t-il aimablement.

« Merci beaucoup, Mme Nygård, » fit la mère de famille qui venait d'entrer avec son fils malade.

« Je vous en prie. »

Oui, Loki vivait sous une nouvelle identité à Midgard. Et une nouvelle apparence ! Officiellement, le Jotunn était recherché par les Avengers et sa photo avait été même l'objet de mise en garde télévisée. Il était considéré comme un dangereux criminel et était de ce fait activement recherché. Cela, il pouvait le comprendre avec tout ce qu'il s'était passé. Alors, pour se préserver et vivre en paix, dans la lumière que lui montrait chaque jour son nouvel ami, il vivait sous les traits d'une femme d'origine norvégienne. Son identité : Astrid Nygård.

Et cela faisait près de six mois qu'il vivait ainsi, ne craignant rien des amis de Thor, même s'il vivait clairement au nez et à la barbe de ces derniers. Qui viendrait à soupçonner sa véritable identité sous les traits innocents d'une femme douce alors qu'il s'était montré aux hommes comme étant un être vil et cruel d'apparence masculine, vêtu d'une armure rutilante et armé d'une lance ?

Plus d'une fois il avait senti la présence de son frère à Midgard mais jamais les pistes éventuelles que trouvaient les Avengers n'aboutissaient. Que des coïncidences car quelques mortels partageaient sa physionomie et le ressemblait quelque peu. Toutefois jamais aucune des pistes ne les rapprocha une seule fois de lui. Il était effacé, insignifiant. Et Thor, malgré la magie de la foudre qui circulait dans ses veines, malgré tous ces siècles à vivre auprès de Loki, il était incapable d'écouter la nature autour de lui et de se laisser guider par elle pour retrouver le Jotunn. Ce dernier n'était même pas sûr que Dieu du Tonnerre ne puisse même ne serait-ce que penser à cette solution tellement il le savait réfractaire à la magie.

Harry avait réussi sans trop de problème à lui trouver une identité et à faire en sorte qu'il soit en ordre au niveau administratif. Quiconque viendrait le voir et ayant l'autorité pour exiger son identité se retrouverait devant une personne existant mais n'ayant aucun casier, aucun délit, aucune amende à son nom. Une femme ordinaire comme il en existait tellement de par le monde.

La seule chose qui le faisait se démarquer des autres Midgardiennes était sa beauté. Il avait toujours la peau extrêmement pâle et son corps était toujours aussi puissant mais il était dorénavant tout en finesse et courbes avantageuses qui attiraient les regards de nombreux hommes. Les avances n'avaient jamais été rares. Quant aux quelques agressions dont il avait été 'victime', l'agresseur l'avait amèrement regretté et la femme du nom d'Astrid Nygård avait porté plainte à la police en compagnie d'Harry comme il était coutume de le faire dans ce monde.

Certaines mœurs de ce monde lui semblaient simples et même primitives. Quant à d'autres, elles le dépassaient complètement. Il ne comprenait d'ailleurs pas cette nécessité d'avoir autant de papiers et de cartes pour payer et s'identifier. C'était comme s'il était incapable d'avoir une bourse de monnaie sonnante et trébuchante dans sa poche ou qu'il ne connaissait pas son prénom. Mais Loki s'y était plié pour rester conforme aux lois et de ce fait hors des radars.

Harry sortit du cabinet et prit congé du patient qui s'en allait pour saluer les nouveaux arrivants. L'homme fit un sourire en coin à sa secrétaire. Loki le lui rendit volontiers avant de se pencher à nouveau sur la paperasse.

Harry l'avait sauvé et hébergé. Il lui avait offert une vie et la main d'un ami. Le Jotunn avait enfin quelqu'un qui pouvait le comprendre et discuter avec lui. Echanger comme jamais il n'avait pu auparavant. Il pouvait être lui-même sans jugement.

Au début, leurs échanges avaient été essentiellement sur la magie. Loki voulait tout apprendre de la façon dont les Midgardiens l'employaient. Et il voulait surtout apprendre à lancer le sortilège de fidelitas. Mais quand il avait finalement découvert comment le lancer, qu'il en avait compris le principe ainsi que les conditions. Alors qu'il était entièrement prêt à partir de son côté, il n'avait plus voulu quitter la maison d'Harry.

Pourquoi être à nouveau seul avec ses pensées aigries alors qu'il avait trouvé un ami et un confident en ce jeune Midgardien ? Pourquoi perdre ce qu'il avait inconsciemment construit avec lui ? Il avait réalisé qu'il avait tout ce dont il avait jamais voulu : être compris et accepté. Harry l'acceptait tel qu'il était avec ses différences. Il avait même vu sa forme originelle et n'en était pas effrayé !

Un sourire amusé apparut sur ses lèvres alors qu'il se souvenait de son expression surprise. Le Midgardien avait bondi de trois mètres et s'était éloigné baguette tendue. Toutefois cette dernière n'était pas restée pointée sur le Jotunn longtemps. Il avait juste fallu à Harry le temps de le reconnaître, l'espace d'une demi-minute, avant que le bout de bois ne s'abaisse et qu'Harry ne soupire de soulagement en se rendant compte que ce n'était que lui.

Le jeune sorcier avait apprécié ce geste de confiance dans le dévoilement de cet aspect de sa personnalité, qu'il avait avoué avoir déjà vu une fois alors qu'il était inconscient le jour où il était tombé chez lui. Il n'avait jamais rien dit sur sa peau bleue ou sur ses yeux rouge sang, ni même sur ses cornes. La seule remarque qui était sortie de sa bouche était sur la température désagréablement froide qu'il amenait dans la pièce. Cela avait saisi Loki au plus haut point. Le seul jugement, qu'il trouvait acceptable, était juste sur sa température effroyablement basse pour un être vivant de Midgard. Le reste, Harry s'en fichait éperdument, c'était juste lui.

Avec le temps, il avait aussi appris la vision que le monde sorcier avait sur son ami. Il avait pour cela rassemblé des articles de journaux et des livres. Il ne manquait pas de biographies ou d'informations sur lui ou le mage noir qu'il avait vaincu. Harry était un héros de guerre et un riche descendant d'une très ancienne famille de sorciers. Deux détails que le sorcier ne lui avait jamais rapportés. Il était quelqu'un de humble qu'il avait toujours pris pour une personne issue d'un milieu relativement pauvre.

Oh combien il s'était trompé sur son compte … Harry n'était vraiment pas ce qu'il semblait être. La seule chose dont il était sûr depuis le début, c'était la lumière qu'il apportait autour de lui, cette lueur d'espoir et de bonheur qui faisait tant de bien à Loki. Il ne se souvenait pas depuis quand il ne s'était pas senti aussi bien… Et cela juste en restant en présence d'un Mortel.

Au fur et à mesure, lors des six derniers mois, il avait peu à peu commencé à réellement sourire, lui aussi. Un vrai sourire sincère et porteur de joie et non pas ce rictus moqueur qui lui servait de carapace avec son arrogance pour le protéger de la douleur.

Quand la journée fut finie, Harry l'aida rapidement à ranger et nettoyer les lieux. Puis ils quittèrent le cabinet pour rentrer au domicile du Midgardien. Loki se rendit dans sa chambre pour se mettre en une tenue plus confortable et détendue et passa devant le miroir.

Il s'arrêta et observa ses longs cheveux sombres nattés négligemment qu'il ramenait vers l'avant sur sa poitrine ferme. Son visage aux angles bien plus adoucis que dans ses souvenirs affichait des traits bien plus agréables qu'avant et ses yeux brillaient d'une chaleur qu'il ne reconnut pas. Sa vie changeait totalement.

Il partit prendre une douche et l'eau chaude lui fit le plus grand bien alors qu'il réalisait une chose. Vivre en tant que femme ne lui déplaisait pas. Pas du tout même. Dans ce monde moderne et midgardien, elle était l'égale de l'homme en bien des domaines et pouvait vivre comme son égal. Loki pouvait vivre en étant pleinement lui-même, magie comprise dans le monde magique, tout en restant une femme. Et de ce fait, il s'identifiait de plus en plus à Astrid Nygård qu'à Loki de Jotunheim. A un tel point qu'il reprenait de moins en moins sa forme masculine en rentrant chez Harry.

Il se vêtit rapidement d'un pantalon de toile légère et d'une chemise claire dont les manches étaient à moitié retroussées avant de rejoindre son ami en cuisine. En voyant ce dernier s'atteler à la préparation du repas, il s'arma rapidement d'un couteau en céramique et d'une planche et l'aida à couper les légumes.

« Tu es rayonnante, aujourd'hui, Astrid, » fit Harry avec un sourire.

« C'est une bonne journée, » répondit simplement le Jotunn en haussant des épaules.

Il n'en fallut pas plus au Midgardien. Son sourire s'élargissait sensiblement alors qu'ils continuaient à préparer ensemble le repas, le plus jeune faisant régulièrement découvrir au plus âgé un nouveau met de Midgard.

xXxXxXx

Astrid et Harry marchaient dans la rue pour faire quelques emplettes quand ils arrivèrent sur une place. Le temps s'était grandement rafraichi ces dernières semaines, apportant son lot de bourrasques et de chutes de neige.

« Que se passe-t-il ? » demanda la divinité en montrant les cabanons autour desquels de nombreux Midgardiens s'entassaient pour discuter gaiement.

« C'est le marché de Noël, » répondit Harry avec un sourire. « Nous nous rassemblons dans ces lieux pour trouver quelques présents originaux pour nos proches et nous buvons du vin chaud pour nous réchauffer. »

« Noël ? »

Astrid avait un sourcil relevé, les yeux pétillants de curiosité.

« Hmmm… Comment expliquer ? C'est une fête. C'est d'ailleurs la semaine prochaine, » expliqua le médecin. « On célèbre en théorie la naissance d'un enfant né il y a deux milles ans mais c'est devenu une fête commerciale et un moment dont tout le monde profite pour retrouver leur famille et passer un bon moment. »

« Cela ne risque plus d'arriver pour moi, » soupira-t-elle.

« Pour moi non plus, » répondit Harry. « A moins que je vois peut-être James. Et encore … Mais nous pouvons le passer ensemble si tu veux. Ce n'est pas comme si nous ne vivions pas sous le même toit. Je pourrais te faire découvrir l'une ou l'autre chose propre à la Terre. »

Il lui tendit un bras qu'elle accepta volontiers, un sourire amusé sur les lèvres par autant de galanterie spontanée chez lui. Il la tira à travers les différentes petites échoppes et il lui fit découvrir un certain nombre de choses déjà, lui-même en découvrant d'autres – comme quoi on ne pouvait pas tout savoir de son propre monde – et ils burent du vin chaud en quantité raisonnable tout en discutant de tout et de rien.

xXxXxXx

Astrid ouvrait avec Harry des cartons pour en sortir des boules et des guirlandes colorées pour les suspendre à un sapin fraichement coupé. C'était apparemment une tradition de décorer un arbre de la sorte pour célébrer Noël. Cela lui semblait étrange mais seulement parce qu'elle ne venait pas du même monde.

Harry lui tendit une étoile dorée avec un sourire.

« Je te laisse l'honneur de mettre l'étoile au sommet, » dit-il.

La divinité prit l'étoile et observa l'arbre. Elle se leva et le plaça à la pointe avant de reculer de quelques pas pour admirer leur chef-d'œuvre. Elle retourna s'asseoir auprès du feu et but une gorgée de son verre de vin.

« C'est une bien étrange coutume, » fit-elle avec un sourire. « Mais c'était distrayant. »

« C'est une fête merveilleuse surtout pour les enfants. Mais j'avoue ne pas avoir pu en profiter durant mon enfance et j'apprécie refaire ce rituel chaque année depuis que je suis adulte. Je sais, c'est naïf. »

« Pas tant que cela. Tu fais ce dont on t'a privé durant ton enfance. Je ne me rappelle pas qu'on m'ait privé de quoi que ce soit. Enfin… sauf ma famille. »

« Tes enfants… »

« Oui. Mais je ne peux plus rien pour eux malheureusement. S'ils sont toujours en vie, ils doivent avoir le cœur bien aigri par leur exil, la solitude et la souffrance. »

« Un peu comme toi. »

« Même si j'étais incompris, j'avais malgré tout quelqu'un pour veiller sur moi lors de mes jeunes années. Eux non. Ils ont été exilés dès le berceau pour leur différence. »

« Je suis désolé, Astrid. »

« Ce n'est pas ta faute. C'est une décision d'Odin à cause d'une prophétie racontant la fin du monde. »

« Encore des vies gâchées par une prophétie, » soupira Harry en s'enfonçant dans le canapé. « C'est une manie… »

« Alors depuis j'essaie d'avancer en tentant de ne pas rêver ni espérer l'impossible. »

« Et dans ce qui est possible, que voudrais-tu ? »

« Je ne sais pas. J'aimerais vivre à jamais libre et qu'on me croit. Mais même ça ce sera impossible pour moi. »

« Pourquoi cela ? »

« Seuls les sorciers de ton monde croient en mon innocence, Harry. Mais vous êtes une race jeune et éphémère. Je suis libre pour le moment mais cela ne durera pas. Un jour ou l'autre, mon frère me retrouvera et je devrai fuir à nouveau. Je ne vivrai jamais au grand jour en tant que Loki. Je devrai toujours me cacher parce que pour eux, je suis incapable de dire la vérité. »

« Tout le monde peut dire la vérité. La question est : la personne veut-elle dire la vérité ou non ? »

« Seule la reine d'Asgard réfléchit ainsi mais elle n'a pas beaucoup de poids dans les décisions de la Cité d'Argent. Là, c'est plutôt la place du roi et des dignitaires. »

Astrid prit une nouvelle gorgée de son vin. Harry sentit l'aigreur et l'amertume dans la voix de son amie. Il posa une main sur son bras et lui donna un peu de soutien moral. Elle lui sourit en retour. Il n'y avait aucune joie. Juste de la peine et de la douleur dans son regard. Mais cette lueur fut rapidement cachée, refoulée au plus profond d'elle-même pour profiter de l'instant présent.

« Enfin, c'est loin tout ça… »

« Pas autant pour toi… »

« Ca va, Harry. Je suis bien pour le moment, en sécurité. Cela est d'autant plus étonnant que c'est auprès de toi. Je ne m'étais jamais mis autant à nue auprès d'un Mortel. »

« Ravi de savoir que tu te sens mieux qu'à tes premiers jours sur Terre. »

« C'est sûr que ce n'était pas terrible, » plaisanta Astrid avec une grimace. « Et quand je revois ma photo parfois aux infos, je suis presque à rougir de honte tellement je faisais pitié à voir ! »

« Pas à mes yeux, Astrid. »

« Je sais. On se ressemble beaucoup. A quelques siècles de différences… »

« A la vie, » dit Harry en levant son verre. « Et aux plaisirs qu'elle peut nous offrir malgré nos épreuves passées. »

« A la vie, » trinqua Astrid.

Ils burent tranquillement en écoutant des cantiques de Noël pour la plus grande découverte de la divinité.

xXxXxXx

Lors d'une belle journée d'hiver, alors que le soleil brillait sur le sol enneigé, Astrid et Harry se baladaient dans la campagne environnant la maison du sorcier. Le lendemain serait le jour de Noël et le Midgardien avait voulu faire une sortie un peu exceptionnelle pour l'occasion. Astrid avait souri à l'initiative. Il avait remarqué qu'elle aimait sortir et parcourir la nature et s'était dit que le lac gelé sous le soleil pâle serait un beau paysage à aller admirer.

Ils firent lentement le tour du lac en discutant. Astrid racontait quelques souvenirs des paysages d'Asgard et d'Alfheim et de ce qu'elle appréciait faire quand il était plus jeune. Il y avait naturellement les batailles de boules de neige et le traditionnel patin à glace.

« J'aime bien faire du patin, » révéla Harry avec un sourire en observant la surface du lac. « Nous en faisions souvent à Poudlard à la période de Noël. J'aimais faire la course avec mes amis. »

« Tu veux en faire ? »

« La couche de glace n'est pas assez épaisse ici. » Harry fit quelques pas avant de continuer. « Mais je suppose que l'on pourrait trouver une patinoire quelque part en ville. Mais elle va être bondée… »

« Oublie la ville, » rit doucement Astrid en posant sa main sur la surface gelée du lac. « Nous avons notre patinoire privée. »

« Ah mais oui ! J'oubliais que tu es un maître de la glace. »

« Entre autre chose, oui, » sourit la divinité en faisant un pas en arrière, posant le pied sur la dite glace. « Cela te tente ? »

« Cela fait longtemps mais pourquoi pas, » répliqua le jeune sorcier en la rejoignant. « Wow… vraiment très longtemps. »

« C'est comme monter à cheval, cela ne s'oublie pas, » rassura la Jotunn en lui tendant la main.

Harry la prit et ensemble, ils patinèrent calmement le temps que le médecin reprenne l'habitude de l'activité. Ils rirent, plaisantèrent et au bout d'un moment, tels des enfants insouciants, ils jouèrent et firent la course.

Perturbé par le regard intense d'Astrid, le quadragénaire perdit un peu sa concentration et s'emmêla les pieds sur la glace. Il tomba et, tenant la déesse par la main, il l'attira dans sa chute. Elle se retrouva à califourchon sur le Sauveur du monde sorcier britannique. Astrid en fut surprise dans un premier temps avant d'éclater d'un rire clair, amusée par la situation.

« Te voilà dans une situation bien délicate, » fit-elle remarquer en se penchant au-dessus d'Harry, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre. « Qu'est-ce que je vais faire de toi, maintenant ? »

« Qu'aimerais-tu faire de moi ? » demanda à son tour le Midgardien avec l'audace qui était caractéristique de son comportement Gryffondor.

« C'est une question qu'il ne faudrait mieux ne jamais me poser, jeune inconscient, » rit doucement Astrid.

« Je n'ai pas peur… »

« Tu en es sûr ? Tu devrais… »

« Je n'ai pas peur de toi, Astrid. Pas parce que je te crois plus faible que moi, ce serait totalement faux. J'ai sûrement beaucoup à apprendre de toi. Non, je n'ai pas peur de toi parce que je sais qui tu es dans le fond et que j'aime ce que je vois. J'ai confiance en toi. »

Les mots surprirent agréablement la déesse. Son sourire s'élargit alors qu'elle posait ses lèvres sur celles d'Harry. Ce dernier fut légèrement surpris qu'elle réplique à son audace mais apprécia le geste. Qui était-il, lui pauvre Mortel, pour oser repousser les charmes et avances d'une divinité ? Surtout cette divinité en particulier ! Loki le Dieu Fourbe pouvait être retors. Mais il avait aussi un beau cœur qui, même blessé, pouvait encore aimer.

Il l'embrassa lentement jusqu'à finalement en perdre haleine. Ils restèrent ensuite front contre front l'instant suivant. Ils ne dirent rien, ne faisant que se regarder dans les yeux avec une certaine émotion, entre amusement, surprise et jeu.

Pourtant, au bout de quelques minutes allongé sur la glace, Harry se força à briser ce moment précieux.

« Astrid. Je commence à geler, » dit-il avec un sourire d'excuse.

« Oh… Je suis désolée ! » s'exclama-t-elle en se relevant sur ses patins.

Elle lui tendit la main et l'aida à se relever également.

« Je suis tellement désolée, Harry ! J'aurais du y réfléchir ! Je ne ressens pas le froid de la même man… »

« Du calme, » rit le Midgardien. « Je ne suis pas mort non plus. Mais je ne me suis pas apposé de sort de chaleur alors… » Il frotta un peu son pantalon. « Ce n'est pas de ta faute si je suis un peu frileux. »

Astrid frotta un peu le dos d'Harry pour chasser la neige poudreuse de son manteau avant de l'amener doucement vers la bordure du lac.

« Rentrons nous réchauffer, » fit-elle avec un sourire d'excuse. « Je vais te préparer un chocolat chaud. »

« Va pour un chocolat chaud, » approuva le médecin en présentant son bras à la divinité.

Ils rentrèrent rapidement et Harry se laissa pousser doucement vers la cheminée où Astrid avait déjà allumé un feu d'un claquement de doigts. En quelques minutes à peine, elle revint avec deux tasses fumantes, une de chocolat, l'autre avec du thé.

« Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu ne buvais pas de chocolat. »

« Mon corps ne le supporte pas, » expliqua simplement la déesse en haussant des épaules. « Cela me rend… malade. Un peu comme une drogue. »

« Quel genre de drogue ? »

« Je ne sais pas trop. Je ne connais pas les vôtres. J'ai des bouffées de chaleur, des frayeurs et des hallucinations. Et après les hallucinations, je suis malade pendant plusieurs jours. »

« Ah bon ? » s'étonna le médecin. « Je n'ai pourtant pas rien remarqué. »

« Ce n'est pas mon premier séjour sur Midgard, tu sais, » sourit Astrid en soufflant doucement sur son thé à la menthe. « J'en ai bu il y a trente ou quarante ans, je crois. Je ne suis plus sûr. Le diagnostic des Midgardiens de l'époque était que je faisais une forte réaction allergique. » Elle rit pendant quelques secondes, le regard dans le vide, nostalgique. « Maintenant que j'y pense, hormis les effets désagréable sur ma santé, c'était assez drôle. Mais pas assez pour que j'en ingère à nouveau. »

« Tu ne me l'avais jamais dit. »

« Tu ne m'avais jamais demandé auparavant et tu ne m'as jamais présenté du chocolat. Par contre, le café… là c'est une autre histoire. »

« A voir ton sourire, cela pourrait se comparer à un enfer… »

« Cela dépend pour qui…, » répliqua-t-elle avec un sourire rieur. « Pour moi ou pour les autres ? »

« Tout dépend de ce que tu infliges aux autres … »

« Cela dépend de mon humeur mais je suis une boule d'énergie pendant plusieurs jours de suite après à peine une tasse. Cela peut faire un véritable carnage ou bordel en fonction de ma colère ou de mon espièglerie… »

« Toi, tu t'entendrais avec l'esprit frappeur de Poudlard, » rit Harry avec elle, nostalgique.

« Tu me le présenteras peut-être un jour, » dit-elle en se laissant aller contre le dossier du canapé.

Harry but son chocolat chaud avec délice mais il restait songeur.

« Tu m'as embrassé, » fit-il remarquer au bout de quelques instants de silence.

« Oui…, » répondit Astrid avec un sourire.

« Pourquoi ? »

« Et pourquoi pas ? »

« Je n'aime pas que l'on joue avec mes sentiments, Astrid. J'accepte uniquement si tu es sincère. Je n'accepte pas les jeux. Ginevra s'est déjà jouée de moi et de mes sentiments. Je ne l'accepterai de personne d'autre. Pas même toi. »

« J'avoue aimer jouer avec les sentiments des autres…, » dit-elle lentement, faisant tourner sa tasse entre ses mains. « C'est un moyen de défense que j'ai développé quand on jouait trop avec les miens. Mais à moins que cela soit pour une petite farce innocente, je n'ai pas l'intention de jouer avec les tiens, Harry. La question est maintenant : le veux-tu ? »

« Et toi ? »

« Tu es le premier homme qui me respecte vraiment pour qui je suis et ce que je suis. Evidemment que j'ai développé des sentiments forts pour t… »

Astrid ne put terminer sa phrase que des lèvres chaudes capturaient les siennes dans un baiser vif et passionné.

« Je prends cela pour un oui, » rit-elle avant de partir à l'exploration de cette bouche si généreusement offerte.

xXxXxXx

Astrid et Harry regardait le film du Titanic, bien emmitouflé sous une bonne couverture, le feu ronronnant doucement quelque part derrière eux. Ils se partageaient la bouteille de soda et les popcorns tout en gardant leurs doigts entrelacés amoureusement.

Il y avait eu de lourdes chutes de neige et ils ne pouvaient officiellement pas sortir travailler. La route était coupée. C'était une excuse pour eux sorciers mais il faisait froid dehors et c'était une excellente raison de profiter d'un bon feu et de la compagnie de son nouvel amant.

Comme on disait souvent, les excuses étaient là pour s'en servir. Et ils ne s'en privaient pas en ce froid jour de janvier. Les pouces glissaient doucement sur la peau de la main de l'autre alors qu'ils observaient la romance du film se faire petit à petit. Parfois, ils échangeaient un chaste baiser, amoureux, avant de reporter leur regard sur l'écran, pressant leur tête l'une contre l'autre.

Une petite journée romantique, loin de tout ennui.

« Je ne me rappelle même pas avoir ne serait-ce qu'une seule fois avoir vécu cela…, » commenta Astrid. « Ce sentiment… cette paix… C'est presque irréel. »

« Alors profite tant que cela dure, » conseilla Harry en se penchant pour embrasser ces lèvres tentatrices.

La déesse sourit et répondit volontiers, allant jusqu'à se mettre à califourchon sur son amant pour être mieux installée. Leurs mains se firent baladeuses et partirent à la découverte du corps de l'autre, se glissant sous les chemises pour parcourir cette peau chaude. A mesure de leurs attouchements sensuels, la température monta encore entre eux, leur corps répondant à leur désir.

« Tu es sûre ? » demanda Harry entre deux baisers.

« C'est bien la première fois qu'on me pose cette question, » rit Astrid.

« C'est une question de respect de l'autre. Je ne vais pas te forcer si tu n'en as pas envie. »

« Et c'est ce que j'aime chez toi, » murmura-t-elle à son oreille avant d'ôter son chemisier.

« Dans ce cas, » sourit le Midgardien, observant ce corps pâle et parfait. « Je vais te montrer comment je peux aimer, Astrid. »

Il la souleva avec l'épaisse couverture qui les recouvrait tous les deux et l'allongea près du feu.

« Tu es romantique…, » nota la déesse.

« Il était temps que tu le remarques, » répliqua-t-il avant de couvrir son corps de doux baisers, prometteurs d'une activité bien torride.

xXxXxXx

Astrid se réveilla dans les bras d'Harry. Elle sentait son souffle chaud et régulier dans son dos. Ils se trouvaient toujours sur le sol devant la cheminée où il restait à peine quelques braises, presque éteintes. Elle se sentait parfaitement bien là, en sécurité et même aimée. Elle ne voulait sacrifier cela pour rien au monde. Elle choisit de suivre le conseil de son amant : profiter tant que cela durerait. Et elle espérait que cela durerait longtemps parce qu'elle l'aimait vraiment.

Elle serra un instant la main posée sur son ventre avant de s'écarter doucement pour se lever. Elle alla en cuisine préparer le thé et le petit déjeuner. Elle pouffa silencieusement en avisant le désordre qu'ils avaient fait la veille dans le salon. Dans le feu de l'action, ils avaient fait tomber le bol de popcorn et il y en avait partout sur le sol.

L'odeur des toasts grillés et du bacon réveilla Harry et il la rejoignit pour la câliner tendrement.

« Bonjour. »

Elle transféra le bacon sur une assiette et éteignit la gazinière avant de répondre.

« C'est en effet un bon jour, » admit-elle en souriant avant de se retourner pour l'embrasser. « Tu as bien dormi ? »

« Comme un boursoufflet. Oh Merlin ! On a mis le foutoir hier soir ! »

Astrid rit doucement et claqua des doigts. Tout se rangea et se nettoya en l'espace de trois secondes.

« Je sais. Je l'avais laissé juste pour que tu puisses admirer notre œuvre. »

« Trop gentille. Je meurs de faim. Voyons si mes cours ont été instructifs, » dit-il en acceptant l'assiette tendue.

« Je suis plutôt bon élève, » répliqua-t-elle avec un rire avant de goûter une tranche de son bacon. « Hmmmm …. Et je ne suis pas déçue du tout. Je les réussis mieux que les pancakes. »

Ils déjeunèrent en riant.

« Alors ? » demanda Astrid au bout d'un moment, son regard tourné vers la fenêtre. « Encore en congé-chute-de-neige ou on va au cabinet ? »

« On va aller voir. Les maladies ne s'arrêtent jamais pour une question de météo. »

« C'est même tout le contraire. » Elle finit son déjeuner et donna un baiser rapide à Harry avant de s'éloigner. « Je file me doucher ! »

Le Midgardien sourit et termina lui aussi son petit déjeuner aussi vite que possible, ayant une irrésistible envie de la rejoindre dans la douche.

xXxXxXx

Astrid rentrait du magasin. Elle avait un peu la tête ailleurs après avoir croisé quelqu'un, une jeune femme qu'elle savait être une nouvelle Avengers. Elle ne le connaissait pas en tant que Loki, elle ne faisait pas encore partie du groupe mais la déesse devait admettre avoir été légèrement tendue quand elle avait été bousculée dans le rayon.

La jeune rousse s'était répandue en excuses pendant au moins cinq bonnes minutes, pour les dégâts occasionnés, à savoir trois bocaux d'haricots éclatés sur le sol. Un magasinier s'en était chargé mais la jeune femme, Wanda, s'en voulait énormément et n'était partie que parce qu'un autre nouvel Avengers, Vision était venu la chercher.

C'était surtout ce dernier qui avait perturbé Astrid. Son regard était étrange et son énergie étrangement familière. Elle se demandait pourquoi. Elle n'avait toutefois rien demandé afin de ne pas griller sa couverture et continuer à vivre auprès d'Harry et était partie avec ses achats.

Elle y réfléchissait encore quand elle rentra à la maison et trouva son amant assis à la table du salon avec une lettre en main. Elle vint l'embrasser avant de ranger les courses.

« Comment s'est passé ta journée ? » demanda-t-il.

« Etrange. J'ai croisé deux Avengers. Heureusement deux que je ne connaissais pas. Et eux non plus ne m'ont pas reconnu. C'était Wanda et Vision. »

« Ah oui… les deux nouveaux de l'équipe. »

Astrid remarqua la voix légèrement absente du Midgardien. Elle se rapprocha de lui et posa une main sur son épaule.

« Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle, les sourcils légèrement froncés.

« Ca va, oui. Plus ou moins. » Il déposa la lettre sur la table et la lui montra. « Je suis invité à un mémorial. Encore … »

« Un mémorial de quoi ? »

« Ma fameuse victoire sur Voldemort, » grinça le sorcier. « Ils veulent célébrer ça et faire honneur aux disparus. En plus de vingt ans, ils n'ont pas encore compris que pour moi, le 02 mai n'est pas un jour de fête mais un jour de deuil ! »

« Tu n'y vas jamais si je comprends bien. »

« Non. Et ils ne veulent pas comprendre que je ne veux pas. »

« Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser la psychologie inversée ? Faire comprendre à tout le monde ton point de vue une fois pour toutes ? »

« En y allant ? Je ne suis pas sûr que je supporterai les feux des projecteurs une fois encore… »

« Si ce n'est que ça, je peux venir avec toi en guise de soutien. Et si tu manques de mots, moi ce ne sera pas le cas. »

« Merci… Langue d'Argent. »

« Mais c'est un plaisir, mon cœur, » répliqua la déesse en embrassant tendrement son amant. « Si je peux t'aider, je le ferais sans hésiter. Parce que je t'aime. »


Défis galactiques :

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