La Dernière Bêtise de Narfi
Narfi était dans sa chambre à réfléchir, penché sur un carnet de notes. Il tapotait sa plume sur la page, laissant quelques taches sur le papier. Il essayait de tirer partie de toutes ses leçons pour enfin se débarrasser des indésirables comme les appelait Sif. Il fallait les faire disparaître, les monstres et le traître travesti, avant qu'ils n'arrivent à pourrir l'esprit de son petit frère !
Un sourire narquois apparut sur son visage alors qu'il se faisait patience pour mettre son plan à exécution. Son instructeur, Mr Potter comme il exigeait d'être appelé, allait être content de se ramasser ses leçons en plein visage ! Patience, réflexion et planification.
De Tyr, il n'avait pas appris grand-chose en dehors du combat, le guerrier était très pris par le conseil. Il avait bien plus appris d'Oncle Thor et d'Heimdall. Et de ce dernier, il avait même reçu l'enseignement sur le fonctionnement du Bifrost.
Une arme royale, voilà ce dont il avait besoin. Il n'y avait que cela pour faire ouvrir le Bifrost. Et avec le Bifrost, il pourrait aisément se débarrasser de Severus et Frieda. Le traître Loki, ce serait une autre histoire, mais au moins ses deux enfants. Peut-être qu'une fois ces derniers disparus, il partirait à leur recherche et ne reviendrait jamais.
Narfi secoua la tête et se recentra. D'abord, le plus facile ! Il verrait pour le reste ensuite.
xXxXxXx
Harry suivait Hela à travers l'univers pour y découvrir certaines moeurs. Il était étonnant de la voir si connaisseuse alors qu'elle avait passé son existence coincée à Helheim.
"Pourquoi ce n'est pas mort qui fait cela ?" demanda-t-il au bout d'un moment.
"Tu sais l'essentiel sur comment combattre ou gérer un royaume."
"Tu exagères Hela."
"Non," fit-elle en s'arrêtant sur une étoile morte au milieu de l'univers.
Il y faisait froid, horriblement glacial. Pourtant, Harry n'en était pas affecté. Il le remarquait juste. C'était différent. Pourtant il avait récupéré son corps… Il en restait surpris. Sa nature avait… totalement changé.
"Tu as géré une classe, tu as géré un patrimoine, tu as géré ton travail en tant que médecin, tu as géré une famille. Tu sais même quelles sont les erreurs qui mènent à la guerre. Ou du moins certaines. Je n'ai rien à t'apprendre de la gestion. Par ailleurs, comme je suis là constamment, pour des cas particuliers auxquels je n'aurais pas pensé, je peux te les présenter au fur et à mesure qu'ils se présenteront. Mais il faut prévoir une chose importante."
"Quoi ?"
"Mort a commis une terrible erreur."
"Une erreur ?"
"Oui. Il y a des siècles maintenant."
Harry fronça les sourcils et fixa sa belle-fille avec attention.
"Tu attends de moi de la fixer ?"
"Non. Pas vraiment."
"Alors quoi ?"
"J'attends de toi que tu convainques Mère et Asgard toute entière du danger. Je ne doute pas que tu y parviendras pour Midgard."
"Tu veux que je convainque Asgard ? C'est un peu… surqualifier mes compétences. Ils n'écoutent que ce qu'ils veulent bien entendre."
"La seule personne capable d'en parler pleinement est Mère. Mais elle n'acceptera pas. Pas à Asgard."
"Son expérience qui l'a menée à envahir la Terre ?"
"Précisément."
"C'est ça l'erreur de Mort ?"
"En quelque sorte. L'être qui dirige l'armée responsable de l'invasion est son erreur."
"C'est-à-dire ?"
"Je ne saurais trop comment l'expliquer. J'étais coincée à Helheim. Mais depuis que Mort a croisé la route de Thanos, les massacres ne cessent de se multiplier à une échelle toujours plus importante partout dans le sillage de ce Titan."
"Ce sont des choses qui arrivent, Hela."
"Tu le ferais pour courtiser quelqu'un ? Ou pour rééquilibrer l'univers ?"
"Hmmm… non. Et non."
"Pourtant c'est ce qu'il fait."
Harry resta silencieux quelques instants à juste la regarder. Il réfléchissait à ce qu'elle attendait de lui.
"Tu veux que je convainque des guerriers de plusieurs nations de prendre les armes pour empêcher ce Thanos de continuer de jouer sa macabre sérénade ?"
Hela hocha la tête avant de tourner la tête et de pointer du doigt l'immensité sombre de l'univers.
"Regarde là-bas. Tu vois ce vaisseau ?"
Il y avait bien un immense vaisseau spatial sombre qui traversait le vide intersidéral.
"Oui ?"
"Suis-le pendant quelques temps afin de te faire une opinion par toi-même et, quand tu te la seras faite, trouver comment convaincre Asgard. Si c'est moi qui le fait, on ne m'écoutera pas."
"Astrid t'écoutera."
"Mais Mère sait déjà. Mais elle a renoncé de convaincre Asgard dès le jour où elle s'est réfugiée chez toi. Et même après trois années isolée de Midgard, elle n'a pas expliqué ce qui s'est passé de façon claire. Même si le Prince Thor doit se douter de quelque chose."
Harry reporta son attention sur le vaisseau.
"Je vais faire ce que tu me demandes," promit-il. "Mais alors préviens Asgard que je ne serais pas de retour pour donner à Narfi sa leçon."
"Je m'en chargerai."
Harry fit un pas. Puis un autre. Et il s'enfonçait dans l'obscurité pour rejoindre le vaisseau en toute discrétion, dissimulé dans les ombres pour observer et se faire une opinion.
xXxXxXx
Vali poussait Frieda vers le Bifrost.
"Je t'assure ! Les comètes sont fréquentes ici. Et ce soir, il y en a une qui passe ! Allez viens voir !"
Frieda échangea un regard amusé avec Severus alors qu'elle se laissait emporter par l'ase.
"D'accord, d'accord ! Montre-moi."
Les trois se penchèrent et observèrent l'immensité de la voûte étoilée qui s'étendait partout au-delà du Bifrost. Severus et Frieda en profitèrent également pour admirer les chutes du lac dans l'espace et les constellations menant aux portes du Valhalla tout en écoutant Vali parler encore et toujours avec cet engouement et cette excitation propre à l'enfance. Ils en riaient et appréciaient cet enfant qui pourtant était bien plus âgé qu'eux. Le grand petit frère… Et ils l'adoraient et passaient tout leur temps, ou presque, en sa compagnie.
"Regardez ! Regardez ! La comète est là !" s'exclama Vali en pointant du doigt une lueur vive en-dessous d'Asgard.
Les yeux des sorciers s'écarquillèrent de surprise et leur bouche s'entrouvrit.
"C'est magnifique," murmura Frieda.
Soudain elle se fit tirer en arrière.
"Eh ! Severus !"
Elle cessa bien rapidement de se plaindre en voyant le Bifrost s'animer.
"Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Ils se tournèrent vers le socle et virent Narfi qui venait d'y planter une arme pour l'activer. Il avait un sourire victorieux sur les lèvres.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Severus. "Tu n'as pas le droit de t'approcher de nous à moins de cinquante mètres."
"Si tu crois que je vais écouter mon lâche de père !" cracha le morveux. "J'ai été bien sage jusqu'à maintenant pour qu'il me laisse tranquille et je dois avouer que les leçons de votre maudit paternel n'ont pas été inutiles. Mais c'est fini. J'ai assez retardé mon entraînement avec des fadaises et des affaires de bonnes femmes ou de sorciers. Je suis destiné à être un grand guerrier ! Et Vali aussi ! Et cela commence par se débarrasser de vous !"
"Qu'est-ce qui lui prend ?" demanda Frieda à son frère. "Il n'est quand même pas sérieux ?"
"Je… je crois que si," répondit lentement Severus en se penchant en avant pour se préparer au combat. "Reste en arrière, Frieda."
"D'accord. Vali, reste près de moi."
"Vous allez regretter d'avoir foulé Asgard du pied, misérable."
"Et toi, tu vas regretter de me mettre en colère," grogna Severus en faisant apparaître une lame de glace dans sa main gauche, gelant tout son bras dans le processus, et sortant sa baguette d'un geste vif de sa main droite.
Narfi se saisit de la dague dans le socle, paniquant en voyant Severus foncer vers lui sans prévenir. Il para le coup avec difficulté.
"Cette fois-ci, je te refais le portrait !" cingla le sorcier avec rage.
xXxXxXx
Frieda était emportée par un rai de lumière multicolore qui la ballotait. Le Bifrost. Cet idiot l'avait activé et elle était emportée elle ne savait pas où. Elle tourna la tête et vit Severus plus loin en avant à lancer de la glace qui était systématiquement détruite par la force du pont, laissant Narfi indemne. Vali n'était pas loin derrière ce dernier, près à l'attraper dans le dos pour l'immobiliser. Ou du moins essayer. Vali n'avait pas la force physique pour s'en prendre à son frère aîné. Pourtant c'était son objectif. Et à chaque seconde, il se rapprochait.
Soudain, elle sentit comme un gros choc qui lui coupa le souffle. La seconde suivante, un grand vent glacial lui fouettait le visage. Le paysage autour d'elle était inhospitalier, un mélange de bleu et de blanc sur un terrain enneigé. Elle entendit un grognement de douleur. Frieda se retourna.
Elle se figea d'horreur. Elle se redressa, fit un pas.
"Vali…"
Le garçon s'effondra dans la neige, révéla un Narfi armé d'une dague couverte de sang.
"VALI !" cria Frieda en se propulsant en avant pour rejoindre le blessé. "OH NON !"
Elle posa ses mains sur la plaie qui saignait abondamment. Vali gémit et des larmes coulèrent de son visage pour se geler presque instantanément. Frieda écarquilla les yeux à cela et jeta un regard à Narfi.
"QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ?!" hurla-t-elle avant de reporter son attention sur Vali. "Regarde-moi, Vali, ça va aller. Tout va bien se passer. Severus ! Ta baguette !"
Severus qui avait atterri plus loin, grogna.
"Elle est tombée. Je ne l'ai pas sur moi."
"Quoi ?!"
"Je ne peux rien faire pour lui à part ça," termina Severus en approchant.
Il donna au passage un coup d'épaule à Narfi qui le fit tomber au sol. Mais l'Ase trop choqué ne répliqua pas, regardant le sang sur sa lame, le sang sur ses mains. Le sang de son petit frère…
Severus appliqua sa main sur le ventre de Vali et l'observa.
"Cela va faire très mal mais c'est tout ce que je peux faire pour toi, tu comprends Vali ?"
Le jeune hocha lentement la tête alors que la neige se couvrait déjà de rouge autour de lui. Severus inspira et se concentra sur la glace à générer pour refermer la plaie. Vali hurla de douleur.
"Cela a ralenti l'hémorragie," informa Severus. "Mais c'est insuffisant pour le sauver. Sur le long terme, le froid le tuera."
"De toute façon, il fait glacial ici," rétorqua Frieda avec pragmatisme. "On dirait l'Antarticque ici."
Severus se leva et attrapa le col de chemise de Narfi sans aucune considération du sang qui avait déjà gelé sur ses mains.
"Eh ! Connard, où on est ?"
"Jotunheim," souffla Narfi. "On… on est à Jotunheim."
"JOTUNHEIM ?!" répéta Severus surpris et encore plus en colère. "MAIS C'EST PAS VRAI ! T'es complètement barge ou quoi ?! Toi ? J'te jure quand on rentre, j'te fais ta fête !"
"Severus, qu'est-ce qu'on fait ?"
"J'en sais rien. Appuie bien sur sa plaie, surtout. Je réfléchis."
Frieda pencha la tête et posa son regard sur son frère."
"Reste éveillé, Vali. S'il te plait."
"D'a… D'accord," trembla-t-il.
Il gelait sur place. Il fallait le protéger du froid. Ses yeux se posèrent sur ses mains couvertes de sang toujours appuyées sur son ventre. Un éclat cuivré attira son attention.
"Severus, nos portoloins !"
Son frère le fixa quelques instants avant de secouer la tête.
"Maman les a ensorcelés pour qu'ils soient individuels. Cela ne marchera pas."
La sorcière n'hésita pas un seul instant à retirer son bracelet et le mettre au poignet de Vali.
"Frieda, tu ne…"
"Je m'en fiche ! Je vais bien et le froid ne m'atteint pas ! Vali doit être emmené au plus vite et tu es plus intelligent que moi. Tu sais certainement déjà quoi faire ! Ne t'inquiète pas pour moi, je peux me débrouiller quelques temps toute seule."
Severus jeta un regard mauvais à Narfi.
"S'il arrive quoi que ce soit à Frieda, je t'en tiendrai pour personnellement responsable et même l'amour protecteur de notre mère ne te sauvera pas !" dit-il d'une voix polaire. "Tu es prévenu Narfi !"
Il s'agenouilla et posa une main sur l'épaule de sa soeur.
"Reste vigilante."
"D'accord. Toi, fais tout ce que tu peux pour sauver Vali !"
Severus hocha la tête et se pencha vers Vali.
"Active son portoloin," ordonna-t-il ensuite. "Square Grimmaurd."
"Square Grimmaurd," répéta Frieda.
Les deux disparurent dans un pop.
"Où sont-ils ?" demanda Narfi.
Frieda lui jeta un regard noir.
"Sur Terre. Chez nous. J'ai sacrifié mon billet de retour pour Vali. A cause de toi."
"Vous aviez…"
"Bien sûr. Mais ce qu'on voulait c'était rester auprès de notre mère."
Elle observa le sang dans la neige, puis celui sur ses mains. Elle serra les poings.
"Tu as vraiment merdé Narfi !" souffla-t-elle sans crier.
Il garda un instant le silence.
"On fait quoi maintenant ?"
"Tu es sérieux ? C'est à moi que tu le demandes ?! C'est qui qui nous a envoyés ici en premier lieu ?!"
Elle se leva et s'éloigna de quelques pas dans la neige. Elle serra ses bras autour d'elle. Mine de rien, le vent était vraiment glacial. Elle frissonnait un peu. Narfi la rejoignit en claquant des dents.
"Il faut qu'on trouve un abri ou on va mourir de froid."
"Parle pour toi."
"Evidemment, toi tu le supportes bien ! Tu es un monstre de Jotunn !"
"Je suis midgardienne, Connard !"
"Avec du sang de Jotunn dans les veines !"
"Effectivement ! Alors maintenant la ferme ou je ne t'aide pas du tout à survivre !"
"Tu sais faire un feu ?"
"Non. Ma magie a été scellée. Si tu avais attendu une ou deux semaines de plus pour ta connerie par contre… Peut-être que je l'aurais eue. Pour te botter les fesses pour ta connerie !"
Elle s'avança dans la neige. Elle n'avait pas envie de s'énerver tant qu'ils étaient potentiellement en danger. Seuls au milieu d'un terrain hostile. Ils devaient se serrer les coudes. Autrement dit, elle allait devoir le supporter et cela lui faisait grincer des dents.
"Où tu vas ?"
"Chercher un abri. Il doit bien y avoir un endroit où s'abriter sur cette planète. Là où il y a de la vie, il y a de l'espoir."
"T'es-tu seulement renseignée sur ce royaume. Il n'y a rien qui vit ici à part les Jotunns."
"Je suis sûre que tu te trompes. Car sinon, cela ferait des Jotunns des cannibales et je n'y crois pas une seule seconde."
Elle continua de marcher et même si Narfi ronchonnait derrière elle, elle remarqua qu'il la suivait. Lui non plus ne voulait pas être seul dans cet endroit. Apparemment, ce n'était pas son plan d'être bloqué avec eux.
Frieda étudia le paysage devant elle. Une immense plaine de glace parsemée ça et là de crevasses dangereuses. Ils allaient devoir trouver rapidement un refuge où ils seraient à la merci des éléments. Surtout Narfi. Et sa mère ne supporterait pas qu'elle l'abandonne même après ce qu'il avait fait. Mais une chose était sûre : Narfi serait sévèrement puni.
xXxXxXx
Severus grogna alors qu'il atterrissait sur les fesses dans le salon poussiéreux de Square Grimmaurd. Il porta la main à la bouche par réflexe quand une quinte de toux le prit à la gorge. Il se redressa ensuite et fit un tour sur lui-même, à la recherche de Vali. Ce dernier était allongé sur le sol et un peu de sang se répandait déjà.
Il fonça sur lui. L'Ase peinait à garder les yeux ouverts.
"Reste éveillé, Vali," dit Severus. "Tiens le coup. J'appelle de l'aide."
Il fonça vers la cheminée et jeta de la poudre de cheminette dans l'âtre éteint.
"Minerva McGonagall, Poudlard !"
Des flammes vertes jaillirent et il y plongea sa tête sans hésiter. Il eut la vision du bureau circulaire de la directrice. Il vit la vieille dame se lever et approcher de l'âtre.
"Oui ? Que puis-je… Mr Potter ?!"
"Professeur, s'il vous plait, j'ai besoin de votre aide tout de suite !"
"De quoi avez-vous besoin ?"
"J'ai avec moi un blessé grave. Un enfant. Il a été planté avec une dague. Il lui faut des soins au plus vite !"
Le visage de la sorcière passa de la surprise à l'inquiétude avant de finir par de la détermination.
"Bien sûr ! Je vais la contacter tout de suite et nous allons vous rejoindre. Où êtes vous ?"
"A Square Grimmaurd. Faites vite s'il vous plait. Il s'agit de mon demi-frère."
Il sortit sa tête de la cheminée et rejoignit son frère.
"Ca va aller, Vali," murmura-t-il en lui prenant la main. "J'ai demandé de l'aide. Des guérisseurs vont arriver. Tiens le coup."
xXxXxXx
Un Jotunn chassait quelques kilomètres de la grande cité d'Utgard. Ou du moins ce qu'il en restait. Il y avait eu de nombreux dégâts une quinzaine d'années auparavant, ainsi que de nombreux morts. Ils se relevaient à peine. Notamment la nourriture.
Il était parti pour traquer les gros loups des plaines quand il avait vu quelque chose d'étrange et assez inédit. Deux ases circulaient là. Ou plutôt un ase en tirait un autre. Une femme et un homme. Ou plutôt… des enfants.
Le Jotunn hésita un instant à les laisser là, livrés à leur sort. Puis, il grogna. Il ne pouvait pas laisser des enfants derrière. Surtout que l'un d'eux était blessé. Il alla donc vers eux. Alors qu'il approchait, il entendait la femme crier.
"Hela !"
Quand elle le vit, elle se figea un instant avant d'avancer vers lui à son tour.
"Est-ce que vous comprenez ce que je dis ?"
Le Jotunn hésita un instant en la voyant. Elle était légèrement vêtue pour une ase, aucune cape, aucune peau de bête, et pourtant elle ne tremblait pas un seul instant.
"Je te comprends, Femme. Que fais-tu sur nos terres ?"
"C'est à cause de ce crétin," maugréa-t-elle en désignant l'adolescent frigorifié qu'elle tirait.
Elle avisa sa peau de bête sur l'épaule.
"Est-ce que vous accepteriez de lui prêter votre peau, s'il vous plait ? Il va mourir de froid."
"Pourquoi veux-tu aider ce 'crétin' ? Il t'a emmenée à ta mort."
"Ma mort, c'est vite dit. Mais j'ai bien l'intention de voir ma mère lui botter les fesses pour sa bêtise ! C'est mon frère."
Le Jotunn jeta un regard dédaigneux à l'ase avant de saisir sa peau et de la jeter sur lui.
"Il est dans cet état depuis combien de temps ?"
"Une demi-heure. Peut-être une heure."
"Il n'est pas certain qu'il survive," prévint le Jotunn.
"Nous verrons," fit-elle en se frottant un peu les bras.
Il était vrai qu'il faisait un peu frais. Mais bien trop pour elle. Pourtant elle n'était pas comme l'autre ase. Il fit attention de ne pas blesser ce dernier en le soulevant, veillant à rester en contact uniquement avec la peau de bête.
"Suis-moi. Mon traineau n'est pas loin. Je t'emmène à la cité. Il n'est pas autorisé aux ases de circuler sur Jotunheim."
"Je sais. Ma mère m'a parlé de certaines choses. Elle… elle respecte d'une certaine façon les Jotunns."
Le Jotunn fixa un instant la jeune femme tout en lui montrant le chemin. Il allait sans dire qu'il était curieux à son égard et que le roi le serait d'autant plus.
xXxXxXx
Frieda était assise dans une cellule et attendait. Le Jotunn qui l'avait amenée dans cette cité de glace l'avait directement mené, elle et son frère, dans cette cellule. Elle n'avait même pas vu le roi alors que le Jotnar lui en avait parlé.
Elle écoutait la respiration saccadée de Narfi. Il avait de la fièvre. Elle soupira alors qu'elle rajoutait une bûche dans le feu. Elle devait maintenir une certaine chaleur dans ce lieu pour ne pas qu'il meure d'hypothermie. C'était déjà la quatrième bûche. On lui en avait apporté un paquet.
Narfi se redressa soudain, totalement couvert de sueur. Il tremblait et il était perdu.
"A ta place, je resterai couvert," recommenda-t-elle froidement. "Tu as failli mourir."
"Cela t'inquiète, on dirait. Je croyais que tu me détestais…"
"C'est le cas. Mais Maman t'aime. Et crois-moi, elle va être furax quand elle apprendra ce que tu as fait et ce qui est arrivé à Vali."
"Où on est ?"
"Un Jotunn nous a trouvé et nous a emmené dans une cité. Et on est en prison. En quelque sorte. Mais au moins maintenant tu es au chaud. Alors tais-toi, repose-toi et attends."
"Attendre quoi ?"
"Que le temps passe. Maman se rendra compte de notre disparition d'Asgard et mon père et Héla vont nous chercher à un moment ou à un autre. Cela va juste prendre du temps."
Il grogna.
"Narfi, sache que tu as été extrêmement stupide. Et irresponsable. Certainement pas le genre de chose que tes instructeurs et mon père t'apprennent. Pourtant tu as fait la bêtise du siècle ! Tu nous as mis en danger ! On ne sait pas si Vali va s'en sortir et pire encore, tu pourrais très bien avoir jeté les prémisses d'une nouvelle guerre entre Asgard et Jotunheim et que Merlin nous préserve de potentielles représailles sur Midgard !"
Narfi se mit à grogner et se rapprocha du feu.
"La ferme !"
"Fils de Loki, Langue d'Argent, le meilleur négociateur des neufs royaumes et tu as la tête aussi vide que celle d'un âne bâté qui ne pense qu'à sa carotte !"
"La ferme !"
"Non, je ne la bouclerai pas ! Il faut que tu comprennes que sur toutes les conneries que tu accumules depuis des semaines, là tu as vraiment merdé ! C'est du niveau d'Oncle Thor quand il a voulu s'en prendre à Jotunheim il y a une grosse quinzaine d'années ! Tu te rends compte ?! Je te parle de guerre, de combats ! De pertes dans les deux camps ! T'es vraiment un Ase ! Plus cons que vous, on meurt !"
Elle serra ses genoux contre sa poitrine et appuya sa tête contre la paroi glacée. Il ne servait rien de discuter avec Narfi. Cela la fatiguait et elle n'aimait pas perdre son temps avec lui. Et il était malade aussi. Elle avait un peu pitié de lui aussi. Mais tout juste. Elle était surtout en colère.
Il valait mieux qu'elle le laisse tranquille.
xXxXxXx
Severus était assis sur un siège dans la salle d'attente de Sainte Mangouste. Ses mains tremblaient. Il ne les avait pas encore lavées et le sang de son frère avait séché. Toutefois, ce n'était pas totalement qu'à lui qu'il pensait. Certes, son frère était gravement blessé et avait perdu beaucoup de sang mais il était désormais entre les mains de médicomages compétents et ce n'était qu'une blessure par arme blanche. Pratiquement bénin pour les sorciers si c'était pris à temps et il ne doutait pas que cela soit le cas. Il avait été très rapide et avait eu les bons réflexes.
Non, il s'inquiétait pour sa soeur. Elle était seule avec cet imbécile en plein territoire Jotnar. Normalement, elle ne devrait pas avoir trop d'ennuis avec ces géants tant qu'elle cachait son identité mais qu'arriverait-il si l'identité de leur mère était révélée et qu'ils veulent se venger d'un régicide ? Et Frieda était sans magie, sans possibilité de se sauver et sans arme. Elle était sans défense.
Narfi était définitivement un imbécile !
Des talons et des voix connues lui firent relever la tête. Il croisa le regard de sa directrice et aussi…
"Prim !" dit-il en se levant.
"Oh Sev ! Tu es couvert de sang ! Tu vas bien ? Tu es… ?"
Primrose, sa cousine bien plus agée que lui, d'une dizaine d'années, lui avait pris le visage pour l'examiner.
"Ce n'est pas le mien. C'est celui de mon frère."
"Ton frère ?"
"Mon demi-frère, le cadet de ma mère avant qu'elle ne rencontre Papa."
"Oh… je vois."
Elle sortit sa baguette et nettoya tout le sang.
"Voilà."
Elle posa une main sur l'épaule du jeune sorcier.
"Où est Frieda ? Et ta mère ?"
"Ma mère est à Asgard et n'a peut-être pas encore remarqué notre disparition. Et ma soeur est à Jotunheim avec l'imbécile qui m'a forcé à user de mon portoloin et de celui de Frieda en urgence pour sauver Vali."
Il soupira.
"Et quand je le retrouve, je le tue de mes propres mains !"
"Mr Potter !"
"Qui est cet imbécile ?"
"Mon autre demi-frère qui a planté Vali aussi. Même si je pense que ça, c'était un accident. Tout s'est enchainé si vite. Mais tout ce bordel, c'est de sa faute !"
"Tu as mangé ?"
"Pas depuis hier, non."
"Je t'emmène à la cafétaria."
Severus hésita et observa la porte derrière laquelle son frère avait disparu.
"On ne quittera pas cet endroit sans avoir des nouvelles," promit sa cousine. "Allez viens. Il faut que tu manges un bout."
Il hocha la tête et se laissa emmener par les deux sorcières. Et quand ils s'installèrent, la vieille dame commença à parler.
"J'ai contacté vos proches, Mr Potter."
"Gabi garde ma fille," informa Prim.
"James est à Poudlard. Et j'ai aussi contacté les Malfoy."
"Les Malfoy ?"
"Drago Malfoy a demandé à ce qu'on le contacte si l'un de vous réapparaissait," expliqua Prim. "Il se passe des choses à la chambre des Lords. Notamment concernant votre enlèvement et les secrets que tu as dévoilés sous la contrainte. Ce serait bien si ta mère s'y présente pour aider à l'avancement de… de ce qu'ils font. Parce qu'apparemment ça stagne."
"Tu n'en sais pas plus ?"
"Je n'en sais pas suffisamment si ce n'est que Drago est inquiet. Les Weasley ont demandé à des moldus peu recommandables de vous capturer pour ensuite vous faire subir des choses horribles. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut se permettre de prendre à la légère, surtout quand on sait que ce sont des moldus extrémistes. Il faut prendre des dispositions mais beaucoup de sorciers considèrent encore les moldus comme des incapables et des faibles sans défense. S'ils savaient vraiment…"
"C'est sûr qu'on oublie vite les têtes nucléaires qui peuvent détruire la planète puisque maintenant on s'en sert pour des guerres d'oppression et de dissuasion…"
Severus soupira et hocha la tête.
"J'en parlerai avec mes parents quand je les verrai. Mais il faut que je prenne contact avec des moldus pour envoyer un message à Asgard."
"Qui ?"
"Les Avengers. Ils sont souvent inspectés par Heimdall. C'est le moyen le plus rapide de contacter Asgard sans faire quelque chose d'illégal."
"Et par illégal, tu entends ?"
"Invoquer le fantôme d'un défunt par nécromancie pour contacter ma demi-soeur Hela afin qu'elle prévienne mon père pour qu'il aille sortir Frieda et Narfi du pétrin dans lequel ce petit con nous a fourré. Mais je n'ai pas l'intention de mouiller dans la magie noire alors… autant passer par les moldus. Ils sont au courant de toute façon. Papa leur a fait leur grand show et ils connaissaient déjà maman d'avant et ce n'était pas triste alors…"
Prim hocha la tête.
"Je vais voir pour réserver un portoloin pour les Etats-Unis alors."
"Merci. Mais pas tout de suite. Je voudrais prendre des nouvelles de Vali et m'assurer qu'il va bien. Et je ne peux pas retourner à Asgard sans lui non plus."
"Bien sûr," sourit Prim. "On… on passe un coup de fil alors ?"
"Ce serait déjà ça oui."
Les plats arrivèrent et les trois sorciers se restaurèrent en attendant d'avoir des nouvelles de Vali.
xXxXxXx
Frieda suivait les ordres d'un Jotnar sans répliquer. Il les faisait pénétrer tous les deux dans une grande pièce. Immense. Même à l'échelle de ces géants. Et elle sut directement pourquoi en avisant la personne assise sur un siège du trône d'Odin en des nuances plus sombres et plus froides.
Elle l'étudia alors avec plus d'attention.
"Génial… On est devant le roi des m…"
Frieda se retourna et plaqua sa main sur la bouche de son demi-frère.
"Quand apprendras-tu à tenir ta langue ?" siffla-t-elle dangereusement. "A croire que tes instructeurs ne t'ont rien appris."
"Ton père, pas grand-chose, en effet."
"Je suis pourtant sûre qu'il t'a appris à réfléchir et analyser la situation ! C'est sa première leçon ! Maintenant tu ne dis plus un seul mot sauf si tu arrives à retenir les insultes qui pourrissent sur ta langue !"
Elle s'écarta alors non sans le fusiller encore quelques secondes du regard avant de reporter son attention sur le roi. Hormis sa taille et sa peau bleu roi, il portait un détail qui la marquait tant il lui était familier.
"Vous êtes de la lignée royale de Laufey," fit-elle en s'inclinant respectueusement. "Malgré les circonstances et les propos désagréables de mon frère, nous ne sommes pas venus pour causer des ennuis aux Jotnars."
"Cela reste encore à prouver, Ase. J'ai cru comprendre que vous êtiez les neveux du Prince Thor."
"Si nous sommes bien ses neveux, je vous prierai, Votre Majesté, de ne pas m'insulter. Je ne suis, n'ai jamais été et ne serai jamais une ase. Je suis née sur Midgard d'un père Midgardien et d'une mère Jotnar."
"Jotnar ?" répéta le roi. "Prouve-le."
"Là est l'ennui. Suite… à une épreuve particulière difficile pour moi, il a été décidé que ma magie serait temporairement scellée le temps que je me rétablisse. Je suis dans l'impossibilité de montrer quoi que ce soit si ce n'est que je résiste au froid de votre espèce."
"Le nom de ta mère ?"
"Astrid."
"Loki," grogna Narfi.
"Narfi, si tu n'acceptes pas tout de suite la transidentité de maman, je te jure que je demande à un Jotnar de me faire une lance de glace et je te tabasse avec !"
"Comme si une sorcière comme toi pouvait me battre !"
"On est sur Jotunheim. Si je joue bien mon coup, même sans pouvoir, j'aurai l'avantage."
"Foutaises !"
"C'est la différence entre toi et moi, Ase."
Elle se prit un coup de poing au visage qui la fit tomber à terre. Frieda glissa sur plusieurs mètres avant d'être plaquée contre quelque chose de glacial. Elle n'en trembla pas. Une horrible douleur se déclencha au niveau de sa bouche et un gout de fer passa sur sa langue.
"Attends que mon père me libère de mon sceau et tu verras, Connard !" rétorqua-t-elle en se redressant en prenant appui sur le mur.
Sauf que ce n'était pas un mur mais la jambe d'un garde Jotnar. Elle s'en rendit compte et fit un pas en arrière en s'excusant.
Le roi avisa les deux jeunes de son regard rouge avant de soupirer.
"Que l'Ase soit ramené à sa cellule. Je vais m'entretenir avec la… midgardienne."
"Jamais tu ne discuteras avec elle, Monstre !"
"Oh ! Parce que maintenant tu as le sens de la famille, Narfi ?" railla Frieda sur un ton glacial. "Après ce que tu as fait à Vali, c'est culotté !"
"La ferme ! Vali c'était un accident !"
"Si tu arrives à t'en convaincre, chapeau. T'es encore plus con que je ne le pensais."
"Mais toi ! Je n'ai pas confiance en toi !"
"Ca tombe bien, j'ai bien plus confiance en ces "monstres" comme tu les qualifies si bien car au moins eux ils ont quelque chose que toi, tu n'as pas : un cerveau !"
"Je vais te fumer !"
"Je suis plutôt du genre à jouer avec la glace."
Narfi fut incapable de répliquer, emporté par un guerrier Jotnar qui le ramenait dans sa cellule.
"A nous, jeune midgardienne," fit le roi.
"Avant d'aller plus avant, pourriez-vous me donner votre nom, je vous prie ? Que je sache à qui je m'adresse."
"Pourtant tu sais qui je suis."
"Non, je regrette."
"Je suis le roi Laufey."
Frieda se figea et l'examina plus attentivement.
"Alors là, toute ma famille a raté un gros épisode parce qu'aux dernières nouvelles, vous êtes mort à Asgard !" répliqua-t-elle sous la surprise. "Maintenant cela explique pourquoi vous lui ressemblez tant…"
"Ressembler à qui ?"
"A ma mère."
"Qui est ta mère, jeune fille."
"Là, c'est… délicat. Ma mère s'appelle Astrid mais il y a un peu plus d'une quinzaine d'années, elle était connue sous l'identité de Loki. Et il s'agit de votre enfant, adopté par Odin lui-même."
"Je te demande pardon ?!"
"Je n'en sais pas beaucoup plus, je suis navrée. Mais je suis sûre d'au moins ceci : je suis votre petite-fille. Et je ne considère certainement pas les Jotnars comme une abomination. Nous sommes ce que nous sommes. Et nous sommes ce que nous voulons être. De ce fait, Jotnar n'est pas synonyme de monstre…"
Le roi l'observa quelques instants, dubitatif, avant de poursuivre.
"Raconte-moi les circonstances de votre arrivée ici, à toi et l'Ase."
Frieda hocha la tête et s'exécuta.
xXxXxXx
Astrid était en pleine discussion avec la reine et Syginn quand soudain Heimdall s'élança en courant devant elles, au pas de charge, en direction du Bifrost. Elles jetèrent un oeil dans cette direction et y virent le pont actif.
La sorcière fronça les sourcils et se retourna. Odin était là avec quelques dignitaires, sa lance bien en main. Elle avait bien vu l'épée au coté du gardien. Thorn'usait jamais du Bifrost à sa connaissance et…
Elle agita la main une deuxième, puis une troisième fois, plus frustrée par son échec pour une invocation aussi simple.
"Astrid ?" demanda la reine Frigg.
"Soit, j'ai un problème et je ne suis plus capable d'invoquer une vulgaire dague soit…"
"Soit ?" répéta Syginn, les sourcils froncés à son tour.
"Soit, un de mes gosses a fait une connerie. Et j'ai ma petite idée sur son identité !"
Il était évident qu'il ne pouvait pas ne plus être capable d'invoquer une de ses dagues, il ne restait plus que la deuxième option.
"Narfi ?"
"En tout cas, je vois mal Vali le faire et Frieda et Severus ont un meilleur moyen pour rentrer à la maison que le Bifrost !"
Elle s'engagea alors sur les traces du gardien pour rejoindre elle aussi le pont arc-en-ciel. Qu'est-ce qui s'était encore passé et pourquoi avait-on volé sa dague pour ouvrir le passage ?!
Alors qu'elle était presque arrivée, Heimdall venait vers elle, un objet dans la main. La baguette de Severus.
"Où est mon fils ?" demanda-t-elle directement.
"Sur Midgard avec Vali. Et Vali est blessé," répondit le gardien.
"Gravement ?"
"Ton fils Severus semble avoir pris les devants pour le soigner.
"Et Narfi ?"
"Je ne le vois pas."
"Trouve le. Et Frieda aussi."
"Elle est sur Jotunheim."
Astrid se figea et fixa Heimdall avec beaucoup d'attention.
"Je te demande PARDON ?!"
"Ta fille… est à Jotunheim."
"Ouvre-moi le passage."
"Il faut une autorisation du roi."
"Rien ne m'empềchera de rejoindre ma fille, Heimdall. Pas même toi !"
"Je ne peux…"
"Laisse-le s'y rendre, Heimdall," intervent la reine Frigg. "Où il détruira le Bifrost."
L'homme finit par hocher la tête et laissa le passage pour Astrid.
"Je viens avec toi."
"Ce sera Jotunheim," prévint Astrid. "Il y fera glacial."
"Peu importe. Les enfants d'abord."
En moins de temps qu'il en fallut pour le dire, le Bifrost était ouvert droit sur Jotunheim.
Syginn frissonna alors qu'elle atterrissait dans la neige. Astrid, elle, se sentit à l'aise bien qu'un vent très froid soufflait. Elle n'hésita pas un seul instant à ôter sa cape pour la passer sur les épaules de son ex-femme.
"Et… et toi ?" trembla-t-elle.
"Je suis née pour vivre dans ce genre de milieu," sourit-elle. "Je n'ai pas froid. Enfin… il fait frais mais ce n'est pas désagréable."
"Tu sais où… où nous devons aller ?"
Astrid étendit ses sens autour d'elle sur des lieux à la ronde.
"Heimdall nous a emmené assez proche d'Utgard. Par là," fit-elle en pointant une montagne du doigt. "Et je sens l'énergie de Frieda."
"Et Narfi ?"
"Aussi," répondit-elle plus sombrement.
Elle soupira.
"Je ne sais plus quoi faire avec lui, Syginn. Il est… impossible !"
"Je sais. Est-ce que tu crois que c'est la faute de Sif et des autres ?"
"C'est toute l'éducation d'Asgard qu'il faut remettre en cause, je crois."
Elle passa un bras autour des épaules de l'Ase et la poussa doucement à avancer.
"Est-ce que c'est loin ?"
"Je… je pourrais nous rapprocher par magie mais c'est au risque de paraître violentes."
"Nous ne sommes pas violentes ! Nous venons chercher nos bébés !"
La sorcière hocha la tête et lui tendit la main.
"Accroche-toi et laisse-toi porter dans ce cas," conseilla-t-elle alors.
Elles disparurent de la plaine enneigée.
xXxXxXx
"Alors dis-moi, Frieda," disait le roi Laufey. "Comment la fille d'un sorcier Ase et d'un Midgardien peut-elle accepter sans difficulté la nature même des Jotnars alors que nous sommes dépeints partout comme des monstres ?"
"Je suis une sorcière."
"Cela ne répond pas à ma question."
"En fait, un peu. Mais je comprends que cela vous échappe. Sur Terre, Midgard, nous avons différents types de personnes assez tolérantes envers ce que nous appelons chez nous des créatures magiques. Et parmi elles, il y a des géants. C'est vrai qu'ils ne sont pas très appréciés de la majorité mais mon père a pour grand ami un demi-géant. Il a donc un esprit très ouvert sur cette espèce et sur d'autres. Par ailleurs, si j'en crois les histoires de ma mère, les Jotnars sont plus intelligents que les géants des montagnes que l'on retrouve dans certaines régions chez nous alors… Il n'est pas difficile de se faire un avis plus positif sur la question. Et ma mère a accepté son ascendance Jotnar aussi. Ca aide," termina-t-elle en haussant des épaules.
Deux femmes apparurent de nulle part dans la salle du trône. Les Jotnars sursautèrent et s'armèrent. Frieda cilla à peine. Elle étudia juste les traits du visage fin qui se tournait vers elle.
"MAMAN !" cria-t-elle en lui sautant dans les bras. "Oh Maman !"
"Frieda !"
"Syginn !"
"Comment vas-tu ?" demanda immédiatement sa mère. "Tu n'es blessée nulle part ?"
"Non. Mais Vali, je n'en sais rien. Je lui ai donné mon portoloin. Narfi a encore fait le con ! Il voulait se débarrasser de nous ! Sur Jotunheim !"
Elle reçut quelques baisers sur le front avant d'être écartée et le visage pris en coupe.
"Où est Narfi ?"
"Hmmm… Je sais pas trop. Il était insupportable. Est-ce que c'est un con congénital ou est-ce qu'il pense vraiment que c'est en crachant sa haine viscérale pour les Jotnars qu'il va sortir d'ici ? Parce qu'à part me critiquer et me traiter de monstre et en faire autant avec le roi des Jotnars et son peuple dans son ensemble, il n'a été qu'un sale petit veracrasse !"
"A quel point ?"
"Puissance 1000 et je suis généreuse."
Elle s'écarta un peu et croisa le regard du roi.
"Oh ! Et pendant que j'y pense. Tu vas être surprise."
"Plus surprise qu'apprendre que mes enfants ont été assez stupides de se mettre potentiellement en danger à Jotunheim, de fragiliser la trêve avec Asgard et de savoir au moins l'un de mes fils blessé ?"
"Hmmm… potentiellement, oui. Mon grand-père est vivant."
"Ton grand-père ?"
"Oui. Laufey."
"Impossible. Il s'est pr…"
Astrid se redressa et tourna la tête vers le trône. Ses yeux s'écarquillèrent en avisant l'identité du roi.
"Impossible," murmura-t-elle à nouveau.
Le roi Laufey se redressa et approcha.
"Alors c'est toi Loki ?"
"Je réponds au nom d'Astrid," rétorqua-t-elle un peu plus pâle en forçant sa fille à reculer en même temps qu'elle. "Où est Narfi ?"
"Dans une cellule pour éviter le massacre d'un enfant."
"Libérez-le."
"Pas avant d'avoir une explication."
"Une explication de quoi ?"
"Toi."
"Moi ?"
Astrid ricana et secoua la tête.
"Je ne crois pas non. Un enfant abandonné n'a pas à donner d'explication au parent qui a osé le laisser derrière. Je peux m'estimer heureuse qu'Odin m'ait recueillie et élevée même s'il m'a caché la vérité sur mes origines. Pour mon bien, peut-être, cela m'a perturbée sûrement, mais je ne dois rien à un peuple qui m'a rejetée juste parce que je suis l'avorton de la portée."
Les deux s'affrontèrent du regard un instant. La tension était palpable.
"Maman."
"Oui, Frieda ?" demanda Astrid sans se retourner.
"Loin de moi l'envie d'être gentille avec Narfi mais est-ce que par hasard tu as de la pimentine sur toi ? Cela lui ferait beaucoup de bien. Il est plus ronchon je pense à cause du coup de froid qu'il a pris."
Elle se tourna un instant vers sa fille avant de soupirer.
"J'ai ce qu'il faut pour en préparer."
"Tu vas rien faire hein ?"
"Tout dépend du roi Laufey. Et de Narfi. Non mais vraiment ! De tous les royaumes, il a fallu que cela tombe sur Jotunheim ! Je n'en reviens toujours pas !"
"C'est ça être 'un monstre de Jotunn'," singea Frieda. "Les Ases l'ont bien modulés à leur image. Surtout cette garce qui a nous a encore insultés, Severus et moi, quand on est allé au Bifrost avec Vali. Et qu'on s'est fait piégés comme des bleus."
Elle grogna et se redressa.
"Tant pis si je suis encore un peu instable psychologiquement, je veux récupérer ma magie. Je me suis retrouvée toute seule, sans défense avec Narfi ! Tu pourras demander à Papa de m'enlever le sceau ?"
"Je le ferai," promit Astrid en passant un bras autour des épaules de sa fille.
Elle reporta son regard ensuite sur le roi.
"Je souhaite récupérer mon fils et nous repartons."
"Je ne crois pas," dit Laufey.
"Si tu souhaites que je reste pour payer le coup de lance que tu as pris, soit. Mais ne fais pas payer à mes enfants le prix de mon imbécilité, ma folie et ignorance passée !"
Quelques Jotnars se tendirent dans la salle du trône et quelques piques de glaces apparurent. Astrid réagit dans l'instant en créant un cocon de glace autour de Syginn et Frieda pour les protéger. La seconde suivante, une dague siégeait dans sa main. De l'autre, elle ôta un collier de son cou et elle se concentra. Elle tendit ensuite les deux objets à sa fille.
"Même mot, même destination," dit-elle à sa fille. "Prends Syginn avec toi."
"Mais Maman… Narfi…"
"Je m'occupe de Narfi. Mais là, cela demande potentiellement du sang. Je ne vais pas porter le premier coup mais je ne veux pas vous savoir ici si jamais cela tourne mal. Alors allez-vous-en."
