Lorsque Shiki revient dans le complexe traditionnel du clan Gojo, il y a un entourage qui attend aux portes.
Ou, enfin. Pas un entourage, précisément, mais il y a... un certain nombre de personnes rassemblées de manière assez ostensible près des grandes portes polies, qui se tiennent manifestement là depuis un certain temps déjà. Au premier rang de tous se trouve un vieil homme d'apparence familière qui se tient là sereinement, les mains soigneusement repliées sous les plis de ses longues manches.
La réaction instinctive initiale de Shiki est quelque chose du genre : est-ce que j'ai des ennuis ?
... Malgré le fait que, techniquement, Shiki n'est pas exactement redevable à aucun d'entre eux – sauf Ima-san, peut-être, en vertu du fait qu'elle est sa tante ? Mais même cela est discutable. Probablement.
Satoru-oniichan, d'un autre côté, n'a clairement aucun scrupule de ce genre. L'adolescent aux cheveux blancs est totalement imperturbable alors qu'il se dirige facilement vers les portes bondées, Shiki le suivant tranquillement.
« Yo, ça fait longtemps que j'ai pas vu ta tronche, vieux Daisaku. »
Shiki reconnaît Daisaku-sama grâce à cette rencontre inconfortable qui s'est déroulée sous ses yeux. À en juger par les nombreuses inspirations brusques des autres personnes autour d'eux, elle devine que Daisaku-sama n'est pas quelqu'un à qui on peut s'adresser avec autant de désinvolture, à moins que vous ne soyez Satoru-oniichan. Le jeune homme se tient là avec un sourire qui dit qu'il ose que quelqu'un lui fasse remarquer son irrévérence.
Ce qui ne semble pas très probable, à en juger par les têtes baissées autour d'eux et les regards fixés sur le sol.
Pour le meilleur ou pour le pire, Daisaku-sama semble totalement indifférent à ce manque de respect apparent.
« Cela fait certainement longtemps, Satoru-kun. Je suis content de te voir en bonne santé.
— Ouais, ouais. Satoru-oniichan semble désintéressé. Alors, qu'est-ce qui se passe avec la fête de bienvenue ici ?
— ... Nous sommes simplement ici pour saluer notre estimé héritier du clan. Cela fait un bon bout de temps que tu n'es pas rentré à la maison, après tout.
— D'a-ccord. Shiki ne peut pas discerner la moindre once de foi dans ce mot prolongé. Satoru-oniichan hausse les épaules. Beh je suis occupé avec le lycée, qu'est ce que tu veux que j'te dises ? »
Daisaku-sama fredonne doucement. Puis, délibérément insouciant ;
« Pourtant, je vois que tu as pris le temps de faire connaissance avec ta nouvelle cousine ici. J'espère que Shiki-chan n'a pas été trop difficile à gérer. »
La façon dont il parle peut être aimable et « grand-père », mais Shiki n'y place pas la moindre once de confiance. Elle n'aime pas non plus l'implication derrière ses mots, comme si Shiki était sa charge à lui et que son comportement reflétait sur lui, quelqu'un qu'elle n'a rencontré qu'une seule fois – et pas exactement dans des circonstances idéales. Bien qu'il ne regarde pas Shiki avec la même attente qu'Ima-san, il ne fait aucun doute qu'il est lui aussi quelqu'un qui veut quelque chose de Shiki pour ses yeux nouvellement maudits.
La petite fille regarde les lignes rouges tracées sur le vieil homme, puis baisse le regard.
« C'est une bonne fille, répond Satoru-oniichan avec désinvolture. Satoru-oniichan... il a les yeux maudits aussi, n'est-ce pas ? Comment gère-t-il ça ? Comment gère-t-il... ça ? Je passerai pour voir comment elle va de temps en temps, alors ne sois pas surpris de me voir plus souvent dans le coin ! Je pourrais l'emmener avec moi à l'école encore quelques fois à l'avenir, et-
— Cela ne serait pas sage, Satoru-kun. »
Sa cousine s'immobilise. Autour d'eux, plusieurs personnes semblent presque se ratatiner sur elles-mêmes, retenant collectivement leur souffle.
« Oh ? »
En face d'eux, Daisaku-sama s'incline très légèrement.
« Loin de moi l'idée de faire preuve d'un quelconque manque de respect, naturellement. Mais considérant l'incertitude entourant cette capacité que lui confèrent ses yeux, et de compte que l'enfant n'est absolument pas entraînée – pour ne pas mentionner également le fait qu'elle se remet encore d'un coma médical – il serait d'autant plus sûr pour elle de rester dans l'enceinte du clan pour sa propre protection. »
Satoru-oniichan arque un sourcil derrière la monture noire de ses lunettes de soleil.
« Elle ne sera jamais plus en sécurité qu'avec moi. »
Ces mots confiants vont au-delà de l'arrogance et directement vers quelque chose qui est dit comme une vérité absolue, presque comme s'il déclarait que le ciel est bleu ou que l'herbe est verte. Shiki sera en sécurité avec Gojo Satoru.
La petite fille porte son regard vers son cousin, les yeux écarquillés. En face d'eux, Daisaku-sama sourit patiemment.
« Je ne nie pas ta force, Satoru-kun. Même au tendre âge de seize ans, tu dépasses déjà de loin les talents les plus brillants du clan en termes de puissance brute, loue-t-il. Comme on peut s'y attendre de la part de l'être béni qui détient à la fois le divin pouvoirs de l'infini et le sixième œil...
— Va droit au but.
— ... mais tu dois comprendre que personne n'est parfait, continue l'aîné sans hésiter. Ta force est peut-être plus que suffisante pour repousser les personnages peu recommandables qui vous ciblent, mais il serait prudent de prendre plus de précautions pour cette petite cousine. Elle a du potentiel, certes, mais elle est encore faible et inexpérimentée. Il y a une raison pour laquelle nous avions placé des protections d'obscurcissement autour de l'hôpital... avant que tu ne les détruise à toi seul lorsque tu l'as emmenée avec toi.
— Tu me fais pas confiance pour la garder en sécurité. Déclare Satoru-oniichan d'un ton neutre, avec une légère trace de danger dans son ton. Alors, tu veux faire quoi ? La garder enfermée dans le complexe pour étudier tranquillement ses yeux ?
— Les mots que tu utilises, Satoru-kun, honnêtement... Daisaku-sama pousse un soupir exagéré, presque blessé, avec lassitude. C'est simplement pour le bien de la fille qu'elle soit au moins entraînée avant d'avoir carte blanche en dehors du complexe, ne penses-tu donc pas ? Exactement comme ce que nous avons fait pour toi pendant ton enfance, si tu t'en souviens. Et même à l'époque, il y a eu quelques de catastrophes évitées de justesse. »
— Ouais, pas mal de catastrophes pour un endroit où l'on est censé être bien protégé. »
L'aîné fronce les sourcils d'un air réprobateur.
« Les protections sur l'enceinte du clan dissuadent les intentions malveillantes-
— Dissuasion, bien sûr. Mais il y a encore des solutions de contournement, t'oublies ça ? Satoru-oniichan hausse les épaules. En plus, si on parle de barrières, y'a pas meilleur que les barrières placées par Tengen, comme celles sur l'école-
— Les protections de l'école se concentrent sur la dissimulation. En termes de défense, le complexe du clan est plus sûr contre les attaques dont la fille aura besoin de protection. »
L'adolescent claque sa langue.
« Je suis pas d'accord. Allez, sois honnête avec moi, qu'est-ce qui se passe avec cette réaction bizarre ? Pourquoi tu veux autant pour la garder enfermée ? Même si c'est juste à cause de ses yeux, c'est toujours pas une raison pour en faire trop comme ça.
— Malheureusement, Ima n'a pas été exactement la plus discrète lorsqu'elle a ramené la fille au clan pour la première fois, ce qui a déclenché beaucoup de rumeurs. Nous souhaitions travailler à réduire les langues qui se déchaînent après avoir confirmé la situation de la fille, mais ensuite il y a eu... sa deuxième hospitalisation. Et puis tu l'as ouvertement amenée dans ton école, ce qui n'a pas vraiment aidé les choses, explique sèchement Daisaku-sama, et soupire. Nous faisons attention à elle maintenant. Nous avons même reçu une missive du clan Kamo l'autre jour, exprimant leur intérêt à voir ce nouveau sixième œil.
— Quoi, sérieusement ?
— Oui. Nous avons refusé, bien sûr, en précisant que le rétablissement de la fille avait la priorité sur tout le reste – mais cela n'a aucune importance, pour le moment. Le vieil homme se retourne et porte finalement son attention sur Shiki.
— Bien que nous t'ayons gardé isolé pour ta propre protection, je comprends pourquoi tu souhaitais visiter l'école, Shiki-chan, dit-il. Quel était son nom... ah. Nanami Kento-kun, c'est bien ça ? »
Shiki ne dit rien en réponse, mais peut-être que son silence suspect parle suffisamment de lui-même. Daisaku-sama soupire à nouveau, sonnant comme un vieil homme.
« J'admets que certaines méthodes du clan peuvent sembler un peu... exécutées avec une main lourde, pourrait-on dire... mais nous avons à cœur vos intérêts, il agite la main. Bien que ta loyauté envers ta famille soit louable, tu as maintenant la responsabilité d'apprendre à exploiter correctement le pouvoir dont tu as été dotée. Cela vient en premier et avant toute autre chose.
—J'en voulais pas du pouvoir. Dit finalement Shiki.
— Sans importance, répond Daisaku-sama sans hésiter, en la réprimandant légèrement. Tu ne l'as peut-être pas voulu, mais ce pouvoir est le tiens, quoi qu'il en soit. »
Les mots ne sont pas durs, mais ils sont certainement irréfutables. C'est la vérité. Même si Shiki aurait préféré avoir ses deux parents en vie et en bonne santé, plutôt que de se réveiller d'un coma d'un an avec des yeux bleus maudits... c'est la réalité avec laquelle elle doit vivre, maintenant.
À côté d'elle, Satoru-oniichan ne dit rien. Peut-être parce qu'il sait aussi que c'est la vérité.
« Les techniques non entraînées sont dangereuses. Potentiellement pour l'utilisateur lui-même, mais plus encore pour les personnes qui l'entourent, surtout si l'utilisateur en question manque de contrôle. » Continue Daisaku-sama. Malgré elle, Shiki repense à la façon dont Kento-ojiichan s'est agenouillé et l'a serrée dans ses bras avec soulagement, des lignes rouges clignotant sur son corps, et Shiki...
La fille serre le poing.
Si elle... s'il y avait eu un accident. Alors, Kento-ojiichan... tout comme cette lame, Kento-ojiichan... ?
« Bon, je crois qu'on s'est trop éloigné du sujet, interrompt soudainement Satoru-oniichan. Donc. En gros, tu dis qu'il y a trop de regards sur elle en ce moment ? Et tu veux qu'elle ait une meilleure maîtrise de sa technique avant de quitter à nouveau l'enceinte.
— C'est la décision du clan sur cette question, oui. »
L'adolescent aux cheveux blancs fredonne, puis se tourne vers la petite fille à côté de sa jambe.
« ... Eh bien, je suppose que je ne suis pas obligé de t'emmener à l'école avec moi. Je peux simplement amener Nanami-kun ici pour toi à la place ! »
Shiki s'illumine un peu. Sa principale préoccupation est simplement qu'elle ne veut pas être empêchée de voir Kento-ojiichan, pas comme ce qu'Ima-san avait fait avant que Satoru-oniichan n'entre dans sa chambre d'hôpital. Bien que...
En face d'eux, Daisaku-sama ne semble pas ravi de cette perspective.
« Satoru-kun, amener des étrangers sur le terrain du clan est généralement mal vu, même si...
— Non ! Je ne veux rien entendre à ce sujet, sourit vivement Satoru-oniichan. Ou alors tu me dis que l'héritier du clan n'a même pas le droit d'inviter des invités comme il le souhaite, hmm ? »
Le regard qui traverse le visage de Daisaku-sama à la suite de cette déclaration donne l'impression qu'il a soudainement mordu dans un citron. Shiki se tourne sur le côté et étouffe un petit sourire.
« ... Bien sûr que non, Satoru-kun.
— Bien, content que nous soyons sur la même longueur d'onde sur ce point, l'adolescent regarde sa jeune cousine. Alors, qu'est-ce que ça te dit dans une semaine ou deux ? Je serai de retour avec Nanami en plus. »
Une semaine. Cela semble... cela semble très long, et si elle est parfaitement honnête avec elle-même, Shiki n'aime pas ça. Elle ne veut pas retourner dans les bâtiments trop luxueux auxquels elle n'appartient pas, ne veut pas vivre avec Ima-san qui ne veut Shiki que pour ses yeux. Mais ce n'est pas comme s'il y avait une véritable alternative. Et... et ce n'est pas comme si celle que lui offrait Satoru-nii était une mauvaise chose, n'est-ce pas ?
Si le clan Gojo veut Shiki à cause de ses yeux, alors ils prendront bien soin d'elle afin de pouvoir l'utiliser à l'avenir. Elle comprend au moins ça.
« Merci, Satoru-oniichan. » C'est tout ce que dit Shiki, ce qui lui vaut un sourire narquois et une rapide caresse sur la tête. Elle semble lui dire ça souvent, réalise-t-elle. Une partie de Shiki ne peut s'empêcher de se demander pourquoi un cousin qu'elle n'a jamais rencontré se donne autant de mal pour elle. Il ne semblait pas particulièrement proche de Kento-ojiichan, à l'école. En fait, il semblait être beaucoup plus proche de Geto-san et Ieiri-san, qui étaient dans la même année que lui. Ils avaient été gentils avec elle, mais... il n'y avait pas vraiment de raison pour qu'ils le soient. Rien à part le fait que Shiki soit la nièce de Kento-ojiichan, et...
Et... ses yeux.
... Elle se sent très ingrate envers la direction dans laquelle ses pensées ont tourné, mais pendant un moment, Shiki se demande si Satoru-oniichan la veut aussi pour ses yeux.
Mais cela n'a pas d'importance. Même si cela s'avère être le cas... Elle est toujours heureuse de l'avoir rencontré. Il l'avait amenée à Kento-ojiichan, et l'amènerait encore, alors que le reste de son clan semblait très déterminé à éloigner Shiki de son oncle. Et... même s'ils ne semblaient pas particulièrement proches, Kento-ojiichan lui faisait confiance.
Et ça suffit à Shiki.
Alors, quand Ima-san cesse de se cacher derrière Daisaku-sama et avance avant de tendre la main vers sa nièce, la petite fille l'accompagne assez facilement. Des doigts froids se referment sur son poignet et la tirent vers l'élégant complexe, et...
« Bienvenue à la maison, Shiki-chan » dit sa tante.
... Elle ne fait pas vraiment confiance à sa voix pour répondre à ça, et choisit plutôt de rester silencieuse.
— ZENITH —
Shiki ne sait pas vraiment à quoi elle s'attendait, après avoir été informée que son entraînement et ses cours commenceraient bientôt. Probablement quelque chose du genre aller à l'école, comme Kento-ojiichan et Satoru-oniichan ? S'asseoir derrière un bureau et se faire donner des livres à lire et des feuilles de travail à remplir ?
Au lieu de cela, on lui présente une épée.
... Ce qui donne en quelque sorte le ton pour les choses après cela.
Les matinées sont remplies de cours d'épée. Shiki se tient dans un dojo trop grand et balance une épée en bois, avec un instructeur strict surveillant chacun de ses mouvements. Étant donné que ta technique semble être largement basée sur la « découpe de lignes », une arme blanche te conviendrait mieux. Les jambes de Shiki se fatiguent trop vite et ses bras manquent de force, et même si cela peut être dû en partie à sa condition physique due au fait d'être alitée depuis si longtemps – eh bien.
Si son père était là, il lui dirait probablement quelque chose sur le travail acharné et le talent, et le fait que le premier soit capable de compenser les manques du second. Mais ce n'est pas le cas. Alors Shiki balance à plusieurs reprises son épée d'entraînement en silence sous le regard attentif de son instructeur au visage impassible jusqu'à ce que ses bras aient l'impression d'être sur le point de tomber. Et puis elle continue à balancer l'épée encore plus.
C'est... adéquat. Mais tu devras faire mieux que ça, Shiki.
Les après-midi ont tendance à varier. Parfois, elle s'assoit avec des livres comme on peut s'y attendre d'une leçon typique, mais le plus souvent, les sujets sont un peu... étranges. Comme comment contrôler l'énergie occulte, ou les bases de la formation de barrières.
Tout cela est plutôt écrasant, pour être honnête. Et malgré tout cela, Shiki est parfaitement consciente qu'elle est constamment jugée et scrutée pour chaque détail, et c'est...
Elle n'aime pas ça. Mais ce n'est pas nouveau.
« Pour ce que ça vaut, dit Satoru-oniichan, le clan veut vraiment que tu réussisses.
— À cause de mes yeux ? Shiki ne prend même pas la peine de regarder son cousin. Les pieds posés en équilibre, elle balance à nouveau l'épée en bois dans ses mains. Cent vingt et un.
— Oui, répond-il franchement. Shiki apprécie au moins cette honnêteté directe. Parce que ton père était un Gojo, et que tu as manifesté une nouvelle malédiction oculaire. Alors maintenant, le clan a investi sur toi. »
Cent vingt-deux. Les bras de la petite fille tremblent, brûlant de douleur, et elle réajuste soigneusement sa position, avant de relever à nouveau la lame d'entraînement.
Cent vingt-trois –
« Bref, je suis curieux, c'est quand que tu vas vraiment leur dire ce qu'est ta technique ? »
Shiki trébuche, manquant de laisser tomber l'épée au milieu de la cour. Satoru-oniichan regarde avec amusement.
« Les anciens l'appellent « Fragilité » pour l'instant, car il semble qu'elle tourne autour de l'application de points faibles à d'autres choses, de manière similaire à la Technique du Ratio de Nanami-kun. Mais ce n'est pas le tableau complet. Pas vrai ? »
Début et fin. Ouvrir et fermer.
« ... Non.
— Hm, je l'avais deviné, Satoru-oniichan semble satisfait de sa confirmation. Il tend la main et tape sur le bord de ses lunettes noires. Tu sais que j'ai le sixième œil, donc je suis assez perspicace ! Surtout quand il s'agit de choses comme ça. C'est assez hilarant de voir comment les anciens tournent toujours en rond à propos de ta capacité. Mais... tu sais ce que fait réellement ta technique, n'est-ce pas ? »
Shiki hoche lentement la tête, puis secoue la tête.
« Hm. Certaines techniques nécessitent d'être découvertes à travers beaucoup d'essais et d'erreurs, mais d'autres viennent avec une... une sorte de compréhension innée, si tu veux, réfléchit pensivement son cousin.. On dirait que tu penches vers la seconde option. Y a-t-il une raison particulière pour laquelle tu essaies de le garder pour toi ? C'est difficile pour les autres d'aider si on sait pas qu'est ce qu'on doit aider. »
La petite fille lui lance un long regard. Satoru-oniichan lève les yeux au ciel.
« Je suis honnête, juré ! Bienvenue dans un clan : tout le monde est un fouineur et aucun secret ne reste caché pour toujours. Il frappe des mains. Mais tu te rends compte que plus tu fais tourner les anciens en bourrique, plus ils essaieront de te garder enfermé dans l'enceinte ? Même moi, j'ai des jours libres pour me promener dehors, tu sais. »
La méfiance de Shiki à l'idée d'expliquer sa technique aux gens qui l'entourent se résume en partie à son malaise envers le clan Gojo dans son ensemble. Mais ce n'est pas la seule raison. Shiki ne fait peut-être pas confiance aux aînés qui attendent quelque chose d'elle, ne fait peut-être pas confiance à Ima-san qui la regarde avec des yeux avides – mais elle ne se fait pas non plus confiance à elle-même, pas avec la nature de sa capacité étant ce qu'elle est.
... Satoru-oniichan est comme elle, cependant. Il a aussi des yeux maudits, donc il sait ce que c'est que de voir des choses qui ne sont pas vraiment censées être perçues par des yeux humains. Même si ce n'est pas la même chose – pour autant que Shiki le sache, le sixième œil du clan Gojo n'implique pas de voir des lignes rouges – c'est quand même similaire, en quelque sorte ? Alors...
Une pensée soudaine la frappe.
« Satoru-oniichan, peux-tu me dire quelle est ma « technique » ? »
L'adolescent aux cheveux blancs agite sa main avec désinvolture dans un vague geste de « couci-couça ».
« Juste les grandes lignes. Tes yeux sont comme les miens, dans le sens où le sixième œil permet une utilisation efficace de l'infini. Je peux dire d'après le flux de ton énergie occulte que tes yeux sont également liés à ta technique, même si je ne peux pas déterminer de quelle manière, exactement.
— Je vois. Shiki reste silencieuse pendant un moment. Elle est mal à l'aise avec sa technique et ses implications, ce qui est une autre raison pour laquelle elle a délibérément évité d'en parler en détail à Daisaku-sama et aux autres pendant si longtemps. Mais si c'est Satoru-oniichan... Je suis... vide, dit-elle finalement. Non, ce n'est probablement pas la bonne façon de formuler les choses. Mais comment pourrait-elle expliquer cela ? C'est déjà assez difficile d'y penser comme un concept, et... honnêtement, elle ne sait même pas vraiment si elle comprend suffisamment cette soi-disant technique elle-même pour expliquer les choses correctement. Mais au moins, elle peut essayer. Et tout a ce même vide. Tout est imparfait, depuis l'instant où ils naissent jusqu'au moment où ils arrivent à leur conclusion. C'est... c'est essentiellement ce que sont les lignes. »
Satoru-oniichan émet un son intéressé.
« Donc les anciens sont sur la bonne voie ?
— ... Je suppose ? Shiki s'arrête et prend un moment pour y réfléchir. D'après eux, je fais... en gros ce que Kento-ojiichan fait avec sa technique, n'est-ce pas ? J'impose un point faible à d'autres choses. Sauf qu'au lieu d'un seul point dans un rapport de sept contre trois, ce sont des lignes pour moi à la place. Mais ce n'est... pas vraiment comme ça.
— Mhm. Et tu penses que c'est quoi la différence entre ta technique et celle de ton tonton ?
— Je n'impose pas de faiblesses à quoi que ce soit du tout, dit doucement la fille. C'est... tout est déjà là. »
Son cousin hausse un sourcil. Shiki a du mal à choisir les mots justes pour ça. Début et fin. Ouvrir et fermer.
« Montre-moi ta technique ? » demande finalement Satoru-oniichan. Ce serait peut-être une meilleure idée, en fait. Il a enlevé ses lunettes de soleil, les yeux bleus fixés sur Shiki alors qu'elle se plie facilement à sa demande.
La petite fille se penche et cueille une fleur qui pousse à ses pieds. Puis, sans fanfare, Shiki passe ses ongles à travers les lignes rouges qui traversent sa surface.
La fleur se fane instantanément dans ses mains et tombe en poussière.
« Ça, commença Satoru-oniichan, c'est définitivement pas la technique du ratio de Nanami. »
Ils sont donc sur la même longueur d'onde. Une douce brise passe et tout est emporté par le vent. La main de Shiki redevient vide.
« Je dirais que c'est... fredonne son cousin. Hé, tu peux le refaire encore avec autre chose ? Je veux juste confirmer quelque chose. »
La petite fille jette un coup d'œil autour d'elle, puis laisse son regard tomber sur son épée d'entraînement en bois.
... Ce truc manquera à personne ?
Quelques instants plus tard, l'épée tombe au sol en morceaux.
Il y a un bref moment de silence. Puis...
« Tes yeux, dit Satoru-oniichan, lentement et pensivement. Tu vois la mort exprimée par des lignes, c'est ça ? »
Shiki a fait de gros efforts pour éviter d'y penser exactement dans ces termes, mais ce n'est pas... inexact. Le regard de son cousin se pose sur elle, perspicace. Contemplatif.
« ... Ok, je peux comprendre pourquoi tu essaies de garder le silence sur quelque chose comme ça. Mais crois-moi, les gens vont le découvrir, tôt ou tard. Sa main ébouriffe ses cheveux. Probablement dans une tentative de geste réconfortant, pour contrebalancer ce qu'il dit. Est-ce que Nanami est au courant ? »
Shiki secoue la tête. Au-dessus d'elle, Satoru-oniichan s'arrête.
« Pourquoi ? » Il n'y a aucun jugement dans sa voix, juste une vague curiosité. Et la réponse à cela est –
Parce que j'ai peur.
Bien qu'elle ne dise pas les mots à voix haute, il semble que son cousin capte quelque chose de ses sentiments malgré tout.
« Nanami n'est pas le genre de personne qui te tournerait le dos ou te traiterait différemment juste pour quelque chose comme une technique dangereuse, rit-il. Ou... hm. Ce n'est pas ce qui t'inquiète vraiment, n'est-ce pas ?
— Je fais confiance à Kento-ojiichan, répond doucement Shiki. Oui. Elle fait confiance à son oncle sans réserve, mais quand il s'agit de Shiki elle-même –
— Donc c'est quelque chose de ton côté, conclut son cousin, avant de lui offrir un sourire d'un air charmeur. Allez, crache. Le contrôle n'est pas vraiment un problème pour toi, n'est-ce pas ? Assure-toi juste de ne pas couper les lignes que tu ne veux pas couper, et tu es en or. »
C'est facile à dire pour lui, certainement. Mais se réveiller chaque matin à la vue de lignes rouges partout, partout, partout, sachant que cela signifie la mort... c'est une chose de voir les lignes rouges sur Ima-san, envers qui Shiki est globalement indifférente, et une autre chose de voir les mêmes lignes sur Kento-ojiichan. Kento-ojiichan manque à Shiki, et elle veut le voir, veut être avec lui et voir par elle-même qu'il va toujours bien – mais en même temps, elle ne le veut pas non plus. Est-ce que ça a du sens ?
(Elle pense que c'est peut-être en partie la raison pour laquelle elle s'est attachée à Satoru-oniichan en si peu de temps, en plus du fait qu'ils sont les seuls à avoir les yeux maudits. De toutes les personnes qu'elle a vu depuis son réveil, Satoru-oniichan est celui qui a le moins de lignes rouges sur le corps, et c'est... rassurant, dans un sens.)
« Tu n'es pas la seule à avoir une technique dangereuse, lui dit Satoru-oniichan. Crois-moi, certaines sont bien plus difficiles à contrôler, et encore plus difficiles à utiliser correctement. Aie un peu plus confiance en toi, d'accord ? »
Shiki fait un geste vers ses yeux.
« Est-ce que ça ne devient pas... ça ne devient jamais fatiguant de voir des choses comme ça ?
— Tu crois que ça sert à quoi les lunettes de soleil ? est la réponse nonchalante qu'elle obtient. Shiki ne se rend même pas compte qu'elle fait la moue jusqu'à ce que son cousin lui donne un coup dans la joue sans trop de douceur. Tu peux aussi inscrire des sorts sur des verres, pour voir si ça peut aider. »
Oh.
« Il existe des sorts qui peuvent faire disparaître les lignes ?
— Ça devrait être faisable, Satoru-oniichan se gratte le menton, puis hausse les épaules. Tu devrais te renseigner auprès de certains fabricants d'outils du clan à ce sujet. En tout cas, ça ne ferait pas de mal de demander. »
Shiki se réjouit un peu à l'idée de ne plus avoir à voir des lignes rouges mortelles partout et partout où elle regarde. Cela ne fait pas de mal, mais parfois tout cela est si accablant et...
« Satoru-sama, Shiki-sama. »
... Shiki ne pense pas qu'elle s'habituera un jour à être « -sama ». C'est bizarre. Quoi qu'il en soit, les deux enfants aux cheveux blancs se retournent simultanément à l'appel, pour voir Rie-san aux cheveux noirs pliée en une révérence de serviteur.
« Je suppose que c'est mon signal pour partir, Satoru-oniichan pousse un gros soupir, puis sourit à Shiki. Nanami-kun a été appelé pour une mission à la dernière minute cette fois, mais je m'assurerai de le faire venir la prochaine fois. Pense à ce que tu voudras lui dire, hein ? »
La petite fille hoche la tête.
« Super. Sois sage et essaie de ne pas causer trop de problèmes ! Ne parle pas aux étrangers et ne commence pas de bagarre, d'accord ?
— Oui, Satoru-oniichan » répond patiemment la petite fille en réponse aux taquineries idiotes de son cousin.
— ZENITH —
Trois jours plus tard, Shiki reçoit une invitation pour visiter le Kamo
