Bonjour à toutes et à tous ! J'espère que vous allez bien. On se retrouve aujourd'hui pour le sixième chapitre de SAMLD !

.

tyffaine bally : Oui, ça donne des ailes à Ron et Pansy d'être au Terrier ! XD C'est exactement ça, chaque couple a besoin d'y aller à son rythme ! Draco va un peu vite en besogne XD Un mariage n'est pas à l'ordre du jour entre Severus et Tonks, mais je pense qu'ils finiront quand-même par se marier *-* Dans cette histoire, on a effectivement un Ron plus mature et plus sérieux, même s'il lui a fallu du temps pour qu'il se consacre à ses études, ainsi qu'un déclic qu'il aurait pu avoir plus tôt et pas à quelques semaines des BUSE XD Mais c'est le côté imprévisible de Ron qu'on a dans la saga ^^ Je suis entièrement d'accord avec toi ! Dans les fictions, on a la possibilité de rendre les gens meilleurs, sans pour autant les dénaturer, et Ron a pourtant trop souvent le mauvais rôle… Tu as parfaitement bien décrit Ron ! Je n'aurais pas mieux résumé moi-même XD Harry sera bientôt de retour chez Sirius et Remus, promis ! =D Merci pour ta review *-*

.

Merci à tous ceux qui continuent de lire cette histoire, je vous laisse avec ce nouveau chapitre qui fait 14 000 mots, comme le précédent. Je n'étais pas sûre d'inclure l'ouverture de la boutique dans ce chapitre, et finalement, ce sera dans le suivant, car sinon, j'aurais dû la couper en deux et ça ne me plaisait pas du tout XD Je vous souhaite une agréable lecture, et on se retrouve en bas !

.

.

6 – Nouvel ami, tensions et blocage

.

.

(mercredi 10/07) POV Terry

.

Si Terry avait craint que l'été serait long, loin de Hermione, de la bande et de ses meilleurs amis, il avait rapidement été détrompé. Et pour cause : il assisterait à pas moins de dix conférences, il verrait deux ou trois fois Judith, Miguel et Amy, il accueillerait Hermione pendant une semaine, il irait à l'anniversaire de Ginny, où il y aurait toute la bande… Le seul bémol, c'était qu'Anthony et Michaël ne seraient pas libres de toutes les vacances. Anthony était embauché tout le mois de juillet dans une épicerie sorcière, et il irait du premier au trente août en Allemagne où il avait de la famille. Michaël, lui, grand sportif dans l'âme, s'était lancé le défi de faire trois grands voyages à vélo avec des cousins un peu plus âgés que lui. Bien que sa famille était d'ascendance sorcière depuis cinq ou six générations, elle conservait un lien très étroit avec le monde moldu. Michaël était donc familier avec les sports, véhicules, objets et concepts moldus. Mais même si ses amis lui manquaient, Terry était heureux pour eux. Ils allaient faire ce qu'ils aimaient, et c'était le principal pour lui.

Ce jour-là, Terry avait une journée chargée. Le matin, il devait aller sur le Chemin de Traverse pour s'acheter un hibou. C'étaient ses parents qui l'avaient incité à y aller, lorsque Terry avait confié une lettre à leur hibou fraîchement revenu après être allé poster celle qui était adressée à Hermione. Les parents de Terry avaient estimé que le pauvre messager aurait bien trop de lettres à acheminer avec Terry qui allait écrire toutes les semaines à Anthony, Michaël, Hermione, Lisa et Pansy, et au moins deux ou trois fois par mois à Harry, Ron, Ginny, Draco, Blaise, Théo et Justin. S'ils n'échangeaient pas de tout l'été, ils auraient bien trop de choses à se dire à la rentrée, et avec l'année qu'ils allaient avoir, il allait être ardu de se réserver suffisamment de soirées pour tout se raconter ! À l'heure qu'il était, il avait eu une lettre de Pansy qui lui avait relaté ses premiers jours de vacances, une lettre de Ron qui lui avait fait part de ses séances d'entraînements de potions, et une lettre de Blaise qui lui avait décrit sa première semaine de stage. Tout était absolument passionnant, et Terry avait très hâte d'être en septembre pour avoir plus de détails. C'était lui qui avait contacté Pansy, Ron et Blaise en premier. Autant dire qu'Arès n'avait pas chômé ! Mais il aurait très prochainement un collègue avec qui il se répartirait les tâches. La mère de Terry songeait même à prendre un autre hibou pour toute la famille. Ce qui ne serait pas de trop avec toutes les missives de Terry !

L'après-midi, il avait une conférence à laquelle il irait avec Roger Curtis, un élève de Poufsouffle de sa promotion. C'était sa troisième conférence, et sa première avec Roger. Ses parents ne seraient pas là lorsque les Curtis arriveraient, mais ils s'étaient rencontrés deux jours plus tôt afin de tout régler. Ils avaient fait connaissance et s'étaient organisés de manière très fluide. Il avait été décidé que les Curtis viendraient avec une heure d'avance pour qu'ils ne soient pas pressés par le temps.

Jetant un coup d'oeil à l'horloge du salon, Terry constata qu'il était presque dix heures. «Allons-y, ou je vais devoir me dépêcher» se dit-il. C'était par cheminée qu'il irait au Chemin de Traverse, via le Chaudron Baveur qui, outre le transplanage, était le point d'accès privilégié des sorciers à l'allée commerciale. Dylan et Deborah avaient fait relier leur cheminée à celle de l'auberge au cours de la deuxième année de Terry à Poudlard, afin que, durant l'été, il puisse aller sur le Chemin de Traverse quand il le souhaiterait, jugeant qu'à treize ans, il était assez grand pour s'y déplacer et s'y balader seul. Cette fois-ci, ils auraient néanmoins aimé accompagner leur fils, mais ils travaillaient toute la journée. C'était pour cela que la conférence de ce jour-là était l'une de celles auxquelles Terry allait avec un ou une de ses camarades.

Après avoir vérifié qu'il avait bien tout sur lui, Terry se dirigea vers la cheminée. Il se saisit du bol de poudre, en piocha une petite poignée et la sema dans l'âtre après avoir prononcé sa destination. Il atterrit au bout de deux minutes dans la cheminée du Chaudron Baveur. Tandis qu'il s'époussetait, il aperçut Théo qui riait avec un de ses collègues. Il n'osa pas les déranger, mais ce fut Théo qui lui fit signe en croisant son regard. Terry s'approcha d'eux et oublia sa gêne face au visage bienveillant du garçon qui était avec Théo.

- Coucou ! lança celui-ci. Comment vas-tu ?

- Bien, et toi ? Tu es de repos, aujourd'hui ?

- Ce matin, oui. Je commence à quatorze heures. Là, je suis avec John, c'est un de mes collègues et le neveu des patrons. John, voici Terry, un de mes amis de Poudlard.

- Ah, c'est l'un des membres de la fameuse bande ! s'exclama John. Je vais essayer de me rappeler ce que tu m'as dit… Terry, tu es un… Poufsouffle ?

- Non, raté, Serdaigle, corrigea Terry, amusé.

- Zut. Oh, si tu es à Serdaigle, tu es préfet et tu ne fais pas de Quidditch ? C'est ce que j'ai retenu du seul Serdaigle du groupe…

- C'est ça !

- Eh bien enchanté, tu es le premier ami de Théo que je découvre ! Mais contrairement à lui, je suis de service actuellement. Je ne faisais qu'une petite pause, c'était calme au niveau des clients, mais ça va bientôt affluer. On aura peut-être l'occasion d'échanger plus longtemps une autre fois…

- Probablement, oui, approuva Terry.

- Cool ! Allez, j'y vais, sinon je vais me faire tancer !

John s'en alla.

- Tu as l'air de te plaire, ici, fit remarquer Terry à Théo. Je ne t'avais jamais vu aussi détendu avec quelqu'un que tu fréquentes depuis peu…

- C'est parce que j'ai des collègues extra. Et j'adore mon job. Ce n'est pas le plus facile, notamment quand on fait des journées entières, mais ça me fait du bien de courir partout. Je mange quasiment à chaque repas avec les autres employés, et l'ambiance est hyper conviviale.

- Je suis ravi pour toi, affirma sincèrement Terry. Ça fait plaisir de te voir heureux comme ça.

- Merci, répondit Théo, touché. Et toi ? Que fais-tu là ?

- Eh bien, je suis à la recherche d'un hibou. Qu'est-ce que tu me conseillerais, toi ? La ménagerie ou le Royaume des Hiboux ?

- Si tu veux de la diversité, le Royaume des Hiboux. Si tu veux un hibou pas très cher, il vaut mieux aller à la ménagerie. Mais il y a des hiboux et des chouettes à des prix très corrects au Royaume des Hiboux. C'est juste qu'il y en a bien plus là-bas et que la plupart sont plus chers qu'à la ménagerie.

- Bon, j'irai à Eeylops, et si c'est au-delà de mes moyens, je me rabattrai sur la ménagerie. Mais le truc, c'est que je ne suis pas très avisé sur les hiboux…

- Je ne suis pas un expert, mais j'ai de solides bases, informa Théo.

- Tu voudrais bien y aller avec moi ?

- Bien sûr, je n'ai rien à faire et ça nous permettra de bavarder…

- Super !

Ce fut sur cet élan d'enthousiasme que Terry et Théo quittèrent le Chaudron Baveur pour se rendre à Eeylops. Terry n'y allait pas souvent, et jusque-là, il n'avait pas vraiment fait attention à la variété et à la quantité de hiboux qu'il y avait. Il avança lentement avec Théo, qui fut un véritable guide, lui présentant la race de chaque hibou et de chaque chouette, leurs atouts, leurs faiblesses, ce pour quoi ils étaient faits (trajets courts, trajets longs, courrier léger, courrier lourd), leur alimentation… Terry l'écouta scrupuleusement et grâce à ces renseignements, il eut une idée bien précise de ce qu'il lui fallait comme hibou. Il en examinait un à sa gauche quand un hululement sur sa droite l'intrigua. Il tourna la tête et vit Théo qui grattait le cou d'une chouette.

- Tu t'es fait une amie ? plaisanta Terry.

- En quelque sorte, oui, rigola Théo. C'est une chouette que j'ai sauvée lors de mon premier séjour sur le Chemin de Traverse. Il y avait eu un gros bruit, ça l'avait effrayée, comme les autres résidents de l'animalerie, et elle s'était coincé une aile dans un des interstices de sa cage. J'avais délogé son aile et depuis, elle me dit bonjour dès que je passe devant elle.

- C'est trop mignon… Elle doit être de nature sociable.

- Eh bien… pas tant que ça. Avec les employés, oui, mais pas avec les clients. Elle refuse de se faire adopter. Elle rue dans sa cage et tente de pincer les doigts des clients qui vont avec elle à la caisse. Si elle fait ça pour les dissuader de l'acheter, ça marche, car tous les clients se résignent à s'orienter vers une autre chouette ou un autre hibou.

- Ah ouais, elle est très particulière, cette chouette… Et elle a du caractère !

- C'est une chouette chevêche, ou chevêche d'Athéna. Mais selon moi, elle a un ancêtre d'une autre espèce, car elle n'a pas l'air sévère spécifique à cette race, conféré par leurs épais sourcils froncés. Mais c'est tout ce qui lui manque. À part ça, elle a tout de la chouette chevêche. Mais il est difficile de déterminer son autre origine… Il y en a qui se ressemblent énormément.

- Oui, il y en a que je serais incapable de distinguer les unes des autres… En tout cas, cette chouette est très belle. Celui ou celle qui réussira à l'avoir aura de la chance.

Après une dernière caresse de la part de Théo, Terry et lui s'éloignèrent de la chouette récalcitrante. Ils observèrent une vingtaine de chouettes et de hiboux, dont quatre plurent à Terry, mais ils étaient trop chers pour lui.

- Oh, elle est jolie, celle-là !

Terry s'était arrêté devant une chouette marron avec des traces blanches.

- C'est une chouette tachetée, déclara Théo. Elle est strictement nocturne, mais elle saura s'adapter à la vie en volière.

- Ça ne va pas être trop brusque pour elle ? Ça ne va pas trop la perturber ?

- Non, pas du tout, il faudra juste lui laisser du temps pour s'acclimater. Mais si ça t'inquiète d'avoir une chouette exclusivement nocturne, il y en a qui sont à la fois diurnes et nocturnes…

Terry secoua la tête.

- Non, j'ai eu un coup de coeur pour celle-là… Elle m'a tapé dans l'oeil. Pour quel type de trajet et de courrier est-elle faite ? Et quelle est son alimentation ?

- Les courriers de poids modéré et les trajets longs et moyens feront très bien l'affaire. Pour ce qui est de l'alimentation, elle chasse les oiseaux et les petits mammifères. Mais en hiver, ces proies se font rares dans le ciel et sur terre.

- Comment font les hiboux et les chouettes de la volière pour se nourrir, du coup ?

- C'est Hagrid qui leur apporte des substituts, dont un mélange fabriqué par le professeur Snape.

- Oh, cool… Tu disais que tu n'étais pas un expert en chouettes et hiboux, mais tu es tout de même bien calé.

- Je suis fan d'animaux et de créatures, je me suis documenté autant que j'ai pu, mais je n'ai pas fait d'études de vétérimage, de magizoologiste ou de soigneur animalier… Mais ce sont des métiers que je projette de faire après ou en parallèle de ma carrière de potionniste. As-tu réfléchi à un nom pour un hibou ou une chouette femelle ?

- Oui, j'en avais trois hier, ça a été très dur d'en élire un, car ils me plaisaient tous, mais j'ai fini par opter pour l'un d'entre eux.

- Quels noms avais-tu ?

- Hygie, Gaïa et Calypso.

- Je parie que tu as choisi… Calypso.

- Comment tu as deviné ? s'étonna Terry.

- C'est le nom qui, pour moi, allait le mieux à une chouette.

- C'est exactement ce que je me suis dit ! Bon, après, en fonction de la couleur, je l'aurais peut-être nommée autrement. Mais en l'occurrence, ce nom lui va très bien. Et le prix aussi me va très bien. J'aurais été dégoûté s'il avait été trop élevé…

- Tu as vraiment craqué pour cette chouette, constata Théo.

- Oui, c'est comme si elle était faite pour moi… Bon, allons-y.

Terry s'empara de la cage et l'emmena à la caisse avec Théo. Une fois l'achat réglé, ils sortirent de l'animalerie.

- Merci pour ton aide, Théo. Sans toi, j'aurais bien galéré !

- Il n'y a pas de quoi, j'étais libre et c'était dans mes cordes. Et franchement, il n'y aurait plus rien à espérer de l'humanité si on n'aidait plus ses amis…

- Oui, mais je t'ai arraché à ton collègue…

- Il soufflait juste quelques minutes.

- Ah oui, c'est vrai. Au fait, tu m'as dit que ça allait très bien avec tes collègues. Et les clients ?

- C'est pareil avec eux. Évidemment, il y a des idiots, des râleurs et des casse-pieds, comme partout ailleurs, mais la grande majorité d'entre eux sont très gentils.

- Tant mieux. Qui sont les idiots, les râleurs et les casse-pieds ?

- Les râleurs, ce sont ceux qui se plaignent de tout. Les casse-pieds, ce sont ceux qui nous font faire de multiples va-et-vient entre la salle et la cuisine pour du pain, du sel plus fin, de l'eau plus fraîche, et qui, au bout de trois ou quatre requêtes, demandent à ce qu'on réchauffe le plat car c'est froid…

- Ils abusent, ils peuvent le faire eux-mêmes…

- Dans une auberge, un pub ou un restaurant, c'est aux cuisiniers de le faire, car il y a une technique à avoir pour que le sort ne fasse pas perdre de la saveur.

- Oooh, je n'étais pas au courant… Et les idiots ? Qui sont-ils ?

- Ce sont ceux qui font des réflexions stupides ou méchantes. Mais les clients appartenant à ces trois catégories sont vraiment minoritaires. Et même si, parfois, c'est dur à gérer ou à encaisser, après, on en rit bien avec les collègues. On se partage nos anecdotes de la journée, on vide notre sac et ça fait du bien. Mais selon John et d'autres employés, je n'ai pas encore eu à faire au pire des clients. Il est en vacances, apparemment.

- Pourquoi est-il considéré comme le pire des clients ?

- Parce qu'il est exécrable. Mais il fait tout dans la finesse, ce qui fait que les employés n'ont rien de concret à dénoncer aux patrons… Ça se joue dans les sous-entendus, les allusions, les regards…

- Je vois le genre, grimaça Terry. C'est typiquement le gars qui est irréprochable devant le patron et qui, par derrière, a une attitude très douteuse avec les employés… Qu'il prolonge ses vacances, ça en fera à tout le monde.

- Ça, c'est bien dit ! Bon, et toi, tes conférences ?

- J'en ai eu deux, jusque-là, et c'était génial !

Terry raconta à Théo tout ce qu'il avait appris au cours des deux premières conférences.

- J'en ai une cet après-midi, et j'y vais avec Roger Curtis.

- Avec qui es-tu allé aux deux autres ?

- Avec Megan Jones. À la base, ça ne m'emballait pas trop, d'y aller avec elle, à cause de l'attitude qu'elle a avec Pansy dans leur dortoir, et de sa participation indirecte au harcèlement dont Harry a été victime. Mais le professeur Black avait soumis l'hypothèse que Megan et Tracey n'étaient peut-être pas les mêmes à Poudlard qu'en-dehors de l'école. Et il avait totalement raison. Je n'ai pas trop osé aborder Megan avant la première conférence, mais on a eu plus de temps avant la deuxième et cette fois, j'ai engagé le dialogue avec elle. On a brisé la glace et elle s'est révélée être une fille tout à fait différente de celle qu'elle est à Poudlard. Comme l'avait suggéré le professeur Black, elle est sous l'influence de Millicent Bulstrode, tout comme Tracey Davies. Elles se sont rapprochées de la mauvaise personne dès leurs premiers jours à Poudlard, et aujourd'hui, elles le regrettent. Elles sont sous la coupe de Bulstrode et elles se forcent à être des personnes qu'elles ne sont pas.

- C'est horrible, murmura Théo.

- Je l'ai convaincue d'en référer au professeur Snape, vu qu'il est son directeur de maison, mais elle ne le fera pas si Tracey ne la suit pas dans sa démarche. Si leur amitié avec Bulstrode est factice et toxique, celle qui les unit toutes les deux est belle et sincère. Elles sont dans le même bateau depuis cinq ans et ça les a énormément soudées. L'une ne va plus sans l'autre. Un peu comme Harry, Ron et Hermione, Anthony, Michaël et moi, ou Draco, Blaise, Pansy et toi…

- Mais Bulstrode est là et elle gâche tout.

- C'est ça.

- Prions Merlin pour que Tracey suive Megan et que Bulstrode ne leur fasse pas subir de représailles par la suite…

- C'est bien cela qui effraie Megan. Mais je lui ai dit que la meilleure chose à faire si ça se produit, c'est de se plaindre auprès du professeur Snape. Et c'est ce qu'elle fera. Mais, là aussi, à condition que Tracey soit avec elle. Elles verront tout cela ensemble durant l'été.

- Il n'y aura pas Bulstrode avec elles ?

- Non, c'est ça qui est bien. Elles ne seront que toutes les deux, Bulstrode n'étant pas dispo pendant les vacances. Megan ne paraissait pas déçue quand elle m'a dit ça, bien au contraire, et elle ne s'en est pas cachée. C'est ce qui m'a permis de la lancer sur le sujet de son amitié avec Bulstrode.

- Et d'avoir ses confidences… Tu sais faire parler les gens. Un vrai futur Auror en herbe ! À moins que ce ne soit ton âme de préfet…

- Ou les deux à la fois, renchérit Terry. Après tout, les préfets sont un peu les Aurors de Poudlard… Bon, je ne vais pas tarder à y aller. La conférence est à quatorze heures mais les Curtis seront chez moi à treize heures pour qu'on ne soit pas trop pressés par le temps. Mais avant que je n'y aille, est-ce que tu iras après-demain à l'inauguration de la boutique des Weasley ?

- Oui, ce sera mon jour de repos, ce serait bête de ne pas en profiter… Surtout qu'il y aura presque toute la bande. Harry avait prévu d'y aller, et comme il est chez Draco, il ira avec lui. Même cas de figure pour Pansy qui est chez Ron et Ginny. Comme Ginny y va, et comme il n'aura son stage que le matin, Blaise sera là en début d'après-midi. Il n'y a que Justin et Hermione qui ne seront pas là. Mais même s'ils avaient pu, pas sûr qu'ils y seraient allés.

- Oui, ça tombe bien, du coup, commenta Terry. Mais c'est cool, on sera quasiment tous réunis ! Ça va être bien. Mais ça m'étonne que tu veuilles y assister. Ce ne sera pas du tout sérieux et il y aura du monde…

- Ah, donc pour toi, ce ne serait pas mon truc ? As-tu oublié la soirée dans la salle sur demande avec les cinq élèves par maison ? Est-ce que l'ennui ou le malaise se lisaient sur mon visage ?

- Non, admit Terry.

- Je ne suis pas le garçon le plus fêtard de la Terre, mais de temps en temps, j'aime bien me vider la tête et m'amuser. Et après dix jours de travail à faire le service, la plonge, le ménage et les lits, une journée loin de tout ça et pleine de légèreté me fera le plus grand bien ! Comme je te l'ai dit, j'adore mon job, mais il est épuisant. Mais pour rien au monde je n'y renoncerais !

Terry sourit.

- Ça, je n'en doute pas. C'est fou comme tu as l'air épanoui et heureux… Je serais même limite prêt à te conseiller de lâcher tes études à Poudlard et te faire embaucher sur le long terme au Chaudron Baveur !

Théo éclata de rire.

- Non, n'abuse pas ! J'ai beau y être bien, je ne vais pas tout plaquer pour faire de ce job un emploi définitif ! Mais je ne serais pas contre rempiler pour les deux prochains étés…

- Oh, tu vas être tellement efficace cet été que ce sont tes patrons eux-mêmes qui vont te supplier de revenir ! Bon, j'y vais, sinon je vais aller à la conférence le ventre vide…

Théo acquiesça et accompagna Terry au Chaudron Baveur où ils se séparèrent. Tandis que Théo alla rejoindre ses collègues pour déjeuner, Terry utilisa la cheminée pour rentrer chez lui avec Calypso qui allait connaître son premier voyage par voie de cheminée ainsi que sa toute nouvelle maison…

.

Une heure plus tard, Terry avait mangé et s'était occupé de Calypso qui n'avait pas perdu de temps pour aller se dégourdir les ailes. Tout en faisant la vaisselle du matin et du midi, Terry songea à la conférence et à ses contacts inexistants avec Roger Curtis. C'était à peine s'il s'apercevait de sa présence en cours… Cette année-là, il n'y avait eu que deux occasions où il avait entendu son nom : lorsqu'Ernie avait dû être remplacé au poste de préfet de Poufsouffle, Roger ayant figuré parmi les potentiels candidats, et lorsque Harry avait fait part à la bande de la stupide remarque que Roger lui avait faite à propos du traitement de faveur que lui octroierait leur professeur de métamorphose s'il était en retard à son cours. Cette pique n'avait été rien comparée à ce qu'avaient dit à Harry tous les Serpentard qui l'avaient embêté quand la relation entre ses tuteurs avait été découverte, mais il avait tout de même été blessé. Par la suite, Roger s'était cependant excusé auprès de Harry après avoir été convoqué par sa directrice de maison, et Harry avait bien senti que Roger était sincèrement désolé de l'avoir accusé d'être avantagé par le professeur Lupin, de par son idylle avec son parrain. Malgré tout, Terry avait le don de se faire emmener aux conférences par des élèves qui avaient contribué au harcèlement qu'avait vécu Harry. Mais, de toute façon, cela aurait été très difficile de tomber sur un élève qui n'avait jamais tourné le dos à Harry. Même Justin, qui était dans la bande, et Ron, qui était le meilleur ami de Harry, s'étaient au moins une fois mal conduits avec lui !

Terry terminait d'essuyer une assiette quand des coups furent frappés à la porte. Il rangea l'assiette et alla ouvrir.

- Bonjour, Terry ! le salua Mr Curtis. Comment vas-tu ?

- Bien, merci, et vous ?

- Ça va très bien.

Terry discuta quelques minutes avec les Curtis, puis ils transplanèrent à l'endroit où se déroulerait la conférence. Mr et Mrs Curtis s'assurèrent que Terry et Roger allaient bien, et s'éloignèrent ensuite pour qu'ils puissent être entre eux. Ce fut Roger qui s'adressa à Terry :

- Tu dois être sacrément attiré par le métier d'Auror pour avoir fait en sorte de participer à toutes les conférences…

- Oui, mais c'est également pour être bien certain que c'est fait pour moi et que c'est bien ce métier que je souhaite exercer. Car la réalité ne correspond pas toujours à l'image qu'on s'en fait… Et toi ? Est-ce par vocation que tu es ici ?

- Oui, je désire être Auror depuis que je suis tout petit.

- Qu'est-ce qui te plaît dans ce métier ?

- Tout. Le fait d'être sur le terrain, faire des enquêtes, explorer des pistes, examiner tout un éventail de possibilités, les éliminer jusqu'à n'en avoir plus que quelques-unes, arrêter tous ceux qui mettent en danger la société… Ce n'est pas juste le fait de me battre contre des méchants ou d'envoyer des dealers à Azkaban qui me fascine, même si les sortilèges et les potions sont mes points forts.

- C'est une bonne chose. Car ce sont de très hauts résultats qui sont exigés aux ASPIC pour accéder à la formation d'Auror…

- Oui, et pour l'instant, j'ai le niveau nécessaire dans les cinq matières où il y a une note minimale à avoir. Aux BUSE, j'ai eu un Optimal en botanique, potions et sortilèges, et un Effort Exceptionnel en Défense Contre les Forces du Mal et métamorphose. Mais j'ai bien conscience qu'il ne faut pas se reposer sur ses lauriers, que je vais devoir m'accrocher pour conserver ce niveau, et qu'avoir les notes requises n'est pas forcément suffisant… Il faut viser le maximum.

- Oui, et bien avoir à l'esprit que la difficulté augmente prodigieusement en sixième et en septième année dans toutes les matières…

- Et surtout dans les cours approfondis, même si ce sera le cas aussi dans les cours qu'on aura avec toute la classe. Mais ça fait longtemps que tu es intéressé par le métier d'Auror ?

- Non, à la base, je me destinais à être avocamage. Mais je me suis rendu compte cette année que je préférais persécuter ceux qui font des crimes horribles plutôt que de les défendre.

- Oui, tu veux avoir le beau rôle, quoi, taquina Roger.

- Ou le mauvais, quand on va traquer des innocents…

- C'est l'un des risques du métier. C'est l'argument dont je me sers avec mon petit frère pour qu'il évite de me considérer comme un futur super-héros. Quand il a su que je m'orientais vers le métier d'Auror, il avait quatre ou cinq ans et il était persuadé que j'allais sauver le monde. Il idéalisait les Aurors. On l'a laissé rêver et profiter de sa jeune naïveté, car il était petit, et quand il a eu huit ans, avec mes parents, nous lui avons fait comprendre que les Aurors n'étaient pas ceux qu'il les croyait. Aujourd'hui, il a bien saisi ce qu'étaient réellement les Aurors. Et heureusement, car à onze ans, il est grand temps qu'il fasse la part des choses…

- Oh, il va entrer en première année en septembre, du coup ? Ou il est né trop tard dans l'année ?

- Non, il va bien faire sa première rentrée dans deux mois, et il a hâte !

- Comme tous les jeunes sorciers… Nous avons été comme lui, toi et moi. Merlin que ça me paraît loin… Tu as d'autres frères et sœurs ?

- Oui, deux autres petits frères qui ont respectivement sept ans et quatre ans, et un petit frère ou une petite sœur qui va bientôt agrandir la famille.

- Oh, tu es comme Pansy, tu vas être grand frère sur le tard, même si tu auras déjà deux petits frères quand le bébé naîtra, contrairement à Pansy qui sera grande sœur pour la première fois… Vous avez de la chance. À l'âge de nos parents, c'est de plus en plus compliqué d'avoir des enfants…

- Pas tant que ça pour ma mère. Elle a trente-deux ans, signala Roger. Elle m'a eu très jeune, alors qu'elle n'était qu'en sixième année à Poudlard. Elle avait décidé d'avorter, mais en entendant mon petit coeur battre lors de la première échographie, elle n'a pas pu s'y résigner. Pourtant, elle n'était clairement pas dans les bonnes conditions pour avoir un enfant… Elle n'était plus avec mon père, si tant est qu'ils aient été en couple un jour, elle a appris qu'elle était enceinte à deux semaines et demi des BUSE, et elle avait encore deux ans d'études à faire à Poudlard… Mais en dépit de tout ça, elle a réussi à gérer la situation. Elle ne m'a jamais dit qui était mon père biologique, mais ça n'a guère d'importance, car pour moi, mon père, c'est l'homme qui m'a élevé et qui est le père de mes petits frères.

Les paroles de Roger touchèrent Terry. Elles étaient belles et pleines de bon sens et de maturité.

- Et toi ? Si tu estimes que Pansy Parkinson et moi avons de la chance, j'en conclus que tu n'as pas de frères et sœurs ?

- Si, j'ai une grande sœur, mais pas de petit frère ou de petite sœur. En revanche, Judith, ma grande sœur, a eu une petite fille en mars, ce qui fait que j'ai une petite nièce. Elle s'appelle Amy.

- Oh, mais c'est génial ! On est tout l'inverse, toi et moi. Je suis l'aîné, toi tu es le dernier, j'ai deux petits frères, toi tu n'en as pas, je ne suis pas tonton, vu que mes petits frères sont trop jeunes pour avoir des enfants, et toi tu as une nièce !

- Hé oui, c'est ça qui est beau dans la diversité !

- Et on l'illustre très bien… Si ce n'est pas trop indiscret, que fait ta grande sœur, comme métier ?

- Elle est vétérimage.

- Et tes parents ?

- Mon père travaille dans une boutique de cosmétiques et ma mère est journaliste pour Sorciculture.

- Ah ouais, donc ton attrait pour le métier d'Auror n'a été inspiré par personne…

- En fait… si. Miguel, le mari de ma sœur, est avocamage, et c'est probablement grâce à lui que j'ai d'abord voulu faire ce métier. Sauf que je n'étais pas fait pour ça. Et toi, tes parents ? Que font-ils ?

- Mon père est employé au Ministère de la Magie, dans le département de contrôle et de régulation des créatures magiques, et plus précisément dans le service des nuisibles, et ma mère est buccomage à Sainte-Mangouste.

- Ah, toi non plus, tu n'as été influencé par personne dans ton envie d'être Auror…

- Non, ça m'est venu naturellement. Et si on allait boire un truc ? Il y a un stand avec des boissons.

- Avec grand plaisir !

Terry et Roger se dirigèrent vers le stand repéré par Roger. Tout en sirotant un jus de citrouille pour Terry, et un jus de fruits pour Roger, ils continuèrent à bavarder, et ce fut dans une atmosphère très agréable qu'ils patientèrent jusqu'au début de la conférence. À l'instar des deux premières, celle-ci fut passionnante.

Le soir, entre deux bouchées de tourte aux légumes, Terry relata à ses parents la journée très intense qu'il avait eue. Entre sa matinée avec Théo, l'achat de sa chouette, sa conversation avec Roger, et la conférence, ce fut un long récit qu'il fit à ses parents. Ces derniers l'écoutèrent et s'attendrirent de l'entrain avec lequel Terry s'exprimait. Quand ses parents le questionnèrent sur tous les sujets, Terry se dit qu'il avait des parents en or, et qu'il vivait actuellement ses meilleures vacances…

.

.

POV Ginny

.

- Ah là là, les sorciers de nos jours, je vous jure ! Tous plus idiots les uns que les autres…

Ce fut sur ces mots que Mr Weasley s'installa à table après avoir transplané dans le salon.

- Qu'ont-ils fait pour t'exaspérer à ce point ? s'enquit Molly.

- Eh bien, par exemple, des parents vivant dans un village semi-magique ont jeté à la benne un balai miniature qu'ils avaient offert il y a trois ans à leur fille, qui est désormais trop grande pour monter dessus. Sauf que le balai était à la vue de tous et qu'il a intrigué un vieux moldu qui a jugé cela bête d'avoir mis à la poubelle un balai en si bon état. Il l'a récupéré pour en faire cadeau à son petit-fils, afin qu'il puisse jouer avec et faire comme s'il était un sorcier. Car chez les moldus, les sorciers ne sont que des êtres fictifs, et le cliché type d'un sorcier ou d'une sorcière, c'est une personne avec un bout de bois et un balai. Mais le balai déniché par le grand-père était bel et bien magique et a causé une belle frayeur au petit garçon et à ses parents quand le bambin l'a enfourché et s'est élevé d'une cinquantaine de centimètres dans les airs… Ils ont tous dû être Oubliettés et le balai a été transféré dans mon bureau. Comme le prénom et le nom de la petite fille avaient été gravés sur le manche, je n'ai eu qu'à chercher une famille portant ce nom qui habitait dans les environs. Je l'ai localisée très rapidement et c'est en allant les interroger que j'ai eu toute l'histoire de ce balai. Si les parents de la petite fille avaient été plus prudents, il n'y aurait rien eu de tout cela. Le petit garçon aurait pu faire une très mauvaise chute et se blesser gravement…

- Qu'est-ce qu'ils auraient dû faire du balai ? demanda Pansy.

- L'envoyer au service de dépôt, recyclage et neutralisation des objets magiques, comme je l'ai fait.

- Et il y a eu quoi d'autre, comme accidents ? rebondit Ginny.

- Des blagues d'enfants sorciers faites à des enfants moldus avec des savons sauteurs, une bicyclette enchantée, un boomerang à mouvement perpétuel…

- Oui, comme tous les jours, quoi…

- C'est ça. Il n'y a rien eu qui sortait de l'ordinaire. Du moins, concernant mon travail… Car j'ai eu une discussion avec l'Auror Harper qui est sur une enquête en lien avec mon service.

- Le père de Simon ? fit Ginny.

- Oui. Il m'a sondé sur le concept de travail en binôme. Il est très à cheval sur la réussite scolaire de son fils, et il n'est pas favorable à ce que ce concept perdure en cinquième année, car il menacerait l'année des BUSE de son fils qui, en plus, devra assumer ses fonctions de préfet ainsi que son poste d'attrapeur au sein de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Pour lui, ça fera trop, mais il a souligné que la situation de son fils n'était rien à côté de la tienne. Je lui ai fait remarquer que tu aurais autant de responsabilités que ton binôme, et il a cru que je dévalorisais le rôle de co-capitaine et que je ne considérais pas cela comme une responsabilité… Or, je n'étais tout simplement pas au courant qu'il y avait des co-capitaines dans les équipes de Quidditch de Poudlard ! Et que, visiblement, ma fille en serait une… Si tant est que cela soit vrai.

Quatre paires d'yeux convergèrent vers Ginny qui rougit et se trémoussa sur sa chaise, terriblement mal à l'aise. Elle n'avait pas dit à ses parents qu'elle serait certainement vice-capitaine à la rentrée. Elle leur avait juste annoncé qu'elle serait préfète.

- Mais enfin, bien sûr que c'est faux ! s'exclama Molly. Ginny ne va pas être à la fois préfète et co-capitaine ! Elle sera en pleine année des BUSE, elle aura ses rondes et ses autres devoirs de préfète, elle aura ses entraînements de Quidditch et elle aura ses séances de travail en binôme ! Ce serait de la pure folie d'occuper simultanément ces deux fonctions !

Un silence pesant suivit la tirade de la matriarche. Embarrassés, Ron et Pansy avaient le nez plongé dans leur assiette dont ils remuaient distraitement le contenu. Mais Ginny, elle, n'était plus du tout gênée. Les mots de sa mère avaient fait naître en elle une indignation et une colère qui s'emparaient lentement de son être.

- Ce n'est pas l'avis du professeur Lupin, lâcha-t-elle froidement.

Molly fronça les sourcils avant de regarder Ginny avec stupeur en saisissant le sens de sa phrase.

- Qu… quoi ?! Co… comment ça ? balbutia-t-elle.

- Il a été informé par Harry qu'il avait l'intention de me nommer co-capitaine, et il n'a pas essayé de l'en dissuader. Et j'avais déjà été élue préfète à ce moment-là.

- Non, ce n'est pas possible… S'il y a un homme sur cette planète qui a la tête sur les épaules, c'est bien lui ! Il a forcément conseillé à Harry d'opter pour quelqu'un d'autre, et Harry n'a pas osé t'en avertir…

- Harry ne se serait pas défilé, répliqua Ginny. C'est un Gryffondor, il ne recule devant rien, même face à ce qui est douloureux ou pénible. Et quand bien même ça aurait été le cas, notre directeur de maison m'aurait lui-même convoquée pour m'avouer qu'il avait incité Harry à se faire seconder par un autre élève. Ni lui, ni Harry ne m'auraient fait miroiter un poste en sachant que je n'en hériterai pas ! Je suis désolée si ça te déplaît, maman, mais je vais bel et bien être préfète et co-capitaine.

- C'est insensé, s'obstina Molly. Réveille-toi, Ginny, tu ne tiendras jamais le rythme, c'est beaucoup trop pour une seule et même personne !

- Charlie a bien été préfet et capitaine, lui ! Moi, je ne serai que co-capitaine ! J'aurai un peu moins d'obligations que lui n'en a eu !

- Lui, c'était en sixième année, et si je suis si réticente que ça à ce que tu gères toutes ces fonctions, c'est bien parce que j'en ai eu l'expérience avec Charlie ! Ses notes n'ont fait que baisser dès qu'il a eu à combiner son capitanat et ses missions de préfet. Au cours du premier trimestre, il n'avait pas plus d'Effort Exceptionnel en botanique, Défense Contre les Forces du Mal, métamorphose, potions et sortilèges, lui qui n'avait que des Optimal dans ces matières durant ses cinq premières années. Il a cependant remonté la pente quand il a su mieux s'accommoder de tout ce qu'il avait à faire, ce qui lui a permis de trouver le temps de faire ses devoirs. Mais à la fin de l'année, il était épuisé. Je l'ai harcelé pour qu'il renonce à son capitanat, mais au lieu de ça, il s'est délesté de deux matières qu'il avait conservées pour le plaisir, mais qui n'allaient pas lui être utiles après Poudlard. Il a vécu une septième année moins éprouvante que sa sixième année, et il a eu ses ASPIC haut la main. Mais j'ai déploré son sens des priorités en sacrifiant l'astronomie et l'arithmancie au profit du Quidditch… Et je refuse que tu fasses la même chose. Et même si tu ne seras que co-capitaine, tu dédieras presque autant de temps à ce poste que Harry à celui de capitaine. Tu auras de nombreuses réunions avec lui, vous débrieferez après chaque entraînement, tu réfléchiras le soir, dans ton dortoir, à divers aspects que tu auras soulevés avec Harry… Ce sera très chronophage. Et ce que n'avait pas Charlie et que toi, tu auras, c'est le travail en binôme. Tes journées seront bien plus remplies que celles de Charlie ne l'ont été. Tu vas être débordée. Et ce sera l'année des BUSE…

- Je saurai m'organiser, stipula Ginny. Mes notes ne pâtiront pas de tout ce que j'aurai à faire.

- Mais ça va te fatiguer ! Sois raisonnable, Ginny, décline l'offre de Harry…

- C'est trop tard, je me suis engagée auprès de lui, il me fait confiance et je ne le décevrai pas. C'est une aubaine pour moi, maman. J'aspire à avoir le titre de capitaine l'année prochaine ou dans deux ans, et assister Harry me sera très bénéfique ! Il n'y a pas mieux pour m'y préparer… Le Quidditch est une véritable passion pour moi, et je veux la vivre à fond tant que je serai à Poudlard.

- Le Quidditch, il n'y a que cela qui vous intéresse, tous ! Vous êtes comme votre père, qui était lui aussi fan de Quidditch quand nous étions élèves à Poudlard… Même si lui ne jurait pas que par ça. Nul ne peut nier que vous êtes bien des Weasley ! Que ce soit Bill, Charlie, Fred et George, Ron ou toi… Au moins, je n'ai pas eu ce problème avec Percy. C'est bien le seul qui n'a pas développé un amour dévorant pour ce sport… Aucun doute à avoir sur le fait que c'est un Prewett.

À peine Molly eut-elle prononcé ces mots qu'elle sembla les regretter. Ginny la fixa, perplexe.

- Si c'est ce que tu lui as mis dans la tête, ce n'est pas surprenant qu'il se soit toujours senti exclus et différent de nous, reprocha-t-elle.

Molly soupira.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Ginny. Et il n'a pas eu besoin de moi pour se distinguer. Ni de personne d'autre. Tu étais toute petite quand il est devenu petit à petit le garçon sérieux et studieux qu'il est aujourd'hui. Et ça l'a bien fait prospérer…

- Parce qu'il n'était pas comme ça, quand il était petit ?

- Oh non ! Tout est parti d'une stupide tradition qu'ont instaurée mes frères pour établir qui de, tous les enfants qu'Arthur et moi aurions, seraient de vrais Prewett… Mais ils ont été tués avant que Bill, Charlie et Percy n'aient tenté de la respecter. Seul Percy y est arrivé, et après cela, votre père et moi avons décidé d'arrêter avec cette tradition. À la base, c'était une idée farfelue de Fabian et Gideon, et ils n'étaient plus là pour en rire…

- Vous avez bien fait. Car, qu'auraient bien pu faire Fred et George de cette tradition ? Ça leur aurait sûrement donné des idées que tu aurais désapprouvées…

Ginny faillit se gifler en voyant le visage de sa mère s'assombrir. L'ambiance s'était détendue et elle avait tout gâché avec cette réflexion qu'elle aurait mieux fait de taire… Elle s'empressa de changer de sujet :

- D'ailleurs, est-ce que Percy viendra à la maison, pendant les vacances ?

- Il aimerait bien, ça va dépendre de son travail. En revanche, Bill va s'arranger pour séjourner deux semaines ici. Et il ne sera pas tout seul.

Cette précision fit réagir Ginny qui devina ce à quoi – ou plutôt à qui – sa mère faisait allusion :

- Il sera avec sa petite-amie ? Celle qui était championne de Beauxbâtons lors du Tournoi des Trois Sorciers ?

- Oui, il va nous la présenter officiellement. Et Charlie va faire en sorte de faire également un saut au Terrier. Ça fait longtemps qu'il n'est pas venu en Grande-Bretagne. Ça lui manque.

- Ce serait si bien que ça se fasse et qu'on ait Bill, Charlie et Percy ici en même temps !

- C'est justement leur plan, intervint Arthur pour la première fois depuis l'accrochage entre Ginny et Molly. Ils vont tout faire pour se coordonner. Ils s'écrivent régulièrement et dans sa dernière lettre, Bill était très optimiste. Ils seraient tous là à la fin des vacances.

- Si Bill a prévu deux semaines de congés, il débarquera quand Blaise sera là ? craignit Ron.

- Ce n'est pas un souci, estima Ginny. Comme ça, il rencontrera un autre de mes frères… Ou deux, ou trois, si Charlie et Percy prennent d'aussi longs congés que Bill…

- Ne rêve pas trop, ce serait trop beau, ironisa Ron.

Pansy se mêla à la conversation :

- Percy, ce n'est pas celui qui ne vit que pour son travail ?

- Si, confirma Ron.

- Avec le zèle qu'il fait, il doit être l'un des employés les plus actifs du Ministère… Il les mériterait bien, ces quinze jours de congés ! Ce ne serait pas très cool de la part de son supérieur de ne pas les lui octroyer…

- Son supérieur, c'est Fudge. Il est son assistant personnel.

- Oh… Fudge n'est pas très aimé en tant que ministre de la magie, mais il est peut-être un tant soit peu humain avec ses employés…

- Espérons-le pour Percy.

Pansy acquiesça et s'adressa à Arthur :

- Et vous ? À quel service êtes-vous rattaché ?

- À la brigade de réparation des accidents de sorcellerie.

- C'est dans quel département ?

- Celui des accidents et des catastrophes magiques. Avant, j'étais dans le service de détournement de l'artisanat moldu, dans le département de la justice magique. J'ai été muté il y a peu.

- J'aurais situé ça dans le même département du service où vous êtes actuellement… J'ai beau être une Sang-Pur, j'ai du mal avec les services et les départements du Ministère de la Magie…

- Comme les moldus avec leur propre ministère, j'imagine, commenta Ron.

- Et est-ce que vous croisez souvent Percy, du coup ? demanda Pansy à Arthur.

- Pas tant que ça. Nous ne sommes pas au même étage, nous sommes la plupart du temps dans notre bureau, le Ministère est un bâtiment très grand, avec plein d'ascenseurs, et nous communiquons par notes de service, pas en allant dans le bureau de nos collègues. Et ce n'est pas plus mal comme ça. Il y a bien trop de boulot pour perdre son temps à papoter !

- Dit celui qui me raconte toute la vie de Kingsley chaque soir, se moqua Molly.

- Ce n'est pas pareil ! Nous mangeons tous les jours ensemble, sauf quand il est sur une mission ou quand l'un de nous est trop submergé par les dossiers… Mais puisque tu l'as évoqué, ça me rappelle qu'il m'a dit ce midi qu'il serait libre dimanche pour le déjeuner.

- Ah, c'est une bonne nouvelle, ça, se réjouit Molly. Tu vas avoir la chance de faire la connaissance d'un des plus grands Aurors que nous ayons, Pansy. Si ce n'est pas déjà fait…

- Non, mais j'en serais ravie, répondit Pansy. Même si je serai un peu intimidée…

- C'est normal, mais tu verras, il est très gentil, attesta Molly.

- Bon, et vous, votre journée ? s'enquit Arthur.

Ce fut Ginny qui relata la sienne en premier :

- Ce matin, j'ai dégnommé le jardin et joué avec Magni, et cet après-midi, j'ai écrit à Blaise, Luna, Harry et Hermione et j'ai aidé maman à faire le dîner.

- Oh, on n'est pas prêts de revoir Hélios, s'amusa Arthur.

Hélios était l'un des successeurs d'Errol au titre de hibou des Weasley. L'autre était Éole. Si Hélios était un hibou petit-duc, Éole, lui, était un hibou des marais. Lorsqu'il y avait moins de cinq lettres à acheminer, les Weasley utilisaient Hélios, qui était le plus résistant des deux hiboux. Éole, lui, était davantage réquisitionné pour les missives urgentes. S'il y avait plus de cinq lettres à transmettre, il se partageait les tâches avec Hélios. Tout était bien rôdé, et ce système allait à tout le monde.

Arthur se tourna vers Ron et Pansy :

- Et vous ? Qu'avez-vous fait ?

- On s'est reposés. Demain, on réattaque les potions avec le philtre revigorant et le philtre de paix, et vendredi, on fait la solution de force, et selon mon état d'esprit, on fera une autre potion. On aura fait les quinze que Pansy avait sélectionnées, mais ce serait bien si on en faisait vingt en tout.

- Vu que ton examen est dans cinq jours, vous aurez pile le temps pour cinq autres potions… Sinon, si tu as eu des difficultés avec des potions, il serait judicieux de les refaire.

- C'est ce qu'on s'est dit, avec Pansy. En fait, on hésite entre s'exercer sur les deux ou trois potions qui m'ont bloqué, ou m'entraîner sur d'autres pour augmenter mes chances de tomber sur l'une de celles que j'aurais révisées…

- Mmmh, c'est un choix cornélien à faire… Mais pourquoi ne pas faire les deux à la fois ? Demain, vous vous penchez sur deux potions avec lesquelles Ron a eu du mal, vendredi, vous en faites deux qui n'étaient pas dans la liste à l'origine, et samedi, vous vous concentrez sur les ingrédients. Parce que, pour moi, le principal, c'est que Ron soit à l'aise avec tous les ingrédients qu'il sera susceptible de manipuler lors de l'examen. Et dimanche, ce serait bien que vous vous déconnectiez des potions, afin que Ron puisse se détendre à la veille des rattrapages.

- Bien, nous ferons comme ça. Merci pour vos suggestions, ce programme est parfait, jugea Pansy.

- As-tu une idée des deux potions supplémentaires que vous allez faire ? interrogea Ginny.

- Là, tout de suite, non. Mais comme nous n'avons fait ni la potion capillaire Lissenplis, ni la potion Capillours, il est fort probable qu'on fasse l'une d'entre elles. Ça nous fera une potion de quatrième année, et je pense qu'on en fera une de cinquième année. Un baume, un philtre ou une potion. Pas la potion de rejutage, car la recette est quasiment identique à celle de la potion de regermination qu'on a faite hier. Le philtre calmant et le philtre de relaxation sont assez similaires au philtre de paix que l'on fera demain, et en ce qui concerne les baumes, ils sont tous très différents les uns des autres… Mais la priorité serait le baume d'asclépiade tubéreuse.

- Rien que le nom me fait peur, grimaça Ron.

- T'inquiète, il n'est pas plus compliqué que le baume à bec. Bon bah en procédant par élimination, j'ai finalement nos deux autres potions ! Et on choisira ce soir celles qui ont le plus embêté Ron.

- S'il rate son examen avec un aussi bon prof particulier que toi, c'est que les divinités des potions sont contre lui, plaisanta Ginny.

- Par précaution, je les prierai toutes dimanche soir pour que la potion de l'examen soit une que j'ai faites avec Pansy, renchérit Ron.

- Moi, je suis sûre que tu réussiras sans cela. Tu vas avoir ton Effort Exceptionnel et nous fêterons cela dignement, promit Molly.

Ces mots touchèrent Ron et firent sourire Ginny qui apprécia les paroles encourageantes de sa mère et qui était soulagée que l'atmosphère se fût radoucie. Mais elle n'était pas dupe : Molly n'était pas du tout convaincue de sa capacité à gérer ses futures fonctions à Poudlard, et nul doute que le sujet allait être remis sur le tapis et qu'il allait générer d'autres tensions entre elles…

.

.

(jeudi 11/07) POV Adrian

.

Cela faisait dix jours qu'Adrian était chez Graham, et tout allait pour le mieux. Rien n'avait changé entre eux, ce qui avait grandement rassuré Adrian. Graham se conduisait exactement comme avant avec lui, et c'était la meilleure attitude qu'il pouvait avoir. Sans faire comme si de rien n'était, sans faire comme s'il n'y avait pas eu ces sept mois à Sainte-Mangouste pour Adrian, il ne le traitait pas comme un criminel, un malade ou une petite chose fragile. Il était naturel, et c'était entre autres cela qu'Adrian avait toujours aimé chez Graham. Ils discutaient beaucoup, Adrian se livrant peu à peu sur son séjour à l'hôpital, et Graham lui faisant le récit de tout ce qu'il y avait eu à Poudlard en son absence. Il n'en était même pas au quart de tout ce qu'il y avait à révéler, tant l'année avait été mouvementée. Dès qu'ils en avaient l'occasion, les blagues allaient bon train, et c'était ce qui était le plus agréable aux yeux d'Adrian. Il chérissait profondément cette amitié et cette complicité qu'il avait avec Graham, et il ne regrettait pas de lui avoir cédé et de s'être installé chez lui. D'autant plus qu'il ne logerait bientôt plus gratuitement, ayant déniché un job à la Jobarbquiboit, un bar qui avait la spécificité de fermer très tard. Adrian n'avait qu'un temps partiel, de vingt heures à deux heures du matin, mais c'était suffisant pour lui. À quelques gallions près, il aurait eu le même salaire qu'en ayant un temps plein, un job de nuit étant rémunéré deux fois plus cher qu'un temps partiel de jour, qui était lui-même payé presque deux fois moins cher qu'un temps plein. Et de toute façon, il aurait été impossible pour Adrian de travailler toute la journée, entre ses révisions pour la seconde session des ASPIC réservée aux candidats libres, qu'il préparait en se consacrant quatre heures par jour aux cours de Graham et en s'exerçant sur les sortilèges et les potions, ses séances hebdomadaires avec sa psychomage, son magicomage et son médicomage, ses séances toutes les deux semaines avec son addictomage, ses séances quotidiennes de sport… Ses journées étaient très chargées, il n'avait pas une minute à lui, mais c'était essentiel pour qu'il puisse se reconstruire dans de bonnes conditions.

Ce qui avait effrayé Adrian dans sa recherche de job, c'était le fait d'être confronté à la foule, dont il avait développé une phobie. En-dehors de ses diverses séances, il ne sortait pas de l'appartement de Graham. Même pour aller à ses rendez-vous, il le faisait en transplanant. Il avait peur des gens et de leurs regards sur lui. C'était l'un des gros points qu'il abordait chaque semaine avec sa psychomage. Il avait dû se faire violence en postulant un peu partout sur le Chemin de Traverse, sachant que peu importe où il serait pris, il ferait face à des dizaines et des dizaines de clients par jour. Mais il avait été sauvé en étant embauché à la Jobarbquiboit. Dans ce bar, il y avait plein de monde tous les soirs, mais ce n'était pas pareil. Premièrement, le rythme était bien trop soutenu pour qu'il ait le temps de voir les clients l'observer. Deuxièmement, ces derniers étaient trop occupés à boire et à parler entre eux pour se soucier de lui. Et troisièmement, comme ses collègues, la clientèle de ce bar n'était pas très jeune, et n'était pas vraiment du genre à s'attacher à ce qui se passait à Poudlard… Leurs sujets de conversation étaient plutôt leurs journées, leur boulot, la politique, leur vie de famille, les potins du monde sorcier… Ils n'étaient pas au courant que la nouvelle recrue du bar était un ancien élève drogué de Poudlard qui avait fait une cure de désintoxication à Sainte-Mangouste. Et même s'ils en étaient conscients, ils n'oseraient pas forcément lui faire la moindre remarque. Dans un bar ou tout autre commerce, ils n'avaient pas la même liberté qu'ils auraient dans la rue… Dès qu'il s'en était aperçu, Adrian s'était senti plus à l'aise au bar qu'à l'extérieur. Mais marcher jusqu'au bar, qui était situé au milieu du Chemin de Traverse, demeurait une épreuve pour lui, car il était sûr de croiser des étudiants de Poudlard. Il fixait donc le sol et pressait le pas afin d'esquiver tout contact visuel.

Graham, lui, avait participé la semaine précédente aux sélections du Club de Flaquemare. Il avait eu de nombreux concurrents au poste de poursuiveur, mais sans grande surprise, il avait été retenu, et comme l'avait prédit Olivier Dubois, il avait été titularisé d'office. Ses six années de pratique dans l'équipe de Quidditch de Serpentard lui avaient conféré une solide expérience, et lui avaient permis d'être au-dessus de tous ses adversaires, bien que, selon lui, trois ou quatre d'entre eux avaient été très bons. Ayant fait ses preuves tout au long de la saison en remplaçant fréquemment le gardien de l'équipe, Dubois avait lui aussi été titularisé. Pour Adrian, c'était mérité. Que ce fût à Poudlard ou à Sainte-Mangouste, il avait lu des résumés très complets de chaque match de la Coupe de la Ligue, qui réunissait les treize équipes de la Ligue britannique et irlandaise, et Dubois avait plus d'une fois tiré d'affaire son équipe. Si elle était arrivée quatrième au classement, c'était un peu grâce à lui, car il avait empêché les douze autres équipes d'engranger trop de points. Mais les poursuiveurs avaient été très forts, et c'étaient en réalité eux, les héros du Club. Le classement final n'était pas établi en termes de victoires, mais en termes de points cumulés durant les douze matchs disputés par chaque équipe. C'était pour cela que chaque but était précieux, et que le rôle des attrapeurs ne se cantonnait pas à se saisir du vif d'or en premier, et qu'il allait bien au-delà de cela. Leurs autres tâches étaient de surveiller le score et de faire durer le match ou, à l'inverse, de l'écourter en fonction des objectifs de leur équipe. Ayant été presque cinq ans et demi dans l'équipe de Quidditch de Serpentard, Adrian était calé en stratégie, même s'il n'avait pas été capitaine.

Actuellement, Adrian était seul et lisait les cours de sortilèges de Graham, qui était allé se procurer du matériel pour son balai. Mais un «pop !» sonore ne tarda pas à se faire entendre dehors, signalant le retour de Graham. Il aurait pu transplaner directement dans le salon, mais comme Adrian n'avait plus l'habitude et que cela le faisait violemment sursauter, Graham évitait de le faire. Sa délicatesse touchait autant Adrian qu'elle le frustrait. Graham était si généreux envers lui, il lui offrait un toit, il le nourrissait, il faisait tout pour qu'il se sente bien en permanence… Adrian culpabilisait d'être à ce point dépendant de Graham. Mais il fit comme si de rien n'était, ne souhaitant pas inquiéter Graham qui avait la fâcheuse aptitude à deviner que ça n'allait pas rien qu'en scrutant son visage. Pour cela, il se recentra sur ses parchemins, et ce, quelques secondes avant que Graham ne fasse irruption dans le salon :

- Il y avait un de ces mondes, au magasin ! Et il n'y avait qu'une personne à la caisse pour une file qui était constamment à plus de sept ou huit clients… Ce serait cool qu'ils songent à recruter.

- Ils se sont tous concertés pour aller se réapprovisionner à la boutique ou quoi ?

- Non, c'est dû aux événements autour du Quidditch qui ont lieu tout l'été.

- Ah oui, j'avais oublié ça…

Tous les ans, de début juillet à fin août, un tas d'activités ayant trait au vol sur balai étaient mises à disposition dans tout le Royaume-Uni : initiations pour petits et grands, courses de vitesse, matchs de Quidditch pour tous les niveaux, expéditions d'une à deux semaines pour les plus aventureux… C'était très varié, il y avait de tout, et pour tous les âges, et le succès de ces animations était tel que les boutiques spécialisées dans le Quidditch ne désemplissaient pas.

- Au moins, ils font leur chiffre pour toute l'année, commenta Adrian.

- Ça, c'est sûr ! Bon, c'est quoi ton programme, aujourd'hui ?

- Comme je suis de repos ce soir, que je n'ai pas de séance avec le médicomage, la psychomage, le magicomage ou l'addictomage, et que je suis allé faire du sport ce matin, je vais optimiser le temps que j'ai en révisant à fond jusqu'au dîner, et ensuite je me relaxerai avec un bon livre.

- Bien. Franchement, tu as le job idéal pour ta situation. Tes horaires n'empiètent pas sur les séances de ton parcours de soins, tu es bien payé, tu as deux jours de repos par semaine…

- Oui, je n'aurais pas pu avoir mieux… Mais je crains que ce ne soit que temporaire. Je n'ai pas de garantie que mon contrat soit prolongé après l'été… Serveur et plongeur de nuit, c'est un job propre à la Jobarbquiboit où il y a des postes vacants l'été, avec la forte affluence qu'il y a, mais quand les vacances seront finies et qu'il y aura moins de clients, on n'aura plus besoin de moi… J'aurais plus de chances d'avoir un job durable dans un bar traditionnel, dans un pub, dans une ménagerie, dans une papeterie, dans une boutique de Quidditch, dans une librairie, dans… Quoi, qu'est-ce qu'il y a ?

Graham avait l'air perplexe.

- Ben… je croyais que c'était justement ça, que tu voulais : un job d'été, ou du moins, un job pour le mois de juillet, et qu'en parallèle, tu essaierais d'intégrer une équipe de Quidditch pour que, dès le mois d'août, cela devienne ton salaire régulier… Pour moi, ce job, c'était en attendant d'avoir un poste dans une équipe de Quidditch… Mais apparemment, j'étais totalement à côté de la plaque…

- Oui, mais c'est peut-être moi qui n'ai pas été très clair…

- Non, c'est moi qui me suis fait ce scénario dans la tête… Mais du coup, tu n'es plus intéressé par le Quidditch ? Tu rêvais de rejoindre une équipe après Poudlard, tu avais même candidaté…

Adrian se rembrunit.

- Ce n'est pas la question. Évidemment que je suis toujours fan de Quidditch, et que j'aimerais aller dans une équipe, mais je tiens à ma santé mentale… Ce n'est pas pour rien si j'ai une psychomage, un médicomage et un addictomage que je consulte une fois par semaine, et si je fais du sport… Tous ces efforts que je fais pour m'en sortir, je ne les fais pas pour les gâcher en retombant en dépression à cause des refus que j'essuierais de la part de toutes les équipes à qui j'écrirais… Il suffit d'un rien pour que je craque en renouant avec la drogue. Je me soigne, tu en es témoin, mais mentalement, je reste extrêmement fragile. Tu m'as vu, à Sainte-Mangouste, lors de ta première visite… Tu m'as vu pleurer dans tes bras, tu as vu l'être détruit que j'étais, tu m'as vu rejeter fermement l'éventualité de me faire suivre par une autre psychomage, car j'avais été trop traumatisé par celle à qui j'avais eu à faire… J'étais si mal que j'ai attenté plusieurs fois à ma vie, tellement je n'en pouvais plus de tout ça… Désormais, ça va mieux, notamment car je me suis confié sur le traumatisme qui m'a poussé à me droguer dès la rentrée de la cinquième année à Poudlard. Je veux aller de l'avant, et pour ça, je dois me prémunir de tout ce qui est susceptible de me faire du mal. Et solliciter différentes équipes pour ne récolter que des refus, ce n'est pas ça qui va me faire du bien, loin de là.

- Mais pourquoi es-tu si pessimiste ?!

- Parce qu'aucun capitaine doté d'un minimum de bon sens ne serait assez fou pour vouloir d'un ex-drogué dans son équipe !

- Mais qu'est-ce que tu en sais ? Les gens bien, ça existe. Dans le lot, il y en a bien un qui sera plus humain et moins idiot que les autres…

- Mais je me suis drogué pendant deux ans et demi, Graham ! Dans le milieu du sport où ça pourrait s'apparenter à du dopage, c'est rédhibitoire ! Qui te dit que je ne vais pas replonger dans mes vieux travers et que je ne vais pas me doper pour améliorer mes performances et permettre à mon équipe de gagner ? C'est ce que vont craindre tous les capitaines à qui je m'adresserais. Et ce sera plus que compréhensible.

- Il y aura forcément quelqu'un qui aura envie de te faire confiance. Et je pense que ce sera le cas du capitaine du club de Flaquemare…

- Non, je t'arrête tout de suite, il est hors de question que tu me pistonnes auprès de lui. Tu fais déjà beaucoup pour moi, tu m'héberges, tu me nourris, tu me vêtis…

- Pour toi, c'est beaucoup, mais pour moi, c'est trop peu. Ce n'est pas à la hauteur de tout ce que je voudrais faire pour me racheter. Je ne me suis pas aperçu que tu n'allais pas bien depuis trois ans, je ne me suis pas aperçu que tu te droguais, et je n'ai pas pu t'aider… Alors maintenant que je peux le faire, ne m'en prive pas, s'il te plaît. Et ne me dis pas que tu aurais l'impression de profiter de notre amitié, puisque l'idée vient de moi…

- Mais il n'y a pas que ça, Graham… Il y a aussi ma phobie sociale. Quand bien même le capitaine serait prêt à me donner une chance, rien ne dit que ce sera le cas de tous les autres joueurs…

- Pas tous, non, ce serait utopique d'imaginer le contraire, il y en a qui seront méfiants les premiers jours, mais avec le temps, ils se rendront bien compte que tu n'as plus rien d'un drogué… Et même s'il y aura deux ou trois réfractaires, tant que la plupart des joueurs seront corrects avec toi, c'est le principal… Et puis, ton vœu le plus cher, c'est bien de faire carrière dans le Quidditch ?

- Oui…

- Eh bien, parfois, pour réaliser ses vœux, il faut savoir accepter d'affronter des obstacles et faire de son mieux pour les surmonter. Ta phobie sociale en est un, et il va bien falloir que tu la combattes… Elle ne va quand-même pas te gâcher éternellement la vie en t'empêchant de te promener au milieu des gens, d'aller faire des courses, d'aller boire un verre en terrasse, d'aller dans des magasins…

- Non, tout ça me manque… Mais quand je dis «phobie sociale», le mot est un peu fort, je n'en suis pas là… C'est davantage la peur d'assumer le regard des gens sur moi et d'encaisser les insultes et les attaques verbales…

- Mais tu parles bien de ça avec ta psychomage ? Ça ne te fait pas progresser là-dessus, les séances que tu as avec elle ?

- Ben, le truc, c'est que… je minimise, avec elle. Je ne lui avoue pas tout…

- Ce n'est pas comme ça que tu vas avancer, Adrian… Il faut que tu sois franc avec elle, et que tu ne craignes pas d'être jugé. Elle n'est pas comme ta première psychomage. Si tu ne fais que survoler le sujet, la thérapie ne va pas être efficace, ta psychomage ne va pas te dire quoi faire, le problème ne va pas être traité convenablement, et si, à l'heure qu'il est, tu n'en es pas à ce stade, ton souci avec les gens risque réellement de virer à la phobie sociale… Et ce n'est pas quand tu en seras à une telle extrémité qu'il sera temps d'agir. C'est tout de suite, avant que tu n'en sois à ne plus oser mettre le pied dehors…

Les mots de Graham firent lentement leur chemin dans l'esprit d'Adrian, qui, jusque-là récalcitrant, finit par se laisser convaincre.

- Je lui dirai tout lors de la prochaine séance, se résigna-t-il.

Le soulagement se lut sur les traits de Graham.

- Tu ne le regretteras pas, promit-il. Et pour la proposition que je t'ai faite, concernant un éventuel poste dans le Club de Flaquemare ?

- Je t'autorise à en souffler deux mots au capitaine quand tu le reverras. Mais si je fais le nécessaire pour entrer dans l'équipe, ce sera à une condition : que le capitaine briefe bien les joueurs avant que je ne débarque, en leur disant que je suis sevré, que je fais tout pour retrouver une vie saine, et que c'est pour ça que je suis là, parce que c'est mon rêve d'être admis dans l'une des treize équipes de la Ligue. Je serai moins stressé si le capitaine aura mis les choses au clair en amont…

- Oui, et ce serait son rôle… Mais ce serait mieux que tu fasses la requête de toi-même au capitaine, lors d'une entrevue que j'organiserais entre lui et toi…

- Ce n'est pas bête. Comme ça, je ferai directement connaissance avec lui…

- On fait comme ça ?

- On fait comme ça, répéta Adrian. Mais attends, il y a un truc qui m'échappe… Si les sélections ont eu lieu la semaine dernière, comment ça se fait qu'il y ait un poste de libre ?

- Parce qu'à part moi, aucun de ceux qui briguaient le poste de poursuiveur n'a séduit le capitaine. Il y en a qui étaient très bons, mais ils n'étaient pas assez compétents selon Félix. Il n'y a donc qu'un seul des deux postes de poursuiveur qui a été pourvu.

- Ouh là, il ne serait pas un brin exigeant, le capitaine ?

- Non, c'est juste que cette année, l'équipe a été hyper performante, qu'elle a terminé quatrième au classement, que ça fait six ans qu'elle ne cesse de grappiller des places d'année en année, et qu'elle a atteint un tel niveau que le capitaine ne peut pas se contenter de joueurs qui sont certes bons, mais qui n'ont pas la carrure adéquate pour évoluer dans une équipe qui a pour ambition de monter sur le podium… Ce serait contre-productif et ça ferait reculer l'équipe. Félix était bien conscient que cela allait être dur de dénicher deux joueurs qui correspondraient au profil qu'il recherche, mais il a tout de même été déçu de n'en avoir qu'un à l'issue des sélections. Et il est de plus en plus anxieux, car les entraînements sont censés reprendre lundi, et avec un poste vacant chez les titulaires, ça va être compliqué de faire des pseudo-matchs… Tu serais un peu notre espoir.

- Et ça redorerait mon blason auprès des joueurs… Ça me plairait bien, d'être le héros de l'équipe.

- Même sans ça, tu en es un. Enfin, tu en es un pour moi, en tout cas.

Adrian fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Ben, tu es le héros de ta propre vie, en ayant vaincu ton addiction, en t'étant fait embaucher dans un bar malgré la terreur que t'inspirent les gens, en faisant preuve de courage chaque jour, avec tes journées très mouvementées, en jonglant entre les cours, ton job, tes séances de sport, tes dix mille rendez-vous par semaine avec les spécialistes… Tout le monde ne serait pas capable d'endurer tout ça. Toi, tu y arrives, et en plus, tu gères ça à la perfection. Mais en dépit de toutes ces prouesses, tu conserves une mauvaise opinion de toi-même, et ça m'attriste, car moi, je t'admire énormément.

Les paroles de Graham touchèrent Adrian au plus profond de lui-même. Graham se livrait à lui sans filtre, sans retenue, et cela contribua à l'émotion qui s'invita en lui. Mais ce qui le troubla le plus, ce fut l'intensité avec laquelle Graham le fixait. Et il ne sut même pas pourquoi cela lui faisait ça. Mais il songea qu'il n'y avait rien d'étrange là-dedans, que ce qu'il lisait dans le regard de Graham n'était que le reflet de l'admiration qu'il avait évoquée envers lui, et qu'il n'était simplement plus habitué à être observé de la sorte. Ce fut grâce à ces réflexions qu'il reprit contenance :

- Eh bien, il y a deux héros, ici, parce que si j'en suis un, toi, tu es le mien, déclara-t-il sérieusement. Sans toi, je serais encore à Sainte-Mangouste, je dépérirais là-bas, je ne serais pas de retour dans le monde extérieur qui m'effraie, mais où je dois pourtant me reconstruire, je n'aurais pas de job, je ne serais pas là à préparer mes ASPIC, et je n'aurais pas renoué avec le projet d'intégrer une équipe de la Ligue…

- Oui, je suis ton sauveur, quoi, s'amusa Graham.

- Exactement ! Mais un sauveur qui va me lâcher demain pour aller assister à l'inauguration d'une boutique…

- Ça te gêne ? s'alarma Graham.

- Mais non, répliqua Adrian en levant les yeux au ciel. C'était pour rire. Tu n'as pas à t'en faire pour moi, je vais à peine remarquer ton absence, car le vendredi n'est pas la journée où je suis le plus ici. Le matin, j'ai le sport, de treize heures à quatorze heures, je suis chez mon médicomage, de quinze heures à dix-huit heures, je lis tes cours, et à vingt heures, j'ai mon job…

- Oui, vu comme ça…

- Et ça me fait plaisir que tu prennes du temps pour toi. Je vais être seul, oui, mais je suis grand, et le médicomage n'a jamais dit que tu devais être vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec moi… Ce ne serait bon ni pour toi, ni pour moi. Me reconstruire, c'est redevenir peu à peu autonome.

- Oui, c'est inclus dedans… Mais si tu avais été apte, est-ce que tu serais allé à l'inauguration avec moi ?

- Probablement, oui. Je serais curieux de découvrir la boutique des Weasley… J'irai quand je serai plus à l'aise avec la population. Tu salueras pour moi les jumeaux ? On n'était pas amis, mais on ne se détestait pas non plus. On n'était adversaires que sur le terrain de Quidditch. La guerre entre les maisons, on s'en fichait pas mal… Je n'ai pas eu besoin du concept de travail en binôme pour sortir avec Harry. Et avant lui, les amants que j'ai eus n'étaient pas tous à Serpentard. Il y en a quelques-uns qui étaient à Serdaigle, et j'en ai eu deux ou trois à Gryffondor.

- À part Olivier, les miens n'étaient qu'à Serdaigle ou Serpentard.

- Ouais, on a dû avoir les mêmes à Serdaigle… On avait vite fait le tour des garçons gay de l'école. Par contre, on n'était pas attirés par les mêmes à Gryffondor… Et visiblement, on boudait tous les deux les Poufsouffle. Alors que leur salle commune était la plus proche de la nôtre !

- Oui, ce n'est pas très logique, rigola Graham. Tu as couché avec qui, chez les Gryffondor ?

- Ouh là, je n'ai plus leurs noms… Mais pas avec Dubois, ça, c'est sûr. D'ailleurs, il sera sans doute là demain, pour soutenir son petit-ami…

- Oui, il a dû se débrouiller pour se libérer.

- À ton avis, est-ce qu'il y aura Harry ?

- Comme les jumeaux sont les frères de son meilleur ami, et qu'il s'entend très bien avec eux, il y a moyen qu'il y soit, oui.

- Bon bah c'est une bonne chose que je n'y aille pas. Ça aurait été trop gênant.

- Ce serait bien qu'un de ces quatre, vous mettiez tout à plat entre vous… Pas dans l'immédiat, mais quand vous serez prêts.

- Si on l'est un jour, grimaça Adrian. Pour l'heure, c'est trop tôt, j'y réfléchirai quand ça ira mieux.

- Oui, il n'y a rien qui presse, vous avez le temps…

- C'est ça. L'essentiel, pour moi, c'est qu'il aille bien. Et c'est le cas, d'après ce que tu m'as dit. Il a eu une thérapie avec un psychomage très efficace, il a été super bien entouré, et il est désormais en couple avec un garçon qui l'aime et qui le respecte.

Ce résumé parut intriguer Graham qui, après une brève hésitation, demanda :

- Oui, il mérite tout cela, mais tu n'es pas… jaloux ?

- Non, je lui ai fait trop de mal pour avoir le culot d'être jaloux envers celui qui le rend heureux… Il aura une place à vie dans mon coeur, et bien que je n'aie pas l'intention de l'oublier totalement, j'ai fait une croix sur lui et je ne lui souhaite que du bonheur avec son petit-ami. Mais vu qu'on est sur les ex… Si Harry va à l'inauguration, il y aura peut-être aussi Draco ? Ça ne va pas te faire bizarre d'avoir deux de tes ex à quelques mètres de toi ?

- Non, il n'y a aucune tension avec eux, et il n'y a pas si longtemps, j'étais moi-même engagé dans une relation avec quelqu'un, même si elle était basée sur le sexe. Avec Draco, on a fait table rase, et on est mieux en tant qu'amis, c'est plus naturel. Et pour ce qui est d'Olivier, notre histoire était un peu brouillonne. Elle était purement charnelle, mais elle s'est petit à petit transformée en amitié, si bien qu'à la fin, on ne savait plus trop si on avait des rencards pour discuter ou pour se payer du bon temps… On faisait les deux, en vrai. On a gardé contact quand il a quitté Poudlard, et depuis, on est très amis. Et cet été, on sera également coéquipiers !

- Ça va être cool pour vous d'être dans la même équipe. Après les entraînements, vous pourrez vous raconter tout ce que vous n'avez pas pu vous dire dans vos lettres… Et avec trois entraînements par semaine, vous en aurez, des occasions !

- Je ne pense pas qu'on s'éternisera après chaque entraînement. Il y a des jours où on sera fatigués. Être dans une équipe qui s'illustre à la fois dans la Coupe de la Ligue et dans la Coupe d'Europe, ce n'est pas de tout repos ! Ça fait deux fois plus de matchs que les équipes qui ne concourent qu'à la Coupe de la Ligue…

- Ah bah c'est ça d'être dans l'une des meilleures équipes d'Europe ! Tu ne vas pas reprocher à ton club d'avoir enregistré plus de trois mille points lors de la Coupe de la Ligue…

C'était effectivement la condition que les équipes avaient à remplir pour être autorisées à disputer la Coupe d'Europe : avoir inscrit plus de trois mille points lors du Championnat national auquel elles étaient rattachées. Ayant lieu tous les trois ans, l'édition actuelle s'étalait de septembre 1 994 à juin 1 997. C'étaient donc les résultats des championnats nationaux de 1 993 – 1 994 qui avaient été pris en compte, saison où le Club de Flaquemare avait eu un score de trois mille soixante-dix points. Sur les cinquante pays de l'Europe, il n'y en avait que seize dont au moins une équipe était en lice pour la compétition continentale. En tout, c'étaient vingt-deux équipes qui se battaient pour cette édition. Ce faible chiffre s'expliquait d'une part par l'accès très restreint à la compétition, trois mille points n'étant pas faciles à avoir en douze matchs, et d'autre part par le fait que certaines grandes équipes refusaient de participer, ayant au sein d'elles des joueurs qui étaient dans l'équipe nationale de leur pays et qui, par conséquent, avaient des entraînements et des matchs de qualification pour la Coupe du Monde de Quidditch. Bon nombre d'entraîneurs d'équipes nationales faisaient donc du pressing auprès des équipes locales pour qu'elles dédaignent la Coupe d'Europe, afin de ne pas épuiser leurs joueurs.

- Non, c'est un honneur d'être dans une équipe de la Ligue qui a son ticket pour la coupe d'Europe, affirma Graham. Et d'être titularisé d'office… J'ai du mal à croire que je vais affronter les joueurs de toutes les autres équipes de la Ligue…

- Il y en a chez qui tu avais postulé ?

- Oui, les Frelons de Wimbourne, les Flèches d'Appleby et les Pies de Montrose.

- Ah ouais, à part pour les Frelons de Wimbourne, tu avais visé le haut du panier… Parce que bon, ce n'est pas comme si les Flèches d'Appleby étaient deuxièmes et les Pies de Montrose cinquièmes au classement…

- Pour les Flèches d'Appleby, ce n'était que pour la satisfaction de leur écrire. Il n'y a pas une seule seconde où je me suis imaginé qu'ils allaient être intéressés par ma candidature. Et pour les Pies de Montrose, je ne les considère pas comme des élites. Pour moi, les élites, ce sont les équipes qui sont dans le top trois ou quatre du classement. L'année dernière, c'étaient, de la première à la quatrième, les Tornades de Tutshill, les Flèches d'Appleby, les Chauves-souris de Fichucastel et les Catapultes de Caerphilly. Je ne me suis adressé qu'aux Flèches d'Appleby car je suis hyper fan d'eux. Sinon, je n'aurais pas osé le faire avec les trois autres équipes.

- Bah, franchement, t'aurais pu avec les Catapultes de Caerphilly. Avec la dégringolade qu'elles ont faite…

- Ouais, pour le coup, elles ne figurent plus parmi les élites de la Ligue… Mais je n'ai pas d'attrait particulier pour cette équipe.

- Oui, ils sont trop fades pour toi… Tout comme les Canons de Chudley, l'Orgueil de Portree et les Vagabonds de Wigtown… En revanche, tu adores les Flèches d'Appleby, tu apprécies les Crécelles de Kenmare, le Club de Flaquemare et les Pies de Montrose, tu détestes les Faucons de Falmouth à cause de leur jeu brutal, et tu soutiens les Tornades de Tutshill, en dépit des accusations de chantage et de sabotage qui leur sont attribuées, car pour toi, ce n'est pas parce que c'était vrai il y a cent ans que ça l'est aujourd'hui… Et tu soutiens de la même manière les Frelons de Wimbourne, mais pas leurs fans qui font exprès de bourdonner dans les gradins dès qu'une équipe adverse tire un penalty contre les Frelons. Tu estimes que ce sont les fans, le problème, pas l'équipe.

L'étonnement se lut sur le visage de Graham, ce qui amusa Adrian.

- Hé oui, je connais tes goûts et tes opinions par coeur, se vanta-t-il. Mais je n'ai pas de mérite. Au bout de six ans et demi de débats passionnés sur le Quidditch dans la Grande Salle, dans notre salle commune, ou dans le dortoir, ce serait inquiétant si je n'avais pas toutes ces informations en tête…

- Certes, mais je suis quand-même épaté. Je ne suis pas sûr que Cassius et Miles auraient pu débiter tout ça…

- J'ai un avantage sur eux, avec tous les étés où j'ai séjourné chez toi…

- Oui, il n'y a que celui avant notre cinquième année où tu nous as désertés. J'étais allé en vacances avec mes parents, on t'avait invité, mais tu avais décliné l'offre.

- Parce que mes parents étaient en voyage quasiment tout l'été, que j'avais la maison rien qu'à moi et que je voulais en profiter. Et ça m'évitait de m'incruster dans vos vacances en famille…

- Si ça nous gênait de t'avoir avec nous, on ne t'aurait pas proposé, rétorqua Graham.

- Oui, c'est ce que je me suis dit après… Et si j'avais su, j'aurais accepté.

Adrian regretta ces mots face au voile de tristesse qui envahit le regard de Graham.

- Et tu ne serais pas tombé dans les potions droguées à la rentrée… N'est-ce pas ?

Adrian ne put qu'acquiescer, la gorge nouée.

- Je ne veux pas t'embêter avec ça, mais…

- Je te dirai tout un jour, c'est promis, coupa Adrian.

- Prends ton temps, peu importe quand tu te décideras, que ce soit dans une semaine, dans un mois, ou dans un an, que ce soit à dix heures, à vingt heures, ou à minuit, je serai là pour t'écouter, déclara Graham d'une voix douce.

Adrian fut si ému qu'il fut à court de mots.

- Merci…

- Y a pas de quoi, je ne fais que mon devoir d'ami ! Et en parlant d'amis, je les évoquais il y a deux minutes, mais est-ce que ça te plairait si Miles et Cassius venaient ici un après-midi ?

Adrian hésita.

- Ça me ferait ultra plaisir, oui, ça fait plus de sept mois que je ne les ai pas vus, et ils me manquent, mais… je ne sais pas si je suis prêt à les voir.

- Ils ne te jugeront pas, si c'est ce qui te fait peur. Ils ont bien compris que c'est parce que tu n'allais pas bien que tu t'es réfugié dans les potions, et ils se sentent autant coupables que moi de ne s'être aperçus de rien. Et ce sont tes meilleurs amis, Adrian ! S'ils ne sont pas là pour toi dans une période aussi difficile que celle-là, où tu sors de sept mois d'enfermement à Sainte-Mangouste, où tu peines à te réadapter et à te réintégrer dans la société, à quoi servent-ils ? Tes meilleurs amis, ce ne sont pas ceux avec qui tu ne partages que les bons moments. Mais si vraiment tu n'es pas prêt, je ne vais pas te forcer.

Adrian secoua la tête.

- Laisse-moi juste quelques semaines, que je me sois confié à ma psychomage sur mon rapport aux gens, et que ça aille un peu mieux. Car si on passe un après-midi avec Miles et Cassius, j'aimerais qu'on aille boire un verre tous ensemble.

Graham sourit.

- Bien. Je suis ravi que tu sois dans cet état d'esprit ! Bon, je vais ranger mes achats. Si je reste là, tu ne vas jamais avancer dans tes révisions ! Si on mange vers dix-neuf heures, ça te va ?

- C'est parfait. Je t'aiderai à faire le repas.

- Ça marche ! Allez, travaille bien.

Graham s'éclipsa avec ses sacs remplis de matériel de Quidditch et d'entretien de balai. Adrian, lui, se recentra sur les cours de Graham. La longue discussion qu'il avait eue avec son ami lui avait fait du bien, et ce fut avec un réel entrain qu'il reprit sa lecture. Même s'il ne se destinait pas à faire une quelconque formation, il tenait à avoir ses ASPIC, et c'était cet objectif, entre autres, qui lui donnait le courage de se lever le matin. Son autre source de motivation, c'était Graham, et avoir ses ASPIC serait une façon pour Adrian de lui prouver qu'il avait bien eu raison de lui avoir permis de quitter Sainte-Mangouste en l'accueillant sous son toit, car il aurait réussi à rattraper tout ce qu'il avait raté quand il était là-bas. Ce serait comme s'il n'y était jamais allé, comme s'il avait terminé ses études à Poudlard, à l'instar de tous les gens de sa promotion. Et ce serait un très grand pas vers le but plus général qu'il s'était fixé : retrouver une vie saine et normale. Cela allait être laborieux, mais il avait un allié de taille à ses côtés, et tant que Graham serait près de lui, il avait l'impression que tout était possible. Il n'avait pas envie d'être dépendant de lui, mais pour l'instant, il n'avait pas trop le choix. Quand il irait mieux et que tout serait plus stable, au niveau mental et financier, il se chercherait un appartement. C'était dans ses projets, même si c'était loin d'être pour tout de suite. Pour l'heure, il avait sa session d'ASPIC à préparer, c'était sa priorité, et il allait tout faire pour faire de cet objectif une victoire.

.

.

Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Est-ce que Calypso vous plaît, comme nom de hibou ? Avez-vous eu envie de dire vos quatre vérités à Molly ? Est-ce qu'Adrian retrouve un peu grâce à vos yeux ? Les personnages de la fic ont tous des vacances assez chargées, et vous, si vous étiez des ados dans le monde magique, que feriez-vous de vos vacances ?

Quoi que vous feriez, j'espère que vous passez de bonnes vacances dans le monde réel ! Sur ce, je vous donne rendez-vous dimanche 6 août pour le prochain chapitre qui sera largement consacré à l'ouverture de la boutique des Weasley ! D'ici là, je vous souhaite de passer de bonnes semaines, portez-vous bien, je vous embrasse fort, et plein de bisous tout le monde !