Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le douzième chapitre de SAMLD !

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Sarah MAES : Il est vrai que ce chapitre était assez positif ! Reste plus qu'à savoir si Ron aura la note suffisante pour continuer les potions…

tyffaine bally : Après tous les efforts qu'il a faits, Ron mérite de réussir ses rattrapages, c'est sûr ! Et on croit tous en lui ! Enfin, je l'espère XD Oui, il n'y avait pas trop de suspense concernant le couple de la bande qui ferait sa première fois en premier, après Harry et Draco ! Terry et Hermione n'en sont pas du tout là, Blaise et Ginny non plus, et quant à Justin et Théo, ils sont plus avancés mais pas du tout prêts à sauter le pas ! Mais tu as tout de même été très perspicace pour avoir tout de suite deviné que la première fois mentionnée dans le titre était celle de Ron et Pansy ! Oh oui, Blaise est fait pour la médicomagie, il est complètement dans son milieu…

Eh bien voilà le nouveau chapitre ! J'espère qu'il te plaira autant que le précédent !

mimibou : T'inquiète, j'ai moi-même eu du mal à faire la transition entre SAMLP et SAMLD XD Tu peux dire SAMLP, c'est la suite directe, il n'y a pas de souci là-dessus ! Sinon, nous n'en avons pas fait exprès de publier le même jour, mais on s'est fait la réflexion aussi XD Mais tu as tout à fait le droit de lire DRAP en premier, je ne vais pas t'en vouloir pour ça XD Et je comprends parfaitement, c'est plus court et plus rapide à lire ! Oui, je suis l'histoire, et je comprends également que tu sois intriguée par la menace de fermeture de l'école !

Neville ne se sentait pas de passer en sixième année avec les lacunes qu'il avait, il vaut mieux qu'il refasse sa cinquième année en se concentrant sur les matières dans lesquelles il a des difficultés… On ne le voyait que très peu, donc je pense que son absence dans la classe et dans le dortoir ne se sentira pas trop… Mais il sera dans la promotion de Ginny et Luna ! Ce sera peut-être plus facile de l'inclure dans leur groupe que dans la bande… Voilà, on est entièrement d'accord ! Comme il y a quand-même des matières où il se débrouille bien, il n'aura que quelques matières à travailler plus sérieusement…

Je n'étais pas très passionnée par la physique et la chimie au collège et au lycée, mais depuis peu, je me suis découvert une passion pour les potions XD Ne pas avoir lu la recette en entier ne va pas compromettre la compréhension du chapitre, donc ce n'est pas grave XD

Merci en retard pour les vacances, j'espère que les tiennes se sont bien passées ainsi que la reprise des cours !

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Merci à vous trois pour vos reviews, ça fait toujours autant plaisir ! Et merci à tous ceux qui, tapis dans l'ombre, continuent à suivre l'histoire !

Je ne vais pas vous embêter plus longtemps et je vais vous laisser avec le nouveau chapitre XD Je vous souhaite une bonne lecture, et on se retrouve en bas à la fin du chapitre !

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12 – Fratrie Montague et séparation

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(mercredi 17/07) POV Blaise

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C'était le dernier jour de Blaise en pédiatrimagie. Ce matin-là, il fut à l'hôpital à huit heures quarante-cinq et il alla directement au bureau de Mr Bevelty. Il toqua et entra en entendant un «oui» à l'intérieur de la pièce.

- Bonjour, Blaise ! Je suis en pleine paperasse…

- Les joies du rôle de chef de service…

- Exactement ! Mais je ne m'en plains pas. J'adore ça. Mais je m'y remettrai plus tard. Nous avons du pain sur la planche ! Il y a plus de patients dans leurs chambres qu'hier.

- C'est tous les jours comme ça ? Les visites le matin, et les auscultations l'après-midi ?

- Les trois quarts du temps, oui. Mais les visites ne se font pas que le matin ! Elles se font de huit à quatorze heures, ou même quinze heures quand il y en a beaucoup. Et quand nous tombons sur des chambres vides, les pédiatrimages libres après quinze heures en profitent pour aller voir les patients qui n'ont pas été vus plus tôt dans la journée.

- Oh, il y a donc plus de deux étages ? Car hier, de neuf heures à midi, on en a fait deux, mais si les visites se poursuivent jusqu'à quinze heures…

- Il y a six étages en tout, mais c'est très rare que le dernier et plus de la moitié du cinquième étage soient occupés.

- Ah oui, ça en fait, des patients… Mais comment vous faites pour tous les faire ?!

- Nous sommes huit pédiatrimages ici, et même si nous n'avons pas tous les mêmes horaires, nous sommes cinq à être là la même journée. Nous sommes bien assez pour se partager les tâches ! Mais je ne te cache pas que nous avons parfois des journées chargées.

- Vous plus que les autres…

- Oui, car étant chef de service de pédiatrimagie, je m'entretiens avec tous les spécialistes qui ont un rôle dans l'hospitalisation ou dans la convalescence des enfants, que ce soient des psychomages, des chirurgimages, des kinémages, des magicomages…

- Vos journées doivent être à rallonge !

- Oui, mais rassure-toi, j'ai des jours off, comme tout le monde ! Ce n'est pas pour rien si les chefs de service ont des chefs adjoints… Mais à Sainte-Mangouste, nous n'avons pas de nombre fixe de jours de travail et de repos hebdomadaires. Ça se compte plutôt en nombre d'heures mensuelles.

- Oh… Est-ce avantageux, selon vous ?

- Dans l'ensemble, oui. Cela permet de mieux organiser nos semaines. Mais il y a tout de même des fourchettes d'heures de travail hebdomadaires à respecter. Le minimum, c'est trente-sept heures, ce qui fait environ sept heures par jour sur une base de cinq jours de travail par semaine. Mais on peut très bien faire nos trente-sept heures sur six jours, en s'octroyant une demi-journée et un jour entier de repos.

- Mais c'est vous qui fixez cela pour chaque employé ?

- Oui, bien sûr, sinon ce serait l'anarchie !

- Et le meilleur moyen pour qu'il y ait huit pédiatrimages un jour, et un seul un autre jour, ce qui ne serait guère pratique…

- Oui, et c'est un euphémisme !

- Combien y a-t-il de pédiatrimages en poste chaque jour ?

- Cinq, mais s'il y a un afflux soudain et inhabituel de patients, j'en réquisitionne un ou deux autres.

- C'est fréquent, qu'il y ait un tel afflux ?

- Non, on a ça deux ou trois fois par mois. Mais je ne qualifierais pas cela de «rare» non plus.

- Et il y a déjà eu des jours où vous avez été en sous-effectif ?

- Oui, une fois, on n'était que deux, car sur les cinq qui étaient sur le planning, il y en avait deux qui étaient malades, et un qui était bien à l'hôpital, mais du côté de la maternité, car sa femme était sur le point d'accoucher… Mais ça n'a duré qu'une ou deux heures, car ceux qui étaient censés être de repos ont rappliqué pour prendre la relève.

- Ouf… Et qui est votre chef adjoint ?

- Evan Reed. Ce n'est pas le plus âgé, mais il a toutes les aptitudes d'un chef.

- Et toute votre confiance…

- Oui. Si bien qu'il est le parrain de mes deux chats !

Blaise fut si surpris qu'il ne put le cacher.

- Vos chats ont un parrain ?

- Ben oui, s'il m'arrive quelque chose, il faut bien qu'ils aient un point de chute… Evan sera un bon père pour eux. Bon, il est huit heures cinquante-cinq, on va y aller.

Blaise emboîta le pas à son tuteur. Ils quittèrent le bureau et montèrent au premier étage du service de pédiatrimagie. Ils commencèrent par la chambre du petit garçon qui avait la dragoncelle, puis ils virent Liam et Boris. Ce dernier se faisait opérer le surlendemain, mais grâce à Blaise, il n'en était plus terrifié. Contrairement à la veille, Blaise et Mr Bevelty firent tout le premier étage, tandis que Mrs Luby, une autre pédiatrimage, faisait le deuxième étage, et Mr Sanders le troisième étage.

La chambre 104 était celle d'un adolescent qui avait été opéré vingt-quatre heures auparavant afin de corriger sa scoliose. Il allait bien, même s'il avait mal, ce qui était normal. Il était en soins post-opératoires, qui consistaient à soulager les douleurs avec des potions assez fortement dosées, à faire des tests pour vérifier qu'il n'y ait pas de complications infectieuses, et à accompagner l'adolescent dans son premier lever et dans les gestes du quotidien qui pouvaient s'avérer difficiles pour lui.

La chambre 105 était occupée par une enfant paralysée du côté droit à la suite d'un grave accident. Mais cette paralysie n'était pas définitive, et elle recouvrait peu à peu sa mobilité avec ses séances de kiné.

À dix heures et demie, Blaise et Mr Bevelty en étaient à la chambre 106, où logeait Betty, une petite fille qui s'était cassé le bras. Blaise fut stupéfait lorsqu'il sut que cela faisait trois jours qu'elle était là. Il en fit part à son tuteur une fois hors de la chambre :

- Trois jours, ce n'est pas un peu long pour un simple bras cassé ?

- Ah, on ne la fait pas, à toi…

«Ok, il y a bien anguille sous roche» songea Blaise.

- Cette petite n'en est pas à son premier bras ou à sa première jambe cassés. Officiellement, nous lui faisons passer des examens pour rechercher la cause d'une éventuelle fragilité, mais officieusement, nous savons bien qu'il n'y a pas de problème d'os et que, malgré ce que prétendent ses parents, leur fille n'est pas plus maladroite que toi ou moi.

- Et… si ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est quoi, dans ce cas ?

- Disons qu'elle ne tombe pas d'elle-même dans les escaliers. Ou que ce ne sont pas les enfants de son quartier qui la frappent et qui lui cassent les côtes…

Blaise fut choqué en saisissant ce que son tuteur insinuait.

- Ce seraient… ses parents ?!

- C'est ce que nous soupçonnons, oui. Mais avec tous les éléments qui confortent cette piste, nous avons peu de doutes.

- Mais c'est horrible, elle est en danger, chez elle…

- Oui, et c'est pour ça qu'on lui fait faire tous ces examens… Ils ne sont pas nécessaires, mais c'est un bon stratagème pour retarder le moment où elle rentrera chez elle. À chaque fois qu'elle s'en va, on a peur. Elle vit un enfer avec ses parents. Elle est battue, négligée, affamée, asservie… Ce n'est pas elle qui nous le dit, mais c'est ce que nous constatons en l'auscultant. Les violences physiques sont la conclusion de ses os cassés, fêlés ou fracturés, et des bleus sur son corps, la dénutrition est la conclusion tirée de son poids, et la soumission est la conclusion faite de l'excès de docilité dans son attitude. Nous avons fait un signalement auprès du service de protection de l'enfance du Ministère, mais ils ont tant de dossiers à traiter que c'est très long d'avoir une réponse. Nous ne nous sommes pas dupes : nous n'aurons pas de retour de leur part à temps, et nous devrons laisser cette petite fille regagner son domicile quand nous n'aurons plus de quoi la retenir.

- C'est affreux… Mais vous aurez fait ce que vous aurez pu… Même si je sais que ce n'est pas une consolation…

- Non, car ce que nous faisons n'est pas suffisant… Nous n'aurions pas cru penser ça un jour, mais dès qu'elle part, nous espérons qu'elle revienne…

- Oui, parce que ça signifierait qu'elle est toujours vivante, murmura Blaise.

- C'est ça. Mais l'idéal, ce serait qu'elle ne revienne pas et qu'elle soit en sécurité ailleurs…

Blaise acquiesça en silence. Il était remué par la situation de cette petite fille, ce qui n'échappa pas à son tuteur :

- Blaise, nous sommes tous inquiets pour cette fillette, qui a besoin d'aide, mais nos autres patients aussi. Leur quotidien est bien assez pénible comme ça, et ce n'est pas en tirant une tête de six pieds de long qu'on va leur aérer l'esprit. Il est essentiel de faire bonne figure pour ne pas leur transmettre notre angoisse. Le moral joue énormément dans la guérison, et ce, que nous soyons jeunes ou vieux. En ayant un bon moral, on combat mieux la maladie et on endure mieux la rééducation. Et tout cela est deux fois plus valable pour ceux qui ont quelque chose de grave. Comme Melvin.

- Melvin ? Qui est-ce ?

- Notre prochain patient. Il a huit ans et comme Betty, c'est un abonné de Sainte-Mangouste. Mais avec un tout autre profil. Lui a des parents qui l'aiment plus que tout au monde et qui font tout pour son bonheur. Mais paradoxalement, ils s'en veulent de l'avoir conçu. Car cet enfant souffre depuis sa naissance. C'est un peu long mais je vais t'expliquer. Lors de la Guerre des sorciers, ses parents étaient à cent pour cent du côté du bien, et ils se sont opposés maintes fois à Tu-Sais-Qui, qui a tenté en vain de les recruter. Lors d'un duel, la mère de cet enfant a reçu un sort très vicieux qui détruit à petit feu tout organe visé. En l'occurrence, chez cette femme, c'est l'appareil reproducteur qui a été touché. Dans ce cas-là, soit la femme n'a pas d'enfant, et ses organes se détériorent sans qu'elle ne le sache, soit elle a des enfants et ce sont eux qui subissent les conséquences cruelles de ce sort. En baignant neuf mois dans un liquide amniotique contaminé par le sort, ils en ont les germes dans tout leur corps, et surtout dans leur fluide magique, qu'ils ont en commun avec leur mère tout au long de la grossesse. Leur magie étant infectée, elle devient un péril pour eux, et elle attaque les organes en provoquant des douleurs qui peuvent être très intenses…. Plus la grossesse a lieu tard après que la femme ait été frappée par le sort, plus les répercussions sont sévères chez l'enfant, l'utérus étant de plus en plus rongé par le sort. Melvin, lui, a été procréé dix ans après ce maudit duel. Et ce n'est que pendant la grossesse dont il a été issu que sa mère a découvert qu'elle avait ce mal en elle. Mais elle était à un stade trop avancé pour avorter. Elle a très vite su par le gynécomage, le magicomage et le généticomage quelle allait être la vie de cet enfant, et cela a été très dur à accepter pour elle et pour son mari. Une vie sous le signe de la maladie, avec Sainte-Mangouste comme résidence secondaire, ce n'est pas ce qu'ils auraient désiré donner à leur enfant… Melvin a eu sa première grosse crise à huit mois, et pour un bébé de cet âge, c'est ultra violent. Rien que pour un adulte, c'est abominable. Alors pour un bébé… Quand tu as des crises de ce type, c'est comme si tes organes étaient lacérés de coups de couteau tout en étant chauffés à blanc.

- Quelle horreur… Mais il n'y a pas de traitement ?

- Si, mais plus le laps de temps entre la réception du sort et la conception de l'enfant est long, plus les chances de guérison sont minces. Pour Melvin, qui a été conçu dix ans après que sa mère ait été victime de ce sort, il n'est même pas question de guérison totale. Sa magie est bien trop affectée par le sort pour cela. Notre objectif n'est donc pas d'éradiquer ses crises, mais d'en réduire l'intensité. Il n'en serait pas débarrassé, mais elles seraient moins infernales, et cela améliorerait sa qualité de vie, qui, pour l'heure, est loin d'être satisfaisante. Mais le cas de Melvin est si critique que nous ne sommes même pas certains de réaliser cet objectif. Nous ne comptons plus les traitements que nous avons essayés. Ils font effet deux ou trois mois, mais ils ne réussissent pas à endiguer la progression du maléfice sur la durée. Actuellement, on en teste un nouveau, car il y a trois semaines, il a eu une crise hyper virulente, qui l'a envoyé ici. Nous avons eu de la peine à apaiser la crise, ce qui nous a fait comprendre que ses potions n'étaient plus assez puissantes.

- Le pauvre… Ce n'est pas une vie pour un être si innocent… La magie, qui est censée être l'alliée de tout sorcier, est comme une ennemie pour lui… Comment va-t-il faire pour la maîtriser quand il sera à Poudlard ?

- Il n'ira pas à Poudlard.

Ces mots sonnèrent comme un couperet pour Blaise. Mais en réfléchissant, cela lui parut si logique qu'il se serait giflé pour s'être imaginé que Melvin pourrait aller à Poudlard…

- Pardon, j'ai été stupide. Ce ne serait pas très pratique pour lui d'avoir une scolarité dans une école de magie en multipliant les séjours à Sainte-Mangouste… Mais du coup, il est cantonné à avoir une existence de moldu ?

- En quelque sorte, oui. À ceci près qu'il est dans une famille de sorciers qui, eux, utilisent la magie.

- Il a des frères et sœurs ?

- Oui, un frère né avant le duel, et une sœur née quatre ans après le duel, qui a été également atteinte par le sort, mais dans une moindre mesure. Cela l'a quand-même empêchée d'aller à Poudlard, mais à l'inverse de son frère, elle a pu bénéficier d'un traitement curatif, destiné à vaincre entièrement le maléfice. Il a dû être renforcé maintes fois, mais il a fini par avoir le dessus sur le sort. La sœur de Melvin a fait tout un tas de tests récemment, et les résultats sont formels : il n'y a plus aucune trace du sort en elle. Sa magie n'ayant pas été autant incontrôlable que celle de son frère ne l'est, elle a pu avoir une instruction magique à domicile, et si elle le souhaite, et si elle a l'aval de ses parents, elle peut poursuivre cette instruction à Poudlard.

- Oh, c'est super pour elle ! Est-ce que Melvin est au courant ?

- Oui. Et si telle est ta crainte, il n'est absolument pas jaloux. Il est même très heureux pour sa sœur. C'est un petit incroyable. En dépit de sa maladie, il ne se plaint pas, il a le sourire en permanence, il reste positif, tout ne se faisant pas d'illusions à son sujet, il a de l'humour, il est poli, il est gentil, et il a un coeur extrêmement généreux. Et il est très intelligent. Comme il n'a pas grand-chose à faire, dès qu'il n'est pas trop fatigué, il lit tous les livres qui sont à sa disposition. Il a un fort attrait pour la botanique, les créatures et les runes. Bien sûr, tous les ouvrages sont de son niveau, mais ils sont parfaits pour initier les enfants à ces domaines. Bon, c'est bien beau de papoter, mais ce serait bien que tu rencontres Melvin en chair et en os…

- Oui, c'est pour ça que je suis là…

Mr Bevelty toqua à la porte de Melvin, devant laquelle Blaise et lui s'étaient arrêtés, et l'ouvrit en entendant le «Oui» du garçonnet.

- Bonjour, Melvin ! Comment vas-tu ?

- Bien, j'ai un peu plus d'appétit qu'hier.

- Ah, c'est très bien, ça ! Cela va de pair avec tes constantes qui sont meilleures qu'hier, d'après ce qui a été écrit sur ton dossier par l'infirmière ce matin. As-tu mal au ventre ?

- Non.

- À la gorge, au cou ?

- Non.

- À la tête ?

- Non.

- Au coeur ?

- Non.

- Aux poumons ?

- Non.

- Aux bras ? Aux jambes ?

- Non, j'aurais du mal puisque je les sens à peine… Ils sont… euh… zut, je n'ai plus le mot…

- Ankylosés ?

- Oui ! C'est ça.

- C'est normal. La crise que tu as eue a été si agressive qu'elle a affaibli tout ton corps. C'est pour cela que durant trois jours, tu n'as fait que dormir, et que nous avons dû te nourrir et t'hydrater avec une sonde. Mais comme tes constantes sont correctes, que tu as des couleurs, et que tu es en forme, tu vas pouvoir avoir des séances de kinémagie qui vont remuscler tes bras et tes jambes. Est-ce qu'il y a autre chose dont tu voudrais me faire part ?

- Non, il n'y a rien d'autre.

- Bien. Continue à boire tes potions, fais honneur aux bons petits plats qu'on te sert, et tout ira bien.

Mr Bevelty salua Melvin sur ces bonnes paroles et s'en alla, Blaise sur ses talons. Ils firent les deux dernières chambres de l'étage, et montèrent au quatrième, le deuxième et le troisième ayant été faits par Mrs Luby et Mr Sanders. Mr Bevelty se partagea avec eux les patients du quatrième, et comme il n'y en avait que trois au cinquième, ils en visitèrent un chacun.

À midi, Mr Bevelty accompagna Blaise à la salle réservée au personnel, se procura un sandwich et fila à son colloque. Blaise s'assit à la table de Mr Sanders, qui était responsable de lui ce jour-là sur le temps méridien, en l'absence de son tuteur.

- Ah, voilà notre potentielle future recrue ! s'exclama Mr Sanders.

- Ouh là, pas avant sept bonnes années, nuança Blaise. J'ai encore deux ans à faire à Poudlard, et les cinq années de formation…

- Dès qu'un étudiant commence sa formation, il est comme une nouvelle recrue pour nous, souligna Mr Sanders. On ne va pas attendre qu'il ait son diplôme pour l'intégrer parmi nous ! Et ce, quel que soit le service où il est… Mais comme tu t'orientes vers la chirurgimagie, tu seras fréquemment en contact avec la plupart de tous les services. Et rien que pour ça, c'est bien que tu aies tous ces stages pour te familiariser avec un max de domaines.

- Oui, mais il y en a tellement qu'il faudrait que je fasse une dizaine de stages pour tous les faire… C'est fou qu'il y ait toutes les branches de la médicomagie réunies dans un seul hôpital, qui n'a pas l'air si grand que ça… Mais vous n'êtes pas trop nombreux ?

- Pour la place qu'il y a, si.

- Mais pourquoi le Ministère interdit à toutes les professions de la médicomagie d'exercer dans leur propre cabinet, à part pour les psychomages ?

- Parce qu'ils ont peur que Sainte-Mangouste soit désertée de tous ses praticiens.

- Ils ont pourtant fait cette faveur aux psychomages…

- Oh, détrompe-toi, ça n'avait rien d'une faveur ! C'est ce qu'ils ont fait miroiter aux psychomages, mais la vérité était toute autre… C'est sous le mandat du ministre Millicent Bagnold, en 1985, que les psychomages ont pu travailler en cabinet indépendant. À cette époque, avec les nouvelles écoles qui avaient été créées entre 1970 et 1980, il y a eu un essor de médicomages, de psychomages et de gynécomages à Sainte-Mangouste, si bien qu'il a fallu scinder les cabinets en deux pour qu'il y en ait assez pour tout le monde. Mais ce n'était pas une solution sur le long terme, et c'est pour ça que Bagnold a permis aux psychomages de s'émanciper, afin de libérer de l'espace. Pour lui, ce n'était pas une grosse perte, car à ses yeux, la psychomagie n'était pas une sphère de la médicomagie. Il en dévaluait totalement l'intérêt. Il était bien content d'inciter les psychomages à s'en aller de Sainte-Mangouste pour que les médicomages et les gynécomages aient de plus grands cabinets…

- Mais quelle ordure… C'est insultant pour les psychomages…

- Oui, et Fudge est en train de faire la même chose avec les nutrimages. Depuis cinq ans, il y en a de plus en plus qui ouvrent illégalement leurs cabinets, et là où les médicomages, les gynécomages, les buccomages, les pédiatrimages et tant d'autres sont traqués et lourdement sanctionnés quand ils le font, les nutrimages, eux, passent étrangement entre les mailles du filet… Le jour n'est pas loin où ils auront le même droit que les psychomages… Et pour les mêmes motifs dissimulés. Fudge a peu d'estime pour les nutrimages, tout comme Bagnold en avait peu pour les psychomages. Pour eux, la nutrimagie et la psychomagie ne sont que des métiers d'écoute et de conseils, et qui ne valent rien.

- Mais c'est n'importe quoi ! s'écria Blaise. Ils sont complètement à côté de la plaque ! Ce sont des métiers primordiaux, au même titre que tous les autres ! Les nutrimages aident les gens à avoir une alimentation plus saine et plus équilibrée, et ainsi à éviter d'avoir des maladies comme le diabète ou le cholestérol, qui peuvent être très dangereuses, et les psychomages, eux, aident les gens dans leur bien-être mental… Ils ne méritent pas d'être dépréciés comme ça.

- Je suis bien d'accord. Entre Bagnold et Fudge, nous ne sommes pas gâtés avec les ministres de la magie que nous avons… Mais je ne suis peut-être pas censé débattre de cela avec toi…

- La politique n'est pas forcément une affaire d'adultes, répliqua Blaise. Ce n'est pas parce que les mineurs n'ont pas l'âge de voter qu'ils n'ont pas d'opinion sur la manière dont la société est régie… Et lors de la pause déjeuner, nous ne sommes plus trop dans le cadre professionnel. Vous avez plus de légitimité à vous adresser à moi comme à un égal.

- Comment ne pas être convaincu face à de tels propos ? Je ne me serais pas mieux exprimé ! Bon, quoi qu'il en soit, tu n'as pas à t'en faire, car les chirurgimages ne sont pas ceux qui aspirent le plus à être libéraux. Ouvrir un centre ou un cabinet de chirurgimagie coûte bien trop cher.

- Oui, avec tout le matériel que cela requiert… Ce n'est pas du tout dans mes projets ! Mais je serai là pour lutter pour que d'autres spécialistes puissent exercer en-dehors de Sainte-Mangouste.

- Tu en auras la gratitude de tes futurs collègues. Si j'ai bien saisi, tu en es à ton deuxième stage ? Et lors de chaque stage, tu explores six secteurs de la médicomagie ?

- Oui, c'est ça.

- Même si tu es décidé à être chirurgimage, est-ce qu'il y a des branches qui t'ont particulièrement plu ?

- Oui, il y a deux ans, j'ai été captivé par la dermatomagie et l'allergomagie. Et cette année, j'ai bien aimé la gynécomagie et la kinémagie. En revanche, je vais être honnête, mais si un jour, je me lasse de la chirurgimagie, je ne me tournerai pas vers la pédiatrimagie. J'aurais trop de mal à supporter la souffrance des enfants toute la journée… Certes, en tant que chirurgimage, je vais être amené à en opérer, mais ce ne sera pas pareil.

- Oui, ils ne seront qu'un tiers de tes patients, ils seront endormis quand tu les opéreras, et tu ne les verras que quelques minutes éveillés quand tu iras les voir pour les suites post-opératoires… Et ne sois pas désolé de ne pas être attiré par la pédiatrimagie. Craindre la douleur des enfants prouve ton humanité. Ce qui ne signifie pas que les pédiatrimages sont inhumains !

- Non, vous, vous êtes aptes à endurer leur mal-être pour les soigner et les sauver… C'est une autre forme d'humanité.

- Tout à fait !

- Et vous, est-ce que vous avez toujours voulu être pédiatrimage ?

- Oui, mais je désirais aussi être vétérimage. Et comme je n'ai pas été fichu de choisir, j'ai d'abord fait une formation de vétérimage, puis une formation de pédiatrimage.

- Oh… Vous avez été très courageux ! Car ça vous a fait un paquet d'années d'études…

- Oui, mais je ne regrette pas. J'ai pu accomplir les deux rêves que j'avais.

- Oui, ce qui n'est pas donné à tous ceux qui, comme vous, hésitent entre deux métiers ou plus… Ils n'ont pas tous les moyens de faire deux formations… Mais c'est Mr Bevelty qui doit être ravi ! S'il a un problème avec un de ses chats, il n'aura pas à aller chez un vétérimage…

- Tu ne crois pas si bien dire ! Ses chats ont effectivement été plusieurs fois mes patients. Et j'ai eu beau insister pour faire ça gratuitement, il a tenu à me payer.

- Il serait prêt à débourser des mille et des cents pour ses chats… Il leur voue le même amour qu'à son métier… Et il y a un truc qui me turlupine, à ce sujet…

- Tu te demandes s'ils s'appellent vraiment Rougeole et Rubéole ?

Blaise écarquilla les yeux, stupéfait, ce qui déclencha l'hilarité de Mr Sanders :

- Il fait le tour à tous les stagiaires qui atterrissent dans son service ! C'est sa façon de les bizuter.

- Si tous les bizutages étaient aussi pacifiques et innocents, on vivrait dans un monde idéal… Mais du coup, c'est une blague ? Ou… c'est…

- Non, c'est bien une blague, révéla Mr Sanders. Leurs vrais noms sont Églé et Épione.

- Ouh là, ça sonne divin, comme noms…

- Oui, parce que ce sont des noms de déesses. Églé est la déesse de la bonne santé, et Épione est la déesse de l'apaisement de la douleur.

- Ouais, il est resté dans l'univers de la médecine… Mais ce sont des noms qui réfèrent à des choses positives. J'adhère ! Merci de m'avoir éclairé.

- Mais de rien ! Cela aurait été bien dommage que tu termines ton stage en pédiatrimagie sans avoir eu le fin mot de l'histoire…

Blaise acquiesça tout en entamant le plat de résistance avec appétit. Il n'était clairement pas destiné à être pédiatrimage, mais il avait adoré ses trois jours dans ce service. Et ceci était grandement dû à la gentillesse de son tuteur et de Mr Sanders… Mais que ce fût avec eux ou avec les autres chefs de service, il se sentait comme chez lui à Sainte-Mangouste. Il en était désormais plus sûr que jamais : un jour, il serait un de leurs collègues, et il lui tardait de collaborer avec eux…

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POV Graham

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Ce fut avec un soulagement non feint que Graham se laissa tomber sur le banc des vestiaires. L'entraînement avait été long et rude, et ses muscles qui protestaient était là pour en témoigner. Joe, l'un des poursuiveurs de réserve, fut de son avis :

- Ah, ça fait du bien de s'asseoir…

- On a été assis plus de deux heures sur nos balais, répliqua Julian, un batteur titulaire.

- Oui, mais là, nos muscles ne sont plus mis à contribution… Hé, Olivier, ils ne t'ont pas loupé, Ian et Jacob !

Graham dévia son regard vers Olivier qui s'était délesté de son haut.

- Tu me mates ? lança Olivier à Joe.

- Pfff, t'es dans mon champ de vision, imbécile… Et les corps masculins, ce n'est pas mon truc.

- Non, toi, ton truc, ce sont les joueuses des équipes adverses, railla Phil, un attrapeur remplaçant.

- Qu'est-ce que tu insinues, là ?!

- Rien, c'est un fait avéré. Il y a deux ans, tu as eu une amourette avec Beth MacLean, de l'Orgueil de Portree, l'année dernière, tu étais avec Lindsay Reid, des Pies de Montrose, et là, tu flirtes avec Jenny Morris, des Harpies de Holyhead…

- Oui bah au moins, j'ai l'esprit sportif avec les autres équipes de la Ligue…

- En tout cas, tu n'as pas tort, concernant Olivier. Ian et Jacob se sont déchaînés sur lui…

Ian et Jacob étaient batteurs suppléants chez le Club de Flaquemare.

- Lundi, Felix leur a dit de ne pas se concentrer que sur les poursuiveurs. Eh bien ils lui ont obéi… Mais j'avoue qu'ils y sont allés un peu fort. Ils me harcelaient tant avec les cognards que je n'ai pas pu tous les esquiver… Sans la coque, toutes mes côtes seraient cassées… Mais elle ne protège pas à cent pour cent des coups.

- Même la plus solide des coques en serait incapable, face à des missiles de deux ou trois kilos qui fusent à plus de cent kilomètres heure…

- Oui, et quand tu n'as pas de coque, ça fait très mal…

- Ça m'est arrivé deux fois, mais je ne me souviens pas de la douleur, puisque je me suis évanoui à chaque fois…

- Ah, pas moi, mais j'aurais aimé…

Les dix membres de l'équipe présents dans les vestiaires y allèrent tous de leurs anecdotes, excepté Graham qui écouta ses coéquipiers d'une oreille distraite. Il attendit qu'Olivier eût fini de s'habiller et sortit derrière lui.

- Toi, tu as à me parler, devina Olivier.

- Oui. C'est avec Felix que je devrais le faire, vu que c'est lui le capitaine, mais je préfère savoir ce que tu en penses avant d'avoir cette conversation avec lui…

- Ouh là… Ce doit être sérieux. De quoi s'agit-il ?

- D'Adrian. Depuis son plus jeune âge, son rêve est de faire carrière dans le Quidditch. Mais après son craquage il y a huit mois, son sevrage à Sainte-Mangouste, tout ça, il est persuadé qu'il ne sera accepté dans aucune équipe… Je lui ai alors suggéré de souffler son nom auprès de Felix.

- Oh… Mais… euh… ce n'est pas un peu trop tôt ?

- Non, au contraire, c'est le bon moment. Plus il traînera, plus ce sera dur pour lui de s'intégrer dans une équipe… Surtout qu'il a développé une certaine phobie sociale.

- Ce serait peut-être judicieux qu'il traite cela dans un premier temps…

- Je l'ai poussé à le faire avec sa psychomage, et il l'a fait. Il travaille là-dessus.

- Mais ça va être trop brusque pour lui…

- Tu ne veux pas qu'il rejoigne l'équipe ou quoi ?

- Non, c'est juste que j'ai peur qu'il ne soit pas prêt ! S'il craint la foule, ça va être coton pour lui de s'entraîner avec nous…

- S'isoler n'est pas une solution. Et nous ne serons qu'une dizaine, ce qui sera parfait pour qu'il se rouvre petit à petit au monde…

- Pas faux. Mais qu'en dit sa psychomage ?

- Que ça ne coûte rien d'essayer, et que si ça ne le fait pas, il ne faudra pas insister. Si ça ne marche pas, ils analyseront pourquoi, et il retentera l'expérience plus tard.

- S'il a l'aval de sa psychomage, c'est l'essentiel. Si tu fais part de tout cela à Felix, il voudra bien faire passer des sélections à Adrian.

- Super ! Je verrai ça avec lui après le prochain entraînement.

- Bien. Quoi qu'il en soit, Adrian a de la chance de t'avoir comme ami. Tu l'héberges, tu le nourris, tu te soucies de son état mental, tu te démènes pour lui dégoter un poste dans une équipe…

- Je ne fais que mon devoir d'ami.

- Mmmh. Tes sentiments envers lui jouent quand-même là-dedans… Mais c'est trop mignon, tout ce que tu fais pour lui. Franchement, vous feriez un très beau couple. Et si ça se fait entre vous, comme vous vivez déjà sous le même toit, vous n'aurez pas à déménager chez l'un ou chez l'autre…

- Ah ça, c'est sûr… Il n'y aura pas cette phase dans notre couple.

- Je t'envie à l'avance à ce niveau-là…

Graham arqua un sourcil.

- La perspective de cette phase avec George te stresse ?

- C'est plus compliqué que ça… J'aimerais bien qu'on prenne un appartement, lui et moi, mais ce ne serait pas compatible avec l'activité professionnelle de George… C'est pratique, pour Fred et lui, d'habiter en haut de la boutique. Le soir, ils peuvent bosser sur leurs nouvelles inventions, fabriquer leurs produits, s'occuper de ce qu'ils n'ont pas eu le temps de traiter durant la journée…

- Mais si on se base là-dessus, ils vont y squatter toute leur vie, et toi, tu demeureras seul comme un idiot dans ton appart'…

- Non mais là, c'est parce que c'est le début, ça ne fait même pas une semaine qu'ils ont ouvert leur boutique, c'est normal qu'ils s'y consacrent entièrement… Quand elle sera bien implantée et qu'elle sera en plein essor, ils pourront lâcher du lest et prioriser un peu plus leur vie privée.

- Vu comme ça… Tant que la situation vous convient, c'est le principal.

- Disons qu'on fait avec… Mais vivre seul n'a pas que des inconvénients. Quand je serai en ménage avec George, je serai moins libre. Du coup, j'en profite pour aller boire des verres avec des gars de l'équipe dès que l'un d'eux le suggère.

- Oui, c'est ce que j'ai constaté… Et tu as bien raison. Mieux vaut s'amuser que déprimer seul chez soi !

Olivier se mit à rire :

- Je n'en suis pas là ! Ouch…

Olivier se tint les côtes, ce que vit Graham :

- Ouh là, tes côtes n'ont pas apprécié l'acharnement de Ian et Jacob…

- Non, pas trop.

- Tu ferais mieux d'aller soigner tout ça…

- Je n'ai plus de baume anti-contusions, grimaça Olivier.

- J'en ai chez moi. Si ça te dit de m'accompagner…

- Ça ne te dérange pas ?

- Puisque je te le propose !

- Bon, dans ce cas… allons-y !

Olivier agrippa le bras que Graham lui tendit. Ce dernier les fit transplaner et atterrir dans son salon.

- Ouah, c'est grand, chez toi… Enfin, non, pas tant que ça, mais…

- C'est l'impression qu'on a car c'est peu meublé, expliqua Graham. Il n'y a que le strict minimum, mais il ne m'en faut pas plus. J'aime avoir de l'espace…

- Comme moi ! À quoi bon s'encombrer de choses futiles…

- Exactement ! Bon, je vais aller chercher le baume. Mets-toi à l'aise, ne te gêne pas.

Graham s'éclipsa et se rendit à la salle de bain où il se procura le baume. Il revint dans le salon où Olivier s'était installé, comme Graham l'y avait convié.

- Bah, t'as pas enlevé ton haut ?

- Je peux le faire moi-même…

- Oui, mais c'est mieux quand c'est une tierce personne qui le fait. C'est plus précis. En plus, tu as devant toi un expert du baume ! Quand nous étions à Poudlard, Adrian, Cassius, Miles et moi, c'est moi qui soulageais leurs petits bobos quand ils se blessaient au Quidditch.

- Ouais, et moi, je n'ai pas la patience pour tout ce qui est baume ou pommade…

- Alors c'est réglé, je m'en occupe !

Olivier se délesta de son tee-shirt et laissa Graham étaler le baume sur les hématomes provoqués par les cognards. Ceci ne fut pas une mince affaire pour Graham, Olivier ayant la bougeotte, mais il se calma lorsque Graham le menaça de le neutraliser avec un maléfice du saucisson. Une vingtaine de minutes furent requises pour appliquer le baume sur toutes les traces de coups. Ian et Jacob avaient un peu trop honoré les consignes du capitaine !

Olivier récupérait son tee-shirt sur le dossier de sa chaise quand la porte d'entrée s'ouvrit, et il s'en revêtait quand Adrian pénétra dans le salon.

- Hey, le salua Olivier. Comment ça va ? enchaîna-t-il, faisant fi de l'air interloqué d'Adrian.

- Euh… bien, mais fourbu et courbaturé à cause de ma séance de sport. Et toi ?

- J'ai un amas de bleus en guise de torse, mais grâce aux bons soins de Graham, ils disparaîtront très vite ! Bon, j'y vais. J'ai des courses à faire. J'ai trop procrastiné et mes placards sont presque vides ! Merci pour ta bonté, Graham.

Olivier souhaita une bonne fin de journée à Graham et à Adrian et il s'en alla.

- Tu aurais pu m'avertir par Patronus que tu avais un invité… Je ne serais pas rentré tout de suite.

Graham mit quelques secondes à saisir ce qu'insinuait Adrian.

- Ah mais non ! Tu n'y es pas du tout… Olivier a été la cible de nos deux batteurs de réserve lors de l'entraînement, et même s'il a une très bonne armure, elle ne peut pas encaisser totalement l'impact d'un cognard envoyé à toute allure… Il n'avait plus de baume chez lui, et comme moi, j'en ai tout un stock, je lui en ai fait bénéficier. Je n'ai fait que le lui administrer.

- Oh mais tu n'as pas à te défendre… Je n'ai rien contre le fait que tu couches avec lui. C'est juste que ce n'est pas cool pour son mec.

- Je ne couche pas avec lui ! Olivier est en couple avec George, il l'aime trop pour le tromper, moi j'ai Dean, et nos petits rencards me suffisent amplement.

- Tu ne serais pas le premier à retomber dans les bras de ton ex…

- Mais puisque je te dis qu'il n'y a rien entre nous ! Oui, il y a trois ans, on a eu une liaison, Olivier et moi, mais ce n'était que du sexe, ça a été bref, aujourd'hui on est amis, et c'est très bien ainsi. Il est mon confident, tout comme je suis le sien, et je n'ai pas envie de gâcher la relation qu'on a.

La suspicion qui se lisait sur le visage d'Adrian s'effaça, et ce fut une étrange tristesse qui envahit ses traits.

- Oui, ce serait dommage… Bon, je vais me doucher. À moins que tu veuilles y aller ?

- Non, je me suis lavé dans les vestiaires. Et Olivier n'était pas avec moi.

Adrian rougit et se hâta de déserter la pièce. Graham regretta sa petite pique. Même si les soupçons de son ami l'avaient irrité, il n'avait pas été très intelligent en rajoutant de l'huile sur le feu avec son sarcasme… Mais il était également déçu. Certes, ce n'était pas une dispute qu'Adrian et lui avaient eue, mais c'étaient les premières tensions qui éclataient entre eux depuis qu'Adrian était là. Graham relativisa toutefois : ils se réconcilieraient quand ils auraient tous deux réfléchi, et tout irait ensuite pour le mieux…

.

Adrian revint dans le salon une heure plus tard. Il avait une mine penaude qui fit s'envoler le peu de rancoeur qui subsistait dans le coeur de Graham.

- Je suis désolé pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû te prendre la tête avec Olivier…

- Ce n'est rien. Vu de l'extérieur, j'admets que ça prêtait à confusion…

- Mais je sais que tu n'es pas du genre à coucher avec des mecs en sachant qu'ils sont en couple… J'ai été stupide. Et pas très correct. Et puéril…

- Puéril ?

- Oui. La douche n'était qu'un prétexte pour aller bouder dans mon coin… Ce n'était pas si urgent que ça. Mais quand tu as évoqué la relation privilégiée que tu as avec Olivier, c'est bête, mais… j'ai été jaloux. Ça recommence, Graham. Que ce soit en amour ou en amitié, je détruis tout. J'étais très possessif avec Harry, je ne le voulais rien que pour moi, je l'ai éloigné de sa famille, de ses amis… Et là, je vais faire pareil avec toi en faisant tout pour qu'on ait une amitié exclusive…

- Non, Adrian, arrête, tu divagues, là. Oui, tu as été lourd avec ta fixette sur un flirt entre Olivier et moi qui n'existait que dans ta tête, mais tu l'as reconnu de toi-même, tu t'en veux et tu t'es excusé. Si ça recommençait réellement, tu n'aurais rien fait de tout ça. Et ton attitude n'a rien à voir avec le désir d'avoir une amitié exclusive. C'est normal que tu aies réagi comme ça quand j'ai fait allusion à mon amitié avec Olivier… Tu es dans une phase où tu es fragile au niveau de tes émotions, et où tu as besoin d'être entouré… Je joue un rôle très important dans ta réinsertion dans la société, c'est chez moi que tu habites, c'est à moi que tu racontes ce que j'ignore de tes journées, c'est avec moi que tu es le plus clair de ton temps, en-dehors de ton travail, de tes séances de sport et de tes rendez-vous avec le médicomage, le psychomage, l'addictomage et le magicomage… C'est logique que tu aies peur que je te laisse tomber. Mais là où Olivier est mon confident, toi, tu es mon meilleur ami. Ce n'est pas du tout la même chose. Notre amitié n'est pas en danger parce que je suis avec Olivier trois demi-journées par semaine…

- Oui, j'en suis bien conscient…

Graham observa Adrian. Il semblait bien moins tourmenté que dix minutes auparavant.

- Ça va mieux, n'est-ce pas ?

- Oui… Tu as apaisé toutes mes craintes. À présent, je me sens idiot d'avoir cru que j'allais répéter avec toi les erreurs que j'ai faites avec Harry… Mais comme tu l'as souligné, c'est mon instabilité émotionnelle qui est à l'origine de mes réactions. Je suis en plein rétablissement mental, et bien que je sois sur la bonne voie et que j'aille bien mieux que lorsque je suis sorti de Sainte-Mangouste, je suis loin d'être entièrement guéri. Je vais avoir d'autres sautes d'humeur telles que celle que j'ai eue il y a une heure, c'est inévitable, je dois faire avec et ne pas trop m'appesantir là-dessus.

Graham fut impressionné par les paroles d'Adrian. Ses lèvres s'étirèrent doucement.

- Ce que tu dis prouve que tu vas vraiment mieux. C'est peut-être dérisoire pour toi, mais… je suis fier de toi.

Adrian fut déstabilisé, ce qui fit douter Graham de ce qu'il avait supposé.

- Dérisoire ? Non, c'est tout le contraire… Ton estime a bien plus de valeur que celle de n'importe qui d'autre…

Cette déclaration d'Adrian fut suivie d'un silence qui fut nullement dérangeant. Les mots n'étaient pas nécessaires. Ils s'étaient tout dit, leur amitié était intacte, et c'était comme s'il n'y avait pas eu de brouille entre eux. Ce fut Adrian qui brisa le mutisme qui régnait dans le salon :

- Bon, je vais aller potasser mes cours.

- Bien, je préparerai le dîner dans une heure, il sera prêt d'ici dix-neuf heures.

- Parfait, j'ai deux heures pour réviser ! Sauf si tu veux que je t'aide…

- Non, ça ira. Je préfère que tu te focalises sur tes cours.

Adrian acquiesça et s'éclipsa. Graham allait défaire son sac de Quidditch mais il fut interrompu par des coups frappés à la porte. Il alla la déverrouiller et fut stupéfait en découvrant l'identité de son – ou plutôt de sa – visiteuse.

- Sarah ?! Mais… qu'est-ce que tu fais là ?! Et comment es-tu venue ?!

- Ouah, quel accueil ! Bon, dans l'ordre : je suis là pour faire une petite surprise à mon frère, et j'ai pris le Magicobus.

- Quoi ?! Mais… tu es complètement folle ! Ce n'est pas du tout adapté pour toi !

Sarah leva les yeux au ciel.

- Je sais ce que je fais, Graham. Je ne suis pas irresponsable. Et le sort n'attaque que mes organes et mon système immunitaire, pas mes os. Mais c'est vrai que ça remue beaucoup, dans ce bus. Quand il a démarré, j'ai failli m'écraser la figure contre la vitre du fond !

Graham sourit. Il était heureux d'avoir sa petite sœur avec lui.

- Mais en fait, tu n'as plus à t'en faire pour moi. J'ai subi toute une batterie d'examens récemment, et les résultats sont catégoriques : il n'y a plus aucun stigmate de ce maudit sort dans mon corps. Je suis définitivement tirée d'affaire, Graham. Je vais pouvoir vivre comme tout le monde.

Cette information inattendue eut l'effet d'un court-circuit dans le cerveau de Graham. Il n'espérait tellement plus cette nouvelle qu'il se pinça pour vérifier que ce n'était pas un rêve. Une fois certain que c'était bien la réalité, il se précipita vers sa sœur qu'il serra dans ses bras.

- Doux Merlin… Je n'ai pas les mots pour exprimer mon soulagement…

- Moi non plus, et papa et maman encore moins ! Mais ce n'est pas tout. Comme je suis libérée du sort, j'ai l'autorisation d'aller à Poudlard.

- Oh… Ce n'est pas un peu trop tôt ?

- Ce sont les médicomages qui m'ont donné leur accord. Tu leur fais confiance ?

- Oui, mais…

- Bon bah s'ils disent que je peux aller à Poudlard, c'est que je peux y aller ! Mais ne t'inquiète pas, je serai bien surveillée, et j'aurai droit à des études aménagées. Car même si mon corps est délivré du sort, ça fait tout de même quatorze ans que mon système immunitaire en est victime, il va mettre du temps à se requinquer. J'aurai toujours dix fois plus de risques de tomber malade que les autres, j'ai toujours une alimentation stricte à respecter, j'ai toujours un lourd traitement à prendre… Mais je vais assez bien pour aller à Poudlard.

Rasséréné, Graham hocha la tête. Mais il n'eut pas l'occasion de répondre, car Adrian fit irruption dans le salon, pour le plus grand bonheur de Sarah :

- Adrian, tu es là !

Sarah se rua vers Adrian, qui manqua de perdre l'équilibre tant le choc fut violent. Mais il n'en eut cure et étreignit Sarah de toute ses forces contre lui. Adrian ayant passé une bonne moitié de l'été de chaque année chez les Montague depuis sa première année à Poudlard, Sarah s'était vite attachée à lui.

- Mais tu gagnes combien de centimètres par an, toi ? s'exclama Adrian. Tu seras bientôt quasiment aussi grande que Graham et moi !

- Oh, n'abuse pas, vous êtes trop grands pour que je puisse vous rattraper… Mais j'ai effectivement eu de la chance que le sort n'ait pas ralenti ma croissance. Hé, Adrian, si je te dis que j'ai l'aval des médicomages pour aller à Poudlard ?

L'étonnement fut lisible dans les prunelles noisette d'Adrian :

- C'est vrai ? Tu as le feu vert des médicomages ?!

- Oui.

- Mais c'est génial !

- Ah, au moins quelqu'un qui est ravi ! lança Sarah à Graham.

- Oh, ça va, pardonne-moi d'être inquiet pour toi…

- Ah, que veux-tu, dès qu'ils le peuvent, les grands frères sont là pour jouer les rabat-joie !

- Hé, ça va, je ne vous dérange pas trop ? Si vous continuez à vous liguer contre moi, vous allez vite dégager d'ici, ça ne va pas être long ! prévint Graham.

- Tu n'oserais pas, le défia Adrian. Tu m'aimes trop pour ça.

Graham rougit, sous le regard railleur de Sarah :

- Je comprends mieux pourquoi tu l'as invité chez toi, glissa-t-elle tout bas à Graham.

Celui-ci lui fit les gros yeux :

- Quoi ?! Mais…

- Bon, ça fait un quart d'heure que je suis là, et on ne m'a pas proposé de thé… Ah, là là, les bonnes manières, j'vous jure… C'est moi qui vais finir par me barrer, je n'aurai pas besoin que mon vilain de grand frère me vire de chez lui !

- Tu n'es pas possible, soupira Graham en s'apprêtant à aller vers la cuisine.

- Non, je vais m'en occuper, annonça Adrian. Pour me racheter de t'avoir chambré…

Et Adrian fila aussitôt faire le thé. Sarah en profita immédiatement pour se tourner vers Graham

- Dis, si ça se fait, entre Adrian et toi, qui portera l'enfant ?

- Sarah ! s'écria Graham, outré.

- Je te charrie ! rit Sarah. Enfin, pas totalement. Tu diras ce que tu voudras, mais ça fait trois ans que je me dis qu'un jour ou l'autre, vous finirez ensemble. Bon, sinon, comment ça va, à Flaquemare ? Tu t'es bien intégré ?

Ça, c'était tout Sarah : elle était la première à aborder le sujet de la vie amoureuse de Graham, mais sans insister s'il n'avait pas envie d'en parler.

Adrian revint avec trois tasses de thé et des petits gâteaux, et Graham, Sarah et lui bavardèrent tout en se régalant de ce succulent goûter tardif, jusqu'à ce que Sarah s'en aille, sur les coups de dix-huit heures. Graham et Adrian débarrassèrent tous deux la vaisselle :

- Tu sais que je l'adore, ta petite sœur ?

- C'est réciproque… De toute façon, tu es aimé de toute la famille, signala Graham.

- Ah, que veux-tu, c'est mon charme légendaire… Mais attends, quand tu disais que j'étais aimé de toute la famille, tu t'incluais dedans ?

- Non, moi, je te déteste.

- Pfff…

- Question idiote, réponse idiote.

- Ouah, t'as pas du tout apprécié qu'on se fiche de toi, Sarah et moi…

- Je me venge, c'est tout, répliqua Graham, narquois.

- Ouh là, je suis bien content de ne pas être ton amant… Car à la moindre crasse que je te ferais, je le paierais cher au lit, et je tiens à mes pauvres fesses ! Bon, à la base, j'allais me chercher un verre d'eau à la cuisine, mais comme j'ai entendu une voix féminine, j'ai été intrigué…

Adrian s'en alla sur ces mots pour aller se désaltérer. Il n'en avait aucune idée, mais il avait troublé Graham avec ses insinuations graveleuses… Celui-ci s'efforça d'oublier vite ce qu'avait dit Adrian afin de ne pas s'imaginer dans une telle situation avec lui… Il faisait de son mieux pour cacher ses sentiments envers Adrian, mais ce dernier ne l'aidait pas, et Sarah non plus… Si sa petite sœur avait deviné ce qu'il éprouvait envers lui, il allait devoir faire attention face à Adrian… Merlin que c'était compliqué… Il avait beau faire comme si de rien n'était, c'était dur d'être insensible au charme de son colocataire… Il fallait qu'il passe plus de temps avec Dean. Au moins, avec lui, il réussissait à oublier un tant soit peu son attirance envers Adrian… C'était éphémère, mais sur le moment, ça lui faisait du bien…

.

.

POV Fred

.

Le Chemin de Traverse se vidait peu à peu, les commerces fermant les uns après les autres, à l'instar de la boutique de Fred et de George. Celui-ci rangeait et faisait le ménage, tandis que Fred, lui, se chargeait de faire les comptes. Mais ayant l'esprit ailleurs, il avait du mal à se concentrer.

- Raaah, j'ai perdu le fil…

- Encore ?

- Oui… Ce doit être la fatigue.

- Tu es fatigué depuis ce matin, dans ce cas. Car tu as accumulé les étourderies toute la journée…

- Je n'ai pas très bien dormi, prétendit Fred.

- Mmmh. Et c'est pour ça que tu as l'air soucieux ?

Fred soupira.

- J'ai une entrevue à vingt-deux heures avec Angelina.

- Ah… C'est bizarre mais quand j'ai la perspective d'avoir du bon temps avec Olivier le soir-même, je suis de bonne humeur, je ne tire pas une tronche de six pieds de long…

- Ce n'est pas pour coucher avec elle que je vais la voir.

- Si ce n'est pas pour ça, c'est pour quoi ?

Il y eut un bref silence, puis Fred lâcha :

- Je vais rompre.

George haussa les sourcils.

- Ah, ça y est, tu vas le faire ?

- Oui.

- C'est la bonne, cette fois ? Tu ne vas pas te dégonfler ?

- Non.

- Et quel a été le déclic ? Car aux dernières nouvelles, ce n'était pas dans tes projets…

- J'en ai marre de me limiter au flirt avec Agathe. Je m'interdis d'aller plus loin tant que je suis avec Angelina, et même si on s'amuse bien au lit, elle et moi, c'est avec Agathe que j'aimerais avoir des nuits de folie… Ou de douces nuits d'amour.

- Ou la papouiller, la dévorer des yeux, lui glisser des beaux mots d'amour…

Fred rougit.

- Qu'est-ce que tu insinues, là ?

- Moi ? Mais rien, fit Fred d'un ton innocent. Les «douces nuits d'amour» que tu désires avoir avec Agathe parlent d'elles-mêmes… Tu es amoureux, c'est évident.

- Est-ce que ça vaut la peine de nier ?

- Franchement ? Non.

Fred et George éclatèrent de rire.

- Blague à part, je suis ravi que tu te sois décidé. C'est ce que tu as de mieux à faire.

- Oui, mais… je crains sa réaction.

- Je ne vais pas être hypocrite avec toi : il y a plus de risques qu'elle le prenne mal que bien… Mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. C'est inéluctable, mais au moins, ce sera fait, et après, tu seras tranquille. Tu as assez trimballé Angelina comme ça, et même vis-à-vis d'Agathe, ce n'est pas cool de batifoler avec une autre fille dans son dos…

La gorge de Fred se serra. George avait raison, il le savait…

- C'est bien pour ça que j'ai fait le choix de la quitter… J'aurais dû le faire avant, mais…

- C'est plus facile à dire qu'à faire.

- C'est ça. Bon, le bilan de la journée ne va pas se faire tout seul…

Fred se replongea dans sa caisse. Ne sachant plus où il en était, il réunit toutes les pièces qu'il avait divisées en trois – les gallions avec les gallions, les mornilles avec les mornilles, et les noises avec les noises – et refit ses trois tas. Puis il calcula le tout en notant sur un parchemin la somme des trois amas, et il convertit les noises en mornilles, et les mornilles en gallions. Étrangement, là où il s'était trompé quatre fois avant sa petite discussion avec son frère, après celle-ci, il fit tout d'une traite. Et cela n'échappa pas à George :

- C'est mieux quand on a le coeur un peu plus léger, hein ?

- Oui, il fallait que je partage mon appréhension…

- Je suis là pour ça. Entre autres… La prochaine fois, n'attends pas que je t'asticote pour te confier.

- Je ne voulais pas t'embêter avec ça…

George leva les yeux au ciel.

- Tu ne m'aurais pas du tout embêté. À quoi ça sert d'avoir un frère jumeau si on ne lui raconte pas ce qui nous tracasse ? Enfin bon, je dis ça, mais à ta place, je serais pareil…

- Ouais, t'es même pire que moi, se moqua Fred. T'as fini, avec le ménage ?

- Presque. Tu peux commencer l'inventaire, je t'aiderai d'ici dix minutes.

- Ça marche !

Fred redisposa l'argent dans la caisse et alla dans le rayon des baguettes farceuses et des oreilles à rallonge. Il inscrivit combien il en restait et compara avec le nombre qu'il y avait le matin-même. Il fit cela avec chaque produit qu'il vérifia et fut vite assisté dans sa tâche par George. Le ménage, le rangement, les comptes et l'inventaire étaient leur rituel du soir, et même si cela les accaparait deux heures, c'était loin d'être une corvée pour eux. Le calme qu'exigeaient ces activités contrastait avec l'agitation qu'il y avait tout au long de la journée, et cela faisait du bien, même pour Fred qui avait du mal à demeurer ne serait-ce qu'un quart d'heure sans rien faire.

À vingt-et-une heures, ils avaient tout fait et récapitulaient leurs constats dans l'arrière-boutique :

- Demain, il faudra réapprovisionner les étagères en baguettes farceuses, en Marques des Ténèbres comestibles, en oreilles à rallonge, en pendus réutilisables, en plumes auto-encreur et à vérificateur d'orthographe, en tours de magie moldus, en boursouflets, en bulles baveuses, en chocogrenouilles, en fizwizbiz, en fondants du chaudron, en patacitrouilles et en schok-o-choc, résuma George.

- J'ai l'impression de remettre tous les jours des baguettes farceuses, des boursouflets, des oreilles, des pendus, des plumes de toutes sortes, des bulles, des chocogrenouilles et des patacitrouilles…

- Ce n'est pas qu'une impression ! Mais c'est normal, c'est ce qui se vend le plus…

- Ah bah ça, je m'en suis bien aperçu ! On n'arrête pas de refaire le stock de certaines inventions…

- Oui, et il va nous en manquer. J'en fabriquerai quand tu seras avec Angelina.

- Oh, tu n'auras pas le temps d'en faire beaucoup. Je ne m'éterniserai pas, j'en aurai pour une heure, grand max.

George acquiesça et Fred et lui se recentrèrent sur leur synthèse. Ils écrivirent tout ce qu'ils auraient à faire avant l'ouverture, et à vingt-et-une heures cinquante, Fred prit congé de son frère pour aller au Bardélys. C'était le bar favori des jeunes adultes, dont le nom était un jeu de mots avec «lys» et «délices». Et il méritait bien son nom ! La décoration était très fleurie et faite à cinquante pour cent de lys, et les boissons y étaient réellement délicieuses. Il était situé à côté d'Ollivander, tout au bout de l'allée centrale.

Quand Fred pénétra dans le bar, il vit Angelina assise à une table du fond. Il la rejoignit et s'installa en face d'elle :

- Salut, comment vas-tu ?

- Bien, et toi ?

- Fatigué, mais ça va. Que veux-tu boire ?

- Euh… bonne question. On va éviter tout ce qui excite car j'ai eu une journée stressante…

- Un thé ? Un rhum groseille ? Un chocolat chaud ?

- Tout ça me plaît bien…

- Je te conseillerais le rhum groseille. Ils sont bien dosés, ça va te détendre.

- Tu sais, tu n'as pas besoin de m'alcooliser pour me ramener avec toi, plaisanta Angelina. Mais va pour le rhum groseille !

Fred héla poliment un serveur et commanda la même chose pour Angelina et lui. Il ignora la petite voix dans sa tête qui lui souffla que ce n'était pas se saoulant et en saoulant Angelina que cela allait mieux se passer… Ils eurent leur verre cinq minutes plus tard et remercièrent le serveur.

- Pourquoi m'as-tu donné rendez-vous ici ? s'intrigua Angelina. Ce bar est carrément à l'extrémité du Chaudron Baveur…

- C'est parce que je n'ai pas l'intention d'y aller.

Angelina haussa les sourcils.

- Ah, et où ira-t-on, si ce n'est pas à l'auberge ? Le rapport qu'on a eu chez le glacier m'a bien plu, mais je préfère une chambre à des toilettes…

Sans s'en douter, Angelina tendait une perche à Fred, mais il estima que c'était trop tôt. Il opta pour une semi-vérité :

- En fait, j'avais envie de papoter avec toi.

- Oh… Je n'aurais pas cru que c'était ton genre. Mais ça me va très bien ! Je ne suis pas pressée. Tu m'as dit que tu étais fatigué, c'est à cause de la boutique ?

- Oui, George et moi n'avons pas une minute à nous…

- Même avec Agathe ?

- Sans elle, il n'y aurait même pas de boutique à l'heure qu'il est ! Mais bien qu'on soit trois, il y a tellement de clients que nous sommes sans cesse débordés…

- Ah, c'est ça d'être victime de son succès ! Mieux vaut ça que le contraire… Vous êtes overbookés, mais ce n'est que provisoire. Quand vous aurez un bon chiffre d'affaires, vous pourrez embaucher quelqu'un d'autre.

- Oui, c'est à cela qu'on se raccroche… Mais même si c'est épuisant de gérer une boutique, George et moi ne regrettons rien. Ça nous fait sentir vivants, et on adore tout ce qu'on fait.

- C'est le principal !

- Bon, et toi ? Ton job à l'animalerie ?

- Il me plaît énormément, mais j'ai troqué hier mon plein-temps contre un mi-temps.

Fred saisit immédiatement ce que cela signifiait.

- Tu as eu un poste dans une équipe ?!

- Oui. J'ai participé aux sélections des Crécerelles de Kenmare avant-hier et j'y ai été acceptée sur-le-champ.

- Oh, toutes mes félicitations !

Fred était sincèrement ravi pour Angelina. Ils ne s'étaient pas vus depuis l'inauguration, mais avant celle-ci, Angelina lui avait annoncé avoir eu un retour des Crécerelles de Kenmare, des Faucons de Falmouth, des Flèches d'Appleby et des Harpies de Holyhead. Et si Fred avait bonne mémoire, il y avait eu les sélections des Flèches d'Appleby le lundi d'avant, et celles des Crécerelles de Kenmare la veille. Celles des Harpies de Holyhead étaient censées se dérouler le surlendemain, et celles des Faucons de Falmouth le lundi suivant.

- Tu dois être bien contente…

- Oh mais oui ! Bien sûr, j'étais plus intéressée par les Flèches d'Appleby, mais je ne me faisais pas trop d'illusions. C'est la troisième meilleure équipe de la Ligue, et même en ayant été six ans dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor, je n'avais pas assez d'expérience pour cette équipe…

- Mais c'est déjà super d'être admise chez les Crécerelles de Kenmare ! Parmi toutes les équipes de la Ligue actuelle, c'est la dernière à l'avoir intégrée, et cette année, ils ont atteint la septième place ! Ils ont battu les Canons de Chudley, et même face à de très grosses équipes comme les Tornades de Churchill ou les Flèches d'Appleby, ils ne sont pas descendus en-dessous des cent onze points… Et marquer onze buts contre ces équipes-là, c'est prodigieux ! Elle va progresser d'année en année, et les équipes du podium du classement ont du souci à se faire !

- Tu es bien renseigné, dis-moi !

- Je suis de très près tout ce qui concerne le Quidditch… Mais ça ne va pas être trop dur de concilier le Quidditch et l'animalerie ?

- Non, j'ai la chance d'être dans un club qui a des jours fixes d'entraînements. En l'occurrence, j'en aurai le lundi, le jeudi et le samedi après-midi. Et je bosserai à l'animalerie le mardi de huit heures à midi et de treize heures à dix-huit heures, le mercredi de treize heures à dix-huit heures, et le jeudi de huit heures trente à midi. Ainsi, j'aurai mon lundi, mercredi, vendredi et samedi matin de libre, et mon dimanche entier de libre.

- Vu comme ça, ça n'a pas l'air trop mal… Et ça te fera deux salaires.

- Oui, et quand je serai à l'aise financièrement, je me délesterai peut-être de mon job à l'animalerie.

Angelina accompagna ces mots d'une bonne gorgée de rhum groseille.

- Ouah, tu n'avais pas tort, ils ne lésinent pas sur le rhum ! Mais c'est trop bon. Je serais bien tentée de m'en refaire un autre, mais j'ai peur d'être un peu pompette… Après, ça dépend de ce qu'on fera en partant du bar…

«Bon, allez, c'est l'occasion ou jamais» songea Fred.

- Angelina, il faut que je t'avoue quelque chose…

- Ouh là… Tu m'inquiètes, mais je t'écoute.

- Je… Ce n'est pas que pour faire un brin de causette que je t'ai invitée ici. Et ce n'est pas non plus pour s'envoyer en l'air dans les toilettes. Ni dans ce bar, ni chez le glacier, ni au Chaudron Baveur. Ni où que ce soit d'autre.

- Oui, j'avais bien saisi que ce soir, on n'irait pas au septième ciel…

- Ce ne sera pas que pour ce soir.

Angelina cligna des yeux.

- Je rêve, ou… tu es en train de me larguer ?

Fred dévia le regard. Son silence dut être éloquent, car la déception se lut sur le visage d'Angelina. Mais cela ne lui suffit pas :

- Je veux une réponse, Fred !

- Oui.

- Oui quoi ?

- Oui, je souhaite qu'on mette fin à notre relation.

- Mais… pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Rien ! Ce n'est pas de ta faute, tu n'y es pour rien… C'est moi, je…

Fred ne termina pas sa phrase, mais ce ne fut pas nécessaire pour Angelina :

- Tu as rencontré une autre fille ?

Fred se dandina, terriblement gêné. Il n'avait pas prévu d'aller jusque-là dans l'honnêteté, mais il se retrouvait acculé par la clairvoyance d'Angelina.

- Que ce soit le cas ou non, ça ne changerait rien… Entre la boutique pour moi, et l'animalerie et les Crécerelles de Kenmare pour toi, ça aurait été compliqué de consacrer du temps à notre relation…

- Je m'en fiche de ça ! Est-ce que tu as rencontré une fille, oui ou non ?!

Fred ne put mentir :

- Oui.

Une main s'abattit sur la joue de Fred, qui sursauta. Il redressa vivement la tête et vit les prunelles flamboyantes de colère d'Angelina.

- Tu n'es qu'un goujat, Fred Weasley ! éructa-t-elle. Certes, on ne s'était pas juré amour et fidélité, mais ça ne t'autorisait pas à me tromper avec la première fille qui s'offrait à toi ! Tu es bien comme les autres garçons : incapable de réfléchir avec autre chose que ce que vous avez entre les jambes ! Tu me dégoûtes tant que j'arrive à en avoir du chagrin pour la fille avec qui tu es allé t'acoquiner… J'espère qu'elle discernera plus tôt que moi qui tu es vraiment, et que c'est elle qui te plaquera alors que tu ne te seras pas encore lassé de votre liaison ! Profite bien de ta boutique, ce sera bientôt tout ce que tu auras !

Angelina jeta ce qui restait de son verre à la figure de Fred et s'en alla, furieuse. Fred était anéanti. Il avait beau s'être préparé à ce scénario, il avait prié au fond de lui pour que la rupture ne soit pas trop pénible… Mais Merlin n'avait pas exaucé son vœu. Il vida d'un trait son rhum groseille et s'en fit servir un autre. Il avait le projet de regagner la boutique après celui-là, mais il eut la compagnie de Lee Jordan, son meilleur ami de Poudlard, qu'il n'avait vu que brièvement lors de l'inauguration, et qui lui paya deux verres de plus tandis qu'ils se relataient leurs débuts de vacances. Fred continua avec la même boisson, sous-évaluant son degré spiritueux. Il ne se rendit pas compte qu'il devenait de plus en plus ivre, et ce ne fut pas Lee, qui était dans le même état, qui allait le lui signaler… Fred se sentait bien, et c'était tout ce qui lui importait. Mais au bout du septième cocktail, il réalisa qu'il n'était plus du tout lucide, et il jugea enfin bon de rentrer. Il sortit du pub et sillonna toute l'allée du Chemin de Traverse. Une fois devant la boutique, il regretta sa beuverie, car il avait oublié le code – qu'il fallait tracer le soir avec la baguette en-dessous de la serrure. Il invoqua son Patronus et lui fit délivrer un message à George. Ce dernier vint lui ouvrir quelques minutes plus tard.

- Je n'ai rien compris à ton Patronus, mais tu articulais si mal que je me suis douté que tu n'étais pas très sobre… Mais j'avais déjà des soupçons au fur et à mesure que l'heure avançait sans que tu ne pointes le bout de ton nez… Heureusement que je me suis débrouillé sans toi pour confectionner les produits que nous n'avons presque plus en stock !

Malgré son ébriété, Fred s'en voulut d'avoir fait faux bond à son frère.

- Désolé, je… ce n'était pas dans mes plans de me prendre une cuite, mais je ne me suis pas aperçu que les rhum groseille étaient si forts…

- Eh bien tu le sauras, à présent. Bon, si tu as autant bu, c'est que ça ne s'est pas très bien passé avec Angelina… Mais on en parlera demain, quand tu auras décuvé. Là, tu vas aller te coucher…

Fred se laissa mener par George à leur chambre, en haut de la boutique. George mit Fred en pyjama, lui fit boire une potion et le fit s'allonger dans son lit sur le côté. À peine Fred eut-il posé la tête sur l'oreiller qu'il s'endormit, sans avoir conscience que George allait veiller sur lui toute la nuit afin de s'assurer qu'il ne vomirait pas dans son sommeil, en bon frère jumeau qu'il était… Il eut néanmoins la certitude d'être en sécurité, grâce au lien spécial qu'il avait avec son frère…

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(jeu 18/07) POV Théo

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Cela ne faisait qu'une dizaine de jours que Théo travaillait au Chaudron Baveur, mais c'était comme s'il avait fait cela toute sa vie, tant il était comme un poisson dans l'eau dans chacune de ses tâches. Même son premier verre brisé trois jours auparavant n'était pas vraiment de son fait, s'étant cogné contre Ethan qui avait lui-même renversé son plateau… Il n'avait pas détrôné Evan, un de ses collègues, qui avait été le plus long à casser un élément de vaisselle, mais il était ex æquo avec lui. Il s'était plié le soir-même à la tradition, qui exigeait que tout employé confronté à cet incident pour la première fois fasse un bon petit plat ou un bon petit dessert à tous ses acolytes. C'était une sorte de gage «bon enfant» qui allait bien avec l'atmosphère chaleureuse qui régnait au sein de l'équipe. Théo avait fait un repas complet : des cupcakes au saumon en entrée, des croquettes de poisson avec des pommes de terre et des carottes, et un summer pudding (un flan diététique aux fruits rouges, tels que fraises, framboises, mûres ou groseilles, sans beurre et sans sucre). Ses convives avaient adoré, et avaient été agréablement surpris par la légèreté de ce menu qui était pourtant bon et qui avait du goût. Richard et Katie, les gérants de l'auberge, avaient déploré le fait que Théo ne fût pas diplômé en gastronomie, car il aurait très bien pu seconder en cuisine selon eux.

Ce jour-là, il était réquisitionné de sept heures à treize heures. Il était dix heures et demie et il faisait le ménage dans les chambres. Il connaissait maintenant les habitués de l'auberge et si, au début, cela l'avait troublé que des clients soient dans leurs chambres quand il faisait les poussières, les fenêtres, les lits et les sols, il s'y était rapidement fait et appréciait désormais bavarder avec eux. Il en était à la chambre 212 où résidait Mr Payne, un homme d'une trentaine d'années qui était professeur privé et particulier de sortilèges, Défense Contre les Forces du Mal et métamorphose. C'était grâce à des personnes comme lui que les enfants et adolescents qui ne pouvaient pas aller à Poudlard recevaient une éducation magique. Tel était le rôle des professeurs privés, qui, dans le monde sorcier, étaient à dissocier des professeurs particuliers, qui donnaient des cours de soutien aux jeunes sorciers ayant du retard dans certaines matières. Ces cours avaient essentiellement lieu l'été, à l'inverse des cours des professeurs privés qui avaient lieu toute l'année.

- Bonjour, Mr Payne, comment allez-vous ?

- Bien, et toi ?

- Ça va. Vous aviez des élèves, hier ?

- Non, j'étais sur le Chemin de Traverse. Mais cet après-midi, j'ai deux élèves.

- Vous leur faites cours dans quelles matières ? s'enquit Théo tout en jetant aux vitres un Recurvite informulé.

- Défense Contre les Forces du Mal et métamorphose pour l'un, et pareil pour l'autre mais avec les sortilèges en plus. Mais aujourd'hui, ce ne sera que de la métamorphose. Je n'ai que deux heures de cours avec les deux, et mieux vaut les dédier à une seule matière. Sinon, si je faisais une heure pour les sortilèges, et une heure pour la métamorphose, ce serait trop court pour que mes élèves puissent progresser.

- Oui, c'est logique, on ne pratique pas assez en une heure… Mais ce n'est pas trop dur d'inculquer trois matières à plusieurs élèves ? s'inquiéta Théo en frottant énergiquement les carreaux.

- Pas tant que ça. Mais il faut avoir de l'organisation.

- Mais ça ne vous fait pas des semaines à rallonge ?

- Je n'ai que trois élèves pour ce qui est de l'instruction magique, relativisa Mr Payne. Avec quatre heures de cours par matière et par élève, ça me fait douze heures par élève, et…

- Trente-six heures pour trois élèves, acheva Théo. Ça paraît peu, trois élèves, mais quand on fait le calcul du nombre d'heures total, c'est clair que ce serait difficile d'avoir un quatrième élève…

- Oui, ça ferait quarante-huit heures, et quand on est professeur, il n'y a pas que les cours à assurer, il y a la préparation derrière… Car on ne débarque pas chez l'élève sans avoir élaboré au préalable un plan du cours ! Mais comme je n'ai ni femme ni enfants, je n'ai que ça à faire de mes soirées. Et quand on a dix ans de carrière, on est rôdé…

- Oui, vous avez votre rythme et vos automatismes… Mais vous ne vous emmêlez pas les pinceaux, entre vos trois matières ?

- Non, j'ai les programmes bien en tête, ce qui m'évite des confusions. Mais tu sais, les professeurs privés sont souvent spécialisés dans au moins deux matières. Il y en a qui vont ensemble par groupe de deux ou trois, comme la botanique, les potions et les soins aux créatures magiques, les sortilèges, la Défense Contre les Forces du Mal et la métamorphose, la divination et l'arithmancie, l'histoire de la magie et l'étude des moldus, et même si elles n'ont pas grand-chose en commun, l'astronomie et les runes sont généralement enseignées par le même professeur, afin que ce ne soient pas les seules à être enseignées à part.

- Oui, ça ferait tache… Est-ce que vous communiquez avec les autres précepteurs de vos élèves ?

- Oui, c'est primordial en début d'année scolaire pour adapter nos horaires. Et comme nous habitons dans les mêmes environs, nous avons les mêmes élèves, ce qui est très commode.

- Oui, des élèves de Newcastle ne vont pas avoir des professeurs de Plymouth…

Il y avait six cent cinquante kilomètres entre ces deux villes anglaises, Newcastle étant tout au nord de l'Angleterre, tandis que Plymouth était situé tout au sud, et plus à l'ouest. Et même s'il y avait le transplanage, ce moyen de transport avait ses limites, comme tous les autres. Plus le trajet était long, moins il était facile d'utilisation. Les sorciers y avaient fréquemment recours pour des distances de deux à cent kilomètres, mais la plupart d'entre eux étaient capables de transplaner sur des distances allant de deux à trois cent kilomètres. C'était dès cinq cent kilomètres que le transplanage exigeait trop de concentration, de contrôle et de précision. Bien que Théo fût un Sang-Pur, il apprenait plein de choses auprès des clients du Chaudron Baveur sur des aspects du monde magique qui lui étaient moins familiers que d'autres, tels que l'instruction octroyée aux élèves en-dehors de Poudlard.

Après la chambre de Mr Payne, Théo nettoya celle de Mr Martinez, un touriste espagnol qui faisait un voyage d'un mois au Royaume-Uni. Une semaine pour l'Angleterre, une semaine pour l'Irlande, une semaine pour l'Écosse, et une semaine pour le pays de Galles ! Théo fut déçu que Mr Martinez ne fût pas là. Il aurait bien aimé améliorer sa maîtrise de l'espagnol ! Il avait appris cette langue en autodidacte, mais uniquement en lecture.

À onze heures vingt, Théo était dans la chambre de Mr Roth, qui vivait depuis dix ans à l'auberge et qui revenait le jour-même d'un voyage de trois semaines au Japon. Théo était donc chargé de faire le ménage intégral. Il épousseta les meubles, lava le parquet, changea les draps du lit avec du linge propre… Il était en train d'astiquer les fenêtres quand la porte s'ouvrit. Il sursauta et fit volte-face. Il vit un homme aux cheveux grisonnants qui lâcha lourdement ses valises.

- Bonjour, jeune homme. Ton visage ne me dit rien, es-tu une nouvelle recrue ?

- Oui. J'ai décroché un job d'été ici…

- Oui, vu ton jeune âge, j'aurais trouvé cela bizarre que ce soit ton job tout court…

Mr Roth fixa Théo avec une telle intensité que cela le mit mal à l'aise. Il poursuivit son activité en essayant de faire fi du regard du locataire qu'il sentait sur lui.

- J'étais censé récupérer ma chambre en milieu d'après-midi, mais les membres de ma famille que je souhaitais visiter n'étaient pas là… Et ce n'est pas plus mal ainsi. Cela m'a permis de rencontrer un garçon très charmant…

Théo ne répondit pas et se focalisa sur ce qu'il faisait, en s'acharnant sur la pauvre vitre qui n'avait rien fait, essayant par-là de ne pas se laisser submerger par la gêne.

- Eh bien tu mets du coeur à l'ouvrage ! Et tu as des gestes d'expert… C'est la première fois que tu as un job de ce genre ?

- Oui.

- Et c'est en deux semaines que tu as acquis une telle technicité ?

- Non, je l'avais avant.

- Et où l'as-tu eue, si ce n'est dans un hôtel ou une auberge ?

- Chez moi.

- Mmmh. Tu n'es pas très bavard, dis-moi…

- Je préfère me centraliser sur ce que je fais.

- Les Dawnson ont bien de la chance d'avoir un employé si consciencieux… Mais peut-être aura-t-on l'occasion de papoter en-dehors de tes heures de boulot. Bon, je vais défaire mes bagages. Je ne risque pas de t'ennuyer ?

- Non, l'armoire a été faite.

- Bien.

Mr Roth attira à lui son sac de voyage et s'attela à ranger ses affaires. Théo eut enfin la paix, à son plus grand soulagement.

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À midi quinze, il vola à la rescousse de ses collègues en salle de restauration. C'était l'heure de rush et même si ce n'était que pour trois quarts d'heure, son secours allait être précieux à Ethan, John, Karen, Sandra, Evan, Jake, Roxanne, Alison et Vicky qui étaient de service ce midi-là, que ce fût en salle ou à la plonge.

Après avoir enfilé un tablier en prévision de la plonge à laquelle il était susceptible d'être envoyé à tout moment, il alla à une table occupée par un couple.

- Bonjour, que désirez-vous manger ? En entrée, nous avons du pâté de volaille en croûte, du scotch egg et de la salade de laitue aux concombres, tomates cerises et oignons verts.

- Ce sera une salade pour moi, déclara l'homme.

- De même, s'il vous plaît, renchérit son épouse.

Théo écrivit «deux salades» sur son parchemin et enchaîna avec les trois personnes d'à côté qui en étaient au plat. L'une opta pour un chausson à la viande et les deux autres pour un Welsh rarebit, qui était constitué d'une tranche de pain grillé nappé de cheddar fondu, agrémenté d'un œuf sur le plat disposé sur le fromage. Théo s'apprêta à soumettre aux cuisiniers tout ce qu'il y avait sur sa feuille, mais il fut hélé par un client :

- Excusez-moi, mon plat est froid…

- Ah, je vais régler cela.

Théo embarqua l'assiette et se dirigea vers la cuisine.

- Deux salades, un chausson à la viande, deux Welsh rarebit et ce plat à réchauffer…

Henry, l'un des commis, s'empara de l'assiette qui subit un sort de chaleur. Il la rendit à Théo qui la restitua au client.

- Garçon, ma viande est trop saignante…

- Serait-il possible d'avoir du sel ?

- C'est dingue, ça, il n'y a pas moins de cinq serveurs et il n'y en a pas un qui est fichu de s'arrêter à ma table…

- Ouais, à ce rythme, j'aurai mon dessert à seize heures…

La pression monta d'un coup chez Théo, mais il conserva son sang-froid.

- Nous faisons notre maximum, mais nous n'avons qu'une tête, deux bras et deux jambes… Je vais remédier au problème de votre viande, monsieur, et vous ramener du sel, madame. Monsieur, où en êtes-vous ? À l'entrée, au plat, au dessert ?

- Au plat. J'ai vu que vous aviez du Welsh rarebit, ça m'intéresse…

- Bien, un Welsh rarebit pour vous. Et vous, monsieur, que voudrez-vous comme dessert ? Il y a de la crème au citron, de la tarte à la mélasse, et du crumble aux pommes.

- Une crème au citron.

Théo marqua le plat et le dessert et repartit en cuisine.

- Un Welsh rarebit, une crème au citron, du sel et plus de cuisson pour cette viande.

- Voilà le sel, et les assiettes pour la table onze qui a été écoutée par Alison.

Théo saisit le plateau et regagna la salle. Il livra le sel et les trois menus et prit d'autres commandes. Il alla en réceptionner aux cuisines, les procurer aux clients, et il fit ainsi de nombreux aller-retour jusqu'à treize heures. Il était épuisé lorsqu'il rejoignit sept de ses collègues dans la salle de détente où ils se sustentaient, et ce fut avec un soupir de bien-être qu'il s'assit sur une des chaises. Il oublia que c'était l'heure de déjeuner, savourant simplement le fait de se reposer.

- Tu ferais mieux de remplir ton estomac avant de t'endormir, se moqua gentiment Alexia.

- Je serais pourtant bien tenté de faire une petite sieste… Mais tu as raison, je ne serai bon à rien en ayant le ventre vide…

Théo alla se chercher son repas qui fut fait d'une salade, d'une omelette accompagnée d'un pâté de légumes et d'une crème au citron. C'était ce qu'il y avait de plus léger, et cela lui allait très bien.

- Tu as eu une dure matinée ? suggéra Pauline, une jeune femme de vingt-deux ans, rousse aux yeux marron.

- Un peu, oui… J'ai fait dix chambres en cinq heures, dont une en entier, et j'ai aidé l'équipe durant le rush…

- Ah ouais, tu n'as pas chômé… Mais apparemment, c'est ton truc, d'être au four et au moulin…

- Oui, et il aime tant ça que cette année, il va être suppléant de son meilleur ami préfet, co-capitaine, poursuiveur titulaire dans l'équipe de Quidditch de sa maison, et à côté de tout ça, il aura ses trente-six mille cours, il va faire la chorale, il va aller au club de bavboules, et tant qu'on y est, il va même entamer en avance sa double formation de botaniste et potionniste !

Théo leva les yeux au ciel.

- J'admets que mes semaines vont être intenses, mais je n'en suis pas là non plus ! Je ne fais pas la chorale, je ne joue pas aux bavboules, je n'ai que onze cours sur douze – euh non, douze en incluant l'option de duel, mais ça, c'est obligatoire – et même si j'en aurais envie, je ne pourrais pas intégrer la double formation avant d'avoir mes ASPIC…

- Non, bien sûr, j'exagérais pour souligner la montagne de choses que tu auras à faire… Comment vas-tu avoir ne serait-ce que deux minutes pour tes amis et pour ton couple ?

- Je suis plutôt bien ordonné, ça devrait aller.

- Ça n'inquiète pas trop ton entourage ?

- Si, mais ils me font confiance.

- Ça, ce sont de bons amis. Et puis si ton directeur de maison ne t'a pas forcé à renoncer à une de tes fonctions ou à un de tes cours, c'est qu'il t'estime apte à gérer tout ça…

- Tout à fait !

- Mais personnellement, si j'avais été à ta place en sixième année, mon copain de l'époque m'aurait sans doute poussée à faire un choix entre toutes mes responsabilités et notre couple… Tu es tombé sur quelqu'un de bien !

- Oui, il est comme mes amis, il a…

Théo s'interrompit soudain en réalisant qu'il venait ni plus ni moins de faire son coming-out.

- Enfin, je veux dire… comme tu as dit «quelqu'un»…

Ses collègues l'observèrent avec un air interloqué. Ce fut Karen qui fut la première à comprendre la réaction de Théo :

- Ah, c'est parce que tu as évoqué «il» que tu essaies de te rattraper ! Mais tu n'as pas à te justifier. On s'en fiche que tu sois hétéro, gay, bi ou asexuel !

Les mots de Karen rassurèrent Théo. Ce fut avec appétit qu'il attaqua son repas tout en discutant de tout et de rien avec ses collègues. Il adorait ces instants privilégiés avec eux. Même si Poudlard était comme sa deuxième maison, il n'avait pas autant hâte d'y retourner que les étés d'avant. Car il était bien, au Chaudron Baveur, et son job, ses patrons, ses acolytes et certains clients lui manqueraient quand il serait à l'école…

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Après s'être rassasié, Théo voulut aller digérer sur son lit avec un bon thé et un bon livre. Il était proche des escaliers lorsque Katie, qui était à la réception, le retint :

- Théo, il y a du courrier pour toi…

Théo récupéra les missives, qui étaient de Hermione, Justin, Pansy et Hagrid.

- Tu n'aurais pas un ami issu du monde moldu, par hasard ?

- Euh… si, pourquoi ?

- Parce qu'il n'y a qu'un né-moldu pour coller un timbre sur sa lettre, railla gentiment Katie.

Théo secoua la tête, amusé.

- Ça, c'est bien Justin… J'ai beau lui répéter que ce n'est pas la peine, pour lui, une lettre n'est pas une lettre sans son timbre…

- Mais c'est comme ça que tu l'aimes, n'est-ce pas ?

Théo fixa Katie avec stupéfaction. Cette fois, il n'avait pas fait de bourde ! Mais c'était visiblement son jour de transparence…

- Comment… comment avez-vous su ?

- Oh, ce n'était pas bien compliqué ! Ça fait trois fois que j'aperçois le nom «Justin» sur une lettre timbrée, et à chaque fois que tu l'as entre les mains, tu as le même sourire et la même mine attendrie et rêveuse…

Théo rougit.

- Je dois être ridicule…

- Mais non, pas du tout ! Je trouve ça trop mignon… Mais qui est donc ce Justin ?

Contrairement à Katie, les collègues de Théo ne l'avaient pas interrogé sur Justin. Et s'ils l'avaient fait, il n'aurait pas été très à l'aise. Mais face à Katie, il ne fut nullement gêné et il n'hésita pas à lui peindre plus en détails le portrait de son petit-ami :

- Il s'appelle Justin Finch-Fletchley, il est à Poufsouffle à Poudlard, et comme vous l'avez deviné, il est né-moldu. Cela fait six mois et demi que je sors avec lui.

- Vous étiez amis, avant que l'amour ne naisse entre vous ?

- Non, il y a un an, on ne s'était quasiment jamais adressé la parole… Et nous sommes pourtant de la même promotion. C'est grâce au travail en binôme que nous nous sommes rapprochés.

Théo expliqua à Katie ce concept inventé par Dumbledore et le choixpeau magique.

- Oh mais quelle merveilleuse idée… Est-ce que cela a eu l'effet attendu ?

- Oui, cela a énormément apaisé les tensions entre les maisons. Évidemment, le résultat n'a pas été positif chez tous les binômes, mais il l'a été chez la grande majorité d'entre eux.

- Cela a dû être vite le cas entre Justin et toi…

- Eh bien… non, loin de là… Si on m'avait dit en tout début d'année que je serais en couple avec lui

aujourd'hui, je n'y aurais pas cru du tout. Car Justin a été l'une des victimes du Basilic lors de notre deuxième année, et à cause de cela, il avait développé de la méfiance envers les Sang-Purs, ce qu'on ne peut pas lui reprocher… Alors quand on a été mis en binôme, il a très mal réagi. Il m'a rejeté. Le fait que je sois le fils d'un Mangemort n'a pas joué en ma faveur… Il a fallu l'intervention de trois de mes amis coup sur coup pour qu'il révise son jugement sur moi… Dès lors, nos rapports se sont considérablement améliorés. Fin novembre, nous avons eu notre premier baiser, mais ce n'est qu'à la fin du mois de décembre qu'on a commencé un semblant de relation.

- Un semblant ?

- Oui, car ce n'était pas très clair… Je ne l'ai pas précisé, mais… il était en couple avec une fille. Et il a eu beaucoup de mal à se rendre compte qu'il était gay, et encore plus à l'accepter… Il ne cessait de retarder l'échéance de sa rupture avec Emily, sa petite-amie, et quand il a été finalement prêt à le faire, elle lui a dit qu'elle était peut-être enceinte, ce qui a totalement chamboulé les plans de Justin. Heureusement, il n'y avait pas de grossesse, mais Justin a préféré patienter un peu avant de quitter Emily, pour ne pas qu'elle croie qu'il serait resté avec elle uniquement s'il y avait eu un bébé… La séparation n'a pas été facile, mais elle était nécessaire, et ça a libéré Justin d'un grand poids. Voilà, j'ai fait au plus rapide pour résumer notre relation, mais il y a eu de nombreuses péripéties…

Théo se surprit à se dévoiler à ce point à quelqu'un qu'il ne connaissait que depuis le début de l'été. Mais il se sentait en sécurité, avec Katie.

- Oui, c'est ce que j'ai cru saisir… Mais quelle histoire ! Vous devez vous aimer profondément pour qu'elle ait survécu à tous ces obstacles… Bon, je vais te laisser aller lire tes correspondances… Tu as bien mérité de te détendre après la matinée que tu as eue !

Théo acquiesça et remercia Katie. Il monta à sa chambre, s'installa sur son lit et déplia une première lettre qui était celle de Hermione. Elle lui relatait sa deuxième semaine de vacances, durant laquelle elle avait accueilli Olivia, sa seule cousine qui était au courant de sa condition de sorcière. Elle lui apprit également qu'elle se préparait à séjourner dix jours chez Terry. Elle était pressée d'y être, ce à quoi Théo ne pouvait que compatir ! Elle se languissait autant de Terry que Théo de Justin…

La deuxième lettre était celle de Justin. Il avait davantage le moral que dans sa dernière lettre, ayant eu une résolution qui l'avait incité à faire en sorte que ses vacances fussent plus agréables. Ainsi, il avait emprunté des livres à la bibliothèque municipale de sa ville, il avait fait un grand ménage dans sa chambre, il faisait une longue promenade quotidienne dans son quartier, il s'était mis activement au sport, et le soir, il révisait ses cours de potions afin de maintenir son niveau. Et en prime, il avait des lettres à envoyer à toute la bande… Il n'avait pas de quoi s'ennuyer, ce qui ravissait Théo. Mais il y avait un point noir au milieu de tout cela : Mr Finch-Fletchley avait proposé aux Parker de dîner chez eux, en dépit des vains efforts de Justin de l'en dissuader. «Pourvu que cette soirée se déroule sans encombres» pria Théo, anxieux.

Le troisième parchemin était signé de Pansy, qui annonçait à Théo la naissance de son petit frère, et lui faisait le récit de l'après-midi qu'elle avait eu avec ses parents et Matthew. Elle lui faisait part en outre de toutes les activités qu'elle pratiquait depuis qu'elle n'avait plus de séances de potions avec Ron : dégnomage, Quidditch, couture, jeux déjantés avec Ginny et son chat… Ses vacances étaient paradisiaques, et Théo était plus que content pour elle.

La quatrième et ultime lettre était de Hagrid :

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«Bonjour, Théo !

Comment vas-tu ? Passes-tu de bonnes vacances ? Ton job te plaît-il ? Es-tu bien traité ? Réussis-tu à te reposer ?

Ici, tout va très bien. Poudlard est bien vide, sans professeurs ni élèves, mais j'ai Crockdur, et même s'il n'est pas très loquace, il est là et sa présence me fait du bien. Il va mieux, d'ailleurs. Sa patte est guérie, et il s'est promené récemment dans la Forêt, ce qui signifie qu'il n'a pas été traumatisé par l'accident qu'il a eu là-bas. Mais j'ai l'impression qu'il fait plus attention à où il met les pattes. Il y est allé une fois seul, et quand il est rentré, j'ai inspecté ses pattes. C'est moi qui suis traumatisé, en fait ! Mais à part de la terre entre les griffes, il n'avait rien. J'ai enquêté dans mon coin pour savoir qui a caché ce maudit piège, et pourquoi, j'ai fait le guet dans la Forêt en journée et pendant la nuit, mais je n'ai rien vu de suspect. En revanche, j'ai déniché d'autres pièges. Il n'y a pas eu de licornes blessées, et c'est un miracle ! Car les pièges étaient dissimulés près de leur périmètre… Mais elles le sentent probablement car elles ne s'éloignent plus trop de leur enclos et elles ne vont presque plus se balader au coeur de la forêt. Mais elles ont dû avoir de la visite en décembre ou en début d'année car j'ai constaté de gros changements chez trois de nos licornes… Cela fait sept à huit mois qu'elles n'ont plus leurs chaleurs, celles qui étaient très sociales sont bien plus distantes, tandis que celle qui était la moins amicale est désormais très câline, et elles ont toutes trois grossi sans s'être goinfrées plus qu'à l'accoutumée… C'est drôle, quand on y réfléchit, car cet hiver, nous déplorions le fait que les juments n'aient plus de petits depuis trois ans, et dans le même temps, il y en a trois qui ont été saillies par un ou plusieurs étalons… Et c'est d'autant plus étonnant que ce n'était pas la période de monte, mais les juments étaient si stressées que leur cycle de reproduction a dû être modifié… Bref, tout ça pour dire que nous aurons bientôt de jeunes licornes qui galoperont dans la clairière, en toute insouciance et la crinière au vent…

Les autres créatures vont bien aussi. J'ai appliqué une lotion contre les ciseburines dans la fourrure des croups, par prévention, j'ai procédé à l'ablation de la queue chez ceux qui avaient l'âge de subir cette opération, j'ai fait stériliser une dizaine de fléreurs pour éviter d'en avoir tout un élevage, j'ai récolté les piquants que les Noueux ont perdu et que j'ai expédiés par colis au professeur Snape qui en fera bon usage dans ses potions, je me suis procuré davantage de porlocks pour qu'ils protègent les licornes… Et hormis tout cela, les niffleurs sont toujours à la recherche de tout ce qui brille, ce qui prouve qu'ils sont en bonne santé, et les botrucs sont toujours en pleine communion avec leurs arbres.

Voilà pour les nouvelles. J'espère avoir vite des tiennes !

Prends bien soin de toi,

Hagrid»

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Théo acheva la lecture de son parchemin, apaisé par tout ce que lui disait Hagrid. Il allait en avoir, des lettres à rédiger ! Il en avait déjà six à acheminer, ce qu'il décida de faire sur-le-champ. Il sauta sur ses pieds, attrapa son sac, déserta sa chambre, descendit au rez-de-chaussée de l'auberge, et sortit de l'établissement. Il marcha d'un bon pas vers Eeylops, et une fois arrivé, il se dirigea vers le service postal. Ce faisant, il longea le couloir central bordé de cages, et s'arrêta en entendant une chouette s'agiter dans la sienne. Il pivota vers elle : c'était celle qu'il avait sauvée l'été précédent. Il la caressa et fut rejoint par Jordan, un employé avec qui il bavardait souvent quand il faisait un saut à Eeylops, et avec qui il s'était lié d'amitié.

- C'est fou, il n'y a qu'avec toi qu'elle est d'une telle docilité…

- Elle ne fait que m'exprimer sa gratitude pour l'avoir secourue lorsqu'elle s'est coincée l'aile dans un des interstices de sa cage…

Alors que Théo grattouillait le front de la chouette, il vit qu'elle scrutait les lettres qu'il avait dans la main. Et il ne fut pas le seul à le remarquer :

- Ton courrier a l'air de l'intéresser ! rit Jordan. Tu ferais bien de les lui confier.

- Mais… elle est à la vente…

- Ça fait des semaines qu'on songe à en faire une messagère, puisqu'elle se rebiffe contre tous ceux qui veulent l'acheter… Et ça lui dégourdira les ailes.

- Bon, si j'ai ta permission… Mais j'ai trop de lettres pour une chouette…

- Ce n'est pas grave, tu peux en emprunter deux, signala Jordan.

- Oui, c'est ce que je vais faire…

Théo ouvrit la cage de la chouette, accrocha trois de ses lettres à une de ses pattes, et la conduisit à la fenêtre du magasin. Mais le rapace refusa de bouger, les yeux rivés vers les autres lettres.

- Mets-lui les autres, pour voir…

- Tu es sûr ? Ça va lui faire un sacré voyage…

- Elle mettra le temps qu'il faudra. Il n'y a rien qui urge…

Théo suivit le conseil de Jordan et attacha les trois autres lettres à la patte de la chouette. Cette fois, après lui avoir pincé affectueusement le doigt, l'animal s'envola en hululant joyeusement.

- Tu as égayé sa journée…

- Et j'en suis enchanté.

- Je te préviendrai par Patronus quand elle sera de retour.

- Oh, merci…

Théo souhaita une bonne fin de journée à Jordan et s'en alla. Il regagna le Chaudron Baveur, puis sa chambre, où il allait se relaxer avec un bon livre, ce qui était initialement son projet avant que Katie ne lui donne son courrier. Il avait tout l'après-midi devant lui, et il allait bien en profiter !

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Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que le chapitre vous a plu ! Ça y est, c'est fini, entre Fred et Angelina… C'est pas trop tôt, hein ? XD Fred a enfin pris la bonne décision… Mais bon, il aurait pu s'abstenir de s'enquiller sept verres de cocktails bien dosés XD Ah là là, il ne peut pas faire un truc bien sans faire une bêtise derrière…

Dans le chapitre suivant, il va y avoir du remue-ménage ! Il y aura notamment un POV centré sur Daphné… Mais je ne vous en dis pas plus !

Je vous donne donc rendez-vous prochainement pour le treizième chapitre, et je vous souhaite de passer de bonnes semaines d'ici là ! Prenez bien soin de vous, je vous embrasse très fort, et plein de bisous tout le monde !