Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le treizième chapitre de SAMLD !

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tyffaine bally : Ravie que le POV Blaise t'ait plu ! Je crois que tout le monde est soulagé que Fred ait quitté Angelina XD Et c'est vrai qu'elle n'a pas vraiment le bon rôle dans cette fic x) C'est vraiment trop adorable, ce que tu me dis là ! Ta review m'a beaucoup touchée, merci mille fois *-* Voilà la suite, en espérant qu'elle te plaise toujours autant ! =D

Sarah MAES : Cette rupture était décidément très attendue XD

Il faudra un peu de patience pour avoir des nouvelles de Betty, mais on en aura, c'est promis !

Je crois que vous allez tous encore moins aimer Mr Roth qu'Angelina XD

Merci pour ta review !

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Merci à vous deux pour vos retours, ils m'ont fait extrêmement plaisir ! Et merci à tous ceux et à toutes celles qui suivent toujours cette histoire ! Je vous laisse avec ce nouveau chapitre, et je vous souhaite une agréable lecture =)

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13 – Rejets et dîners mémorables

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(jeudi 18/07) POV Daphné

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- Mais où est ma baguette ?!

Daphné fouilla son bureau une troisième fois, mais sans mettre la main sur le bout de bois.

- Astoria, tu as vu ma baguette ?

Astoria avait élu domicile dans la chambre de Daphné, jugeant que sa sœur ne devait pas être seule dans de «telles conditions». Elle évoquait par-là la confrontation entre les Greengrass, les Ashby et les Turpin qui aurait lieu au Ministère à quatorze heures. Il était treize heures, et le trac grimpait en flèche chez Daphné.

- Oui, mais ce n'est pas la peine de chercher, tu ne te douterais pas une seconde de l'avoir mise là.

- Eh bien si je perds mon temps, dis-moi où elle est…

- Dans ton pot à plumes.

Daphné dévia son regard vers son bureau. Le pot n'y était pas.

- Et… où est-il ?

- En haut de ta bibliothèque.

Daphné leva la tête en direction du meuble et fut perplexe en constatant qu'Astoria avait raison.

- Mais… qu'est-ce qu'il fait là ?

- Qu'est-ce qu'ils font là, oui… Je ne sais pas ce qui est le plus incongru. Une baguette dans un pot à plumes, ou le même pot à plumes dans une bibliothèque… Mais bon, à force de tout bouger pour faire le ménage, ce n'est pas étonnant que plus rien ne soit à sa place…

- Il faut que je m'active.

- Oui, je m'en suis bien aperçue… Tu appréhendes ?

- Oui.

À quoi bon prétendre l'inverse ? Astoria était celle qui la connaissait le mieux. Si Daphné mentait, elle le repérerait immédiatement…

- Ça va aller. Tu as l'un des meilleurs avocats de Grande-Bretagne, il a monté un dossier en béton, il communique énormément avec l'avocat de Lisa, le professeur Snape sera là… Si Murray est relaxé, c'est que les membres du Magenmagot sont corrompus.

- Oui, je suis bien consciente que tout penche en notre faveur… Mais…

- C'est normal que tu stresses. Il y a de tels intérêts… Mais dis-toi qu'il y a de grandes chances que ce soir, Murray dorme à Azkaban dans l'attente de son procès.

- Je croise fort les doigts pour que ce soit le cas. Après tout ce qu'on a fait, ce serait la moindre des choses…

Daphné n'exagérait pas : ses deux premières semaines des vacances avaient été très mouvementées, ayant été entièrement consacrées à la préparation de la confrontation. Car dès le lendemain matin de son retour, Daphné avait révélé à ses parents que son fiancé avait eu une relation avec une autre fille qui était enceinte de lui. Ils ne l'avaient d'abord pas cru, mais Daphné leur avait fait lire la lettre que le professeur Snape leur avait adressée, dans laquelle il attestait du viol et de la grossesse de Lisa, et du fait que la paternité de Murray avait été prouvée par un test ADN dont il avait récemment eu les résultats. Oscar et Sylvia Greengrass avaient été bien embêtés, et avaient dû se résoudre à suivre le protocole de rigueur dans ce genre de situation. Ils avaient fait toutes les démarches pour organiser un face à face judiciaire entre les trois familles. Ayant foi en Severus Snape, ils étaient aptes à croire en la culpabilité de Murray Ashby. Mais ce n'était nullement pour libérer leur fille d'un futur mari potentiellement dangereux qu'ils s'étaient autant investis. Tout ce qui les inquiétait, c'était que leur réputation soit ternie par celle de leur gendre. Ils se moquaient bien qu'en dépit de son engagement avec leur fille, il ait eu une amante, et qu'en plus de cela, il l'ait violée… Non, ce qui les ennuyait, c'était que cela se sache. Ils ne désiraient plus s'allier, via une union entre leur fille et Murray, avec une famille dont le fils avait une mauvaise image… Lors des entrevues avec l'avocat, ils avaient été là tant qu'il était question du contrat qui les liait aux Ashby, mais dès qu'il s'agissait de l'attitude de Murray avec Daphné, de ce qu'elle lui reprochait – pression, attouchements non consentis, chantage – ou de tout ce qui avait trait à Lisa, ils s'étaient absentés, ce qui avait indigné l'avocat, avant qu'il ne s'aperçoive que Daphné était plus détendue quand ses parents n'étaient pas auprès d'elle. Seule avec Mr Hoffson, son avocat, Daphné avait absolument pu tout lui dire, sans craindre le mépris de son père, pour qui il était naturel de satisfaire les besoins de son fiancé, sans consommer pour autant leur relation. Il ignorait donc tout ce que Murray avait fait subir à Daphné, et toutes les fois où elle avait dû refouler ses avances. Tout ce qu'il savait, c'était que Murray avait beaucoup de conquêtes à Poudlard, et qu'il avait forcé Lisa à avoir un rapport qui avait engendré une grossesse.

Comme il fallait être en toute transparence avec son avocat, afin qu'il ait toutes les cartes en main, Daphné lui avait avoué qu'elle était attirée par les filles, et que c'était pour cela, entre autres, qu'elle ne voulait pas de ce mariage avec Murray. Mr Hoffson avait vite deviné que les parents de Daphné n'étaient pas au courant de cela, et que c'était très bien comme ça, Oscar et Sylvia Greengrass étant des Sang-Purs très conservateurs qui étaient contre toute union entre deux personnes du même sexe. S'ils apprenaient que leur fille aînée aimait les filles, ils la renieraient sur-le-champ. Car pour eux, une femme homosexuelle mariée à un homme ne servirait à rien du tout. Ils croyaient en une vieille doctrine sorcière totalement fausse selon laquelle ces femmes étaient souvent stériles, ce qui serait dû à leur réticence à avoir des rapports avec leurs maris. Ou si elles n'étaient pas stériles, les enfants qu'elles procréeraient auraient un faible fluide magique à cause de «l'anomalie» de leur mère. Tout ceci était parfaitement stupide, mais ces thèses étaient profondément ancrées chez les Sang-Purs tels que les Greengrass. Et si leur fille était incapable d'avoir un enfant, ou si elle en avait mais avec une magie défaillante, il valait mieux, à leurs yeux, faire comme si Daphné n'était plus leur fille. C'était inhumain, mais c'était ainsi que cela fonctionnait chez ce genre de Sang-Purs.

Outre les entretiens entre Daphné et son avocat, ils en avaient également eu avec les Turpin et leur propre avocat, Mr Williams, avec qui Mr Hoffson communiquait régulièrement, leurs clientes étant les deux parties civiles du conflit. Et ces entretiens avaient considérablement rapproché Daphné et Lisa, qui avaient commencé à tisser des liens à Poudlard en découvrant qu'elles étaient victimes du même garçon.

Les enjeux de cet affrontement étaient divers et multiples. Il y en avait trois : une condamnation de Murray pour le viol de Lisa, une peine pour son comportement abusif envers Daphné, et la rupture du contrat entre les Ashby et les Greengrass.

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À treize heures quarante, les Greengrass utilisèrent leur cheminée pour aller au Ministère de la magie. En dépit de ses supplications, Astoria n'avait pas eu la permission de les accompagner.

Une fois là-bas, ils se rendirent à la salle d'audience. Les Turpin étaient déjà là, et les Ashby, quant à eux, arrivèrent peu avant quatorze heures. Comme c'était une affaire ayant pour objet une alliance entre Sang-Purs, la séance n'était pas présidée par Fudge, mais par des personnes spécialisées dans le domaine. Ce fut Mr Board, l'officier civil, qui prit la parole :

- Mesdames et messieurs, il est quatorze heures, et je déclare la séance du jeudi dix-huit juillet 1996 ouverte. Sont réunis ici-même les avocamages Williams, qui représente Miss Turpin, Hoffson, qui représente Miss Greengrass, et Polkins, qui représente Mr Ashby, les Aurors Cooper, Harper, Kerry, Shacklebolt et Denfler, chargés de la sécurité, Mr Snape, témoin essentiel de l'histoire, Mr, Mrs et Miss Lisa Turpin, Mr, Mrs et Miss Daphné Greengrass, et Mr et Mrs Ashby et leur fils Murray. Pour rappel des faits, Mr Murray Ashby est soupçonné de viol sur la personne de Miss Turpin, avec qui il avait une liaison tout en étant fiancé à Miss Greengrass, et d'avoir tenté à maintes reprises d'obtenir les faveurs de cette dernière par la force.

- C'est faux ! s'écria Murray. Tout cela n'est qu'un complot ! Daphné rejette notre futur mariage et elle a manigancé avec Lisa pour me faire du tort !

- Il va être difficile pour vous de vous défendre, Mr Ashby. Miss Turpin a confié le souvenir de son viol à Mr Snape qui nous l'a fourni, et ce souvenir a été examiné par pas moins de dix membres du Magenmagot qui en ont tiré la même conclusion : le viol est avéré.

- Cette fille a très bien pu trafiquer son souvenir, argumenta la mère de Murray.

- Mrs Ashby, dois-je signaler à une dame de votre âge et de votre expérience qu'aucune adolescente de seize ans, aussi douée puisse-t-elle être, n'est en mesure de modifier un extrait de sa mémoire ?

- Oui enfin bon, même si Murray va à Azkaban pour ce qu'il a fait, cela ne l'empêchera en rien de se marier avec Miss Greengrass, n'est-ce pas ?

- La loi autorise les détenus à se marier, oui, et ça aurait pu s'appliquer à votre fils, mais le contrat qui vous lie aux Greengrass risque fort d'être caduque à cause de l'enfant qu'attend Miss Turpin de lui, intervint Mr Hoffson.

- Cet enfant est une erreur !

- Oui, mais il existe bel et bien, rétorqua Mr Hoffson. Et vous n'êtes pas sans connaître les lois qui régissent les alliances entre Sang-Purs par union de leurs progénitures. Dès qu'il y a une grossesse issue d'un adultère, l'alliance peut être rompue sur la demande d'une ou des deux familles.

- Murray n'assumera pas cet enfant, décréta Mr Ashby.

- Cela ne changera rien, nuança Mr Greengrass. Ce bébé sera quand-même là, et sa mère étant une Sang-Mêlée, votre lignée ne sera plus de sang pur, et il est inconcevable que ma fille se marie avec un homme qui est père d'un ou d'une Sang-Mêlée !

- Mais cette fille a très bien pu se faire engrosser par un autre garçon ! suggéra Mrs Ashby d'un ton véhément.

Daphné serra les poings. Elle ne supportait pas que cette femme parlât de Lisa comme d'une fille de joie.

- En plus de la scène du viol, Mr Snape nous a aussi transmis les résultats du test ADN effectué sur votre fils et sur le bébé de Miss Turpin, annonça Mr Board. Et ces résultats confirment que votre fils est bien le père de l'enfant de Miss Turpin.

- Mon client n'a pas donné son accord pour ce test ADN, stipula Mr Polkins, l'avocat de Murray.

- Chez les Sang-Purs, ces tests peuvent être faits sans l'accord du père supposé, indiqua Mr Board. Car ce serait trop facile pour un Sang-Pur d'être lié par contrat à une fille riche et de bonne famille, et d'avoir des aventures avec d'autres filles, de les mettre enceinte, et que cela demeure secret car il lui suffirait de refuser de se plier à un test ADN… Ce qui ne lui sauverait pas la mise. Car lorsqu'il y a un tel refus, c'est suspect. Quoi qu'il en soit, en l'occurrence, il y a eu un test ADN, et comme il a établi la paternité de votre fils, Mr Ashby, Mr Greengrass a tout à fait le droit d'annuler le contrat qui lie vos deux familles.

- Et c'est ce que je vais faire, soutint Mr Greengrass. Vous m'excuserez, mon cher Harvey, ajouta-t-il à l'intention du père de Murray, mais cette alliance n'a plus aucun sens. Puisque votre fils va être père d'un enfant Sang-Mêlé, votre lignée ne sera plus pure. Et cela ferait mauvaise presse si j'avais pour gendre un jeune homme volage qui viole ses petites-amies…

- Je n'aurais pas trompé Daphné si elle avait été plus coopérative avec moi ! Elle me rembarre dès que j'essaie d'avoir un peu d'intimité avec elle, c'est à peine si je peux l'embrasser…

- Et c'est pour cela que vous l'avez fréquemment touchée sans son accord ?

- Ce n'est pas un crime de caresser le corps de sa fiancée…

- Contre son gré, ça l'est, répliqua Mr Hoffson. Vous n'avez pas à le faire si elle ne le veut pas !

- Mais elle n'a jamais envie ! C'est ma fiancée, et sans aller trop loin, on ne va pas se contenter de simples bisous jusqu'au mariage !

- Si tel est le désir de Miss Greengrass, vous devez le respecter, asséna Mr Hoffson. Et à seize ans, il est normal qu'une fille ne soit pas prête à aller au-delà de «simples baisers», comme vous le dites si bien…

- Pourquoi ce serait sans cesse à moi de m'adapter à elle ? Pourquoi ce ne serait pas à elle parfois de faire des efforts ? C'est aussi normal pour un garçon d'avoir des envies, et de souhaiter les combler avec sa fiancée ! Oui, j'admets l'avoir pelotée sans qu'elle ne le veuille, mais c'est tout, je n'ai rien fait de plus que cela ! Et c'est pour ne pas la forcer à plus que je suis allé papillonner avec d'autres filles ! Lisa est celle avec qui ça a duré le plus longtemps. Au début, tout allait très bien entre nous. On était sur la même longueur d'ondes. Mais au bout d'un moment, elle était moins encline à avoir des rapports avec moi… Et même si j'insistais, à chaque fois, je finissais par laisser tomber. Sauf ce jour où ça a dérapé… Mais j'ai des circonstances atténuantes ! D'un côté, il y avait Daphné qui me repoussait, et d'un autre côté, il y avait Lisa qui faisait de même… La frustration s'est accumulée et elle m'a fait perdre les pédales.

- Ce n'est pas une circonstance atténuante, ni même une excuse, réfuta Mr Board. Vous n'êtes plus un enfant, vous êtes censé rester maître de vous-même !

- Nous aurions mieux fait de faire appel à des avocats ayant l'habitude de traiter des cas de contrats entre Sang-Purs, regretta Mr Greengrass. Chez nous, les filles et les femmes ont pour devoir d'être à disposition de leur fiancé ou de leur mari. Ma fille ne m'avait pas dit qu'elle s'était rebellée contre son fiancé… Ce n'est pas étonnant qu'il soit allé chercher satisfaction avec d'autres filles ! Tout ça est de ta faute, cracha-t-il à Daphné. Si tu avais été plus docile avec Murray, il n'aurait pas eu à aller se soulager ailleurs ! Qu'avons-nous raté dans ton éducation pour que tu aies une telle attitude avec ton futur mari ?!

- Oh mais ce n'est pas tout, Mr Greengrass, prévint Murray. Il n'y a pas que cela qu'elle vous cache. Elle se serait conduite de la même façon avec moi qu'avec un autre garçon. Car c'est là que réside tout le problème. Votre fille a un très gros souci avec la gente masculine. Son truc, ce ne sont pas les abdos et le torse plat des hommes. Mais plutôt les poitrines et les courbes féminines des filles…

Daphné sentit son sang se glacer. Comment Murray avait-il su ?! Son père la fixa froidement :

- Est-ce vrai ?

Une parade, vite… Par chance, l'avocat de Daphné vola à sa rescousse :

- Ce n'est pas le sujet, fit-il remarquer. Et même si c'était vrai, ma cliente n'aurait rien fait de grave.

- Ma parole, vous êtes complètement ignare en matière de mariages entre Sang-Purs ! s'exclama Mr Greengrass. Une fille insensible au charme des hommes ne produira rien, ou du moins rien de bon en termes de descendance !

- Mais qu'est-ce que vous racontez ? s'insurgea Mr Hoffson.

- Des inepties, répondit Mr Williams. Ceci n'est qu'une vieille théorie absurde qui vise à discréditer les femmes Sang-Purs qui ne seraient pas hétérosexuelles…

- Ce ne sont pas des inepties ! Cela a été démontré !

- S'il y a, au sein d'un couple de Sang-Purs, une femme non intéressée par les hommes qui met du temps à tomber enceinte, ce n'est pas systématiquement dû à son homosexualité ou à son asexualité, mais à la faible fréquence de ses rapports avec son mari ! Car tous les hommes ne sont pas comme vous, lança Mr Williams aux Ashby et à Mr Greengrass. Ils n'obligent pas tous leur épouse à avoir des rapports si elles s'y opposent !

- Eh bien ils ont tort ! Ces hommes sont des imbéciles ! Mais je tiens à ce que ma fille fasse face à ses responsabilités. Daphné, as-tu un minimum d'attrait pour les hommes ? Ou n'en as-tu que pour les femmes ?interrogea Mr Greengrass avec du dégoût dans la voix.

Daphné était coincée. Elle détestait mentir, mais elle ne pouvait se résoudre à faire son coming-out. Pas devant ses parents. Ils la chasseraient du domicile familial. Elle n'y était pas heureuse, mais elle n'avait nulle part d'autre où aller… Et il était inimaginable pour elle de se séparer d'Astoria.

- Daphné, n'as-tu plus de langue, ou ton silence est-il un aveu ? gronda Mr Greengrass.

- Elle n'avouera pas, prédit Murray. Mais elle n'a pas à le faire pour que vous en ayez le coeur net. J'ai la preuve formelle de ce que j'avance.

Murray tendit une photo à Mr Greengrass. De là où elle était, Daphné put distinguer ce qu'il y avait sur cette pellicule. Et ce qu'elle vit la figea d'effroi. C'était un cliché animé de Luna et d'elle-même en plein baiser, dans un coin sombre et reculé du château. Mais si Daphné fut d'abord envahie par la terreur, celle-ci ne tarda pas à être remplacée par une sourde colère.

- Tu m'as pistée ?! siffla-t-elle à Murray.

- Oui, car j'avais l'intime conviction que tu me trompais, et mon intuition était la bonne ! Je me suis dit qu'en avoir la garantie me serait utile, un jour ou l'autre, et j'ai eu le nez creux… Je suis désolé, Mr Greengrass, mais la photo est trop explicite pour que Daphné puisse s'en défendre…

- Effectivement.

Le ton de Mr Greengrass était polaire. Et il le fut davantage lorsqu'il s'adressa à Daphné :

- Tu as toujours eu un caractère trop doux et une attitude et des opinions divergentes de celles que tu devrais avoir, mais jamais je n'aurais cru que tu me décevrais à ce point. Tu as tout gâché avec tes bêtises. En l'espace d'une heure, j'ai perdu une alliance qui aurait hissé notre famille dans les plus hautes sphères de la société, et j'ai perdu ma fille aînée…

- Papa…

- Ne m'appelle plus comme ça.

Cet ordre claqua comme un fouet aux oreilles de Daphné. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle était dans un cauchemar, ce n'était pas possible autrement…

- Tu n'es plus rien pour nous. Comme il est hors de question que tu remettes les pieds à la maison, je t'expédierai tes affaires dans un colis qui sera le dernier que tu auras de notre part.

Mr Greengrass se tourna vers les membres du Magenmagot :

- Est-il nécessaire de poursuivre cette audience ?

Daphné ne prêta pas attention à la réponse de Mr Board. Elle était trop dévastée pour cela. Comme dans un état second, elle saisit très vaguement que son père et celui de Murray signèrent la rupture de leur contrat, et que Murray, ayant admis ce qui lui était reproché, allait être emmené à Azkaban. Lorsque la séance fut clôturée, Daphné sortit de la salle sans avoir conscience de ce qu'elle faisait. Elle marchait derrière tout le monde tel un automate. Une fois à l'extérieur, ses parents s'en allèrent sans un regard pour elle. Ce fut un déchirement pour Daphné. Ils l'avaient abandonnée. Ils l'avaient reniée. Elle n'existait plus pour eux. Elle n'avait plus de maison. Elle était toute seule.

- Daphné ?

Elle releva brusquement la tête et fit face à Mr et Mrs Turpin. Après l'indifférence que ses géniteurs lui avaient témoignée, elle fut troublée par l'extrême douceur qu'elle décela dans la façon dont les Turpin l'observaient.

- Oui ?

- Nous avons une faveur à te demander.

- Oh… euh… laquelle ?

- Celle de dire oui à l'offre que nous allons te faire.

- Une offre ? répéta Daphné, décontenancée.

- Oui. Voilà : nous voudrions que tu viennes avec nous.

Daphné fut si stupéfaite qu'elle demeura muette.

- Je… je ne veux pas vous déranger…

- Puisque c'est nous qui te le proposons ! Nous ne serions pas tranquilles à l'idée que tu sois livrée à toi-même dans les rues de Londres…

- Il y a le Chaudron Baveur… Avec tout ce que mes parents ont mis dans mon coffre depuis que je suis née, comme l'exige la loi sorcière, j'ai bien assez d'argent pour me payer une chambre jusqu'à la rentrée…

- Ce serait totalement idiot d'aller dans une auberge quand tu as les parents d'une amie qui peuvent t'héberger…

- Je n'ai pas envie d'être un poids financier pour vous, murmura Daphné.

- Ne t'en fais pas pour ça, nous avons largement de quoi nourrir une bouche supplémentaire. Et Lisa serait ravie de t'avoir avec elle pendant toutes les vacances. Tu es une excellente amie pour elle. Ta présence lui fait beaucoup de bien. Mais nous ne voulons pas te forcer la main…

- Daphné, je ne serais pas tranquille non plus, et ce serait bête que mon stress ait des répercussions négatives sur le bébé…

Daphné écarquilla les yeux.

- Mais c'est du chantage aux sentiments, ça ! Tu es une Serdaigle ou une Serpentard ?!

- Nous avons tous une part de Serpentard en nous, rappela Lisa, mutine.

Daphné ne put s'empêcher de sourire.

- Bon, je culpabiliserais si ton angoisse pour moi impactait ta grossesse… Alors j'accepte.

En vérité, ce n'était pas plus mal ainsi. Elle serait mieux chez les Turpin où elle serait bien entourée, qu'au Chaudron Baveur où elle ne connaîtrait personne. Et elle serait même mieux chez les Turpin que chez elle. Mais il subsistait une ombre au tableau : Astoria. Comme Daphné, elle n'était pas du tout en phase avec la doctrine de leurs parents, qui croyaient en la suprématie des Sang-Purs. Mais là où Daphné prenait sur elle, Astoria, elle, exprimait ouvertement son avis. Mais Daphné réussissait à la canaliser et à lui éviter de gros conflits avec leurs parents. Mais il n'y avait pas que ça. Tant que Daphné était là, c'était elle, la fille à marier. Par conséquent, il n'était pas urgent de fiancer Astoria. Désormais, pour Oscar et Sylvia Greengrass, ça l'était. Ils allaient lui dégoter un futur mari, et s'il n'était pas au goût d'Astoria, elle n'allait pas se priver pour le dire. Elle ne mâcherait pas ses mots, et cela déclencherait inexorablement une guerre entre ses parents et elle… Daphné craignait ce que ses parents allaient trouver comme fiancé pour sa petite sœur… De plus, Astoria n'était absolument pas prête à être promise à un garçon. Sa priorité était de profiter à fond de sa jeunesse. Ce qui n'était en aucun cas compatible avec des fiançailles… Astoria allait très mal les vivre, et Daphné ne serait pas là pour l'épauler, la rassurer, la consoler… Elle ne serait pas là pour remplir son rôle de grande sœur, et son coeur se serra à cette pensée.

- Daphné ? Tu es avec nous ?

La voix de Mrs Turpin tira Daphné de sa rêverie.

- Oh euh… pardon, j'étais un peu ailleurs…

- C'est ce que nous avons constaté. Mais ça n'a pas l'air d'aller…

- Ce n'est rien, je… je ressassais la fin de l'audience…

- C'est normal, mais j'ai l'impression qu'il y a autre chose…

Daphné céda :

- Je m'inquiète pour ma sœur. Ça va être l'enfer, pour elle, à la maison…

- D'après ce que tu nous as dit sur elle, lors de nos réunions avec nos avocats respectifs, elle a de la ressource, se souvint Mr Turpin. Et un sacré tempérament… Fais-lui confiance, elle saura gérer la situation d'elle-même. Avez-vous toutes deux un hibou ?

- Oui, j'ai une chouette et elle un hibou.

- Ah, c'est très bien. Vos parents vont avoir du mal à lui interdire de t'écrire si elle a un hibou à elle. Vous pourrez ainsi rester en contact.

Daphné n'avait pas songé à cela. À la perspective de correspondre avec sa soeur par lettres, elle se sentit soudain mieux.

- Cela m'avait échappé… Merci, vous m'avez remonté le moral, déclara sincèrement Daphné.

- Il n'y a pas de quoi ! Bon, on va y aller. As-tu déjà transplané ?

- Oui, deux ou trois fois.

- Bien, car c'est par ce biais que nous allons rentrer. Est-ce que ça va aller pour toi ?

- Oui, je supporte bien le transplanage. Mais ce n'est pas trop dangereux, pour Lisa ?

- Non, pas lors des trois premiers mois de grossesse. C'est dès le quatrième mois que c'est proscrit. Bien, si c'est bon pour tout le monde, allons-y !

Mrs Turpin attrapa le bras de Daphné, tandis que son mari faisait de même avec Lisa. Une seconde plus tard, Daphné expérimenta les effets désagréables du transplanage. Elle n'était pas très fan de ce mode de transport. Elle fut soulagée en atterrissant dans le salon des Turpin. Elle jeta un coup d'oeil circulaire et aima d'emblée l'endroit. Mais cela lui fit bizarre de réaliser que c'était dorénavant sous ce toit qu'elle habiterait. Les premiers jours allaient être mentalement difficiles : elle allait devoir se remettre de cette audience traumatisante, qui s'était soldée par le violent rejet de sa famille… Bien que ce fût un mal pour un bien, cela n'en était pas moins dur à encaisser. Et sa petite sœur allait lui manquer… Mais elle serait entre de bonnes mains, avec les Turpin. Ils allaient l'aider, et elle, de son côté, se rendrait autant utile que possible. Dans le ciel gris qu'était sa vie à ce moment-là, il y avait de timides éclaircies, pour l'heure dissimulées, qui feraient leur apparition dès que Daphné irait un peu mieux…

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(vendredi 19/07) POV Tonks

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Cela faisait cinq jours que Tonks était chez Severus. Tout allait pour le mieux. Elle avait vite bouclé les rapports qu'elle avait à rédiger lors de son dernier jour de travail, et elle avait ensuite pu savourer pleinement ses congés. Mais sans être oisive pour autant ! Bien au contraire, car elle avait pris l'air tous les jours avec Severus et Draco…

Le lundi, ils avaient fait le tour des centres commerciaux – Chemin de Traverse et Wildsmith Area le matin, et Needs Avenue et Thatches Alley l'après-midi – et en toute fin de la journée, ils s'étaient promenés dans un très beau parc, sur la suggestion de Severus.

Le mardi après-midi, ils avaient assisté à un numéro de voltige et de danse aérienne sur des balais, à une cinquantaine de mètres du sol. Cela avait duré un peu plus d'une heure, et Tonks n'avait eu les mots pour qualifier cet incroyable spectacle. Beau ? Splendide ? Impressionnant ? Époustouflant ? Cela avait été tout cela à la fois.

Le mercredi, ils avaient visité un musée d'art et d'exposition d'objets magiques. C'était un immense musée, où il y avait des statues et des sculptures représentant des créatures, des mages célèbres, des reconstitutions des guerres majeures de l'histoire de la magie, telles que la révolte des gobelins ou la guerre des géants, des copies des premiers modèles de toutes les marques de balais, des copies du premier vif d'or, du premier souafle, du premier cognard, du premier rapeltout, et même de la toute première baguette, créée des siècles et des siècles auparavant… Il y avait de tout, et il était frappant de voir la différence entre les premières versions de tous ces objets et leur version moderne. Draco, qui avait reçu une éducation traditionnelle de Sang-Pur, avait été initié à l'art, et sut apprécier à leur juste valeur toutes les œuvres qu'il avait observées.

Enfin, la veille, ils s'étaient ressourcés dans la nature en transplanant dans une zone faite de plaines et de verdure. De neuf heures à midi, ils avaient beaucoup marché, et après un bon pique-nique, ils avaient gravi une colline pentue et légèrement escarpée, en haut de laquelle ils avaient pu admirer, émerveillés, en contre-bas et dans les airs, des créatures hybrides, telles que des hippogriffons (mi-hippogriffes, mi-griffons), des hippocornes (mi-hippogriffes, mi-licornes), des tébuptifs (mi-tébos, mi-éruptifs), des Abracornes (mi-licornes, mi-Abraxans), et des Dirifères (mi-diricos, mi-focifères). Il n'y avait qu'à l'état sauvage dans de rares endroits comme celui-ci, que ces spécimens pouvaient être conçus. Ils étaient extrêmement convoités, que ce fût pour leurs crins, leurs poils, leurs ongles, leurs cornes… Mais comme ils étaient très peu nombreux, c'étaient des espèces protégées, et c'était pour cela qu'il y avait un dôme de protection qui empêchait quiconque de pénétrer dans le périmètre où vivaient ces créatures. Il n'y avait que ceux qui avaient installé ce dôme qui étaient en mesure de l'enlever.

Ces quatre jours avaient donc été très animés, pour le plus grand plaisir de Tonks ! Elle n'avait pas eu de quoi s'ennuyer… De plus, toutes ces activités l'avaient rapprochée de Draco, et avaient unifié la famille qu'elle formait désormais avec Severus et son filleul. Mais il n'y avait pas que cela. À la maison, le soir, le salon résonnait des éclats de rire de Tonks et de Draco qui s'affrontaient dans des parties déjantées de cartes auto-battantes ou de pendu réutilisable. Le jour de l'inauguration, Draco avait hésité à en acheter un, mais ne l'avait finalement pas fait. Il l'avait regretté dès le soir-même et avait envoyé une commande le lendemain matin à la boutique. Il n'avait fallu qu'une journée pour qu'il se fasse livrer son exemplaire du pendu réutilisable. Il y jouait tous les jours avec Tonks, et ils étaient parfois rejoints par Severus lorsqu'il n'avait plus rien à faire. Il avait fait de son mieux pour se libérer au maximum durant le séjour de Tonks, mais il avait tout de même des potions à préparer. Lorsqu'il y en avait qui étaient de son niveau, Draco secondait son parrain. Tonks, elle, profitait de ces quelques heures où elle était seule pour lire ou tricoter. C'étaient des choses qu'elle affectionnait énormément, mais qu'elle n'avait pas le temps de faire en-dehors de ses vacances. Là, le temps, elle l'avait, et elle s'en donnait à coeur joie ! Tout comme la cuisine, c'était de sa mère Andromeda dont elle avait hérité le goût pour la couture.

Actuellement, Severus était dans son laboratoire, Draco dans sa chambre, et Tonks dans le salon, où elle lisait un livre sur les affaires judiciaires qui n'avaient jamais été élucidées. Il était près de seize heures quand elle fut distraite par Draco qui s'assit en face d'elle.

- Tonks ?

- Oui ?

- Je… j'aimerais te parler d'un truc. Mais sans te déranger…

- Tu ne me déranges pas du tout, assura Tonks.

Comme pour appuyer ces paroles, elle ferma son ouvrage et l'écarta.

- Je t'écoute.

- C'est au sujet d'un incident qui s'est produit quand j'étais en troisième année à Poudlard. J'étais en cours de soins aux créatures magiques et ce jour-là, la leçon était sur les hippogriffes. Hagrid en avait amené un du nom de Buck, et il nous avait bien prévenus que les hippogriffes étaient très fiers et qu'il ne fallait surtout pas les insulter, sans quoi ils nous attaqueraient… Et moi, tout ce que j'ai trouvé de mieux à faire, c'est de traiter Buck de grosse brute répugnante… Évidemment, ça ne lui a pas du tout plu et il m'a lacéré le bras. Il aurait pu me faire bien plus de mal si Hagrid ne l'avait pas calmé. Mais il m'avait blessé et c'était suffisant pour que mon père porte plainte contre lui. Comme il avait de l'influence au Ministère, il a réussi à faire en sorte que Buck soit condamné à mort suite à la Commission d'Examen des Créatures Dangereuses. Et comme l'idiot que j'étais, j'ai été ravi de cette sanction… À l'époque, j'étais habité par la haine que m'avait inculquée mon père. Il méprisait Hagrid, et c'était lui qui était visé à travers Buck… Mais aujourd'hui, je m'en veux. Je me dégoûte d'avoir causé des problèmes à un animal qui n'avait fait que se défendre… Au final, il a échappé à sa sentence, sans que personne ne sache comment, mais il est en fuite par ma faute et ça me pèse sur la conscience. C'est pourquoi je tiens à réparer mes erreurs. Est-ce que… est-ce que c'est faisable ?

Décontenancée, Tonks demeura muette un court instant. Elle ne s'attendait pas à de tels aveux de la part de Draco… Elle se remit cependant vite de sa surprise :

- Ça peut se faire, oui, en rédigeant une lettre où tu innocenteras cet hippogriffe après avoir expliqué toute la situation. Ce serait bien que tu le fasses avant que je ne retourne chez moi, afin que tu n'aies pas à poster la lettre. De mon côté, je me renseignerai auprès d'un ami et employé du département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

- Merci, fit Draco avec soulagement. J'écrirai cette lettre demain à la première heure.

Draco hésita, puis ajouta :

- J'ai pas mal tergiversé avant de venir… J'avais peur que tu me juges et que tu aies une mauvaise opinion de moi…

- Ce n'est absolument pas le cas. Même si je sais que tu n'as pas toujours été un enfant de choeur, je sais également que tu as changé, comme Severus, et c'est ça qui compte, à mes yeux. Tout le monde a le droit à une deuxième chance, et plus particulièrement quand il y a un sincère repentir derrière le souhait de se racheter.

Draco parut touché par les mots de Tonks.

- Merci, répéta-t-il. Bon, je vais aller me faire beau pour ce soir…

Trois jours plus tôt, Severus et Tonks avaient eu un hibou de Sirius et Remus qui les invitaient avec Draco à dîner chez eux dans la semaine, avant que Tonks ne reprenne le boulot. Severus et Tonks en avaient référé à Draco qui avait de suite accepté, et le dîner avait été fixé à dix-neuf heures ce soir-là. C'était l'occasion d'être tous réunis – Sirius, Remus, Harry, Severus, Tonks et Draco – le temps d'une soirée.

- On ne va pas chez monsieur le Ministre, tu n'es pas obligé de te pomponner, s'amusa Tonks.

- Réflexe de Sang-Pur, expliqua Draco, contrit. Où que l'on aille, quand on est un Sang-Pur et qu'on va chez quelqu'un, on soigne son apparence…

- Je bénis ma mère d'avoir épousé un né-moldu ! J'ai été très bien élevée, mais sans tous les chichis des Sang-Purs… Je ne critique en rien l'éducation que tu as eue, mais…

- Ne t'en fais pas, j'admets qu'elle est trop guindée sous certains aspects… Mais il vaut mieux cela que de ne pas être éduqué ! Ou d'être mal éduqué…

- Ça, c'est sûr ! Bon, va t'apprêter pour aller au Square…

Draco acquiesça et quitta le salon. Tonks reprit son livre et se replongea dedans, le coeur léger après cette petite conversation avec Draco. Elle était heureuse qu'il se soit ainsi confié à elle. Peu à peu, elle tissait un lien avec lui, et cela la comblait de bonheur…

.

Il était dix-huit heures cinquante quand Severus, Tonks et Draco atterrirent dans le salon du Square, via le réseau de cheminées. Ils furent accueillis par leurs trois hôtes qui bondirent presque de leurs chaises.

- Bonsoir ! Nous sommes à l'heure ?

- Oui, vous êtes même en avance…

- Ah, tant mieux. Nous craignions d'être en retard, vu que vous sembliez guetter notre arrivée…

- Oh non, ne vous inquiétez pas ! C'est juste que ce dîner est important pour nous…

Severus et Tonks se regardèrent. Cela ne fit que renforcer les doutes qu'ils avaient : Sirius et Remus avaient quelque chose à leur annoncer, ils en étaient persuadés.

- Est-ce que vous avez faim ?

- Un peu, avoua Severus.

- Ça tombe bien, l'entrée est prête !

Sirius, Remus et Harry débarrassèrent Severus, Tonks et Draco et les incitèrent à s'installer à table. Remus s'éclipsa deux minutes et revint avec des cupcakes au saumon fumé. Il servit tout le monde, et appâtés par la délicieuse odeur, ils entamèrent aussitôt ces gâteaux salés.

- Alors, Draco, que fais-tu de tes vacances ? s'enquit Remus.

- Eh bien je lis, je dessine, je me promène dehors, j'aide Severus quand il fait des potions que je suis capable de faire, je réfléchis à mon rôle de capitaine et à toutes les stratégies que je serai susceptible d'appliquer en fonction de divers paramètres…

- Oh, tu ne perds pas de temps ! Mais tu as raison. Ce sera ça de moins à faire quand ton équipe sera constituée, approuva Tonks. Et toi, Harry ? Que fais-tu de beau ?

- Comme Draco, je lis et je sors un peu, mais même si je serai capitaine comme lui, je ne cogite pas trop là-dessus. En revanche, je dédie la moitié de mes journées à écrire à mes amis…

- Ah oui, j'avais oublié ça ! s'exclama Draco.

- Ton hibou ne l'oublie pas, lui ! Car ce n'est pas comme s'il était réquisitionné pour envoyer cinq lettres dès qu'il regagne la maison après trois ou quatre voyages, le charria Severus.

- Ce n'est pas de ma faute si j'ai plein d'amis !

- Ben… techniquement, si, c'est de notre faute à toi et à moi, rectifia Harry. Car si nous n'étions pas devenus amis, Ron et Hermione n'auraient pas estimé nécessaire de sympathiser avec Blaise, Théo et Pansy, et la bande ne se serait pas créée…

- Oh bah c'est vrai, ça… Mais on ne va pas s'en plaindre ! On aurait raté de belles amitiés…

- Oh ça oui !

- Et toi, Severus ? enchaîna Sirius. Tu parviens à te reposer, malgré les potions que tu as à fournir ?

- Oui, je m'y consacre le soir, et avant que Tonks ne soit là, durant la journée, je m'efforçais de faire autre chose.

- Et depuis qu'elle est là ?

- On est plus souvent à l'extérieur qu'à la maison, mais ça fait du bien, avoua Severus.

- Oui, en quatre jours, on est allés dans les grands centres commerciaux de Londres, on s'est baladés dans un très joli parc, on a vu un spectacle de voltige sur balai, on s'est cultivés dans un musée d'art et d'objets magiques, et on a fait du sport en marchant dans la nature et en grimpant une colline du haut de laquelle on a pu observer plein d'espèces hybrides… C'était très intense physiquement, je n'avais plus de jambes, mais ça valait largement le coup. Ces créatures étaient toutes plus sublimes les unes que les autres…

- Eh bé, vous ne vous êtes pas ennuyés ! On a coutume de croire qu'on a vite fait le tour du Londres sorcier, mais il y a bien plus de choses à faire qu'on ne se l'imagine…

- Oui, et il y en a pour tous les goûts ! renchérit Tonks. C'était hyper agréable, ces quatre jours aux quatre coins de Londres. Ça m'a aéré la tête et c'était exactement ce dont j'avais besoin. J'ai pu me sortir de l'esprit tout ce qui se rapporte au boulot.

- Mais ça ne te manque pas ?

- Le soir, oui, un peu.

- Quelles sont les grosses affaires du moment ? Sans trop aller dans les détails, bien sûr…

- Eh bien on a des cambriolages en série qu'on surveille de près, on a des intoxications alimentaires qui se multiplient dans des crèches, des écoles de formation et des restaurants très réputés, on a les trafics de potions droguées qui ne faiblissent pas, et on a un chirurgimage de Saint-Mangouste qui a disparu il y a deux mois et qu'on recherche activement.

- Vous enquêtez sur tout ça à la fois ?

- On se partage les dossiers. Mais on bosse sur chacune de ces intrigues tous les jours, oui. En plus des missions programmées et des interventions impromptues.

- Vous ne devez pas être humains pour faire face à une telle charge de travail…

- C'est dur lors des premiers mois, mais on s'y fait. Mais ce qui nous fatigue le plus, c'est quand on est du matin au soir sur de la paperasse. Quand on est sur le terrain, on est stimulé par le fait d'être sur le qui-vive et par l'adrénaline. Le métier d'Auror est couramment perçu comme étant épuisant, mais moi, ce qui me crèverait, ce serait votre métier à vous… Ce serait trop statique pour moi.

- Pourtant, nous sommes tout autant stimulés… Mais d'une autre manière, nuança Remus.

- Oui, vous avez vos cours à préparer, vous en avez trois à six différents à faire chaque jour selon le nombre d'heures de cours que vous avez avec chaque classe, vous avez les corrections des devoirs, vous avez les rondes, vous avez les réunions… Mais vous restez enfermés et c'est ça qui ne m'irait pas. Mais le point commun qu'on a, c'est que, même chez nous, on n'a pas fini notre journée. Vous, vous avez vos copies, nous, on a nos dossiers…

- Oui, et ça nous poursuit même pendant l'été… Nous sommes conviés la semaine prochaine à une réunion à Poudlard.

- Ça ne pouvait pas se faire à la pré-rentrée ?

- Non, car apparemment, on devra dire oui ou non à un projet ayant trait au Quidditch, et si ce projet est adopté par la majorité, quatre à cinq semaines seront requises pour qu'il soit mis en place.

- Et ça semble sérieux, car il y aura les capitaines de plusieurs équipes de la Ligue avec nous…

- Ouh là, fit Tonks, ça sent le désir de ces capitaines de professionnaliser les joueurs des équipes des quatre maisons de Poudlard…

- Et si on n'est pas d'accord ? s'indigna Harry. J'ignore ce que je ferai après Poudlard, mais je n'ai pas vocation à faire carrière dans le Quidditch…

- Ne t'en fais pas, quel que soit ce projet, il n'y aura pas d'impact négatif sur ceux qui ne seront pas intéressés, tempéra Remus.

- Vous nous ferez un récit de tout ce qui aura été dit au cours de cette réunion ? s'enquit Draco. En tant que capitaines, Harry et moi sommes plus que concernés…

- C'est promis, jura Severus. Ça m'étonnerait que nous soyons tenus au secret envers vous…

- Tant mieux, jugea Draco. En tout cas, la salade était excellente !

- C'est ce qu'on a cru constater, car au vu de vos assiettes vides, soit elle vous a plu, soit vous aviez très faim !

- C'était un mélange des deux, pour moi, et personnellement, j'ai encore faim ! confia Severus.

- Alors on va y remédier, décréta Remus.

Joignant le geste à la parole, il se leva et s'éclipsa. Il revint deux minutes plus tard avec une tourte au poulet, aux champignons et aux carottes, le tout accompagné d'une onctueuse sauce à la crème. Ce fut avec appétit que Sirius, Remus, Severus, Tonks, Draco et Harry s'attaquèrent au plat. Tout en se régalant, ils parlèrent de tout et de rien : ils critiquèrent la politique, débattirent des résultats de la Ligue Britannique et Irlandaise de Quidditch, se racontèrent leurs anecdotes les plus drôles de leur enfance… L'ambiance était gaie et détendue, et ils étaient tellement absorbés dans leurs récits qu'ils ne firent plus attention à l'heure. Ce ne fut que vers vingt-deux heures qu'ils entamèrent le dessert : une glace à la vanille colorée d'un exquis sirop de fruits.

- Vous nous gâtez, avec ce repas, tout est délicieux, commenta Tonks.

- C'est Remus qu'il faut complimenter ! C'est lui, le cuistot du Square…

- Harry et toi avez bien de la chance… Ce sont les papilles gustatives de Draco qui vont être ravies quand il sera ici ! lança Tonks. C'est bientôt que tu vas passer une semaine ici, d'ailleurs, non ?

- Euh… non, je serai au Square du vingt-et-un au vingt-huit août, mais Harry, lui, sera chez Severus et moi du vingt-trois au trente juillet, corrigea Draco.

- Ah oui, j'ai confondu vos deux séjours… Franchement, vous ne pourrez pas vous plaindre d'avoir été longtemps séparés cet été !

- Non, ça, c'est sûr ! Et en plus de ça, il y aura l'anniversaire de Ginny qui sera fêté au Square… Il y aura toute la bande, ça va être trop bien. J'ai hâte d'y être ! Mais où serez-vous, du coup, ce soir-là ? demanda Draco à Sirius et Remus.

- Soit chez Severus, soit chez Tonks, informa Sirius. On se fera notre propre soirée, tous les quatre, entre amis, comme vous.

- Oui, et comme ce sera un dimanche, je m'arrangerai pour être de repos ce jour-là, décréta Tonks. On va tous bien profiter de cette soirée…

Tous approuvèrent avec ferveur les paroles de Tonks. Celle-ci étant curieuse, elle souhaita savoir ce que les huit autres membres de la bande faisaient de leurs vacances, et sa curiosité fut satisfaite par les explications que lui fournirent Harry et Draco. Après avoir terminé le dessert, Sirius proposa aux deux adolescents d'aller dans la chambre de Harry, ce qu'ils firent. Tonks ne fut pas dupe et devina que Sirius et Remus voulaient avoir une discussion entre adultes.

- Bon, si on vous a invités, ce n'est pas juste pour se faire un petit dîner sympa, confessa Sirius. On a un truc à vous dire.

- Ouh là… Vous me faites peur. C'est grave, pour que vous ayez éloigné Harry et Draco ? s'inquiéta Tonks.

- Non, pas du tout ! Mais c'est important, pondéra Remus.

- On vous écoute, déclara Severus.

Ce fut Remus qui lâcha la bombe :

- Sirius et moi allons nous marier.

Tonks écarquilla les yeux. Elle jeta un coup d'oeil à Severus : il avait l'air aussi surpris qu'elle.

- Oui, on sait, ça sort de nulle part, mais on espère que vous serez là le jour du mariage car on a une requête à vous faire, enchaîna Sirius. On ne va pas y aller par quatre chemins : nous aimerions que vous soyez nos témoins.

Cette fois, Tonks ouvrit si grand la bouche qu'elle crut que sa mâchoire allait tomber. Severus, lui, paraissait avoir avalé le Magicobus de travers.

- Vos témoins ? répéta-t-il, abasourdi.

- Ben… oui, sans témoins, ça va être compliqué de se marier…

- Oui, non, c'est pas ça, c'est que… on… vous… enfin… pourquoi nous ? balbutia Severus.

- Bah… parce que vous êtes ceux dont nous sommes le plus proches, indiqua Sirius.

- Mais on ne vous force pas la main, vous êtes libres de refuser, souligna Remus.

- Non ! s'écria Tonks. Ce n'est pas du tout mon intention…

- Moi non plus, affirma Severus. C'est simplement qu'on ne s'attendait pas à ça…

- Et puis nous sommes touchés, avoua Tonks. C'est un grand honneur que vous nous faites… Mais quand aura lieu le mariage ? Et qui y aura-t-il, à part nous ?

- Et pourquoi avoir subitement décidé de vous marier ? Parce qu'aux dernières nouvelles, ce n'était pas dans vos priorités… Est-ce que c'est à cause de la fausse couche ? Ou bien y a-t-il un lien avec Harry ?

Il y eut quelques secondes de flottement, avant que Sirius et Remus n'éclatent de rire :

- C'est une enquête ? Car si oui, il va nous falloir un avocamage…

- Comprenez-nous, ça nous interpelle, ce mariage, se défendit Tonks.

- Oui, il y a de quoi… Bon, on va répondre dans l'ordre à toutes vos questions. La date du mariage a été fixée au vingt-cinq juillet, et hormis Harry, Draco et vous, il y aura Filius et Pomona qui ont déjà dit oui, et on a également écrit à Andromeda.

La mention de la mère de Tonks provoqua la même réaction chez Severus et elle. Ils échangèrent un regard, ce qui n'échappa pas à Sirius et Remus :

- Il y a un problème ? Vous êtes fâchés avec une de ces trois personnes ?

- Non, pas fâchés, mais…

- En fait, quand Tonks a divulgué à sa mère que nous étions en couple, Andromeda n'y a pas été très favorable, n'étant pas très rassurée que sa fille soit avec un ex Mangemort, mais Tonks a fini par la convaincre de m'octroyer une seconde chance. Il a été prévu qu'il y ait un dîner entre Andromeda, Draco, Tonks et moi, afin qu'Andromeda rencontre Draco, que Tonks me présente officiellement et qu'on reparte sur de bonnes bases, mais le truc, c'est qu'il n'y a toujours pas eu ce dîner, ce qui fait que si Andromeda vient au mariage, ce sera la première fois qu'on se verra, Draco, elle et moi…

- Ah, oups… On est désolés de brusquer les choses, fit Sirius, penaud.

- Non, vous n'avez pas à vous excuser, vous nous rendez au contraire service ! Il faut qu'il se fasse, ce dîner, eh bien ce sera l'occasion !

- Vous n'avez que cinq jours devant vous…

- Ne t'en fais pas, ça va être faisable, attesta Tonks. En tout cas, je serai heureuse de revoir Filius et Pomona ! Ils étaient deux de mes professeurs préférés, et Pomona était une très bonne directrice de maison…Mais ça va me faire bizarre, car là, ils seront davantage les collègues de mon compagnon que mes anciens professeurs…

- Tu ne vas pas me dire que tu vas être intimidée, toi, Nymphadora Tonks, qui est hyper sociable et qui est à l'aise avec tout le monde, en toutes circonstances ? s'intrigua Sirius, incrédule.

- Hé, je ne suis pas infaillible, protesta Tonks. Non mais ça va aller. Mais au fait, est-ce qu'ils sont dans la confidence, pour nous ? s'interrogea-t-elle en s'adressant à Severus.

- Oui, il n'y a qu'à eux que j'ai vendu la mèche.

- En même temps, c'est normal, avec Sirius et Remus, ce sont ceux que tu côtoies le plus… Ils sont directeurs de maison, comme toi, et Pomona enseigne, comme toi, une matière où il y a des devoirs en binôme… Ce concept a dû vous aider à créer plus d'affinités…

- Ah ça oui ! Et c'est bien pour ça que je m'étends un peu avec eux sur ma vie privée… Mais bref, revenons-en à nos hippogriffes ! Pourquoi avoir choisi de vous marier ?

- Pour que Remus puisse adopter Harry. On a eu une conversation, tous les trois, et même si Harry n'était pas prêt à me considérer comme son père, il désirait que je le sois officiellement à l'état civil. Il a ajouté que ce serait bien si, dans la foulée, Remus l'adoptait, mais pour lui, ce serait trop long. Il a abandonné l'idée. Mais ça a fait son chemin dans mon esprit, j'ai beaucoup cogité, et en réalité, il suffit que Remus et moi soyons mariés pour qu'il soit en mesure d'adopter Harry… J'en ai fait part à Remus en le demandant de manière assez détournée en mariage, il a immédiatement accepté, on a tout planifié comme si ça faisait des semaines qu'on y réfléchissait, et tout s'est très vite goupillé : on se mariera le vingt-cinq juillet dans le parc où James et Lily avaient l'habitude d'aller quand Lily était enceinte, il n'y aura que le strict minimum, car ce ne sera pas une grande fête, puisqu'on ne se mariera que pour une raison administrative, on sera en comité restreint, mais il y aura de quoi boire et manger, ce sera très cool, et même si ce ne sera pas une fête extravagante, ça ne nous empêchera pas de bien s'amuser !

- C'est un très beau programme ! approuva Tonks. Franchement, on s'en fiche que ce soit une petite fête. Le principal, c'est qu'à la fin, vous soyez mariés, et que ça aura été une belle journée, dans la joie et la bonne humeur ! Mais pourquoi avoir envoyé les ados dans la chambre de Harry ? Il y a un truc, parmi tout ça, qu'ils n'ont pas à savoir ?

- Oui. Bon, on a évidemment dit à Harry qu'on allait se marier, mais on a menti sur le motif. Car les papiers pour l'adoption, ce sera un de ses cadeaux d'anniversaire, révéla Remus. Avant cela, Sirius l'aura reconnu comme étant son fils auprès du département adéquat du Ministère, avec le dossier de suivi de la grossesse de Lily par son gynécomage et son généticomage comme preuve à l'appui. Il n'y aura pas besoin de plus, la loi sorcière étant bien plus souple que la loi moldue pour ce genre de situation. L'adoption est donc un secret vis-à-vis de Harry. Il sait seulement qu'on va se marier, et il est très content à cette perspective. Et ce dîner l'a ravi aussi. On l'a missionné d'aviser Draco pour le mariage. Histoire de l'inclure dans les préparatifs du mariage…

- C'est mignon, s'attendrit Tonks. Mais après tout, c'est pour lui que vous faites ça…

- Tout à fait !

- Quoi qu'il en soit, tout cela était finement rôdé ! admira Severus.

- Ces épousailles ne seront qu'une formalité, mais on tenait à faire les choses dans les règles de l'art pour ce qui est de l'annonce aux amis.

- C'est validé, assura Severus. Vous avez bien fait les choses.

- Et le dîner était très bon !

- Mais du coup, le mariage tombe durant le séjour de Harry chez moi ?

- Oui, est-ce que cela t'ennuie ?

- Non, pas du tout. C'est même très bien comme timing. Comme ça, vous serez tranquilles le jour J, vous aurez moins de pression. Vous serez entièrement focalisés sur vous, sans avoir à vous occuper de Harry, à lui dire de prendre son petit déjeuner, de s'habiller, de se coiffer…

- Oui, ce sera une source de stress de moins… Mais en vrai, c'est lui qui risque d'être stressé ! Car on a oublié de le préciser, mais on voudrait que Harry et Draco soient nos garçons d'honneur…

- Si Harry a le trac le matin-même, il sera au bon endroit pour être traité, plaisanta Tonks.

- Oui, il aura une oreille attentive qui pourra lui filer une potion pour le calmer, renchérit Severus.

- En gros, il sera entre de bonnes mains ! conclut Tonks. Mais dites-moi, comme vous mentionniez tout à l'heure l'anniversaire de Harry, qu'avez-vous concocté pour cette journée spéciale ?

- J'ai pensé à un déjeuner avec vous deux et Draco, ainsi qu'avec Arthur et Molly Weasley et leurs deux enfants, Ron et Ginny. Arthur et Molly sont chers au coeur de Harry, ils ont été les premiers à lui avoir offert ce qu'il n'avait jamais eu avec les Dursley, je n'ai pas encore pu les remercier pour cela, et ce sera une bonne occasion pour Harry de les revoir.

- Ça fera d'une pierre deux coups !

- C'est ça ! Je les ai contactés par hibou et ils ont dit oui. Et vous, serez-vous des nôtres ?

- Oui, nous serons là, promit Tonks. Enfin, du moins, je serai là…

- Et toi, Severus ?

- Je serai là aussi, affirma Severus.

- Même s'il y a Arthur et Molly ?

- Ont-ils la même opinion sur moi qu'avant ?

- Non, ils ont eu vent de tout ce que tu as fait à Poudlard, via leurs enfants et les collègues d'Arthur au Ministère, et ça t'a largement fait monter dans leur estime.

- Alors c'est parfait. C'est la seule crainte que j'aurais potentiellement eue. Et pour le soir ? Est-ce qu'il y aura une petite fête ?

- Non, mais il y aura Ron, Ginny, Hermione, Théo s'il est libre, et Draco s'il a ton aval, Severus. Ce sont les plus proches amis de Harry.

- Draco aura mon autorisation, indiqua Severus. Mais comment vas-tu faire, avec Miss Granger ?

- Je suis allé chez les Granger avant-hier – quelle galère pour se repérer dans le monde moldu ! – et j'ai tout arrangé avec eux. Ils sont d'accord pour que leur fille vienne à l'anniversaire de Harry et de Ginny. Cela leur faisait plaisir que Hermione quitte un peu la maison et qu'elle aille chez des amis. J'en ai profité pour tout aborder avec eux et tout est réglé.

- Quelle organisation ! Tu m'épates. Nul ne s'imaginerait que ça ne fait qu'un an que tu es parent…

- Oh, tu m'idéalises ! Bon, on va faire rappliquer les enfants.

Sirius alla chercher Harry et Draco et revint avec eux quelques minutes plus tard. Remus fit du thé et ce fut avec cette boisson chaude et des petits gâteaux que la soirée se termina, avec des sujets de discussion qui les entraînèrent dans de longs débats…

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Quelques heures plus tôt

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POV Justin

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Une douce odeur de cuisine régnait chez les Finch-Fletchley. Cela aurait ouvert l'appétit de n'importe qui, mais pas celui de Justin. Il avait le ventre bien trop noué pour avoir faim. Il était dix-neuf heures, et à vingt heures, Emily serait là avec ses parents. Il avait bien essayé de faire renoncer son père à ce dîner, mais sans succès. Justin aurait bien aimé être optimiste, mais c'était impossible. Ce dîner n'avait pour but que de le rabibocher avec Emily, et c'était bien cela le souci. Emily et lui seraient autant mal à l'aise l'un que l'autre, tout comme Mr et Mrs Parker qui n'avaient consenti à ce repas que par pure politesse, comme ils l'avaient fait quand Justin et Emily étaient en couple. Ils n'appréciaient pas du tout les parents de Justin. Enfin, surtout le père de Justin. Il accumulait tout ce qui était condamnable pour les Parker : il méprisait les personnes étrangères, les personnes pauvres, les personnes homosexuelles, les personnes jugées excentriques… Tout ceci était rédhibitoire pour les Parker, qui étaient bien plus humains. Mais durant deux ans, ils avaient fait des efforts en venant manger chez les Finch-Fletchley, car ils étaient les parents du petit-ami de leur fille. Mais à présent que Justin et Emily n'étaient plus ensemble, les Parker n'avaient plus à se forcer, et Justin espérait qu'ils mettraient ce soir-là un terme à ces dîners qui n'avaient plus de sens.

Comme les Parker vivaient dans le monde sorcier, c'était Justin qui avait dû aller poster l'invitation. Le lundi précédent, il avait pris le Magicobus pour la toute première fois et s'était rendu à Eeylops, où il avait payé dix noises pour emprunter un hibou. Mais avant cela, comme le lui avait demandé son père quatre jours plus tôt, il était allé à Gringotts pour échanger la grosse bourse d'argent moldu que lui avait donné son père contre de l'argent sorcier. Il avait fait un saut au Chaudron Baveur pour faire une petite surprise à Théo, mais la gérante lui avait dit qu'il travaillait et qu'ils étaient en plein rush. Justin avait été déçu, mais il s'était consolé en se disant qu'ils se verraient une autre fois.

Dans la lettre que les Finch-Fletchley avaient reçue le lendemain en toute fin de journée, les Parker leur écrivaient qu'ils acceptaient ce dîner mais qu'ils n'étaient disponibles que le dix-sept et le dix-huit juillet, car le dix-neuf, ils partaient un mois chez des amis. Après une courte concertation avec ses parents, Justin avait utilisé le hibou des Parker pour leur signifier que la date du dix-huit juillet leur allait très bien.

À dix-neuf heures trente, Justin se motiva pour troquer son tee-shirt et son jean contre une chemise et un pantalon plus chic. Il fixa ensuite l'étagère murale située au-dessus de son bureau, sur laquelle il y avait tout ce qui était susceptible d'être nécessaire à portée de main, tels qu'un pot de stylos, du scotch, des trombones, des médicaments, des potions… Et c'était justement une de ces potions qui attirait tant l'oeil de Justin : un philtre de paix. C'était l'un de ceux qui lui avaient été prescrits après l'agression qu'il avait subie de la part de Josh Parker et Dick Milligan. Il n'était pas allé au bout de son traitement, ce qui faisait qu'il lui en restait. Il avait très envie d'en prendre un, mais était-ce une bonne idée ? Il avait peur d'être trop calme pour réagir lorsque son père l'inciterait à recommencer une histoire avec Emily… Il n'avait pas dans l'optique d'entrer en conflit avec lui, mais il était hors de question pour lui de se montrer stoïque face aux tentatives de son père de le recaser avec son ex. Cela lui ferait croire qu'il y avait une brèche, et il ne lui en faudrait pas plus pour s'y engouffrer…Mais sans cette potion, il craignait d'être un peu trop sur les nerfs. Elle l'aiderait à mieux supporter cette soirée qui l'angoissait tellement. Il n'hésita pas plus longtemps et s'empara de la petite fiole. Il la dévissa et la vida d'un trait. Peut-être avait-il fait une erreur, mais il s'en fichait. Il serait détendu lors du repas et c'était tout ce qui comptait pour lui.

À dix-neuf heures quarante, il descendit au salon où s'affairaient ses parents. Les Parker arrivèrent dix minutes plus tard, et ce fut Eugene Finch-Fletchley qui alla les accueillir. Il revint peu de temps après avec eux. Ellen Finch-Fletchley les débarrassa, s'éclipsa et fut vite de retour avec un plateau contenant des verres, deux pichets et des verrines de bacon, tomates et basilic. «Oh non» se lamenta Justin. Si la soirée débutait par un apéritif, alors elle allait être très, très, très longue…

- J'ai fait deux cocktails : un avec alcool, et un sans alcool, précisa Ellen.

- Emily est majeure dans le monde sorcier, mais c'est gentil de votre part, la remercia Jane Parker.

- Ah oui, chez les sorciers, vous êtes majeurs à dix-sept ans, c'est ça ? fit Eugene. Eh bien comme tu le seras dans deux mois, tu peux boire ce que tu veux, Justin. D'autant plus que j'ai quelque chose à fêter… Ce serait dommage de trinquer à l'eau !

Justin fronça les sourcils. Quelque chose à fêter ? Il ignorait ce que c'était, mais il devina que c'était relatif aux finances. Son père était millionnaire, et les contrats, les placements et les investissements étaient légion chez lui.

- Mais nous verrons cela lors du repas. Bon, que fais-tu de tes vacances, Emily ?

- J'assiste à des conférences d'avocamages, car c'est le métier auquel je me destine.

- Est-ce le même métier que celui d'avocat chez les moldus ?

- Oui, et on dit les deux dans le monde magique.

- Oh… Et combien d'années d'études faut-il pour être avocamage ?

- Cinq ans, ou plus si on se spécialise. Mais ce ne sera pas mon cas.

- Ce seront déjà de longues études ! Et que fais-tu d'autre, à part aller à ces conférences ?

- Je vais à la bibliothèque, je vais chez des amis, je me promène en ville…

- Tu n'as pas de stage ? s'étonna Justin.

- Non, c'est très difficile d'en avoir chez un avocamage, à cause des dossiers qui sont confidentiels.

- Ah oui, ce serait risqué pour un avocamage de laisser un stagiaire y avoir accès…

- C'est ça. Et toi, as-tu un stage cet été ?

- Oui, du vingt-deux juillet au trois août dans le service de kinémagie de Saint-Mangouste.

- Oh, chouette !

Emily avait l'air sincèrement ravie pour Justin. S'ils demeuraient distants l'un de l'autre à Poudlard, il n'y avait néanmoins plus de rancoeur entre eux.

- Et quelles matières as-tu conservées, outre les sortilèges et l'histoire de la magie ? Et quelles notes as-tu eu aux BUSE ?

- J'ai eu douze en astronomie et en histoire de la magie, dix-sept et demi en botanique, quatorze en Défense Contre les Forces du Mal, quatorze et demi en potions, quinze en métamorphose et en soins aux créatures magiques, huit en divination, et dix-huit en sortilèges. Et pour ce qui est des matières, j'aurai en sixième année la botanique, la Défense Contre les Forces du Mal, la métamorphose et les potions.

- Eh bé, tu as eu de très bons résultats ! Ça te fait huit BUSE en tout, c'est pas mal du tout ! Mais tu ne vas pas poursuivre les soins aux créatures magiques ?

- Ben… j'avais décidé de m'en délester lors de mon conseil d'orientation, mais avec la note que j'ai eu, je le regrette…

- Après avoir eu leurs notes des rattrapages, ceux qui y sont allés ont une semaine de réflexion avant de faire part à leur directeur ou directrice de maison de leurs choix définitifs. Et pour ne pas faire de jaloux, les autres élèves sont logés à la même enseigne. Ce qui fait que tu as jusqu'à après-demain pour te rétracter.

- Oh… Merci pour l'info, je l'avais ratée… Du coup, je ferai ma lettre demain matin et j'irai sur le Chemin de Traverse dans l'après-midi pour l'expédier. Et toi, vas-tu continuer les mêmes matières ? Car je sais que de la sixième à la septième année, il y a des élèves qui se délivrent des matières qui sont trop dures pour eux…

- Je ne vais pas mentir ; le niveau est bien plus soutenu, mais je m'en sors bien.

- Quelles sont celles que tu as gardées, déjà ? Je suis désolé, mais j'ai oublié…

- Les mêmes que toi, dont les soins aux créatures magiques. On en avait parlé, mais ça date un peu, relativisa Emily.

- Oui, ça fait environ un an, de l'eau a coulé sous les ponts, depuis… Je n'avais pas tilté, à l'époque, mais c'est indispensable, la métamorphose et les soins aux créatures magiques, pour être avocat ?

- Oui, en sixième année, on étudie, entre autres, les Animagi et les métamorphomages, et ces statuts sont régis par des réglementations très strictes. Par conséquent, ce sont des cas que les avocamages ont à traiter quand leurs clients ont abusé de leurs statuts. Et pour les soins aux créatures magiques, il y a également des lois pour la détention de certains animaux, ainsi que des interdictions de récolte d'attributs de créatures vivantes, tels que les cornes des licornes, les ailes de fée, les yeux de Boullu, d'anguille, de poisson-ballon, de scarabée, de triton… Tout ça est très encadré, mais bon, il y a des imbéciles qui transgressent ces lois…

- Vous apprenez toutes ces lois à Poudlard ?! s'horrifia Eugene Finch-Fletchley.

- Non, juste les bases concernant les Animagi, les métamorphomages, les créatures… Les lois, nous les voyons pendant notre formation.

- Ah, j'ai eu peur… Mais c'est bien que vous ayez un cursus adapté à votre future formation à la fin de vos études à Poudlard.

- Oui, c'est un avantage qu'on a.

Pour une fois, Justin compatit avec son père. Pour un moldu, le système scolaire sorcier était assez obscur… Il y avait malheureusement trop de parents de nés-moldus qui se résignaient à ce que ça le reste, et Eugene Finch-Fletchley figurait parmi eux. Mais il affectionnait tant Emily que lorsqu'elle était là, il s'y intéressait plus qu'avec son propre fils… Emily était le genre de fille que bon nombre de parents désireraient avoir comme belle-fille. Elle était sérieuse, studieuse, bien élevée, cultivée… Et c'était parce qu'elle avait toutes ces qualités que Mr Finch-Fletchley ne voulait pas se résoudre à ce que cela fût fini entre Justin et elle.

Il était un peu plus de vingt-et-une heures quand Mrs Finch-Fletchley apporta l'entrée. C'était de la salade de bacon, carottes et concombres qu'ils dégustèrent tous en débattant de l'actualité moldue et sorcière.

Plus la soirée avançait, plus Justin était détendu. C'était l'effet progressif du philtre de paix. Mais il en avait toutefois sous-estimé la puissance. Après son agression, il était bien plus angoissé qu'il ne l'était en ce moment-même, et ces potions lui avaient semblé moins dosées qu'elles ne l'étaient en réalité… Leur efficacité atteignait leur apogée trois heures après leur ingestion, et c'était là qu'il ne fallait surtout pas ingurgiter tout ce qui interférait mal avec les philtres de paix, comme l'alcool, les philtres calmants, les philtres de relaxation, les somnifères… Mais Justin omit tout cela…

Une heure après l'entrée, ils passèrent au plat de résistance : agneau rôti avec des pommes de terre et des légumes à la vapeur.

- Avant d'entamer ce délicieux plat, je souhaite vous faire l'annonce que j'ai évoquée tout à l'heure, déclara Mr Finch-Fletchley. Je ne vais pas tourner autour du pot : je vais prochainement inaugurer une boutique de bijoux de luxe qui sera probablement la plus prestigieuse de tout le pays.

Justin ne fut pas tant impressionné que cela. C'était à peu près ce à quoi il s'était attendu. Mais cela ne l'empêchait pas d'avoir conscience de l'envergure du projet de son père.

- Oh, eh bien… félicitations, dit Nelson Parker après un court silence.

- Merci, mon ami ! Allez, célébrons cela !

Mrs Finch-Fletchley versa du cocktail de rhum, de jus d'orange et de jus d'ananas dans le verre de Mr et Mrs Parker, et s'apprêta à faire de même pour Emily, mais celle-ci déclina poliment l'offre :

- Pourrais-je plutôt avoir du cocktail sans alcool, s'il vous plaît ?

- Oui, bien sûr, agréa la mère de Justin.

- Tu es bien sage, fit remarquer Mr Finch-Fletchley.

- Je préfère être prudente… Il y a une semaine, je suis allée à une soirée chez une amie qui fêtait sa majorité, je n'ai bu que deux verres de rhum groseille et ça a suffi pour que je sois malade, expliqua Emily.

- Je confirme, renchérit Mrs Parker. Elle est revenue au bout de deux heures, elle n'était même pas pompette, elle avait toutes ses facultés, mais elle n'était pas bien du tout… Mais je persiste à croire que c'est une intoxication alimentaire que tu as eue.

- On ne saura jamais. Quoi qu'il en soit, je vais me cantonner au jus de fruits.

- Au moins, je ne l'aurai pas fait pour rien ! conclut Ellen Finch-Fletchley avec humour. Tu vas lui faire honneur ! Et toi, Justin ? Je te sers quel cocktail ?

Songeant que l'alcool le relaxerait davantage, Justin opta pour le cocktail avec du rhum.

- Serez-vous le seul actionnaire de cette boutique ? interrogea Mr Parker.

- Non, j'aurai un associé. C'était la condition sine qua non pour que je la crée… Car avec toutes les responsabilités que j'ai déjà, je n'aurais pas pu assumer seul la gestion d'une boutique… Mais ça a été un véritable calvaire pour le dénicher, cet associé ! J'ai tenté de lancer l'affaire avec trois de mes connaissances avant de trouver enfin le bon… À chaque fois, lors des premières discussions, tout se profilait bien à l'horizon, mais dès qu'on attaquait les choses concrètes, il y avait un truc qui n'allait pas. Avec le premier, on n'était absolument pas d'accord sur les prix. Lui était axé sur des prix trop bas, et même en faisant des compromis, les prix qu'il suggérait étaient trop faibles à mon goût. Si je faisais dans le caritatif, cela se saurait…

Et voilà… S'il y avait une grille avec toutes les facettes détestables de Mr Finch-Fletchley, la case «anti-pauvres» était désormais cochée…

- Avec le deuxième, ça ne s'est pas fait car il a eu des problèmes personnels qui l'ont trop accaparé et qui l'ont éloigné de ce projet. C'est triste, car à la base, il était très intéressé et très investi… Mais un divorce lui est tombé dessus sans qu'il ne s'y soit préparé… Il était dépité. Et avec le troisième, tout allait pour le mieux jusqu'à ce qu'un beau jour, il ne me présente un homme qui s'est avéré être son conjoint… J'ai mis fin illico presto à notre partenariat. C'est une chance que je l'aie su avant de monter notre boutique… Je frissonne rien qu'à l'idée de collaborer avec un homme pareil… Quelle réputation notre boutique aurait-elle eu, franchement ?

Justin serra les poings à l'entente de ces mots. Bon, le philtre de paix n'était pas assez puissant pour le rendre insensible aux ignominies verbales de son père… Animé d'une pulsion qu'il fut incapable de contrôler, il vida son verre d'une traite, ce qui n'échappa pas à son père :

- Eh bien, Justin, tu avais si soif que ça ?

Un prétexte vite…

- Non, j'ai failli m'étouffer avec un bout de viande, alors au lieu de tousser pendant dix minutes, je l'ai délogé en buvant tout mon verre… Bon, par contre, j'ai la gorge en feu… Je ne pensais pas que le cocktail était si fort.

- Il n'est pas destiné à être bu en une fois, se moqua gentiment Mrs Finch-Fletchley.

Justin sourit. C'était très rare que sa mère le charrie ainsi. Chez les Finch-Fletchley, il n'y avait pas de grandes effusions d'amour. Pudeur, dignité et bonnes manières étaient de rigueur. Mais la mère de Justin était plus tendre avec lui lorsque le patriarche n'était pas là. Car c'était lui qui exigeait que sa femme et son fils aient cette attitude… S'il n'y avait eu que sa mère, Justin aurait eu une enfance bien plus épanouie, sans propos répugnants sur tous ceux que son père méprisait… Il était persuadé qu'elle ne partageait pas l'idéologie nauséabonde de son mari. Mais elle était entièrement soumise à lui, ce que déplorait Justin. Ses opinions, ses actions, ses paroles, ses tenues vestimentaires… Tout était chapeauté par son époux. Elle n'avait aucun libre-arbitre.

- Oh mais… tu t'es taché, constata Mrs Finch-Fletchley.

Justin baissa les yeux et vit en effet de la sauce sur la manche de sa chemise.

- Ah, oups… Puis-je aller me changer ?

- Oui, vas-y.

Justin se leva, quitta le salon, se dirigea vers les escaliers et grimpa à sa chambre. Un simple Tergeo aurait effacé la trace, mais étant dans un environnement moldu, il n'était pas autorisé à faire usage de la magie. Il retira sa chemise et en chercha une autre dans son armoire. Il hésitait entre une bleu ciel et une blanche quand des coups furent frappés à sa porte.

- Qui est-ce ?

- C'est Emily.

- Oh… Entre.

La porte s'ouvrit et se referma.

- Ah euh… j'aurais pu patienter dehors, le temps que tu t'habilles…

- Oh, tu m'as vu plus dévêtu que ça…

- Ouais, mais que ton père ne sache pas que tu es torse nu avec moi dans la même pièce… Cela ne ferait qu'alimenter ses espoirs d'un retour de flammes entre nous…

- Pas faux, grimaça Justin. C'est d'ailleurs pour ça que vous avez été conviés à ce dîner. Il voudrait nous rabibocher…

- Eh bien il va se casser les dents.

- Oh oui… Mais pourquoi es-tu là, au fait ?

- Pour m'excuser.

Justin redressa brusquement la tête.

- T'excuser ? Mais… de quoi ?

- Pour le comportement idiot que j'ai eu quand tu as mis un terme à notre histoire… Je n'ai pas été très sympa… J'ai même été méchante.

- Tu avais des circonstances atténuantes…

- Oui, mais je suis allée trop loin… Pour moi, tu m'avais baladée sans scrupules, je n'arrivais pas à concevoir que tu avais pu te fourvoyer aussi longtemps sur ton orientation sexuelle, que ça n'ait pas fait tilt chez toi en notant que tu n'avais pas de plaisir lors de nos rapports intimes… Mais je n'avais pas tout le contexte. Là, je l'ai. Et tout est plus clair. C'est normal que tu aies fait un déni au sujet de ton homosexualité. Inconsciemment, tu refusais d'imaginer que tu pouvais être gay, car depuis que tu es né, tu avais baigné dans le rejet de l'homosexualité… Tu n'étais pas d'accord avec ça, mais tu avais peur d'être ce que haïssait ton père… Tu t'es donc convaincu que tu étais hétéro, même s'il y avait des preuves irréfutables qui te criaient le contraire… Et quand tu es tombé amoureux de Théo, ça a dû être un gros chamboulement pour toi… Ce n'est pas étonnant que tu n'aies pas su bien gérer la situation… La première victime dans l'échec de notre couple, ce n'est pas moi… C'est toi. Je ne t'en veux plus, et je suis contente que tu aies réussi à accepter et à assumer ton homosexualité.

Justin fut déstabilisé par le discours d'Emily. Mais il fut également touché.

- Merci, je… je ne m'attendais pas à ça… Mais je ne t'en voulais pas pour la réaction que tu as eue. Je m'en voulais plus à moi-même…

- Et c'est encore le cas, n'est-ce pas ?

Justin ne répondit pas, mais la moue qu'il fit fut éloquente.

- Tu n'as pas à te blâmer. Tu as fait de ton mieux, mais la vie t'a sans cesse mis des bâtons dans les roues… Notamment avec cette fausse grossesse qu'il y a eu…

- J'ai cru être maudit, ce jour-là, quand je m'étais résigné à rompre et que tu m'as révélé que tu étais peut-être enceinte… Ça faisait des semaines que je disais à Théo que j'allais le faire, et quand je me suis enfin décidé, eh bah je n'ai pas pu, car sans le faire exprès, tu m'as coupé l'herbe sous le pied avec ces soupçons de grossesse… Ah la vie, j'te jure… Mais dis-moi, il y a un truc qui me taraude. Qu'est-ce qui a provoqué le déclic chez toi, concernant ma façon de gérer mon homosexualité et les répercussions que ça a eu sur notre couple ?

- Les critiques de ton père sur son ex associé gay. Honnêtement, entre nous, c'est une bonne chose pour cet homme que ton père ait annulé leur partenariat…

- Oui, il mérite bien mieux que mon père, agréa Justin. Même si on ne sait pas grand-chose de lui…

- Exactement. Bon, ne tardons pas trop, sinon ils vont tous se faire des films…

- Oui, juste deux minutes…

Sentant que les heures à suivre allaient être très éprouvantes pour ses nerfs, Justin attrapa une autre fiole de philtre de paix et la but en quelques gorgées, devant une Emily perplexe.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un philtre de paix. Ça va m'aider à me maîtriser si mon père est trop pénible…

- Pas bête. Bon, allons-y.

Justin et Emily sortirent de la chambre et regagnèrent le salon.

- Pardon pour notre absence prolongée…

- Oh mais ce n'est rien, nous bavardions entre adultes. Et puis nous sommes ravis que ça aille mieux entre vous… Et même plus que mieux.

Les regards de Justin et d'Emily se croisèrent. Nul mot fut nécessaire pour qu'ils se comprennent : comme l'avait craint Emily, Mr Finch-Fletchley tirait des conclusions hâtives de leur entretien. Ce fut Emily qui doucha les illusions du père de Justin :

- Nous n'avons fait que mettre les choses à plat, il n'y a strictement plus rien entre Justin et moi, on ne s'aime plus et nous sommes bien mieux en tant qu'amis.

- Laissez le temps faire les choses… Avant cette soirée, vous étiez en froid, et voyez, en l'espace de trois heures, comme vous vous êtes rapprochés…

- Nous avons crevé l'abcès, nous sommes repartis sur de bonnes bases, peut-être retrouverons-nous l'amitié que nous avions avant notre idylle, mais il n'y aura rien de plus. Mais vous avez raison sur un point : cette soirée nous aura été bénéfique.

- Mmmh… Elle le sera plus que vous ne vous le figurez, s'obstina Mr Finch-Fletchley.

- Bon, quoi qu'il en soit, vous avez rappliqué pile pour le dessert ! déclara la mère de Justin.

Elle s'en alla sur ces mots et revint avec une tarte à la mélasse. Elle la coupa en tranches généreuses qu'elle servit à tout le monde.

- C'est bien dommage que vous ayez fait une croix sur votre couple, insista Mr Finch-Fletchley. Ça me paraît évident que ce n'est pas fini entre vous…

- Et pourtant, ça l'est, attesta fermement Emily. Mais tout à l'heure, vous citiez les divers individus avec qui vous avez tenté de créer votre boutique, et avec qui ça n'a pas marché, mais qu'en est-il de la personne qui a été satisfaisante pour vous ?

Justin admira Emily. Elle avait dévié la conversation vers quelque chose dont elle se fichait comme de son premier pull, uniquement pour distraire le père de Justin de tout ce qui les concernait, elle et lui.

- Oh, eh bien c'est Allan McDonell. C'est un homme de mon âge, qui est passionné de bijoux et qui a de l'expérience dans le commerce. Il est propriétaire d'une boutique de vêtements de luxe.

- Ah oui, il n'y a pas que les bijoux qu'il adore, interpréta Emily. C'est le luxe en lui-même dont il raffole… Car il est tout de même gérant d'un magasin de vêtements de luxe, et en plus de cela, il va bientôt être copropriétaire d'une boutique de bijoux de luxe…

- Mieux vaut cela que l'inverse ! Que ferais-je d'un collaborateur qui serait totalement ignare dans le domaine ? Il n'en aurait que pour l'argent… Certes, c'est essentiel, mais quel intérêt à avoir des parts dans un négoce qui vend des articles qui ne le passionnent pas ? Allan a eu un associé comme ça, et c'était tout bonnement impossible de travailler avec lui… Au moins, avec Allan, nous serons sur la même longueur d'ondes. Il est parfait. Je n'aurais pas pu rêver mieux…

Tandis que Mr Finch-Fletchley énumérait toutes les qualités de McDonell, Justin commença à avoir une drôle de sensation. C'était comme s'il se déconnectait de tout ce qui l'entourait. Il était là sans être là. C'était extrêmement désorientant, mais pas si désagréable que ça… Les inepties de son père ne l'atteignaient plus, et cela contribuait grandement à lui faire apprécier cet état. Mais il y avait des inconvénients, tel que celui de ne plus faire attention à ce qu'il faisait… S'il avait été maître de lui-même, il n'aurait pas repris du cocktail de rhum, orange et ananas, car il aurait su que cela ne ferait pas bon ménage avec le second philtre de paix qu'il avait ingéré vingt minutes auparavant… Mais ce fut ce qu'il fit, et les étranges effets qu'il subissait s'intensifièrent au fur et à mesure qu'il vidait son verre. Il était tellement ailleurs qu'il n'entendit pas son père s'adresser à lui. Il fallut qu'Emily lui donne un coup de coude dans les côtes pour qu'il réagisse :

- Hein ? J'ai raté un truc ?

Mr Finch-Fletchley haussa les sourcils. Avec le peu de lucidité qui subsistait en lui, Justin s'aperçut que son vocabulaire n'était pas le même que celui qu'il avait d'ordinaire. Mais son père s'abstint de tout commentaire.

- Je parlais de la fille d'un très bon et vieil ami que j'aimerais te faire rencontrer. Puisque ton coeur est manifestement libre…

Justin n'eut pas besoin d'avoir toutes ses facultés pour soupçonner son père d'essayer d'éveiller la jalousie d'Emily.

- Ce n'est pas la peine, papa.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle ne me plaira pas.

- Mais comment peux-tu le savoir alors que tu ne la connais même pas ?

- Parce que c'est une fille.

Les mots s'étaient échappés tout seuls de la bouche de Justin. Étant privé de son discernement, il ne réalisa pas tout de suite leur impact. Un silence pesant envahit la pièce. Emily avait sûrement dit à ses parents que Justin était gay, car à l'instar d'elle, ils avaient l'air très gênés. Mrs Finch-Fletchley, elle, fixait ses mains. Comme les Parker, elle avait saisi le sens de la phrase de Justin. Ce qui n'était pas le cas du patriarche :

- Eh bien, oui, je ne vais pas te présenter un garçon !

- Et pourquoi pas ?

Mr Finch-Fletchley scruta son fils comme s'il tentait de déterminer s'il était sérieux.

- Tu plaisantes ? Ou bien as-tu trop bu et ne sais-tu plus ce que tu dis ?

- Non, je n'ai bu que deux verres.

- Donc c'était de l'humour ?

Une voix très vague conseilla à Justin de mentir, mais il était trop désinhibé pour cela. Bien qu'il fût agacé par l'entêtement de son père, ce fut calmement qu'il répondit :

- Non, ce n'était pas une blague.

- Mais qu'est-ce que tu insinuais, au juste ?!

- Ben… c'est explicite, non ?

- Tu m'invitais sincèrement à te présenter un garçon ?!

- Si oui, ce serait quoi, le problème ?

Le ton de Justin n'était plus léger, mais un peu agressif. Il était de plus en plus irrité par l'attitude de son père. Dans le même temps, le doute s'installa sur les traits de Mr Finch-Fletchley.

- Non, tu te moques de moi, lâcha-t-il. Toi, mon propre fils, tu ne peux pas cautionner ça

- On n'hérite pas forcément des préjugés de ses parents, même si on baigne dedans…

- Des préjugés ?! Répudier ce qui est contre-nature, ce sont des préjugés, pour toi ?!

La colère monta de plus en plus chez Justin. Cela allait trop loin. En qualifiant l'homosexualité de «contre-nature», c'était lui que son père insultait directement.

- Je ne suis pas contre-nature, se défendit-il avec froideur.

Le choc fut visible chez Mr Finch-Fletchley. Justin crut qu'il avait enfin ouvert les yeux, mais son père le détrompa :

- Tolérer ces immondices, c'est te mettre au même niveau qu'eux, soutint-il sèchement.

- Mais tu es borné, ma parole !

- Surveille ton langage, jeune homme ! gronda Mr Finch-Fletchley en envoyant valser le pichet de cocktail sans alcool qui se fracassa sur le sol dans un vacarme assourdissant.

- Eugene…

- Ne t'en mêle pas, Ellen ! Reste à ta place !

Ce fut la goutte de trop pour Justin. Il ne put supporter le machisme dont son père fit preuve envers sa mère. Il se leva brusquement et plaqua ses deux mains sur la table.

- Elle a autant le droit de s'exprimer que toi et moi ! hurla-t-il. Elle voulait certainement apaiser la situation, mais ça ne sert à rien, car je vais l'empirer avec ce que je vais te balancer ! Car je vais te le dire clairement : je ne suis pas au même niveau que les personnes gay, je suis comme elles ! Oui, je suis gay ! Oui, j'aime les hommes ! Je l'ai compris il y a sept ou huit mois en m'apercevant que j'étais amoureux de mon binôme de travail, ça fait plus de six mois que je sors avec lui, je l'aime, il m'aime, et c'est pour ça que ça a cassé entre Emily et moi ! Alors je suis navré si ça te froisse, mais c'est comme ça, et je ne vais pas me forcer à jouer les hétéros pour te faire plaisir !

Justin cracha presque les derniers mots de sa tirade. Il y eut quelques secondes de flottement durant lesquelles son père encaissa tout ce que Justin venait de lui asséner, puis, sans que quiconque ne pût l'en empêcher, son poing s'abattit sur la joue de Justin. La douleur irradia dans sa pommette, mais il n'en eut cure.

- Va-t'en immédiatement ! rugit Mr Finch-Fletchley. Tu n'as plus rien à faire ici ! Fiche le camp, et prie très fort pour que la famille de ton petit-ami veuille bien de toi, car c'est la seule famille que tu peux désormais espérer avoir !

Justin dévisagea son père :

- Ma famille, je la fonderai avec mon petit-ami. Et ne t'en fais pas, va, je serai bien accueilli, là où il habite. Ah, et petite précision : ce n'est pas toi qui me vires, c'est moi qui m'en vais.

Justin déserta le salon et rejoignit hâtivement sa chambre. Il récupéra sa valise qui était sous son lit, l'ouvrit et se mit à la remplir. Il n'y avait pas le moindre soin dans ses gestes. Il jetait littéralement ses affaires, sans même regarder où il les expédiait. Le principal, c'était qu'elles atterrissent au bon endroit. Il les plierait lorsqu'il serait au Chaudron Baveur. Là, il n'avait qu'une envie : fuir de cette maison.

Un quart d'heure plus tard, sa valise était bouclée. Il s'assura de n'avoir rien oublié, quitta ce qui fut sa chambre et redescendit les escaliers. Il ne repassa pas par le salon et marcha d'un pas vif vers la porte d'entrée. Lorsqu'il fut dehors, il s'immobilisa. Toute la pression redescendit d'un coup, et ceci eut de violentes répercussions sur son moral. Tout ça aurait pu être évité, mais il était conscient que c'était mieux ainsi. Mais il était dorénavant orphelin, son père l'ayant renié, et ce constat lui fit mal. «Oublie ça» lui souffla sa raison. Pour une fois, il l'écouta. Il avait des choses bien plus urgentes à faire que de se morfondre. Il dégaina sa baguette et effectua un simple mouvement pour appeler le Magicobus. Celui-ci surgit aussitôt à l'extrémité de la rue, fusa à toute vitesse et s'arrêta devant lui dans un crissement de pneus. Justin s'y engouffra et énonça sa destination au contrôleur. Il n'eut pas le temps d'avancer vers les lits qui faisaient office de sièges que le Magicobus redémarra en trombe, lui faisant perdre l'équilibre. Il choisit le premier lit vide qu'il vit, hissa difficilement sa valise dans le porte-bagages et s'assit lourdement en exhalant un soupir de soulagement. Il était exténué. Mais plus que cela, et plus que tout, il était triste. Et ce fut avec ce chagrin qui lui étreignait le coeur qu'il contempla à travers la fenêtre le paysage, tout en se perdant dans ses rêveries. Une nouvelle vie se profilait à l'horizon, et même si plus rien ne serait pareil, même si tout était à refaire, il n'avait pas peur, car il serait accompagné dans cette nouvelle vie par Théo, et rien qu'en visualisant son sourire, il se sentit mieux. Et dans le ciel noir qu'était son existence actuelle, ce sourire fit percer un timide rayon de soleil, qui se ferait plus franc lorsqu'il retrouverait le garçon qu'il aimait plus que tout au monde…

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Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! À part dans le POV Tonks, il n'était pas très joyeux, mais il fallait passer par-là ! Et je vous rassure, ça va aller pour Daphné et Justin :)

Sur ce, je vous dis à une prochaine fois pour le prochain suivant, je vous souhaite d'ici là de passer de bonnes semaines, prenez soin de vous, je vous embrasse fort, et plein de bisous tout le monde !