Bonjour à toutes et à tous et bienvenue pour le quatorzième chapitre de SAMLD !

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L'attente a été un peu longue, le chapitre est prêt depuis un moment, mais il fallait que je trouve le temps de le corriger et de faire la NA… Mais je ne vous oublie pas, promis !

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tyffaine bally : Eh bien tu vas très vite avoir l'arrivée de Justin au Chaudron Baveur ! Dès le début du chapitre et avec le POV de Théo, en plus XD Tout ce que tu désires, tu l'as XD

Alors une romance n'est pas à l'ordre du jour entre Daphné et Lisa, mais une très belle amitié est en train de naître entre elles *-*

C'est pour bientôt, le mariage de Sirius et Remus ! Dans trois ou quatre chapitres =)

Merci pour ta review !

Sarah MAES : Oui, c'était clairement le chapitre des libérations… Même si deux ados se retrouvent livrés à eux-mêmes :/ Mais ils sont bien entourés !

Heureusement, maintenant que Justin a été viré de chez lui, on n'aura plus à faire à son père… Et lui non plus, par la même occasion XD

Voilà la suite ! Merci pour ton retour =)

Pouss8 : Ravie que l'atelier du chaudron farceur t'ait plu ! Et qu'il t'ait fait rire XD Ta review me fait extrêmement plaisir, c'est moi qui te remercie !

Mel : Heureuse de te compter de nouveau parmi nous =D Ne t'inquiète pas pour ton absence, on a tous nos raisons de se faire discret pour un temps plus ou moins long !

Tu as parfaitement bien résumé la situation ! C'est vraiment un chapitre à double tranchant… On est soulagés pour Justin et Daphné qui sont libérés de leur famille malsaine, mais le rejet est violent et qu'on aime sa famille ou pas, c'est dur se faire renier par elle… Oui, l'un des gros points positifs de tout ça, c'est la rupture du contrat entre les Greengrass et les Ashby ! Mais effectivement, il aura été une pourriture jusqu'au bout, pour ne pas être vulgaire… Ah ça, les Turpin sont des personnes en or ! Ouiiii, Justin est quelqu'un de très gentil, mais à un moment donné, faut pas trop le chercher et ça, son père l'a bien compris ! La gueulante de Justin, comme tu la désignes si bien, ne fera pas changer son père, mais au moins, il a dit tout ce qu'il avait sur le coeur et ça fait du bien ! Pour la mère de Justin, c'est exactement ça, elle est totalement soumise à son mari, qu'elle n'approuve pas dans sa façon de penser et de se comporter, mais contre qui elle est incapable de se dresser… Mais Justin ne lui en veut pas, et il la défend même contre son père… Ta patience va être récompensée, Théo et Justin vont se retrouver dès le début du premier POV ! La voilà, la suite XD Mille mercis pour ta review !

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Merci à vous trois pour vos retours, c'est vraiment adorable ! Et merci à tous ceux qui continuent à suivre les aventures de nos personnages ! Je vous laisse avec eux et avec ce nouveau chapitre et je vous souhaite à tous une agréable lecture !

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14 – Après-coups

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(samedi 20/07) POV Théo

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Allongé sur son lit, Théo lisait un livre sur l'astronomie quand des coups furent toqués à sa porte. Intrigué – il était plus de minuit ! – il se leva et alla ouvrir. Malgré la pénombre, il reconnut la gérante de l'auberge.

- Katie ?

- Oui, c'est moi. Tu dormais ?

- Non, je suis du soir, demain, je peux me coucher tard. Mais qu'y a-t-il ?

- Il y a quelqu'un pour toi en bas.

- À cette heure-là ?

- Oui. Autant que tu le saches maintenant : c'est ton petit-ami.

Le sang de Théo se liquéfia. Dans d'autres circonstances, il aurait été ravi, mais là, il aurait préféré que ce soit tout le monde, sauf Justin… Car dans sa dernière lettre, il avait écrit à Théo que son père avait invité les Parker à manger chez eux, et ce repas était censé avoir eu lieu ce soir-là. Et si Justin n'était plus chez lui actuellement, mais au Chaudron Baveur, et ce, à minuit, ça ne signifiait qu'une chose : le dîner avait viré à la catastrophe pour lui.

- Je vous suis.

Katie redescendit à l'accueil, avec Théo sur ses talons. Justin était effectivement là, et dès que Théo le vit, il sut qu'il n'allait pas bien du tout. Il était pâle, il était visiblement bouleversé, et en plus de cela, il arborait un hématome sous l'oeil droit. Théo s'approcha et s'arrêta à deux mètres de Justin. Il jouait la précaution pour ne pas effrayer Justin qui, selon son état d'esprit, risquait de mal réagir si Théo y allait franco avec lui…

- Justin ? Que fais-tu là ?

- Je… je suis parti de chez moi.

Le mot «pourquoi ?» brûla les lèvres de Théo, mais il se retint, se doutant que Justin ne souhaiterait pas s'étendre sur le sujet devant une personne qui lui était étrangère.

- Conduis-le à ta chambre, intima Katie à Théo.

- Mais… il y en a qui sont vacantes… Je peux lui en payer une…

- Pour ce soir, il vaut mieux qu'il soit avec toi dans la tienne. Nous traiterons de tout ça quand il fera jour.

Théo n'insista pas : Katie avait raison, et de toute manière, il se serait cassé les dents en s'évertuant de la persuader de lui faire louer une chambre pour Justin. Il lui manifesta sa gratitude, fit léviter la valise de Justin, et monta à sa chambre avec lui.

- Assis-toi, tu as l'air sur le point de faire un malaise…

- Je voudrais plutôt aller aux toilettes…

Cela ne fut pas pour rassurer Théo. Mais il s'abstint de toute question et emmena Justin aux toilettes situées au bout du couloir. Il patienta environ cinq minutes derrière la porte, et durant tout ce temps, ses neurones fonctionnèrent à plein régime. Justin était probablement malade, et Théo n'avait rien pour le soulager… Qu'allait-il faire ? Il n'avait pas de solution quand Justin quitta les toilettes.

- Ça va mieux ?

- Un peu… Mais ce n'est pas trop ça.

Bon, au moins, Justin était honnête… Théo et lui regagnèrent la chambre, où Théo refit son lit avant de s'y installer avec Justin.

- Tu veux me raconter ? l'interrogea doucement Théo.

Justin acquiesça et relata le dîner avec les Parker : la discussion détendue du début sur ce qu'Emily et lui faisaient de leurs vacances, sur les matières qu'ils allaient poursuivre et sur le système scolaire sorcier, l'annonce de son père concernant sa boutique de bijoux de luxe, les propos méprisants qu'il avait eus envers les personnes démunies et les personnes homosexuelles qui avaient irrité Justin, la tache qu'il s'était faite sur sa chemise, son saut dans sa chambre pour y remédier, Emily qui l'avait rejoint et qui s'était excusée, leur retour dans le salon, et la façon dont tout avait basculé quand Mr Finch-Fletchley avait émis l'hypothèse de présenter la fille d'un ami à Justin… Ce récit chamboula Théo, qui fut habité d'une haine sans nom pour le père de Justin. C'était une véritable ordure.

- Je sais que sur le moment, c'est compliqué, mais ce qui s'est produit, c'est un mal pour un bien… Tu n'étais pas heureux, chez toi, au sein d'une famille raciste, homophobe, anti-pauvres… Tu seras bien mieux ici que là-bas.

- Oui, j'en suis bien conscient, mais comme tu dis, là, c'est à vif et ça fait mal…

- Je serai là pour toi, ça va aller, je te le promets, jura Théo.

Justin sourit.

- Merci…

- Mais il y a un petit détail qui m'échappe… Toi qui es de nature calme, d'habitude, comment ça a pu dégénérer comme ça entre ton père et toi ?

Justin parut gêné. Théo devina qu'il n'allait pas aimer sa justification.

- Tu ne vas pas t'énerver, hein ?

- Ce n'est pas mon genre… Mais tu m'inquiètes, là.

- J'ai fait une grosse bêtise. Je sentais que la soirée allait être très pénible. Du coup, avant qu'Emily n'arrive avec ses parents, j'ai pris un philtre de paix… Il était dix-neuf heures trente, et l'efficacité de cette potion atteint son apogée trois heures après… Je le savais, mais quand je suis allé dans ma chambre pour changer de chemise après m'être sali, j'ai avalé une autre fiole, car j'étais trop agacé à mon goût.

- Attends… quoi ?! Tu t'es enfilé deux philtres de paix en l'espace de trois heures ?!

- Oui, ce n'était pas la meilleure des idées… Mais il n'y a pas que ça. Pour ce dîner, ma mère avait préparé deux cocktails : un sans alcool, et un avec alcool, afin qu'on ait le choix. Et quand elle m'a demandé ce que je voulais, j'ai opté pour le cocktail avec du rhum… Et j'en ai bu deux verres lors de la soirée. Le mélange m'a fait perdre presque toute ma lucidité, j'étais sans filtre et désinhibé, et quand mon père m'a suggéré de rencontrer la fille de son ami, les mots se sont échappés tout seuls de ma bouche… Je n'ai rien contrôlé. Il ne saisissait pas ce que j'insinuais, et j'aurais dû le laisser dans son incompréhension, car le but de cette soirée n'était pas de faire mon coming-out… Mais au lieu de ça, j'en ai rajouté… Parce que j'en avais marre. Il était tellement convaincu que son fils ne pouvait pas tolérer ce que lui rejetait… Il ne se figurait même pas que je puisse être gay… Ça m'a exaspéré, et comme les philtres de paix et l'alcool avaient énormément limité ma patience, j'ai pété les plombs…

- Ok, tout est plus clair… Mais c'est un miracle que tu aies juste l'estomac en vrac, car l'ingestion de deux philtres de paix à moins de quatre heures d'intervalles, associée à deux verres d'alcool fort, c'est un combo qui a souvent de très lourdes conséquences… Enfin, je dis ça, mais tu n'as vraiment pas bonne mine…

- Non, je ne me…

Justin s'interrompit soudain et se rua hors de la chambre. Théo grimaça. Même si cela aurait pu être bien plus grave, Justin était tout de même très atteint… Bien trop pour qu'il demeure ainsi sans une médicamentation adéquate… Mais que faire ? Aller à Sainte-Mangouste ? À bien des égards, ce ne serait pas une bonne idée… Faire prendre une douche à Justin, lui faire boire un thé et le mettre au lit ? Cela ne réglerait pas le problème à la source… Non, ce qu'il fallait, c'était un médicomage de confiance. Et il y en avait un, mais Théo n'oserait pas le contacter à une heure pareille… Pourtant, il n'y avait que cela à faire. Et ce fut donc ce que Théo fit. Il invoqua son Patronus à qui il dicta un message :

- Bonsoir, je suis désolé de vous solliciter en pleine nuit, mais Justin est avec moi, à l'auberge, il a été mis dehors par ses parents, il a ingéré deux philtres de paix et deux cocktails à base de rhum, il n'arrête pas de vomir, et je n'ai aucune potion contre ça… Je vous remercie d'avance.

Théo expédia son Patronus, et se rappelant avoir un baume anti-contusions, il alla s'en procurer un dans sa trousse de premiers secours. Quand Justin revint, la fatigue et la lassitude se lisaient sur son visage. Il s'affala à côté de Théo.

- Je n'ai plus rien dans le ventre, là…

- Même avec le copieux repas que tu as dû avoir ? Tu m'as dit qu'il y avait eu un apéro digestif, une entrée, un plat, et un dessert…

- Oui, mais je n'ai fait que picorer. Je n'avais pas très faim.

- Oui, tu étais angoissé par cette soirée…

- C'est ça.

- Quoi qu'il en soit, si ton estomac est vide, c'est mieux pour lui, et il a tout intérêt à le rester. Il est trop fragile pour supporter de la nourriture.

- Oui, ce qu'il me faudrait, là, ce seraient des potions…

- Tu vas en avoir : j'ai envoyé un Patronus au professeur Snape. C'était la seule option qu'on avait.

- Je n'allais pas te faire de reproches, souligna Justin. Même si ça me gêne de le faire rappliquer en pleine nuit…

- S'il avait vent de la situation, il me disputerait de ne pas l'avoir fait. Bon, le temps qu'il vienne, je vais m'attaquer à ton bleu…

Justin se redressa et Théo se mit debout face à lui. Il déboucha le couvercle de son pot de baume, en préleva une noisette et l'étala sur la pommette de Justin avec toute la douceur qui le caractérisait.

- C'est froid… Ça fait du bien.

- Si tu en mets deux fois par jour, en quatre jours, tu n'auras plus rien. Mais je le ferai moi-même.

- Je suis assez grand pour le faire, protesta gentiment Justin.

- Oui, mais j'aime te dorloter…

- Moi, c'est toi que j'aime tout court.

Une bouffée d'amour envahit le coeur de Théo. Il posa ses lèvres sur celles de Justin et l'embrassa tendrement.

- Ça, c'est le plus efficace des remèdes, murmura Justin.

Il attira à lui Théo qui s'assit à califourchon sur ses jambes et entoura de ses bras le cou de Justin. Il unit de nouveau leurs lèvres dans un baiser qui fut plus approfondi que le précédent. Ils oublièrent tout, mais ils furent interrompus lorsque le professeur Snape frappa à la porte. Théo bondit sur ses pieds et se recoiffa sommairement, Justin ayant quelque peu fourragé dans ses cheveux.

- Entrez, lança-t-il.

La porte s'ouvrit sur son directeur de maison.

- Bonsoir, le salua Théo. Merci de vous être déplacé, malgré l'heure qu'il est…

- Ne vous en faites pas pour ça, j'étais tout juste revenu d'un dîner au Square quand j'ai reçu votre Patronus. Et il valait mieux que vous requériez mon aide plutôt que vous alliez à Sainte-Mangouste. Votre petit-ami étant mineur, le personnel aurait exigé que ses parents soient là, ce qui n'aurait pas été possible, et comme il vit dans le monde moldu, il aurait été confié aux autorités moldues. Et ça n'aurait pas été une bonne chose pour lui. Mr Finch-Fletchley est bien mieux ici, avec vous, dans un environnement sorcier qui lui est désormais bien plus familier que celui moldu, que dans un même environnement moldu où il aurait atterri dans un centre pour jeunes qui n'ont plus d'attaches…

- C'est ce que je me suis dit… Mais au niveau de la loi, vu que, comme vous l'avez précisé, Justin est mineur et né-moldu, il ne peut pas être livré à lui-même dans le monde magique…

- Selon moi, ce qui compte le plus, c'est ce qui est le mieux pour lui.

- Donc vous vous arrangez avec la loi ?

- Quand c'est préférable, oui. Et puis bon, Mr Finch-Fletchley sera majeur dans deux mois, et ici, il est plus en sécurité qu'il ne le serait ailleurs… Mais passons à ce quoi pourquoi je suis là. Comme nous ne sommes pas à Poudlard, est-ce que vous me permettriez, tous les deux, que je vous appelle par vos prénoms ?

Théo et Justin hochèrent la tête. C'était naturel pour eux, car après tout, ils avaient eu le professeur Snape comme psychomage, ce qui faisait qu'il les connaissait bien…

- Bien. Justin, j'aimerais que vous m'expliquiez tout en détail.

Justin s'exécuta et récita toute sa soirée au professeur Snape, sans rien lui cacher. Lorsqu'il se tut, il n'en menait pas large, sachant très bien qu'il avait fait n'importe quoi.

- Vous avez eu énormément de chance. Ce que vous avez ingurgité aurait pu avoir de très fâcheuses répercussions sur vous… Ce n'est pas étonnant que vous vous sentiez comme dans un état second. Deux philtres de paix et deux verres d'alcool en l'espace de quatre heures génèrent les mêmes effets qu'une potion droguée… Vous n'auriez même pas dû vous enfiler ne serait-ce qu'un philtre de paix avant le repas… Cette potion ne se prend pas en prévention, sauf cas extrême. Pour vous, un philtre de relaxation aurait été bien plus adapté. Car le philtre de paix, c'est pour les personnes qui ont subi un très gros traumatisme ou qui sont très agitées. Le philtre calmant, c'est pour les mêmes cas, mais dans une moindre mesure. Et le philtre de relaxation, c'est pour réduire les tensions nerveuses.

- Je n'en avais pas sur moi… Mais je ne le referai pas. J'ai bien retenu la leçon.

- Je l'espère bien ! Bon, je vais vous fournir une potion anti-vomitive, une potion de réhydratation et une potion qui va vous faire dormir d'une traite.

- Euh… ce n'est pas trop dangereux, un somnifère, avec la consommation d'alcool que j'ai eue ?

- Non, c'est une potion spécialement conçue pour ne pas interagir avec l'alcool ou avec toute potion non compatible avec une potion soporifique. Elle aide à avoir un sommeil sain. Outre ces fioles que je vais vous procurer, je vous invite à respecter quelques recommandations : durant toute la journée de demain, buvez régulièrement de l'eau, dormez, faites une petite sieste l'après-midi, fuyez le bruit et la lumière auxquels vous serez sensible, et pour votre prochain repas, même si ce n'est pas trop la saison, privilégiez du bouillon ou une soupe légère. Ah, et pour le bleu que vous avez…

- J'ai de quoi le soigner, informa Théo. J'ai un baume anti-contusions qui sera fini bien avant la date de péremption.

- Ah, très bien. Bon, tout ça, c'était pour les désagréments physiques. Pour ce qui est de votre santé mentale, je vous conseille de consulter un psychomage au plus vite. Ce que vous avez vécu ce soir n'est pas anodin. Vous n'êtes pas obligé d'y aller tout de suite, mais ne procrastinez pas trop.

- Je ne suis pas contre, mais je ne pense pas que l'été soit suffisant pour faire toute la thérapie… Et si je la fais à Sainte-Mangouste, ce ne sera pas pratique de la continuer quand je serai à Poudlard… Il vaudrait mieux que je l'entame début septembre, soit avec vous, soit avec votre future collègue…

- Cela ferait un mois et demi avant la première séance… C'est un peu long, mais on fera comme ça, car vos arguments sont fondés. J'aurais été plus réticent si vous vous apprêtiez à avoir un été oisif, car vous auriez eu tout le temps de ressasser, ce qui vous aurait potentiellement fait sombrer dans la déprime, mais si j'ai bonne mémoire, vous avez un stage au milieu de l'été…

- Oui, il commence lundi et il durera deux semaines, indiqua Justin. Et après, j'essaierai de dénicher un petit job. Ce n'est pas ce qui manque, sur le Chemin de Traverse…

- Oh non, il y a plein de commerçants qui recrutent. Mais tout ça est un bon programme. Avec votre stage, puis votre job, vous aurez l'esprit bien occupé, et le soir, vous serez trop épuisé pour ruminer. Et vous ne serez pas seul. Tout cela ne remplacera pas une thérapie, mais ce sera un bon substitut en attendant votre première séance. Avez-vous des questions ?

- Non, c'est bon.

- Bien, je vais vous donner vos potions et je vais y aller. Mais avant ça, est-ce que vous m'autorisez à rassurer Draco ? Il était avec moi quand j'ai eu le Patronus de Théo…

- Oui, dites-lui tout, il n'y a pas de secrets entre nous, dans notre groupe d'amis. Et il ne me jugera pas, il n'est pas comme ça.

- Je ne vous contredirai pas là-dessus…

Le professeur Snape sortit les trois fioles de sa valise et les tendit à Justin.

- Ne les enchaînez pas trop vite. Ça vous ferait plus de mal que de bien. Prenez en premier la potion anti-vomitive, puis la potion d'hydratation, et en dernier, la potion soporifique.

Justin acquiesça et suivit les directives du médicomage. Cinq minutes plus tard, il avait pris toutes ses potions. Il s'allongea, Théo le borda et il s'endormit au bout de quelques minutes.

- Ça a été rapide…

- Oui, et il ne rouvrira les yeux que dans une dizaine d'heures… Puis-je vous parler un instant ?

- Oui, bien sûr. C'est à quel sujet ?

- Au sujet de votre petit-ami et de vous. Êtes-vous certain d'être apte à vous charger de lui ?

- Oui, répondit Théo sans hésiter.

- Ce sera une grosse responsabilité, prévint le professeur Snape. Il aura besoin de votre soutien et de votre écoute, vous devrez veiller sur lui, noter tout changement ou tout ce qu'il y aurait d'inquiétant dans son comportement et m'en référer, sans être trop non plus sur son dos, et en plus de tout cela, comme je me doute que vous allez loger dans la même chambre, vous allez expérimenter la vie de couple, qui a ses points positifs, mais qui, les premiers jours, ou même les premières semaines, peut être assez perturbante… Et vous aurez à gérer tout ceci en parallèle de votre travail ici, au Chaudron Baveur, et de vos séances de duel au Square lors de vos jours de repos…. Même un adulte ne saurait pas forcément faire face à tant de missions.

- J'ai l'habitude, ce ne sera pas un problème pour moi, affirma Théo sans la moindre arrogance. Je n'avais pas une seconde à moi, pendant l'été, quand j'étais chez mon père, avec tout ce que j'avais à faire dans la maison… Je sais bien que ce n'est pas la même chose, mais la pression ne me fait pas peur.

- Bon, je n'ai pas à m'en faire, alors. Mais si ça ne va pas, écrivez-moi.

- Promis, jura Théo.

Satisfait, le professeur Snape souhaita une bonne nuit et un bon courage à Théo, et transplana après que celui-ci l'eut chaleureusement remercié. Comme Justin ne se réveillerait pas avant le milieu ou fin de matinée, Théo se faufila hors de sa chambre et descendit à l'accueil.

- Tu n'es plus avec Justin ? s'enquit Katie.

- Non, il dort, annonça Théo. Et j'en profite pour régler l'histoire de la chambre…

- Ça pouvait attendre… Mais bon, au moins, ce sera fait.

- Oui, et ça me turlupinait. Du coup, comment va-t-on faire ?

- Eh bien, ta chambre va être trop petite pour vous deux, même en vous serrant…

- Donc nous allons déménager ?

- Oui. Il y a une chambre libre, mais elle est au cinquième étage… Cela fait beaucoup de marches à grimper, mais l'avantage, c'est que vous serez tranquille.

- Ce n'est pas un souci, j'aime le sport, et Justin s'y est mis récemment.

- Bon, ce sera parfait pour vous, dans ce cas. Et pour le loyer, tu n'auras pas ta part à payer, comme tu es salarié ici. En revanche, pour celle de Justin…

- On la paiera à deux, ça ne me fera pas tant que ça à débourser, et ça ne ruinera pas Justin. J'aurais bien aimé l'assumer entièrement, mais Justin va refuser.

- On ne pourrait pas l'en blâmer… Au fait, tu m'as bien dit que demain, ou plutôt aujourd'hui – car il est plus d'une heure du matin – tu es du service du soir ?

- Oui, c'est ça.

- Est-ce que cela te va si vous vous installez dans votre nouvelle chambre vers treize heures ?

- Oui, on aura trois heures pour y acheminer toutes nos affaires, ce sera très bien. Surtout que ça ira vite pour Justin, vu qu'il n'aura pas défait sa valise… Le plus long, ce sera de faire la mienne ! Bon, je vais y aller, sinon, ce soir, je vais bâiller devant les clients !

- Oui, tu vas avoir une rude journée, il faut que tu sois en forme !

- Oh oui… Vous êtes de garde jusqu'à quelle heure ?

- Jusqu'à deux heures. Timothy me relaiera ensuite. Et j'irai faire dodo !

- Bonne nuit d'avance, alors !

- Bonne nuit à toi aussi, Théo.

Ce fut sur ces mots de Katie que Théo laissa celle-ci pour se diriger vers les escaliers. Il remonta à sa chambre et rejoignit Justin dans son lit, qui était heureusement assez grand pour deux personnes. C'était la première fois qu'ils partageaient le même lit, et si, d'ordinaire, cela aurait intimidé Théo, là, il n'en était rien. Justin dormait déjà profondément, et Théo n'allait pas tarder à faire de même. Et en réalité, il était content d'avoir Justin à ses côtés, même s'il aurait été plus agréable de l'avoir avec lui dans d'autres circonstances… Mais Justin était en sécurité, et pour Théo, c'était ça, le plus important.

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POV Severus

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Il était plus d'une heure du matin quand Severus regagna ses pénates. Il ne fut pas surpris de constater que Draco était encore dans le salon, avec Tonks. Ils jouaient aux cartes auto-battantes, et Draco sirotait une tasse de thé Earl Grey, avec du lait et une rondelle de citron, sa boisson favorite. Severus n'était pas dupe : c'était Tonks qui lui avait fait cette tasse et qui l'avait invité à jouer, afin de le distraire au mieux de l'angoisse qui le rongeait envers Justin. Et cela émut Severus. Tonks était tout simplement géniale.

Bien que plongé dans son jeu, Draco perçut la présence de Severus. Il tourna vivement la tête vers lui, et sa mine s'éclaira.

- Severus ! Comment va Justin ?

- Il ira mieux dans vingt-quatre heures, quand les potions auront fait effet.

Severus raconta l'essentiel à Draco, comme Justin l'avait autorisé à le faire. Une palette d'émotions défila sur les traits de Draco, mais ce qui domina le plus fut le choc et la colère.

- Je le sentais mal, ce dîner..

- Tu étais au courant ?

- Oui, Théo m'en a averti dès qu'il l'a su… Il était anxieux. Et d'après sa lettre, Justin appréhendait énormément. Ce qui n'est guère étonnant… Car un dîner avec son ex et les propos homophobes de son père, ce n'était pas une perspective très réjouissante… Mais le principal, c'est que Justin soit en lieu sûr, qu'il ait de quoi se rétablir, et qu'il ne soit pas seul. Le plus dur, ça va être d'aller mieux sur le plan psychologique… On ne se remet pas facilement de s'être fait virer de son domicile familial parce qu'on est gay… C'est violent. Oh, d'ailleurs, le père de Justin… il ne lui a pas fait de mal… physiquement ?

Severus hésita. Il craignait la réaction de Draco. Mais Justin lui avait bien permis de tout lui dire… Il opta pour la vérité :

- Il l'a frappé à la pommette. Il a un bleu, mais avec le baume de Théo, et avec ses bons soins, dans quelques jours, il n'aura plus rien.

- Mais quelle ordure…

Severus vit bien que Draco se maîtrisait pour ne pas exploser. Son visage était crispé. Il fulminait de l'intérieur, c'était évident. Il se leva brusquement, faisant sursauter Tonks.

- Je vais me coucher.

En temps normal, Severus n'aurait pas bronché. À une heure et demie du matin, même en vacances, il était largement l'heure d'aller au lit. Mais là, Severus n'était pas d'accord. Draco était trop sur les nerfs pour trouver le sommeil. Il fallait qu'il se détende. Et il y avait un excellent moyen pour cela.

- Non, Draco. Tu restes ici.

Draco s'immobilisa au milieu du salon.

- Va dans le laboratoire, j'arrive dans deux minutes.

Draco obéit, et une fois la porte refermée, Severus s'adressa à Tonks :

- Je vais lui faire faire une potion. On en aura pour une bonne heure.

- Bien, je réchaufferai les draps pour toi.

Severus sourit et offrit un tendre baiser à Tonks. Puis il alla à son laboratoire, où Draco admirait un bocal de cornes de dragon.

- Me voilà, indiqua Severus.

Draco fit volte-face.

- Pourquoi sommes-nous là ?

- À ton avis ?

- Ce n'est pas trop l'heure pour jouer les potionnistes…

- Il n'y a pas d'heure pour cela quand on est énervé.

- Je ne suis pas… Bon, oui, je le suis, mais ne t'en fais pas, j'ai mon self-control, je n'aurais pas tout cassé dans ma chambre…

- Non, mais je préfère que tu sois plus calme avant d'aller visiter le pays des songes. Tu ne vas pas rechigner, toi, à concocter une potion, et qui plus est, avec ton parrain ?

Les lèvres de Draco s'étirèrent.

- Non, ce ne serait pas moi… Et tu as raison, ça va me faire du bien. Quelle va être ma potion ?

- C'est la potion pour fabriquer des baumes anti-coupures. Ce n'est pas la plus urgente, mais elle le sera dans une ou deux semaines si je ne m'en occupe pas, et c'est celle qui est le plus à ton niveau.

- Ça marche !

- Tiens, la liste des ingrédients et la recette.

Draco s'empara des deux parchemins que lui tendait Severus et après les avoir lus, il alla chercher les ingrédients.

- Et toi, que fais-tu ? s'enquit-il en pesant une poignée de sisymbre.

- Des potions antihistaminiques.

- Elle est difficile à faire ?

- Il y a soixante-quatre étapes.

- Ouch… Je n'en ai même pas la moitié avec la mienne…

- Ne compare pas ce qui n'est pas comparable, s'amusa Severus. Tu ne feras pas de potions de plus de cinquante étapes avant ta formation. Par contre, comme pour toutes les autres, tu peux faire cette même potion en mode «raccourci». Là, les soixante-quatre étapes, c'est parce que j'en fais tout un chaudron. Mais en divisant les quantités des ingrédients par deux, ça fait une trentaine d'étapes, ce qui est bien plus accessible pour toi.

- Ah oui, vu sous cet angle… Bon, ma potion ne va pas se faire d'elle-même !

Tandis que Draco se procurait ses ingrédients, Severus commença à préparer les siens. Sachant qu'il ferait cette potion après la soirée au Square, il avait réuni ses ingrédients avant d'aller chez Sirius et Remus. Et il avait bien fait ! Comme ça, Draco et lui ne se gênaient pas en allant s'approvisionner au même moment.

Quand Draco revint avec tout ce dont il allait avoir besoin, Severus avait fait infuser ses feuilles de camomille et d'ortie, et il avait haché l'estragon. Il fit de même avec le plantain et le romarin, puis il réduisit en poudre la menthe poivrée, les cornes de Grapcorne et les crochets de serpent. Toutes ces tâches préliminaires étaient à faire en amont, car les diverses phases de cuisson n'étaient pas assez longues pour tout faire en temps et en heure. Les baies de sureau noir étant à intégrer directement à la potion, et l'huile essentielle d'eucalyptus, l'huile essentielle de lavande, le jus de bulbe sauteur, le sang de salamandre et la ravegourde étant déjà dans des fioles, Severus n'avait rien à faire avec tout cela. À côté de lui, Draco tailladait ses tiges de crydonie, et l'énergie avec laquelle il s'y employait conforta Severus dans ses convictions : faire une potion était le meilleur moyen pour que Draco se libère de sa fureur.

Tout étant prêt, Severus entama la production de sa potion. Mais avant cela, il relut les consignes :

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1) Remplir d'eau le chaudron aux trois quarts et faire chauffer à 50°

2) Verser 10 grammes de baies de sureau noir

3) Ajouter 15 cl d'huile essentielle de lavande

4) Remuer 4 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

5) Incorporer 20 grammes d'estragon

6) Verser 20 cl de sang de salamandre

7) Remuer 6 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

8) Laisser chauffer pendant 6 minutes à 50°

9) Ajouter 10 grammes de romarin

10) Verser 10 cl d'infusion d'ortie

11) Remuer 4 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

12) Incorporer 25 grammes de crochets de serpent

13) Ajouter 25 cl d'huile essentielle d'eucalyptus

14) Remuer 8 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

15) Laisser chauffer pendant 8 minutes à 50°

16) Verser 15 grammes de plantain

17) Ajouter 20 cl de jus de bulbe sauteur

18) Remuer 6 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

19) Incorporer 15 grammes de menthe poivrée

20) Verser 15 cl d'extrait de ravegourde

21) Remuer 5 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

22) Laisser chauffer pendant 6 minutes à 55°

23) Ajouter 25 grammes de corne de Grapcorne

24) Verser 25 cl d'infusion de camomille

25) Remuer 8 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

26) Incorporer 20 grammes d'estragon

27) Ajouter 20 cl d'huile essentielle de lavande

28) Remuer 6 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

29) Laisser chauffer pendant 9 minutes à 55°

30) Verser 20 grammes de romarin

31) Ajouter 20 cl de sang de salamandre

32) Remuer 8 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

33) Incorporer 15 grammes de baies de sureau noir

34) Verser 15 cl d'infusion d'ortie

35) Remuer 6 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

36) Laisser chauffer pendant 7 minutes à 55°

37) Ajouter 10 grammes de crochets de serpent

38) Verser 10 cl de jus de bulbe sauteur

39) Remuer 4 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

40) Incorporer 15 grammes de menthe poivrée

41) Ajouter 20 cl d'huile essentielle de lavande

42) Remuer 6 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

43) Laisser chauffer pendant 5 minutes à 60°

44) Verser 25 grammes de plantain

45) Ajouter 25 cl d'huile essentielle d'eucalyptus

46) Remuer 8 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

47) Laisser chauffer pendant 3 minutes à 60°

47) Incorporer 15 grammes de corne de Grapcorne

48) Verser 25 cl d'extrait de ravegourde

49) Remuer 6 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

50) Laisser chauffer pendant 6 minutes à 60°

51) Ajouter 15 grammes de baies de sureau noir

52) Verser 20 cl de jus de bulbe sauteur

53) Remuer 7 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

54) Laisser chauffer pendant 4 minutes à 65°

55) Incorporer 20 grammes de romarin

56) Ajouter 25 cl d'infusion de camomille

57) Remuer 8 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

58) Laisser chauffer pendant 5 minutes à 65°

59) Incorporer 15 grammes de crochets de serpent

60) Verser 15 cl d'infusion d'ortie

61) Ajouter 20 cl de sang de salamandre

62) Remuer 4 fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

63) Remuer 10 fois dans le sens des aiguilles d'une montre

64) Laisser chauffer pendant 11 minutes à 65°

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«Au boulot !» se motiva-t-il. Il fit les sept premières étapes, et lorsque la potion dut bouillir durant six minutes, il supervisa ce que faisait Draco. Il avait lui aussi débuté sa recette et il brassait avec ardeur.

- Ta potion sera bien mélangée, commenta Severus. Pas de doutes là-dessus…

- Le but, c'était que je me défoule, non ?

- Oui, et ce serait encore mieux si tu exprimais verbalement ce que tu ressens au fond de toi. Mais je ne t'y force pas.

- Mmmh, marmonna Draco en vidant un flacon de teinture de tormentille.

Severus n'insista pas et se recentra sur sa mixture. Il versa dix grammes de romarin et dix centilitres d'infusion d'ortie. Il fit quatre tours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et ajouta vingt-cinq grammes de crochets de serpent et vingt-cinq centilitres d'huile d'eucalyptus. Il remua huit fois dans l'autre sens et fit mijoter sa potion.

- Je hais les gens intolérants.

Cette déclaration spontanée de Draco soulagea Severus. Il était enfin enclin à se confier.

- Sérieux, qu'est-ce que ça change qu'on aime les hommes ou les femmes ? Est-ce qu'on fait du mal à qui que ce soit en étant attiré par tel ou tel sexe ? Non, c'est notre vie intime, elle ne concerne que nous… On a le droit d'avoir nos opinions, mais pas d'obliger les autres à y adhérer… Et quand tu as un enfant, tu t'en fiches qu'il soit hétéro, gay, bi, pan ou asexuel ! C'est ton enfant, tu ne cesses pas de l'aimer en ayant vent de ses préférences sexuelles… Si tant est que tu l'aies un jour aimé… Ça, c'est une autre histoire. Et je ne suis franchement pas certain que Justin ait été aimé par son père… Pour ce type, Justin n'était que sa descendance, qui devait se marier avec une femme blanche, riche et bien sous tout rapport… Même si Justin n'a jamais été proche de son père, ça a dû être tellement douloureux d'être ainsi rejeté par son père… Ce n'est pas pareil, mais j'ai été moi-même abandonné par mes parents, quand ils ont fui, et je me serais écroulé si tu n'avais pas été là. C'est simple : sans toi, j'aurais été comme Théo. Seul, et livré à moi-même. Et c'est ce que vit actuellement Justin. Il a Théo, mais il n'a plus de maison, et plus de responsables légaux… Comme Théo. Comme Daphné. Il ne fait pas bon d'être ami avec Draco Malfoy… J'ai été le premier d'entre nous à ne plus avoir de famille. Il y a eu Théo, en deuxième, puis Daphné, et là Justin… Qui sera le prochain de la bande ou l'un de mes autres amis ? Oh, je suis cynique, mais c'est parce que je suis si triste, et si en colère…

Draco se tut sur ces mots. Bouleversé, Severus gela sa potion et celle de Draco, et s'avança vers son filleul pour le prendre dans ses bras. Draco se relâcha d'un coup et s'accrocha à Severus comme un Botruc à son arbre.

- Je suis là. Les gérants du Chaudron Baveur sont là pour Théo. Les Turpin sont là pour Daphné. Et Théo est là pour Justin. Personne n'est totalement seul. Et tout va aller mieux pour tout le monde. Il faut juste être patient et laisser faire le temps.

Draco hocha la tête contre Severus. Il demeura quelques minutes dans l'étreinte protectrice de son parrain, puis il se détacha doucement de lui.

- Merci…

- Tu te sens mieux ?

- Oui. Même si je n'avais pas l'impression d'en avoir autant sur la patate…

- C'est parce que tu avais trop de haine en toi. Ça a annihilé toutes les autres émotions. Bon, veux-tu terminer ta potion ?

- Oui. Jusque-là, je me déchargeais de toute ma rage, mais maintenant que je me suis délesté de tout ce que j'avais sur le coeur, faire ma potion va réellement me relaxer.

Comme pour joindre le geste à la parole, Draco se réinstalla à sa table

- Dis, à propos du mariage de Sirius et Remus… Ils souhaitent inviter la mère de Tonks, mais si elle est là, ça ne va pas être trop gênant, pour toi et moi ? Ce sera la toute première fois qu'on se verra…

- Ah, tu fais bien d'en parler ! On s'est fait la même réflexion, avec Tonks. Et pour y remédier, on a décidé d'organiser un dîner avec Andromeda avant le mariage. Est-ce que cela t'irait ?

- Oui, ce serait bien.

- Bon, si on a ton aval, Tonks écrira à sa mère dans la journée.

- Au moins, ce sera fait. Ce n'était pas bon, de procrastiner.

- Je suis bien d'accord.

- En tout cas, je suis content pour Sirius et Remus. C'est le premier vrai mariage d'amour auquel je vais assister… Ça va être beau. Et il me faudra un costume ! Ceux que j'ai sont trop petits…

- On ira t'en acheter un lundi, promit Severus.

Tout en discutant, Draco et lui continuèrent à faire leurs potions. Une demi-heure plus tard, celle de Draco fut prête. Severus la vérifia : elle était parfaite. Elle avait la bonne couleur, la bonne texture, et la recette avait été respectée de bout en bout. Il n'y avait plus qu'à en faire des baumes. Mais ça, c'était à Severus de le faire. Apaisé et quelque peu fatigué, Draco alla dormir, et vers quatre heures du matin, Severus fit de même, après avoir achevé sa propre préparation, et avoir rempli le plus de fioles de chacun des deux chaudrons qu'il avait pu. Tonks avait rejoint les bras de Morphée – ce qui était normal, à une telle heure – mais à peine Severus se fut-il mis au lit qu'elle se blottit contre lui, comme si elle avait senti sa présence. Allongé sur le côté gauche, Severus entoura la taille de Tonks de son bras droit, et ce fut lové contre la femme qu'il aimait qu'il sombra dans le sommeil, éreinté après la soirée très mouvementée qu'il avait eue…

.

À huit heures, le réveil fut piquant pour Severus. Mais ayant l'habitude des nuits courtes, un coup d'eau froide sur le visage fut suffisant pour qu'il soit vif et alerte. S'il n'avait rien eu à faire, il se serait levé à neuf heures, mais il avait un rendez-vous à Sainte-Mangouste avec Edgar Finnan, le chef du service de gynécomagie. Il s'habilla, avala deux petits pains, plusieurs toasts et un verre de jus de citrouille, et une fois rassasié, il prit sa mallette et transplana. Il atterrit dans la zone dédiée à ce mode de transport, et sans perdre de temps, il se dirigea vers les escaliers et monta au deuxième étage, où il traversa cinq couloirs avant d'arriver au bureau d'Edgar. Il toqua et fut vite accueilli par son ancien collègue.

- Ah, Severus ! Bonjour, comment vas-tu ?

- Bien, et toi ?

- Ça va. Débordé, mais ça, c'est le lot de tous les praticiens de la médicomagie… Et ce, quelque soit le métier. Tu as toi-même expérimenté cela quand tu étais médicomage ici… Et même plus que ça, puisque tu étais également potionniste et professeur…

- Oui, j'avais de très longues journées… Mais j'adorais ça. Bon, j'imagine que c'est à ma casquette de potionniste que tu fais appel ?

- Oui.

- Ne me dis pas que tu n'as plus de potions contraceptives ?!

- Non ! Avec tout ce que tu as expédié et que j'ai reçu mercredi, j'en ai bien assez pour un mois, ou plus si le nombre de grossesses spontanées diminue ou reste stable… Mais c'est bien à ce sujet dont je voudrais m'entretenir avec toi.

- Je t'écoute. Qu'y a-t-il ?

- Je suis persuadé qu'il y a un truc pas net derrière tout ça. Du coup, lors de mes consultations, j'ai demandé à mes patientes si elles pouvaient m'envoyer une de leurs potions contraceptives qui sont du même lot que celles qu'elles ont ingéré avant la conception de l'enfant. Car c'est forcément ces potions qui sont en cause…

- Ça paraît logique, oui…

- Et il faut bien commencer par une piste. C'est pour cela que j'ai fait cette requête auprès de toutes mes patientes qui sont tombées enceintes tout en étant sous potion de contraception… Accepterais-tu de les analyser ?

- Je ne suis que potionniste, pas chimiste…

- Mais c'est de ton ressort, non ? Tu es capable d'évaluer si la potion a été bien réalisée ?

- Oui, mais…

Severus n'avait pas d'autres arguments pour refuser cette mission. Il mentirait s'il prétendait être en congés. Il s'était bel et bien libéré au maximum cette semaine-là pour le séjour de Tonks, mais il ne s'était pas délesté de toutes ses responsabilités… Une semaine plus tôt, il avait eu une réunion avec quatre chefs de services de Sainte-Mangouste – dont Edgar – et comme à l'accoutumée, il avait eu une liste de potions à leur fournir assez rapidement. Mais la liste n'était pas très longue. De ce fait, il n'était pas overbooké. Non, s'il fallait être honnête avec lui-même, s'il cherchait des excuses pour se soustraire à la proposition d'Edgar, c'était parce qu'il avait peur de ce qu'il allait potentiellement découvrir à l'issue de ses observations. Car si, comme Edgar et lui le craignaient, les potions étaient bien défaillantes, il n'allait pas s'arrêter là. Tel qu'il était, il allait poursuivre les investigations. Et il risquerait d'y consacrer du temps… Trop de temps. Il ne voulait pas que cela se fasse au détriment de Draco. C'était lui, sa priorité. Surtout avec tout ce qu'il apprenait récemment sur ses amis… Cela faisait deux jours qu'il était inquiet pour Daphné, et il l'était désormais également pour Justin… Il avait besoin d'être accompagné. Mais Severus était bien attiré par le fait de mener sa petite enquête sur ces grossesses inexpliquées… «Bon, Severus, tu es quelqu'un de raisonnable, tu sauras limiter les heures que tu dévoueras à cette affaire de potions si elles sont bien défectueuses» lui souffla sa voix intérieure. Ce fut elle qui mit un terme à ses tergiversions :

- D'accord, je vais m'en occuper.

- Tu es sûr ? Ça ne te dérange pas ?

- Non, pas du tout. Et je suis comme toi : ça me turlupine, ces grossesses…

- Merci, Severus.

Edgar s'éclipsa et revint avec un petit sac.

- Tiens, il y a sept potions dedans.

Severus écarquilla les yeux :

- Sept potions ?! Ça signifie qu'en une semaine, tu as eu sept nouveaux cas ?!

- Non, je serais bien plus tracassé que ça, sinon ! Je n'ai eu «que» deux nouvelles patientes qui sont enceintes tout en ayant une contraception, elles m'ont par la suite procuré leurs potions par hibou, et pour les cinq autres fioles, elles m'ont été données par des patientes que j'ai eues il y a deux ou trois semaines et que j'ai recontactées.

- Ok, je comprends mieux. Bon, je m'y mets dès que j'aurai fini les potions pour Sainte-Mangouste.

- Très bien. Bon courage, ça va être un travail très minutieux…

- Oh, ce n'est pas un fardeau ! Au contraire, c'est ça qui me plaît… Allez, j'y vais.

Après une poignée de mains, Severus s'en alla. Il faisait le chemin inverse quand il faillit se cogner contre une femme qui marchait tête baissée. Elle la redressa subitement et Severus fut stupéfait en voyant qui c'était.

- Amelia ?!

C'était bien elle. Mais elle était très différente de celle que Severus avait croisée, ici-même, dans cet hôpital, une semaine auparavant. D'ordinaire, elle avait les cheveux attachés en un chignon, et son visage était au naturel. Là, ses cheveux étaient dénoués, et elle était maquillée. Comme la semaine d'avant, mais là, c'était plus flagrant.

- Oh, c'est toi, dit-elle. Désolée, un peu plus et je te fonçais dessus…

- Ce n'est rien. Mais… que fais-tu ici ?

- Faire une course de balais.

Severus se retint de lever les yeux au ciel.

- Ce n'était pas ça, le vrai sens de ma question…

- Tu veux savoir si je suis malade, si j'ai des ennuis menstruels ou si je ne suis plus satisfaite de ma potion de contraception ? Eh bien ce n'est rien de tout ça.

Severus soupira. Cela l'attristait, cette agressivité dont Amelia faisait preuve envers lui. Ils avaient été si complices, à Poudlard… Mais ça, c'était avant qu'elle ne le lâche quand des rumeurs sur son projet d'intégrer les rangs des Mangemorts avaient couru dans l'école…

- J'aimerais qu'on reparte sur de bonnes bases, toi et moi, plaida-t-il. Si j'ai mis de la distance entre nous depuis qu'on s'est revus fin octobre, c'est parce que tu t'acharnais à tenter de me reconquérir, alors que je n'étais pas intéressé…

Amelia grimaça. Mais les mots de Severus eurent l'effet escompté : Amelia se radoucit.

- Oui, ce n'était pas très mature de ma part, je l'admets… Mais sois tranquille : je t'ai oublié.

- Tu es en couple ?

Amelia dévia le regard.

- Pardon, c'était peut-être indiscret, fit Severus, gêné.

- Non, c'est juste que… c'est compliqué.

Severus dévisagea Amelia. Elle avait vraiment l'air exténuée.

- Amelia, je me fais du souci pour toi… Tu confies ta nièce aux parents de sa meilleure amie dès le début des vacances, tu viens deux fois en une semaine à Sainte-Mangouste, tu as les traits tirés et tes cernes sont bien visibles malgré ton fond de teint…

Severus vit la résistance d'Amelia vaciller.

- Il y a un truc, n'est-ce pas ? Je ne vais pas te forcer à t'épancher sur ce qui ne va pas si tu n'en as pas envie, mais ça te ferait quand-même du bien. Durant notre cinquième et notre sixième année à Poudlard, tu me disais tout, et pas une fois tu n'as regretté de m'avoir révélé un de tes secrets. Et tu ne le regretterais pas non plus aujourd'hui.

Ces paroles firent céder les dernières barrières d'Amelia :

- Je suis dans la panade, Severus.

- Pourquoi ?

Amelia inspira profondément, comme si ce qu'elle était sur le point d'avouer à Severus lui coûtait un gros effort. Ce qui était probablement le cas…

- Je suis enceinte.

L'information généra un court-circuit dans le cerveau de Severus. Il ne s'attendait pas du tout à cela. Cela aurait pourtant dû figurer parmi ses hypothèses : ils étaient dans le service de gynécomagie

- En temps normal, je t'aurais félicitée, mais là, je n'ai pas l'impression que ce soit très adéquat…

- Non, mieux vaut éviter.

- Tu ne l'as pas souhaitée, cette grossesse ?

- Non.

- Et tu n'as pas pu avorter ?

- Non, quand je l'ai su vers la mi-juin, j'en étais à neuf semaines de grossesse. Je n'étais plus dans les temps.

- Oh… Tu en es donc à trois mois et demi, si je calcule bien ?

- Oui, c'est ça.

- Mais pourquoi deux rendez-vous à une semaine d'intervalle ?

- Celui du treize juin a été annulé à la dernière minute, car mon gynécomage a eu une urgence. Et il n'a pas pu être remplacé. Les gynécomages sont trop débordés.

- Ok, tout est plus clair. J'ai cru qu'il y avait un problème avec ta grossesse…

- Il y en a un, mais je suis surveillée pour ça.

- Ah… Ce n'est pas trop grave, au moins ?

- Je fais de l'hypertension artérielle chronique, mais tout est sous contrôle.

- Tant mieux. Du coup, tu as plus d'examens et d'échographies que la plupart des autres femmes ?

- Oui, j'en ai pas mal ce mois-là, c'est dur à gérer avec le boulot, mais on fait avec.

- C'est pour ça que tu as envoyé ta nièce chez son amie ?

- Oui. Ça n'aurait pas été drôle, pour elle, que je m'absente souvent, même quand je ne suis pas au Ministère… Et elle aurait trouvé cela bizarre.

- Mais cela n'aurait pas été plus simple de lui dire la vérité ?

- Je ne suis pas prête.

- Tu ne vas pas avoir trop le choix… Ton ventre va bientôt s'arrondir, et c'est mieux que ce soit toi qui le lui annonces plutôt qu'elle s'en aperçoive d'elle-même… Et tu n'as pas à t'en faire, elle ne va pas te bouder parce que tu es enceinte !

- Ce n'est pas ça qui me chiffonne…

- C'est quoi, alors ?

- Je ne lui ai jamais rien caché. Et je ne lui cacherai rien. Mais si elle me demande qui est le père, je vais être tellement embarrassée… Elle va me prendre pour une dépravée…

- Une dépravée ? Toi ? Tu n'exagères pas un peu ?

- Oh, Severus, si tu savais… Je ne lui dirai pas tout, mais rien que l'identité du père…

- Ouh là, qui ça peut-il bien être pour que ça te mette dans de tels états ?

Amelia se mordit les lèvres. Puis, d'un coup, elle déballa tout :

- C'est un employé du Ministère. Il est très jeune, il a seize ans de moins que moi et il est sous mes ordres quand je préside des audiences au Magenmagot.

Il y eut quelques secondes de flottement, durant lesquelles Severus emmagasina tout ce qu'Amelia lui avait dit.

- Ah oui, rien que ça, finit-il par commenter.

- Mais ce n'est pas tout. Lui et moi, nous ne sommes pas en couple. Ce que nous partageons, ce ne sont que des parties de jambes en l'air… Ça va te paraître cru, mais il n'y a pas d'autres mots. Je ne me reconnais plus, Severus. Moi qui ai toujours été droite, carrée, dans les clous, qui respectais tous les règlements, qui étais limite coincée, qui prônais les bonnes manières… Et me voilà balayant tout ça en couchant avec un subordonné, et ce, n'importe où, pourvu que nous assouvissons nos désirs…

- Mais, Amelia, il n'y a pas de mal à cela… Bon, ce n'est pas très moral, mais vous ne faites de mal à personne… Et ça ne fait pas de toi une dépravée. Si tu en étais une, tu n'aurais pas honte. Mais ce n'est pas étonnant que tu sois déboussolée. Pour la première fois, tu profites pleinement de la vie, et tu en as parfaitement le droit. Et ta nièce ne te jugera pas car tu es la supérieure hiérarchique du père de l'enfant… Ça fait cinq ans que je l'ai en cours, je sais comment elle est, et je t'assure que tu n'as pas à t'angoisser.

Amelia acquiesça distraitement.

- C'est pertinent, ce que tu dis… Je panique trop. Mais je vais réfléchir à tout ça.

- Oui, ça te fera du bien. Mais du coup, si je saisis bien, ta nièce est encore chez son amie ?

- Oui, mais je la ferai rentrer dès que ce sera plus calme, que ce soit dans mon agenda ou dans mon esprit. Bon, j'y vais, sinon je vais être en retard… J'avais une demie-heure d'avance, mais le temps file… À une prochaine fois, Severus.

Ce fut sur ces salutations qu'Amelia s'en alla. Severus fit de même, mais dans la direction opposée. Il redescendit au rez-de-chaussée, quitta Sainte-Mangouste et transplana. Lorsqu'il atterrit dans son salon, ce qu'il vit en premier fut Tonks, assise à table, en train d'écrire. Mais pas sur un parchemin quelconque. Tonks faisait une distinction entre les lettres personnelles et les lettres professionnelles. Lorsque c'était pour un ami ou pour la famille, elle utilisait des parchemins de couleurs : vert, bleu, jaune, rose… Lorsque c'était dans le cadre de son métier, elle privilégiait des parchemins blancs. Et là, c'était sur du blanc qu'elle rédigeait sa lettre…

- Tu n'es pas en congés, toi ?

- Si, pourquoi ?

- Ton parchemin… Il est blanc.

- Oui, c'est pour un ami qui bosse au Ministère. C'est un collègue et ami, quoi.

- Oh, quel beau subterfuge…

- Ce n'est pas pour le travail, répliqua Tonks. Du moins, pas directement.

- Et il est de quel service, ce collègue ?

- Il est du département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

- Si tu as recueilli une créature qu'on n'est pas autorisés à posséder, je préfère être immédiatement au courant…

- Mais non… Ce n'est pas moi. C'est Draco.

Severus haussa les sourcils.

- C'est censé me rassurer, ça ?

Tonks soupira.

- Hier après-midi, quand tu étais dans ton labo, Draco m'a rejointe ici. Il m'a raconté l'accident qui s'était produit durant sa troisième année, lors d'un cours de soins aux créatures magiques qui avait pour thème les hippogriffes, et qui a été illustré par un spécimen, Buck. Je ne vais pas aller dans les détails, tu es plus au fait que moi de l'histoire. Draco a insulté l'hippogriffe qui lui a tailladé le bras, Draco en a fait une affaire d'état, il a fait condamner Buck par le biais de son père, mais par chance, Buck a réussi à échapper à la hache du bourreau… À l'époque, Draco était fier d'avoir obtenu de la Commission d'Examen des Créatures Dangereuses l'exécution de Buck, mais à présent, il s'en veut. Et il voudrait se racheter en réhabilitant Buck.

- Mais pourquoi il ne m'en a pas parlé ?!

- Severus, je suis bien consciente que tu as trente-six mille casquettes et que tu as plein de contacts, mais là, tu n'aurais rien pu faire…

- Non mais… j'aurais aimé qu'il se confie à moi !

- Hé, ton filleul a le droit d'avoir son jardin secret ! Et je pense que c'est déjà assez pénible pour lui de relater tout ça, alors s'il avait dû le faire avec toi, puis avec moi… Il a choisi de le faire d'emblée avec moi qui, à l'inverse de toi, étais en mesure de faire quelque chose…

- Mmmh… C'est vrai que c'était plus logique qu'il fasse appel à toi qu'à moi… Et je suis ravi qu'il soit suffisamment à l'aise avec toi pour avoir eu cette discussion avec toi et avoir requis ton aide…

- Je t'avoue que ça m'a fait plaisir également… Mais il a tout de même eu peur que je le juge pour ce qu'il avait fait…

- Ça montre bien que l'opinion que tu as de lui compte pour lui… Tu n'es plus seulement «la copine de son parrain». Tu es plus que ça, désormais. Tu fais partie de la famille.

Touchée, Tonks se sentit rougir.

- Je n'en espérais pas tant en si peu de temps… Je suis comblée. Mais Draco et moi sommes déjà de la même famille ! À la base, nous sommes cousins…

- Tu joues avec les mots, là, s'amusa Severus.

- Oui, admit Tonks. Et vu qu'on évoque la famille… Si on a un enfant, toi et moi, il aurait ton nom ou le mien ?

- Euh… Bonne question. Mais elle ne se posera pas si, d'ici là, nous serons mariés…

- Pas faux. Mais ce n'est pas pour tout de suite ! Enfin, ce n'est pas que je n'en ai pas envie, mais…

- T'inquiète, nous sommes sur la même longueur d'ondes, affirma Severus. Ça ne fait que quelques mois que nous sommes en couple, et on n'a pas besoin de se marier pour se prouver notre amour… Mais dans quatre ou cinq ans, ou plus, je ne serais pas contre…

- Moi non plus. Mais si on se marie, on fera une belle fête ! Pas forcément grande, mais belle. Avec tous ceux qui nous sont chers, de la bonne nourriture, une belle déco…

- C'est un programme qui me plaît ! adhéra Severus.

Il fixa soudain Tonks, et plus sérieusement, il ajouta :

- Tu serais magnifique, en mariée.

L'émotion se lut sur le visage de Tonks. Elle se leva, s'avança vers Severus qui n'avait pas bougé de l'entrebâillement de la porte du salon, et elle l'embrassa. Severus l'étreignit et lui rendit aussitôt son baiser. À travers celui-ci, il lui transmit tout l'amour qu'il avait pour elle. Oui, un jour, elle serait sa femme. Un jour, ils fonderaient leur foyer. Un jour, ils adopteraient peut-être un chien, ou un chat, ou un furet, ou un Croup… Mais ils n'en étaient pas là. Pour l'heure, ils étaient très bien comme ça, tout allait bien entre eux, et pour eux, c'était le principal.

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(dimanche 21/07) POV Hermione

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- Bon, est-ce que tout y est ?

Hermione farfouilla pour la troisième fois dans sa valise afin d'être certaine de ne rien avoir oublié. Verdict : elle y avait bien tout mis. Elle pestait contre elle-même d'être autant stressée, mais c'était plus fort qu'elle, et son côté perfectionniste n'était pas étranger à cette agitation. Mais elle avait de quoi avoir le trac ! Il était treize heures quinze, et à quatorze heures, Terry serait là, chez elle, pour l'emmener chez lui… Elle allait y séjourner une semaine, et même si elle avait hâte, elle avait aussi de l'appréhension. Ce n'était pas la première fois qu'elle allait chez des sorciers : elle était allée une fois au Terrier, mais là-bas, elle avait été avec Harry, Ron et Ginny… Là, elle ne serait qu'avec son petit-ami. Et ses parents… Et c'étaient notamment eux qui alimentaient l'angoisse chez Hermione. Et si elle ne leur plaisait pas ? Et si cela créait des tensions entre Terry et eux ? Ou bien entre Terry et elle ? La semaine serait si longue… Elle se gifla mentalement. À quoi bon s'en faire ainsi ? Ça ne faisait que la crisper et elle ne serait pas naturelle face aux parents de Terry…

Cela avait été tout un chantier pour organiser son départ chez les Boot. Comme elle n'avait jamais transplané et qu'elle n'avait jamais voyagé avec le Magicobus, les Boot avaient estimé qu'il serait mieux qu'elle vienne par voie de cheminée. Le problème, c'était que la cheminée des Granger était une cheminée moldue et qu'elle n'était pas reliée à celle des Boot… La première chose à faire avait donc été de faire une demande auprès du département des transports magiques, ce qu'avaient fait les Granger qui avaient précisé le souci concernant leur cheminée. Mais comment expédier le courrier sans avoir de hibou ? D'habitude, pour écrire à ses amis, Hermione attendait de recevoir une lettre de leur part pour leur répondre en empruntant leurs hiboux. Il y avait bien une autre solution, mais c'était plus long et plus fastidieux. Dans chaque ville et dans chaque village où résidait au moins un né-moldu, il y avait des boîtes aux lettres qui n'apparaissaient qu'à la vue des nés-moldus et de leur famille. Des sorciers étaient chargés de récupérer ces lettres tous les jours et de les acheminer soit à la poste de Pré-au-Lard, soit au service postal d'Eeylops, sur le Chemin de Traverse. C'était grâce à une de ces boîtes aux lettres de sa ville que Hermione avait pu adresser la missive de ses parents au département des transports magiques. Lorsque le département avait eu l'accord des Boot, ils avaient dépêché des experts en sorts d'habitation. La cheminée des Granger étant initialement une cheminée moldue, il avait fallu la soumettre à des ondes magiques afin d'en faire une cheminée magique. Puis les deux cheminées avaient été reliées par tout un tas de sorts qui avaient impressionné Hermione. Même ses parents avaient assisté attentivement à tout cela. Une fois les deux cheminées connectées, un test avait été réalisé avec un mannequin – plus vrai que nature – pour vérifier si tout fonctionnait bien. Les poseurs de sortilèges avaient œuvré en simultané dans les deux maisons, et lors du test, ils avaient communiqué via leurs Patronus pour diriger les opérations. Le test avait été un succès, et le mannequin était arrivé à bon port. Tout cela avait duré plusieurs jours, car ça ne se faisait pas en un claquement de doigts ! Mais c'était fait, et dans la foulée, les experts avaient coordonné la cheminée des Granger avec celle de Sainte-Mangouste et du Chaudron Baveur. Il n'y avait pas de permission requise pour cela, car c'était deux lieux qui étaient primordiaux dans la vie des sorciers : le premier parce que c'était l'unique établissement de soins dont ils disposaient, et le second parce que c'était le point d'accès au Chemin de Traverse, l'allée commerciale la plus fréquentée par les sorciers. Ces deux endroits étaient si essentiels que dans le monde magique, les cheminées des maisons y étaient automatiquement reliées dès leur construction. C'était par conséquent une démarche que les sorciers n'avaient pas à faire quand ils emménageaient. Et comme il était prévu que Hermione aille souvent au Square Grimmaurd, il y avait eu une seconde intervention pour relier la cheminée des Granger à celle du Square.

Mr et Mrs Boot travaillant toute la journée, il avait été décidé que c'était leur fils qui irait chercher Hermione. Peu avant quatorze heures, quelqu'un toqua à la porte.

- J'y vais ! cria Hermione à ses parents.

Elle se rua hors de sa chambre, dévala les escaliers et alla ouvrir. Elle fit alors face à Terry, qui était sur le perron, et son coeur fut envahi d'une douce chaleur. Il lui avait tant manqué… Trois semaines sans lui, c'était bien trop long ! Animés d'une même pulsion, ils s'élancèrent l'un vers l'autre et ils s'embrassèrent sans avoir au préalable prononcé le moindre mot. Quand leurs lèvres se détachèrent, leurs fronts, eux, demeurèrent collés.

- Je m'ennuyais tant de toi, murmura Terry. Les vacances, c'est génial, mais elles n'ont pas le même goût sans toi…

- On va avoir une semaine rien que pour nous, on va bien en profiter…

- Oh ça oui…

Hermione se sépara à regret de Terry :

- Bon, mes parents sont dans le salon… Allons-y.

Terry acquiesça, et ils allèrent tous deux au salon. Hermione présenta Terry à ses parents, et elle fut heureuse de constater que le courant passa très bien entre eux. Ils parlèrent durant plus d'une demi-heure, puis, après avoir embrassé ses parents, Hermione suivit Terry vers la cheminée. Ce fut lui qui y alla en premier. Il articula bien pour que Hermione ne se trompe pas dans l'adresse, et quand il se fut volatilisé, Hermione l'imita. Elle piocha une pincée de poudre de Cheminette qui appartenait à Terry, prononça bien distinctement sa destination, jeta la poudre et fut entraînée dans un tourbillon de flammes vertes. Lorsqu'elle atterrit dans la cheminée des Boot, elle fit de son mieux pour bien se réceptionner. Et ce fut assez bien réussi. Elle vacilla, mais elle resta sur ses deux pieds.

- Joli, la complimenta Terry.

- Qui ça ? Ou quoi ? Moi ou… mon atterrissage très approximatif ?

- Les deux, car pour quelqu'un qui n'est pas un usager régulier de la poudre de Cheminette, tu t'es très bien débrouillée.

- Oh, c'est mignon…

Hermione s'extirpa de la cheminée.

- Mes parents sont désolés de ne pas être là…

- Oh mais ce n'est rien, ils ne vont pas poser une journée exprès… Et tu étais là, toi.

- Ah bah c'était le minimum… Bon, on va te délester de ta valise.

Terry et Hermione allèrent vers les escaliers et montèrent au premier étage. Ils s'arrêtèrent dans une chambre qui était celle de Hermione. Elle lui plut sur-le-champ. Les murs étaient beiges, les rideaux étaient de couleur taupe, les tons de la parure de lit étaient un mélange de bleu, de gris et de blanc, et pour ce qui était des meubles, il y avait une grande armoire, une table de chevet, des étagères, et un bureau. Mais ce qui frappa Hermione, ce fut la généreuse superficie de la chambre.

- C'est beau… Et grand…

- C'est un ancien débarras qu'on a transformé en chambre d'amis. C'est la meilleure chambre de la maison.

- C'est gentil pour vos invités… Peut-être qu'un jour, vous rénoverez les vôtres…

- Oh, elles sont très bien comme elles sont !

- Il y a combien de chambres, au juste ?

- Quatre : celle-là, celle de Judith, celle de mes parents et la mienne. Mais bon, vu que celle de ma sœur n'est utilisée que quand elle est là, on hésite à en faire une autre chambre d'amis…

- Qu'est-ce qu'elle en dit, ta sœur ?

- Oh, elle s'en fiche.

- Bon, si vous avez son feu vert… Ou son Periculum. Il faut que je modifie mes expressions, car on est chez les sorciers, ici ! D'ailleurs, comment as-tu fait le trajet jusque chez moi ?

- Par Magicobus.

- Tu aurais pu débarquer par cheminée…

- Ça aurait été trop brusque pour tes parents. C'est la première fois pour eux….

- Ce n'est pas faux.

- Mais pour en revenir aux feux verts, on est dans un village semi-sorcier, on a des feux tricolores, et on s'en sert.

- Ah bon ?!

- Oui, on a des véhicules modifiés par magie.

- Mais ce n'est pas réservé aux membres du Ministère ?

- Ça se démocratise.

- Vous en avez une ?

- Oui. Mais je vais être honnête : on l'a eue par un ami de mes parents qui bosse au Ministère…

- Ah bah bravo…

- Oh, ça va, rétorqua Terry avec humour. Pour notre défense, c'était une urgence, à l'époque. Nous avons eu de la chance d'avoir eu notre ami pour appuyer notre dossier… Mais tout s'est fait dans la légalité.

- Oui, le contraire m'aurait surprise… En tout cas, cette chambre est trop bien ! J'ai hâte de défaire ma valise…

- Tout à l'heure, promis !

Hermione laissa sa valise sur le lit et sortit de la pièce avec Terry. Ils firent quelques pas et entrèrent dans une autre chambre.

- À ton avis, à qui est-ce ?

- Mmmh… à toi ?

- Bingo !

- Hé, si c'est la tienne, nous ne sommes donc qu'à cinq mètres l'un de l'autre… C'est cool !

Hermione explora la chambre. Elle était à l'image de Terry : ordonnée, sobre et éclairée. Il avait une bibliothèque très fournie, son bureau ne contenait que le strict minimum, et deux de ses murs étaient ornés de photos animées sur lesquelles il était avec diverses personnes. Il y en avait trois où il était avec Anthony et Michaël. Sur les autres, Hermione ignorait avec qui il était, même s'il y avait peu de doutes à avoir sur la plupart d'entre elles.

- Ce sont tes parents ? s'enquit-elle en désignant l'un des clichés.

- Oui. J'avais onze ans quand on a fait cette photo. C'était la veille de mon départ pour Poudlard… Là, je suis avec Eddy, mon parrain, et Louise, ma marraine. Sur celle-ci, je suis avec mes cousins et mes cousines.

- De quel côté ?

- Du côté de ma mère. Mon père n'a ni frères ni sœurs. Ma mère, elle, a deux frères : un qui est plus âgé et un qui est moins âgé qu'elle. L'aîné a deux garçons et une fille, et le benjamin a un garçon et une fille.

- Oh, tu as dû être à Poudlard avec au moins l'un d'entre eux…

- Eh bien… non.

- Trop d'écart entre vous ?

- Non, même pas. Les enfants du frère aîné de ma mère ont dix-neuf, quatorze et dix ans, et ceux du benjamin ont treize et dix ans, mais aucun de ceux qui ont plus de onze ans ne sont allés à Poudlard.

- Pourquoi ?

- C'est un peu compliqué, prévint Terry. Quand le frère aîné de ma mère a connu celle qui allait être sa femme, elle était en vacances en Angleterre, mais elle vivait en Bolivie, d'où elle est originaire. Ils ont entamé une relation à distance, et au bout de deux ans, mon oncle est allé faire un séjour de deux semaines en Bolivie pour être auprès de sa chérie. Et là, il a littéralement eu le coup de foudre pour ce pays. Après avoir mûrement réfléchi, il a tout plaqué pour s'y installer. Ils se sont mariés et ils ont eu trois enfants qui sont tous allés à Castelobruxo, l'école de magie brésilienne qui enseigne aux jeunes sorciers de toute l'Amérique du Sud. Même si mon oncle adore la Bolivie, il revient tous les ans à Londres pour retrouver toute la famille. Le second frère de ma mère, lui, n'a pas bougé de Londres. Il est comptable, il a un fils de treize ans et une fille de onze ans, et parmi mes cousins et cousines, il n'y aura que sa fille qui ira en septembre à Poudlard.

- Et son fils ?

- Il est dans une autre école.

- Magique ?

- Oui. Mais c'est une école spéciale. Elle n'est pas comme Poudlard. Enfin, pas tout à fait. En fait, pour les métiers dont la formation dure plus de cinq ans et où il n'y a pas assez de patriciens, il y a des écoles qui, de la première à la cinquième année, sont quasiment comme Poudlard, mais qui, dès la sixième année, professionnalisent les élèves avec des cours et des stages en lien avec les métiers auxquels elles les préparent. Ces écoles ont été crées pour accélérer les formations et augmenter le nombre de praticiens. Ceux qui s'orientent vers un de ces métiers ont le choix d'intégrer ces écoles en première ou en sixième année. Car il y en a qui ont la vocation dès qu'ils sont tout petits, pendant que d'autres ont la révélation au cours de leur scolarité…

- Je n'étais absolument pas au fait de tout ça…

- Il n'y a que quelques métiers qui ont ce genre d'écoles, et il n'y en a qu'une ou deux pour chacun d'entre eux.

- Et donc le fils de ton oncle est dans une de ces écoles ?

- C'est ça.

- Pour faire quel métier ?

- Historien. Il est passionné par l'histoire de la magie.

- Oooh… Et quels sont les autres métiers à bénéficier de ce privilège d'avoir des écoles faites pour eux ?

- Le métier d'architecte et de vétérimage, entre autres.

- Il y a trop peu de vétérimages ? s'étonna Hermione. C'est pourtant l'un des métiers qui attirent le plus les gens…

- Oui, mais la grande majorité de ces personnes sont rebutées par les sept ou huit ans d'études dans les formations classiques… Mais grâce à ces écoles spécialisées, le déficit s'est nettement réduit. Et c'est pareil pour les historiens et les architectes.

- Ok, je me coucherai moins bête ce soir ! Et sur cette photo, avec qui es-tu ?

- Avec mes deux oncles. Sur celle d'en-dessous, c'est ma sœur et moi quand on avait cinq et treize ans, et sur celle de droite, c'est nous deux huit ans plus tard.

- Vous êtes trop chou… Oh, et sur celle-là, c'est toi et… ta nièce ? Et sur celle d'à côté…

- C'est Judith, Miguel, Amy, mes parents et moi.

- Oh je fonds… C'est la plus belle de toutes les photos.

- Tout ça parce qu'il y a Amy, se moqua gentiment Terry. Mais je suis d'accord avec toi, et c'est ma préférée. Mais si j'ai bien saisi, tu es déjà sous le charme d'Amy…

- Il y a de quoi ! Elle est si craquante… Mais toutes ces photos prouvent à quel point ces personnes de ton entourage sont ce que tu as de plus précieux.

- Oui, sans eux, je ne suis rien. Mais il manque une photo, sur le mur.

- Ah oui ? Où est-elle ?

- Nulle part : elle n'a pas encore été faite… Mais je vais avoir plein d'occasions d'y remédier cette semaine.

Les joues de Hermione s'empourprèrent lorsqu'elle réalisa que c'était avec elle que Terry souhaitait faire cette photo. Mais elle n'était pas vraiment gênée. Non, elle était surtout émue, car ça signifiait qu'elle aussi était précieuse aux yeux de Terry. Elle estima soudain qu'il était trop loin d'elle, et ce fut pourquoi elle combla l'espace qui les séparait. Elle colla son front à celui de Terry.

- On la fera, cette photo, on en fera même autant que tu voudras, murmura-t-elle.

- Ne me tente pas, ou en fera tous les jours…

- Quel serait le problème à cela ?

- Oh, si ça ne t'ennuie pas…

- Et ça nous fera des souvenirs…

- De beaux souvenirs, oui… Même si cette semaine sera trop idyllique pour que je la zappe…

Il n'en fallut pas plus pour que Hermione unisse ses lèvres à celles de Terry. Ils échangèrent un long et tendre baiser. Ils s'assirent ensuite contre la tête de lit de Terry. Lorsque ce dernier fut bien calé, Hermione s'allongea sur le côté et posa sa tête sur les jambes de Terry. Il se mit vit à lui caresser les cheveux, ce qui la fit soupirer de bien-être.

- Tu es bien, là ?

- Oh oui… Mais ce n'est pas comme ça que je vais découvrir les autres pièces de la maison…

- On a tout l'après-midi pour ça. Il n'y a rien qui presse…

- Pas faux.

- Bon, et tes vacances ? Tu m'as dit dans tes lettres que tu avais reçu ta cousine Olivia, que tu allais te promener et que tu lisais des livres que tu as récemment achetés… Mais tu as un peu survolé tous ces sujets.

- Il valait mieux, car je me serais égarée en allant trop dans les détails et mes lettres auraient fait des centaines de mètres de parchemins… Mais oui, en effet, Olivia a passé dix jours chez moi. On s'est raconté notre année, nous sommes allées au cinéma, à la bibliothèque, au parc où nous avons fait de l'accrobranche… On est même allées à un bowling avec le petit-ami d'Olivia qu'elle m'a présenté. Ça a été une super soirée.

- Eh bé, tu profites bien de ton été !

- Oui, en faisant des trucs bien moldus qui n'auraient aucun sens pour un sorcier Sang-Pur…

- Ce n'est pas comme si tu étais en mesure de faire autre chose… Et il n'y a rien de honteux à toutes ces activités. Ce sont typiquement des trucs que l'on fait entre amis… Et c'est en étant si souvent à l'extérieur que tu as bronzé comme ça ?

- Entre autres, oui. Mais c'est principalement parce que je suis beaucoup allée à la plage.

- Oh… Il a dû faire bien beau ! Mais si tu aimes bien la plage, il y en a une, pas très loin d'ici…

Hermione arqua un sourcil.

- Dis donc, ce ne serait pas un moyen de me voir dévêtue ?

Durant un court instant, l'incompréhension fut lisible sur les traits de Terry, avant qu'il ne se mette à rougir :

- Oh mais… non, ce n'était pas à ça que je pensais ! Non, j'avais plutôt dans l'idée d'aller marcher sur la plage… Mais rien ne nous empêchera de nous baigner, si tu es prête à te montrer en maillot de bain devant moi…

Hermione aurait pu être embarrassée, mais elle ne l'était pas du tout. Elle était bien, en ce moment-même, avec Terry. Elle était détendue et en confiance. À Poudlard, ils étaient sous le même toit que trois cent autres personnes, ils n'avaient pas une totale intimité, tandis que là, ils n'étaient que tous les deux, et ne seraient que quatre avec les parents de Terry… Oser s'offrir à la vue de son petit-ami en sous-vêtements n'était pas dans les plans immédiats de Hermione, ils n'en étaient pas là, mais à la plage, ce ne serait pas la même chose que dans le dortoir de Terry à Poudlard ou dans sa chambre chez lui… Cela lui parut être une bonne perspective.

- Je crois que ça débloquera pas mal de choses entre nous. Ce sera un cap de franchi.

- Alors c'est acté : on ira à la plage ! J'avais également songé à aller au club de bavboules… Cela te dirait de t'y initier ?

- Il y a une bonne ambiance, là-bas ?

- Oui, il y a régulièrement des goûters, des animations, des petits tournois…

- Mmmh, c'est un programme qui me plaît ! Bon, et toi ? Que fais-tu de tes vacances ?

Terry fit le récit à Hermione des cinq conférences auxquelles il était allé.

- Elles avaient l'air hyper intéressantes, commenta-t-elle. Et je suis bien contente que tu te sois bien entendu avec Roger Curtis, Megan Jones et Tracey Davies. Tu craignais un peu d'y aller avec eux… Et c'était bien normal. Mais comme quoi, il n'y avait pas de quoi s'en faire !

- Oui, et il ne faut jamais se fier aux apparences… Megan et Tracey ne sont vraiment pas les mêmes à Poudlard qu'en-dehors de l'école. Elles ont un très bon fond. Sans l'influence que Bulstrode a sur elles, leur attitude serait bien plus naturelle… Et hormis tout ça, c'est très agréable de discuter avec elles. Tout comme avec Roger. Ils ont des opinions sur à peu près tout. Mais sinon, les conférences en elles-mêmes étaient top. Elles ont conforté mon envie de faire une formation d'Auror. Et j'ai hâte d'y aller avec mes parents. Au mois d'août, comme ils auront deux semaines de congés, ils pourront m'emmener à trois conférences.

- Ça aura un tout autre goût d'y aller avec eux… Mais en parlant de congés, on est dimanche, et tes parents ne sont pas là ?

- Non, ils travaillent un dimanche sur deux, mon père dans son magasin de produits d'hygiène et de beauté qui est ouvert sept jours sur sept, et ma mère, journaliste et rédactrice pour Sorciculture, qui couvre les événements culturels qui ont lieu le week-end, tels que les expositions dans les musées, les concerts, les festivals littéraires, les séances de dédicaces des grands auteurs, les compétitions de bavboules, d'échecs, de Quidditch amateurs…

- Ah oui, elle ne chôme pas…

- Non, mais elle adore son métier, donc bosser deux dimanches par mois, ce n'est pas un sacrifice, pour elle. Ni pour mon père. Bon, veux-tu qu'on continue l'excursion dans la maison ?

- Oui, avant que je ne m'endorme, pouffa Hermione.

Terry et elle se levèrent, et ils sortirent tous deux de la chambre. Terry montra à Hermione où étaient les toilettes et la salle de bain, puis ils montèrent au second étage, où il y avait l'ancienne chambre de Judith. Ils redescendirent au rez-de-chaussée et allèrent dans la cuisine, que Hermione apprécia d'emblée. Elle avait tout le nécessaire, sans être trop guindée. Elle était même très sobre, pour une cuisine bien équipée. Le tour du propriétaire étant terminé, Hermione alla défaire ses bagages. Une fois ceci fait, elle rejoignit Terry dans sa chambre où ils bavardèrent de tout et de rien.

À dix-huit heures trente, Mr et Mrs Boot furent de retour. Le dîner avait été fait en avance la veille au soir, ce qui fit qu'il fut vite prêt à dix-neuf heures. Les deux tourtereaux se rendirent au salon dès qu'ils furent appelés. Hermione fut chaleureusement accueillie par les parents de Terry :

- Bonjour, Hermione, nous sommes ravis de te rencontrer ! s'exclama Mrs Boot.

- Tu vas bien ? Tu t'es bien installée ? enchaîna Mr Boot.

- Oui, merci, et j'ai eu un très bon guide qui m'a fait visiter toute la maison.

- Tant mieux ! Mais tu dois avoir une faim de loup… Comme c'est le soir, nous n'avons fait qu'un plat de résistance et un dessert, mais il y a de quoi te rassasier !

Mrs Boot s'éclipsa et revint avec un rôti de poulet accompagné de légumes grillés qui dégageait une merveilleuse odeur qui fit saliver Hermione. Après que tout le monde fut servi, Mr Boot s'adressa à Hermione :

- Alors, dis-nous tout, Hermione ! As-tu des frères et sœurs ? Qu'aimes-tu faire dans la vie de tous les jours ? Quelles sont tes matières favorites à Poudlard ? Sais-tu quelle formation tu feras après les ASPIC ?

- Dylan, doucement, elle va oublier la moitié des questions !

- Oh, pardon… Mais je suis si curieux ! Cela fait des mois que Terry t'évoque dans chacune de ses lettres…

- Oh, ne vous en faites pas, je m'étais préparée à subir une véritable interview, plaisanta Hermione. Bon, dans l'ordre : je suis fille unique, mais j'ai trois cousins et quatre cousines, dont une seule dont je suis très proche, j'aime lire, dessiner, être avec ma famille et mes amis… À Poudlard, ma matière de prédilection est la métamorphose, mais j'aime aussi les sortilèges, l'arithmancie et les runes. En revanche, j'ignore complètement ce que je vais faire après Poudlard. C'est pour ça que j'ai conservé toutes les matières qui seraient susceptibles de m'être utiles.

- Tu as bien fait. Et ne te mets pas la pression : tu sauras vers quoi t'orienter quand tu t'y attendras le moins, et ça te sonnera comme une évidence, prédit Mr Boot.

- Oui, c'est ce que tout le monde me dit… Mais quand on est né-moldu, on ne connaît pas trop tous les métiers du monde sorcier…

- Il y a des associations qui aident les jeunes à trouver leur voie, informa Mrs Boot.

- Oui, elles ont un panorama de tous les métiers du monde sorcier… Mais ne te stresse pas avec ça pour l'instant. Bon, d'après ce que nous a dit Terry, tu es préfète de Gryffondor ? Et c'est au cours d'une ronde que tu as effectuée avec Terry qu'est née votre relation…

Hermione acquiesça et fit part de cette fameuse ronde durant laquelle, avec Terry, elle avait dû faire face à un feu provoqué par un chaudron qui avait été laissé allumé. Terry et elle racontèrent ensuite comment s'était créée leur bande, ainsi que toutes les épreuves qu'ils avaient traversées. Durant le dessert, Hermione interrogea les parents de Terry sur leurs métiers, et elle apprit plein de choses. Le dîner ne se finit que vers vingt-deux heures, et ce fut exténuée que Hermione se coucha. La journée avait été très mouvementée, et ce fut apaisée et heureuse qu'elle plongea dans le pays des rêves…

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Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Rassurés pour Justin ? Il est entre de bonnes mains, au Chaudron Baveur ! Et Amelia ? Aviez-vous flairé ce qui n'allait pas avec elle ? Avez-vous été aussi surpris que Severus ? En parlant de lui, désolée pour les 64 étapes de sa potion XD C'est très long, mais ça donne un aperçu du travail titanesque des potionnistes qui bossent pour Sainte-Mangouste ! Quel courage ils ont… D'ailleurs, si vous avez des idées de potions auxquelles on ne penserait pas forcément, je suis preneuse !

Sur ce, je vous dis à dans quelques semaines pour le 15e chapitre intitulé «Dispute, réconciliation et dîner familial». Prenez bien soin de vous, profitez de vos vacances si vous en avez, du soleil si vous en avez, je vous embrasse et je vous fais tout plein de bisous à tout le monde !