Stiles s'éveilla au bout de six heures d'un sommeil sans rêve. Dire qu'il se sentait en forme reviendrait à mentir. Disons qu'il savait qu'il ne s'effondrerait pas, du moins pas à cause de la fatigue. Ce qui embêta l'adolescent ne fut pas de savoir qu'il n'avait pas dormi à l'hôtel, mais plutôt de reconnaître cette chambre, qu'il n'avait pourtant entraperçu qu'une fois ou deux par le passé, en se trompant de pièce alors qu'il cherchait les toilettes. Sa première pensée fut qu'il devait s'en aller rapidement car il dérangeait son hôte principal à être chez lui alors que ce n'était pas prévu. Suite à cela, il repoussa violemment le drap et voulut se lever… Un peu trop vite au goût de son corps un peu frêle. Le fait qu'il devrait manger un peu plus ne lui effleura même pas l'esprit. Stiles se tint la tête et se rassit sur le lit. Il se sentait mal, trop mal.
- Doucement, Stiles.
La voix calme de Derek le fit sursauter. Encore un peu vite, l'adolescent tourna la tête vers le bêta qui le fixait, un air étrange collé au visage. Étrange car peu habituel sur ses traits durs et car il avait la flemme d'essayer de le déchiffrer.
- J'ai dormi combien de temps ? Demanda plutôt Stiles d'une voix hésitante.
- Six heures. C'est pour ça qu'il faut que tu y ailles doucement, lui intima le bêta, assis de l'autre côté du lit, un livre à la main.
Six heures ? Stiles ne cacha même pas sa stupéfaction. Comment avait-il pu dormir autant ? Oui, il était fatigué, avait fait une nuit presque blanche chez Scott, mais tout de même. Il n'aurait pas dû se laisser plus d'une heure. Il serra les poings, pesta intérieurement contre sa faiblesse et se mit à râler :
- Bordel, Derek, il aurait fallu me réveiller plus tôt ! T'aurais pas dû me laisser plus d'une heure, non, d'une demi-heure ! Tu… Tu aurais dû me chasser, me filer un coup de pied au cul pour que j'aille me trouver un hôtel ! C'est malin, j'ai l'air de quoi, maintenant ? Je veux pas que tu penses que je squattais ton lit parce qu'il est confortable ou quoi, je veux pas profiter de la situation, crois-moi ! C'est pas du tout ça ! Ce que je veux dire, c'est qu'il faut que je me barre et qu'il faut pas que tu penses que je veux te piquer ton lit, enfin…
Les yeux écarquillés de Derek ne quittaient pas Stiles qui, lui, ne s'arrêtait plus de parler pour se justifier. L'aîné arrivait à peine à se rendre compte que l'hyperactif avait retrouvé un débit de parole normal, lui qui alignait à peine quelques mots depuis la veille. C'était terrifiant. Un Stiles qui ne parlait pas beaucoup faisait peur, très peur. Ce n'était plus Stiles. L'entendre se justifier sur trois kilomètres rassurait un peu Derek sur son état.
xxx
Stiles posa son sac sur son lit deux places. Il avait eu du mal mais avait fini par convaincre Derek de l'emmener à un hôtel peu cher et en plein centre-ville. Même Peter avait tenté de dissuader l'hyperactif, mais celui-ci avait fait le compte entre sa monnaie et l'argent sur son compte bancaire et avait vaguement énoncé le fait qu'il aurait assez pour une petite semaine. Par la suite, il avait fait des pieds et des mains pour que Derek lui prête sa si précieuse Camaro. Au final, c'était le bêta qui avait conduit son petit bijou, conduisant l'hyperactif à l'hôtel qu'il avait repéré sur internet.
Clairement, cette idée ne plaisait pas à Derek, qui avait tout sauf envie que Stiles se retrouve seul après ce qui lui était arrivé. Peter, légèrement attaché à l'hyperactif, était du même avis mais ne pouvait rien dire. Stiles avait beau être le seul réel humain de la meute, il savait se montrer têtu. Au moins, son visage avait retrouvé un semblant de vie, même si la peur et la tristesse assombrissaient toujours son regard noisette.
Stiles vida son sac et rangea ses affaires dans les différents placards et tiroirs. C'était spartiate, mais ça suffirait pour quelques jours. Le jeune homme avait la chance d'avoir un petit bureau dans un coin de la chambre. Il pourrait y travailler au calme, faire ses devoirs sans problème. Par chance, dans son empressement, Stiles avait pensé à prendre un tiers de ses manuels et des feuilles, en plus de sa trousse. C'était mieux que rien, il aurait de quoi assurer ses cours sans qu'on ne lui pose trop de questions.
Une fois ses affaires rangées, Stiles se posa sur le lit et envoya un rapide SMS à Scott, s'excusant brièvement pour être parti sans prévenir. Il ajouta qu'il était en sécurité et qu'il n'avait pas besoin de le chercher. Il omit volontairement de lui parler de sa condition, de sa chambre d'hôtel. Si Derek était du genre à ne pas poser de questions, Scott était l'exact inverse. Il essaierait toujours de tout savoir, éternellement inquiet pour son meilleur ami. Et en ce moment, Stiles voulait éviter les interrogations intempestives pour faire le tri dans son esprit et mettre ses idées au clair. Il fallait qu'il réfléchisse, qu'il trouve des solutions à ses soucis. Problème, il n'avait pas beaucoup d'argent sur lui et ne pourrait donc pas rester longtemps à l'hôtel. Viendrait un jour, plutôt proche, où Stiles devrait rentrer chez lui et affronter ses démons, notamment celui qui l'avait brisé dans son enfance. Cependant, il ne pouvait pas encore l'accepter. Il voulait se dire qu'il pouvait y échapper, que le meilleur ami de son père serait parti à son retour. Il espérait cela plus que tout au monde. Il aurait pu demander de l'argent à Scott, qu'il rembourserait, bien évidemment. Néanmoins, Stiles ne pouvait pas faire ça, il n'était pas de ce genre-là.
xxx
Scott gara sa moto devant le lycée et enleva son casque. D'un pas lourd et lent, il s'avança jusqu'à l'entrée du lycée et rejoignit ses amis et sa petite-amie, tous présents à leur petit coin habituel au fond de la cour. Son air préoccupé se vit de loin, à tel point que dès son arrivée, Malia s'empressa de lui demander pourquoi il tirait « la gueule comme un dépressif », selon ses propres mots. Scott, pas vraiment enclin à parler du souci de Stiles pour le moment, décida rapidement d'éluder en leur disant qu'il leur en parlerait plus tard. Kira fut la seule à sembler se satisfaire de cette réponse, puisqu'elle l'embrassa tout de suite. Lydia et Liam se regardèrent, perplexes, mais ne dirent rien. La petite troupe partit en cours mais en chemin, la banshee osa demander où était Stiles. Encore une fois, l'alpha éluda, expliquant que l'hyperactif était malade et qu'il risquait de ne pas venir aujourd'hui. Liam et Malia captèrent son mensonge à l'aide des battements de son cœur et le regardèrent étrangement. La douleur qu'ils lurent dans le regard ébène de leur ami les ébranla tous les deux. Oui, même la farouche coyote. Il se passait quelque chose avec Stiles, c'était certain. Ils n'osèrent toutefois pas quémander plus d'informations à l'alpha, celui-ci n'ayant pas l'air très enclin à la discussion.
Et Stiles ne vint effectivement pas en cours de la journée.
Le jeune homme ne réapparut que le lendemain, la mine fatiguée. Néanmoins, il ne semblait plus aussi détruit que lorsque Scott l'avait recueilli. En réalité, il l'était toujours autant, mais il fallait sauver les apparences. Pour cette raison, il s'arma de son habituel sourire lorsqu'il entra dans le champ de vision de son groupe d'amis.
- Stiles ! S'exclama Scott, surpris mais sincèrement heureux de le voir.
Stiles ne se départit pas de son fameux sourire, réchauffant le cœur de son meilleur ami. Ce dernier déchanta très vite lorsqu'il vit l'absence de lumière dans les yeux de l'hyperactif. Ne régnait que le vide absolu dans ses orbes noisette. Ce constat glaça l'alpha, qui resta interdit quelques secondes, avant de céder à une envie qu'il avait. Sous les yeux de la partie présente de la meute, Scott prit spontanément et presque brusquement Stiles dans ses bras. Le jeune Stilinski écarquilla légèrement les yeux sous la surprise mais se reprit très vite et tapota le dos du fils de l'infirmière.
- Je vais bien, Scotty.
xxx
En fin de journée, Stiles se laissa tomber sur le lit de sa chambre d'hôtel. Il se mordit la lèvre inférieure, en espérant que son père n'allait pas enquêter. La veille, l'hyperactif lui avait envoyé un message lui disant que Scott l'avait invité à passer une semaine chez lui, n'ayant pas trouvé de meilleure excuse à lui servir par rapport à son absence. Il n'en avait pas informé le concerné, mais était certain que celui-ci le couvrirait si son père lui demandait quoi que ce soit. Après tout, ce n'était pas son meilleur ami pour rien.
Et moi, je lui mens. Mais il n'avait pas le choix et il le savait. Il ne supporterait pas qu'une personne proche arrête de lui faire confiance, encore une fois. Son père, ça faisait déjà beaucoup, alors son meilleur ami… Non, il ne le supporterait pas.
Même si Noah Stilinski semblait accorder du crédit à son fils concernant les enquêtes, surnaturelles ou non, sur le plan personnel, c'était tout autre.
Une larme roula sur la joue de Stiles, qui l'essuya aussitôt. Il fallait qu'il arrête d'y penser, qu'il oublie toute cette histoire. Encore. La vie continuait, il devait avancer, passer outre ses ressentis et souvenirs. Toujours. L'hyperactif se redressa brusquement sur son lit et se dirigea vers le petit bureau, à côté duquel traînait son sac de cours. Faire ses devoirs devrait le faire penser à autre chose. Il n'avait rien d'autre à faire, de toute façon. Des mathématiques, ça lui changerait les idées.
xxx
Scott se trouvait devant le commissariat, accompagné de Derek. Après les cours, l'alpha avait décidé de suivre le conseil que le bêta lui avait donné des jours plus tôt. Il avait choisi d'en informer celui qui avait hébergé son meilleur ami durant quelques heures. Les autres ? C'était trop tôt. Scott ne se sentait pas de les en informer tout de suite et il était certain que Stiles ne voulait pas parler de son état à d'autres.
- On y va ? Lui demanda Derek.
Scott hocha la tête et entra sans plus attendre. Être accompagné par Derek lui faisait du bien, le rendait un peu plus confiant. Malgré son éternel air bourru et grincheux, c'était quelqu'un de confiance, sur qui l'on pouvait compter, peu importe la situation. Un soutien et un ami précieux.
Derek ne savait pas pourquoi il avait cédé à la demande de l'alpha que son oncle avait mordu. Enfin si, il savait, en soi. Scott était son ami et c'était pour savoir ce qui arrivait à Stiles. Pas que le jeune homme l'inquiétait, mais quand même, si. Scott lui avait confié l'avoir revu au lycée aujourd'hui. Il lui avait parlé de sa comédie devant tout le monde, sa fausse joie, étayée par son regard vide. Derek avait tenu un Stiles fragile et à bout dans ses bras, comme Scott. Alors, il se sentait un peu concerné.
Scott demanda à parler à Jordan Parrish et la policière à l'accueil lui dit de patienter quelques instants alors qu'elle tapait quelque chose sur son téléphone. Quelques minutes plus tard, le chien de l'enfer fit son apparition et dit à Scott et Derek de le suivre dans son bureau. Il s'assit et les deux loups s'installèrent face à lui.
- Qu'est-ce qui vous amène ? Commença Jordan.
Son air toujours avenant avait le don de mettre en confiance quiconque lui parlait. Jordan Parrish était un policier hors pair et juste. Humainement, c'était un sucre. Toujours là pour aider ceux qui en avaient besoin, y compris la meute de Scott, dont il faisait plus ou moins partie. C'était tacite, mais là.
- On vient pour savoir si… S'il s'est passé quelque chose avec Stiles, ici, expliqua Scott.
- Il y a plusieurs années, précisa Derek.
Jordan les regarda chacun leur tour avant froncer légèrement les sourcils. Il avait besoin de plus d'explications, ce que comprit Scott.
- On sait juste qu'il a dû s'excuser publiquement ici, au commissariat, il y a longtemps.
- Je ne suis là que depuis un an et demi, je ne sais rien de ce qui a pu se passer avant, les informa Parrish.
- Mais il y a peut-être des traces écrites, des dossiers, quelque chose comme ça, proposa Derek.
Jordan eut l'air soucieux.
- Vous êtes conscients de ce que vous êtes en train de me demander ?
- Oui, on l'est, affirma Scott, l'air très sérieux. Il s'est passé quelque chose et on a besoin de savoir quoi. Stiles… Il ne va pas bien. Il s'est passé quelque chose ici, dans le domaine de la justice, qui a poussé Stiles à dire qu'il aurait menti à propos de quelque chose d'important, mais on ne sait pas quoi.
Parrish eut l'air plongé en pleine réflexion.
- J'ai la conviction, reprit Scott, qu'il lui est arrivé quelque chose qui l'empêche de parler aujourd'hui.
- Je comprends bien, mais…
- Un homme a cherché à l'agresser il y a deux jours, l'interrompit Derek. Et je pense que ça a un lien avec ce qu'on cherche.
- Quoi ? S'écria Scott.
Derek soupira. Il était vrai qu'il n'avait pas encore parlé de cette histoire à Scott. Il résuma la chose, sans omettre de détail. Il se souvenait parfaitement dans quelle position l'inconnu tenait Stiles les mains maintenues au-dessus de sa tête, une main sur sa bouche pour l'empêcher de crier, une jambe entre les siennes, pressée contre son entrejambe. Et le regard terrifié de Stiles, ses yeux larmoyants, ses tremblements incessants. Scott regarda Derek, horrifié.
- C'était qui ? Lui demanda-t-il, la colère transparaissant dans sa voix.
- Je sais pas, répondit simplement Derek, qui comprenait parfaitement sa réaction.
- Derek, fais-moi une description, je verrai si je peux en tirer quelque chose, le pria Jordan.
Le bêta parla alors, décrivant aussi précisément que possible l'homme, d'après ses souvenirs, ce qui n'était pas chose aisée. Il se souvenait de la position de l'inconnu car elle l'avait choqué, mais était trop furieux de le voir s'en prendre à Stiles pour retenir son visage. Il savait qu'il était blond et avait une grande carrure.
- Quel âge environ ?
- La cinquantaine.
Jordan nota toutes les informations données par Derek avant de dire aux deux loups qu'il allait faire ses recherches et qu'il les recontacterait le plus tôt possible.
xxx
Le loft de Derek fourmillait de monde. Un meurtre avait eu lieu et Stiles en avait très vite informé la meute, bien qu'aucun lien avec le surnaturel n'ait encore été établi. Tous s'étaient donc réunis chez Derek pour en discuter. Ce dernier jeta un coup d'œil à l'hyperactif, qui s'affairait à distribuer des feuilles à chacun des membres présents. Il semblait aller mieux, c'était indéniable, mais une ombre persistait à peupler son regard noisette. Il continuait de cacher quelque chose.
- J'ai fait mes recherches et c'est pas joyeux. La victime est une femme de vingt et un ans, célibataire et sans emploi. Enfin… Elle en avait trouvé un juste avant de mourir. C'est triste, quand même. Tu trimes à chercher un job et tu meurs au moment où tu as enfin atteint ton but !
- Viens-en au fait, Stiles, s'il te plaît, soupira Lydia.
- Eh ben… Je peux pas encore affirmer que c'est lié au surnaturel mais une chose est sûre, le meurtrier est un serial-killer et c'est flippant.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? S'enquit Derek.
Son ton inhabituellement doux fit légèrement tiquer la plupart des gens présents, mis à part Scott. C'était la première fois que l'on voyait Derek, l'ancien alpha froid et bourru, parler gentiment à Stiles, sans agressivité dans la voix. Personne ne fit toutefois la remarque, de peur que le plus jeune des Hale ne change d'attitude.
- Regardez tous attentivement la photo en bas de page. Vous ne voyez rien ? Demanda Stiles. Sur le mur derrière la victime.
Était très clairement inscrite en sang une soustraction sans résultat : « 7-1 ». Plusieurs hoquets de surprise se firent entendre.
- On peut donc supposer que le meurtrier a une liste de victimes prédéfinie et qui a une fin, continua le jeune homme. Il a déjà tout prévu, il ne lui manque plus qu'à passer à l'acte.
- Et comment on peut faire pour protéger ces gens ? Demanda Lydia.
- Je vais pas vous mentir, je sais pas encore. Cette femme n'a rien fait d'extraordinaire dans sa vie, elle avait quelques amis mais sans plus, une famille normale… Rien qui aurait pu prédire qu'un serial-killer aurait pu s'en prendre à elle.
xxx
Stiles se laissa tomber sur ce lit, qu'il commençait à connaître et à apprécier. Cette réunion avec la meute l'avait éreinté. Entre la nuit de la veille, qu'il avait passée à chercher des informations en bidouillant dans les comptes de son père et dans les fichiers de la police et son discours explicatifs accompagné de ses hypothèses partagées avec la meute… Stiles avait fini épuisé. Ses nuits précédentes n'avaient pas été très reposantes non plus, les cauchemars ayant repris. En y repensant, il avait bien fait de prendre une chambre d'hôtel, dont les murs étaient bien isolés. Ainsi, il pouvait dormir et tant pis s'il criait. Personne ne l'entendrait.
Stiles sursauta lorsqu'il sentit son téléphone vibrer. Il était vingt et une heures trente, qui pouvait donc chercher à le joindre à cette heure-là ? Car ce n'était pas un message, mais bien un appel, les vibrations étaient en continu. Cependant, Stiles ne se précipita pas pour décrocher, loin de là. Il n'avait pas envie de parler à qui que ce soit, il voulait simplement être tranquille et ne plus penser à rien. Il se retourna sur son lit et vit la bouteille d'alcool posée sur son bureau, bouteille qu'il avait achetée en rentrant de la réunion. « Au cas-où », telle était la raison de cet achat.
Il en avait envie là, maintenant. Ce n'était pas forcément une bonne idée, mais qu'avait-il de mieux à faire, de toute façon ? Rien. Stiles était seul avec lui-même et ses sombres pensées, ses souvenirs qui ne voulaient pas se faire la malle. Pourquoi sa mémoire ne se mettait-elle pas en pause, ne serait-ce que quelques instants ? Sans même s'en être rendu compte, Stiles s'était levé et approché de son bureau. Elle le tentait terriblement. Oublier durant quelques heures ne lui ferait pas de mal, n'est-ce pas ? Il avait le droit de se faire plaisir, de penser à autre chose.
Le bouchon termina sur le bureau et la bouteille, dans la main de Stiles. L'alcool coula dans la gorge du jeune homme avec une lenteur délibérée. Et l'hyperactif se laissa aller dans les limbes d'un monde illusoire et éphémère.
xxx
Stiles ne répondait pas depuis un bon moment, autant dire que cela ne rassurait pas Derek. Au volant de sa Camaro, il tâchait de se remémorer le trajet qu'il avait utilisé pour amener Stiles à cet hôtel, avant de se rappeler que l'itinéraire était dans le gps de son téléphone.
Le bêta se gara à l'une des seules places libres, pénétra dans l'hôtel et demanda à la réceptionniste dans quelle chambre il pourrait trouver Stiles Stilinski. Après que la jeune femme lui ait donné l'information qu'il voulait, Derek monta au premier étage et chercha la bonne porte. Ce qui l'étonna tout de suite, c'était qu'elle était entrouverte, pas très bien fermée. Le bêta fronça les sourcils. Alors qu'il posait sa main sur la poignée, des effluves d'alcool agressèrent ses narines. Peut-être s'était-t-il trompé de chambre ? Pourtant, il pouvait sentir l'odeur de Stiles, à peine dissimulée par la senteur forte de l'alcool. Sans plus hésiter, le bêta ouvrit la porte et la referma derrière lui. La vue qui s'offrit à lui le laissa bouche bée. Stiles titubait dans sa chambre, une bouteille à la main. Les joues rougies, le regard vitreux et l'air hagard, l'hyperactif n'était plus réellement là. Derek avança et s'approcha du jeune homme qui déposa maladroitement son alcool sur le bureau avant d'enfin remarquer le bêta. À ce moment-là, il se mit à sourire bêtement en ouvrant les bras, comme pour inviter le Hale à venir lui faire un câlin.
- Petit Sourwolf, tu viens me voir ? J'suis content, articula-t-il d'une voix peu assurée.
- Stiles, souffla Derek, stupéfait.
Le bêta n'en revenait pas. Stiles était-il réellement ivre ? Il en avait tout l'air. En tout cas, il puait l'alcool et son regard vitreux ne trompait pas. Le Stiles qu'il connaissait n'était plus là, pour le moment. Se trouvait face à lui un adolescent perdu, blessé, en train de sombrer, il le savait. Un hyperactif qui buvait, sans doute pour oublier, comme son père autrefois.
- Enfin j'suis content… J'dis ça, mais ça dépend de pourquoi t'es venu, ricana Stiles en ramenant ses bras vers lui.
- Tu ne répondais pas au téléphone, avoua Derek, même s'il doutait que le jeune homme face à lui soit capable de tenir une conversation et se rappeler de ce genre de détails.
- Ouais je sais, j'avais envie de parler à personne. Parler, c'est de la merde. Jamais plus j'parlerai, cracha l'adolescent.
Le voilà qui recommençait, comme lorsqu'il était chez Scott. Derek s'approcha encore un peu et écarquilla les yeux lorsqu'il vit la main de Stiles se rapprocher de la bouteille, comme pour la prendre. Il la lui attrapa avant qu'il ne l'atteigne. Hors de question qu'il boive encore. Stiles grimaça.
- Eh, c'est pas gentil ça, râla-t-il.
- C'est pour ton bien, lui assura Derek en serrant légèrement son poignet.
- Ouais, c'est ce qu'il me disait aussi. « C'est pour ton bien ». Mon cul, vous voulez juste tous me voir souffrir, vous voulez tous me faire du mal…
Le regard de Stiles s'était voilé en disant ces derniers mots et son corps fut pris de légers tremblements. Il leva la tête vers Derek et lui cracha ces mots à la figure :
- Pourquoi ça vous amuse autant ? C'est parce que j'suis faible, c'est ça ? Parce que vous savez que j'suis détruit ? Que j'suis plus rien depuis des années ?
Derek ne trouva rien à répondre, trop ébranlé par les propos forts et l'attitude troublante de Stiles. Qu'essayait-il de lui dire ? Ces yeux pleins de haine et de douleur contenue touchèrent Derek en plein cœur.
- Stiles, écoute-moi… Tenta-t-il doucement.
- Non, j'écoute pas, j'ai trop écouté ! Stiles fais ci, Stiles fait ça… J'fais jamais rien de bien. J'aurais pas dû écouter mon père, j'aurais pas dû parler, j'aurais dû… Je sais pas…
Des larmes dégringolèrent sur les joues de l'adolescent, qui recula et retira son poignet de la main de Derek. Il baissa la tête.
- Pourquoi j'oublie pas ? Pourquoi ça s'efface pas de ma mémoire… ?
Le ton désespéré de Stiles bouleversa profondément Derek, qui fit un pas en avant. L'hyperactif, lui, recula encore et se retrouva contre le mur, la pièce n'étant pas très grande. Il eut soudain l'air absent.
- J'pensais avoir assez bu… Pourquoi j'oublie pas ? Derek, pourquoi j'oublie pas ?
- Qu'est-ce que tu n'oublies pas, Stiles ? Osa demander doucement le bêta en s'approchant un peu plus.
Durant une seconde, le jeune homme sembla être lucide.
- Rien, répondit-il précipitamment.
- Stiles, tu peux me parler, je te le jure…
L'adolescent secoua énergiquement la tête en fermant les yeux avec force. Il ne devait pas, il ne pouvait pas. C'était impossible. Même complètement ivre, il arrivait à s'interdire de parler, du moins en partie.
- J'veux plus qu'on m'touche… J'veux plus avoir peur que ça recommence… J'veux pouvoir en parler… J'veux… J'veux juste vivre normalement…
Les larmes coulaient fort sur ses joues et il commença à tanguer. Il sentit à peine les bras de Derek l'entourer et le rapprocher de son corps massif. Et pourtant, il s'en rendit compte puisqu'il n'hésita pas à serrer le t-shirt à manches longues gris foncé de Derek, au niveau de ses pectoraux. S'il avait été sobre, nul doute que Stiles s'en serait voulu de mouiller et froisser un vêtement appartenu à Derek, de peur des représailles de ce loup-garou râleur. Stiles peinait à se rappeler de sa menace habituelle. C'était quoi déjà ?
L'air assez inquiet de la tournure des évènements, Derek serra doucement l'adolescent contre lui. Il avait vraiment besoin de se confier mais quelque chose continuait de le bloquer et le bêta ne savait vraiment pas quoi faire pour changer ça. Il était pourtant certain que Stiles irait mieux en confiant ce secret qui semblait le torturer de plus en plus. Sentant que les jambes graciles de l'hyperactif ne soutiendraient pas longtemps son poids, il se déplaça lentement, l'entraînant graduellement à sa suite en direction du lit. Il finit même par l'assoir dessus. Stiles ne le lâcha pas pour autant. Quoi qu'il puisse dire, il avait besoin de lui. Derek raffermit avec une extrême douceur son étreinte après s'être installé à côté de lui. Il devait protéger Stiles de cet homme qui avait tenté de l'agresser la fois dernière, tout autant que de ses démons. Il fallait qu'il tienne Scott au courant aussi mais ça, ça pouvait attendre.
