Peter n'était pas quelqu'un de très doué avec les sentiments, puisqu'à la base il n'était rien d'autre qu'un psychopathe. Il devenait un peu plus humain chaque jour sur le plan sentimental, mais c'était loin d'être ça, encore. Tout ce qu'il réussit à faire fut de pousser Stiles à l'intérieur et de refermer la grande porte derrière lui. Il ne dit rien, désarçonné par les joues pleines de larmes de l'adolescent, qui n'avait pas dit un seul mot, mais qui se frictionnait les bras mollement.
Derek descendit assez rapidement les escaliers et se figea à la dernière marche en voyant l'adolescent. Il était dans un tel état qu'il se précipita soudainement vers lui, inquiet comme jamais. Stiles était trempé mais l'odeur de mouillé n'effaçait pas celle du brûlé qui lui piquait les narines. Le jeune homme regardait le sol, les joues baignées de larmes. Ces larmes qui faisaient si mal à son cœur malmené par la vie.
- Stiles, souffla-t-il, à moins d'un mètre de lui.
- J'ai… J'ai plus d'essence, lâcha faiblement l'adolescent d'une voix enrouée.
Derek ne l'écoutait même pas, ses yeux venaient de descendre et son regard se fixa soudainement sur la veste de Stiles. Qu'est-ce que c'était que ces trous ? Ces… Tâches rondes ? Pourquoi y en avait-il autant ? Pourquoi Stiles sentait-il le brûlé ? Son gilet n'était pas la seule victime : son t-shirt était dans le même état. Derek ne voulait pas comprendre, pas accepter ce qui se présentait sous ses yeux. Les jambes de Stiles tremblaient follement et cédèrent finalement sous son poids, comme si elles avaient attendu qu'il arrive ici pour lâcher prise. Les bras de Derek le retinrent tout autant qu'ils lui firent mal. Stiles gémit et son visage se crispa plus qu'il ne l'était déjà.
- Desserre, je… J'ai mal… Se plaignit-il.
Derek s'exécuta seulement après l'avoir amené jusqu'au canapé. Peter grimaça, sachant très bien que le jeune homme allait mouiller et salir le tissu du meuble qu'il avait consciencieusement choisi. Il réprima un soupir et s'abstint de tout commentaire. Cet emmerdeur d'hyperactif était au plus mal, une fois de plus et ça commençait à sérieusement l'inquiéter. Son neveu semblait être au comble du stress, sans doute en savait-il plus que lui sur cette affaire. C'était même certain étant donné son empressement lorsqu'il demanda à l'adolescent :
- Stiles, tu peux enlever ta veste, s'il te plaît ?
Derek s'attendait à un refus catégorique, une potentielle crise du même type que la dernière fois, un éclat de colère, quelque chose. Tout, sauf cette acceptation silencieuse et sans aucune résistance. Stiles grimaça, lâcha une ou deux larmes de plus mais ne gémit pas. Et l'horreur apparut. De nombreuses, trop nombreuses traces de petites brûlures rondes.
Derek n'était pas bête. Ou en tout cas pas assez pour ne pas comprendre. Néanmoins, il s'accroupit face à Stiles, posa ses mains sur les genoux de l'adolescent et le regarda dans les yeux.
- Stiles, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'on t'a fait ? Demanda-t-il, la voix rendue rauque par l'émotion.
- Je… C'était… C'étaient des cigarettes… Avoua tout de suite Stiles, honteux. Mais… Mais c'est pas grave, hein, je… Ça va…
Stiles savait qu'il n'était crédible et à vrai dire, c'était surtout lui-même qu'il essayait de convaincre.
- Il… Il me faut juste de l'essence, je…
- Tu restes ici, le prévint aussitôt Derek, plus sérieux que d'ordinaire, ce qui était plutôt difficile à faire. Hors de question que je te laisse seul avec ce qu'on t'a fait.
Des brûlures faites à l'aide de cigarettes, c'était horrible et sadique. Celui qui lui avait fait ça était une ordure. Et Derek était en colère, très en colère. Stiles avait déjà bien assez souffert, de ce qu'il savait, pourquoi en rajouter. Au vu de l'état de son t-shirt, nul doute qu'il en avait également sur le torse. Et ça le tuait.
- Pour une fois, je ne peux qu'être d'accord avec mon neveu, l'appuya Peter.
- Mais… Tenta de protester Stiles.
Tentative en laquelle il ne croyait absolument pas. Il était trop mal pour mettre de réels efforts dans ses protestations. Il ferma les yeux et se frotta le visage de ses mains tremblantes, dans le but d'essuyer ces larmes qui lui faisaient honte. Il était lentement mais sûrement en train de craquer, de perdre cette résistance qui le faisait tenir. Parler s'avérait peut-être la seule chose capable de le garder sain d'esprit, à ce stade, sa seule porte de sortie de cet enfer sans nom.
La suite, Stiles s'en souvint à peine, son esprit se déconnectant peu à peu de la réalité comme pour minimiser sa douleur, autant physique que morale. Il se sentit juste porté ou transporté, sans doute lui retira-t-on son t-shirt, parce qu'il eut soudain extrêmement froid. Ou alors, sans doute était-il en train de tomber malade à cause de ses vêtements trempés. L'eau froide qui coula sur son corps ne l'aida pas à avoir plus chaud. Au moins, elle apaisa momentanément la souffrance que lui causaient toutes ses brûlures.
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Derek n'avait pas grand-chose dans son armoire à pharmacie du fait de la nature lupine de la majorité des membres de la meute, mais il avait au moins ça. De la crème. De ce qui était marqué sur le tube, elle faisait effet sur tout type de blessures, également sur les brûlures si elles n'étaient que superficielles. N'ayant rien de mieux pour le moment, Derek choisit de l'appliquer sur la peau nue et nettoyée de Stiles, qui était enroulé dans une serviette propre. Oui, Derek l'avait douché à l'eau froide, de sorte à l'apaiser un peu. Trop inquiet pour l'adolescent qui ne répondait plus de rien et fixait le vide, Derek n'avait même pas pensé au fait qu'il l'avait déshabillé et vu nu. À vrai dire, sur le coup, il s'en foutait un peu. Sa priorité était de le soigner et nul doute que Stiles aurait refusé d'aller à l'hôpital. S'il était venu voir Derek, ce n'était pas pour rien. Autant dire que le loup n'avait pas voulu faire les choses à moitié. Et pourtant, il n'avait pas osé utiliser de désinfectant pour ses plaies, tant il avait peur de lui faire mal. L'eau froide avait dû suffire, c'était ce qu'il espérait. Ensuite, il avait fini par recouvrir ses bras de bandages et recouvrir son torse mutilé également avec quelques pansements. Par la suite, il lui avait prêté un t-shirt, boxer et bas de jogging et l'avait laissé s'habiller seul. Même si le tout lui allait un peu trop grand, Stiles fit en sorte de faire tenir le sous-vêtement et le pantalon à l'aide des lacets du jogging, qu'il serra au maximum. Derek revint avec une veste encore une fois à lui, toujours plus grande, qu'il mit sur les épaules de l'adolescent, assis sur le lit de Derek. Stiles souffla un petit merci évasif, le regard toujours perdu dans le vague, comme s'il était là, sans vraiment l'être. Il s'était laissé faire à chaque fois et laissait Derek prendre la plupart des initiatives. Encore une fois, Derek s'accroupit devant lui et prit une de ses mains dans les siennes. Un réflexe de sa part.
- Tu as faim ? Tu veux manger quelque chose ?
Stiles secoua la tête.
- Tu as mangé à midi, au moins ?
Nouveau hochement négatif. Un frisson parcourut le corps de Derek.
- Tu ne retourneras pas à l'hôtel ce soir, tu le sais ça ?
- J'aurais pas pu y retourner de toute façon, j'ai rendu les clés de la chambre ce matin, lui apprit l'adolescent d'une voix monocorde. J'avais plus de sous.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? S'étonna Derek.
- C'était pas important.
- Tu aurais dormi où ?
- Je sais pas.
- Stiles… Souffla Derek, de plus en plus perturbé par le comportement détaché du jeune homme.
Il savait ce que cela voulait dire, il l'avait déjà vu faire cela et s'en souvenait extrêmement bien. Ses deux mains se resserrèrent sur celle de Stiles. Le seul point positif dans tout ça était le fait que Stiles n'avait pas l'air prêt à faire de crise. Son palpitant avait un rythme plus ou moins régulier et pas trop rapide. C'était déjà ça de gagné. Il était juste… Détaché. C'était sa manière à lui de ne pas s'écrouler. Il était arrivé sous le choc et en larmes et souffrait désormais en silence. Pour avoir vu toutes les brûlures de cigarettes présentes sur son corps, Derek ne pouvait que comprendre la douleur de l'adolescent et n'arrivait pas à imaginer qu'on ait pu lui faire une telle chose. Bien sûr qu'il l'interrogerait un peu plus en détail, mais pas tout de suite. En attendant, il ruminerait sa colère, presque au stade de fureur, dans sa tête. Si l'enfoiré qui lui avait fait ça se trouvait devant lui, nul doute qu'il l'aurait battu à mort et fait souffrir jusqu'à ce qu'il le supplie d'arrêter. Toucher à Stiles était une erreur à ne pas commettre et bien que c'était déjà vrai avant, ça l'était d'autant plus maintenant qu'il avait vu son côté triste.
Car autrefois, Stiles incarnait la joie de vivre. Ce temps était révolu et l'adolescent semblait sombrer chaque jour un peu plus. Son hyperactivité ne se voyait même plus et jamais le loup ne l'avait aussi peu entendu parler que depuis quelques jours. C'était comme s'il s'éteignait petit à petit, au fur et à mesure qu'il arrêtait de se battre. Parce que c'était ce qui était en train d'arriver et au fond, le lycan commençait à s'en douter. Cette fatigue mentale dont Stiles lui avait fait part et montré résultait forcément d'une bataille intérieure qu'il menait depuis longtemps, pour avancer. Et il n'y arrivait pas.
Derek ne savait pas comment le soulager de ses malheurs. Si seulement il savait, peut-être pourrait-il enfin l'aider, au moins un peu… Certes, Stiles lui avait certifié qu'il finirait par savoir et il y avait toujours ce pacte qu'ils avaient conclu, mais ne pas savoir commençait sérieusement à bouffer Derek qui assistait en silence à sa déchéance. La seule chose qu'il était capable de faire actuellement, c'était utiliser l'un de ses pouvoirs. Car même si Stiles ne disait plus rien quant à sa douleur physique, elle était toujours là.
Stiles sembla sortir de son apathie lorsque les veines de Derek devinrent noires. Il releva ses yeux perdus et les ancra dans ceux, tristes, du lycan, dont les traits se tendirent lorsque la douleur afflua. Entêtante, lancinante. S'il pouvait soulager un peu Stiles, il n'hésitait plus. Il pouvait bien supporter quelques souffrances pour lui. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était tout ce qu'il pouvait faire en attendant de connaître l'histoire de Stiles.
Et la dévotion de Derek bouleversa tant l'adolescent que lorsque les veines du loup redevinrent normales, l'humain se jeta littéralement dans ses bras. C'était si soudain et inattendu que Derek failli tomber en arrière mais il accusa le coup et réceptionna Stiles qu'il serra doucement contre lui. S'il y allait fort, il ferait renaître la douleur qu'il lui avait prise et ce n'était pas son but, loin de là.
- Merci… Souffla Stiles.
L'adolescent, quant à lui, ne se gêna pas pour resserrer son étreinte sur le loup. Peu importe si ça lui faisait mal, il avait besoin de ce contact, besoin de Derek. Et voir tous les efforts qu'il faisait pour lui, réchauffait son cœur et lui faisait momentanément oublier sa terreur, sa souffrance. C'était ironique : dire qu'autrefois, Stiles avait peur de Derek… Désormais, c'était sa seule présence qui le rassurait. Sa présence plus que toute autre.
- J'ai pas envie de dormir dehors, j'y arriverai pas… Avoua-t-il à Derek.
- Tu restes ici cette nuit, lui assura celui-ci d'un ton étonnamment doux.
- Merci… Répéta Stiles.
- Il ne t'arrivera rien, je te le promets, lui jura le loup.
Son corps froid se réchauffait petit à petit et l'étreinte de Derek lui faisait un bien fou. Être collé à son corps était agréable et… C'était une des seules personnes avec qui il arrivait à être proche physiquement sans qu'il ait de pensée rémanente et désagréable. Derek avait sur lui cet étrange pouvoir qui avait le don de le rassurer, de lui faire du bien juste avec quelques gestes, qui pouvaient se révéler cauchemardesques s'ils étaient exécutés par d'autres.
- Je sais que tu ne me feras pas de mal, j'ai… J'ai confiance en toi, avoua-t-il soudainement d'une voix brisée.
Les yeux de Derek furent traversés par mille et une émotion. C'était dit de manière si spontanée, si honnête… Oui, il était ému, si bien qu'il resserra un peu son étreinte malgré tout et que l'une de ses mains partit caresser les cheveux en bataille de Stiles. Son cœur rata plusieurs battements et un soupçon de chaleur parcourut l'intégralité de son corps.
- Moi aussi, j'ai confiance en toi, lui assura-t-il sincèrement, les yeux légèrement brillants. N'en doute jamais.
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Lorsque Derek redescendit de l'étage une bonne heure plus tard, une aura noire semblait l'entourer, si bien qu'il n'eut même pas besoin de parler pour que Peter relève une nouvelle fois la tête de son bouquin. Dire que Derek semblait avoir des envies de meurtre serait un euphémisme. Car oui, dès qu'il avait laissé Stiles se reposer dans sa chambre, il s'était permis de laisser ses émotions affluer à la surface, notamment cette colère noire de savoir qu'on avait blessé l'adolescent avec un sadisme évident. Devant Stiles, il s'était contenu et s'était surtout laissé aller à la tristesse que provoquait chez lui le mal-être de l'adolescent. Là, maintenant que Stilinski junior piquait un petit somme dans sa chambre, Derek pouvait se laisser aller.
- On a des envies de meurtre à ce que je vois, commenta l'oncle en fermant son livre, prêt à discuter avec son neveu.
Il n'avait rien dit à l'arrivée de Stiles, mais son esprit fourmillait de questions. Lui aussi s'inquiétait, à sa manière.
- Et comment, répondit Derek, la mâchoire serrée, avant de se laisser tomber à côté de son oncle, sur le canapé.
- Stiles était blessé ? Demanda Peter, même s'il connaissait déjà la réponse.
- Ouais. Brûlures de cigarettes.
Dire ces quelques mots faisait un mal de chien à Derek. Il imaginait sans mal les cris que Stiles avaient pu pousser, seul, aux prises avec son agresseur. Et il serra les poings à l'idée que l'adolescent avait été seul, sans réelle possibilité de se défendre. Si c'était le même homme que la dernière fois, il fallait être honnête Stiles n'avait pas la carrure adéquate ni la force nécessaire pour le repousser. L'inconnu était large d'épaules et ses muscles étaient bien développés. Contre Stiles, il était malheureusement aisé de deviner qui aurait le dessus.
- J'ai fait mon possible pour le soigner mais faudra que je demande à Scott si sa mère peut pas me dépanner en terme de médicaments, expliqua le loup en fixant un point dans le vide.
Derek sursauta presque lorsque Peter posa sa main sur son épaule.
- Tu as fait ce que tu as pu, lui dit-il.
- Je sais, répondit Derek en le regardant fugacement.
- Si tu retrouves ce mec, dis-moi et je t'aiderai à le faire souffrir comme il se doit.
À cet instant, le sourire de Peter faisait peur. Cependant, cela eut pour effet de calmer un peu les pulsions meurtrières de Derek. Paradoxal mais véridique. Savoir qu'il aurait un appui lui faisait du bien et il comprenait ainsi qu'il n'était pas le seul à s'inquiéter pour Stiles.
Pour se changer les idées, oncle et neveu décidèrent de manger un bout, n'y ayant pas pensé jusque-là. C'est Peter qui cuisina, il fallait avouer qu'il était meilleur que Derek dans le domaine. Bien évidemment, une part fut mise sous film plastique et gardée au frais pour Stiles, au cas-où celui-ci aurait faim plus tard, du fait qu'il n'avait rien mangé ce jour-là. Derek ne tarda pas avant de monter à l'étage : laisser l'adolescent seul après ce qui lui était arrivé le stressait. Il se rongeait les sangs. Alors, lorsqu'il pénétra dans sa chambre et qu'il vit que Stiles était toujours là, dans ce lit, Derek laissa échapper un énorme soupir de soulagement, se mit en tenue de nuit et se glissa à ses côtés. Son loup avait peur, peur pour lui. Il ne se détendit que lorsque Stiles se retrouva dans ses bras et qu'il s'y pelotonna dans son sommeil.
Derek ne le lâcha pas de toute la nuit.
