Stiles ouvrit les yeux aux alentours de dix heures du matin et eut la surprise de sentir une chaleur diffuse tout autour de lui. C'était doux, agréable, salvateur. Il se pelotonna contre Derek, parce qu'il savait que c'était lui. Il commençait à avoir l'habitude de se réveiller dans son étreinte qui lui donnait l'impression d'être dans un cocon protecteur. Avec lui, il dormait bien, malgré certains cauchemars qui le réveillaient parfois. Être dans ses bras ne le dérangeait pas, ne lui faisait pas peur, bien au contraire : c'était dire à quel point il lui faisait confiance. Il se permit de refermer les yeux et gagna quelques minutes de repos en plus. Dieu sait à quel point il en avait besoin, même lui commençait à se l'avouer. La douleur de ses brûlures se rappela lentement à lui, l'empêchant de profiter de ce moment de plénitude. Son visage se tendit graduellement et ses doigts se resserrèrent sur le bras de Derek qui l'entourait. Il les relâcha soudainement, par peur de réveiller le loup. Lui aussi avait besoin de repos, même s'il ne le disait pas. Après tout, cela faisait déjà plusieurs nuits qu'il dormait avec Stiles, qui le réveillait régulièrement à cause de ses cauchemars et il en était conscient. Il s'en voulait un peu mais ne voulait pas trop y penser, il avait déjà bien assez de soucis comme ça. Dans le pire des cas, il éviterait de dormir à nouveau avec Derek la prochaine fois.
Stiles rouvrit brusquement les yeux en sentant la douleur s'en aller et tourna légèrement la tête. Les veines du bras de Derek étaient noires, ce qui ne voulait dire qu'une chose : il lui drainait sa souffrance physique. D'un regard si expressif qu'il voulait tout dire, l'adolescent le remercia. Le loup, qui le regardait également, esquissa un léger sourire et tous deux se levèrent sans un mot, plus ou moins bien reposés. Parce qu'il faisait un peu froid hors du lit confortable de Derek, Stiles enfila la veste qu'il lui avait prêtée la veille. En le voyant mettre son gilet si naturellement, Derek eut son cœur qui rata un battement. C'était étrange, mais ça lui procurait d'agréables frissons. C'était comme si Stiles faisait exactement ce qu'il était censé faire. Derek ne savait pas comment expliquer cette sensation de familiarité naturelle.
Une chose était sûre, il ne savait toujours pas ce qui était arrivé à Stiles la veille, il en avait seulement vu les conséquences. Et l'adolescent dut deviner ses pensées puisqu'il lui dit d'une voix douce :
- Pas maintenant… D'abord on mange, d'accord ?
Derek hocha la tête sans hésiter et attrapa la main de Stiles pour que celui-ci le suive jusqu'à la cuisine. Il était si pressé que l'adolescent lui raconte ce qui lui était arrivé qu'il regardait droit devant lui et marchait vite. Tant et si bien qu'il ne remarqua pas les joues rougies de Stiles, qui ne s'attendait absolument pas à ce que le lycan lui prenne la main pour le traîner littéralement en bas.
En guise de petit-déjeuner, Stiles eut droit à la part du repas que les deux loups lui avaient gardé la veille. Cependant, seul Derek mangea avec Stiles, Peter avait laissé un mot indiquant qu'il était parti faire les courses. Il fallait bien que l'oncle psychopathe se rende utile de temps en temps.
Stiles mangea avec appétit, il avait faim. S'il n'avait pas dormi aussi profondément cette nuit, nul doute qu'il se serait levé pour aller remplir un peu son estomac. Cependant, la présence de Derek dans le même lit que lui l'avait tellement apaisé qu'il n'en avait pas ressenti le besoin. Lorsqu'il eut terminé de manger, Stiles se rappela d'un détail important qui lui fit ouvrir grand les yeux et hausser les sourcils.
- Mes affaires ! S'exclama-t-il. Mon sac et mon portable, je les ai laissés dans ma Jeep hier soir…
Alors, il fut décidé que Derek allait accompagner Stiles pour aller les chercher. Après s'être débarbouillés tout en restant en tenue détente, tous deux montèrent dans la Camaro et Derek démarra. Pourtant respectueux des règles de sécurité, le loup ne dit rien lorsqu'il remarqua que Stiles n'avait pas mis sa ceinture. Sans doute évitait-il les frottements pour ne pas réveiller la douleur de ses brûlures. À cette pensée, les doigts de Derek se crispèrent sur le volant. D'une voix qu'il essaya de contrôler, il demanda à Stiles de lui indiquer le chemin menant à sa Jeep. Celui-ci s'exécuta, sans avoir semblé remarquer le changement d'attitude de Derek. Ils arrivèrent ainsi sept minutes plus tard devant la vieille Roscoe dont la portière était grande ouverte. Stiles sortit de la Camaro et courut jusqu'à sa voiture, dans laquelle il monta en vitesse. Derek le vit en ressortir très vite, un air victorieux collé au visage, brandissant triomphalement son sac et son téléphone portable qui n'avaient, par chance, pas été volés dans la nuit. À la vue de son visage radieux grâce à sa trouvaille, le palpitant de Derek s'emballa et sa poitrine fut parcourue par une douce chaleur un peu trop agréable. Stiles revint, déposa son sac à l'arrière et se réinstalla sur le siège passager à côté de Derek. Ainsi, ils retournèrent au loft tranquillement.
Puisqu'il faisait frais en ce samedi matin, Stiles fut heureux de retrouver la chaleur réconfortante du loft. Il soupira d'aise et posa son sac à côté du canapé. Conscient toutefois que le jeune homme avait évité la discussion jusque-là et que tout garder pour lui n'était pas sain, Derek sut qu'il devait prendre la responsabilité de ce qui allait suivre. Doucement mais avec fermeté tout de même, il surprit l'adolescent en le poussant doucement jusqu'au canapé. Stiles le regarda, perplexe. La lumière ne se fit dans son esprit que lorsque que Derek s'assit sur la table basse face à lui. Il se crispa en comprenant qu'il désirait parler, sans doute ce qui avait mené à sa venue soudaine au loft. Il piqua un fard en se rappelant du fait qu'il l'avait soigné, douché… Vu nu. Les joues soudainement couleur tomate, l'adolescent se mit au fond du canapé, désirant s'y enfoncer et disparaître à tout jamais. Si cela avait été Scott, Stiles aurait un peu moins honte : c'était son meilleur ami, son frère de cœur, ça aurait été moins gênant. Pour autant, il aimerait éviter autant que possible qu'on le voie nu et ce n'était pas seulement parce qu'il était pudique. Son corps le dégoûtait profondément, c'était une horreur à lui tout seul. Un corps souillé depuis longtemps. Et dire que c'était Derek, cet Apollon vivant, qui l'avait vu dans une nudité totale… La honte.
- Qu'est-ce qui t'arrive encore ? Soupira Derek en le voyant cacher son visage de ses mains tout en s'enfonçant dans le canapé.
- Tu m'as vu à poil, geignit Stiles d'une voix pitoyable.
- C'est ça qui t'inquiète ? Demanda le loup en haussant un sourcil, perplexe.
- Oui, se plaignit le jeune homme.
Derek soupira mais esquissa tout de même un léger sourire. Ce qu'il voyait était enfin une réminiscence du Stiles qu'il connaissait. Stiles avait beau être gêné, ce sentiment avait le mérite de chasser momentanément l'immense tristesse de son regard noisette.
- Je voulais qu'on discute à propos d'hier soir, dit-il après avoir repris son sérieux.
- Je sais, soupira Stiles, moins rouge. J'imagine que tu vas pas vouloir qu'on en parle un autre jour ?
- Tu imagines très bien. Je suis sympa, je ne t'ai rien demandé hier soir parce que tu étais mal en point mais aujourd'hui, j'estime que tu es en état de répondre.
- Ton analyse est correcte, à un détail près. T'es pas sympa, enfin… (Stiles déglutit en voyant le regard noir de l'ancien alpha) Enfin si, sympa, adorable même. Mais de base, t'es pas censé l'être, tu vois ce que je veux dire ? Avant, tu passais ton temps à me plaquer contre tous les murs que tu voyais et tu me laissais des tas de bleus, autant dire que c'était pas très sympa, justement. Tu vois mieux pourquoi je dis ça ? Tu… Oh, je t'ai perdu on dirait. C'est peut-être le signe que je dois prendre mon Adderall.
Derek soupira, encore. Cette absence de transition entre le Stiles dépressif et le Stiles d'autrefois était fatigante. Il ne lui en voulut toutefois aucunement, parallèlement heureux de revoir un peu cet adolescent agir comme il était censé le faire. Oui, au fond, ça le rassurait. Il le retint toutefois par le poignet lorsqu'il tenta de se servir de son traitement comme échappatoire.
- Après, lui dit-il simplement d'une voix ferme.
Ainsi, il força Stiles à se rassoir. Un air désespéré se peignit sur le visage du lycéen.
- J'ai vraiment pas le choix ? Demanda l'hyperactif, un soupçon d'espoir dans la voix malgré tout.
- Stiles, soupira pour la énième fois Derek.
Le susnommé souffla, vaincu. Bien évidemment que le loup ne lâcherait pas l'affaire, penser le contraire serait mal le connaître. Stiles était toutefois étonné qu'il ne l'ait pas encore harcelé par rapport à son histoire, celle qui l'avait mené à pleurer maintes et maintes fois dans ses bras. À croire qu'il respectait à la lettre sa part du marché. Au vu de son absence d'interrogation sur le sujet, sans doute n'avait-il encore rien trouvé. Ce qu'il ne savait pas, c'était que Derek aurait très bientôt des réponses à quelques-unes de ses questions.
- D'accord, par contre… Tu me promets de ne pas me juger ? S'assura l'adolescent.
Stiles se savait faible, il ne pouvait qu'en être parfaitement conscient. Il ne tenait juste pas à ce qu'on lui rappelle ce fait. Si Derek pouvait s'abstenir de le rabaisser ou de se moquer de lui, l'adolescent ne pourrait que lui en être reconnaissant. Étrangement, il n'imaginait pas le Derek de ces derniers temps adopter ce genre de comportement. Prendre soin de lui, parce que c'était bel et bien ce qu'il faisait, puis se moquer de sa personne… Cela manquerait de logique. Non, définitivement, il ne voyait pas le Derek actuel agir de cette manière. Avant, probablement, maintenant, non. Puis, Stiles préférait être rassuré à l'avance, parce qu'expliquer ce qu'il s'était passé la veille l'obligeait à révéler certains éléments de son histoire à lui, celle d'il y a sept ans. Des éléments très légers, mais qui étaient quand même là.
- Tu n'as même pas besoin de me le demander.
Stiles hocha la tête, l'air peu convaincu. Il avait son idée mais restait dubitatif. Ne lui restait plus qu'à parler, il verrait bien la réaction de Derek. L'adolescent se promit de stopper son petit récit au moindre signe de moquerie ou de comportement douteux. Il inspira longuement, hésitant sur les mots à employer, sur ce qu'il pouvait dire et ce qu'il devait garder pour lui. L'hyperactif gardait toutefois en mémoire la décision qu'il avait prise, celle de finir par se confier à Derek d'ici peu de temps. Son besoin de lui parler de tout se faisait toujours plus grandissant au fur et à mesure que les jours passaient et pourtant, les mots restaient bloqués dans sa gorge. Il ne pourrait pas, pas tout seul. Stiles soupira, mettant de côté cette histoire pour se concentrer sur celle qu'attendait Derek.
- En fait, je… Je sortais du lycée et j'ai reçu un message de quelqu'un que… Je n'aime pas.
Stiles devait développer, il le savait. Pourtant, il n'était pas encore prêt à tout dire. Il dut cependant faire un petit effort pour expliciter, conscient que Derek ne se satisferait pas d'aussi peu d'informations.
- C'est un pote de mon père, je… Je l'ai jamais apprécié. Il me fait peur, avoua-t-il à contrecœur. En ce moment, il dort à la maison et je ne sais pas pour combien de temps.
- C'était quoi, son message ? Demanda Derek d'une voix qu'il fit la plus douce possible, chose compliquée compte tenu de sa voix grave.
Son loup, toujours énervé que l'on ait touché à Stiles, le pressait de poser plus de questions, de presser les révélations. Le côté humain de Derek réfréna cet élan. Une question à la fois. Il ne fallait absolument pas brusquer le jeune homme qui, pour une fois, s'ouvrait à lui et pas seulement en distribuant quelques pistes par-ci par-là.
Un frisson parcourut le corps de Stiles et son regard se voila.
- Il disait… Qu'il savait où je me trouvais et que j'allais pas pouvoir l'éviter bien longtemps. Ce… C'est quelqu'un que j'évite un maximum. Chaque fois qu'il me voit, il essaie de… Comment dire…
Comment dire sans trop en dire ? C'était ça, la vraie question.
- Il… Il ne me veut pas du bien. Ne me demande pas pourquoi, j'en sais rien. Je sais juste… Qu'il aime ça, qu'il a toujours aimé ça. Alors, je l'évite le plus possible et ça l'énerve. Quand j'ai reçu ce message, je l'ai vu, il m'attendait en face du lycée et j'ai… Fui. Je me suis barré avec ma voiture. Je savais pas où j'allais dans Beacon Hills. Tout ce qui m'importait, c'était m'éloigner de lui, disparaître de sa vue. Au bout d'un moment, je me suis arrêté et je suis sorti de ma Jeep, parce que… (Stiles rougit légèrement de honte) Je commençais à faire une crise de panique. Je ne sais pas comment il a réussi à me suivre, mais il était là.
Stiles ferma les yeux un instant. Les images étaient toujours là et se mélangeaient aux anciennes, tournant en boucle dans sa petite tête, dans ce cerveau toujours trop actif pour son propre bien. Ses mains commencèrent à trembler alors qu'il se remémorait douloureusement la suite. La peur affluait à nouveau et se dispersait dans tout son être.
- Il était en colère, il disait que je passais pas assez de temps avec lui, que je… Que je devrais être chez moi… Plus souvent. Il était vraiment énervé et… Il voulait me punir d'être un mauvais garçon.
« Tu es un vilain garçon Stiles, tu le sais, ça ? »
Derek fronça les sourcils à cause de la formulation de cette dernière phrase. Remarquant finalement les mains tremblantes de Stiles, son regard s'assombrit. Son loup lui hurlait d'aller le cajoler, le rassurer et chasser ce vide dans ses yeux. Son côté humain l'en empêcha, désireux de le laisser continuer sans le couper dans son élan. Côté humain qui approuvait toutefois l'idée du loup, se promettant de le faire un peu plus tard.
- Il m'a dit que je devais revenir chez moi, que j'avais pas le choix. Je lui ai dit ok, que j'allais revenir…
« Pardon, pardon, pardon… Je… Je vais revenir, me fais pas de mal, s'il te plaît… »
Stiles serra ses poings tremblants.
« Il fallait y réfléchir avant, Stiles. »
Ses jointures blanchirent rapidement.
« Non, je t'en supplie… Non ! »
Les souvenirs commençaient à être très douloureux pour le jeune homme qui édulcorait bien largement son récit.
- Il a sorti un paquet de cigarettes de sa poche…
« Ton père m'a parlé de ses soucis à exercer son autorité sur toi. »
- En a allumé une…
« C'est pour ton bien Stiles, il faut bien que tu apprennes à obéir à tes aînés, tu le sais, n'est-ce pas ? »
- Puis deux, puis trois… Puis… Tout le paquet.
Stiles ferma les yeux avec force, sans même se rendre compte que les larmes qu'il n'avait pas conscience de retenir coulaient déjà.
- J'a… J'arrivais pas à me protéger. J'avais mal, j'arrivais pas à me défendre, j'avais… J'avais si mal…
Stiles ramena ses mains tremblantes vers son visage pour le cacher de Derek. La honte le submergeait tout autant que les souvenirs. Ceux d'il y a sept ans, ceux de la veille. Sa bouche ne se ferma pas, Stiles ne s'arrêtait plus.
- Je… Pardon, je suis nul, je… J'ai pas réussi… réussi à… Pardon…
- Chut, Stiles, chut…
Les bras puissants qui encerclèrent avec douceur son corps frêle furent une bénédiction, la seule chose qui parvint à stopper sa litanie. Stiles hoqueta de stupeur et n'eut mal à aucun moment malgré l'étreinte forte de Derek. Évidemment, celui-ci, en le prenant dans ses bras, prenait dans le même temps sa douleur avant même qu'elle n'apparaisse. Et Stiles se laissa aller contre le torse puissant du loup qui s'était vite installé à ses côtés. Adieu les réticences, la retenue. Il passa ses bras dans le dos du lycan et ses doigts s'agrippèrent avec une étrange force au tissu de son t-shirt. Contact, il avait besoin de contact.
- Je suis là, n'aie pas peur, chuchota Derek. Tant que je serai là, plus personne ne pourra te faire de mal, je te le promets.
Stiles était épuisé d'avoir peur et de souffrir, et sentir Derek contre lui était sans doute la seule chose qui pouvait lui faire du bien actuellement. Quoique, ses mots agissaient étrangement bien sur lui, calmaient petit à petit son cœur trop rapide, aux battements irréguliers. C'était une étreinte à la fois physique et psychique. Parler, parler, il voulait tant parler… Peut-être que ça lui ferait du bien, peut-être que… Derek devait savoir. Encore une fois, les mots se bloquèrent dans sa gorge. Pas encore, pas tout de suite. Non, définitivement, il n'était pas prêt. Ce n'était pas parce qu'il craquait qu'il allait rompre comme ça des années de mutisme. Il avait besoin de Derek, il avait besoin qu'il trouve quelque chose, qu'il devine.
Stiles pleura longuement et ce n'est qu'au bout d'une bonne demi-heure qu'il s'affaissa dans les bras du loup, qui l'allongea correctement dans le canapé et se glissa à ses côtés, le cœur meurtri par le mal-être de l'adolescent. Dans ses veines, son sang bouillonnait. Aucun doute, il avait des envies de meurtre et nul doute qu'il les assouvirait lorsque Stiles finirait par lui donner l'identité de son bourreau. En attendant, il réprima ses tremblements de fureur, qui se calmèrent progressivement alors qu'il passait ses doigts dans les cheveux châtains de l'hyperactif assoupi contre lui. C'est alors qu'il prit une décision.
Stiles resterait ici les jours à venir et c'était non négociable.
