- Donc, si je comprends bien, tu vas faire venir tout le monde… Même Scott ? Demanda Stiles, l'air faussement impassible.

En réalité, cette perspective lui faisait un peu peur. Il n'en voulait pas vraiment à son meilleur ami, néanmoins… La question était de savoir si l'alpha était toujours en colère contre lui.

Derek hocha la tête. Conscient de la légère peur de son humain, il posa sa main sur son épaule et la lui pressa doucement. Malgré son excitation passée dont il ne lui avait bien évidemment pas parlé, le loup ne comptait absolument pas se restreindre au niveau des contacts physiques et des marques d'affection. Non seulement Stiles s'en rendrait compte et ne comprendrait pas, mais parce qu'en plus ça ne servirait pas à grand-chose et il était hors de question que Derek tente de s'éloigner de lui. Il en serait incapable et, fragile comme il l'était actuellement, Stiles risquait de ne pas le supporter. Il avait besoin de lui et le bêta le savait, il en était même affreusement conscient.

Et Derek voulait tout, sauf complexifier sa situation. Malheureusement, c'était ce qui risquait d'arriver malgré tout, à cause de la réunion.

- Je suis désolé Stiles, je n'ai pas vraiment le choix, s'excusa-t-il, penaud.

- Non mais c'est pas grave, moi ça me dérange pas hein, le souci c'est… S'il sera capable de supporter ma présence, répondit un peu précipitamment l'hyperactif. Il était plutôt énervé la dernière fois, donc…

- Il s'en veut, lui apprit le loup pour le détendre. Il n'en avait pas après toi et tu le sais.

- Sans doute.

L'air faussement distrait et détaché de Stiles ne trompait pas Derek, qui commençait à bien connaître son humain. Il faut dire que son odeur était également très parlante. Stiles avait peur, un peu. Le comportement de Scott l'avait marqué et maintenant qu'il le savait presque capable de lever la main sur lui, son meilleur ami depuis des années… Savoir qu'il était également convié à la réunion le mettait franchement mal à l'aise et ça, c'était presque un euphémisme. En fait, il appréhendait vraiment. Il ne stressait pas, mais presque. Au moins, il n'était pas seul. Derek serait là, les autres aussi. C'était triste d'être heureux de ne pas être seul avec son meilleur ami mais c'était comme ça.

Stiles se reconcentra sur le livre qu'il avait commencé quelques minutes plus tôt. Derek, lui, le regarda en se mordant la lèvre. Très honnêtement, cette réunion, il ne la sentait pas du tout. Il avait cette impression que quelque chose de néfaste allait se produire. Quelque chose de néfaste pour Stiles. Logiquement, si Jordan Parrish avait demandé à rassembler la meute en urgence, ce n'était pas pour rien. Il s'était forcément passé quelque chose. Néanmoins, Derek ressentait cette force qui le mettait mal à l'aise. Son instinct lui soufflait de faire très attention à Stiles et, bien sûr, c'était ce qu'il faisait et ce qu'il ferait toujours. Ce qui le dérangeait là-dedans, c'était l'insistance de son instinct. Pour être honnête, ça n'arrangeait pas ses affaires. Derek voulait que Stiles aille mieux et en soi, ses blessures psychiques guérissaient doucement. Un peu trop lentement mais ça, c'était on ne peut plus normal, étant donné qu'il s'était passé beaucoup de choses ces derniers temps. Stiles avait rarement l'occasion de se reposer et de laisser sa psyché récupérer. C'était tel que Derek appréhendait réellement cette réunion. Contrairement, ce n'était pas Scott qui lui faisait peur, loin de là. Les contacts qu'il avait avec Lydia et Isaac l'avaient rassuré : l'alpha de la meute ne voulait réellement aucun mal à Stiles et bien qu'il doive impérativement rattraper son erreur, il ne représentait pas une menace aux yeux du bêta. Ce qui l'inquiétait, c'était la raison pour laquelle Jordan avait demandé ce rassemblement si urgent. Il lui avait envoyé des messages mais le policier avait refusé de lui transmettre quoi que ce soit par téléphone, prétextant que ces informations devaient être transmises de manière directe et urgente à la meute. Pas d'indice, pas de photo, pas de devinette, rien. Depuis qu'il conversait avec lui, Derek ne l'avait jamais vu aussi alarmiste et mystérieux. La seule chose qu'il avait précisée, c'était le fait que l'intégralité de la meute se devait d'être présente, y compris Stiles. C'était précisément cette indication, cette information-là qui le chiffonnait.

Parce que Derek voulait protéger et préserver Stiles, il voulait le tenir à l'écart des affaires de la meute pour le moment. Or, la directive de Parrish lui mettait des bâtons dans les roues. Néanmoins, si c'était aussi important que le policier l'avait laissé entendre dans ses messages alarmistes, Derek s'y plierait.

Alors, Stiles et lui attendaient. L'entièreté de la meute avait été prévenue, il fallait juste qu'elle arrive.

xxx

Le loft fourmillait de monde et pour être honnête, Stiles n'avait plus l'habitude. Cette agitation lui paraissait étrangère. Il avait beau avoir recommencé à aller au lycée, ce n'était pas la même chose. Là, la meute était rassemblée dans un espace clos qui lui parut extrêmement petit à l'heure actuelle. Le constat pouvait faire sourire, étant donné que d'ordinaire, le loft de Derek lui paraissait toujours trop grand. Et pourtant, des soirées de meute dans ce grand appartement, il y en avait eu. Des tas et des tas. La dernière était récente et Stiles s'en souvenait bien : c'était la première soirée depuis un moment qui lui avait permis de se détendre. Le petit plus qui l'y avait aidé, ça avait été la présence rassurante de Derek. Les yeux perdus dans le vague, il sourit doucement.

- Tonton Stiles ?

L'hyperactif sortit de ses réflexions et posa ses yeux mordorés sur la petite Amelia qui le regardait de ses grands yeux noisette, des yeux semblables aux siens. Il s'accroupit pour se mettre à son niveau et caressa doucement ses cheveux châtains.

- Qu'est-ce qu'il y a, ma petite puce ? Lui demanda-t-il gentiment.

- Pourquoi je dois monter dans ma chambre ?

Techniquement, la chambre de Peter ne lui appartenait pas mais ça, ce n'était qu'un détail. Elle y vivait déjà depuis plusieurs jours et la pièce avait été partiellement réaménagée, décorée de manière à faire en sorte qu'elle s'y sente bien. Oui, Peter était consentant. Enfin, ce n'était pas comme s'il avait eu son mot à dire. Ce n'était pas grave. De toute façon, le lit d'Isaac était bien plus confortable que le sien et pourtant, dieu sait qu'il avait coûté cher.

Stiles rit un peu nerveusement, gêné. Comment lui dire ? Finalement, après avoir réfléchi à toute allure durant une microseconde, les mots lui vinrent :

- Ma chérie, avec la famille, on doit discuter de trucs de grandes personnes. Ces trucs sont pas pour les jolies petites filles comme toi. Promis, tu pourras redescendre quand on aura fini, d'accord ?

Stiles avait préféré dire « famille », parce qu'il savait que ce mot était rassurant, et moins demandeur d'explications que « meute ». Amelia hocha la tête mais son visage garda un air perdu, voire embêté. Quelque chose n'allait pas et l'hyperactif le voyait. Il n'eut même pas besoin de poser la question, que la petite lui coupa l'herbe sous le pied :

- Je veux pas être toute seule…

Stiles se mordit la lèvre inférieure. Il serait bien monté mais apparemment, sa présence semblait indispensable, de ce que lui avait dit Derek. C'est alors qu'il eut une idée. Il prit la main d'Amelia et s'en alla demander à Malia si elle pouvait lui tenir compagnie à l'étage. Puisque la jeune femme était une coyote-garou, entendre la réunion depuis l'étage ne serait pas un problème. La fille de Peter grimaça un peu mais l'air diablement angélique d'Amelia la fit craquer. Personne ne pouvait lui résister. Alors, la jeune femme emmena déjà la petite à l'étage après que Stiles l'eut remerciée. Il poussa un soupir discret. Il n'était pas à son aise, vraiment.

Tout le monde était là, en soi. Même Scott. Heureusement, il se tenait à l'écart et c'était tant mieux. Stiles avait beau aller un peu mieux, il n'était pas encore en état de se confronter à Scott pour réparer leur amitié. Pas encore. Il voulait vraiment rester ami avec Scott et ne se voyait pas le rayer de sa vie juste… Juste parce qu'il lui avait fait peur. Simplement… Il n'y arriverait pas tout de suite. Il lui faudrait un peu de temps. Alors, il l'évitait. Quand il passait près de lui, Stiles tournait la tête ou bien s'en allait dans la direction opposée. Il gardait la tête basse, de peur de croiser le regard de l'alpha. La haine dans ses prunelles ébènes le hantait et la revoir foutrait un sacré coup à son moral déjà vacillant.

Vraiment trop peu à l'aise, Stiles chercha Derek du regard et le vit discuter avec Isaac. Il serra ses doigts autour de son téléphone. Il avait envie d'aller le voir, mais… Ne l'embêterait-il pas, à s'incruster dans la conversation alors que son loup ne voyait pas souvent celui qu'il considérait comme un louveteau ? Et puis, ils passaient littéralement les trois quarts de leur temps ensemble puisqu'il lui accordait, dans un sens, l'asile… Ils habitaient donc ensemble. Mais en même temps, se retrouver près de lui le rassurerait, vraiment. Ça l'aiderait à se dire qu'il avait sa place ici, avec tout le monde, qu'il n'était pas juste un adolescent dont les blessures l'avaient un peu éloigné de ses amis. Et pourtant, c'était le cas. Les récents évènements l'avaient conduit à se renfermer sur lui-même, à s'isoler, à rater plusieurs jours de lycée. Maintenant, lorsqu'il se retrouvait en compagnie même de quelques membres de la meute, ce n'était pas pareil. Ils avaient beau le mettre à l'aise, il y avait ce truc entre eux, une chose qui rendait leur relation… Plus artificielle, moins sincère. Stiles souffla et frictionna ses bras, recouverts par la veste qu'il avait enfilée avant l'arrivée des premiers membres de la meute, par peur qu'ils voient ses brûlures. Sans doute se faisait-il des films. Une chose était sûre, il réfléchissait trop, presque au point de se donner mal à la tête et c'était déjà usant.

- Stilinski ?

Stiles sursauta et tourna un peu brusquement la tête vers Jackson. Ce dernier le regarda, un sourcil haussé à un point tel qu'il pourrait concurrencer Derek. L'hyperactif corrigea sa pensée : personne ne pouvait rivaliser avec Derek, ni même avec le langage des sourcils.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as besoin de quelque chose ?

Parce que même s'il avait récemment découvert le côté « gentil » de Jackson qui l'avait en quelque sorte sauvé de la haine inconsidérée de Scott, l'hyperactif n'en demeurait pas moins sur ses réserves. Généralement, Jackson lui parlait peu. A vrai dire, on pouvait même dire « le moins possible ». Stiles pouvait le comprendre : entamer une discussion avec lui, c'était prendre le risque de se faire submerger par un flot de paroles très difficile à interrompre. Enfin ça, c'était avant. Avant que sa vie ne bascule à nouveau et que son hyperactivité devienne quasiment invisible. Elle était toujours là, tapie dans l'ombre, mais ses effets différaient. Au lieu de produire des monologues par milliers, Stiles enchaînait les silences. C'était intérieurement que son hyperactivité continuait de se montrait : ses réflexions étaient plus nombreuses et plus intenses.

- Tu vas bien ? Lui demanda simplement Jackson en fronçant les sourcils.

Stiles cacha sa surprise. Que Jackson s'enquière juste de son état était vraiment étonnant, surtout lorsque l'on connaissait leur passif tumultueux. Avant que le surnaturel ne débarque dans leurs vies, les deux jeunes gens se détestaient, allaient même jusqu'à ne supporter. Maintenant, en plus de faire partie de la même meute, ils étaient plus ou moins amis. Et pourtant, Stiles ne saurait pas dire si la balance penchait vers le moins ou vers le plus. Il ne parlait pas assez à Jackson pour savoir cela avec précision.

- Bien sûr, répondit-il tout naturellement.

Ce n'était pas un mensonge, pas vraiment. En soi, Stiles n'allait pas mal. Cependant, son cœur manqua un battement. Parce qu'il était anxieux et qu'il ne le disait pas. Ne pas être dans ce qui était censé être son élément était diablement perturbant, si bien qu'il n'arrivait vraiment pas à être à l'aise. S'il ne se retenait pas, peut-être aurait-il déjà commencé à se ronger les ongles. Tous ces gens autour de lui étaient ses amis et il semblait l'avoir oublié. Une chose était sûre, il n'était pas encore guéri. Ses blessures morales faussaient partiellement sa réalité. Aucun doute, Stiles était brisé. Et Jackson semblait l'avoir remarqué.

- T'es tranquille, ici. Tu devrais te détendre, personne va te sauter dessus, même l'autre, dit-il, faisant bien évidemment référence à Scott.

Stiles sembla réfléchir un instant et hocha timidement la tête. Presque aussitôt, il détourna le regard en se rendant compte que Jackson l'avait partiellement percé à jour. Était-il si transparent que cela ? Puis il se souvint.

- Vous les garous, vous êtes vraiment des tricheurs, râla-t-il. Impossible d'avoir son petit jardin secret avec vous.

Jackson esquissa un petit rictus et s'apprêtait à répondre lorsque le silence se fit soudain dans le loft, après que la porte ait coulissé en grinçant. Jordan Parrish, l'instigateur de la réunion, était arrivée. Lorsqu'il tourna la tête vers lui, Stiles comprit qu'il risquait de ne pas aimer ce qui allait suivre. Le policier était encore en uniforme, son arme à la ceinture et trimbalait une sacoche avec lui. Son air grave et tendu n'échappa à personne. Ses yeux étaient cernés et entourés de ces rides qui signifiaient qu'il en avait trop vu.

- Merci à tous d'être venus, dit-il. Derek, tu peux préparer l'ordinateur ?

Le loup s'exécuta et on l'aida à mettre en place l'installation propre à leurs réunions qui permettait à tout le monde de suivre. Sans qu'il sache trop pourquoi, Stiles sentit un frisson glacial traverser son épiderme et se tendit. Il avait vraiment un mauvais pressentiment. Son anxiété augmenta et il eut un léger sursaut lorsque la main de Jackson se posa sur son épaule dans une tentative maladroite de lui apporter une sorte de soutien. Stiles se fit la réflexion que le kanima avait dû sentir son anxiété. Même si le contact ne le mettait pas plus à l'aise – seul Derek avait ce pouvoir –, il lui sourit doucement pour le remercier. L'air de rien, c'était toujours agréable et bienvenu.

Jordan leur dit de prendre place sur les canapés et c'est ce qu'ils firent. Stiles s'assit au bout de l'un d'eux et Derek s'installa d'autorité à côté de lui, dans un mouvement rapide et naturel. Les autres suivirent. Scott se trouvait sur le canapé d'en face et Stiles s'obligea à ne pas le regarder. Déjà qu'il n'était pas extrêmement tranquille, s'il pouvait éviter de perdre tous ces moyens devant tout le monde, ça l'arrangerait. Il n'eut aucun sursaut lorsque Derek posa naturellement une main sur sa cuisse. C'était la sienne, alors ça allait. Ce simple contact le détendit un peu, lui permit de se décrisper assez pour s'installer un peu plus confortablement dans le canapé, toujours plus proche de Derek. Peu lui importait que la meute voie ou non leur proximité. A vrai dire, c'était le cadet de ses soucis actuellement.

- J'ai de nouveaux éléments concernant cette affaire dont nous avions commencé à parler il y a quelques temps. Cette affaire de serial-killer, précisa Jordan.

Il brancha une clé USB dans l'ordinateur et cliqua sur deux documents qui étaient en réalité des photos. Il s'agissait des deux premières victimes dont Jordan rappela l'identité et la situation sociale en plus de l'âge, sur lequel il appuya fortement. Jusque-là, aucune surprise. Par la suite, il fit afficher une troisième photo, celle du cadavre de Meadow. Même s'il était au courant, Stiles détourna aussitôt le regard, de peur de ne pouvoir retenir un haut-le-cœur s'il la regardait trop longtemps. C'était à peine s'il sentit les doigts de Derek se resserrer sur sa cuisse. Savoir qu'elle était morte était encore difficile à accepter pour l'hyperactif, surtout en sachant qu'elle laissait quelqu'un derrière elle, et pas des moindres : une petite fille de moins de dix ans répondant au doux nom d'Amelia. Et puis… C'était une amie de Stiles. Pas la plus proche, néanmoins… Assez pour que la douleur de sa mort soit difficile à supporter. Après tout, ce qu'ils avaient vécu les avait rapprochés, à tel point qu'il avait eu une confiance aveugle en elle tout comme elle. La preuve en était qu'elle lui avait confié sa fille, la prunelle de ses yeux.

Autour de lui, des exclamations de surprise. Bien sûr qu'ils la reconnaissaient. Sa présence les avait marqués et puis cela ne faisait que quelques jours qu'elle était venue. Tuée de la même manière que les deux autres victimes, son appartenance à la liste des sept victimes prédéfinies par le tueur était indéniable. Pourtant, Lydia souleva une objection :

- Pourquoi continue-t-on de s'occuper de cette affaire ? A ce que je sache, elle n'a pas l'air de concerner le surnaturel, le commissariat de Beacon Hills réussira à résoudre cette affaire tout seul.

La question était, en soi, légitime et Lydia ne l'avait pas posée méchamment. En fait, elle cherchait surtout à comprendre. Il y avait bien longtemps que la meute s'était mise d'accord avec Jordan et le shérif concernant les affaires criminelles : elle acceptait d'aider, à condition que les affaires soient concernées par le surnaturel. Autrement, leur présence n'était pas utile. Plusieurs des loups hochèrent la tête, y compris Peter.

- J'y viens.

Et ces simples mots prononcés d'un ton grave n'aidèrent pas à détendre l'atmosphère.

- Effectivement, cette affaire n'est en rien concernée par le surnaturel, continua Jordan. Néanmoins, je dois tout de même vous en faire part. Il est arrivé quelque chose. Le shérif Stilinski et mon coéquipier ne travaillaient pas aujourd'hui alors c'est moi qui ai dû réceptionner un colis étrange.

Le regard perdu dans le vague, le chien de l'enfer ne fit pas attention au fait que la meute était suspendue à ses lèvres et le regardait, attendant la suite. Il soupira lourdement et sembla alourdi par les responsabilités qui pesaient sur lui.

- Ce que je vais vous dire brise certaines règles de mon métier mais je me dis qu'il le faut.

Il soupira une nouvelle fois et prit une grande inspiration, comme pour se donner du courage. Il releva alors la tête et son regard se posa sur Stiles, ce que tout le monde remarqua. Jordan Parrish eut alors soudain désolé et personne ne comprit pourquoi. Parce qu'aucun membre de la meute ne pouvait comprendre, encore moins imaginer le débat intérieur qui l'avait agité durant de longues minutes lorsqu'il s'était trouvé au post, face à ce colis maudit. Ce qui le tua fut le regard perdu mais plein d'espoir de Stiles et il s'en voulut aussitôt alors qu'il n'avait encore rien dit. L'affaire concernant l'hyperactif hantait le policier, qui détestait les injustices. Stiles devait impérativement se reconstruire et prendre du temps pour lui. Il fallait qu'il se repose, qu'il ait le moins de soucis possible. Mais malheureusement, Jordan allait briser ses espoirs, espoirs qui avaient dû être tant de fois détruits dans son enfance que le policier s'en voulait par avance de devoir l'accabler un peu plus. Sans doute ses réflexions étaient-elles palpables puisque certains visages se tournèrent vers l'hyperactif qui, pour être honnête, ne comprenait pas grand-chose et sentait son stress monter.

- Dans ce colis, reprit Jordan d'une voix blanche, il y avait des photos. Une photo de chacune des trois victimes, mais également des quatre à venir.

On hocha la tête sans commenter, de peur de voir le chien de l'enfer stopper son récit. L'ambiance était tendue et il fallait quelque chose pour la désamorcer, mais ce n'était pas encore le moment. La meute devait savoir. En soi, pour le moment, ce que Jordan disait était, en soi, une bonne nouvelle. S'ils avaient les photos, il serait plus aisé de prévenir les cibles et de les protéger.

- Derrière chacune des photos se trouvent des séries de dates. La photo de la première victime comporte une date, celle de la deuxième, deux. La troisième en a trois.

Jordan fit une pause avant de reprendre :

- J'ai réussi à photographier chacune des photos et de l'envers, sur lequel se trouvent les dates. Toutes se trouvent au commissariat.

Il cliqua sur plusieurs dossiers et fit apparaître trois photographies sur l'énorme télévision. Les images montraient des gens à l'air insouciant qui ne semblaient même pas avoir remarqué qu'on les avait pris en photo sur le moment.

L'on ne remarqua pas la manière dont la mâchoire de Stiles se décrocha et la rapidité avec laquelle il devint blanc comme un linge. Des trois personnes affichées, il en connaissait deux. Il les reconnaissait très bien malgré les années qui avaient passé. Mais il devait sans doute rêver. Eux ? Impossible.

Bien que Jordan ait évidemment noté sa réaction, il ne dit rien. Cela viendrait un peu plus tard, il n'avait pas fini. En fait, il manquait « le plus important ». Le plus difficile à dire, la raison qui l'avait poussée à réunir la meute en urgence.

- Le tueur est censé avoir une liste de sept victimes, fit toutefois remarquer Isaac, intrigué, et là tu nous en as montré six.

- J'y viens, soupira encore Jordan. Comme je vous le disais, toutes les photos se trouvent au commissariat. Toutes, sauf une, que j'ai en quelque sorte… Volée pour que personne du commissariat ne tombe dessus.

- Personnellement, je ne vois toujours pas le lien avec le surnaturel, l'interrompit Peter, pragmatique. Pourquoi nous montrer tout ça ?

- Quand une affaire concerne un membre d'une meute, laissa tomber Jordan, toute la meute se retrouve concernée.

Scott fronça les sourcils et beaucoup l'imitèrent. Derek, de son côté, battait des records à ce niveau-là.

- De quoi tu parles ? Demanda Lydia, qui sentait que la suite n'allait pas beaucoup lui plaire.

Jordan inspira profondément pour se donner une nouvelle dose de courage. Ça y est, il y était : le voilà, le moment difficile qu'il redoutait tant. Être policier ne l'aidait pas vraiment à assumer cette lourde tâche qui était la sienne. Et pourtant, il le devait. Il n'avait pas le choix. Alors, il appuya sur une touche et une nouvelle photographie apparut.

Sur l'image, Stiles apparaissait, souriant, accroupi devant un chat errant qu'il semblait caresser avec douceur. Il était vêtu d'un jean bleu informe, de ses vieux sneakers et d'une chemise à carreaux rouges ouverte sur un t-shirt gris anthracite. Il semblait insouciant à tel point qu'il était difficile de l'imaginer ainsi tant il renvoyait peu cette image ces derniers temps.

Et pourtant, le sourire léger qu'il arborait donna des frissons à la meute. Elle provoqua l'horreur de la compréhension.

- C'est une blague ? Demanda Scott sur un ton qui n'appelait pas la discussion.

Si Stiles avait été un peu moins désarçonné par tout ça, sans doute se serait-il offusqué, pensant que Scott s'imaginait une plaisanterie de sa part à lui. Bouleversé, il ne dit rien et heureusement, puisqu'il se détrompait totalement sur la réaction de son meilleur ami qui, en réalité, ne voulait pas croire que l'hyperactif puisse réellement être pris pour cible. Sans un mot et le visage sombre, Jordan ouvrit sa sacoche et en sortit la version papier de la photographie, qu'il retourna lentement sous les yeux écarquillés de la meute.

Six dates étaient écrites au stylo noir sur le revers.

Jordan tourna la tête vers Derek et mima un petit « Je suis désolé » avec ses lèvres.

Et puis tout s'enchaîna.