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LE GUERRIER TOMBE AU COMBAT

La moto produisit un grondement sonore tandis que le groupe de sorciers décollait d'un même mouvement. George, sous l'apparence de Potter, se trouvait devant Megan, tous deux inconfortablement serrés sur le manche à balai. La jeune femme n'aurait jamais pensé se retrouver dans une telle proximité avec le corps de Potter et essayait tant bien que mal de mettre de la distance entre eux. Elle avait hâte d'arriver chez Kevan.

Ils montaient de plus en plus haut dans le ciel, le vent sifflait à leurs oreilles, puis soudain, surgissant de rien et de nulle part, une trentaine de silhouettes encapuchonnées, suspendues dans les airs, les cernèrent entièrement, formant un vaste cercle au milieu duquel les membres de l'Ordre s'étaient élancés, inconscients du danger. Des cris, des éclats de lumière verte de tous côtés. Megan brandit sa baguette. Une onde de choc frappa les Mangemorts qui se trouvaient à proximité d'elle et les projeta dans le vide où ils restèrent suspendus un instant avant que leurs capes ne prennent feu et qu'ils ne tombent en hurlant.

- Trop cool ! s'exclama George avec la voix impressionnée de Potter.

Megan tenta de tirer sur le manche du balai pour s'orienter de manière à affronter les autres Mangemorts qui attaquaient le reste du groupe, mais George l'en empêcha.

- Qu'est-ce que tu fous ? cria-t-elle pour couvrir le bruit du vent et des combats.

- On doit avancer !

- Tu déconnes ou quoi, on ne va pas les laisser se débrouiller tout seuls !

- C'est le plan, Meg, tout le monde doit aller jusqu'à sa cible ! Tout le monde va s'en sortir !

George se pencha sur le manche pour gagner de la vitesse, mais Megan tira dans l'autre sens en jetant un sort au Mangemort le plus proche, qui parvint à l'esquiver.

- Il est hors de question qu'on s'en aille ! s'écria-t-elle.

Elle voyait le Sombral sur lequel se trouvaient Remus et Hermione faire des embardées pour éviter les sortilèges qui les visaient. Des cris s'élevaient de toutes parts, entre terreur, colère et incantations. Megan savait qu'elle pouvait abattre tous les adversaires qui les encerclaient, mais au risque de blesser également ses amis qui se trouvaient à proximité, George y compris. De plus, ce dernier tirait le manche à balai de toutes ses forces pour l'obliger à s'éloigner des autres. Le temps qu'ils se hurlent dessus entre deux maléfices pour décider ce qu'il convenait de faire, le groupe des sept Potter s'était dispersé dans plusieurs directions à grand renfort de sortilèges, chacun filant de toute la vitesse de sa monture jusqu'à sa destination, poursuivis par de petits groupes de Mangemorts. George profita de l'incertitude de Megan pour plonger, leur évitant un trait rouge brûlant, et fuir en direction de Londres. La jeune femme dut se cramponner à la taille de son ami pour ne pas tomber du balai qui faisait démonstration de toute sa puissance, tout en continuant à jeter des sorts autour d'elle à l'aveugle pour tenter de se débarrasser de leurs propres poursuivants.

- Ils savaient qu'on serait là, dit-elle, le souffle court.

Tandis que George manœuvrait de son mieux le balai lourdement chargé, elle repoussait les Mangemorts qui se jetaient sur eux sans relâche. Ces derniers n'osaient toutefois pas utiliser l'Avada Kedavra, pas sur celui qui pouvait être le véritable Harry Potter et celle qui était visiblement la véritable Meganna Buckley. Les traits brûlants fusaient de part et d'autre Megan et George parvinrent à stupefixier plusieurs de leurs assaillants et à prendre de l'avance, mais une demi‑douzaine de Mangemorts les avaient pris en chasse. D'un même mouvement, ils firent un écart pour éviter un jet de lumière rouge qui siffla à leurs oreilles. Ils n'avaient jamais volé aussi vite, et les larmes dans leurs yeux les empêchaient de voir correctement où ils allaient tandis qu'ils zigzaguaient et changeaient d'altitude par à-coups. Heureusement, la puissance de l'Éclair de feu maintenait les Mangemorts à bonne distance, mais Megan ne parvenait pas à chasser de son esprit l'idée que ses amis étaient peut‑être en train de se faire massacrer.

Un sortilège lui brûla le bras et elle manqua de lâcher sa baguette.

- Endoloris ! s'écria un Mangemort qui venait de distancer ses camarades et se hissait presque à leur hauteur.

- Non !

Megan brandit sa baguette et dévia le jet qui frappa un autre Mangemort. La femme poussa un hurlement déchirant et bascula de son balai dans l'indifférence des autres. Ils n'étaient plus que quatre derrière eux, à leur jeter des sorts en rafales. Un autre des jets brûlants atteignit Megan dans le dos, déchirant son pull et entaillant profondément sa chair. Elle ravala un cri de douleur et se força à continuer à avancer.

- Megan, ça va ? s'alarma George en la sentant s'affaisser contre lui. Stupefix !

Il atteignit un autre Mangemort qui tomba de son balai mais se rattrapa dans sa chute à la jambe du jeune homme, les faisant basculer sous son poids. Megan, se cramponnant de justesse à George qui était douloureusement agrippé de toutes ses forces au manche du balai, pointa sa baguette sur l'intrus.

- Lashlabask !

Le sorcier lâcha la jambe de George et fut précipité dans le vide.

- On y est presque, souffla Megan.

Ils survolaient en effet déjà Londres, bien que la ville soit encore bien loin sous leurs combats. Les Moldus ne se doutaient rien, ne distinguant pas les traits de lumière au-dessus des nuages épais. Les trois Mangemorts restants gagnaient du terrain en forçant Megan et George à voler en zigzag pour éviter leurs sorts. Tous deux étaient couchés sur le manche du balai pour atteindre leur destination au plus vite tout en offrant à leurs adversaires la plus petite cible possible, lorsque Megan entendit l'incantation affreuse :

- Sectumsempra !

Avec horreur, Megan vira de toutes ses forces sur sa droite, repoussant les images qui remontaient en elle du soir où Potter avait jeté ce maléfice à Draco, qui s'était vidé de son sang sur le carrelage sous son regard impuissant, mais elle n'avait pas été assez rapide. Le sortilège érafla le visage de George, qui poussa aussitôt un hurlement de douleur horrible.

- NON ! SNAPE, SALE TRAÎTRE ! rugit Megan.

Du sang jaillissait du côté gauche du visage de George sous l'apparence de Potter, se répandant sur leurs vêtements. Il s'était affaissé de tout son poids en avant, faisant plonger le balai. Les mains poisseuses, Megan ne pouvait pas tenir sa baguette, George et le balai à la fois. Renonçant à regret furieux à faire payer au Prince de Sang-Mêlé ce qu'il venait de faire, elle rassembla toutes ses forces pour reprendre le contrôle du balai et maintenir George dessus pour lui épargner une chute vertigineuse et mortelle. Leur plongée incontrôlée avait creusé la distance avec leurs poursuivants, mais ceux-ci allaient bientôt les rattraper. Ils n'étaient plus qu'à quelques kilomètres de l'appartement de Kevan.

- Ça va aller, George, ça va aller, on est presque arrivés ! haleta-t-elle pour se donner du courage.

George en effet ne semblait plus en mesure de l'entendre, écroulé contre elle, le visage livide. Soudain, Megan ressentit sa présence. Avec le temps, il lui était devenu de plus en plus facile d'identifier cette sensation affreuse au creux de son estomac qui se diffusait dans ses membres comme un poison. Les yeux écarquillés, elle se retourna. Voldemort volait comme un nuage de fumée dans le vent, sans balai ni Sombral pour le soutenir, sa tête de serpent se détachant dans l'obscurité, ses doigts pâles levant sa baguette. Elle savait ce qu'il allait faire. Son corps se rappelait parfaitement la brûlure insoutenable du sortilège Doloris. Elle ne serait plus capable de soutenir George, qui basculerait dans le vide. Ils tomberaient entre les mains des Mangemorts, et il serait tué, et elle torturée de nouveau. Dans un sursaut de rage désespérée, Megan parvint à dévier le sortilège impardonnable. Mais alors que Voldemort levait le bras et s'apprêtait à frapper de nouveau, il s'interrompit.

- Je m'occuperai de toi plus tard, siffla-t-il de sa voix hideuse.

Voldemort, Snape et les autres Mangemorts firent alors volte-face et disparurent. Megan ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer, mais elle n'était pas en mesure de s'en inquiéter. Le sang continuait de couler à flots du visage de George, et elle était épuisée de le maintenir sur le balai. Heureusement, ils étaient enfin arrivés. Ils percèrent les protections magiques qui entouraient l'appartement de Kevan. Lorsque les pieds de Megan touchèrent le sol du jardin, ses jambes se dérobèrent sous elle, et elle sentit le poids du corps de George l'écraser. Il avait repris son apparence.

- Megan ! s'écria Kevan, horrifié, en ouvrant la porte vitrée à la volée.

- Je vais bien, souffla-t-elle lorsqu'il souleva George pour la laisser respirer. George… Il faut l'emmener…

Rassuré de retrouver sa petite amie en vie et de constater que le sang sur leurs vêtements n'était pas le sien, Kevan resta stoïque en découvrant l'état de son ami. Il sortit sa baguette et prononça plusieurs incantations, mais aucune ne fut suivie d'effet.

- Non, tu ne peux pas… C'est le Sectumsempra… Snape… Il faut l'emmener. Je dois l'emmener.

Elle essayait de se remettre debout mais ses membres tremblaient et refusaient de la soutenir. Elle rampa presque jusqu'à George.

- Le Portoloin, souffla-t-elle.

- Il part dans une minute, mais Megan tu n'es pas en état, contesta Kevan.

- Je dois l'emmener !

Au milieu de l'océan de douleur et de peur dans lequel elle baignait, elle n'avait qu'une seule certitude : l'Ordre pourrait soigner George, mais il fallait pour cela qu'elle atteigne le Terrier. Elle ne pouvait pas s'arrêter avant d'avoir atteint ce but.

Face à la résignation furieuse de Megan, Kevan lui tendit à contrecœur le vase ébréché qui les attendait. Elle savait qu'il bouillait de ne pas les accompagner, mais elle ne pouvait pas prendre le risque de le laisser venir au Terrier. Les Mangemorts savaient qu'ils déplaceraient Potter ce soir. Quelqu'un avait trahi ce secret. Hors de question de jeter Kevan au milieu de ce drame, et il n'était pas membre de l'Ordre du Phénix. Il devait rester en dehors de tout ça, et elle ressentit pour lui un élan d'affection intense lorsqu'elle leva les yeux vers lui au moment où le Portoloin les emportait et qu'il les regarda partir sans un mot, respectant douloureusement la distance qu'elle lui imposait.

Pour la seconde fois de la soirée, Megan atterrit rudement dans un jardin. Là encore, il y eut aussitôt des cris. Rassemblant les forces qui lui restaient, Megan se redressa et aperçut Potter – visiblement le vrai – qui se précipitait vers eux.

- George, souffla-t-elle. Il faut s'occuper de George.

Ginny était là aussi. Avec son aide, Potter souleva le corps du jeune homme et ils l'emportèrent à l'intérieur du Terrier. Megan s'effondra alors dans l'herbe, ne parvenant plus à contrôler les tremblements compulsifs de son corps. Si George mourait, elle en serait responsable. Elle n'était venue ce soir que pour les protéger, et elle avait échoué. Les autres étaient-ils parvenus à s'échapper ? Elle se redressa lentement sur les genoux et regarda autour d'elle. Elle était seule à l'extérieur. À quelques mètres du vase ébréché, elle vit un bidon d'huile rouillé, qui devait lui aussi être un Portoloin. Ron et Tonks devaient arriver avant elle. Résolue à vérifier que son meilleur ami avait survécu à l'embuscade, elle parvint à se hisser sur ses pieds et tituba jusqu'à la maison et croisa Hagrid qui arrivait en sens inverse.

- Megan ! s'écria-t-il. Je te cherchais ! George-

- Comment il va ? murmura-t-elle.

- Il a… Il a perdu une oreille.

L'information fit son lent chemin dans l'esprit de Megan. George n'était pas mort. Mais il était défiguré, comme Bill. Mais il n'était pas mort.

- Où sont les autres ?

- Tu es couverte de sang, tu es blessée ? s'alarma le demi-géant.

- Hagrid, où sont les autres ?

- Je ne sais pas, on est les seuls à être arrivés.

- Il faut aller les chercher.

- Ça ne va pas la tête ? On reste ici, et on attend qu'ils arrivent. De toute façon, tout le monde est très loin d'ici.

- On sait où ils doivent arriver, on peut transplaner !

- Pas avec les protections autour de leurs maisons, non, et puis ce serait s'exposer inutilement !

- Inutilement ? hurla Megan. Si mes amis sont en train de se faire tuer, ce qui est inutile c'est de rester ici !

- Personne n'est en train de se faire tuer, ça suffit ! tonna Hagrid. Le plan, c'est le plan !

Évidemment, il avait raison. Même si Megan transplanait à proximité de chacune des maisons où ses amis devaient se rendre, elle n'avait aucune garantie de pouvoir leur venir en aide, et elle ne ferait que risquer de retomber elle-même entre les mains des Mangemorts. Le trajet et les combats l'avaient épuisée. Hagrid profita de son hésitation pour la pousser à l'intérieur du Terrier jusque dans le salon.

George avait été allongé sur le canapé, et sa mère était penchée sur lui sous le regard terrifié de Ginny et de Potter. Megan sortit aussitôt sa baguette de sa poche et la pointa sur le garçon qui ouvrit de grands yeux.

- Megan ! s'écria Hagrid. Qu'est-ce que tu fais ?

- Prouve-moi que tu es bien Potter, gronda la jeune femme sans accorder d'attention au demi‑géant. Quelqu'un nous a trahis. Prouve-moi que tu es bien Potter !

- Dans la Chambre des Secrets, Riddle t'a appelé sa fille en Fourchelang, bégaya le garçon, qui était passé de la colère à la précipitation en comprenant que Megan n'était pas en train de dévoiler une autre allégeance mais ne faisait que son devoir.

Elle baissa sa baguette. Il disait la vérité. Megan se souvenait avoir entendu le souvenir de Voldemort prononcer ces mots lorsqu'elle mourrait empoisonnée par le venin du Basilic, mais elle n'était pas certaine qu'il les ait bien prononcés, prise dans les tourments du poison. Rien d'étonnant à ce que Potter n'ait pas oublié ce moment et qu'il s'agisse de la première chose à laquelle il ait pensé.

- À quoi ça rime ? rugit Hagrid en s'interposant entre les deux sorciers.

- On doit vérifier, répondit Megan en se laissant tomber sur un des fauteuils. Vous le savez, Hagrid, on doit vérifier.

Elle parlait d'une voix éteinte, le regard rivé sur George. Molly n'avait pas bronché, toujours penchée sur le corps inanimé de son fils, mais Ginny les observait d'un œil méfiant.

- Alors pourquoi tu ne vérifies pas si je suis bien moi ? insista furieusement Hagrid.

- Vous êtes un demi-géant, le Polynectar ne marcherait pas sur vous.

- Aucun membre de l'Ordre n'aurait révélé à Voldemort que nous déménagions cette nuit, intervint Potter. Voldemort ne m'a rattrapé qu'à la fin. Au début, il ignorait lequel des sept Potter était le bon. S'il avait été au courant du plan, il aurait su dès le départ que j'étais avec Hagrid.

- Voldemort t'a rattrapé ? répéta Megan en se réanimant soudain.

- Oui… On était en train de fuir les Mangemorts avec Hagrid, et puis… Je ne sais pas, à un moment ils ont crié « c'est lui, c'est lui le vrai » et ils sont partis. On pensait que c'était terminé, on était presque chez les Tonks, mais il est arrivé.

- Ils t'ont reconnu ? Comment ?

- J'ai…, hésita Potter en fronçant les sourcils comme pour se rappeler dans quel ordre les événements s'étaient déroulés. J'ai aperçu Stan Rocade… Vous savez, celui qui conduisait le Magicobus. Et j'ai essayé de le désarmer au lieu de… Il n'est pas conscient de ses actes, vous comprenez ? Il a dû subir le sortilège de l'Imperium !

Megan ouvrit des yeux écarquillés de colère.

- Tu as essayé de le désarmer ? répéta-t-elle. Tu te fous de moi ? Ils étaient là pour nous tuer ! Si tu n'es pas capable de tuer, tu aurais dû au moins le stupéfixier !

- Nous étions à des centaines de mètres d'altitude ! Stan n'est plus lui-même, si je l'avais stupéfixé, il serait tombé et serait mort aussi sûrement que si j'avais employé Avada Kedavra ! Expelliarmus m'a permis d'échapper à Voldemort, il y a deux ans, ajouta Potter d'un ton de défi.

- Oui, je me souviens ! Comme tous les autres Mangemorts qui étaient dans le cimetière ! Tout le monde se souvient que pour te défendre contre Voldemort tu as utilisé Expelliarmus, sombre crétin ! Faire la même chose ce soir, devant des Mangemorts qui avaient assisté à la scène la première fois, ou qui en avaient entendu parler, c'était complètement stupide !

- Alors, tu penses que j'aurais dû tuer Stan Rocade ? répliqua Potter avec colère.

- Évidemment ! Tu es supposé te battre, c'est pour ça qu'on a tous risqué notre vie ce soir ! rugit Megan en désignant George. Expelliarmus c'était le meilleur moyen pour tout faire échouer !

Potter la dévisagea avec fureur mais également une once de culpabilité. Il savait qu'elle avait raison. Au fond d'elle, Megan ne pouvait toutefois renier qu'elle avait eu de la chance que Voldemort découvre lequel était le vrai Potter, sans quoi il aurait eu raison d'elle et de George.

- Je n'ai pas l'intention de faire exploser les gens qui se trouvent sur mon chemin, simplement parce qu'ils sont là, déclara Potter avec un air de défi. Ça, c'est le travail de Voldemort.

Hagrid s'assit sur une chaise qui s'effondra sous son poids, ce qui évita à Megan de répondre. Au milieu des jurons mêlés d'excuses que le garde-chasse se mit à proférer, Megan entendit du bruit à l'extérieur. Aussitôt, elle se rua dehors, talonnée par Ginny et Potter.

Deux silhouettes venaient d'apparaître dans la cour : Hermione, qui reprenait son apparence normale, et Remus, tous deux agrippés à un cintre tordu. Hermione se jeta dans les bras de Potter, mais Remus ne manifesta aucun plaisir à les retrouver. Il leva sa baguette et la pointa sur la poitrine de Megan sous le cri effrayé de Hermione.

- Le cadeau que nous t'avons offert avec Sirius, dit-il seulement.

Pour toute réponse, Megan leva sa main gauche, faisant scintiller à la lumière qui filtrait par les fenêtres du Terrier les alliances qu'elle portait au majeur et au pouce – celles de ses parents.

Remus tourna ensuite sa baguette vers Potter.

- C'est lui, Megan a vérifié, dit Ginny.

Le loup-garou jeta un coup d'œil à Megan, qui acquiesça.

- D'accord, d'accord. Mais quelqu'un nous a trahis ! Ils savaient que c'était ce soir !

- Oui, mais ils ignoraient qu'il y aurait sept Harry, précisa Ginny.

- Tu parles d'une consolation ! Qui d'autre est revenu ?

- Seulement George, Hagrid, Potter et moi, répondit Megan d'une voix sourde.

Hermione étouffa un gémissement derrière sa main.

- Qu'est-ce qui vous est arrivé, à vous ? s'enquit Megan.

- Poursuivis par cinq Mangemorts, on en a blessé deux, peut-être tué un, débita Remus d'un ton las, et on a également vu Voldemort. Il a rejoint les autres à mi-chemin, mais il a disparu peu après. Il… Il arrive à –

- Voler, acheva Potter. Moi aussi, je l'ai vu, il nous a attaqués, Hagrid et moi.

- C'est donc pour ça qu'il est parti. Mais qu'est-ce qui l'a décidé à changer de cible ?

- Potter a cru bon de jeter un Expelliarmus à Stan Rocade au lieu de se battre, gronda Megan.

- Stan ? répéta Hermione. Je croyais qu'il était à Azkaban ?

Remus laissa échapper un rire sans joie.

- Hermione, il y a de toute évidence eu encore plus d'évadés d'Azkaban que le peu d'information qu'on a pu recueillir, le ministère interdit d'en parler. J'ai reconnu Travers dont le capuchon a glissé lorsque je lui ai jeté un maléfice. Or, il est censé être derrière les barreaux, lui aussi. Mais toi, Megan, que t'est-il arrivé ? Où est George ?

- Il a perdu une oreille.

- Perdu une…, répéta Hermione d'une voix aiguë.

- Snape, précisa Megan entre ses dents serrées.

- Snape ! s'écria Potter. Vous ne m'aviez pas dit que… ?

- Je n'ai pas pu l'abattre, regretta Megan. Tout ce que je pouvais faire, c'était maintenir George sur le balai. Il perdait tellement de sang…

Dans l'obscurité, une lueur bleue jaillit soudain, de plus en plus grande, de plus en plus brillante. Une chaussure de tennis apparut, tournoyant sur elle-même, puis tomba au sol dans un bruit sourd. L'absence de ceux qui devaient arriver avec ce Portoloin résonna sinistrement en eux.

- Papa, murmura Ginny.

Elle fit alors demi-tour et retourna à l'intérieur auprès de son frère sans un mot, la gorge nouée. Potter la suivit. Un grand silence tomba sur Megan, Hermione et Remus tandis qu'ils levaient les yeux vers le ciel. Il n'y avait aucun signe de mouvement, seules les étoiles leur rendaient leurs regards, impassibles, indifférentes, jamais obscurcies par les ombres volantes de leurs amis. Où était Ron ? Où étaient Fred et Arthur ? Où étaient Bill, Fleur, Tonks, Fol Œil et même Fletcher ? Les minutes passèrent avec la lenteur d'une année.

- Megan, tu es blessée, dit Hermione en baissant les yeux sur sa meilleure amie.

Dans le chaos de leur soirée, la jeune femme avait oublié la douleur lancinante de son dos et de son bras, là où les sortilèges l'avaient atteinte.

- C'est rien, marmonna-t-elle en tirant sur son pull pour dissimuler les plaies.

Hors de question de se préoccuper de ses égratignures en buvant une boisson chaude alors que tout le monde n'était pas encore rentré. Elle voyait Hermione jeter des regards inquiets en direction de la maison où Molly soignait George, sans oser s'y rendre. Megan était certaine qu'elle n'irait nulle part tant que Ron ne serait pas revenu.

Il y eut un grand craquement sonore à une centaine de mètres. Aussitôt, les trois sorciers brandirent leurs baguettes, mais ce n'étaient pas des Mangemorts. Fred et Arthur pénétrèrent dans la cour, le teint pâle mais bien vivants. Megan sentit le soulagement l'envahir et elle sauta au cou de Fred.

- Content de te voir, sourit le jeune homme. Eh oh, c'est quoi ça, Lupin ?

Le loup-garou avait pointé sa baguette sur Arthur.

- Simple mesure de sécurité, l'assura Remus.

- Bien sûr, acquiesça Arthur, mais son regard se posa alors sur Megan. Tu es couverte de sang, ajouta-t-il alors en blêmissant.

- Ce n'est pas le mien. C'est…

Impossible de terminer sa phrase. De toute manière, Arthur et Fred n'eurent pas besoin de mots. Ils se précipitèrent alors vers le Terrier, poursuivis par Remus qui n'avait pas eu le temps de s'assurer de leur identité et tenta de les empêcher d'entrer.

- Je te prouverai qui je suis lorsque j'aurai vu mon fils et maintenant, laisse-moi passer si tu tiens à ta santé !

Jamais encore Megan n'avait vu Arthur hurler ainsi. Il repoussa violemment Remus et s'engouffra dans la maison, son fils sur les talons. Megan se précipita à leur suite, laissant Hermione seule dehors avec le loup-garou.

- Arthur ! sanglotait Molly. Oh, le ciel soit loué !

- Comment va-t-il ?

Lorsque Megan entra à son tour dans le salon, Arthur se laissait tomber à genoux à côté du canapé. Molly avait arrêté l'hémorragie, et à la lueur de la lampe, Megan vit une ouverture nette et béante, à l'endroit où s'était trouvée l'oreille de George.

Pour la première fois depuis que Megan le connaissait, Fred semblait à court de mots. Penché par‑dessus le dossier du canapé, il regardait bouche bée la blessure de son frère jumeau, comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Peut-être éveillé par le bruit, George remua.

- Comment te sens-tu, Georgie ? murmura Molly, émue de le voir enfin reprendre conscience.

Les doigts de George cherchèrent à tâtons le côté de sa tête.

- Comme un saint, murmura-t-il.

- Qu'est-ce qu'il a ? croassa Fred, l'air terrifié. Il est devenu fou ?

- Comme un saint, répéta George qui ouvrit les yeux et regarda son frère. Tu vois, j'ai une oreillole. Une oreillole, Fred, tu as compris ?

Molly sanglota de plus belle. Le teint pâle de Fred se colora soudain, et Megan sentit le soulagement détendre chacun de ses muscles, ce qui lui fit prendre conscience de l'état de tension dans lequel elle se trouvait jusqu'alors.

- Consternant. Absolument consternant ! déplora Fred. Le vaste horizon des plaisanteries liées aux oreilles s'ouvrait largement devant toi et tu ne trouves rien de mieux que oreillole ?

- Bah, au moins, répliqua George en souriant à sa mère ruisselante de larmes, tu n'auras plus aucun mal à nous reconnaître, maintenant.

Il jeta un regard autour de lui.

- Salut, Harry… Tu es bien le vrai Harry ?

- Oui, c'est moi, assura Potter en s'approchant du canapé.

- Au moins, on t'a ramené en bon état, dit George. Meg, salut… Tu as une sale tête. Pourquoi Ron et Bill ne sont-ils pas réunis autour de mon lit de douleur ?

- Ils ne sont pas encore revenus, répondit Megan d'une voix sourde.

Le sourire de George s'effaça. Discrètement, Ginny et Potter quittèrent le salon. Megan savait que Hermione et Remus veillaient toujours dehors, attendant leur autre moitié. Megan se sentait fracassée en bien plus que deux morceaux.

- Ils ne vont pas tarder, affirma George avec un optimisme feint qui ne trompa personne.

- C'est certain, acquiesça Hagrid.

Il se tenait à côté des débris de sa chaise que personne n'avait pris le temps de réparer, n'osant plus rien toucher de peur de détruire d'autres meubles, courbé en avant pour ne pas heurter le plafond.

- Je ne comprends pas, reniflait Molly. Comment se fait-il que vous ayez été attaqués…

- Quelqu'un nous a trahis, répondit Megan. Quelqu'un savait qu'on bougerait Potter ce soir. Et quand je saurai de qui il s'agit…

Elle n'eut pas besoin de terminer sa phrase. Elle espérait qu'il s'agissait de Fletcher.

Tandis que Molly appliquait un bandage autour de la tête de George, Ginny fit irruption dans le salon.

- Maman ! Papa ! Ron vient d'arriver, il va bien !

Un profond soupir de soulagement s'éleva dans la pièce.

- Et Tonks ? s'enquit Molly.

- Oui, indemnes tous les deux ! Elle dit que Ron a été « absolument merveilleux ».

- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, rit doucement Fred. Aller, allez-y, je vais surveiller l'humour douteux de George pendant ce temps-là.

Il n'en fallut pas moins à Molly et Arthur, qui se relevèrent et se précipitèrent dehors pour retrouver leur plus jeune fils, suivis de Ginny.

- Vas-y aussi, l'incita George.

Megan hésita un instant, mais elle avait très envie de voir Ron en vie. Elle quitta la maison d'un pas lourd, oppressée par l'absence de ceux qui n'étaient pas encore rentrés. Mais dès qu'elle sortit dans la cour, il y eut une explosion de cris : un Sombral venait de surgir dans les airs et atterrit à quelques mètres du groupe. Bill et Fleur en descendirent, se laissant glisser du dos de la créature, échevelés mais vivants. Megan se mit à courir vers eux.

- Bill ! Merci, ciel !

Molly se jeta dans les bras de son fils, mais l'étreinte de Bill resta très formelle. Regardant son père dans les yeux, il annonça :

- Fol Œil est mort.

Personne ne parla, personne ne bougea. Megan fut stoppée dans son élan et s'arrêta d'avancer, quelques mètres derrière le reste du groupe.

- Nous l'avons vu, poursuivit Bill.

Fleur hocha la tête, des traces de larmes luisant sur ses joues à la lumière qui filtrait par la fenêtre de la cuisine.

- Ça s'est passé alors que nous venions de forcer le cercle des Mangemorts. Fol Œil et Dung étaient près de nous, ils allaient vers le nord, eux aussi. Voldemort – il arrive à voler, maintenant – a foncé droit sur eux. Dung a paniqué, je l'ai entendu crier, Fol Œil a essayé de l'arrêter mais il a réussi à transplaner. Le maléfice de Voldemort a atteint Fol Œil en pleine tête. Il a été projeté en arrière et il est tombé de son balai… Nous ne pouvions rien faire, rien, nous avions une demi-douzaine de Mangemorts à nos trousses.

La voix de Bill se brisa.

- Bien sûr que vous ne pouviez rien faire, dit Remus.

Ils restèrent tous immobiles, échangeant des regards. Megan n'avait toujours pas bougé. L'un d'eux était mort. Fol Œil était mort. C'était impossible. Fol Œil, si coriace, si résistant, l'incarnation du survivant. Megan sentait sa baguette dans sa poche et des fourmis dans le bout de ses doigts. Elle avait envie de se ruer en dehors des protections qui entouraient le Terrier, de sauter sur son balai et de retrouver ces Mangemorts qui les avaient attaqués, leur faire payer très cher la vie qu'ils venaient de prendre. Pourtant, toujours sans un mot, elle suivit les autres qui retournèrent dans la maison : il n'y avait plus personne à attendre.

Dans le salon, Fred et George riaient ensemble.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Fred en scrutant leurs visages lorsqu'ils furent entrés. Qu'est‑ce qui s'est passé ? Qui est…

- Fol Œil, répondit Arthur. Mort.

Le choc de la nouvelle transforma les sourires des jumeaux en grimaces. Personne ne semblait savoir quoi faire. Tonks pleurait silencieusement dans un mouchoir. Fol Œil avait célébré son mariage sept jours plus tôt. Hagrid, qui s'était laissé tomber par terre, dans un coin de la pièce un peu plus spacieux, se tamponnait les yeux avec un mouchoir de la taille d'une nappe. Bill alla prendre dans le buffet une bouteille de whisky Pur Feu et des verres.

- Tenez, dit-il.

D'un mouvement de sa baguette, il envoya douze verres pleins à travers la pièce, en direction de chacun d'eux et leva le treizième.

- À Fol Œil.

- À Fol Œil, répétèrent-ils en chœur avant de boire leurs verres.

- À Fol Œil, lança à son tour Hagrid, un peu en retard, et avec un hoquet.

Le whisky Pur Feu brûla la gorge de Megan.

- Alors, Fletcher a disparu ? dit-elle après avoir vidé son verre d'un trait.

L'atmosphère changea aussitôt. Tout le monde sembla tendu, les yeux fixés sur elle. Il lui sembla qu'ils voulaient à la fois l'entendre continuer tout en redoutant un peu ce qui allait suivre.

- Je sais ce que vous pensez, répondit Bill, et moi aussi, je me suis posé la question en revenant ici. On aurait dit qu'ils nous attendaient, non ? Mais Mundungus ne peut pas nous avoir trahis. Les Mangemorts ne savaient pas qu'il y aurait sept Harry, ils ont été pris au dépourvu en nous voyant apparaître. Dung était là quand on a élaboré ce plan. Pourquoi alors ne leur aurait-il pas révélé ce point essentiel ? Je crois plutôt qu'il a paniqué, c'est aussi simple que cela. Dès le début, il ne voulait pas venir avec nous, mais Fol Œil l'y a obligé et Vous-Savez-Qui a foncé droit sur eux : il y a de quoi provoquer la panique chez n'importe qui.

- Vous-Savez-Qui a agi exactement comme l'avait prévu Fol Œil, remarqua Tonks en reniflant. Fol Œil avait dit qu'il penserait que le vrai Harry se trouverait avec l'Auror le plus coriace, le plus habile. Il a donc poursuivi Fol Œil en premier et quand Mundungus s'est trahi, il s'est reporté sur Megan.

- Oui, eh bien, c'est très gentil, tout ça, coupa Fleur, mais ça n'explique pas comment ils ont su qu'on transférait Arry cette nuit, non ? Il y a sûrement eu une négligence. Quelqu'un a laissé échapper la date prévue en présence d'un tiers. C'est la seule façon d'expliquer qu'ils aient été au courant de la date mais pas des détails du plan.

Son beau visage toujours marqué par des traces de larmes, elle leur jeta à tous un regard noir, les mettant silencieusement au défi de la contredire. Personne ne s'y risqua. Seuls les hoquets de Hagrid, caché par son mouchoir, troublaient le silence. Hagrid qui, un jour, avait par inadvertance livré à Voldemort une information cruciale en échange d'un œuf de dragon…

- Non, s'écria Potter d'une voix forte.

Tout le monde se tourna vers lui, surpris.

- Je veux dire… Si quelqu'un a commis une erreur et a laissé échapper quelque chose, ce n'était pas volontaire, poursuivit-il d'une voix plus forte qu'à l'accoutumée. Ce n'est pas sa faute. Nous devons avoir confiance les uns dans les autres. J'ai confiance en chacun de vous, je ne crois pas que quiconque dans cette pièce m'aurait vendu à Voldemort.

Un nouveau silence suivit ses paroles. Tout le monde le regardait. Il but encore un peu de whisky.

- Bien dit, Harry, déclara Fred, inopinément.

- Il faut toujours lui prêter une oreille attentive, ajouta George avec un petit clin d'œil à Fred dont le coin de la bouche tressaillit.

Megan et Remus n'étaient pas de cet avis. Ils observaient Potter avec pitié. Le garçon finit par s'en apercevoir.

- Vous pensez que je suis un imbécile ? demanda-t-il avec force.

- Non, je pense que tu es comme James, répondit Remus. James aurait considéré la méfiance à l'égard de ses amis comme le comble du déshonneur.

- Et pourtant, James Potter avait été trahi par l'un de ses meilleurs amis, Peter Pettigrew.

Avant que Potter puisse répliquer furieusement, Remus se détourna de lui en posant son verre vide sur une petite table et s'adressant à Bill :

- Il y a un travail à faire, je peux demander à Kingsley si…

- Non, l'interrompit Bill. Je m'en occupe. Je vais venir avec toi.

- Où allez-vous ? interrogèrent Tonks et Fleur d'une même voix.

- Le corps de Fol Œil, répondit Remus. Nous devons le retrouver.

- Est-ce qu'on ne pourrait pas… ? commença Molly en jetant à Bill un regard implorant.

- Quoi ? s'exclama Bill. Tu préfères que ce soient les Mangemorts qui s'en emparent ?

Personne ne prononça un mot. Remus et Bill prirent congé et partirent ensemble. Les autres se laissèrent tomber sur des chaises ou dans des fauteuils, à part Potter qui resta debout.

- Il faut que j'y aille aussi, déclara-t-il.

Une dizaine de regards surpris se tournèrent vers lui. Megan leva les yeux au ciel.

- Ne sois pas stupide, Harry, répliqua Molly. De quoi tu parles ?

- Je ne peux pas rester, affirma-t-il en se frottant le front. Vous êtes tous en danger tant que je suis ici. Je ne veux pas…

- Arrête de dire des bêtises ! protesta Molly. L'objectif, ce soir, était de t'amener dans cette maison sain et sauf, et ciel merci, ça a marché. Fleur a même accepté de se marier ici plutôt qu'en France, nous avons tout organisé pour pouvoir rester ensemble et veiller sur toi…

- Si Voldemort découvre où je suis…

- Comment le découvrirait-il ?

- Il y a une douzaine d'endroits où tu pourrais te trouver en ce moment, Harry, ajouta Arthur. Il n'a aucun moyen de savoir dans quelle maison tu es.

- Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète ! s'exclama Potter.

- Nous le savons, répondit Arthur d'un ton calme. Mais tous les efforts que nous avons faits ce soir n'auraient plus beaucoup de sens si tu partais.

- Tu n'iras nulle part, grogna Hagrid. Et puis quoi, encore, après tout ce qu'on a subi pour t'amener ici ?

- Ouais, pense un peu à mon oreille, lança George en se redressant sur ses coussins.

- Je sais que…

- Fol Œil n'aurait pas voulu…

- JE LE SAIS ! hurla Potter.

Ils l'observaient tous et il avait l'air d'une bête sauvage acculée par des chasseurs. Megan se fichait bien qu'il s'en aille, au contraire. Tout le monde était convaincu de son importance capitale dans le combat contre Voldemort parce que Dumbledore l'avait déclaré ainsi, mais personne ne se posait plus de questions sur le rôle qu'il devait vraiment jouer.

S'installa un long silence qui fut enfin brisé par Molly :

- Où est Hedwig, Harry ? lui demanda-t-elle d'un ton conciliant. Nous pourrions la mettre avec Pigwidgeon et Eleyna et lui donner quelque chose à manger.

Sans répondre, Potter but ce qui lui restait de whisky. Il avait sa chouette lorsqu'il avait quitté le 4, Privet Drive, plus tôt dans la soirée. Megan comprit qu'elle n'avait pas survécu au trajet.

- Attends un peu qu'on sache que tu y es arrivé encore une fois, lança Hagrid, comme pour faire diversion. Que tu lui as échappé, que tu as réussi à le battre alors qu'il était à tes trousses !

- Ce n'était pas moi, répondit Potter d'un ton catégorique. C'était ma baguette. Ma baguette a agi toute seule.

Un silence consterné accueillit cette déclaration. Megan se resservit un verre de whisky. Au bout d'un moment, Hermione lui fit remarquer avec douceur :

- C'est impossible, Harry. Tu veux sans doute dire que tu as lancé un sortilège sans t'en rendre compte, que tu as réagi instinctivement.

- Non. La moto tombait, j'aurais été incapable de savoir où était Voldemort. Mais ma baguette a tourné d'elle-même dans ma main, elle l'a trouvé toute seule et lui a jeté un sort. Ce n'était même pas un sort que je connaissais. Je n'avais encore jamais fait jaillir des flammes dorées.

- Souvent, intervint Arthur, quand on est soumis à une pression intense, on arrive à produire des phénomènes magiques dont on ne se serait jamais douté. Les petits enfants le découvrent parfois avant d'avoir rien appris…

- Ce n'était pas cela, coupa Potter, les dents serrées.

Personne ne parla. Personne ne croyait à sa nouvelle histoire. Les baguettes ne jetaient pas des sorts toutes seules. Marmonnant qu'il avait besoin d'air frais, Potter finit par poser son verre et quitter la pièce, laissant Megan, Hermione, Fleur, Tonks et les Weasley s'observer avec inquiétude.

- Fol Œil est mort, murmura la Métamorphomage.