5
LE TESTAMENT DE DUMBLEDORE
Réveillée avant Hermione et Ginny, Megan s'extirpa de la petite chambre où elles étaient entassées et descendit à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner en compagnie de Bill et de Monsieur Delacour. Il y avait une pile de cadeaux sur la table, destinés à Potter. Elle n'y ajouta rien.
6 Megan, se réjouit Molly, debout devant sa poêle à frire. Installe-toi, ma chérie, j'ai préparé du lard.
Un confort qui lui manquerait beaucoup lorsqu'ils quitteraient le Terrier, dans deux jours.
- Fleur m'a dit que vous parliez français, lui dit Monsieur Delacour dans sa langue lorsqu'elle s'assit à côté d'eux.
- Un peu, acquiesça Megan.
Tant qu'on ne parlait pas trop vite ni dans un langage trop familier. Les Boyd lui avaient fait donner quelques cours de langue avant qu'elle entre à Poudlard, fervents amateurs de voyages dans l'Hexagone où ils étaient à présent exilés. Elle était toutefois plus douée pour l'albanais.
- Megan est une sorcière brillante, expliqua Bill qui était bien plus doué qu'elle dans la langue de Molière désormais.
- C'est ce que j'ai entendu dire, oui ! se réjouit Monsieur Delacour.
Il était d'un tel enthousiasme que Megan n'était pas certaine qu'il soit informé de la guerre qui se déroulait en ce moment-même, ni du fait que sa fille et toute sa future famille par alliance soient investis dans la résistance et risquent leur vie jour après jour. Mais si la situation était plus apaisée en France, alors Megan était rassurée : Cal et les Boyd étaient en sécurité.
Potter arriva à son tour dans la cuisine.
- Arthur m'a chargée de te souhaiter un joyeux anniversaire pour tes dix-sept ans, lui dit Molly en lui adressant un sourire radieux. Il a dû partir tôt pour aller travailler mais il reviendra à l'heure du dîner. Notre cadeau est le premier de la pile.
Potter s'assit, prit le paquet carré qu'elle lui avait montré et déchira l'emballage. Il y avait à l'intérieur une montre très semblable à celle qu'Arthur et Molly avaient offert à Ron pour ses dix‑sept ans. Elle était en or avec des étoiles qui tournaient autour du cadran en guise d'aiguilles.
- Il est de tradition d'offrir une montre à un sorcier qui atteint sa majorité, expliqua Molly, en l'observant d'un œil anxieux, à côté de sa cuisinière. J'ai bien peur que celle-ci ne soit pas neuve comme l'était celle de Ron. En fait, c'était celle de mon frère Fabian qui n'était pas très soigneux avec ses affaires. Le dos est un peu bosselé, mais…
Le reste de ses paroles se perdit. Potter s'était levé et la serrait contre lui. C'était un cadeau d'une valeur estimable. La preuve que Molly l'aimait comme son propre fils. Megan ressentait de la jalousie d'être traitée au même rang que Potter. Lorsqu'il relâcha Molly, la mère lui tapota maladroitement la joue, puis agita sa baguette magique un peu à l'aveuglette, projetant hors de la poêle plusieurs tranches de lard qui tombèrent sur le sol. Monsieur Delacour observait la scène avec un large sourire paternaliste.
- Joyeux anniversaire, Harry ! lança Hermione en faisant irruption dans la cuisine, suivie d'un pas plus trainant par Ron.
Elle ajouta son propre cadeau au sommet de la pile.
- Ce n'est pas grand-chose, mais j'espère que ça te plaira. Qu'est-ce que tu lui as offert ? demanda-t-elle à Ron, qui sembla ne pas l'avoir entendue.
- Vas-y, ouvre le cadeau d'Hermione ! dit-il avec un enthousiasme exagéré.
Elle lui avait acheté un nouveau Scrutoscope. Les autres paquets contenaient un rasoir enchanté offert par Bill et Fleur (« Alors, là, vous n'aurez jamais eu la peau aussi douce quand vous vous serez rasé avec ça, lui assura Monsieur Delacour. Mais attention, il faut lui demander clairement ce que vous voulez… Sinon, hou, là, là, vous vous retrouverez avec un peu moins de cheveux que prévu… »). Il y avait aussi des chocolats apportés par les Delacour et une énorme boîte des derniers articles en provenance des Farces pour sorciers facétieux, envoyée par Fred et George. Tous deux avaient dû retourner travailler à leur boutique. Il pouvait paraître déplacé de vendre des farces et attrapes amusantes en période de guerre, mais ils commercialisaient maintenant de nombreux accessoires de défense, et leur boutique servait de relais à l'Ordre sur le Chemin de Traverse.
Avec l'arrivée de Madame Delacour, de Fleur et de Gabrielle, la cuisine devint trop encombrée. Megan avala le reste de son chocolat chaud et suivit Ron, Hermione et Potter dans les étages.
- Je vais les mettre dans ton sac pour toi, dit Hermione d'un ton léger en prenant les cadeaux des bras de Potter tandis qu'ils remontaient l'escalier. J'ai presque fini les bagages, j'attends simplement que le reste de tes caleçons soient lavés, Ron.
Les balbutiements de Ron furent interrompus par le bruit d'une porte qui s'ouvrait au premier étage.
- Harry, tu veux bien venir un instant ?
C'était Ginny. Ron s'immobilisa brusquement mais Hermione le prit par le bras et l'entraîna avec elle et Megan en haut des marches.
- Il va dans sa chambre ! siffla Ron qui jetait des coups d'œil furtifs derrière eux.
- C'est bien le genre de Ginny d'alpaguer son copain devant tout le monde pour s'envoyer en l'air avec lui en pleine matinée, oui, commenta Megan avec finalement peu d'ironie.
- Sauf que ce n'est plus son copain depuis plusieurs mois.
- Ah bon ?
La dernière chose qui intéressait Megan, c'étaient les histoires de cœur de Potter. Mais depuis que celles-ci concernaient également Ginny, elle y témoignait un peu plus d'attention – mais visiblement pas assez.
- Ah, je pensais que tu le savais, regretta Hermione. Ils se sont séparés après l'enterrement. Enfin, c'était la décision de Harry. Pour la protéger…
- C'est complètement con, fit observer Megan en poussant la porte de la chambre de Ron. Il croit que Voldemort épargnerait Ginny juste parce qu'ils ne sont plus officiellement en couple ? Elle est toujours amoureuse de lui, ça se voit comme le nez au milieu du visage. Et, évidemment, Potter est toujours aussi dingue d'elle – qui ne le serait pas ?
- Il pense surtout qu'il ne survivra probablement pas, et que ce sera plus facile pour Ginny s'ils prennent leurs distances dès à présent.
Tandis qu'elle rangeait les cadeaux d'anniversaire dans son sac en perles, les mains d'Hermione se mirent à trembler. Ron les prit dans les siennes.
- Eh, tout le monde va survivre, ok ? Harry aime juste jouer les grands dramatiques.
- Tout le monde ne va pas survivre, non, objecta Megan.
Les deux autres se retournèrent vers elle d'un air interloqué.
- Quoi ? Regardez Fol Œil. Dumbledore. Sirius. Et absolument toutes les autres personnes qui sont mortes depuis au moins deux ans. C'est la guerre. Et quand c'est la guerre, les gens meurent. Et ce ne sont pas toujours les autres. Nous, par exemple, on est quatre. La probabilité qu'on survive tous les quatre est infime, surtout vu notre implication dans la lutte. La seule chose que j'espère, c'est que ce sera effectivement Potter.
- Je t'interdis de dire ça ! s'écria violemment Hermione. Je m'en fous que tu n'aimes pas Harry, même si je ne comprends pas pourquoi, mais il est notre meilleur ami, tu comprends ? Nous, on l'aime ! Et on ne laissera jamais rien lui arriver ! On sera là !
- Dans ce cas-là, c'est vous qui mourrez. Et ça, je ne l'accepte pas.
- Cette conversation est débile, intervint Ron, dont les oreilles avaient viré au rouge. Personne ne va mourir. Et puis quand bien même ça devrait arriver, ce n'est pas comme si on aurait le choix. Ce qui arrivera arrivera.
Ron semblait nerveux. Il n'arrêtait pas de jeter des coups d'œil vers la porte de sa chambre. Megan fronça les sourcils.
- En fait, ce qui devrait vous soucier le plus pour le moment, c'est le fait que Harry soit tout seul avec ma petite sœur dans sa chambre.
- Ron, non, sursauta Hermione en esquissant un mouvement vers lui.
Mais il avait déjà rouvert la porte et dévalait les escaliers.
- Qu'est-ce qu'il fout ? s'étonna Megan.
- Ron, non, hors de question ! s'exclama Hermione en se précipitant derrière lui.
Curieuse, Megan les suivit et arriva juste à temps sur le palier pour voir son meilleur ami ouvrir à la volée la porte de la chambre de Ginny, où il trouva cette dernière en plein baiser torride avec Potter.
- Oh, dit Ron, fort à propos. Désolé.
- Ron ! protesta Hermione, légèrement essoufflée.
Il y eut un silence tendu puis, d'une petite voix, Ginny lança :
- En tout cas, joyeux anniversaire, Harry.
Ron avait les oreilles écarlates. Hermione paraissait mal à l'aise. Megan s'était retenue d'éclater de rire par égard pour Ginny, qui semblait bouleversée. Potter regarda cette dernière, mais elle lui avait tourné le dos. Megan la soupçonna de pleurer. Ginny ne pleurait jamais.
- À tout à l'heure, dit-il seulement, avant de suivre les trois autres dans le couloir.
Ron descendit les escaliers d'un air décidé, traversa la cuisine toujours bondée et sortit dans la cour. Megan et Potter lui avaient emboîté le pas, Hermione trottinant derrière eux, visiblement effrayée. Lorsqu'il eut atteint l'espace désert de la pelouse fraîchement tondue, Ron se tourna vers Potter d'un air accusateur.
- Tu l'as laissée tomber. Pourquoi tu t'amuses avec elle, maintenant ?
- Je ne m'amuse pas avec elle, protesta Potter, alors qu'Hermione les rejoignait.
- Ron…
Mais Ron leva la main pour la faire taire.
- Elle avait le moral à zéro quand tu as rompu…
- Moi aussi. Tu sais très bien pourquoi j'ai rompu. Ce n'était pas parce que j'en avais envie.
- Oui mais maintenant, tu vas dans sa chambre pour la bécoter et elle va de nouveau s'imaginer des choses…
- Elle n'est pas idiote, elle sait que c'est impossible, elle ne s'attend pas à… à ce qu'on finisse mariés, ou…
- Si tu commences à la tripoter à la première occasion…
- Ça n'arrivera plus, coupa Potter d'un ton brusque. OK ?
Ron paraissait moitié indigné, moitié penaud. Il se balança d'avant en arrière sur ses talons puis répondit :
- Bon, alors, c'est… ouais, d'accord.
Les deux garçons restèrent là comme des idiots.
- Ok, c'était sympa ce numéro du grand frère protecteur, commenta Megan, mais moi j'ai une valise à terminer.
À l'instar d'Hermione, elle avait commencé depuis un long moment à préparer ses affaires pour leur départ imminent. Bien sûr, elle n'emmènerait pas sa malle de Poudlard mais la besace que lui avait offert les Boyd, cependant elle changeait régulièrement d'avis sur ce qu'elle souhaitait emmener, et le fait que Hermione rajoute chaque jour des livres à son insu pour espérer en emporter plus ne lui facilitait pas la tâche.
Charlie arriva en début d'après-midi. Il n'avait pas changé. Couvert de taches de rousseur et de cicatrices d'anciennes brûlures, musculeux, il conservait toujours un visage bienveillant et un charme incontesté. Molly n'était toutefois pas de cet avis et, après avoir sangloté sur son épaule sa joie de le retrouver après un an de séparation, elle le força à s'asseoir dans un fauteuil et leva sa baguette d'un geste menaçant en lui annonçant qu'il allait enfin avoir une bonne coupe de cheveux.
- Tu sais, en Roumanie, les filles trouvent toutes cette coupe très bien, dit-il d'un air malicieux.
- Oh, en Angleterre aussi, roucoula George en pinçant la taille de Megan.
- Quelqu'un a besoin de recevoir un maléfice, il me semble, gronda la jeune femme. Est‑ce que tu as vraiment besoin de cette deuxième oreille, finalement ?
La plaisanterie ne fit pas vraiment rire Charlie, qui posa un regard douloureux sur le trou sombre qui noircissait le visage de son jeune frère. Ses cicatrices à lui étaient dues à sa passion pour les dragons et aux risques « mesurés » (d'après ses propres mots) qu'il prenait au quotidien dans son travail, mais celles de Bill et de George étaient le résultat d'actes de haine qui auraient pu leur coûter la vie. Megan savait qu'il lui était douloureux d'être aussi loin des combats et de ne pas pouvoir veiller sur sa famille, surtout en ce moment.
Comme le dîner d'anniversaire de Potter aurait rempli à craquer la cuisine du Terrier, même avant l'arrivée de Charlie, Lupin, Tonks et Hagrid, des tables furent disposées bout à bout dans le jardin. Fred et George ensorcelèrent des lanternes violettes, toutes marquées du chiffre 17, pour qu'elles restent suspendues d'elles-mêmes dans les airs, au-dessus des invités. Hermione fit jaillir de l'extrémité de sa baguette des serpentins dorés et violets qui vinrent s'enrouler comme une véritable œuvre d'art autour des arbres et des buissons.
- Très beau, commenta Ron tandis que, d'un dernier mouvement de sa baguette, Hermione colorait d'or les feuilles du pommier sauvage. Tu as vraiment l'œil pour ces choses-là.
- Merci, Ron ! répondit Hermione, à la fois ravie et un peu perplexe.
- Attention devant, attention devant ! lança Molly d'une voix chantante.
Elle franchit la porte du jardin, précédée d'un immense gâteau d'anniversaire en forme de Vif d'or qui flottait devant elle. Quand le gâteau eut enfin atterri au milieu de la longue table, Potter s'exclama :
- Ça a l'air absolument magnifique, Mrs Weasley.
- Oh, ce n'est rien, mon chéri, répondit-elle d'un ton affectueux.
Par-dessus l'épaule de sa mère, Ron leva les deux pouces vers Potter en formant sur ses lèvres les mots : « Très bon. »
Charlie rejoignit le groupe en passant les doigts d'un air un peu triste sur ses cheveux brutalement raccourcis. Fred lui assura que même si ses belles boucles manqueraient sûrement à Megan, elle le trouvait toujours aussi séduisant, et dû se pencher en avant pour éviter un sortilège de Jambencoton qui avait alors fusé depuis l'autre côté de la table.
Vers sept heures du soir, tous les invités étaient arrivés, sous la conduite de Fred et de George qui les avaient attendus au bout de la route. Pour l'occasion, Hagrid portait son plus beau – et horrible – costume marron et pelucheux, et semblait ravi, tout comme Tonks qui n'avait jamais été plus radieuse. Remus, en revanche, semblait étonnamment malheureux, même s'il tâchait de le dissimuler derrière de grands sourires peu convaincants.
- Joyeux anniversaire, Harry, dit la Métamorphomage en le serrant dans ses bras.
- Alors, ça y est, tu as dix-sept ans ? lança Hagrid en prenant le verre de vin de la taille d'un seau que lui tendait Fred. Ça fait six ans qu'on s'est vus pour la première fois, Harry, tu te souviens ?
- Vaguement, répondit celui-ci avec un sourire. C'était le jour où vous avez défoncé la porte, où vous avez fait pousser une queue de cochon à Dudley et où vous m'avez annoncé que j'étais un sorcier ?
- J'ai oublié les détails, gloussa Hagrid.
- Ça fait plutôt seize ans, puisque vous l'avez récupéré dans les décombres de la maison après que Voldemort ait tué ses parents quand il avait un an, fit remarquer Megan.
Elle sirota son verre de vin des elfes tandis que tous les regards courroucés et choqués se tournaient vers elle.
- Euh… ça va Ron, Hermione ? s'enquit précipitamment Hagrid.
- Très bien, assura Hermione en hochant vigoureusement la tête. Et vous ?
- Oh, pas mal. Beaucoup de travail, on a eu des bébés licornes, je vous les montrerai quand vous reviendrez.
Megan haussa les sourcils en se replongeant dans son verre de vin.
- Fred et George m'ont dit que tu ne retournais pas à Poudlard, dit Charlie à voix basse.
Il venait de s'asseoir à côté d'elle. Il attrapa la bouteille de whisky qu'avait ramené Monsieur Delacour et s'en servit un verre.
- Sans surprise, répondit Megan. Estimez-vous déjà heureux que j'y sois allée l'année dernière.
- Je ne suis pas en train de te faire de reproche, lui fit remarquer Charlie avec un sourire. C'est très mauvais, le whisky français, ajouta-t-il avec une grimace en reposant son verre.
- Leur vin est bien meilleur, lui indiqua Megan en levant son verre. Alors tu ne vas pas essayer de me cuisiner pour essayer de savoir ce que je vais faire de tout ce temps libre ?
- Non, je me doute que d'autres ont essayé avant moi et se sont pris un mur, sourit le dresseur de dragons. Tu es une adulte, tu as bien le droit de décider de ce que tu veux faire pour combattre Voldemort. Et si j'en crois les bribes d'informations que j'ai pu recroiser, tu seras plutôt utile. Une mission secrète confiée par Dumbledore, hein ? Il avait une grande confiance en toi.
- Tu parles. Si c'était vraiment le cas, il était beaucoup moins intelligent que ce qu'on pense.
Avant que Charlie ait pu approfondir le sujet, Hagrid, qui venait d'offrir un cadeau d'anniversaire à Potter, s'aperçut de sa présence.
- Et voilà Charlie ! s'exclama-t-il. Je l'ai toujours bien aimé, celui-là… Hé ! Charlie !
L'intéressé se tourna vers lui en souriant.
- Salut, Hagrid, comment ça va ?
- Ça fait une éternité que je voulais t'écrire. Comment va Norbert ?
- Norbert ? s'esclaffa Charlie. Le Norvégien à crête ? On l'appelle Norberta, maintenant.
Megan plongea dans son verre de vin pour étouffer son fou rire.
- Qu… Norbert, une fille ?
- Eh oui.
- Comment peut-on le savoir ? interrogea Hermione.
- Elles sont beaucoup plus féroces, répondit Charlie d'un air distrait.
Il regarda par-dessus son épaule et baissa la voix.
- Je voudrais bien que papa se dépêche de revenir. Maman commence à s'inquiéter.
Ils se tournèrent tous vers Molly. Elle essayait de bavarder avec Madame Delacour en jetant des coups d'œil répétés vers le portail.
- Je crois que nous devrions commencer sans attendre Arthur, annonça-t-elle à la cantonade. Il a dû être retenu… Oh !
Ils la virent tous en même temps : une traînée de lumière qui vola à travers la cour et atterrit sur la table où elle se transforma en une belette d'une éclatante couleur argentée. Se dressant sur ses pattes de derrière, elle parla avec la voix d'Arthur :
- Le ministre de la Magie va venir avec moi.
Puis le Patronus se dissipa dans les airs, alors que la famille de Fleur continuait de regarder bouche bée l'endroit d'où il venait de se volatiliser.
- Il ne faut pas que nous restions ici, dit aussitôt Remus. Harry, je suis désolé, je t'expliquerai plus tard…
Il saisit Tonks par le poignet et l'entraîna avec lui. Ils allèrent jusqu'à la clôture, l'enjambèrent puis disparurent. Megan fronça les sourcils face à cette fuite impromptue. Molly était tout aussi déconcertée.
- Le ministre ? Mais pourquoi ? Je ne comprends pas…
Ils n'eurent cependant pas le temps d'en dire davantage. Une seconde plus tard, Arthur se matérialisa devant le portail, accompagné de Rufus Scrimgeour, immédiatement reconnaissable à sa crinière de cheveux grisonnants. D'un pas énergique, les deux nouveaux venus traversèrent la cour en direction du jardin et de la table éclairée par les lanternes, autour de laquelle tout le monde était assis en silence, les regardant s'approcher. Lorsque Scrimgeour s'avança dans la lumière, Megan remarqua qu'il paraissait beaucoup plus vieux que lors de leur dernière rencontre. Il avait l'air décharné, la mine sinistre. Diriger le pays en pleine guerre contre Voldemort n'était pas bon pour la santé.
- Désolé de cette intrusion, s'excusa Scrimgeour en marchant jusqu'à la table d'un pas boitillant. D'autant plus que je tombe en pleine fête, à ce que je vois.
- Ça devient une habitude, oui, fit remarquer Megan, dont le troisième verre de vin était vide.
Charlie déploya de grands efforts pour ne pas éclater de rire. Le regard de Scrimgeour passa sur la jeune femme puis s'attarda un instant sur le gâteau en forme de Vif d'or géant.
- Tous mes vœux, dit-il alors seulement.
- Merci, répondit Potter.
- Je souhaiterais m'entretenir avec vous en particulier, poursuivit Scrimgeour. Ainsi qu'avec Miss Meganna Buckley, Mr Ronald Weasley et Miss Hermione Granger.
- Nous ? s'étonna Ron. Pourquoi nous ?
- Je vous expliquerai tout cela lorsque nous serons dans un lieu plus discret, répondit le ministre. Pouvez‑vous m'indiquer un tel endroit ? demanda-t-il à Arthur.
- Oui, bien sûr, répondit ce dernier, mal à l'aise. Le… heu… le salon. Pourquoi ne pas vous installer là‑bas ?
- Montrez-nous donc le chemin, dit Scrimgeour à Ron. Il n'est pas nécessaire de nous accompagner, Arthur.
Tandis que les quatre jeunes sorciers se levaient de table, les autres échangèrent des regards inquiets. Scrimgeour marchait derrière eux, et ils n'osaient pas parler entre eux, mais ils se doutaient tous que le ministre avait dû apprendre, d'une manière ou d'une autre, qu'ils avaient l'intention d'abandonner Poudlard, et qu'il espérait lui aussi leur extorquer des informations sur ce qu'ils entendaient faire.
Scrimgeour ne prononça pas un mot lorsqu'ils traversèrent la cuisine en désordre pour se rendre dans le salon du Terrier. La tombée du jour baignait encore le jardin d'une lumière douce et dorée, la maison, en revanche était déjà plongée dans l'obscurité. En entrant, Potter, qui marchait en tête, donna un petit coup de baguette vers les lampes à huile qui illuminèrent aussitôt la pièce un peu défraîchie mais confortable. Scrimgeour s'assit dans le fauteuil défoncé qu'Arthur occupait ordinairement, laissant Megan, Ron, Hermione et Potter se serrer inconfortablement sur le canapé. Une fois qu'ils furent installés, Scrimgeour prit la parole :
- J'ai des questions à poser à chacun d'entre vous et je pense qu'il vaudra mieux que je le fasse seul à seul. Si vous voulez bien attendre en haut, tous les trois – il montra Megan, Hermione et Potter –, je commencerai par Ronald.
- On ne va nulle part, gronda Megan, approuvée par Hermione qui hocha vigoureusement la tête et Potter qui fusilla Scrimgeour du regard.
- Vous nous parlerez à tous les quatre ensemble ou pas du tout, renchérit-il.
Scrimgeour jaugea Megan et Potter d'un regard froid. Il semblait se demander s'il valait la peine d'ouvrir déjà les hostilités. Peu importe le moment, elle serait prête.
- Très bien, dans ce cas, restons ensemble, dit-il finalement avec un haussement d'épaules.
Il s'éclaircit la gorge avant de continuer :
- Comme vous le savez sûrement, c'est le testament d'Albus Dumbledore qui m'amène ici.
Ron, Hermione et Potter échangèrent un regard et Megan fronça les sourcils.
- Apparemment, il s'agit d'une surprise ! Vous ignoriez donc que Dumbledore vous avait légué quelque chose ?
- À… À tous les quatre ? demanda Ron. À Hermione et à moi aussi ?
- Oui, à tous les quatre…
Mais Potter l'interrompit :
- Dumbledore est mort il y a plus d'un mois. Pourquoi faut-il si longtemps pour nous donner cet héritage ?
- C'est évident, non ? intervint Hermione avant que Scrimgeour ait pu répondre. Ils voulaient examiner ce qu'il nous a laissé. Vous n'aviez aucun droit de faire ça ! ajouta-t-elle d'une voix qui tremblait légèrement.
- J'avais tous les droits, répliqua Scrimgeour avec dédain. Le décret sur les Confiscations légitimes donne au ministère le pouvoir de confisquer le contenu d'un testament…
- Cette loi a été créée pour empêcher les sorciers de léguer des instruments de magie noire, objecta Hermione, et le ministère doit d'abord posséder des preuves que les objets en possession du défunt sont illégaux avant de les saisir ! Vous voulez insinuer que Dumbledore a essayé de nous transmettre quelque chose de maléfique ?
- Avez-vous l'intention de faire carrière dans la justice magique, Miss Granger ? interrogea Scrimgeour.
- Non, pas du tout, répliqua Hermione. J'espère plutôt pouvoir faire un peu de bien dans le monde !
Ron éclata de rire. Scrimgeour tourna un rapide regard vers lui puis fixa à nouveau Potter lorsque celui‑ci parla :
- Alors, pourquoi avez-vous décidé maintenant que nous pouvions recevoir ce qui nous revient ? Vous n'avez pas trouvé de prétexte pour le garder ?
- Non, c'est simplement parce que le délai de trente et un jours est écoulé, répondit aussitôt Hermione. Ils ne peuvent pas conserver les objets plus longtemps à moins d'avoir pu prouver qu'ils étaient dangereux. C'est bien ça ?
- Diriez-vous que vous étiez proche de Dumbledore, Ronald ? demanda Scrimgeour, sans prêter attention à Hermione.
Ron parut surpris.
- Moi ? Non… pas vraiment… C'était toujours Harry qui…
Ron se tourna vers les trois autres et vit Hermione lui lancer un regard qui signifiait : « Tais-toi, maintenant ! » Mais le mal était déjà fait. Scrimgeour semblait avoir entendu exactement la réponse qu'il attendait et qu'il souhaitait entendre. Il fondit sur Ron comme un rapace sur sa proie.
- Si vous n'étiez pas très proche de Dumbledore, comment expliquez-vous qu'il se soit souvenu de vous dans son testament ? Le nombre de legs personnels qu'il contient est exceptionnellement réduit. La quasi-totalité de ce qu'il possédait – sa bibliothèque privée, ses instruments magiques et autres effets personnels – revient à Poudlard. Pourquoi pensez-vous qu'il vous ait ainsi distingué ?
- Je… ne sais pas, répondit Ron. Je… Quand je disais que nous n'étions pas très proches… Je crois quand même qu'il m'aimait bien…
- Tu es trop modeste, Ron, déclara Hermione. Dumbledore avait une très grande affection pour toi.
C'était repousser un peu loin les limites de la vérité. Autant que Megan pouvait le savoir, Ron et Dumbledore ne s'étaient jamais trouvés seuls en tête à tête et le nombre de contacts directs qu'ils avaient eus était négligeable. Dumbledore aimait Ron comme il aimait tous les élèves de Poudlard, et notamment ceux de Gryffondor. Il ne s'était distingué qu'en étant le plus proche ami de Potter et en l'ayant accompagné chaque fois que Dumbledore avait compté sur des adolescents pour résoudre ses problèmes. Mais, de toute façon, Scrimgeour ne semblait pas écouter. Il plongea une main sous sa cape et en sortit une grande bourse à cordon où il prit un rouleau de parchemin qu'il déroula et lut à haute voix :
- « Dernières volontés et testament d'Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore… » Voyons… Ah, voilà… « À Ronald Bilius Weasley, je laisse mon Déluminateur dans l'espoir qu'il se souviendra de moi lorsqu'il s'en servira. »
Scrimgeour prit dans le sac un objet que Megan n'avait jamais vu on aurait dit un petit briquet d'argent. Scrimgeour se pencha et donna le Déluminateur à Ron qui le retourna entre ses mains, l'air stupéfait.
- C'est un objet de grande valeur, commenta Scrimgeour en observant Ron. Peut-être même est-il unique. En tout cas, il est certain que Dumbledore l'a conçu lui-même. Pourquoi, à votre avis, vous a‑t‑il légué un instrument si rare ?
Ron hocha la tête d'un air perplexe.
- Dumbledore a dû avoir des milliers d'élèves, insista Scrimgeour. Pourtant vous êtes tous les quatre les seuls dont il se souvienne dans son testament. Pour quelles raisons ? Quel usage pensait-il que vous feriez de ce Déluminateur, Mr Weasley ?
- Il pensait que j'éteindrais les lumières, j'imagine, grommela Ron. À quoi ça peut servir d'autre ?
De toute évidence, Scrimgeour n'avait pas d'autre idée à proposer. Après avoir fixé Ron de ses yeux plissés pendant quelques instants, il se pencha à nouveau sur le testament de Dumbledore.
- « À Miss Hermione Jean Granger, je lègue mon exemplaire des Contes de Beedle le Barde dans l'espoir qu'elle y trouvera de quoi se divertir et s'instruire. »
Scrimgeour sortit alors du sac un petit livre qui avait l'air aussi ancien que le volume des Secrets les plus sombres des forces du Mal, resté dans la chambre du haut. Sa reliure était maculée et se décollait par endroits. Sans un mot, Hermione le prit des mains de Scrimgeour. Elle posa le livre sur ses genoux et le contempla. Le titre était écrit en runes. Une larme s'écrasa sur les symboles gravés dans le cuir.
- Pourquoi pensez-vous que Dumbledore vous a laissé cet ouvrage, Miss Granger ? interrogea Scrimgeour.
- Il… Il savait que j'aimais les livres, répondit Hermione d'une voix sourde en se tamponnant les yeux avec sa manche.
- Mais pourquoi ce livre en particulier ?
- Je ne sais pas. Il a dû penser qu'il me plairait.
- Avez-vous jamais parlé avec Dumbledore de codes ou d'autres moyens de transmettre des messages secrets ?
- Non, jamais, répondit Hermione qui continuait de s'essuyer les yeux avec sa manche. Et si en trente et un jours le ministère n'a découvert aucun code caché dans ce livre, je doute que j'y arrive moi-même.
Elle étouffa un sanglot. Ils étaient si étroitement serrés les uns contre les autres que Ron eut du mal à extraire un bras pour le passer autour des épaules d'Hermione. Scrimgeour poursuivit sa lecture du testament :
- « À Miss Meganna Demi Buckley, je lègue ma baguette. Je ne doute pas quelle saura en faire un grand usage. ».
- Sa baguette ? répétèrent Ron, Hermione et Potter d'une même voix.
- Oui…, répondit Scrimgeour, visiblement sceptique. Bois de sureau, 38 centimètres, un crin de queue de Sombral. C'est un héritage peu ordinaire. Les baguettes sont le bien le plus précieux, le plus personnel des sorciers, surtout lorsqu'ils ont accompli d'aussi grandes choses que Dumbledore de son vivant. Cette baguette pourrait être vue par certains comme une relique. Est-ce que ce legs est quelque chose dont vous aviez discuté avec lui, Miss Buckley ?
- Absolument pas.
Ron, Hermione et Potter observaient Megan en peinant à dissimuler leur ébahissement et une forme de jalousie. Scrimgeour tentait de décrypter son visage fermé, mais il était visiblement moins bon dans cet exercice que Dumbledore. Il finit par se lasser du silence pesant qui s'était installé et de son regard froid qui ne faiblissait pas.
- Il y a toutefois un obstacle non négligeable, affirma-t-il. Dumbledore a été enterré avec sa baguette – personne n'avait, à ce moment, connaissance de ses dernières volontés, malheureusement. La lui reprendre impliquerait une profanation de sa tombe, ce qui est interdit par la circulaire n°34b du Service Mortuaire Magique.
- Tant mieux, répliqua Megan sans sourciller, je n'en veux pas. Qu'il la garde et qu'elle disparaisse avec lui.
L'expression des trois autres se mua en choc. Scrimgeour n'avait pas cillé et la fixait avec intensité.
- Vous n'en voulez pas ? répéta-t-il. Vous refusez votre héritage ? La baguette d'Albus Dumbledore ?
- Je ne veux rien qui vienne de lui.
Hors de question de sentir son regard et son jugement sur elle chaque fois qu'elle brandirait sa baguette, et de se sentir liée envers lui d'une quelconque façon. Et de toute manière, sa propre baguette lui convenait parfaitement.
- Étiez-vous en conflit avec Dumbledore ? l'interrogea Scrimgeour.
- Il était manipulateur et égoïste. Je n'avais aucune affection pour lui, et je ne pense pas qu'il en ait jamais eu pour moi. Cet héritage, c'est plutôt pour continuer à me poursuivre même après sa mort. Je ne veux pas de sa baguette, je me fiche bien qu'elle soit inaccessible, c'est très bien comme ça. Et arrêtez de me fixer comme si vous pensiez soudain avoir trouvé une alliée, je ne travaillerai jamais avec le ministère, vous n'êtes ni fiables ni efficaces, ajouta-t-elle sur le même ton.
- Modérez votre ton, jeune fille, gronda le ministre.
- Sinon quoi ? Vous allez m'expulser de Poudlard ? Vous n'avez pas d'autres priorités avec Voldemort et ses Mangemorts dans la nature ? Vous avez passé l'été enfermé dans votre bureau, tout le monde pensait que vous travailliez à un plan pour faire tomber le plus grand mage noir de l'Histoire, mais non, vous démontiez des Déluminateurs en espérant prouver que Dumbledore ne jouait pas dans votre équipe. Et pendant ce temps-là, Maugrey est mort ! rugit Megan dont le ton était monté graduellement tout au long de sa tirade.
Hermione étouffa un sanglot et fit un bond lorsque le ministre frappa la table basse du plat de la main d'un air sévère.
- Vous pensez pouvoir faire mieux que le ministère, peut-être, du haut de vos dix-sept ans ?
- Je pense que n'importe qui ferait mieux que le ministère !
- C'est aussi ce que pense Kevan Garrow ?
Le ton du premier ministre était menaçant. Megan frappa à son tour la table basse en plantant ses yeux sombres dans ceux du dirigeant.
- Votre putain de ministère est infiltré par les Mangemorts, Rufus, et vous voulez menacer une adolescente de virer son petit ami ? Vous n'avez pas besoin de moi pour vous ridiculiser, vous y arrivez parfaitement tout seul.
- ASSEZ ! s'exclama Scrimgeour en sortant sa baguette.
Mais sa réaction n'eut pas l'effet escompté. Tandis que Hermione poussait un cri horrifié et suppliait Megan d'arrêter, la jeune femme, silencieusement encouragée par Ron et Potter, posait sur le ministre de la Magie un regard plein de défi.
- Vous ne me faites pas peur.
- Croyez bien que j'ai mieux à faire que d'effrayer des enfants, répliqua le vieil Auror. Dumbledore vous a sûrement donné, à tous les quatre, l'impression d'être des gens spéciaux, privilégiés, mais vous n'êtes que des enfants pris dans une guerre plus grande que vous, que vous ne comprenez pas.
- Ah oui, vous pensez que je ne la comprends pas ? intervint Potter, qui tremblait de colère sur le canapé.
- Le monde ne tourne pas autour de vous, Mr Potter !
À la grande surprise des quatre sorciers, Scrimgeour déplia d'un coup sec et bruyant le parchemin où était inscrit le testament de Dumbledore et reprit sa lecture :
- « À Harry James Potter, je lègue le Vif d'or qu'il a attrapé lors de son premier match de Quidditch à Poudlard, pour lui rappeler ce que la persévérance et le talent apportent de récompenses et de bienfaits. », lut-il d'une voix sèche et rapide.
Scrimgeour sortit alors de sa veste la minuscule balle d'or de la taille d'une noix. Les ailes dont elle était pourvue battirent faiblement. Potter sembla déçu. Avait-il espéré un don glorieux au regard de son statut d'Élu ? Megan eut un sourire mauvais.
- Pourquoi Dumbledore vous a-t-il fait don de ce Vif d'or ? demanda Scrimgeour, presque agressif.
- Aucune idée, répondit Potter, toujours tendu. Pour les raisons que vous venez de lire, je suppose : pour me rappeler ce qu'on peut obtenir quand on… persévère… enfin, ce qu'il a écrit, ajouta-t-il en agitant la main d'un air agacé.
- Alors, vous pensez qu'il s'agit d'un simple symbole ?
- J'imagine. Qu'est-ce que vous voulez que ce soit d'autre ?
- C'est moi qui pose les questions, répliqua Scrimgeour en rapprochant un peu son fauteuil du canapé.
Au-dehors, c'était vraiment le crépuscule. Par les fenêtres, on apercevait les contours du chapiteau blanc nacré qui se dressait dans le verger comme un fantôme blanc au-dessus de la haie. Son étendard flottait mollement dans la légère brise du soir.
- J'ai remarqué que votre gâteau d'anniversaire avait la forme d'un Vif d'or, insista Scrimgeour. Pour quelle raison ?
Hermione eut un rire moqueur.
- Ça ne peut certainement pas être une allusion au fait que Harry est un remarquable attrapeur, ce serait trop évident, lança-t-elle. Il doit sûrement y avoir un message secret de Dumbledore caché dans la crème Chantilly.
- Je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit caché dans la crème, répliqua Scrimgeour, mais un Vif d'or serait certainement une bonne cachette pour dissimuler un petit objet. Vous savez sûrement pourquoi ?
Potter haussa les épaules. Ce fut Hermione qui répondit, fidèle à son rôle de première de la classe.
- Parce que les Vifs d'or ont une mémoire tactile.
- Quoi ? s'exclamèrent Ron et Potter d'une même voix, éberlués de constater que Hermione connaissait quelque chose au sujet du Quidditch qu'ils ignoraient.
- Exact, répondit Scrimgeour. Avant d'être lâché, un Vif d'or n'est jamais touché à mains nues, pas même par le fabricant, qui porte toujours des gants. Il est doté d'un enchantement lui permettant d'identifier le premier humain qui pose la main sur lui, au cas où sa capture donnerait lieu à contestation. Ce Vif d'or – il leva devant lui la petite balle dorée – se souviendra de votre toucher, Potter. L'idée m'est venue que Dumbledore, qui possédait des dons magiques prodigieux quels qu'aient été par ailleurs ses défauts, a peut-être ensorcelé ce Vif afin qu'il ne puisse s'ouvrir que pour vous.
Ce n'était pas un raisonnement idiot, bien au contraire. Mais Scrimgeour ignorait une chose. Potter n'avait pas attrapé le Vif d'or lors de son premier match de Quidditch à Poudlard. Il l'avait avalé.
- Vous restez silencieux, remarqua Scrimgeour. Peut-être savez-vous déjà ce que contient ce Vif ?
- Non, affirma Potter, dont le cerveau semblait tourner à plein régime.
Il ne mentait pas. Il ignorait ce que contenait le Vif, mais il ne voulait pas que le ministre le découvre avec lui.
- Prenez-le, dit Scrimgeour à voix basse.
Avec une évidente mauvaise volonté, Potter tendit la main. Scrimgeour se pencha à nouveau et posa le Vif d'or, lentement, délibérément, dans sa paume. À l'instar de Ron et Hermione, il observait avec des yeux avides la petite balle à moitié cachée, comme s'ils espéraient qu'elle allait se transformer en quelque chose d'autre.
Évidemment, rien ne se produisit. Lorsque Potter referma les doigts sur le Vif, ses ailes fatiguées battirent un instant puis s'immobilisèrent.
- Voilà qui est spectaculaire, dit froidement Potter.
Ron et Hermione éclatèrent de rire, mais une forme de déception leur avait échappé.
- C'est tout, maintenant ? demanda Hermione qui esquissa un geste pour s'arracher du canapé.
- Pas tout à fait, répondit Scrimgeour, l'air furieux. Dumbledore vous a légué autre chose, Potter.
- Quoi ? interrogea Potter avec une excitation mal dissimulée.
Cette fois, Scrimgeour ne prit plus la peine de lire le testament.
- L'épée de Godric Gryffondor.
Hermione et Ron se raidirent. Megan secoua la tête.
- Alors, où est-elle ? demanda Potter d'un ton soupçonneux en ne voyant pas le ministre lui tendre l'arme blanche.
- Malheureusement, répondit Scrimgeour, il n'appartenait pas à Dumbledore de faire don de cette épée. L'épée de Godric Gryffondor est un objet d'une grande importance historique et, en tant que tel, elle appartient à…
- Elle appartient à Harry ! s'enflamma Hermione. L'épée l'a choisi, c'est lui qui l'a trouvée, elle est sortie du Choixpeau magique pour venir à lui…
- Selon des sources historiques dignes de foi, l'épée se présente parfois à tout élève de Gryffondor qui s'en montre digne, répliqua Scrimgeour. Cela n'en fait pas la propriété exclusive de Mr Potter, quelle que soit la décision de Dumbledore.
Scrimgeour gratta sa joue mal rasée en scrutant le visage de Potter.
- Pourquoi pensez-vous que…
- Dumbledore ait voulu me donner l'épée ? acheva Potter, qui perdait son calme. Peut‑être pensait-il qu'elle irait bien sur le mur de mon salon ?
- Ce n'est pas une plaisanterie, Potter ! gronda Scrimgeour. Était-ce parce que Dumbledore croyait que seule l'épée de Gryffondor pouvait vaincre l'héritier de Serpentard ? Souhaitait‑il vous la confier parce qu'il était convaincu, comme beaucoup d'autres, que vous êtes destiné à anéantir Celui-DontOn-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?
- Intéressante théorie, commenta Potter. Quelqu'un a-t-il déjà tenté de passer une épée au travers du corps de Voldemort ? Le ministère devrait peut-être envoyer quelques-uns de ses employés étudier la question plutôt que de leur faire perdre leur temps à démonter des Vif d'or ou à cacher au public les évasions d'Azkaban. Des gens meurent, c'est ce qui a failli m'arriver, Voldemort m'a poursuivi à travers trois comtés, il a tué Maugrey Fol Œil, mais le ministère n'en a pas dit un mot, n'est-ce pas ? Et vous pensez toujours que nous allons coopérer avec vous ?
- Vous allez trop loin ! s'écria Scrimgeour en se levant.
D'un bond, Megan et Potter se levèrent à leur tour. Scrimgeour s'avança vers eux d'un pas claudicant et enfonça brutalement dans la poitrine de Potter le bout de sa baguette magique. Elle perça un trou dans son T-shirt à la manière d'une brûlure de cigarette.
- Holà ! s'exclama Ron qui avait bondi, sa baguette levée.
Mais Potter l'arrêta d'un geste.
- Non ! lança-t-il. Tu veux lui donner un prétexte pour nous arrêter ?
- Je vous rappelle que vous n'êtes pas retourné à l'école, reprit Scrimgeour, en respirant bruyamment à quelques centimètres du visage de Potter. Je vous rappelle aussi que je ne suis pas Dumbledore, qui pardonnait votre insolence et votre insubordination, à tous les deux. Vous portez peut-être cette cicatrice comme une couronne, Potter, mais il n'appartient pas à un garçon de dix-sept ans de me dire comment je dois faire mon travail ! Il serait temps que vous appreniez à manifester un peu de respect !
- Il serait temps que vous le méritiez, répliquèrent Megan et Potter d'une même voix.
Le sol vibra. Il y eut des bruits de pas précipités puis la porte du salon s'ouvrit à la volée et Arthur et Molly entrèrent en courant.
- Nous… nous avons cru entendre…, commença Arthur, l'air très inquiet en voyant Potter et le ministre pratiquement nez à nez.
- … des éclats de voix, acheva Molly, haletante.
Scrimgeour recula de deux pas et jeta un coup d'œil au trou qu'il avait fait dans le T-shirt de Potter. Il semblait regretter d'avoir perdu son calme.
- Ce… ce n'était rien, grogna-t-il. Je… je regrette votre attitude, ajouta-t-il en regardant à nouveau Megan et Potter alternativement. Vous avez l'air de penser que le ministère ne désire pas la même chose que vous – que Dumbledore. Nous devrions travailler ensemble.
- Je n'aime pas vos méthodes, monsieur le ministre, répondit Potter. Vous vous souvenez ?
Il leva son poing droit et montra à Scrimgeour les cicatrices blanchâtres qu'avaient laissées sur le dos de sa main les mots : « Je ne dois pas dire de mensonges. » Les traits de Scrimgeour se durcirent tandis qu'il évitait le regard de Megan. Il se tourna sans ajouter un mot et sortit de la pièce en boitant. Molly se hâta derrière lui. Megan l'entendit s'arrêter à la porte de derrière. Une minute plus tard, elle leur cria :
- Il est parti !
- Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda Arthur.
Il regarda tour à tour Megan, Ron et Hermione et Potter, tandis que Molly revenait précipitamment dans le salon.
- Nous donner l'héritage que Dumbledore nous a laissé, répondit Potter. Ils viennent seulement d'autoriser à sortir du ministère ce qu'il nous léguait dans son testament.
Dehors, dans le jardin, les trois objets que Scrimgeour leur avait apportés passèrent de main en main autour des tables. Tout le monde admira à grands cris le Déluminateur et Les Contes de Beedle le Barde, en déplorant que Scrimgeour ait refusé de donner l'épée de Gryffondor, mais personne ne sut expliquer pourquoi Dumbledore avait légué à Potter un vieux Vif d'or.
- Mais et toi, Megan ? s'étonna Charlie en voyant qu'elle ne leur présentait rien.
- Dumbledore lui a légué sa baguette, mais elle a refusé en le traitant de manipulateur et d'égoïste, répondit Potter à sa place d'un ton tranchant.
Elle lui jeta un regard indifférent tandis que des exclamations choquées et surprises fusaient autour de la table.
- Tu as fait quoi ? gronda Hagrid.
- Sa baguette ? répétèrent en chœur les jumeaux.
- Oui, oui. Peu importe. Je sais que tout le monde l'idolâtrait ici, mais pas moi. Et non, je ne sais pas pourquoi il m'a légué sa baguette. De toute façon, il a été enterré avec.
Les parents de Fleur la regardèrent longuement. Étrangers, ils n'avaient jamais connu Dumbledore et n'avaient pu entendre que les échos de leur fille et ce qu'en disait la communauté magique en France grâce aux médias. Ils semblaient intéressés par cet autre son de cloche. Ils étaient toutefois bien les seuls. Autour de la table, tout le monde regardait Megan avec une forme de déception, même – à son grand regret – les jumeaux. Megan désigna alors les plats sur la table qui étaient en train de refroidir.
- Vous n'avez rien mangé ? Vous n'avez pas faim ?
- Si, si, sursauta Molly. Nous avons tous horriblement faim, mais nous ne voulions pas commencer sans Harry… Je peux servir à dîner, maintenant ?
Les invités mangèrent assez vite et, après qu'ils eurent précipitamment chanté en chœur « Joyeux anniversaire ! » et englouti de grandes parts de gâteau, la fête prit fin. Hagrid, qui était invité au mariage le lendemain mais dont la corpulence lui interdisait de dormir dans le Terrier surpeuplé, partit se dresser une tente dans un champ voisin tandis qu'Arthur restait le dernier à table pour examiner le Déluminateur pour la troisième ou quatrième fois. Megan s'empressa de rejoindre la chambre de Ginny pour échapper aux regards des autres. Son refus de la succession de Dumbledore n'était pas bien perçu, et elle n'avait pas envie de devoir à nouveau s'en défendre. De toute manière, le vieux directeur ne l'aurait certainement pas couchée sur son testament s'il avait su que c'était elle qui le tuerait.
Il y avait de la queue pour accéder aux salles de bain et il fallut un temps considérable pour que tout le monde ait pu se brosser les dents et se laver. La tenue que Megan porterait le lendemain était suspendue devant l'un des posters des Weird Sisters qui tapissait les murs de la chambre – une robe beige moulante à manches longues que Kevan lui avait offerte. Hermione et Ginny vinrent se coucher à leur tour, visiblement fatiguées mais pas au point de ne pas rediscuter des événements étranges de la soirée.
- J'ai entendu papa dire que c'était tendu, avec Scrimgeour ? demanda Ginny lorsqu'elles se furent toutes les trois mises au lit.
- On peut dire ça, sourit méchamment Megan. Au moins, cette fois, il a eu la décence de ne pas venir avec Percy.
- La veille du mariage… Maman aurait été dans un état pas possible, acquiesça Molly. Bill n'a pas besoin de ça.
- On en oublierait presque qu'il se marie demain, oui ! s'exclama Hermione. Ça va nous faire du bien, une belle journée tous ensemble.
- Et ensuite, vous allez partir ?
Le ton de Ginny était douloureux. Elle appréhendait visiblement les prochains événements. Megan avait presque oublié qu'ils partiraient effectivement après le mariage, soit dans moins de 36 heures. Elle s'était habituée au confort (relatif) du Terrier et à la présence quotidienne des Weasley et des autres membres de l'Ordre. La perspective de se retrouver de nouveau seule (ou presque) avec Potter ne l'enchantait pas, mais ils ne pouvaient pas repousser leur départ. Chaque jour qui passait sans que les Horcruxes n'aient été détruits était un pas de plus dans la mauvaise direction pour le monde magique. Voldemort devenait un peu plus puissant chaque semaine.
- Ça va être bizarre pour toi, Poudlard sans nous, commenta Megan sans émoi. Ça va être calme.
- C'est tellement ridicule de me dire que je dois retourner à l'école alors qu'il se passe tout ça dehors, s'agaça Ginny. J'imagine que vous ne pourrez pas trop communiquer avec nous ?
- Pas énormément, non, acquiesça tristement Hermione. Il ne faudra pas attirer l'attention. Mais ne t'inquiètes pas, nous veillerons sur Harry.
- Ben voyons, marmonna Megan en s'enfonçant dans ses couvertures.
Petit à petit, le silence tomba sur le Terrier et seuls les ronflements sonores de Charlie retentirent. Megan sombrait dans le sommeil à son tour lorsque Hermione lui secoua l'épaule.
- Qu'est-ce que tu fais ? grogna la jeune femme en ouvrant un œil.
- Harry et Ron nous ont donné rendez-vous, là‑haut, maintenant que tout le monde dort, chuchota Hermione. Viens !
Ginny dormait à poings fermés. De mauvaise grâce, Megan s'extirpa de son lit et suivit sa meilleure amie dans les étages. Dans la chambre de Ron, les garçons étaient assis sur leurs lits respectifs, parfaitement réveillés. Les filles entrèrent sans un bruit.
- Assurdiato, murmura Hermione en pointant sa baguette sur l'escalier.
- Je croyais que tu n'approuvais pas ce sortilège ? railla Ron.
- Les temps changent. Montre-nous un peu le Déluminateur.
Ron ne se fit pas prier. Il l'actionna en le tenant devant lui et l'unique lampe qui éclairait la pièce s'éteignit aussitôt.
- Mouais, dit la voix de Megan dans l'obscurité, on aurait pu obtenir le même résultat avec la poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou.
Comme celle que Draco avait utilisée pour infiltrer des Mangemorts dans Poudlard quelques semaines plus tôt. Il y eut un petit clic et la boule de lumière de la lampe remonta au plafond, les éclairant à nouveau.
- C'est quand même plus cool, répliqua Ron, un peu sur la défensive. Et d'après ce qu'ils disent, Dumbledore l'a inventé lui-même !
- Oui, mais je ne pense pas qu'il t'aurait couché dans son testament simplement pour nous aider à éteindre la lumière ! fit remarquer Hermione.
- Tu crois qu'il savait que le ministère confisquerait pour analyse tous les objets qu'il nous a légués ? demanda Potter.
- Certainement, répondit Hermione. Il ne pouvait nous indiquer dans son testament pourquoi il nous les laissait mais cela n'explique toujours pas…
- Pourquoi il ne nous a pas donné un indice quand il était encore vivant ? acheva Ron.
- Exactement, approuva Hermione qui feuilletait à présent Les Contes de Beedle le Barde qu'elle avait emmené avec elle. Si ces choses-là sont suffisamment importantes pour passer sous le nez du ministère, on pourrait penser qu'il nous aurait révélé pourquoi… à moins qu'à ses yeux, ce n'ait été évident ?
- Et dans ce cas, il avait tort, fit remarquer Ron. J'ai toujours dit qu'il était fou. Brillant et tout ce qu'on voudra, mais cinglé. Léguer à Harry un vieux Vif d'or… À quoi ça rime ?
- Je n'en ai aucune idée, répliqua Hermione. Quand Scrimgeour t'a obligé à le prendre, j'étais sûre qu'il allait se passer quelque chose !
- Pour ça, il aurait fallu qu'il lui roule une pelle devant Scrimgeour, ça aurait été un peu gênant, fit remarquer Megan en croisant les bras sur sa poitrine.
- Hein ?
Potter, lui, savait de quoi elle parlait. Après lui avoir jeté un regard noir, il montra le vieux Vif d'Or aux deux autres.
- Le Vif que j'ai attrapé dans mon tout premier match de Quidditch. Vous vous souvenez ?
Hermione parut ne rien comprendre. Ron, en revanche, le souffle coupé, montra frénétiquement du doigt Potter puis le Vif d'or, puis Potter à nouveau, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé l'usage de sa voix.
- Celui que tu as failli avaler ?
- Exactement.
Le cœur battant, il colla le Vif d'or contre sa bouche. Mais rien ne se produisit. Megan poussa un profond soupir de consternation. Dumbledore les avait rendus fous jusqu'au bout. Lorsque Potter ôta la petite sphère d'or de sa bouche, cependant, Hermione s'écria :
- Des lettres ! Quelque chose est écrit dessus, vite, regarde !
La surprise et une excitation soudaine firent presque lâcher le Vif d'or à Potter. Hermione avait raison. Gravés à la surface lisse de l'or, là où quelques secondes auparavant il n'y avait strictement rien, cinq mots étaient tracés d'une fine écriture penchée que Megan reconnut aussitôt comme celle de Dumbledore.
Je m'ouvre au terme.
- À peine avait-il eu le temps de la lire que l'inscription disparut.
- Je m'ouvre au terme… Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
Ron et Hermione hochèrent la tête, déconcertés, et se tournèrent vers Megan, qui ne bougea pas, les bras toujours résolument croisés sur sa poitrine. Il lui en coûtait de l'admettre, mais elle ne savait absolument pas ce que pouvait vouloir signifier le message.
- Je m'ouvre au terme… au terme… Je m'ouvre au terme…
Mais ils eurent beau se répéter ces mots sur tous les tons possibles, ils furent incapables d'en tirer la moindre signification.
- Et l'épée ? dit enfin Ron, lorsqu'ils eurent renoncé à toute tentative de comprendre le sens de l'inscription. Pourquoi Dumbledore voulait-il que Harry reçoive l'épée ?
- Et pourquoi ne pouvait-il pas m'en parler, tout simplement ? demanda Potter à voix basse. Elle était là, à côté de lui, dans une vitrine de son bureau, pendant tout le temps qu'ont duré nos conversations l'année dernière ! S'il voulait que ce soit moi qui l'aie, pourquoi ne me l'a-t-il pas donnée à ce moment-là ?
- Et ce livre, renchérit Hermione, Les Contes de Beedle le Barde… Je n'en avais jamais entendu parler !
- Tu n'avais jamais entendu parler des Contes de Beedle le Barde ? s'exclama Ron, incrédule, tandis que Megan soulevait un sourcil d'étonnement. Tu plaisantes, ou quoi ?
- Pas du tout ! répondit Hermione, surprise. Tu les connais, toi ?
- Bien sûr que oui !
Que Ron ait lu un livre inconnu d'Hermione constituait une situation sans précédent. Ron, cependant, n'en revenait pas de voir Hermione et Potter si étonnés.
- Allons, voyons ! Toutes les histoires pour enfants viennent du livre de Beedle, non ? La Fontaine de la bonne fortune… Le Sorcier et la Marmite sauteuse… Lapina la Babille et sa queue qui caquetait…
- Pardon ? dit Hermione avec un petit rire. C'était quoi, le dernier ?
- Arrêtez ! s'écria Ron en regardant alternativement Hermione et Potter d'un air stupéfait. Vous avez sûrement entendu parler de Lapina la Babille… Megan ?
L'intéressée hocha la tête. Elle avait des bribes de souvenirs remontant à l'époque où ses parents étaient encore en vie, mais aussi des fois où Roger et Emily avaient tenté de se comporter avec elle comme avec une enfant normale. En revanche, ce n'était pas dans les habitudes de Lucius et Narcissa de lire des contes pour enfants.
- Ron, tu sais parfaitement que Harry et moi avons été élevés par des Moldus ! répliqua Hermione. Nous n'avons pas connu ce genre d'histoires quand nous étions petits. Nous, on nous racontait Blanche Neige et les sept nains ou Cendrillon…
- Qu'est-ce que c'est que ça, une maladie ? s'étonna Ron.
- Il s'agit donc de contes pour enfants ? reprit Hermione en se penchant à nouveau sur les runes.
- Ouais, répliqua Ron d'un air incertain. En tout cas, c'est ce qu'on nous dit, que toutes ces vieilles histoires viennent de Beedle. Je ne sais pas à quoi elles ressemblent dans leur version originale.
- Je me demande pourquoi Dumbledore voulait me les faire lire ?
- Et la baguette, poursuivit Ron en se tournant de nouveau vers Megan. Je sais que tu as joué les héroïnes en disant que tu n'en voulais pas, mais c'est quand même un sacré cadeau, Megan. Tu imagines ? La baguette de Dumbledore lui-même !
Elle haussa les épaules.
- Je ne comprends pas plus ce que voulait Dumbledore en t'en faisant don, regretta Hermione. Ou peut-être qu'il s'est dit que tu étais la plus forte d'entre nous, et qu'une baguette puissante te permettrait de déployer toutes tes capacités et de tuer Voldemort ? Mais c'est Harry qui doit le tuer…
Il y eut un craquement au bas de l'escalier.
- C'est sans doute Charlie qui va se faire repousser les cheveux en douce, maintenant que Molly dort, dit Megan pour changer de sujet.
- On devrait quand même aller se coucher, murmura Hermione en voyant l'air inquiet de Ron. Il ne faudrait pas qu'on se lève trop tard demain matin.
- Tu as raison, approuva Ron. Un quadruple meurtre sanglant par la mère du marié jetterait un froid sur les noces. Je m'occupe d'éteindre.
Et il actionna à nouveau son Déluminateur tandis qu'Hermione et Megan quittaient la chambre.
