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LE MARIAGE

- Alors ? Prêt pour le grand saut ?

L'organisation du petit-déjeuner avait été complexifiée par la nécessité d'empêcher Bill et Fleur de se voir avant la cérémonie. Les garçons mangeaient donc tous dans la chambre de Bill ce que Molly leur avait apporté sur des plateaux en lévitation au bout de sa baguette tandis que les filles occupaient la cuisine. Megan avait toutefois choisi de rester à l'étage, préférant l'ambiance tranquille des frères à l'agitation du rez‑de‑chaussée.

Bill leva les yeux de son bol de porridge. Il semblait parfaitement serein.

- Prêt, acquiesça-t-il en souriant. Plus que jamais.

- Si je pensais voir ça un jour, commenta George, la bouche pleine. Mon frère se marier avec une Vélane.

- Se marier tout court, renchérit Fred. Voilà quelque chose qui ne risque pas d'arriver à Charlie.

- À mon grand soulagement, indiqua l'intéressé.

La porte de la chambre s'ouvrit pour laisser entrer Ron et Potter, les bras chargés de leur propre repas.

- Ne descendez surtout pas maintenant, annonça le plus jeune Weasley. Maman est en train de pleurer toutes les larmes de son corps.

- Pourquoi ? s'alarma Megan.

- Elle vient de réaliser que toute la famille sera là aujourd'hui sauf Percy.

- Encore un grand soulagement, signala George. Personne ne voulait le voir, surtout pas aujourd'hui.

- Ça ne m'aurait pas dérangé, affirma Bill. Si ça ne risquait pas de mettre le feu aux poudres. Il reste notre frère.

- Parle pour toi, gronda Ron. Il a choisi son camp. Megan est plus une Weasley que lui.

- D'ailleurs, Megan, je suis désolée que Kevan ne soit pas invité, lui dit Bill d'un air embêté.

- Oh, surtout pas, balaya la jeune femme. Ce n'est pas le moment de le mettre au milieu des membres de l'Ordre, de toute façon. Il est très bien là où il est. Et si vous faites la moindre remarque…

- De toute façon, dit Bill en voyant Ron ouvrir la bouche, je ne pense pas que l'OICM aurait quoi que ce soit d'intéressant à nous apprendre. Mais ne dites pas à Kingsley que j'ai dit ça.

Molly ne les laissa pas longtemps profiter du calme de leur petit-déjeuner. À peine avaient-ils fini de manger qu'elle entra dans la chambre comme une tornade pour distribuer les consignes. Megan devait aider Tonks à renforcer les protections magiques autour du chapiteau où aurait lieu la cérémonie et la fête. Fred et George devaient aller voler des cheveux au Moldu roux qui vivait en ville et dont Potter allait prendre l'apparence pour la journée – sous le nom du cousin Barny : la famille Weasley était si étendue que personne ne s'étonnerait de ne pas le reconnaître – puis participer à la décoration. Charlie devait coordonner l'arrivée des musiciens et du traiteur. Ron et Potter avaient pour tâche de ranger la cuisine après le petit-déjeuner.

Chacun s'attela à sa part. L'immense chapiteau blanc était dressé dans le verger depuis la veille. Tonks venait d'arriver en transplanant. Aujourd'hui, la Métamorphomage avait les cheveux si blonds qu'elle ressemblait à sa tante Narcissa.

- Eh, lança Megan tandis qu'elles déployaient plusieurs enchantements protecteurs autour du chapiteau, pourquoi vous avez disparu comme des voleurs hier, juste avant que Scrimgeour arrive ?

- Ah oui, on est désolés… Le ministère est très anti loup-garou, en ce moment. On s'est dit que ça ne rendrait pas service à Harry que Scrimgeour nous voie à sa fête d'anniversaire.

- Anti loup-garou ? répéta Megan, outrée. C'est Umbridge la ministre ou quoi ? Je croyais qu'en se débarrassant de Fudge on gagnerait au change mais qu'est-ce que Scrimgeour fait de mieux ?

- Il n'ignore pas le retour de Voldemort, c'est déjà ça…

Megan n'était pas convaincue. L'inaction du ministre de la Magie renforçait sa méfiance envers les institutions. Seul l'Ordre du Phénix combattait efficacement Voldemort. La seule action sensée de Dumbledore.

Il faisait chaud, et tout le monde était en nage lorsqu'ils se retrouvèrent pour déjeuner à midi, toujours en deux équipes pour préserver Bill et Fleur. Molly était visiblement épuisée et Ginny et Megan durent la contraindre à s'asseoir pour manger quelque chose. Son répit fut cependant de courte durée puisqu'il fut rapidement l'heure de s'habiller. Madame Delacour et Gabrielle devaient également aider Fleur à se préparer.

- Tu es époustouflante, commenta Hermione lorsqu'elle, Ginny et Megan eurent fini de se préparer dans la petite chambre.

Il y avait un peu de jalousie dans sa voix. Pourtant, elle était superbe dans sa robe fluide couleur lilas et ses chaussures à talon assorties.

- N'exagère pas, la rabroua Megan en ramenant ses longs cheveux noirs ondulés sur son épaule. Attends un peu que Ron te voie.

Hermione rougit jusqu'à la racine de ses cheveux et Megan et Ginny ricanèrent.

- Bon, il faut que je rejoigne Fleur, sinon elle va faire un scandale, soupira la jeune Weasley.

Ginny et Gabrielle étaient demoiselles d'honneur. La benjamine portait donc une robe dorée décolletée savamment choisie par la future mariée, qui la mettait parfaitement en valeur.

- Tu ne l'appelles plus Fleurk, commenta Megan.

La déclaration d'amour qu'elle avait témoigné à Bill quelques semaines plus tôt dans l'infirmerie de Poudlard après l'attaque des Mangemorts avait eu un effet saisissant sur tous les détracteurs de la française.

- C'est son mariage, je fais un effort, marmonna Ginny.

- On va venir avec toi, proposa Hermione, j'ai hâte de voir sa robe.

Toutes les trois gravirent précautionneusement les marches de l'escalier sur leurs talons hauts. La chambre de Charlie avait été transformée en atelier de coiffure et de maquillage. Madame Delacour terminait le brushing de sa fille cadette, qui portait une robe similaire à celle de Ginny. Fleur était éblouissante. Elle portait une robe blanche très simple qui laissait toute la place à sa beauté naturelle. Rayonnante, elle illuminait la pièce et embellissait tous ceux qui l'approchaient. Tous sauf la vielle tante Muriel, que Megan reconnut à son nez en forme de bec et ses yeux bordés de rouge que lui avait si souvent décrits Fred et George. Avec son chapeau à plumes roses, elle avait l'air d'un flamant grincheux. Elle était venue donner à Fleur sa fameuse tiare et était en train de lui expliquer d'un ton désagréable comment la porter correctement, visiblement persuadée qu'une française n'était pas capable de le comprendre par elle-même.

- Elle a été fabriquée par des gobelins ! Elle est dans la famille depuis des siècles ! affirmait‑t‑elle dans l'indifférence générale.

- Oh, les filles, vous êtes magnifaïques ! s'exclama Fleur en voyant arriver les trois jeunes femmes, ravie de pouvoir enfin interrompre la vieille sorcière.

Gabrielle, Molly et Madame Delacour approuvèrent vigoureusement, mais toujours pas Muriel, qui observa les trois jeunes femmes de haut en bas d'un air mauvais :

- Ginevra, salua-t-elle sèchement la benjamine des Weasley. Qu'est-ce que c'est que cette robe ? Au moins elle n'est pas aussi courte que celle de ta scandaleuse camarade ! Oh, ciel, et elle, c'est celle qui est née moldue ? Mauvais maintien et chevilles trop maigres, ajouta‑t‑elle avec un air de dédain.

- Mégère et mal peignée, répliqua Megan en la fusillant du regard avant que quiconque d'autre ait pu réagir.

- Oh ! s'écria la vieille sorcière, outrée. Scandaleuse !

Voyant que personne d'autre ne s'offusquait de la remarque, elle quitta la pièce avec le peu de dignité qui lui restait.

- Quel cauchemar celle-là, grogna Ginny.

- Megan, laisse-moi coiffer tes cheveux, lui proposa Madame Delacour, qui n'avait pas suivi tout l'échange, peu à l'aise en anglais.

- Non, merci, je ne les attache jamais.

Hermione, en revanche, ne refusa certainement pas son aide pour dompter ses cheveux épais, et il fallut un certain temps à la mère de Fleur pour en venir à bout. Pendant ce temps, Megan observait à l'extérieur les innombrables silhouettes aux couleurs vives qui apparaissaient une par une, surgies de nulle part derrière la lointaine clôture de la cour, puis avançaient en procession à travers le jardin, en direction du chapiteau dans le sonore brouhaha des conversations enthousiastes.

- C'est qui, tout ça ? s'étonna Megan. Vous avez invité toute la communauté magique britannique ou quoi ?

- Et française et d'ailleurs, sourit Fleur.

Des fleurs exotiques et des oiseaux ensorcelés frétillaient sur les chapeaux des sorcières, et des pierres précieuses étincelaient sur les foulards des sorciers. Les membres de la famille de Fleur étaient faciles à reconnaître : les Vélanes brillaient par leur beauté surnaturelle au milieu des autres invités. De loin, Megan vit Fred et George se battre pour être le premier à proposer son aide aux cousines de la future mariée. Avec Ron et Potter, ils avaient désormais pour tâche d'accompagner les invités jusqu'à leurs places désignées.

- Les filles, c'est bientôt l'heure, je vous laisse aller vous installer ! les pressa Molly après un certain temps.

Elle portait une robe toute neuve, couleur d'améthyste, et un chapeau assorti. Megan savait que Fred et George avaient insisté pour lui acheter une nouvelle tenue, et que seule l'occasion très spéciale du premier mariage de ses sept ans l'avait convaincue d'accepter.

- Apolline, nous devrions y aller aussi, votre mari va venir chercher Fleur. Ma chérie, ajouta‑t‑elle en se tournant vers sa bru, tu es resplendissante, je suis si fière de toi !

- Merci, Molly, répondit la mariée, les yeux humides.

Mal à l'aise au milieu de cette effusion d'amour, Megan se lança dans la descente périlleuse des marches inégales de l'escalier du Terrier et retrouva avec soulagement le plancher du rez‑de‑chaussée. Ginny resta avec Fleur et Gabrielle, tandis que les quatre autres prenaient la direction du chapiteau à leur tour. Molly en souliers plats et Madame Delacour, à l'aise dans tout ce qu'elle portait, étaient bien plus rapides que Megan et Hermione, qui n'avaient pas l'habitude des chaussures à talons, surtout sur le sol inégal et terreux du jardin. Lorsqu'elles arrivèrent enfin à l'entrée du chapiteau, elles y trouvèrent Ron et un garçon roux aux cheveux bouclés et un peu épais qui devait être Potter sous les traits du cousin Barny. Tous deux étaient en tenues de soirée, mais Potter semblait un peu à l'étroit dans la sienne. Ushers avec les jumeaux, ils avaient à la main de longs parchemins détaillant les places affectées à chaque invité.

- Elle venait chaque année à Noël, disait Ron, et puis heureusement, elle s'est fâchée parce que Fred et George ont fait éclater une Bombabouse sous sa chaise pendant le réveillon. Papa dit toujours qu'elle a dû les rayer de son testament – comme s'ils en avaient quelque chose à faire, ils vont devenir les plus riches de la famille, au rythme où ça va… Waow, ajouta-t-il avec des battements de paupières précipités en voyant Hermione s'approcher d'eux à grands pas. Tu es superbe !

- Ça te surprend toujours, on dirait, répliqua Hermione qui ne put s'empêcher de sourire tandis que Megan ne s'offusquait pas d'avoir été ignorée. Ta grand-tante Muriel n'est pas d'accord avec toi, ajouta Hermione avant de lui raconter sa rencontre brève et désagréable avec la doyenne.

- Tiens, c'est justement d'elle qu'on parlait. Ne le prends pas mal, elle est odieuse avec tout le monde, répondit Ron.

- Vous parlez de Muriel ? demanda George qui émergeait du chapiteau en compagnie de Fred. Elle vient de me faire remarquer que mes oreilles ne sont pas symétriques. Quelle vieille toupie ! En revanche, j'aurais bien voulu que l'oncle Bilius soit encore parmi nous. On rigolait bien, avec lui, aux mariages.

- Ce ne serait pas celui qui est mort vingt-quatre heures après avoir vu un Sinistros ? interrogea Hermione.

- Oui, il faut dire qu'il était un peu bizarre, vers la fin, admit George.

- Mais avant qu'il devienne dingue, c'était un vrai boute-en-train, dit Fred. Il vidait toute une bouteille de whisky Pur Feu puis se précipitait sur la piste de danse, soulevait sa robe et faisait sortir des bouquets de fleurs de son-

- Un vrai charmeur, coupa Hermione tandis que Harry éclatait d'un grand rire.

- Il ne s'est jamais marié, je ne sais pas pourquoi, ajouta Ron.

- Tu m'étonnes, ricana Megan.

Ils riaient tellement qu'aucun d'eux ne remarqua le dernier arrivé, un jeune homme aux cheveux bruns avec un grand nez arrondi et d'épais sourcils noirs, jusqu'à ce qu'il tende son invitation à Ron et dise à Hermione, les yeux fixés sur elle :

- Tu es merrrveilleuse.

- Viktor ! s'écria-t-elle d'une voix perçante.

Elle lâcha son petit sac en perles qui tomba sur le sol avec un grand bruit sourd disproportionné à sa taille. Les joues en feu, elle se précipita pour le ramasser.

- Par Merlin…, balbutia-t-elle. C'est formidable de te voir… Comment vas‑tu ?

Une fois de plus, les oreilles de Ron étaient devenues rouge vif. Après avoir jeté un coup d'œil à l'invitation de Krum comme s'il ne croyait pas un mot de ce qui y était écrit, il lança d'une voix beaucoup trop forte :

- Comment se fait-il que tu sois là ?

- Fleurrr m'a invité, répondit-il, les sourcils levés.

Hermione semblait toutefois s'être attendue à ce qu'il ait choisi de ne pas venir. Tandis qu'elle continuait à balbutier, tous les autres saluèrent cordialement le champion de Durmstrang. Avec l'évidente volonté de l'éloigner de Ron, Potter lui proposa de le conduire à sa place.

- Il t'avait dit qu'il viendrait ? aboya Ron à l'adresse d'Hermione.

- Non ! Enfin, Megan me l'avait dit, mais je pensais… Enfin, la Bulgarie, c'est loin !

- Pas assez, visiblement.

À l'intérieur du chapiteau, l'arrivée du célèbre joueur de Quidditch faisait sensation, surtout parmi les Vélanes, qui tendaient le cou pour mieux le voir.

- Vraiment subtile, ta réaction, frangin, commenta George avec un large sourire moqueur.

- Tu veux que je te coupe l'autre oreille ? répliqua Ron, dont les oreilles ne pâlissaient pas plus que le teint d'Hermione, qui rayonnait presqu'autant que la future mariée.

Cette dernière approchait justement, montée sur un tapis volant en compagnie de son père et de ses deux demoiselles d'honneur pour ne pas salir leurs robes et leurs chaussures dans la terre du jardin.

- On ferait bien de rentrer, dit Megan.

Tous les cinq se pressèrent à l'intérieur du chapiteau le long de l'allée centrale sur le long tapis pourpre bordé d'innombrables rangées de chaises dorées, élégantes et fragiles. Les mâts qui soutenaient la toile étaient entourés de guirlandes de fleurs blanc et or entrelacées. Fred et George avaient attaché une énorme gerbe de ballons dorés au-dessus de l'endroit précis où Bill et Fleur deviendraient bientôt mari et femme. Le petit groupe retrouva Potter qui venait de laisser Krum à sa place désignée.

- Il est temps de s'asseoir, lui dit Fred. Si on reste dans le chemin, on va se faire écraser par la mariée.

Megan, Ron, Hermione et Potter allèrent prendre leurs places au deuxième rang, derrière Fred et George. Bill et Charlie étaient assis au premier rang avec leurs parents. Les deux jeunes hommes portaient des robes de cérémonie et de grandes roses blanches à la boutonnière. Megan les trouvait un peu ridicules dans ces tenues peu habituelles, mais ils ne manquaient pas de charme. Une atmosphère d'attente fébrile se répandait dans la chaleur du chapiteau, le brouhaha des conversations interrompu de temps à autre par des éclats de rire surexcités. Arthur et Molly remontèrent l'allée centrale d'un pas tranquille, souriant et adressant des signes de la main à des membres de la famille. Un instant plus tard, Bill et Charlie se levèrent à leur tour Fred siffla comme s'il avait vu passer une jolie fille et des gloussements retentirent parmi les cousines Vélanes. Puis l'assistance devint silencieuse lorsqu'une musique s'éleva, semblant provenir des ballons dorés.

- Ooooh ! s'exclama Hermione en pivotant sur sa chaise pour regarder l'entrée du chapiteau.

Un immense soupir collectif monta de la foule des sorcières et des sorciers quand Monsieur Delacour et Fleur s'avancèrent dans l'allée centrale, Fleur d'un pas aérien, Monsieur Delacour d'une démarche bondissante, le visage rayonnant. Fleur semblait émettre autour d'elle un puissant halo de lumière argentée. Lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur, Bill semblait n'avoir jamais rencontré Fenrir Greyback sur son chemin.

- Mesdames et messieurs, dit une voix légèrement chantante.

Avec une certaine consternation, Megan vit le même petit sorcier aux cheveux en épis qui avait présidé aux funérailles de Dumbledore. Il se tenait à présent devant Bill et Fleur.

- Nous sommes aujourd'hui réunis pour célébrer l'union de deux âmes fidèles…, poursuivit‑il.

- Ma tiare fait très joliment ressortir l'ensemble, remarqua la tante Muriel, dans un murmure très audible. Mais je dois dire que la robe de Ginevra est beaucoup trop décolletée.

Ginny se retourna en souriant, adressa un clin d'œil à Potter puis regarda à nouveau devant elle. Megan leva les yeux au ciel. Jamais elle ne pourrait comprendre ce que la féroce et magnifique fille unique des Weasley trouvait au garçon niais et empoté qui était assis à côté d'elle. Megan ne s'habituait d'ailleurs pas à son apparence de roux rondouillet.

Le petit homme prononça un discours bien moins inspiré que celui de Fol Œil deux semaines plus tôt, mais les vœux que se firent Bill et Fleur firent monter les larmes aux yeux de nombre d'invités, constata Megan. Au premier rang, Molly et Madame Delacour sanglotaient en silence dans de petits mouchoirs de dentelle. Des bruits de trompette, au fond du chapiteau, indiquèrent que Hagrid avait également sorti l'un de ses propres mouchoirs, de la taille d'une nappe. Hermione avait le visage baigné de larmes. Pendant un instant, Megan s'autorisa à s'imaginer debout devant cette immense foule émue, à promettre un amour éternel à…qui ? Elle serait bien incapable de faire cette promesse à Kevan. Draco ? L'image lui semblait fausse, de toute façon. La robe blanche ne lui allait pas. Les trémolos dans la voix ne lui ressemblaient pas. Elle ne vivrait probablement pas assez longtemps pour promettre quoi que ce soit à qui que ce soit, et il était probable qu'un grand nombre des invités présents aujourd'hui seraient morts à la fin de la guerre.

- William Arthur, voulez-vous prendre pour épouse Fleur Isabelle…

Le petit sorcier réalisa le Charme de l'engagement et des alliances dorées brillèrent aux doigts des jeunes mariés.

- Je vous déclare donc unis pour la vie.

Le sorcier aux cheveux en épis leva haut sa baguette au-dessus des têtes de Bill et de Fleur et une pluie d'étoiles d'argent tomba sur eux, tournoyant autour de leurs silhouettes à présent enlacées. Fred et George entraînèrent les invités dans une salve d'applaudissements, en même temps que les ballons dorés éclataient au-dessus d'eux. Des oiseaux de paradis et de minuscules cloches d'or en jaillirent et se mirent à voleter ou à flotter dans les airs, ajoutant leurs chants et leurs carillons au vacarme des acclamations.

- Mesdames et messieurs ! s'écria le sorcier aux cheveux en épis. Si vous voulez bien vous lever !

Tout le monde s'exécuta, la tante Muriel ronchonnant à haute voix, et le sorcier agita sa baguette. Les chaises sur lesquelles les invités s'étaient assis s'envolèrent avec grâce tandis que les parois de toile du chapiteau disparaissaient. Ils se retrouvèrent sous un dais soutenu par des colonnes dorées, avec une vue magnifique sur le verger et la campagne environnante, illuminés de soleil. Puis un bassin d'or fondu se répandit au centre de la tente pour former une piste de danse à la surface scintillante. Les chaises suspendues en l'air se regroupèrent devant de petites tables aux nappes blanches qui retombèrent sur le sol avec la même grâce en se disposant d'elles-mêmes autour de la piste. Des musiciens vêtus de vestes dorées se dirigèrent alors vers un podium.

- Belle réussite, dit Ron d'un ton approbateur, pendant que des serveurs en robe blanche surgissaient de tous côtés, certains portant des plateaux d'argent chargés de jus de citrouille, de Bièraubeurre et de whisky Pur Feu, d'autres tenant en équilibre des piles vacillantes de tartelettes et de sandwiches.

- Nous devrions aller les féliciter ! proposa Hermione, dressée sur la pointe des pieds pour voir l'endroit où Bill et Fleur disparaissaient au centre d'une foule de gens qui leur adressaient leurs vœux de bonheur.

- On aura bien le temps plus tard, répondit Ron avec un haussement d'épaules.

Il prit quatre Bièraubeurres sur un plateau qui passait et en tendit à Potter et à Megan.

- Tiens, Hermione, attrape. On va se trouver une table… Pas là ! Le plus loin possible de Muriel…

Suivi des trois autres, Ron traversa la piste de danse vide en jetant des regards à droite et à gauche. Il était certain qu'il surveillait Krum du coin de l'œil. Lorsqu'ils furent arrivés de l'autre côté, la plupart des tables étaient prises. Celle où il y avait le moins de monde était occupée par Luna Lovegood, assise seule, suçotant son doigt en regardant dans le vague. Elle portait une robe jaune vif qu'elle avait accompagnée d'un grand tournesol fixé dans ses cheveux l'ensemble était aveuglant. Megan avait oublié qu'elle habitait à proximité du Terrier et qu'elle serait invitée. L'ésotérisme permanent de l'amie de Ginny l'exaspérait.

- On peut se mettre à côté de toi ? demanda Ron.

- Bien sûr, répondit-elle d'un ton joyeux. Papa est allé donner notre cadeau à Bill et à Fleur.

- Qu'est-ce que c'est, une provision à vie de Ravegourdes ?

- Presque, répondit Lovegood avec le plus grand sérieux : une caisse d'infusion de Ravegourdes. Ça repousse les Boullus Goulus !

Hermione avait déjà tenté de donner un premier coup de pied à Ron sous la table et avait visiblement touché Potter à la place, mais ne manqua pas son second coup, ce qui dissuada son ami de répondre. L'orchestre se mit à jouer. Bill et Fleur s'avancèrent sur la piste et ouvrirent le bal sous les applaudissements. Au bout d'un moment, Arthur entraîna Madame Delacour, suivi par Molly et le père de Fleur.

- La mariée ne doit pas ouvrir le bal avec son père, normalement ? demanda Megan.

- Oh, c'est très vieillot comme tradition, commenta Hermione.

Megan avait-elle envie de danser avec Roger le jour de son mariage ? Ils n'avaient jamais vraiment eu de relation père/fille, elle avait rejeté toute sa vie ce statut, refusant de lui céder la place qu'avait laissé Sylvius à sa mort. Lui serait très heureux de cet honneur. Peut-être pourrait-elle le lui concéder, si ce jour particulier devait arriver un jour.

- J'aime cette chanson, dit Luna en se balançant au rythme d'un air de valse.

Quelques secondes plus tard, elle se leva et, d'un pas léger, se rendit sur la piste où elle tourna sur elle-même, seule, les yeux fermés, en agitant les bras.

- Elle est formidable, non ? commenta Ron avec admiration. Toujours aussi drôle.

Avant que Megan ait pu déterminer s'il était sérieux ou sarcastique, son sourire s'effaça : Krum venait de se laisser tomber sur la chaise vide de Luna. Hermione se trémoussa d'un air ravi mais cette fois, l'ancien champion de Durmstrang n'était pas venu lui adresser des compliments. Le visage renfrogné, il demanda :

- Qui est cet homme en jaune ?

Megan suivit son regard. Un peu plus loin, au milieu d'un groupe de vieilles sorcières se trouvait un homme dont les yeux louchaient légèrement, ses cheveux blancs semblables à de la barbe à papa lui tombant sur les épaules. Il portait une casquette avec un pompon qui pendait devant son nez et une robe d'une couleur jaune d'œuf si vive qu'on en avait les larmes aux yeux. Un étrange symbole semblable à un œil triangulaire luisait au bout d'une chaîne d'or, autour de son cou.

- C'est Xenophilius Lovegood, le père d'une de nos amies, répondit Ron.

Son ton belliqueux laissait clairement entendre qu'ils n'étaient pas disposés à se moquer de Xenophilius, en dépit de cette provocation délibérée. Il n'avait encore jamais manifesté une telle loyauté envers Luna.

- Viens danser, lança-t-il à Hermione d'un ton brusque.

Prise au dépourvu, mais finalement contente, elle se leva et ils disparurent tous deux au milieu de la foule grandissante des danseurs.

- Ah, ils sont ensemble, maintenant ? commenta Krum, son attention momentanément détournée.

- Oui, répondit Megan avec aplomb.

Potter tourna vers elle un regard surpris, mais elle l'ignora.

- Ah, dit seulement Krum. Et toi, qui es-tu ? ajouta-t-il en se tournant vers Potter.

- Barny Weasley.

Ils se serrèrent la main.

- Alorrrs, Megan, Barrrny… Vous connaissez bien cet homme, Lovegood ?

- Non, on l'a rencontré aujourd'hui pour la première fois, répondit Potter. Pourquoi ?

Le regard noir au-dessus de son verre, Krum observait Xenophilius qui bavardait avec les sorcières de l'autre côté de la piste de danse. Megan n'eut toutefois pas le loisir de découvrir la raison de l'aversion que lui vouait le jeune homme, car Charlie apparut devant leur table.

- Megan, une petite danse ? proposa-t-il en lui tendant la main, d'un air poli mais sûr de lui.

Surprise, elle accepta tout de même.

- Tu es superbe, lui dit-il tandis qu'ils s'engageaient sur la piste de danse.

Megan ne savait pas danser, mais Charlie menait avec une douce fermeté et une grande assurance. Troublée par leur soudaine proximité, elle tâcha de conserver toute sa contenance.

- Merci. C'est rare de te voir aussi bien habillé, lui fit-elle remarquer en retour.

- Ce n'est pas une tenue très pratique pour dresser des dragons. D'ailleurs tu vas pouvoir venir me rendre visite à la réserve, maintenant que tu arrêtes Poudlard.

- Bien sûr, je quitte l'école pour prendre quelques vacances prolongées en Roumanie, la guerre c'est toujours la meilleure période pour voyager, répliqua Megan, sarcastique. Tu penses qu'il suffit d'une danse pour m'extorquer nos projets pour cette année ? Je me demande pourquoi les jumeaux n'y ont pas pensé avant toi.

- Bien sûr que non, mon plan contient aussi une grande quantité d'alcool, sourit Charlie en désignant du menton les serveurs qui passaient entre les invités pour remplir leurs coupes.

- Rappelle-moi de faire comme Fol Œil et de ne boire que dans ma propre flasque.

L'évocation du vieil Auror les fit tous les deux sourire tristement. Il était perturbant de faire ainsi la fête alors qu'il avait présidé le dernier mariage dans leur entourage, et qu'il était mort depuis moins d'une semaine.

- Je suis désolé qu'on n'ait pas retrouvé son corps, dit Charlie. Je ne le connaissais pas vraiment, mais je sais que tu l'aimais bien.

- Il était solide et fiable. C'est lui qui a repris le flambeau après la mort de Dumbledore. Sans lui, l'Ordre du Phénix se serait probablement désorganisé et aurait laissé les Mangemorts gagner du terrain. Mais ce n'est pas grave. Je n'ai pas pour habitude d'aller pleurer sur une tombe, de toute façon.

Elle eut envie d'ajouter quelque chose, de parler de Potter qui souhaitait se rendre sur celle de ses parents, et du fait qu'elle n'avait jamais été voir celle des siens. Sans aucun verre d'alcool, Charlie arrivait à s'insinuer dans ses secrets, parce qu'il lui inspirait une entière confiance, et que contrairement aux autres Weasley, elle n'avait pas peur qu'il soit tué s'il en savait trop. Pas parce qu'elle ne se souciait pas de lui, au contraire, mais parce qu'il lui semblait invincible. Capable de partir dresser des dragons dans un pays dont il ne connaissait rien, tout en continuant à œuvrer pour l'Ordre, capable de survivre à ces créatures mortelles et de traverser le chaos du mariage de son frère avec une aisance sans précédent. Megan avait l'impression de pouvoir tout lui confier, de pouvoir décharger sur lui tous ses secrets, sans crainte. Elle se rappela toutefois que la dernière personne en qui elle avait eu une telle confiance avait été tué froidement par Bellatrix Lestrange, et son instant de faiblesse se dissipa aussitôt. Elle devait porter seule ses fardeaux, car personne ne pouvait survivre à ce qui l'attendait.

Autour d'eux, Luna dansait toujours seule, remuant les bras autour de sa tête comme si elle chassait des moucherons. Arthur et Molly dansaient désormais ensemble avec un air de bonheur ébahi en se regardant dans les yeux. Ils firent sourire Megan. Charlie suivit son regard et sourit aussi.

- C'est rare de les voir comme ça, dit-il. Ça fait du bien.

- Ils ont l'air plus épanouis que Tonks et Remus, fit-elle remarquer en désignant les jeunes mariés assis à une table voisine.

Son ancien professeur avait visiblement une conversation tendue avec sa femme, bien qu'ils s'exprimassent à voix basse. Tonks était dans une attitude virulente, et Remus semblait navré.

- C'est normal, les disputes dans un couple. Enfin, de ce qu'on m'a dit, rit Charlie.

- Monsieur Je-ne-m'engage-jamais, railla Megan. Tu étais le copain de Tonks, non ?

- Tu sais ça, toi ? s'étonna Charlie. Rappelle-moi de rajouter une balafre à Bill.

- Ça ne t'embête pas, qu'elle soit mariée avec Remus ?

- M'embêter ? Elle a l'air très amoureuse de lui, et maman m'a dit qu'elle était sur un nuage le jour du mariage. Même aujourd'hui, elle a l'air aussi heureuse que Fleur – sauf là, maintenant, tout de suite, bien sûr. Je suis sorti quelques semaines avec Tonks quand on avait quatorze ans, ça n'a aucune importance. C'est une fille super chouette, je suis très content pour Lupin. Krum a l'air de faire la gueule, par contre.

Une nouvelle chanson avait commencé, et Charlie continuait à faire danser Megan, sur un rythme plus rapide cette fois. Megan croisa furtivement le regard ravi de Hermione qui dansait toujours avec Ron, puis vit Krum dont les yeux noirs jetaient des étincelles, la main crispée sur sa baguette. Mais ce n'était pas Ron qu'il regardait ainsi, mais bien toujours Xenophilius Lovegood. Potter, sous les traits de Barny, semblait soudain très excité.

- Il est cool, d'habitude, commenta Megan. Mais il est remonté comme une pile contre Lovegood, aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui lui prend.

- Ah oui, nos voisins fous. Sa fille était au ministère avec vous il y a un an, je m'en souviens. Quand maman l'a appris, elle a invité Xenophilius pour le thé. Écouter ses théories conspirationnistes a dû la détourner un petit peu de son inquiétude. Il est timbré mais pas méchant. Je suis juste consterné par tout ce que vous avez eu à surmonter, ces dernières années. C'est fou que maman n'ait pas fait une crise d'apoplexie avec tous les soucis qu'elle s'est fait. Entre Quirrell qui avait Voldemort à l'arrière de la tête, Ginny enlevée et emmenée dans la Chambre des secrets, l'évasion de Sirius Black avant qu'on sache qu'il était innocent, le Tournoi des Trois Sorciers, tes disparitions pendant l'année, le retour de Voldemort, la bataille au ministère, l'empoisonnement de Ron, l'attaque sur papa puis sur Bill… Elle ne dort pas beaucoup la nuit. Et, des fois, moi non plus.

- Vu comme ça…, admit Megan. Mais bon, on a survécu, non ? Enfin, pas tous… De toute façon, je n'arrête pas de le dire, il faut s'y habituer.

- Mouais, non. Je ne m'habituerai pas à ce que vous soyez en danger. Je ne pense pas retourner en Roumanie. En tout cas, pas tout de suite. J'ai beaucoup réfléchi, et je pense qu'ils peuvent se passer de moi pour quelques temps, à la réserve et dans notre groupe de résistance – le plus gros du travail à faire est ici. Peut-être un an. J'ai trouvé une maison pas loin, mais je n'ai rien dit à maman. Elle insisterait pour que je reste vivre au Terrier, mais bon elle me rendrait fou.

- Tu vas rester ici ? En Grande-Bretagne ?

- Ouais. J'attends que le mariage soit passé pour le dire aux autres, je ne veux pas voler la vedette à Bill.

Les jeunes mariés dansaient sur la piste, merveilleusement élégants, flottant dans une bulle d'insouciance et de joie, les yeux dans les yeux.

- Oh, Megan, je ne t'avais pas vue ! s'écria une voix familière.

En dansant avec Ginny, Lee Jordan s'était retrouvé juste à côté de Megan, les yeux brillants. Elle ne savait même pas qu'il était là aujourd'hui. Elle lui adressa un salut poli, mais il n'eut pas le temps d'en dire plus, Charlie ayant savamment virevolté un peu plus loin.

- Merci pour le sauvetage, sourit-elle. Je l'aime bien, hein, mais il a visiblement déjà bien entamé le champagne aujourd'hui, alors il allait sûrement être lourd.

Les bouteilles, à moitié vides, passaient toutes seules parmi la foule des invités en prenant pour cible les verres bientôt vides de sorte qu'ils soient toujours pleins.

- Il te regarde encore.

- Pourtant, Ginny est beaucoup plus jolie.

- Oh, question de point de vue.

La chanson prit fin et ils décidèrent tous deux qu'il était justement temps de trouver quelque chose à boire. Ils attrapèrent au vol une bouteille de champagne chacun, qui se débattirent mais perdirent le combat, puis s'installèrent à une table vide pour observer tous les invités et commenter leurs liens avec les mariés et leurs tenues. La tante Muriel fut bien sûr la plus vernie par l'expérience, mais ce fut surtout l'occasion de découvrir qui avait été convié à cette grande fête. Il y avait plusieurs personnes que Megan connaissait, notamment Angelina Johnson, la petite amie de Fred, que Megan n'avait jamais vue aussi bien habillée, mais surtout de très nombreux membres de la famille élargie des Weasley, facilement identifiable à leurs cheveux roux. Les Français se mélangeaient peu aux autres, peu à l'aise avec l'anglais, au grand dam des jeunes hommes de l'assemblée, mais Gabrielle restait collée à Fred et George qui la faisaient beaucoup rire.

Après plusieurs chansons, la musique diminua jusqu'à disparaître. Megan retrouva Ron, Hermione, Potter, Lovegood, Lee Jordan et les jumeaux tandis que Charlie allait s'installer à la table des mariés avec les parents de ces derniers, Gabrielle et Ginny. Fred attira Angelina sur ses genoux. Megan avait vu juste sur l'alcoolémie de Lee, alors que le soleil n'était pas encore couché, et dû menacer de lui jeter le Maléfice du Saucisson pour qu'il cesse de s'agiter sur sa chaise et d'essayer d'attirer son attention en la prenant par les épaules. Charlie et Monsieur Delacour prononcèrent des discours drôles et touchants, puis le repas fut servi par les sorciers en robe blanche. Ron avala plus de nourriture encore que lors des banquets de rentrée de Poudlard – peut-être par nostalgie à l'idée qu'il n'y assisterait pas cette année – mais Hermione le regarda faire avec une forme de tendresse que Megan n'avait pas l'habitude de voir sur son visage et qu'elle espérait ne jamais voir sur le sien.

À la fin du repas, après une quantité insurmontable de blagues lourdes de Lee ponctuées de remarques ahuries de Lovegood, la pièce montée fit son entrée dans une explosion magistrale de Feuxfous Fuseboum. Des tourterelles scintillantes s'envolèrent au milieu des invités et de grands cœurs explosèrent dans le ciel, accueillis par les invités par un tonnerre d'applaudissements. Debout sur leurs chaises, Fred et George ne manquèrent pas de s'incliner et de remercier la foule à grands gestes. Lorsque Fleur coupa le gâteau, les petits phénix dorés qui ornaient le dessert prirent leur envol sous les « ohhh » admiratifs des invités.

À mesure que le soir tombait et que les papillons de nuit commençaient à s'engouffrer sous le dais, éclairé à présent par des lanternes flottantes, les réjouissances devenaient de plus en plus débridées. Fred, George, Angelina et une cousine de Fleur disparurent dans l'obscurité. Charlie, Hagrid et un petit sorcier trapu coiffé d'un canotier violet se mirent à chanter Odo le héros dans un coin. Un sorcier manifestement ivre poursuivit Potter, convaincu qu'il était son fils, jusqu'à ce que le garçon trouve refuge auprès d'un vieillard coiffé d'un fez mangé aux mites. Megan et Ginny parièrent sur le nombre d'hommes qu'elles pouvaient faire danser en deux heures, tandis qu'Hermione et Ron se lançaient dans une profonde conversation sans prendre garde aux bouteilles de champagne ensorcelées par Lee qui ne remplissaient plus que leurs verres. Ce dernier était maintenant assis dans l'herbe en tenant dans ses mains le bouquet de la mariée qu'il avait obtenu dans des circonstances incertaines.

Ginny remporta le pari, et Ron et Hermione les rejoignirent à nouveau sur la piste de danse. La musique était beaucoup plus dynamique et forte désormais. Megan finit par arracher Charlie à sa chaise pour qu'il les rejoigne. Potter était maintenant aux prises avec la vieille Muriel, et Viktor Krum se disputait avec Xenophilius Lovegood, mais Megan avait trop bu pour s'en soucier. Avec les quatre autres, elle s'amusait comme une folle. Puis sans qu'elle soit capable de se souvenir comment, elle était dans le jardin des Weasley à l'écart des festivités et embrassait Charlie entre deux éclats de rire. Elle était pendue à son cou lorsqu'ils entendirent des hurlements de panique monter du dais et virent des gens en sortir en courant. Des gens transplanaient en tous sens, alors que les sortilèges de protection disposés autour du Terrier ne le permettaient pas. Megan s'aperçut alors qu'elle ne les ressentait plus : ils avaient été brisés.

Megan et Charlie échangèrent un regard puis se précipitèrent vers le dais, à contrecourant des invités qui fuyaient un danger qu'ils ne voyaient pas. Tout le monde courait en tous sens d'un air terrifié, s'interpellant à grands cris pour retrouver ses proches ou dire aux autres de fuir. Plusieurs visages étaient marqués de larmes. Megan attrapa un des cousins Weasley qui passait près d'elle de toute la vitesse de ses jambes et qui laissa échapper un souffle court lorsqu'il fut intercepté dans sa course.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? aboya-t-elle.

Les effets de l'alcool se dissipaient sous ceux de l'adrénaline.

- Vous-Savez-Qui… Il a eu le ministre, haleta le rouquin. Il est mort. Ils sont là.

En grande détresse, il s'arracha à la poigne de Megan, détala et transplana dans un craquement sonore. La jeune femme sentit les battements de son cœur accélérer et reprit sa course vers le chapiteau aux côtés de Charlie. Sous le dais, des silhouettes enveloppées de capes, le visage masqué, étaient apparues, et des traits de lumière sinistres sifflaient au-dessus de la piste de danse. Au milieu des éclats brillants des Charmes du Bouclier, plusieurs invités étaient couchés au sol, et certains d'entre eux avaient les yeux grands ouverts et vitreux.

- HERMIONE ! RON ! hurla Megan en sortant sa baguette qu'elle avait glissée dans la manche de sa robe.

Tout en esquivant les maléfices et les sortilèges, Megan et Charlie fendirent la foule à la recherche de leurs proches.

- STUPEFIX ! hurla Remus en surgissant devant eux. Tonks, sors d'ici ! beugla-t-il ensuite à sa femme.

Il l'attrapa par le bras et la jeta sans ménagement hors de portée des tirs. L'Auror le regarda d'un air horrifié, serra les mains sur son ventre, puis transplana. Megan pointa sa baguette sur un Mangemort qui venait de se tourner dans sa direction et le tua d'un geste vif puis se retourna pour regarder autour d'elle. L'immense majorité des invités avait fui, et elle ne voyait pas trace de Ron et Hermione, y compris parmi les victimes qui jonchaient le sol. Elle était terrifiée à l'idée de trébucher sur le corps de l'un de ses amis. Arthur, Molly, Bill, Fleur et Ginny étaient encore là, jetant des sorts à tour de bras. Il y avait une dizaine de Mangemorts dans le chapiteau, qui distribuaient des sortilèges informulés sans hésiter. Le petit groupe de huit se resserra, dos à dos, et ils affrontèrent férocement leurs assaillants, détournant leur attention des quelques invités qui n'avaient pas réussi à transplaner, paralysés par la panique ou effondrés par la découverte du corps sans vie de l'un des leurs. Le dais était tailladé de parts en parts, les colonnes dorées avaient été brisées par endroits et le tout menaçait de s'effondrer sur eux. Megan avait déployé un Charme du Bouclier géant autour de son groupe, mais elle peinait à le maintenir tout en continuant à attaquer les Mangemorts. Ceux-ci esquivaient ou déviaient la plupart de leurs sorts, les envoyant rebondir contre les chaises qui explosaient ou en direction des invités restants, mais ils perdaient du terrain. Lorsque Bill et Remus en eurent tué deux autres, les Mangemorts prirent conscience de leur échec et disparurent à leur tour. Aussitôt, Megan se précipita à l'extérieur pour mettre en place de nouvelles protections magiques pour s'assurer qu'ils ne pourraient pas revenir avec du renfort. En sortant, elle trébucha sur le corps d'un vieux sorcier aux cheveux blancs ébouriffés.

- Perkins ! s'écria Arthur d'un air horrifié.

Il courut vers lui avec Fleur tandis que les autres se joignaient à Megan pour protéger la zone. Le collègue d'Arthur n'avait pas eu plus de chance que la vingtaine de personnes qui gisaient à l'intérieur.