LES DISPARUS
Fred et George arrivèrent en courant devant les ruines de la fête, suivis par Angelina et la cousine de Fleur. Ils découvrirent avec horreur le champ de bataille.
· Qu'est-ce que…
Personne n'eut la force de leur répondre, encore frappés d'horreur. Le carnage n'avait duré quelques minutes. Megan retourna à l'intérieur inspecter tous les corps pour s'assurer qu'elle ne connaissait aucun d'entre eux, accompagnée de Remus et Charlie, tandis qu'Arthur et Molly conduisaient dans leur maison tous les survivants qui n'avaient pas transplané. Elle ne reconnaissait aucune des victimes. Elle arracha sans ménagement aux cadavres ceux qui sanglotaient et les orienta vers le Terrier, puis elle réunit par lévitation les corps à l'extérieur. Quelques secondes après qu'ils eurent quitté le chapiteau, celui-ci s'effondra dans un bruit sourd et un grand nuage de poussière. Les ballons dorés qui n'avaient pas éclaté gisaient bêtement au milieu des vêtements, sacs et chaussures abandonnés dans la panique. Elle-même retira ses escarpins et les jeta un peu plus loin sans conviction. Charlie s'arrêta à côté d'elle et passa un bras réconfortant et las autour de ses épaules. Tous deux contemplèrent sans un mot les corps, épuisés.
Fleur les rejoignit, leva sa baguette en silence, et tous furent enveloppés d'un linceul blanc, et un feu aux flammes bleues se mit à brûler en silence à leur chevet.
· Nous préviendrons leurs familles, dit-elle d'une voix éteinte.
Sa robe de mariée était couverte de terre et de sang, et des larmes traçaient des lignes humides sur la poussière qui lui maculait les joues. Le regard de Megan se posa sur les deux cadavres qu'elle avait déposés à part, ceux des Mangemorts qu'ils avaient tués. Elle s'approcha d'eux et se pencha pour retirer leurs masques. Travers et Stan Shunpike.
· Ça valait bien le coup que Potter lui lance un Expelliarmus.
· Il était sous Imperium, dit Remus d'une voix douloureuse. Il était tellement jeune… même pas vingt-cinq ans. On restituera son corps à sa famille.
Sans émoi, Megan pointa sa baguette sur le corps de Travers et y mit le feu. Des flammes vertes dévorèrent sa robe noire, ses cheveux, sa chair. Au bout de quelques secondes, il ne restait plus de lui qu'un tas de poussière que le vent dispersa.
· Je dois aller voir Tonks, dit alors Remus sur un ton d'excuse. M'assurer qu'elle… Je suis désolé, je reviendrai.
· Vas-y, lui dit Arthur, aussi éreinté que les autres. On s'en occupe. Prends soin de ta femme.
Le loup-garou quitta la zone protégée puis transplana à son tour. Molly incita tout le monde à rentrer dans la maison, où elle distribua à tous des tasses de thé brulantes.
· Fleur, tes parents ? s'enquit Bill.
· Ils ont emmené Gaby en sécurité. Je leur ai envoyé un Patronus pour leur dire que nous allons bien. Ils doivent s'occuper de ma famille… De ceux qui sont toujours vivants.
Megan, qui s'était adossée au mur du salon, les bras croisés sur la poitrine, tourna les yeux vers la mariée. Toujours dans sa robe blanche, elle se tenait droite sur le fauteuil où elle s'était assise, et regardait fixement devant elle. Les inconnus dont Megan avait charrié les corps n'étaient pas seulement des musiciens et des serveurs, ils étaient, en grande partie, des membres de la famille de Fleur. Les autres étaient des cousins ou des amis d'Arthur et Molly. Ce n'étaient pas de parfaits inconnus pour eux.
· Vous n'y êtes pour rien, dit-elle.
Tous les regards se tournèrent vers elle. Angelina avait les yeux rouges et reniflait par à-coups réguliers tandis que Fred lui frottait machinalement le dos. Trois des cousines de la mariée sanglotaient de manière incontrôlée sur le canapé.
· Ce n'est pas votre mariage qui les a tués, poursuivit Megan en regardant Bill et Fleur. C'est lui. C'est ses Mangemorts. Vous n'y êtes pour rien.
La nuit progressait mais personne ne pouvait dormir. Il fallait trouver de la place pour ceux qui restaient au Terrier, prévenir les proches des victimes, accueillir les invités éplorés qui revenaient sur les lieux pour apporter leur aide ou récupérer des corps, trier les affaires qui avaient été abandonnées pour les rendre à leurs propriétaires, évacuer la carcasse du chapiteau, et s'inquiéter de ceux qui avaient pu s'échapper mais n'avaient pas donné de nouvelles. Megan ignorait où se trouvaient Ron et Hermione.
Lorsque le soleil se leva, le plus gros du travail était fait. Tout le monde était échevelé, décoiffé et leurs tenues de soirée déchirées et sales. Kingsley se matérialisa à quelques mètres du Terrier, puis courut vers eux.
· Arthur ! s'exclama-t-il avec un visible soulagement en entrant dans le jardin.
Mais le père de famille ne montra aucune forme de joie. Il pointa aussitôt sa baguette sur le nouveau venu.
· Ton Patronus ?
· Le lynx, répondit l'Auror sans s'émouvoir. Celui que je vous ai envoyé pour vous prévenir.
· Kingsley, soupira Arthur en baissant sa baguette. Tu nous as sauvé la vie. Tu nous as donné quelques précieuses secondes pour encaisser le choc et pour nous enfuir ou nous préparer au combat. Sans toi, il y aurait eu beaucoup plus de morts.
Le regard de l'Auror se posa sur la dizaine de corps qui étaient encore allongés sous les linceuls blancs dans le verger, attendant d'être emportés par leurs familles.
· J'aurais aimé faire plus. Venir avant… C'est le chaos. Toutes les institutions sont tombées. Il a tué Rufus de sa main. Un combat à la hauteur de sa réputation. Mais on ne peut plus compter que sur nous, maintenant. Le ministère a fait interdire les Portoloins et la Poudre de Cheminette pour le Terrier, on ne peut entrer qu'en transplanant. Mais on est surveillés. Ils n'oseront juste rien tenter de nouveau aujourd'hui, ils ne veulent pas perdre plus d'hommes, j'ai entendu qu'ils avaient eu des dégâts de leur côté aussi. Où est Harry ? Est-ce qu'il va bien ?
· On n'en a aucune idée, répondit Molly, les lèvres tremblantes. Mais il a réussi à s'enfuir, avec Ron et Hermione…
· Et Buckley ?
· Je suis là. Je suis restée pour aider. Je ne sais pas où ils sont, ajouta Megan en levant les mains lorsqu'elle les vit tous se retourner vers elle.
Elle devait les retrouver. S'assurer qu'ils allaient bien. Mais comment savoir où ils avaient transplané ? Elle ne pouvait pas risquer de leur envoyer un hibou, au risque de révéler leur position à leurs ennemis.
· Je leur ai envoyé un Patronus.
Megan se retourna vers Arthur si vite qu'elle manqua de se faire mal au cou.
· Comment ? sursauta-t-elle. Tu sais où ils sont ?
· Non, je n'ai pas besoin de le savoir. Ce n'est pas pour rien que l'Ordre privilégie ce mode de communication : les Mangemorts le connaissent mal, ils sous-estiment beaucoup ce Charme qui est fondé sur des pensées heureuses. Peu d'entre eux savent l'utiliser, d'ailleurs. Je leur ai juste dit que nous allions bien, et je leur ai dit de ne pas répondre. Les Mangemorts n'attendent qu'une chose, c'est de savoir où se trouve Harry. Ils auraient fait un bien pire massacre s'ils avaient su qu'il était là ce soir – je suis convaincu qu'ils cherchaient seulement à fêter la mort de Scrimgeour et à nous faire peur parce qu'ils savaient que beaucoup de membres de l'Ordre seraient là. Je suis vraiment soulagé que Harry ait réussi à s'échapper tout de suite.
Megan n'était pas du même avis. Comment savoir si Ron ou Hermione n'avaient pas été blessés par un sort avant de transplaner, ou pire ? Comment s'assurer qu'ils ne tenteraient rien de dangereux avant qu'elle les ait retrouvés ?
Les survivants du mariage tombèrent tous de fatigue vers le milieu de l'après-midi, et s'effondrèrent là où ils le pouvaient, dans les chambres et sur les chaises, les fauteuils ou le canapé, mais Megan ne pouvait pas dormir – pas plus que Charlie, qui avait pris le premier tour de garde. Tous deux sentaient le poids de la surveillance des Mangemorts, qu'ils savaient tapis à l'extérieur du Terrier, au-delà des protections magiques, plus pesant encore maintenant que la maison était plongée dans le silence uniquement rompu par quelques ronflements. Tous deux s'installèrent dehors, sur des pots de fleur en terre cuite retournés.
· Tu vas essayer de les retrouver ? lui demanda Charlie en fixant la lisière des arbres devant lui.
· Évidemment. Dumbledore nous a – comme d'habitude – laissé du travail à faire pour lui.
· Dumbledore nous a dit aussi que tu avais… une importance particulière, pour la résistance. Pas exactement comme Harry, mais qu'il fallait absolument que les Mangemorts ne t'attrapent jamais.
· Il vous a dit pourquoi ?
Son cœur battait à tout rompre. Charlie était-il en train de lui avouer qu'il savait qui elle était. Qu'ils le savaient tous ?
· Non. Seulement que Voldemort chercherait à t'avoir. Entre ça et le fait qu'il t'ait soumise à l'Imperium, il y a deux ans, je ne comprends pas ce qu'il te veut. Harry, on sait – il y a une prophétie, qui le désigne comme celui qui tuera Voldemort. Mais toi ?
· Les voies du Seigneur des Ténèbres sont impénétrables, railla Megan, profondément soulagée par sa réponse. Il sait que je suis la plus douée d'entre nous, il veut mettre toutes les chances de son côté, je ferais pareil si j'étais lui.
Charlie ne répondit pas. Charlie savait qu'elle lui mentait. Mais Charlie avait l'intelligence de ne pas insister. Elle appréciait beaucoup Charlie.
Il y eut un tourbillon sombre et une silhouette apparut à l'orée de la forêt. Un jeune homme mince, en costume noir et aux cheveux blonds, presque blancs. Charlie leva sa baguette mais Megan posa sa main sur la sienne pour arrêter son mouvement. Sans le regarder, elle se leva et avança. Draco fit de même. Ils s'arrêtèrent à quelques mètres l'un de l'autre, séparés par les barrières magiques qui protégeaient le Terrier. Charlie était quelques dizaines de pas plus loin, l'air méfiant, sa baguette toujours serrée dans son poing.
· Il est furieux, tu sais.
Draco avait parlé en premier. Son visage était terriblement pâle, et de profonds cernes étaient creusés sous ses yeux. Il avait l'air aussi malade que l'année écoulée, quand il cherchait un moyen de tuer Dumbledore pour sauver ses parents.
· On cherche Potter, mais on ne sait pas où il est. Il a interrogé Scrimgeour… avant de le tuer. Mais il ne nous a pas dit où il se cachait.
· Pourtant, ils sont venus attaquer ici, hier soir. Tu y étais ?
· Non. Mais je les ai entendus en parler.
· Ils ont tué une vingtaine de personnes.
· Je sais. Je suis désolé.
Il semblait sincère. Sa main tremblait lorsqu'il la posa sur la barrière. Un champ de force l'empêchait d'aller plus loin.
· On pourrait arrêter tout ça, dit-il d'une voix presque suppliante. Il suffit de lui donner ce qu'il veut. Si on lui donne Potter, tout sera terminé.
· Si on lui donne Potter, plus rien ne pourra l'arrêter.
Elle ne croyait pas en la prophétie, elle ne croyait pas que Potter pourrait tuer Voldemort, mais elle voyait l'espoir qu'il représentait pour les résistants. Le symbole. Si Potter était livré à Voldemort et qu'il le tuait, l'espoir mourrait avec lui, et plus personne n'aurait la force de se battre. Elle refusait qu'il gagne.
· Il n'y a pas d'autre issue, insista Draco. Tu sais à quel point il est puissant… Tu sais. Il va te tuer, toi aussi.
· Il va essayer, oui. Je ne le laisserai pas faire. Drake, je pourrais lever le champ de force, là maintenant. Ou juste ouvrir une brèche, pour que tu viennes. Tu pourrais rester avec nous.
· Pour quoi faire ? Il tuerait mes parents. Et tu sais que vous n'avez aucune chance. Je n'ai pas envie… Tu sais que je ne veux pas ce qui se passe. Mais il faut être réaliste. Tes amis vont tous mourir en essayant de se battre, comme ce soir, et il les tuera par vengeance s'ils décident de se rendre. Et ce n'est pas ce que je veux, crois-moi, mais je ne peux rien y changer. Mais toi et moi, on a une chance. On peut survivre, tous les deux. Si tu viens avec moi, il nous épargnera tous les deux. Je ne veux pas que tu meures, Meg.
Les revoilà revenus au même point. Bien sûr, la proposition était alléchante : être sûre de survivre, être auprès de Draco, sains et saufs. Pouvoir envisager un avenir. Mais au prix de la victoire de Voldemort, au prix de la mort de tous les autres. Bien sûr, elle savait que beaucoup d'entre eux allaient mourir, mais elle voulait sauver ceux qu'elle pourrait. Si elle acceptait cette offre, la mort de ses parents était vaine. Lorsqu'elle lui tourna le dos, elle entendit Draco frapper le dôme dans un geste désespéré, qui résonna d'un bruit grave, mais elle continua à s'éloigner. Lorsqu'elle fut arrivée près de Charlie et qu'elle se retourna, Draco était parti.
· Ne dis rien aux autres, dit seulement Megan avant de retourner dans la maison.
Elle prit une longue douche chaude, espérant laver les traces de sang et de boue et l'odeur de la mort sur elle. Elle jeta sa robe à la poubelle et la remplaça par un pantalon et un débardeur près du corps sur lesquels elle jeta une cape. D'un coup de baguette, elle sécha et démêla ses longs cheveux noirs, puis elle enfila ses bottines et passa sur son épaule la lanière de sa besace. Lorsqu'elle redescendit dans le salon, tout le monde dormait encore. Charlie n'avait pas quitté son poste, toujours devant la maison. Elle se glissa en silence dans le sellier et ouvrit la petite fenêtre percée dans le mur. Elle jeta sa besace à travers puis, en prenant appui sur un vieux chaudron, elle se hissa jusqu'à son niveau et se contorsionna jusqu'à passer à travers à son tour. Arrivée dehors, de l'autre côté du Terrier, elle regarda ostensiblement autour d'elle, puis se mit à courir. Dès qu'elle eut franchi les barrières magiques, elle vit deux rayons de lumière fuser vers elle, mais elle avait transplané avant qu'ils ne l'atteignent. Les rayons se heurtèrent dans un grand fracas tandis qu'elle réapparaissait à Corsham.
Elle n'était plus venue dans le Wiltshire depuis longtemps. La ville était animée en ce samedi après-midi ensoleillé – il n'y avait visiblement pas de Détraqueur à proximité. Megan se glissa dans la foule des Moldus et suivit leur rythme et le chemin familier qui menait jusqu'à la petite maison des Boyd. Le courrier s'empilait à l'extérieur maintenant que la boîte aux lettres était remplie. Les plantes et mauvaises herbes se livraient un combat ardu dans le jardin laissé à l'abandon, et les vitres étaient sales. Sur la porte, quelqu'un avait fixé une affichette jaunie par l'effet du soleil et abîmée par la pluie. Les visages figés d'Emily et Roger la regardaient sans la voir, ains qu'une vieille photographie d'elle qui remontait à l'école primaire, au-dessus d'un titre en lettres capitales :
DISPARUS
EMILY ET ROGER BOYD, 52 ET 55 ANS MEGANNA BUCKLEY, 15 ANS
DISPARUS DEPUIS JUIN 1995.
SI VOUS AVEZ DES INFORMATIONS, APPELEZ LE 999.
Probablement des voisins ou des amis inquiets de ne plus les voir du jour au lendemain. La première d'une longue série de disparitions. La police était venue, car la porte était entravée par une bandelette jaune et noire interdisant d'entrer.
Megan fourra l'affichette dans sa poche, arracha la bandelette et poussa la porte. Personne n'avait pris la peine de la verrouiller. À raison : les Mangemorts étaient venus, et avaient tout retourné. Le contenu des meubles avait été vidé et répandu sur le sol, jonché de vaisselle cassée. Les photographies de famille avaient été jetées dans l'âtre de la cheminée et brûlées. Megan ne savait pas ce qu'ils cherchaient, mais sa chambre avait subi le même sort. Les murs étaient recouverts d'inscriptions injurieuses envers les deux Cracmols. Les Mangemorts ne cherchaient probablement rien d'autre qu'à se venger de ceux qui leur avaient pris leur héritière. Il n'y avait plus rien à prendre ici. Megan ressortit sans un regard pour la maison qui l'avait hébergée et vue grandir.
· Eh ! s'exclama une voix furieuse. Eh ! Vous n'avez rien à faire ici ! Oh !
C'était Paige Half, la voisine du numéro 14, une Moldue qui aidait souvent Emily pour le jardinage. Elle rentrait visiblement des courses car elle avait dans les bras des sacs remplis de nourriture sous plastique. Sacs qu'elle laissa tomber sans s'en apercevoir lorsqu'elle reconnut l'intruse.
· Meganna, s'exclama-t-elle d'une voix faible. MEGANNA ! répéta-t-elle en hurlant. Ma chérie, tu es vivante !
Lorsqu'elle vit la femme d'âge mur courir à toutes jambes vers elle, Megan recula instinctivement d'un pas et sortit sa baguette. D'un rapide mouvement du poignet, elle interrompit la course de Mrs Half, qui sembla sonnée par le choc.
· Meganna, souffla-t-elle, les yeux écarquillés.
· Oubliettes.
Les yeux s'embuèrent et se vidèrent. Le temps qu'elle retrouve ses esprits, Mrs Half était seule dans l'allée au milieu de ses sacs de course abimés.
Megan avait transplané un peu plus loin, au nord-est de la ville. Elle poursuivit en marchant, car elle ne s'y était encore jamais rendue. Le cimetière de Lacock Road était peu animé, le temps n'était pas propice au recueillement. Elle avait choisi celui-ci, car il était près du lac, et qu'elle espérait que c'était ici qu'ils les avaient enterrés. Elle longea les murets de pierre et poussa les portillons de métal, puis laissa ses pas la guider. Les tombes étaient pour la plupart fleuries et entretenues, mais plusieurs pierres étaient grignotées par le temps et la mousse. Sur certaines on ne distinguait même plus les noms des disparus. Celle de ses parents était propre, signe qu'on nettoyait régulièrement le monument, mais les fleurs qui y étaient posées étaient fanées. Megan soupçonna Emily et Roger de s'en être occupés lorsqu'ils vivaient encore ici. En secret, ils avaient rendu visite à ses parents et avaient pris soin de ce qu'il restait d'eux, comme ils avaient pris soin d'elle, respectant son choix inconscient de ne pas s'y rendre.
Les yeux brûlants, Megan s'assit sur la pierre, le dos contre les noms et l'inscription « parents bienaimés », comme si elle s'asseyait sur leurs genoux, et chercha à ressentir leurs bras autour d'elle. Elle avait oublié leur odeur, leurs visages et leurs voix depuis longtemps. Réchauffée par l'éclat du soleil et la chaleur emmagasinée par la pierre, elle finit par s'endormir, d'un rêve sans cauchemar, pour la première fois.
La nuit était tombée lorsqu'elle se réveilla. La pierre s'était rafraichie et l'air aussi. L'obscurité qui l'entourait n'avait toutefois rien de naturel. Cinq silhouettes encapuchonnées bloquaient la lumière de la lune.
· Super, grogna-t-elle. Ça fait longtemps que vous êtes là ?
Aucun ne lui répondit. Ils lui avaient lié les mains, mais aucun ne s'était risqué à s'approcher suffisamment d'elle pour lui prendre sa baguette, qu'elle sentait dans une des poches de son pantalon. Ils n'osaient pas la toucher, et semblaient contrariés qu'elle se soit réveillée.
· Stupefixes-la, dit l'une des voix.
· Il a dit de pas la blesser, répondit une autre.
· Stupefixier ça n'a jamais blessé personne !
· Vous voulez mon avis sur le sujet ? proposa Megan en s'asseyant en tailleur.
· Stupefix ! lança la voix du premier, sur sa droite.
Mais le trait de lumière rebondit sur Megan et manqua de peu un des Mangemorts. Tous reculèrent d'un pas en brandissant leur baguette.
· Pas de chance : cape bouclier. Très efficace, j'ai participé à leur élaboration. On attend d'autres personnes, à cette petite fête, ou on peut commencer ?
Elle avait un mauvais pressentiment. S'ils ne s'en prenaient pas tout de suite à elle, c'était qu'ils l'attendaient, lui. Leur silence lui confirma la réponse. Elle n'avait probablement que quelques secondes. Elle avait perdu la notion du temps et ne savait pas dans combien de temps son Portoloin allait l'emporter. Elle sauta sur ses pieds en tendant ses mains liées vers la poche qui contenait sa baguette. Les Mangemorts se jetèrent sur elle pour l'attraper mais elle roula sur le côté et se redressa avec l'artefact entre les mains, leur jetant un regard de défi. Si elle essayait de transplaner, ils auraient le temps de lui jeter un sort. Heureusement, elle n'aurait aucun mal à les abattre tous. Avec la faible agilité que lui permettaient ses mains liées, elle leva sa baguette en arc de cercle et fit apparaître un grand fouet brûlant qu'elle s'apprêtait à abattre sur ses adversaires lorsque Voldemort se matérialisa derrière eux. Ses yeux rouges cruels brillèrent dans l'obscurité et il profita de cet instant d'horreur pour lui jeter un sort suffisamment puissant pour briser le pouvoir de sa cape. Paralysée, elle bascula en arrière et sa tête heurta durement le sol du cimetière et sa vue s'obscurcit dans un nuage d'étoiles brûlantes.
· Meganna, sourit Voldemort de son horrible voix glacée. Plus d'un an que nous ne nous étions pas vus. Tu m'as manqué.
Il s'approchait d'elle en marchant lentement, ses pieds nus et l'extrémité de sa cape bruissant sur les feuilles qui jonchaient le sol. Les autres Mangemorts s'écartaient pour le laisser passer avec déférence.
· On m'a alerté que tu avais fui le taudis des Weasley, indiqua-t-il paisiblement. Il ne m'a pas fallu très longtemps pour savoir que tu viendrais à Corsham. J'avais envoyé mes fidèles Mangemorts à la maison des Cracmols, mais ils sont visiblement arrivés trop tard. J'ai retrouvé trace de ton passage dans l'esprit d'une Moldue. M'est alors venue l'idée que tu viendrais ici. À raison. La tombe de mes très chers Sylvius et Meredith. Les voir ici me blesse toujours autant. Je les aimais profondément. Leur trahison m'est toujours aussi douloureuse. Et tu continues sur cette même mauvaise voie. C'est très décevant.
Elle était paralysée. Ses lèvres brûlaient de ne pas pouvoir lui répondre, et la terreur de ne pas pouvoir se défendre s'insinuait en elle. Elle ne pouvait pas fermer les yeux pour fuir la situation et ne pas le voir lever sa baguette pour la torturer. Heureusement, elle sentit son collier se mettre à vibrer contre sa peau. Elle ne ressentit le sortilège Endoloris qu'une fraction de seconde : le temps que Voldemort comprenne ce qu'il se passait, elle avait disparu dans un grand tourbillon de couleurs.
La maison de Charlie était petite, tout en boiseries, équipée de manière rudimentaire. De grosses bottes en peau de dragon trônaient dans l'entrée à côté d'un épais sac de voyage. Le jeune homme entra dans le salon au moment où Megan y apparaissait. Elle s'affaissa entre la table basse (un démontepneu retourné) et le canapé.
· Megan !
Il l'aida à se redresser. Elle tremblait encore de l'effet du sortilège impardonnable, et ses mains étaient toujours entravées.
· Mais bordel, jura Charlie.
D'un coup de baguette, il trancha les liens et jeta la corde plus loin d'une main, la soutenant de l'autre.
· Tu vas bien ?
Elle acquiesça et se redressa pour s'asseoir sur le canapé sous le regard inquiet de Charlie.
· Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
· Des Mangemorts, répondit-elle d'une voix essoufflée. Et lui.
· Tu te fous de moi ?
· Pas de chance. Mais ça va. La cape était efficace, il faudra que je le dise aux jumeaux.
· Ils sont déjà furieux que tu aies disparu sans rien dire à personne. Si j'avais dit à maman que je t'ai aidée…
· Elle aurait oublié de te remercier d'avoir contribué à la protection du Terrier. Les Mangemorts ont bien vu que j'étais partie sans rien vous dire, et que je me suis enfuie avec un Portoloin alors que c'est impossible d'en utiliser au Terrier maintenant. Ils ne me chercheront plus là-bas. Sans moi et sans Potter, vous êtes en sécurité.
· Quel soulagement, railla Charlie. Tu les as trouvés ?
· Ce n'est pas eux que je cherchais.
Le sorcier poussa un soupir. Il était inquiet pour son petit frère.
· Des gens du ministère sont venus au Terrier. Enfin, si on peut parler de « gens du ministère ». Ce sont des Mangemorts ou des sympathisants. Au gouvernement, tous ceux qui se sont opposés à eux sont morts ou captifs.
· Ils sont venus au Terrier ? hoqueta Megan. Comment ?
· Avec un courrier officiel. Papa les a laissés entrer, il nous a dit qu'avec toute la puissance qu'ils avaient à leur disposition maintenant ils pourraient percer nos défenses, de toute manière, et qu'ils ne venaient visiblement pas pour tuer plus de monde. Ils jouent sur les deux tableaux. Le massacre au mariage, c'est la face immergée, les Mangemorts, mais ceux qui sont venus cet après-midi sont la face officielle, des représentants du ministère. Pour éviter un nouveau bain de sang, il fallait jouer leur jeu.
· Mais ils n'ont attaqué personne ?
· Non, c'est tout l'objet de leur démarche. Jouer les innocents, ceux qui n'ont rien à voir avec les Mangemorts. Ils ont fouillé la maison, de fond en comble. Ils ont trouvé la goule, ritil, mais bon ils n'ont pas trop voulu s'en approcher. Je crois qu'ils ont cru à l'histoire de Ron. Ensuite, ils ont interrogé tout le monde, pendant des heures, pour obtenir des informations sur Harry. Évidemment, les membres de l'Ordre n'ont rien dit, et les autres ne savaient pas qu'il était là au mariage. En fait, ils ont fouillé toutes les maisons du pays liées à nous. La mienne y a échappé, précisa-t-il en désignant le salon où ils se trouvaient, ils ne me connaissent pas vraiment et je viens tout juste de l'acheter.
· Ils ont tué des gens ? s'inquiéta Megan.
· Non, mais ils ont brûlé la maison de Dedalus Diggle et ils ont torturé la famille de Tonks.
· La maison de Kevan ?
· Kevan ?
· C'est… mon copain. L'Ordre surveille sa maison. Il va bien ?
Il était gênant de parler de lui alors qu'ils s'étaient embrassés vingt-quatre heures plus tôt.
· Je n'en ai pas entendu parler, répondit Charlie, qui n'avait pas cillé. Donc je suppose qu'il va bien.
· Ok… Comment vont les Tonks ?
· Ça va, juste secoués. Personne n'a trahi Harry. Bon, de toute façon, personne ne sait où il est.
· Et Tonks, elle y était ?
· Non, heureusement, elle était chez Lupin. Il venait de revenir au Terrier quand ils sont arrivés, et ils n'ont pas été tendres avec lui. Et de ce que j'en sais, il est suivi maintenant. Comme à peu près tout le monde. Je ne sais pas combien de temps tu seras en sécurité ici.
· On a protégé la maison, non ?
· Megan, ils ont toute la puissance du ministère à leur disposition, maintenant, et ils n'ont plus à craindre les Aurors qui ne reçoivent aucun ordre de les arrêter. D'ailleurs, beaucoup d'Aurors ont disparu ces dernières vingt-quatre heures et sont probablement morts. Les Mangemorts peuvent faire ce qu'ils veulent et ils ont de quoi percer toutes les protections. Comment tu crois qu'ils sont rentrés chez tout le monde ? Tu n'as pas le choix, tu dois te cacher, comme Ron, Harry et Hermione.
· Ils ne peuvent pas agir en toute impunité ! Les gens vont résister !
· Les gens ont peur, et ils n'ont pas tort. Et, surtout, tout le monde ne sait pas aussi bien que nous ce qui se passe. L'immense majorité des gens ignore encore que Scrimgeour est mort et ne va donc pas contester l'autorité des membres des ministère qui vont se présenter chez eux. Et ils sont en train de retourner l'opinion publique contre vous. Quand les membres de la famille de Fleur ont protesté contre l'interrogatoire au Terrier, ils ont répondu qu'ils enquêtaient sur Potter et sur toi parce que vous seriez liés à la mort de Dumbledore.
· Hein ?
Personne ne savait qu'elle l'avait tué, personne hormis Draco, qui n'aurait jamais révélé ce secret, conscient qu'elle l'avait fait pour lui et que tout s'écroulerait autour d'elle si cela venait à être dévoilé. Les Mangemorts étaient convaincus que Snape était l'auteur du meurtre, et bien qu'ils n'aient pas rendu l'information publique, ils n'avaient aucun intérêt à renoncer à la gloire que leur apportait la défaite du célèbre Albus Dumbledore.
· Réfléchis. Cet été, Rita Skeeter a révélé qu'on vous avait vu quitter les lieux en courant, toi et Harry, juste après sa mort.
· On poursuivait Draco et Snape !
· D'accord, mais ça personne ne le sait ni ne comprend pourquoi. La Gazette du Sorcier a fait une grande publicité de tes disparitions mystérieuses il y a deux ans, et dépeint régulièrement Harry comme un illuminé qui recherche la gloire et qui avait une relation malsaine avec Dumbledore. Aujourd'hui, personne ne sait vraiment qui tient la plume à la Gazette. Alors si on dit aux gens que le ministère vous soupçonne de l'avoir tué, beaucoup de monde va bien vouloir le croire. Dumbledore était très populaire, surtout dans la lutte contre les forces du Mal obtenir des réponses et obtenir justice serait une victoire pour la plupart des gens.
· Les gens sont stupides, cracha Megan.
· C'est beaucoup plus facile pour nous, qui savons ce qui se passe vraiment. Bien sûr, il y a des rumeurs, des doutes, des inquiétudes, mais personne n'ose vraiment les exprimer, de peur d'avoir raison et de s'adresser à quelqu'un qui ne serait pas de leur côté. De peur de mourir ou de voir sa famille décimée. Hormis le massacre du mariage, qui ne sera pas relié au ministère, il n'y a eu aucune attaque ouverte, aucune déclaration officielle. Ils jouent en sous-marin, et ils jouent bien.
Le lendemain, une édition spéciale de la Gazette du Sorcier parut, avec en une une immense photographie de Potter surmonté d'une manchette : RECHERCHÉ POUR INTERROGATOIRE DANS L'ENQUÊTE SUR LA MORT D'ALBUS DUMBLEDORE. À l'intérieur, on apprenait également la « démission » de Scrimgeour et son remplacement par Pius Thicknesse, mais aussi qu'une attaque avait été perpétrée par des « extrémistes » lors d'un mariage, faisant vingt-trois morts, dont un employé du ministère.
· Ils ont le culot de compter Travers dans les victimes, gronda Megan.
· Et ils retournent le symbole que représente Harry contre nous, soupira Charlie.
Ils étaient assis côte à côte à même le sol du salon et mangeaient leur petit-déjeuner dans le même bol de céréales posé sur le démonte-pneu, en tournant les pages de l'hebdomadaire étalé entre eux sur leurs genoux. Megan pensa à Barnabas Cuffe, le directeur de la Gazette du Sorcier et ami des Boyd. Était-il mort lui aussi, ou avaitil accepté de travailler pour les Mangemorts par peur de représailles contre sa famille ? Ou peut-être soutenait-il la nouvelle position du ministère ?
· Attends, attends, regarde ça, s'exclama Charlie en écarquillant les yeux.
Sur la deuxième page, un encart rédigé en gras s'étalait :
Fichier des nés-Moldus
Le ministère de la Magie entreprend une enquête sur ceux qu'on appelle communément les « nés-Moldus », ce qui permettra de mieux comprendre comment ces derniers en sont arrivés à posséder des secrets magiques. De récentes recherches menées par le Département des mystères a révélé que la magie ne peut être transmise que d'individu à individu lorsque les sorciers se reproduisent. En conséquence, quand il n'existe aucune ascendance magique, il est probable que ceux qu'on appelle les nés-Moldus ont acquis leurs pouvoirs par le vol ou la force. Le ministère est déterminé à éradiquer ces usurpateurs de la puissance magique et invite donc à cette fin tous ceux qui entrent dans la catégorie des nés-Moldus à se présenter pour un entretien devant la Commission d'enregistrement des nés-Moldus, récemment nommée. À l'issue de l'entretien, les né-Moldus qui auront valablement démontré qu'il existe un sorcier parmi leurs proches parents se verront décerner un Statut du sang. Ce document sera un prérequis obligatoire pour intégrer l'école de sorcellerie de Poudlard à la rentrée.
· Sans déconner, murmura Megan.
Bien qu'elle reconnût que le fait de croiser les sorciers avec des Moldus ne pouvait qu'affaiblir la magie présente dans leurs gênes, elle savait pertinemment qu'il était impossible d'acquérir des dons magiques par « le vol ou la force ».
· Ils les « invitent à se présenter pour un entretien », c'est une blague ? lut Charlie. Personne ne va y aller ! Ils vont forcer les gens à le faire, et ceux qui vont résister vont avoir de gros problèmes ! Et qu'est-ce qu'ils vont leur faire ensuite, de toute façon ? Les emprisonner ? Ils n'en parlent pas, dans leur article !
· Regarde, ça continue…
Un encadré précisait que l'inscription à Poudlard était désormais obligatoire, sous peine d'emprisonnement des parents qui auraient souhaité réaliser l'instruction de leurs enfants à domicile ou les envoyer dans une école étrangère, ou pire, moldue.
· Poudlard obligatoire ? Ça veut dire que les Mangemorts ont investi l'école, songea Charlie. Évidemment… Ils vont s'en servir pour faire de la propagande. Il faut que j'en parle avec mes parents, on ne peut pas laisser Ginny y aller.
· Alors elle va devoir fuir avec nous, et les Mangemorts vont se retourner contre vous, lui fit remarquer Megan. Vous n'allez pas pouvoir collectionner les goules puantes dans vos chambres.
Charlie fit tourner les pages du journal d'un geste brusque sans les regarder. Le jeune homme contenait visiblement un débat interne intense. Megan arrêta toutefois sa main lorsqu'elle aperçut, au centre de la Gazette, une photographie dont la légende indiquait :
La famille de Dumbledore.
De gauche à droite : Albus, Percival tenant dans ses bras Ariana qui vient de naître, Kendra et Aberforth
Megan et Charlie se penchèrent sur l'image. Percival, le père de Dumbledore, était un bel homme dont les yeux semblaient pétiller, même sur cette vieille photo défraîchie. Ariana, le bébé, n'était guère plus grande qu'une miche de pain, sans traits distinctifs. Kendra, la mère, avait des cheveux d'un noir de jais coiffés en un épais chignon. On aurait dit que son visage était sculpté. En dépit de la robe de soie à col haut dont elle était vêtue, ses yeux sombres, ses pommettes saillantes et son nez droit rappelaient une Indienne d'Amérique. Albus et Aberforth portaient tous deux des vestes assorties, à col de dentelle, et leurs cheveux longs qui tombaient sur leurs épaules avaient la même coupe. Albus paraissait plus âgé de quelques années, sinon les deux garçons étaient très semblables, car la photo avait été prise avant qu'Albus ait le nez cassé et avant qu'il porte des lunettes. La famille avait l'air heureuse, normale, souriant sereinement sur la page du journal. La petite Ariana agitait vaguement le bras sous son châle. Il était perturbant de voir Dumbledore dans un contexte si ordinaire. De le voir jeune, preuve qu'il n'était pas un éternel vieillard qui avait surgi dans le monde à l'âge de quatre-vingt-dix ans avec sa longue barbe argentée.
Sous la photo s'étalait un article :
EN EXCLUSIVITÉ
UN EXTRAIT DE LA BIOGRAPHIE D'ALBUS DUMBLEDORE À PARAÎTRE PROCHAINEMENT par Rita Skeeter
Orgueilleuse et hautaine, Kendra Dumbledore ne pouvait supporter de rester à TerreenLande après que l'arrestation et l'emprisonnement à Azkaban de son mari Percival eurent largement défrayé la chronique. Elle décida par conséquent de faire déménager sa famille et de l'installer à Godric's Hollow, le village qui devait par la suite devenir célèbre pour avoir été le lieu où Harry Potter échappa étrangement à Vous-Savez-Qui.
· Potter et Dumbledore ont habité au même endroit ? s'étonna Megan. Je ne savais même pas qu'il avait une sœur, tiens. D'ailleurs, on ne les a pas vus, avec son frère, à l'enterrement, si ?
· Pour quelle raison le père de Dumbledore a été arrêté et emprisonné ? s'interrogea plutôt Charlie.
· Aucune idée…
Tout comme Terre-en-Lande, Godric's Hollow était le lieu de résidence de nombreuses familles de sorciers mais Kendra n'y connaissant personne, elle n'aurait pas à y affronter la curiosité que lui avait value le crime de son mari dans son ancien village. Après avoir repoussé à plusieurs reprises tous ceux qui tentaient d'établir avec elle des relations de bon voisinage, elle fut bientôt assurée que personne ne les dérangerait plus, elle et sa famille. « Elle m'a claqué la porte au nez quand je suis allée lui souhaiter la bienvenue en lui apportant des fondants du chaudron que j'avais préparés moi-même, raconte Bathilda Bagshot . Au cours de la première année, je n'ai vu que les deux garçons. Je n'aurais jamais su qu'il y avait une fille si je n'étais allée cueillir des Braillantines au clair de lune, l'hiver qui a suivi leur emménagement. J'ai vu alors Kendra emmener Ariana se promener dans le jardin, à l'arrière de la maison. Elle lui a fait faire une seule fois le tour de la pelouse en lui tenant fermement la main, puis elle l'a ramenée à l'intérieur. Je ne savais pas quoi en penser. »
· Qu'est-ce que Bathilda Bagshot vient foutre là-dedans ? se demanda Megan à voix basse.
Il semble que Kendra ait vu dans le déménagement à Godric's Hollow une occasion parfaite de cacher définitivement Ariana, un projet qu'elle nourrissait sûrement depuis des années. Le moment choisi était significatif. Ariana avait à peine sept ans lorsqu'elle a disparu. Or, selon la plupart des experts, c'est précisément vers l'âge de sept ans que la magie se révèle chez les enfants, si elle est présente. Personne aujourd'hui ne se souvient d'avoir jamais vu Ariana manifester le moindre signe d'aptitude à la magie. Il apparaît donc clairement que Kendra a pris la décision de cacher sa fille plutôt que de subir la honte d'admettre qu'elle avait mis au monde une Cracmole. Déménager loin des amis et des voisins qui avaient connu Ariana lui permettait d'autant plus facilement de la dissimuler aux regards. Elle pouvait être sûre que le très petit nombre de ceux qui étaient au courant de son existence garderaient le secret, notamment les deux frères qui détournaient toujours les questions embarrassantes en répétant ce que leur avait dit leur mère : « Ma sœur est d'une santé trop fragile pour aller à l'école. »
La semaine prochaine : Albus Dumbledore à Poudlard – Récompenses et faux-semblants.
· C'est bizarre, dit Charlie lorsqu'ils eurent tous deux fini leur lecture. Je n'imagine pas trop Dumbledore cacher à tout le monde sa petite sœur sous prétexte que c'est une Cracmole. Ça arrive dans beaucoup de familles, je ne pensais pas qu'il ferait partie de ceux qui voient ça comme une honte, au contraire.
· Ça alors, Dumbledore n'était pas un saint, les bras m'en tombent.
Le numéro spécial se concluait par une rubrique nécrologique faisant figurer tous les noms des sorciers décédés au cours de la semaine. Stan Shunpike et Perkins y figuraient.
· Le monde est en train de s'effondrer, conclut Charlie. Je ne sais pas si… Enfin, je ne veux pas être défaitiste, mais ils ont réussi un très, très gros coup. Ils ont le pays. Et je ne doute pas qu'ils commencent dès à présent à regarder vers les autres, pour s'étendre… Grindelwald avait terrorisé l'Europe entière. L'Histoire est en train de se répéter, et Dumbledore est mort.
· Mais pas nous, asséna Megan. Et on a un plan. Il est temps que j'aille chercher les autres, on a du pain sur la planche.
