Journal de la revieweuse :

Lilinnea : J'étais obligée de faire venir Courgette après l'avoir évoqué XD
Pour la correspondance de Silesta, elle aura son explication. Elle concerne en effet Astarion mais pas de cette façon.
Comment je suis contente de t'avoir transmis le « virus Gayle » ! XD C'est vraiment dommage que les gens ne le voient que comme un geignard mangeur de bottes magiques. Il a cette sensibilité subtile cachée derrière son air jovial et... quel romantique. Maintenant que tu le connais un peu mieux, j'espère que tu apprécieras toujours ma version de lui :)

On part sur une petite anecdote en deux chapitres. Partie 1 !


CHAPITRE 6 – FEMMES, FEMMES, FEMMES

Eauprofonde, encore un an plus tard.

La grisaille et le froid de l'automne ne rendaient pas service à la Cité des Splendeurs. La pluie prenait grand plaisir à s'éterniser au-dessus de la ville, sublimée par des poussées parfois glaciales des vents arctiques venant du nord-ouest. Au plus fort des températures impitoyables, les gouttes d'eau devenaient petites perles de glace qui rebondissaient sur le pavé ou se mêlaient aux bourbiers des routes. Le temps était maussade et ne donnait pas envie à la population de sortir si ce n'était pas pour des courses ou autre sortie obligatoire.

Silesta prenait grand plaisir à s'évader parfois de la tour pour aller flâner en ville. Quand la saison et le temps le lui permettaient, elle sortait et se rendait dans les quartiers animés de la ville pour s'adonner à quelques représentations de jonglerie de feu pour se faire un peu d'argent de poche. Elle n'avait pas envie d'abuser de la bonté de Gayle et tenait à pouvoir se payer elle-même ses extras. Déjà qu'elle avait dû âprement négocier avec son hôte pour qu'il accepte de la laisser s'occuper du rangement et du ménage en guise de loyer...

Hélas, depuis près de trois semaines déjà, la météo était si capricieuse qu'elle dissuadait Silesta de sortir. Heureusement, ses leçons de magie dans la bibliothèque lui prenaient déjà assez de temps pour ne pas avoir à trop se languir du dehors mais la jeune femme se désolait de ne plus avoir sa petite pause escapade.

Aujourd'hui, comme chaque fin de semaine, Gayle était libéré de ses obligations de professeur à l'Académie du Bâton Noir et ce matin, il appréciait le confort du petit salon dans son fauteuil préféré avec le crépitement d'un feu douillet et la respiration de Tara endormie non loin de lui.

« Gayle ! Gayle ! »

Il releva un peu le menton. Ah. Il connaissait très bien cette intonation. Ça, c'était la voix de son élève qui se réjouissait de lui faire part d'une nouvelle fierté.

« Gayle, regardez ça ! Ce n'est pas tout à fait ce que l'on cherche mais... »

La porte du petit salon s'ouvrit à la volée et une vive lueur attira son œil. Le sourire naissant du magicien retomba tout à coup comme un soufflé et son esprit s'éteignit sous un blanc. Sous ses yeux se tenait la silhouette de Silesta... engloutie par les flammes comme une torche humaine ?!

Son inconscient prit le relais sur son cerveau figé et il bondit de son fauteuil.

« Aqua pura ! s'écria-t-il d'une voix aussi blanche que son teint.

_ Mais... ! »

Trop tard. La giboulée de Gayle fit son office et une trombe d'eau s'abattit avec violence sur Silesta qui vacilla sous la pression au point de se retrouver au sol les quatre fers en l'air. La jeune femme tenta de se relever mais ses mains glissaient contre le parquet recouvert d'une épaisse flaque d'eau et les gouttes ruisselant dans ses yeux gênaient sa vue.

« Gayle Dekarios ! rugit-elle entre deux quintes de toux. Vous... ! »

Elle se tut quand les mains de Gayle lui encadrèrent tout à coup les joues. Le magicien la fixait avec un effroi si palpable que la jeune femme se raidit sous une violente chair de poule. On aurait dit qu'il venait de voir la Mort en face.

« Êtes-vous blessée ? la somma-t-il livide. Que s'est-il passé ? »

Silesta était tellement perturbée par l'émoi de son ami qu'elle perdit elle aussi le fil de sa propre pensée. Les mains de Gayle qui se posaient ici et là entre ses cheveux, ses joues et son cou pour s'assurer qu'elle n'était pas blessée tremblaient comme une feuille sous le vent et ses yeux sondaient les siens pour s'assurer que la vie les habitait toujours.

Touchée par cette sollicitude, la jeune femme posa une main par-dessus celle de son ami et lui sourit pour le rassurer.

« Je vais bien, lui assura-t-elle avant de plisser les yeux, plus renfrognée. Mais je ne peux pas en dire autant de mon sortilège ultime de résistance au feu. »

Gayle la lâcha et cilla d'un air abasourdi. Un sort de résistance au feu ?

« Oui. J'aurais dû me cantonner à ne l'appliquer que sur mes mains mais je trouvais que la torche humaine apportait son lot de flamboyance. »

L'homme plia sous un faible rire qui tenait presque du hoquet de soulagement. Quel imbécile. Maintenant qu'il y repensait, l'intonation de voix de Silesta avant d'entrer tenait plus de la fanfaronnade que de la supplique de souffrance insupportable. Mais quand il l'avait vue ainsi...

« Gayle. Qu'est-ce que ceci ? »

La bulle qui avait enfermé les deux mages hors du temps éclata pour les ramener au concret du salon. En l'occurrence, il s'agissait une élégante dame avoisinant la soixantaine d'années assise dans un fauteuil et qui était en train de converser avec Gayle avant que celui-ci ne manque de noyer une jeune inconnue et transformer le salon en bains publics.

Silence bancal autour de l'invitée, une Silesta ruisselante et Gayle encore à genoux dans une nappe d'eau qui imbibait de plus en plus le tissu de son pantalon. Restée spectatrice silencieuse de cette scène ubuesque, Tara surveillait le tout dans un jansénisme royal empreint de dépit.

« Vous devriez apprendre à votre animal de compagnie à se tenir, Monsieur Dekarios », siffla le félin.

Le sourire un peu crispé, la jeune femme rousse leva une main amicale un peu raide vers l'hôtesse inconnue.

« Euh... Bonjour ? Je suis...

_ Silesta, je vous présente ma mère. Morena Dekarios.

_ De quoi ?! »

De longues minutes passées dans sa chambre pour se changer et de digestion de honte poisseuse plus tard, nous retrouvons Silesta dans le petit salon, assise aux côtés de Gayle dans un sofa faisant face à la distinguée Morena Dekarios et Tara. Le silence était encore plus dense qu'un sort de mutisme.

L'auteure des jours de Gayle dégageait une aussi forte prestance que ce dernier, beaucoup plus réservée cependant. Cette femme à la posture droite et aux gestes mesurés avait légué à son fils ses cheveux bruns légèrement ondulés et c'était là où s'arrêtait son héritage physique. Ses yeux d'un bleu tirant sur le gris toujours un peu plissés laissaient planer un voile de mystère sur les pensées qui les habitaient et les traits de son visage délicat n'épousaient pas la même rondeur affable du magicien. Seul le sourire discret qu'elle arborait la sauvait un peu de la comparaison avec une noble froide et hautaine.

« Ainsi donc, vous êtes l'élève de Gayle ? »

Sa voix était aimable et douce mais Silesta avait la désagréable impression d'être une pièce de gibier jaugée au marché avant d'être achetée. Elle acquiesça sans parvenir toutefois à formuler une réponse. Le souvenir de son entrée fracassante était encore trop vif.

« Vivez-vous à Eauprofonde ? poursuivit la femme.

_ Je l'héberge, le temps de sa formation, répondit Gayle dans une volonté de venir en aide à son amie mortifiée.

_ Elle n'a pas vraiment de logis », précisa Tara sans s'attarder sur les détails.

L'expression mesurée de Morena se racornit furtivement d'un léger plissement de paupières. Quand elle se tourna vers la jeune femme, cette dernière s'enfonça un peu dans son dossier.

« Oh. Voilà qui est regrettable.

_ Très regrettable », appuya Tara.

Qu'est-ce qui était le plus regrettable, au juste ? De ne pas avoir de maison à soi ou de vivre chez Gayle ? Silesta ne saurait le dire... Elle préféra noyer ses questions dans son verre de cidre pour s'accorder un moment de répit.

Maintenant qu'elle faisait face à la mère de Gayle, Silesta commençait à comprendre pourquoi il affectionnait autant Tara qu'il avait invoquée à l'âge de dix ans. Morena Dekarios ne semblait pas être une femme méchante mais elle ne se rapprochait pas d'une mère très affectueuse ou disponible. Gayle avait-il dû transférer son besoin d'affection sur sa tressym, à défaut de sa génitrice ? Et son père ? Quel genre d'homme était-ce ? Était-il encore de ce monde ? Gayle ne parlait jamais de...

« Et êtes-vous mariée, Silesta ? »

Léger gargouillis étouffé dans le verre. Tandis que l'apostrophée s'étouffait sous la toux, Tara prit le relais et se tourna vers Morena.

« Elle ne l'est pas.

_ Voilà qui est encore plus regrettable, réagit la femme d'un ton égal.

_ Alors qu'elle approche déjà les vingt-cinq ans.

_ Vingt-cinq ans ? »

La concernée de cet échange digne des meilleures commères de village alternait entre Morena et Tara qui l'épiaient d'une œillade inquisitrice. Alors qu'elle cherchait comment reprendre le dessus, Silesta n'eut hélas pas le temps de dire quoi que ce soit car Morena promenait sur elle un regard inquiet comme si elle cherchait les marques d'une maladie contagieuse.

« Êtes-vous infirme, mon enfant ?

_ Certainement pas, trancha la jeune femme en ne cachant plus son agacement. Et pour votre gouverne, j'ai un compagnon qui m'attend à la Porte de Baldur. »

La femme leva les yeux au ciel pour implorer la clémence des dieux. Une femme sans supervision masculine vivant chez un homme seul...

Elle se tourna vers son fils pour le tancer d'une sévère déception.

« Gayle, cette situation peut faire jaser. Une demoiselle déjà engagée...

_ À un vampire, de surcroît », glissa placidement Tara.

Morena s'ébroua si vivement à cette horrible précision qu'elle en fit cliqueter les pendeloques brillantes de ses boucles d'oreilles.

« Que les dieux nous gardent. Gayle ! Comment peux-tu t'accoquiner avec une femme liée à la nécromancie ? Pense à ta réputation.

_ De grâce, mère, s'exaspéra le magicien. Vous parlez sans savoir. Faerûn doit sa survie en grande partie grâce à Silesta. Elle a combattu avec moi contre le cerveau infernal. »

Silence. Silesta se gargarisa d'un vil et bas orgueil et bomba la poitrine en redressant un peu le menton, sourcil en l'air. La vanité ne faisait pas partie de ses défauts mais en cet instant, elle en avait besoin. Morena l'inspecta avec surprise avant de se tourner avec étonnement vers son amie tressym.

« Tu ne m'avais jamais parlé d'elle, Tara.

_ Un détail qui a dû m'échapper. Je ne suis plus toute jeune... »

L'ensorceleuse se mordit fort la joue tout en fusillant la chatte du regard. Ben voyons.

Lassé de ce réquisitoire aussi gênant pour son amie que pour lui, Gayle soupira et se tourna vers sa mère.

« Je vous prie de ne pas intimider mon invitée avec toutes vos questions, mère. Dites-moi plutôt ce qui me vaut l'honneur de votre visite ? »

La femme lui retourna de grands yeux offusqués. Avait-il donc oublié qu'il fêtait son anniversaire aujourd'hui ? Silesta manqua encore de s'étrangler et darda son voisin de sofa d'un lourd reproche. L'affabilité dégagée qu'elle voulait injecter dans ses yeux et son sourire se faisait hélas incertaine. Il en résultait une vague envie de meurtre courtoise sur ses traits délicats.

« Son anniversaire... » grinça-t-elle avec lenteur.

Quel forban. Depuis le temps qu'elle vivait chez lui, Silesta tannait Gayle pour qu'il lui donne cette information mais il s'était toujours dérobé en prétextant qu'il n'aimait pas qu'on lui rappelle qu'il vieillissait. Le concerné grimaça, acculé entre la rancune grésillante de son élève et sa mère qui n'en avait pas fini.

« Je ne t'ai pas vu depuis trop longtemps, mon fils. J'ai organisé une petite réception ce soir en ton honneur et j'ai assuré ta venue à nos invités qui ont hâte de te revoir, déclara Morena en se levant. Je compte sur toi. Oh, et pense à dompter un peu ces cheveux. Je tiens à ce que tu sois présentable. À ce soir. Ravie de vous avoir rencontrée, Silesta. »

Sur ce et sans laisser le temps à Gayle de réagir, la femme s'en retourna vers la sortie et s'en alla sous l'escorte de Tara qui balançait sa queue avec volupté au gré de ses pas.

Une fois le silence revenu dans le salon, Gayle se retrouva face à une Silesta qui le guettait avec reproche, les bras croisés et le sourcil en l'air.

« Anniversaire, hein ? Fallait-il que j'apprenne cela après m'être couverte de ridicule devant votre mère ?

_ S'il vous plaît, Silesta... gémit le magicien en se laissant tomber dans le fauteuil avec dépit. Oubliez cela, voulez-vous ? Aidez-moi à me sortir de ce traquenard.

_ Seulement si vous m'emmenez à cette fête. J'ai grand besoin de sortir », trancha-t-elle d'un ton sans réplique et sans se soucier de la détresse de son ami.

L'homme poussa un nouveau long soupir désespéré. Pourquoi fallait-il que les femmes qui gravitaient dans sa vie soient toutes dotées d'un caractère aussi buté ? Tout un coup, un éclair de génie le traversa. Il se redressa et se tourna vers sa voisine, le regard étincelant.

« Accordé. Avec très grand plaisir, même. »

Elle cilla, soudainement hésitante. Pourquoi avait-elle l'impression de se faire avoir ?

Gayle se montra aussi direct qu'il était désespéré. Il expliqua à Silesta que la soirée organisée par sa mère n'était en fait qu'un énorme prétexte à peine dissimulé pour faire rencontrer à son fils de potentielles candidates au mariage. Bien que soucieuse du bien être de son enfant, Morena Dekarios se désolait toujours qu'un homme aussi brillant et attrayant n'ait jamais trouvé sa compagne de toute une vie. Or, Gayle avait toujours eu ce type d'arrangement en horreur et préférait laisser la destinée faire son œuvre. Il aurait donc besoin d'une dissuasion qui le sauvegarderait des assauts de l'armada de prétendantes que sa mère n'avait pas manqué de convier à la fête.

Silesta marqua un silence, les yeux comme des soucoupes.

« Vous voulez... que je tienne le rôle de votre fiancée ?

_ Grands dieux, non. Pas à ce point, réfuta Gayle en secouant les mains avec énergie. Juste que vous soyez là. Me montrer en société accompagné d'une femme enverra un signe suffisamment éloquent pour garder à distance la légion qui m'attendra. »

La jeune femme ne put retenir un ricanement gouailleur. Était-ce son imagination ou le grand et fier Gayle Dekarios avait-il moins tremblé face aux ennemis de l'Absolue que devant des femmes célibataires en mal de mari ? Voilà qui avait de quoi sérieusement écorner la solide image de son ami. Le concerné accepta la moquerie sans broncher, autant pour laisser Silesta se venger de l'affront face à sa mère que pour l'inciter à accepter.

« Je vous promets qu'il ne se passera rien de tendancieux. Je serai aussi digne que vous me connaissez.

_ Je n'en doute pas un instant, s'amusa Silesta. J'accepte. Rien que pour vous voir effrayé devant des caquètements et des minauderies de femmes. »

Cette décision fut bien plus facile à prendre pour Silesta que le choix de sa tenue pour la soirée. Dans quelle mesure devait-elle asseoir son « appartenance » à Gayle ? Si elle s'habillait trop simplement, elle ne serait pas crédible et personne ne la prendrait au sérieux et si elle en faisait trop, elle risquerait de causer du tort à Gayle. D'un autre côté, mettre le paquet rien que pour rabattre le caquet de Morena était très tentant...

Ce fut alors avec un maquillage léger et une robe d'un délicat bleu turquoise irisé ornée d'une ceinture d'argent que la jeune femme se présenta à son accompagnateur le soir venu. Cette tenue était bien plus sobre que celle du bal d'Iwen mais suffisamment élégante pour ne pas faire honte au rang de Gayle. Après tout, la soirée promettrait sans doute du beau monde.

« Cela vous convient-il ou est-ce que je ressemble trop à une vieille fille sans domicile, mal éduquée et croqueuse d'hommes ? » s'enquit-elle avec sarcasme en lissant de ses doigts la pointe de sa tresse ramenée à l'épaule.

Gayle interrompit le mouvement de ses mains fermant son veston pour admirer cette vision qui lui en rappelait une autre. Silesta n'avait vraiment pas conscience qu'avec sa silhouette, n'importe quelle tenue la mettait en valeur. Mais quand elle prenait le temps de devenir une vraie dame...

« Vous êtes... » Il se contenta de lui sourire et lui offrit sa main pour l'inviter à le rejoindre. « Vous savez déjà ce que je pense de vous avec une belle toilette. »

Silesta se sentit rosir malgré elle sous la réminiscence d'une visite de Gayle dans sa chambre à la taverne du Chant de l'Elfe avant de partir retrouver Iwen Calis. Un échange de cœur à cœur. La douceur d'un dernier baiser d'adieu rendit un instant son cœur bruyant à ses tempes. Elle toussota.

« Votre tunique n'est pas mal non plus », concéda-t-elle du bout des lèvres en l'approchant.

Peu importe d'où venait cette magnifique tunique raisin brodée de fils de bronze que portait le magicien, la personne qui l'avait achetée était assurément une âme généreuse dotée d'un bon goût certain.

Silesta se félicita d'avoir eu du nez quant à sa toilette. La demeure dans laquelle avait grandi Gayle ne laissait plus aucun doute sur son rang social. Cette maison était encore plus grande et belle que celle de la famille Calis et les silhouettes qui se découpaient derrière les larges fenêtres dans la lumière orangée de la salle de réception depuis l'extérieur laissaient deviner des hôtes élégants et tout aussi raffinés. Un instant, Silesta ne se sentit plus à la hauteur de son rôle et rentra un peu la tête dans les épaules quand Gayle et elles entrèrent.

Presque aussitôt, tous les visages se tournèrent vers le couple qui scanna les lieux, chacun pour jauger du danger qui le guettait. Silesta découvrit une assemblée globalement aisée qui scruterait ses manières avec encore plus d'attention si elle était avec l'hôte de la soirée et Gayle repéra sans mal les groupuscules de femmes restées entre elles qui toisaient déjà Silesta d'un air offensé.

« Que dois-je faire ? chuchota Silesta en se cramponnant presque au bras de Gayle comme si elle craignait de se faire dévorer par la foule quand elle le lâcherait.

_ Rien, je m'occupe de tout. Je vais déjà vous faire visiter les lieux. Ils remarqueront votre présence au passage. »

Son plan sembla fonctionner. Tout en saluant de loin les invités sur son passage, Gayle appréciait la faible moue déçue de certaines femmes à la vue de sa jeune accompagnatrice. Cette dernière joua aussi son rôle de composition à merveille et demeura polie et discrète quand certains invités les approchèrent pour entamer la discussion.

Il était très amusant de lire le doute dans le regard des invités quand Gayle présentait Silesta comme une « amie très chère ». L'association de ce terme ambigu avec le ton chaleureux de sa voix suffisait la plupart du temps à convaincre l'interlocuteur sans pour autant associer Silesta à un statut qui n'était pas le sien.

Cette petite comédie amusait d'ailleurs beaucoup cette dernière, autant parce que le jeu stimulait ses talents d'artiste que parce qu'il était drôle de parfois voir Gayle s'emmêler les pinceaux face à un regard de femme célibataire à moitié convaincue. Lorsque le cas se présentait, Silesta appuyait leur jeu d'acteur par sa main valide posée sur le bras du magicien et cette fausse nouvelle proximité suffisait à faire illusion.

Quand le couple fut dans le collimateur de Morena, ils comprirent tout de suite que la matriarche avait bien cerné leur petit manège. Ce plissage d'yeux réprobateurs couplé à un geste de négation de la tête voulait tout dire. Fort heureusement, Morena ne chercha ni à embarrasser ni à tancer son fils pour son subterfuge et abdiqua avec dignité. Après tout, la Côte des Épées devait sa survie à cette demoiselle. Elle alla même jusqu'à complimenter discrètement la jeune femme rousse d'un hochement de tête. Silesta eut un soupir de soulagement. La soirée s'annonçait enfin un peu plus légère.


Vous les sentez venir, mes grosses ficelles ?

Naaaaan, je suis (un peu) plus subtile que ça, même dans une situation très clichée.

Mon headcanon veut que Tara soit une grosse jalouse, comme n'importe quel chat qui se bastonne contre ses congénères pour son territoire. Et Gayle, c'est the most expensive pet de Tara. XD Et si elle a l'aide de Mama Dekarios pour en rajouter...