Désolé pour le retard mais voici un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !
CHAPITRE 12 - LE DUEL
Le Vautour dégaina à son tour d'un geste sec, le regard mauvais, dévorant des yeux sa proie dont il ne ferait qu'une bouchée. Charognard, il récolterait tranquillement les fruits de l'affaiblissement infligé à ce maudit Renard. Il n'avait déjà que trop vécu, il aurait dû mourir depuis bien longtemps, il était d'en finir. Lentement, il allongea la position de ses jambes, étendit le bras de telle manière que son épée vînt effleurer celle de Zorro. Il plongea son regard de rapace dans celui tranquille de son adversaire, espérant le déstabiliser. Pour toute réponse, Zorro découvrit une rangée de dents éclatantes et attaqua le premier. Son bras partit comme une flèche dans la direction du bras de Felipe Varga. Celui-ci esquiva sans peine et riposta par une botte de haut en bas que le justicier contra.
Zorro souriait toujours. Pourtant la situation apparaissait nettement à son désavantage pour tout observateur extérieur. Chemise déchirée, pantalon trouée et couvert de poussière, les bras et le dos zébrés de rouge, les cheveux en bataille, sans masque, le défenseur de la justice avait bien piètre allure. Son poignet peinait malgré tout à manier le fleuret. Il avait encore la tête prise dans un étau après le coup reçu et les jambes endolories par une trop longue immobilité. La fièvre le guettait, compensée pour le moment par l'adrénaline. Il relança le combat par un enchaînement technique dont il avait le secret, se forçant à garder son inimitable sourire aux lèvres. Ne pas se laisser démonter, garder la tête froide, semer le doute chez l'adversaire, le surprendre… Les phrases de ses vieux maîtres instructeurs de Madrid lui tournaient dans la tête. Mais le fils de l'Aigle montrait une dextérité peu commune, peut-être supérieure à celle de son père et l'issue devenait de plus en plus incertaine pour Zorro. Blessé comme il l'était, ce dernier ne pouvait se permettre de faire durer le combat indéfiniment.
Il redoubla d'énergie dans ses assauts et ses parades. Il savait qu'il puisait dans ses dernières réserves et que cela était dangereux. Combien de temps tiendrait-il encore avant que don Felipe ne lui passe l'épée à travers le corps ? Il se laissa happer par la voix du doute, ouvrant sa garde un court instant. Le Vautour plongea sur sa proie et lui infligea une première blessure à la cuisse. La douleur fit revenir le Renard aux abois dans le moment présent. Sentant un liquide chaud couler le long de sa jambe, il contracta ses muscles et repartit de plus belle à l'attaque. Don Felipe Varga, fils de l'Aigle, devait être arrêté dans ses entreprises.
- Pour le bien de la Californie et pour Ana-Maria, murmura Diego pour lui-même.
L'image de la jeune femme lui revint en mémoire. Elle l'attendait, elle ne voulait pas le perdre, Zorro et Diego ! Il devait revenir vivant. Cette pensée lui procura un regain de force lui permettant de subjuguer la douleur et la fatigue. Le chevalier noir recula de deux pas, observant son adversaire, faisant tournoyer son épée malgré son poignet courbaturé. Aux deux yeux rendus encore plus sombres par la rage qui les animait, il opposa un nouveau regard serein et un nouveau sourire.
Felipe Varga ne savait plus quoi penser. Il pensait avoir affaibli Zorro au-delà des limites qu'un homme pouvait normalement supporter, il lui avait infligé une blessure pour le moins gênante, il l'avait auparavant torturé psychologiquement en le menaçant à travers la señorita Verdugo. D'ailleurs, où était-elle passée ? Il ne la voyait plus. Est-ce que par hasard… ? Il n'osa formuler à haute voix dans son esprit la conclusion logique qui s'imposait. Et alors, il douta. Tout s'expliquait. Zorro souriait parce qu'elle était hors de sa portée, Zorro souriait parce que lui avait perdu son unique atout. Désormais il était seul face au justicier sans d'autre ressource que celle de son habileté à l'escrime. Mais Zorro passait pour le meilleur bretteur de toute la Californie et ses blessures ne l'empêchaient visiblement pas de se battre. Le doute envahissait son esprit à présent. Combattait-il vraiment un homme ? Oui puisqu'il l'avait démasqué et blessé. Mais où diable trouvait-il encore cette énergie formidable qui se dégageait de lui ? Une vague de colère submergea tout. Il en avait assez de ce Zorro qui passait son temps à contrecarrer les projets de tout le monde.
Il engagea de nouveau le combat d'une fente facilement parée par Zorro. Don Felipe relança sans plus attendre les hostilités le justicier se contentait maintenant d'esquiver ou de contrer ses attaques mais ne rendait aucun coup. On aurait dit qu'il cherchait à économiser ses forces. Don Felipe sourit de satisfaction. Lui était frais et dispos, Zorro affaibli par les coups reçus. Si ce dernier cherchait à se ménager, c'est qu'il ne devait pas être loin de l'épuisement. Il précipita ses assauts, forçant son ennemi à augmenter sa cadence puis à répliquer pour gagner un peu de répit.
Malgré l'adresse peu commune des deux bretteurs, le combat s'éternisait et Zorro savait qu'il ne pourrait pas ignorer très longtemps encore les signaux d'alarme que son cerveau lui envoyait. Il rassembla tous ses vieux souvenirs d'escrime et fit appel à ses bottes les plus secrètes pour mettre en difficulté le fils Varga. Il devait sortir vainqueur de cette lutte à mort. Il le devait.
- Pour le bien de la Californie et pour Ana-Maria, murmura-t-il de nouveau.
La pointe de son épée s'envola, virevolta et alla se ficher dans le biceps de son adversaire, lui infligeant une large zébrure de laquelle le sang ne tarda pas à couler. Zorro ne s'offrit pas le luxe intérieur de sourire à cette petite victoire que déjà il repartait à l'assaut. Il fallait profiter de son avantage au maximum. Le fils de l'Aigle para avec difficulté son nouvel enchaînement et Zorro saisit l'occasion pour lui causer une seconde blessure, à la cuisse cette fois-ci. Ainsi, il espérait ralentir les déplacements de son adversaire et ramener le combat en sa faveur. Humilié, don Felipe poussa un rugissement de bête traquée et se mit à faire pleuvoir les assauts sur Zorro qui se trouva vite acculé. Un instant, leurs épées s'entrechoquèrent en même temps que leurs regards. Chacun pouvait lire dans les yeux de l'autre une détermination sans faille. Zorro repoussa sans ménagement son adversaire. Ils tournèrent l'un autour de l'autre comme des fauves dans une cage. Le justicier faisait tournoyer son épée dans sa main mais sa blessure à la cuisse lui causait de douloureux élancements. Il se força à sourire avant de préparer un nouvel assaut.
Ce fut le Vautour qui prit l'avantage. A bout de forces, le Renard contra à grand-peine. L'adrénaline qui jusque-là l'animait semblait le quitter peu à peu. Il le sentait, ses mouvements étaient plus gauches, plus empruntés, plus lents et il n'y pouvait rien bien qu'il luttât énergiquement contre. Vingt minutes déjà qu'il se battait contre deux adversaires : Felipe Varga et son propre corps.
Des pas précipités résonnèrent dans la caverne. Instinctivement, Zorro détourna son regard vers ce potentiel nouvel adversaire quand il sentit quelque chose de froid lui traverser le côté. Il tomba à la renverse. Un cri féminin retentit : « Non ! », suivi d'un coup de feu. Il perdit conscience du monde qui l'entourait. Il ne voyait plus qu'Ana-Maria lui souriant. Avant de perdre connaissance tout à fait.
