Attablés en terrasse de ce restaurant de plage animé, les enfants n'attendaient qu'une chose : faire découvrir ces succulents hot dogs à Antoine, histoire que toute la famille puisse enfin en profiter. Tous l'observaient avec un grand sourire alors qu'il croquait dedans à pleine bouchée. Amusé, il hocha positivement la tête en souriant.

« Alors ? demanda la plus jeune en croquant une frite.

- Alors je ne sais pas qui a eu cette idée, mais ils sont vraiment bons ! acquiesça Antoine tout sourire.

- Ah tu vois ! rétorqua Léo avec engouement.

- J'avoue qu'en vrai ils sont délicieux… confirma la blonde en souriant.

- Bah tu y avais pas déjà goûté ? s'étonna son compagnon.

- Nan… Hier midi j'avais pas vraiment très faim…

- Ouais…

- Ils sont bons mais, ça manque un peu de sauce je trouve ! osa Jules. Fin' avec une sauce relevée ce serait parfait pour donner un petit côté plus…

- Oh pitié… souffla Martin. Chef Renoir est encore en train de frapper…

- Bah quoi ? Je donne mon avis, c'est tout !

- T'as qu'à récupérer les Food trucks du cinglé et tu montes ton truc ici, plaisanta Emma. On viendra te voir comme ça !

- Euh nan… intervint sa mère. Je crois qu'une fois qu'on quitte cet enfer, on y remet plus les pieds. Hein chéri ?

- Bah c'est à dire qu'on n'a pas vraiment eu le temps de visiter finalement… lâcha-t-il en reproche. Enfin si, la forêt je connais bien maintenant… ironisa-t-il sérieusement.

Tout le monde rigola doucement, sauf Candice, avant que les enfants ne se jettent des regards bien plus sérieux…

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Candice suspicieuse.

- Euh… Non mais en parlant de tourisme, commença Emma. Tu sais que quand on a choisi la destination, on rêvait tous de faire ce truc et…

- On voulait pas te le dire pour pas que tu t'inquiètes vu les circonstances mais… continua Jules.

- En fait on voulait pas repartir d'ici sans le faire alors on a réservé pour faire l'ascension du Piton demain, lâcha Martin avec rapidité.

- Réservé ? C'est à dire ?

- C'est une rando guidée… Assez difficile quand même. C'est les réunionnais qu'on a rencontrés à la soirée qui nous ont recommandé…

- Mais t'inquiète pas, on s'est renseignés. Y a aucun danger. Tout est balisé… et puis y a plein de monde qui fait ça ! la rassura Léo en souriant.

- Ok… balbutia-t-elle secouée.

- Après, on sait que tu peux pas le faire avec ton genou et puis Antoine a raison, c'est pas trop raisonnable pour ton cœur… Mais pour vous, il reste aussi le survol en hélico. Bon c'est pas donné mais ça se réfléchit si tu veux vraiment voir le haut du cratère…

- Oui… Ça se réfléchit oui… répondit-elle sans conviction.

- Moi je pourrais venir ? demanda la plus jeune.

- Euh non… On nous a dit que c'était pas possible pour les enfants… C'est trop difficile…

- Ah… bouda-t-elle.

- Et comme on savait pas vraiment l'évolution des événements mais qu'on savait que tu voulais aussi y grimper…, commença-t-elle en s'adressant à son beau-père, on a réservé la rando pour 5. On a jusqu'à ce soir pour confirmer.

- Euh c'est gentil mais non… Antoine va plutôt se reposer, il est fatigué… répondit Candice avec inquiétude.

- Tu t'appelles Antoine maintenant ?

- Bah non mais t'es crevé chéri, souligna-t-elle en caressant son bras. Puis une rando difficile de 5h après ce que tu viens de vivre, bon… C'est peut-être pas la priorité quoi…

- Je vois pas le rapport entre une randonnée balisée et une forêt sauvage mais ok… maugréa-t-il sans amabilité.

- Faites-le tous les 4, c'est mieux…

- Et si j'ai envie de le faire avec eux ?

- Nan vraiment je suis pas d'accord… Je pense pas que ce soit une bonne idée… Tu vas pas bien Antoine !

- Putain mais tu vas arrêter avec ça ? fulmina-t-il en se levant de table. T'es dans ma tête ? NAN ! Alors arrête de toujours vouloir décider pour moi, MERDE ! »

Et dans cet élan de colère inexpliqué, Antoine récupéra le trousseau de clés posé sur la table et quitta la terrasse à grandes enjambées. Toujours bien fixée sur sa chaise, Candice restait pantoise. Les disputes avec son amoureux, elle connaissait, mais de cette envergure, rarement… Face à elle, les enfants glissèrent leurs têtes derrières leurs barquettes de frites, gênés d'avoir déclenché un tel raz-de-marée. Et autour, tous les yeux étaient rivés sur eux et les murmures y allaient de bon cœur ! Candice eut bien envie de les envoyer bouler sur l'instant mais, c'était comme si les propos d'Antoine l'avaient immobilisée sur le champ. Finalement honteuse, Candice baissa la tête, sentant ses yeux se brouiller peu à peu de larmes…

« Il m'a jamais parlé comme ça… songea-t-elle à voix haute.

- C'est juste parce qu'il est fatigué… Il pense pas ce qu'il dit… Je connais papa…, tenta Suzanne pour la rassurer.

- Il est parti vers où ? demanda-t-elle sans oser se retourner.

- La Villa… observa Jules.

- Il a même pas fini son hot dog… commença Suzanne en pleurant doucement. J'en ai marre de ces vacances… »

Ok, là c'était la goutte de trop pour la blonde qui prenait désormais l'échec de ces vacances comme la seule conséquence de sa curiosité mal placée. Quelle idée avait-elle eu d'aller investiguer en loucedé, franchement ?! Et ce n'était pas comme si personne ne l'avait prévenu… au contraire… et sans pourtant le vouloir, le planning des vacances lui revint à l'esprit….

Jour 1 : Ils avaient paniqué face à la disparition inopinée de Suzanne.

Jour 2 : Ah… Le jour 2 avait été à peu près calme… Enfin, la soirée s'était soldée par une petite dispute de courtoisie avec son chéri, mais bon, la le câlin de la fin avait tout rattrapé.

Jour 3 : Elle s'était retrouvée au poste puis dans un conflit monumental avec Antoine qui lui avait montré ô combien il était agacé de son comportement délétère.

Jour 4 : À cause d'elle son amoureux avait été contraint de participer à une infiltration dont il n'avait aucune envie et qui l'avait finalement mis en danger.

Jour 5 : Tentant d'échapper à ce malade qui s'en prenait à ceux qui entendaient nuire à son plan, Antoine avait disparu dans la forêt, seul et sans défense.

Et voilà, ils étaient désormais au sixième jour et pour l'instant, le bilan de la mi-journée n'en était pas plus glorieux… Visiblement, Suzanne avait détesté les vacances, à cause d'elle. Et Antoine ne supportait plus Candice. Chouette… ! songeait-elle en se retenant de pleurer face à 5 mines déconfites.

« Tu devrais aller lui parler, y a plus le choix maintenant…, lança Emma avec dureté.

- Ouais… »

. . . . .

Candice passa la porte de la villa sans engouement. Le salon était désert, envahi par le silence. Elle déposa son sac sur la table et inspira avec force avant d'entamer l'ascension des escaliers plongée dans l'inconnu. La détective ne savait clairement pas ce qu'elle allait trouver derrière la porte. Un commissaire endormi ? Énervé ? Radouci ? Nul ne le savait… Elle osa finalement l'ouvrir et tomba sur Antoine, assis sur le rebord du lit.

« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il perdu.

- Je venais m'excuser. Les enfants sont allés confirmer la rando pour vous 5, demain. Avec Suzanne on fera le tour en hélicoptère.

- Je…

- Puis vous avez tous raison, j'ai gâché cette semaine de vacances. Je m'en excuse à nouveau. Et tu as raison, on ne repartira plus en vacances ensemble. Par contre, si y a bien une chose sur laquelle J'AI raison, c'est que tu vas pas bien et que tu m'en veux.

Il ferma les yeux, agacé.

Alors ok, c'est de ma faute si tu t'es retrouvé dans cette situation. J'accepte les insultes de Jennifer, voire celles de ta mère même. Par contre, que tu me parles comme ça devant tout le monde et surtout les enfants, ça j'accepte pas, continua-t-elle nouée par la nervosité. Tu vas pas bien, d'accord. Tu veux pas m'en parler, très bien. T'inquiète pas, je me débrouillerai moi-même pour comprendre…

- Candice…

Et pour finir, le coupa-t-elle, je retourne à la plage avec les enfants. Libre à toi de venir ou de rester tout seul dans ton coin. »

Candice conclut son discours avec surprise. Elle était venue sans vraiment savoir ce qu'elle allait dire et finalement, l'énervement avait pris le dessus. Elle venait de déblatérer ses paroles avec une telle force que face à elle, Antoine défaillait. En même temps, si la méthode douce ne passait pas, ne restait plus que la manière forte. Peut-être un peu trop… constata-t-elle en voyant les yeux d'Antoine baignés dans les larmes. Et d'une marche quasi mécanique, le commissaire se leva et vint se lover dans ses bras en silence. Émue, Candice le réceptionna avec douceur et embrassa tendrement sa joue alors qu'il s'excusait de ses paroles trop crues.

« J'suis fatigué… chuchota-t-il doucement.

- Viens… »

Candice l'entraîna jusqu'au lit où Antoine s'installa avec aisance. Et il avait beau faire le dur depuis qu'il était de retour mais sa vulnérabilité n'était pas infaillible. Et à cet instant, le commissaire venait de craquer, bien réconforté par les bras de sa femme qui l'enserrait tendrement pour le rassurer. Peut-être Antoine allait-il enfin dormir et s'ouvrir pour exhorter cette immersion dans l'adversité.