Squall était venu à Eshtar à reculons. Il n'était pas idiot, merci beaucoup, après les "rêves" qu'Elone lui avait fait faire, il avait bien comprit que le ridicule président de la nation la plus avancée du monde était son géniteur. Ce qui lui en faisait bouger une sans toucher l'autre. Si Squall avait été un peu moins constipé par le temps, l'éducation et les évènements, il aurait pu se mettre en colère. Ou être content d'avoir un père. De pouvoir savoir qui était sa mère, même. Mais... rien. Ce n'était pas qu'il s'en fichait, c'était qu'il en restait totalement stoïque. Laguna Loire était son géniteur. Très bien. Et après ?
Il n'avait pas voulu de lui quand il était petit, il avait préféré élevée une gamine qui n'était même pas de lui à la place. C'était tout ce que le tout jeune homme comprenait. Edéa l'avait un peu grondé de ses réflexions. Loire avait fait ce qu'il pensait être le mieux pour son fils.
Après le trois ou quatrième attentat contre lui, il lui avait apporté le bébé la mort dans l'âme pour le mettre à l'abri. Elone était avec eux d'ailleurs. Son père n'avait pas gardé la petite fille avec lui en laissant son fils en arrière.
Squall refusait d'entendre raison. Il refusait d'entendre surtout.
C'était Seifer qui avait finit par le prendre par l'oreille et l'envoyer dans l'Hydre à coups de pieds dans les fesses pour régler son problème avec Loire. Si Squall ne voulait pas de son père, très bien. Il pouvait l'entendre. Mais qu'il le lui dise en face après avoir entendu sa version de l'histoire. En l'ignorant comme le faisait, Squall insultait tous les orphelins qui avaient grandit dans les Gardens. Le jeune homme avait accepté cet argument là.
Ce qui expliquait sa présence au palais présidentiel.
Jusque là, leurs interactions s'étaient soldées par un écœurement désabusé de sa part devant qui était son géniteur. C'était un clown maladroit, un bouffon sans talents qui ne devait sa place qu'à un accident. Eshtar l'avait mis là comme on met un figure de proue sur un bateau pour faire joli. Rien de plus.
Tout au moins, c'était l'image que Squall avait de son père jusque là.
Ce n'était pas Laguna qui l'avait accueillit à son arrivée, à l'irritation évidente du jeune SeeD. Son géniteur n'avait-il dont aucun temps à consacrer à son fils ? Une fois de plus ?
L'ancien soldat avait tenu sa langue sur le sujet pour l'accompagner jusqu'à la Haute Chambre de la République. Une cession du parlement s'y tenait. Il pourrait y voir pourquoi son père n'avait pu venir.
Squall avait reniflé. Pour lui, son avis était déjà fait. Son géniteur était un imbécile incapable. Kyros l'avait discrètement fait entré dans la grande salle lumineuse. Environ trois ou quatre cent personnes dans un hémicycle hurlaient dans tous les sens les uns après les autres sans la moindre tenue. Silencieux derrière un pupitre sur une estrade, son père laissait faire. L'avis de son fils sur lui n'en fut que plus bas encore.
Squall s'assit parmi les habitants présent pour assister à la séance. Elles étaient toujours ouvertes au public. Une république, une vraie, ne cachait pas les débats de ses édiles à sa population.
Laguna finit par lever gentiment la voix.
"- Merci à l'Ordre Nouveau pour son intervention. La parole à l'Opposition."
Un autre homme se leva pour prendre la parole à son tour. Il finit a peine son discours que les noms d'oiseaux volaient bas une fois de plus.
Pendant ce temps, Laguna semblait gribouiller d'une main légère sans réellement s'occuper de ce qui se passait autour de lui. Plusieurs fois pourtant, il mis fin à un crépage de chignon virtuel pour passer au groupe politique suivant jusqu'à ce que jusqu'au plus petit groupe ait pu donner son avis, plusieurs heures plus tard.
Squall avait juste envie de périr d'ennui.
"- Bien, nous avons fait le tour il me semble."
Squall était sur qu'il allait signaler la fin de la séance aussi faut-il très étonné quand Laguna rassembla ses feuilles pour faire un résumé aussi succinct que rapide et efficace de toutes les interventions. Petit à petit, il recueillait l'approbation de chaque groupe puis ordonnançait leurs propositions, les ressemblances des unes et des autres jusqu'à ce qu'une image claire et concise avec les meilleures idées de chacun fasse sens.
"- Je crois que nous avons tout." Le quinquagénaire eut un sourire. "Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter ?"
Une ou deux interventions rapides plus tard et la proposition collégiale était mise aux votes à la satisfaction de chacun.
Squall en restait les bras ballant. Son père faisait de la politique en n'en faisant pas. Il se fichait des philosophies des uns et des autres, seules comptaient leurs idées. Il fallait travailler ensemble pour en faire quelque chose qui pouvait satisfaire la majorité.
Avec une autorité tranquille d'homme qui a déjà fait ça des centaines de voix, il signa le décret de la nouvelle loi d'expansion de la ville.
Squall se mordit la langue.
C'était son père, cet homme ?
C'était son père, ce président ?
Il n'en revenait pas. Ce n'était pas ce qu'il connaissait de lui. Quoi d'autre n'avait-il pas compris ?
C'était-il aveuglé lui-même par rancœur et facilité ?
"- Tu sais, Squall. Il a aussi peur de te connaitre que quoi." Murmura Kyros en revenant près de lui. "Viens, il nous attends."
Le jeune SeeD avait une soudaine angoisse de cette rencontre. Il se sentait... bien jeune.
