Bonsoir à toutes !
Me voici de retour avec un nouvel OS sur ce couple qui, je l'espère, vous donnera autant de plaisir que j'en ai eu à l'écrire =)
Vous trouverez sans peine d'où m'est venue l'idée, tout est dans le titre ;) Petite histoire toute simple sans prétention, qui se passerait presque de magie en réalité !
Bonne lecture à vous ! =)
- A rendre pour dans trois semaines, en bon état ou vous serez facturée en cas de détérioration, avait sèchement rappelée la vieille dame en lui rendant sa carte de lecteur sans même la regarder.
- Comme d'habitude, avait murmuré Hermione en rangeant la pile de livres fraîchement empruntés dans son sac.
Elle avait glissé la carte d'adhérent dans son porte feuille et salué la bibliothécaire qui, comme à l'accoutumée, ne lui avait pas répondu, prétextant être accaparée par le référencement de nouveaux livres, bien que cela n'était clairement pas incompatible avec le fait de se montrer poli.
Hermione s'était éloignée en levant les yeux au ciel, sidérée du manque de bonnes manières de l'hôtesse d'accueil, même si cela ne l'affectait plus depuis longtemps. Bien vite d'ailleurs, le caractère bourru de la vieille femme avait été oublié, alors qu'elle se réjouissait déjà d'avance de ses lectures à venir.
Elle avait traversé le quartier moldu où elle résidait depuis quelques temps maintenant en profitant du soleil printanier, s'interrogeant sur le livre qu'elle lirait en premier, échafaudant des scénarios sur la suite d'une série qu'elle avait commencé la semaine passée, calculant déjà combien de temps elle pourrait consacrer à sa lecture sur la semaine à venir, qui s'annonçait chargée pour elle au ministère. Plusieurs rendez-vous ponctuaient déjà sa semaine, sans même parler de ceux qui s'ajouteraient au fur et à mesure. Elle avait un déjeuner d'affaire avec la directrice du service juridique, qui ne pourrait être annulé, et une réunion avec les membres de son propre service le mardi soir, qui l'empêcherait de consacrer sa soirée à la lecture.
- Peut-être Mercredi…, avait-elle murmuré pour elle-même en longeant la Tamise sous le chant des oiseaux. Non, je dois absolument aller en courses, Pattenrond n'a presque plus de croquettes ! Bon, jeudi alors… Je n'avais pas quelque chose jeudi ? Oh zut, le dîner avec Ron ! S'était-elle rappelé en ouvrant la porte de son appartement, situé non loin du fleuve.
Le miaulement lancinant de son matou affamé l'avait accueillie, laissant supposer que le pauvre félin n'avait plus mangé depuis au moins quinze jours et se trouvait dans un état de malnutrition avancé. Ce qui aurait pu être crédible si le greffier concerné n'avait pas arboré une jolie couche de gras qu'on pouvait difficilement confondre avec l'effet bouffant de sa fourrure rousse.
- Oh non, j'avais complètement oublié que ça tombait cette semaine ! Je n'ai même pas envie d'y aller ! Avait soupiré Hermione en grattouillant son chat sur le haut de la tête avant de poser ses affaires dans l'entrée. En plus vendredi j'ai le rendez-vous chez l'ostéopathe que je ne peux pas reporter. Oh tant pis, je trouverai bien une excuse pour annuler. Si je lui dis que je suis devenue végétarienne et que je veux tenter un nouveau bar à salade, tu crois qu'il annulera ? Avait-elle demandé à son chat, dont les yeux jaunes ne la quittaient pas, suivant chacun des mouvements qui l'amenaient un peu plus près de sa gamelle.
Il avait miaulé de nouveau, bien-sûr, mais la jeune femme doutait que cela soit pour approuver ses dires. Il s'était tu dès sa gamelle remplie, d'ailleurs, et la Gryffondor avait levé les yeux au ciel.
- Je ne peux vraiment pas compter sur toi ! Bon appétit, et ne vient pas m'en réclamer dans dix minutes quand je serai entrain de lire ! L'avait-elle prévenue avant de récupérer son sac de livres dans l'entrée.
Après tout, sa semaine s'annonçant chargée, mieux valait profiter quand elle le pouvait. Pour l'heure, nous étions samedi, et elle avait toute l'après-midi devant elle pour entamer, et peut-être même finir, un premier livre.
Elle avait pris le temps de ranger sur l'étagère du salon sept des ouvrages empruntés, laissant de côté celui qu'elle comptait commencer, sans toutefois résister à l'envie de feuilleter les autres livres qui l'attendaient, et notamment un roman d'un auteur moldu qu'elle avait attendu avec impatience des semaines durant. Victime de son succès, le livre était sorti plusieurs fois avant qu'elle ne réussisse à le trouver sur les étagères de la bibliothèque.
Elle s'était emparé de l'ouvrage, faisant défiler les pages en saisissant quelques mots ou quelques phrases à l'envolée, humant avec délice l'odeur de papier qui s'en dégageait, savourant son épaisseur qui promettait de longs et palpitants moments de lecture.
- Toi, tu seras le prochain ! Avait-elle souri avec impatience, juste avant que quelque chose ne s'échappe du livre et ne tombe à ses pieds.
Soucieuse d'avoir abîmé le précieux sésame, elle s'était penchée pour récupérer l'objet, soulagée de constater qu'il ne s'agissait que d'un marque page. Sans doute le précédent lecteur l'avait-il oublié là au moment de rendre les livres à la bibliothèque. Rassurée de ne pas devoir expliquer à l'imbuvable bibliothécaire qu'elle avait détérioré un livre par inadvertance, elle avait replacé le livre sur l'étagère et le signet à côté de ce dernier, avant de saisir le tome qu'elle avait prévu.
Elle brûlait tellement d'impatience de lire la suite de sa série qu'elle doutait, pour sa part, avoir besoin d'un quelconque marque-page. Il y avait fort à parier qu'elle le lirait d'une traite.
OoOoO
Le soir-même, le premier livre était terminé. Hermione l'avait amoureusement posé sur l'étagère près de ses confrères, en essayant de ne pas trop penser à la longue année d'attente qu'il lui faudrait tenir avant la sortie du troisième tome. Quelle torture, ces séries en plusieurs parties !
Sa tristesse s'était toutefois vite envolée tandis qu'elle sortait de son emplacement le fameux livre moldu tant attendu. Il était presque minuit et malgré le réveil matinal prévu pour le lendemain, journée où été prévu le déménagement de Ginny chez Harry, elle n'avait pas résisté à l'envie d'en lire le premier chapitre.
Elle avait emmené dans sa chambre le livre ainsi que le signet posé sur le rebord de l'étagère, consciente qu'elle ne pourrait cette fois se passer de marque-page. Non pas qu'elle n'en possédait pas elle-même, bien-sûr, mais elle les semait toujours partout et à cette heure avancée de la nuit, elle n'avait guère envie de perdre de précieuses minutes à retrouver l'un des siens. Après tout, elle avait emprunté le livre et tout ce qu'il contenait, personne ne verrait d'inconvénient à ce qu'elle se serve de celui-ci.
Comme à son habitude, et à chaque fois qu'elle tombait sur un livre captivant, ce qui était le cas de celui-ci, ses bonnes résolutions de ne lire qu'un seul et unique chapitre n'avaient pas tenues bien longtemps, et lorsqu'elle avait jeté un coup d'œil à son réveil, à peine quelques minutes après le début de sa lecture, elle avait été horrifiée de constater qu'il était déjà deux heures du matin.
- Oh non, il faut déjà que me lève dans cinq heures ! Avait-elle gémi en refermant prestement le livre après y avoir glissé le signet.
OoOoO
Comme toujours, il n'y avait pas eu moyen qu'on la laisse en paix pendant sa pause déjeuner !
Tâchant de masquer son exaspération tant bien que mal, Hermione avait patiemment écouté sa collègue lui raconter sa soirée de la veille et les frasques de ses enfants à la fête de l'école dont elle n'avait, pour ainsi dire, rien à faire. Nom d'un chat noir, elle n'avait pas d'enfants, ce n'était pas pour s'entendre raconter en long, en large et en travers les bêtises de ceux des autres ! Et puis, y avait-il réellement besoin de vingt minutes pour expliquer que le chenapan en question avait dessiné à l'indélébile sur les fenêtres de l'école ? Non, absolument pas ! Surtout pas quand elle avait un livre à continuer !
- Je ne savais plus où me mettre ! Avait ri sa collègue, toute à son récit. J'ai fait signe à mon mari en douce et il a été me chercher des lingettes dans le sac et…
Hermione avait retenu un soupir, lorgnant avant envie sur le livre ouvert devant elle, et dont il lui était impossible de reprendre la lecture. D'une part parce qu'il était compliqué de feindre d'écouter sa collègue tout en lisant, d'autre part parce que ce récit était tellement exaltant qu'il méritait plus qu'une lecture en diagonale entre deux conversations. Elle avait besoin de calme et de tranquillité pour s'y consacrer tout à fait.
Par dépit, et aussi pour masquer son ennui, elle avait saisi le marque-page posé près d'elle et l'avait trituré un moment, avant de l'étudier avec attention pour la première fois depuis deux jours qu'il était en sa possession. Elle n'avait pas encore pris le temps de l'examiner en détails, depuis l'avant-veille, mais à présent qu'elle s'y attardait, force était de constater que c'était un bel objet, bien loin des marque-pages en papier ou en carton qu'elle-même possédait. Le signet était fait d'une mince lamelle de bois sombre, finalement sculptée dans sa partie haute. Hermione ne s'y connaissait pas suffisamment pour en déterminer l'essence, mais on voyait que c'était un bois précieux.
Elle avait trouvé l'objet à la fin du livre, et comme il semblait impensable qu'un lecteur digne de ce nom ait abandonné un si bon ouvrage en cours de route, cela ne pouvait signifier qu'une chose, qu'il l'avait glissé à la fin du livre après sa lecture et l'y avait oublié.
D'ailleurs, appartenait-il à un lecteur, ou à une lectrice ? Il n'y avait aucun moyen de le savoir et pourtant, Hermione était intimement convaincu que le propriétaire était un homme. Une intuition féminine lui dictait que l'objet était emprunt d'une essence indéniablement masculine. Peut-être était-ce la couleur foncé de la peinture du bois qui influençait son opinion, ou le motif géométrique tout en sobriété qui ornait le haut du signet, et qu'elle imaginait plus destiné à une clientèle masculine qu'à un public féminin.
- Hermione, tu m'écoutes ? Avait demandé sa collègue, réalisant que la jeune femme ne suivait plus son récit.
- Hmm ? Oui, oui, j'écoute, avait distraitement répondu la demoiselle.
Comme la fin de sa pause déjeuner approchait, et que sa collaboratrice ne semblait pas en avoir finir avec ses histoires, elle s'était résigné à arrêter pour l'heure sa lecture, et avait donc inséré le signet entre les deux pages ouvertes, avec peut-être un peu plus d'attention pour l'objet que les jours précédents.
OoOoO
Enfin, le jeudi soir était arrivé !
Après les pauses déjeuners interrompues par les babillages de ses collègues, les réunions et les obligations du quotidiens, elle allait enfin pouvoir profiter d'une soirée tranquille pour lire, et uniquement lire !
Hermione avait tout prévu ! Les dossiers urgents avaient été traités dans la journée, la gamelle de Pattenrond était remplie, elle avait déjà enfilé son pyjama pour lire jusqu'au bout de la nuit et, le plus important, elle avait réussi à trouver une excuse pour annuler le dîner avec Ron.
Le marathon pouvait commencer !
Et quel marathon !
Merlin, ce livre était une vraie pépite. L'histoire était passionnante, l'écriture fluide, l'intrigue haletante ! Lorsque, à minuit passé de nouveau, la jeune femme avait trouvé la force de le refermer pour commencer sa nuit, elle avait caressé la dernière page du chapitre qu'elle venait d'achever avec passion, quittant presque à regret les personnages le temps de quelques heures. Elle avait attrapé le signet sur sa table de chevet et l'avait glissé dans l'entre-page, confiant l'intrigue à sa bonne garde jusqu'au lendemain. Elle avait passé un doigt sur le motif géométrique sculpté, se demandant une seconde si le précédent lecteur avait autant apprécié qu'elle la lecture de l'ouvrage.
OoOoO
Elle avait achevé le livre tant attendu, et sa lecture l'avait tellement bouleversée qu'une fois terminée, elle lui avait laissé une terrible sensation de vide. Il avait fallu presque deux jours à la jeune femme pour qu'elle se décide à entamer un nouveau roman, tant elle se sentait encore happée par l'univers du précédent. Elle avait donc rangé le fameux livre, non sans relire avant cela les passages qui l'avaient le plus marquée, et avait posé sur l'étagère le signet en bois.
Lorsque, quarante-huit heures plus tard, sa soif de lecture s'était faite de nouveau ressentir, elle avait choisi un nouveau livre parmi ceux empruntés, et après une seconde d'hésitation, avait aussi emmené le marque-page avec elle.
- Après tout, tant que tu es là, autant que tu serves à quelque chose ! Avait-elle souri sous le regard profondément indifférent de Pattenrond qui faisait sa toilette à proximité.
C'était dans ce genre de moment qu'Hermione se faisait la réflexion que c'était une bonne chose qu'elle vive seule, car n'importe qui l'ayant vue ainsi parler à ses livres et autres objets l'aurait prise pour une folle !
Après cette merveille de lecture qu'avait été le roman moldu tant espéré, le livre suivant lui avait paru bien fade, si bien que la jeune femme avait multiplié les pauses durant sa lecture, manipulant le signet bien plus que pour le précédent ouvrage. L'intrigue lui paraissait si morne qu'elle s'était même surprise à passer plus de temps à gamberger à propos le propriétaire du marque-page qu'à lire le texte sous ses yeux.
A qui pouvait bien appartenir ce signet ?
Était-ce la douceur du printemps ou ses hormones qui la chamboulaient ? Toujours était-il qu'Hermione s'était mise à rêvasser sur l'identité de l'inconnu, puisque la possibilité qu'il puisse s'agir d'une femme ne l'effleurait même plus.
Cela devait être un intellectuel, ainsi qu'un homme de goût, pour qu'il ait emprunté ce roman si passionnant. Cela était si rare, les hommes qui aimaient lire. Du moins, ils étaient rares dans l'entourage d'Hermione, malheureusement. Combien de fois avait-elle été frustrée de ne pas pouvoir échanger sur ses lectures passionnantes avec ses amis, qui ne comprenaient pas son engouement pour les « vieux livres et grimoires poussiéreux » ? De trop nombreuses fois, à l'évidence.
Comme cela aurait été grisant, de pouvoir discuter littératures avec un homme qui aimait la même chose qu'elle ! Ils auraient pu échanger leurs points de vue autour d'un café, et peut-être même lui aurait-il conseillé d'autres livres qu'il lui avait plu, notant de son côtés des références dont elle lui aurait fait les éloges avec passion ! Assurément, le livre qu'elle avait entamé dernièrement ne ferait pas partie de cette liste, mais elle ne doutait pas qu'il serait tout aussi plaisant de faire la critique des ouvrages qui les auraient déçus. Rien ne pouvait être ennuyeux avec un tel homme, c'était certain.
OoOoO
Elle avait lu toute la soirée du dimanche soir, et avait sombré dans les bras de Morphée à une heure avancée de la nuit. Comme chaque fois qu'elle lisait aussi intensément en peu de temps, son sommeil avait été rempli de rêves plus ou moins liés aux intrigues qu'elle avait dévorées les jours précédents, jouant et rejouant les scènes épiques, inventant de nouveaux scénarios, créant des personnages inédits.
Et puis, l'image du marque page avait émergé dans ses songes, et son subconscient s'était chargé de lui imaginer un propriétaire à la hauteur de ses espérances. S'il avait eu un visage, Hermione ne s'en était pas souvenue à son réveil, mais lorsqu'elle avait émergé dans cet état de demi-sommeil qui succède aux rêves, son esprit était encore plein des souvenirs sensuels du bel inconnu. De ses doigts longs et fins, tels ceux d'un pianiste, qui tournaient les pages d'un livre prometteur. De sa voix qu'elle imaginait à la fois douce et sombre, pleine d'harmoniques sombres et typiquement masculines, qui avait fait battre son cœur plus vite alors que les dernières lymphes du sommeil s'estompaient doucement.
Vraiment, elle était curieuse de savoir à qui pouvait bien appartenir cet objet.
OoOoO
Trois semaines s'étaient écoulées, ou presque.
Hermione avait soigneusement empilés les livres empruntés vingt jours plus tôt sur le comptoir de la bibliothécaire, et posé sa carte d'emprunteur sur le sommeil de la pile, attendant sagement que la vieille femme daigne lui accorder un peu d'attention.
Cette dernière, sans un mot, avait badgé sa carte et étudié méticuleusement les ouvrages rendus, à la recherche d'une trace de détérioration qu'on lui aurait caché. Hermione s'était retenue de lever les yeux au ciel. Cela faisait presque un an qu'elle fréquentait cette bibliothèque, et malgré les dizaines de livres qu'elle avait déjà empruntés et rendu impeccables, cette vieille harpie passait chacun de ses retours au cribles, comme si elle ne lui faisait pas confiance.
Si la jeune femme avait longtemps pensé que la bibliothécaire était méticuleuse, elle était à présent convaincue qu'il n'en était rien, et que la bourrique l'avait simplement prise en grippe. Si réellement elle soumettait tous les livres qui rentraient à ce genre d'examen, elle ne serait pas passée à côté du signet oublié.
En parlant du signet, d'ailleurs.
- Hum…, était intervenue Hermione après s'être éclaircie la gorge, mal à l'aise. Est-ce que… vous savez qui était le précédent emprunteur de celui-ci ? Avait-elle demandé en désignant le roman moldu tant apprécié.
La bibliothécaire lui avait lancé un regard sinistre par dessus ses lunettes loupes, comme si cette simple prise de parole était un enfreint au règlement intérieur de son établissement. Hermione avait dégluti, embarrassée, mais avait soutenu son regard courageusement. Après tout, elle n'avait pas été à Gryffondor pour rien.
- Pourquoi ? Avait-elle demandé d'un ton grinçant en dévisageant Hermione avec suspicion, comme si elle la soupçonnait de préparer un mauvais coup.
- Euh.. il a… oublié son marque page à l'intérieur, avait-elle expliqué, mal assurée, en désignant l'objet qu'elle tenait entre ses mains.
Les petits yeux tranchants de la vieille dame s'étaient attardés un instant sur le signet en question, avant de revenir sur la jeune femme, sans qu'aucune trace de bienveillance ne vienne en adoucir la lueur sévère.
- Donnez, je le lui rendrai, avait-elle finalement répondu en tendant une main sèche dans sa direction.
Avant même de le décider, Hermione avait marqué un mouvement de recul en ramenant à elle l'objet égaré. Elle avait senti le rouge lui monter aux joues sous le regard polaire de la bibliothécaire.
- Non ! S'était-elle exclamée, un peu trop rapidement peut-être Je veux dire… ne vous donnez pas cette peine, je… Je peux me charger de le lui rendre, cela… me donnera l'occasion de euh… échanger avec lui sur ce livre, avait-elle maladroitement expliqué en s'empourprant davantage.
La bibliothécaire l'avait fixée avec circonspection de longues secondes encore, comme si elle tâchait de déterminer si elle lui disait la vérité ou non. Hermione avait pris sur elle pour ne pas baisser les yeux, essayant de rester crédible dans son demi-mensonge. Après tout, elle avait réellement envie de parler littérature avec le propriétaire du signet…
Les souvenirs de ses derniers rêves, et l'image persistante des longs doigts qui tournaient sensuellement les pages d'un manuscrit, l'avaient traversée, mais elle les avait repoussés dans un coin de sa tête.
Après un temps qui lui avait paru interminable, la bibliothécaire s'était détournée pour parcourir les fiches classées dans un tiroir derrière son bureau. Elle avait mouillé l'extrémité de son doigts pour mieux faire défiler les petits cartons barbouillés d'encre, avant de finalement extraire un bristol vert d'eau sur lequel une liste de noms conséquente se succédait. Hermione avait un instant craint qu'elle ne garde l'information pour elle, dans une volonté sadique de la narguer, mais la gardienne des livres avait finalement ajusté ses lunettes loupes avant d'ouvrir la bouche.
La peur, fugace, qu'elle ne prononce le nom d'une lectrice, avait soudain envahi la jeune femme.
- Il s'agit de Monsieur Lavoisier, avait finalement lâché la bibliothécaire avant de ranger la fiche.
Hermione avait relâché un souffle qu'elle n'avait eu pas conscience d'avoir retenu.
- Monsieur Lavoisier ? Avait-elle répété, autant pour s'assurer d'avoir bien compris que pour goûter à la prononciation de ce mot sur sa langue.
Cela sonnait un peu trop français à ses oreilles, mais la jeune femme n'était pas du genre à s'arrêter aux stéréotypes. Après tout, les Français ne pouvaient pas tous être des râleurs, si ?
- Et euh… vient-il souvent ici ? Avait-elle demandé.
Il lui faudrait au moins cette information si elle espérait pouvoir lui rendre son bien en main propre,
- Tous les mardis à treize-heure trente, avait répondu la fonctionnaire, laconique.
Ah. Voilà qui n'arrangeait pas ses affaires. Le mardi était souvent une journée chargée au ministère, et Hermione avait sa pause déjeuner à midi, pour une durée d'une heure. Il allait falloir qu'elle parvienne à la décaler. Heureusement qu'elle avait pour elle sa magie, qui lui permettrait de faire l'aller-retour dans le temps imparti, pour peu que sa collègue ne lui tienne pas la jambe avec les histoires sans fin de son fils !
- D'accord, je passerai mardi alors. Et euh… est-ce que vous pouvez me dire… à quoi il ressemble ? Est-il euh… âgé ?
Le dernier mot s'était étrangle dans la gorge de la jeune femme face au regard polaire que lui avait retourné la bibliothécaire par dessus ses lunettes loupes. Il fallait dire que la fonctionnaire n'était pas toute jeune non plus, pour sa part, tandis que pour Hermione, qui n'avait pas encore atteint le quart de siècle, tout le monde ou presque était plus vieux qu'elle.
Mince, voilà qu'elle allait vexer la seule personne susceptible de lui donner des renseignements au sujet du mystérieux Monsieur Lavoisier !
- Enfin pas que ça me regarde, avait-elle murmuré précipitamment pour tenter de rattraper le coup.
- Nous sommes bien d'accord, avait grincé la vieille dame entre ses dents.
- C'était simplement pour le reconnaître plus facilement, s'était-elle justifiée, se sentant rougir sous le regard scrutateur. Mais son nom, c'est parfait. J'imagine que cela ne court pas les rues, un Monsieur Lavoisier, par ici, avait-elle bredouillé en battant en retraite après avoir récupéré son sac de livres. Bonne journée à vous, merci.
Bon, elle n'avait pas eu toutes les informations escomptées, mais c'était déjà un progrès en soit. Dans le pire des cas, elle ferait une bonne action en rendant son signet à un vieux monsieur et rencontrerait un homme de lettres, à défaut d'un jeune homme charmant aux mains de pianiste et à la voix profonde et séduisante.
- N'oubliez pas, Miss Granger, trois semaines d'emprunt ! Lui avait rappelé la bibliothécaire alors qu'elle s'éloignait vers les portes. Aucun délai supplémentaire et aucune détérioration acceptée !
OoOoO
Le mardi suivant était arrivé, au terme d'un week-end qui, une fois n'est pas coutume, lui avait semblé interminable.
A quoi pouvait bien ressembler ce Monsieur Lavoisier ?
Son imagination, nourrie par la découverte du nom, avait travaillé sans relâche durant les quatre jours précédents, embellissant ses rêves de détails plus ou moins clichées tirés de l'opinion publique en vogue sur les Français.
Nul doute qu'il devait être charmant et gentleman, ce Monsieur Lavoisier. Et peut-être aussi fin gourmet, en plus d'être, à n'en point douter, tout à fait romantique et… Et rien du tout, par Merlin ! N'avait-elle pas dit qu'elle n'était pas du genre à se laisser aller aux préjugés ?! D'autant qu'il y avait autant de chance pour ce fameux inconnu soit membre du club du troisième âge, ou bien marié et père de trois enfants, ou peut-être même un adolescent tout juste sorti de la puberté.
De toute façon, elle serait bientôt fixée ! Plus que deux heures avant que…
Avant qu'une réunion de dernière minute ne soit annoncée avec les représentants dignitaires de Gringotts.
Et merde !
OoOoO
Mardi Suivant.
Une semaine de plus à ronger son frein, à fantasmer presque jour et nuit sur le mystérieux Français, à s'efforcer de ne pas se réjouir trop vite.
Cette fois, elle avait réussi à faire valloir de décaler les réunions importantes à la fin de la semaine, avait tout prévu pour partir à l'heure… mais n'avait pas su éviter sa collègue, qui lui avait tenu la jambe vingt minutes durant sans qu'elle n'ait rien pu faire, pour lui parler de la gastro de son fils lors de la précédente nuit.
Malédiction !
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Cette fois, elle avait réussi à s'éclipser. Avec dix minutes de retard quand même, mais tant pis, elle était partie ! Trois minutes perdues au feu piéton près de la bibliothèque, deux autres pour expliquer son chemin à une vieille dame égarée désorientée dans le quartier, puis six minutes à ronger son frein tandis qu'un précédent lecteur renouvelait sa carte à l'accueil de la bibliothèque. Trépignante d'impatience, Hermione avait lancé un nouveau coup d'œil à l'horloge qui trônait sur la voûte derrière l'accueil, tout en essayant de discerner le visage des personnes assises dans les premiers fauteuils non loin de là.
Parmi eux se trouvait le mystérieux Monsieur Lavoisier.
- Il est au fond, du côté de la session histoire, avait grincé la bibliothécaire lorsque enfin, Hermione avait pu lui demander si le propriétaire du marque page était présent ce jour-là.
Le cœur d'Hermione avait alors commencé une course folle, tandis que ses pas la menaient un à un à travers les rayonnages chargés de livres de la bibliothèque. Elle s'était surprise à ralentir son pas, soudain envahie par une appréhension saisissante, à la hauteur de celle qu'elle avait longtemps ressentie à la veille de ses examens jusqu'à l'obtention de ses derniers diplômes en droit, deux ans plus tôt.
Elle avait essuyé ses mains moites sur son jean, se flagellant de se montrer si peu sûre d'elle pour une chose aussi insignifiante que de rendre un signet à quelqu'un, et en même temps… n'était-ce pas stupide d'avoir insisté pour rendre personnellement le marque-page à son propriétaire ? N'aurait-il pas été plus sage de le confier à la bibliothécaire dès le début ? Elle s'était laissée entraîner par son imagination, et à présent elle allait passer une pour pauvre fille romantique ou un peu névrosée, d'avoir été jusqu'à demander l'identité de la personne pour pouvoir le lui rendre en main propre. Quelle gamine !
Enfin elle avait atteint le secteur de la bibliothèque consacré à l'histoire, et son cœur avait fait une première embardée lorsque, après avoir tourné à l'angle d'une étagère chargée de grimoire et de manuscrits usés par le temps, elle était tombée nez à nez avec une personne qui venait en contre-sens. Le temps de se rendre compte que c'était une femme, elle avait bredouillé quelques mots inintelligibles, se maudissant de nouveau pour son manque de self-control, s'intimant à se reprendre pour aller aborder les trois autres personnes qui se trouvaient dans le secteur.
- Monsieur Lavoisier ? Avait-elle demandé avec une politesse empreinte d'embarras, à un soixantenaire qui étudiait des cartes anciennes sur une table.
Etait-ce méchant de sa part d'avoir espéré que le pré-retraité répondrait pas la négative ? Sans doute un peu, mais cela ne l'avait pas empêchée de soupirer discrètement de soulagement lorsque l'homme lui avait gentiment répondu qu'elle devait faire erreur car cela n'était pas son patronyme.
Le fauteuil occupé un peu plus loin abritait en réalité une dame d'âge mûre, dont la coupe courte à la garçonne avait trompé Hermione, et lui avait donc permis de passer directement au troisième lecteur situé un peu plus loin. Son cœur s'était mis à tambouriner dans sa cage thoracique alors qu'elle approchait du moment fatidique.
- Papa, papa ! Regarde j'ai trouvé un Astérix qu'on n'a pas à la maison ! Avait soudain pépié une voix aiguë alors qu'un enfant d'une huitaine d'années déboulait depuis l'autre côté du rayonnage pour se précipiter vers l'homme assis à proximité.
Hermione avait ralenti inconsciemment, tandis qu'une déception soudaine l'envahissait. L'homme, guère plus âgé d'une trentaine d'année, blond et souriant, avait baissé son propre livre pour regarder arriver son fils, tandis que ce dernier s'arrêtait pour attendre sa mère, qui peinait à suivre son rythme derrière lui. Les espoirs de la Gryffondor s'étaient effondrés aussi sec.
- Super ça, garde le de côté, on le prendra pour lire ce week-end, avait dit le jeune père de famille, avant de lever un regard curieux vers Hermione qui s'approchait.
- Bonjour, excusez-moi, je euh… j'ai trouvé ce marque page dans un livre que j'ai emprunté il y a quelques jours et la bibliothécaire m'a dit qu'il vous appartenait, avait-elle déballé d'une traite, gênée, en lui tendant l'objet en sa possession depuis plus d'un mois.
L'homme avait pris une seconde pour regarder la petite lamelle de bois peinte, et son expression confuse avait fait sourciller Hermione avant même qu'il n'ouvre la bouche pour confirmer ses doutes.
- Non, il n'est pas à moi, vous devez faire erreur.
- Vous n'êtes pas Monsieur Lavoisier ? Avait demandé la sorcière, déconcertée.
- Ah non du tout, désolé, s'était excusé le lecteur avec un sourire.
- Nous on s'appelle Sharma, avait précisé le petit garçon de sa voix fluette.
Hermione avait cligné des sourcils, déconcertée par ce revers.
- Oh, désolée, j'ai dû me tromper, avait-elle murmuré, distraite, avant de rebrousser chemin.
Elle avait pris le temps de refaire le tour du rayonnage, perplexe, partagée entre un nouveau souffle d'espoir et la désillusion de ne jamais parvenir à rencontrer le propriétaire du marque-page. Après tout, cela n'était peut-être pas plus mal. Ne valait-il pas mieux rêver l'idéal que se confronter à la déception de la réalité ?
La jeune femme s'était arrêtée, son attention soudain accaparée par une veste posée sur l'accoudoir d'un fauteuil vide. Y aurait-il eu un lecteur de plus, parti flâner dans les rayonnages avoisinants, dont elle n'aurait pas eu connaissance ? Alors même qu'elle venait de se dire qu'il était peut-être préférable qu'elle ne rencontre jamais ce Monsieur Lavoisier, l'espoir d'Hermione était reparti plus grand encore que précédemment.
Malheureusement, il avait été de courte durée. Alors qu'elle faisait mine de s'intéresser à un livre concernant le règne de la reine Victoria sur un étagère à proximité du siège laissé vacant, l'occupant en question était revenu, plongé dans la lecture d'un journal.
Avec une résignation certaine, Hermione s'était approchée, s'efforçant d'afficher un sourire poli.
- Bonjour Monsieur. Je pense que vous avez oublié ceci dans un roman que vous avez emprunté il y a quelques semaines, avait-elle dit en tendant de nouveau le signet en bois.
Le papy habillé d'une veste aux couleurs de l'écosse avait relevé un regard curieux vers l'objet, avant de se fendre d'un sourire bienveillant envers la jeune femme.
- Je te remercie, mon petit, mais ce joli marque-page n'est pas le mien, même s'il m'est déjà arrivé d'en oublier plus d'un dans certains de ces livres, avait-il ri en désignant les immenses rayonnage d'un mouvement de main.
Hermione avait senti ses épaules s'affaisser. Après tant de revers, elle ne souhaitait plus qu'une chose. Retrouver le propriétaire de ce fichu marque-page, qui qu'il soit, et ne plus y penser à l'avenir. Retourner écouter les babillages incessants de sa collègue concernant son fils prodige, retrouver son chat à son retour chez elle, et se replonger dans de nouvelles lectures qui la feraient voyager dans des mondes inconnus et pleins d'aventures palpitantes.
Dépitée, la jeune femme avait tourné les talons, et avait fait un détour par la session littérature anglaise, histoire de trouver de quoi noyer sa tristesse en rentrant chez elle. Elle n'avait pas été si rigoureuse que d'habitude dans sa sélection, d'autant que l'heure tournait, et avec elle le peu de temps qu'il lui restait avant de devoir repartir travailler. Elle avait rapidement choisi un unique livre parmi les rayonnages, de quoi occuper les jours à venir avant le week-end où elle reviendrait faire le plein de lecture.
- Eh bien ? Avait demandé la bibliothécaire en avisant le signet resté dans sa main. Ne lui avez-vous donc pas rendu ?
- Je ne l'ai pas trouvé, il est sans doute déjà parti, avait murmuré Hermione, abattue, en tendant sa carte d'adhérent.
La bibliothécaire avait sourcillé, avant de lancer un regard un brin agacé à la Gryffondor qui, toute à son amertume, ne s'en était même pas offusquée.
- Bien sûr que non enfin ! Avait sèchement répondu la fonctionnaire, exaspérée. Il est là ! Avait-elle dit avec un hochement du menton qui avait désigné un espace derrière la jeune femme.
Le souffle d'Hermione s'était bloqué dans sa gorge, et c'est le cœur battant qu'elle avait fait volte-face.
La première chose qu'elle avait vue, avait été la pile de livres qui dissimulait les traits du lecteur, et qui n'avait pas été sans lui rappeler celles, parfois dangereusement instables, qu'elle-même avait pour habitude de ramener du fond de la bibliothèque. L'homme était grand, plus grand qu'elle du moins. Baissant les yeux, elle avait noté les chaussures impeccables et le pantalon noir parfaitement taillé.
Puis, alors qu'il approchait en direction du bureau d'accueil pour déposer ses emprunts du jour, Hermione avait pu distinguer le détail de ses mains, qui retenaient les lourds ouvrages, et elle avait senti son souffle repartir de plus belle en avisant les doigts longs et pâles, semblables en de nombreux points à ceux qu'elle avait de si nombreuses fois imaginés.
Puis elle avait aperçu les longues mèches brunes qui encadraient son visage, et puis…
Et puis …
Son cœur avait loupé un battement dans sa poitrine, et elle avait blêmi alors que le sang semblait se retirer soudainement de son visage.
Oh, Dieu tout Puissant !
- Professeur Rogue ? S'était-elle étranglée, sidérée.
OoOoO
Par Merlin, jamais elle n'avait envisagé un tel scénario !
Un scénario dans lequel elle connaissait le propriétaire du signet, et quel propriétaire !
De tous les sorciers qu'elle aurait pu croiser dans le Londres Moldu, il avait fallu que cela tombe sur lui !
L'ancien professeur de potions de Poudlard, celui-là même qui de tout temps avait pris un malin plaisir à leur mener la vie dure, à ses camarades et à elle-même, se tenait devant elle, les bras chargés de livres moldus. Hermione ne l'avait plus revu depuis sa scolarité à Poudlard. Elle savait seulement qu'il avait été longuement hospitalisé suite à sa blessure par Nagini, et que le jour où elle devait accompagner Harry à l'hôpital après sa rémission, il s'était volatilisé avant même que le Survivant ait pu le voir. Jamais ils n'avaient pu reparler des souvenirs qu'il avait confiés à Harry, craignant sa dernière heure arrivée, ni de son implication dans la chute de Voldemort.
Severus Rogue avait purement et simplement disparu de la circulation.
Et voilà qu'elle le croisait ici, au beau milieu du Londres Moldu, dans une bibliothèque où il n'y avait pas l'ombre d'un livre sorcier. Par Merlin, pour une coïncidence !
Ahurie, la jeune femme avait contemplé les traits de celui qui n'avait jamais pris la peine de lui accorder un sourire encourageant ou un compliment sur ses notes exemplaires, s'étonnant de l'attitude décontractée et paisible qu'elle y avait lue, et qui contrastait avec elle, acerbe et antipathique, dont elle se souvenait.
Cette vision avait toutefois été de bien courte durée.
Dès lors que son nom _ son véritable nom _ avait quitté ses lèvres, l'homme s'était crispé tout à fait, et si la surprise avait un instant traversé son visage, ce dernier s'était bien vite fermé alors qu'il se tournait vivement dans sa direction, revêtant en un éclair ce masque froid et dur qu'elle lui connaissait bien.
Hermione s'était presque désolée de cette réaction.
Le regard noir et ténébreux de son ancien professeur l'avait presque transpercée, et elle s'était sentie rougir sous ces yeux sombres et acérés, qui s'étaient toutefois radoucis en la reconnaissant. Du moins en avait-elle eu l'impression. Un peu. Ou peut-être tentait-elle de se rassurer, car elle devait bien avouer qu'elle ne s'était pas préparée à se retrouver ainsi face à l'ancien espion.
Pas qu'il lui faisait peur, bien-sûr, mais il avait toujours été sacrément intimidant, même si cela ne l'avait jamais empêchée de lui tenir tête. Et puis, le croiser ainsi, hors contexte scolaire, rendait la situation d'autant plus irréaliste.
- Miss Granger, avait-il murmuré après avoir pris le temps de déposer sur le comptoir les livres qui l'encombraient.
La bibliothécaire avait froncé les sourcils, sans doute étonnée de le voir répondre à un nom qui n'était pas le sien. Fort heureusement, pour une fois, Merlin avait semblé du côté d'Hermione, et le téléphone de l'accueil avait sonné à cet instant, forçant la fonctionnaire à se détourner d'eux.
Lorsque Hermione avait reporté son regard sur le Serpentard, elle s'était empourprée davantage en réalisant qu'il l'étudiait du regard, comme elle-même l'avait fait quelques secondes plus tôt, à son insu puisqu'elle avait ignoré qui il était dans un premier temps.
- Quelle surprise, avait poursuivi le Serpentard dans un murmure soyeux. Quoique… Peut-être pas tant que ça, vues les circonstances, s'était-il corrigé en englobant du regard le lieu où ils se trouvaient.
Hermione s'était raidie malgré elle, s'attendant à une quelconque remarque désobligeante où son ancien titre de Miss-Je-Sais-Tout ressurgirait à coup sûr, sachant qu'elle était en face de la personne qui l'avait en premier affublée de ce sobriquet. Mais rien n'était venu, et elle avait relevé un regard déconcerté vers l'ancien directeur de Serpentard dont les yeux sombres brillaient, à sa grande surprise, d'un éclat amusé. Détail plus surprenant encore, sa bouche fine et pâle, si coutumière des rictus dédaigneux ou méprisants, avait tressailli dans une esquisse de sourire en coin face à la réaction de la jeune femme.
Mince alors, mais qui diable était cet homme et qu'avait-il fait de Severus Rogue ?
- Eh bien, Miss Granger, auriez-vous donc perdu votre langue ? Avait-il encore demandé en arquant un sourcil. Dans mes souvenirs, vous étiez l'une des rares à ne pas aborder cette expression incrédule.
Par Gryffondor… ! C'était le même homme et pourtant, Hermione ne le reconnaissait pas. Pire encore, elle ne savait pas quelle attitude adopter. Sa conscience lui hurlait de rester stoïque et de simplement se montrer polie, de lui rendre son bien et d'en rester là, mais elle n'arrivait pas à bouger d'un pouce. Pire encore, sa langue semblait collée à son palet comme sous l'effet d'un maléfice de Bloclang.
C'est que, ce sorcier en face d'elle ne ressemblait en rien à l'image froide et méprisante qu'elle avait gardée de son ancien professeur. D'aussi loin qu'elle se souvenait, c'était la première fois qu'elle le voyait dépourvu de son air condescendant. La première fois aussi qu'il lui adressait la parole d'une voix dénuée de sarcasme ou de moquerie et, Juste Ciel !, elle se trouvait étonnement charmée par les harmoniques sombres et basses de sa voix soyeuse.
Réalisant qu'il attendait une réponse à sa précédente remarque, et que son sourire en coin ne faisait que s'agrandir alors qu'il l'observait perdre pied comme une gamine timorée, bien loin de la diplômée en droit magique qu'elle se targuait d'être quand elle franchissait les portes du Ministère, elle avait piqué un fard et perdu le peu d'assurance qu'il lui restait encore.
Merde alors, voilà qu'elle se trouvait incapable de lui faire face !
Elle avait baissé les yeux vers le signet qu'elle tenait toujours entre ses mains, et avec lequel elle jouait nerveusement depuis de longues secondes. Suivant son regard, l'ancien espion avait sourcillé en avisant l'objet, emportant avec lui le moindre doute quant à l'identité de son propriétaire, si doute il persistait, ce qui n'était plus le cas.
- Où avez-vous trouvé cela ? Avait-il interrogé, interloqué, bien loin du ton faussement mielleux qu'il employait à l'époque pour poser les questions pièges à ses élèves.
- Je… euh… Dans un roman que j'ai… euh… emprunté, il y a quelques semaines, avait-elle bredouillé, se maudissant pour sa voix mal assurée.
Le Serpentard avait haussé un sourcil dubitatif, à l'évidence surpris d'entendre qu'il avait des lectures en commun avec la demoiselle, et avait longuement observé la jeune femme embarrassée qui se trouvait face à lui. Hermione avait baissé les yeux, incapable de soutenir son regard d'obsidienne, alors que toutes les rêveries qu'elle avait pu avoir concernant le mystérieux propriétaire du signet lui revenaient soudainement en tête.
- Je vois, avait finalement murmuré le Serpentard.
Hermione avait de nouveau accroché son regard, et s'était effrayée des palpitations que ces yeux sombres avaient déclenché du côté de son cœur, déjà bien malmené par les émotions qui se succédaient depuis le début de sa pause déjeuner, qui n'était décidément pas de tout repos.
La panique avait eu raison de son immobilité.
- Tenez, c'est à vous, s'était-elle prestement exclamée en lui tendant vivement le signet.
Elle lui avait presque glissé de force dans les mains, avant de se retourner brusquement et, Gryffondor le lui pardonne, de s'enfuir à toute vitesse vers la sortie de la bibliothèque.
OoOoO
Merde.
Où était donc passé son sempiternel courage ?
S'était-il perdu en route, noyé par la vie routinière et sans heurt qu'elle menait depuis la fin de la guerre, dans son poste dénué d'adrénaline dans un bureau du ministère ?
Sans doute, comment expliquer sinon qu'elle n'ait pas été en mesure d'articuler une phrase cohérente devant son ancien professeur, à qui elle avait tant de fois tenu tête durant sa scolarité, refusant de baisser le regard ou de s'éteindre quand il la gratifiait d'une remarque narquoise ou l'ignorait ostensiblement ?
Si elle avait été honnête avec elle-même, Hermione aurait dû reconnaître qu'elle connaissait la réponse.
Bon sang, elle avait fantasmé sur le directeur de Serpentard !
Sur Severus Rogue !
De façon abstraite dans un premier temps, puisqu'elle avait surtout idéalisé l'homme à travers son bien, sans même savoir à quoi il pouvait bien ressembler, projetant ses propres idéaux sur une figure masculine sans visage.
Sauf que…
Sauf qu'elle venait, à l'instant, de se laisser aller de façon bien plus concrète. Elle ne pouvait le nier. Alors que la porte de la bibliothèque se refermait sur elle et qu'elle avançait dans la petite cours pavée de l'établissement pour rejoindre la rue, son cœur battait encore à rythme effréné, et une chaleur qui n'avait rien à voir avec le délicat soleil printanier palpitait en elle.
Merde, merde, merde.
Comment avait-elle pu ne serait-ce que le trouver attirant ?
Il fallait dire, pour sa défense, que le Serpentard n'avait plus rien à voir avec le souvenir qu'elle en gardait.
Était-ce ces temps de paix qui l'avaient changé, ou les quelques années de plus qu'elle-même avait au compteur, et qui lui avaient sans doute permis d'acquérir une maturité bien plus grande que celle qu'elle avait à l'époque ? Toujours était-il que sa vision du sorcier en avait été bouleversée. Du temps de Poudlard, elle l'avait toujours vu comme le professeur partial, froid et injuste, et même si la révélation de son rôle dans la chute de Voldemort avait changé l'opinion qu'elle avait de lui, il n'en restait pas moins un professeur.
Qu'était-ce, un professeur, lorsqu'on était une étudiante âgé de dix-huit ans ?
Tout sauf un humain, en réalité. Une figure d'autorité, bien-sûr, qui avait entre ses mains la destiné de ses élèves. Un être capable de dispenser la plus belle des récompenses par un commentaire flatteur, ou la pire des humiliations par une remarque cuisante ou pire, une indifférence méprisante. Autant dire que Severus Rogue avait excellé dans cette dernière catégorie. Seulement voilà, Hermione n'était plus étudiante. Elle avait bientôt vingt-cinq ans, et était devenue une femme. Pour la première fois de sa vie, elle avait vu l'homme plutôt que le professeur.
Et cet homme ne lui déplaisait pas.
Pire encore, il lui plaisait tout à fait.
Sa silhouette haute et élancée, ainsi que son élégance déconcertante, l'avaient soufflée. Le souvenir des conversations médisantes à son sujet qu'avaient, à de nombreuses reprises, eu ses camarades de Gryffondor durant sa scolarité, lui étaient revenus. Toutefois, elle avait eu beau se repasser la scène, elle n'avait rien trouvé de commun entre l'individu au teint cireux et aux cheveux gras dont se moquaient les garçons, et cet homme qui présentait parfaitement, mis en valeur par la chemise sombre dont les premiers boutons ouverts laissaient deviner…
Mince, à quel moment au juste avait-elle eu le temps de noter ce genre de détails ?
La Gryffondor s'était mordu la lèvre, mortifiée, et avait forcé le pas. Par Merlin, cette cour pavée ne lui avait jamais semblé aussi longue à traverser !
Derrière elle, le bruit grinçant de la lourde porte de la bibliothèque qui s'ouvrait avait résonné, se répercutant sur les hauts murs de pierre de la cour intérieure.
- Miss Granger !
La jeune femme s'était figée, à quelques mètres à peine du portail en fer forgé qui délimitait l'enceinte du bâtiment. Tous ses muscles s'étaient figés à l'entente de cette voix familière qui, si elle avait eu des intonations amusées quelques minutes plus tôt, s'avérerait sans nul doute tranchante et désobligeante, à présent qu'ils n'étaient plus en public, avait-elle songé avec regrets.
Baisser la tête et continuer son chemin en faisant mine de ne pas avoir entendu aurait relevé de la lâcheté, et même si son courage avait foutu le camp, Hermione n'avait pas totalement viré vers le côté obscur non plus. Déglutissant difficilement, elle s'était retournée, se préparant mentalement pour la confrontation.
Sauf que la seule chose à laquelle elle avait été confronté, avait été la vision de son ancien professeur qui se tenait en haut des quelques marches du parvis de la bibliothèque, immobile, son regard d'aigle fixé sur elle en une expression amusée teintée d'une pointe d'étonnement qui avait fini de déconcerter Hermione.
Il avait descendu les quelques marches de pierre d'une démarche souple et assurée, bien loin du pas de charge qu'elle lui connaissait, à l'époque souligné par son éternel mouvement de cape noire. Alors même qu'elle se liquéfiait littéralement à son approche, une part d'elle n'avait pu qu'apprécier le changement vestimentaire qui s'était opéré. Le pantalon ajusté et la chemise moldue lui seyaient bien mieux que ses anciennes tenues de sorcier.
- Vous avez oublié quelque chose, avait-il dit en levant une main, dans lequel se trouvait le livre qu'elle avait emprunté quelques instants plus tôt.
D'aussi loin qu'elle se souvenait, jamais Hermione n'avait autant rougi en si peu de temps, même à l'époque de ses premiers rendez-vous un peu gauches avec Viktor. Oh bon sang, elle n'oubliait jamais un livre ! Pourquoi fallait-il que cette inattention lui arrive aujourd'hui !
Comme il s'était arrêté à quelques mètres d'elle, la Gryffondor s'était résignée à s'approcher pour aller récupérer son bien. Seuls quelques pas les séparaient, et elle avait été incapable de détourner les yeux de son visage taillé à la serpe qui, s'il lui avait autrefois semblé dur et hostile, lui apparaissait à présent empreint d'une masculinité séduisante, ainsi encadré de ces longs cheveux sombres dans lequel l'envie saisissante de plonger ses doigts l'avait soudainement envahie.
Elle s'était efforcée de détourner le regard en parvenant à sa hauteur, mais se faisant, ses yeux s'étaient posés sur ses longues mains pâles, et elle avait rougi davantage, rattrapée par les rêves érotiques qui avaient hanté ses nuits au cours des dernières semaines.
- Merci beaucoup, avait-elle glissée, gênée, en s'emparant du roman.
Il ne l'avait toutefois pas lâché, l'obligeant à lever les yeux vers lui, dans un regard perdu et, elle devait bien l'avouer, un brin effrayé. L'ombre d'un nouveau sourire était passé sur les lèvres du sorcier.
- Très bon choix, l'avait-il complimentée après un bref coup d'œil en direction du livre. Qu'avez-vous pensé de celui où vous avez retrouvé mon marque-page ?
Hermione avait été tellement saisie par la question qu'elle avait mis quelques secondes à répondre, sondant les deux puits d'obscurité à la recherche d'un quelconque indice qui laisserait à penser qu'il se payait sa tête.
Elle n'avait rien trouvé de tel. En revanche, elle s'était perdue un peu plus dans les ténèbres de ces iris sombres.
- Oh, euh… il était merveilleux, avait-elle soufflé avec sincérité.
Cela n'avait pu que lui rappeler que le Serpentard partageait avec elle un goût prononcé pour la littérature anglaise.
- C'est également mon avis, avait-il dit sans lâcher son regard.
Le cœur de la pauvre Gryffondor avait trébuché, et comme il tenait toujours fermement le livre, elle avait voulu raffermir sa prise pour le lui prendre, mais ses doigts avait glissé contre les siens. Si elle avait sursauté à ce contact, le Serpentard, pour sa part, n'avait pas esquissé le moindre geste. Son regard, en revanche, s'était fait de nouveau amusé, et même un brin provocateur, tandis qu'il arquait sourcil narquois mais pas moqueur à son attention.
Au terme d'un échange muet qui avait fini de mettre la jeune femme en émoi, il avait finalement concédé à la laisser reprendre son bien, et elle avait ramené le livre à elle, à la fois soulagée, et inexplicablement déçue. La fin de cette entrevue approchait.
- Cela a été un plaisir de vous revoir, Miss Granger.
De toutes les choses qu'il avait dites jusque là, celle-ci avait été la plus inattendue, et Hermione n'avait pu masquer son incrédulité à ces mots.
- Je…euh... Pour moi aussi, avait-elle répondu en retour, dans une politesse machinale, ahurie.
Une lueur amusée avait de nouveau pétillé dans les yeux sombres et, après un dernier regard qui avait laissé Hermione complètement désorientée, le Serpentard avait tourné les talons pour regagner le parvis du bâtiment afin d'aller chercher ses propres emprunts du jour.
La jeune femme l'avait regardé s'éloigner, le souffle court, le cœur battant. Une petite voix en elle lui avait hurlé de dire ou de faire quelque chose, mais ses jambes semblaient de nouveau coulées dans du béton, et la simple idée de le rappeler l'avait effrayée tout à fait. Partagée entre la raison et la folie, elle avait trituré machinalement le roman qu'elle avait entre les mains, et avait froncé les sourcils en sentant une résistance entre ses doigts. Baissant les yeux, elle avait fait défiler les pages d'un mouvement du pouce jusqu'à ce que le livre ne s'ouvre sur une double-page dans laquelle se trouvait une lamelle de bois sombre, finement sculptée d'un motif géométrique.
Avant même de réfléchir outre mesure, elle s'était élancée à la poursuite du Serpentard.
- Monsieur ! S'était-elle exclamée en s'arrêtant à quelques pas du petit escalier de pierre. Vous avez oubliez votre signet !
Le sorcier s'était retourné à demi, le soleil printanier venant souligner son profil élancé dans un jeu d'ombres et de lumières qui n'avait fait qu'accentuer l'aura mystérieuse de cet étrange Mr Lavoisier qu'il avait inventé dans sa volonté de prendre un nouveau départ. Le sourire en coin qu'Hermione avait cru déceler sur ses lèvres l'avait soudain fait douter de la nature de l'oubli.
- Gardez-le, Miss Granger. Vous en avez plus besoin que moi, vous qui être capable d'oublier, non pas la page, mais le livre entier.
Si elle avait été surprise de cette réponse, Hermione n'avait toutefois pu retenir un sourire, amusée par cet humour subtil qu'elle lui découvrait, tandis que leurs regards se croisaient à nouveau. Cette fois, les lèvres du Serpentard s'étaient étirées de façon plus franche.
- Merci, avait-elle répondu dans un sourire en remettant le signet en place dans le livre.
- A bientôt, Miss Granger, l'avait-il saluée avec un hochement de tête avant de s'éloigner dans l'ombre du porche de la bibliothèque.
- A bientôt, Professeur, avait-elle soufflé en retour, complètement sous le charme, avant de sourciller soudainement.
A bientôt ?
Comment cela, à bientôt ?
Une chaleur diffuse sous ses mains l'avait fait baisser les yeux vers le livre qu'elle tenait toujours. Interloquée, elle avait rouvert l'ouvrage à la page où elle avait inséré le signet quelques secondes plus tôt. La chaleur émanait de la fine lamelle de bois sculptée et, sous son regard interdit, une succession de mots argentés étaient apparus sur l'objet, sous le motif géométrique qui y était gravé.
Restaurant Prince Of Wales – Londres
Vingt heures. Dans trois jours.
Connaissant votre soif de lecture, j'imagine que cela sera amplement suffisant pour que vous finissiez ce livre à temps, et que vous puissiez venir me rendre le marque-page à cette adresse.
Hermione avait retenu son souffle alors que le sens de ces mots, et le sous-entendu sous-jacent, imprégnaient son esprit. Le cœur battant, elle avait relevé les yeux vers l'entrée de la bibliothèque, où la lourde porte se refermait sur la silhouette du Serpentard. Un large sourire était venu étirer les lèvres de la jeune femme avant même qu'elle n'en ait conscience.
Finalement, peut-être le prince charmant ne se trouvait-il pas que dans les livres.
Et voici pour cet OS ! J'espère qu'il vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser une petite review pour me partager vos avis, cela fait toujours plaisir ! =)
Pour l'anecdote, Lavoisier est le nom d'un chimiste français célèbre, Mr Antoine Lavoisier, considéré comme l'un des pères de la chimie moderne. C'était un petit clin d'oeil pour notre Severus qui est lui-même un grand chimiste sorcier ;)
A bientôt pour des nouvelles aventures !
