.
"It gives us freedom, not the ultimate freedom...
But the freedom to achieve it."
.
Palais Mental,
Mercredi 17 Juillet 2024 :
Nous progressâmes côte à côte dans les couloirs caverneux que je connaissais par cœur. Après tout, ce Palais Mental était le mien et je l'avais construit au fur et à mesure des années écoulées. Mick Davies se tenait à ma gauche, lorsque nous avons descendu les escaliers en colimaçon pour nous rapprocher des sous-sols.
Pour nous rapprocher du trou noir...
Enfin, nous avons trouvé une belle et haute porte, sans poignée ni verrou, se dressant devant nous.
Mick se tourna vers moi, perplexe :
- Tu as la clef ?
Je souris.
- Pas besoin de clef, le Maître a placé un Contrôle Isomorphique pour lui et moi.
Ensuite, j'ai posé ma main à plat sur le battant magique, et ce dernier s'est ouvert dans un "bip" étrange.
L'intérieur n'avait pas changé depuis sa création : c'était une imposante salle baignée dans des lumières chaudes, avec des vitraux magnifiques représentant les étoiles, les galaxies, la voie lactée et l'espace profond. Au centre de la pièce, se trouvait une grosse machine octogonale métallique, remplie de milliers de boutons de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Enfin, devant la salle de contrôle, sur une chaise sombre, le Maître dormait paisiblement.
Il portait, comme toujours, son hoodie noir et son pantalon assorti. Un pull rouge ressortait de sous son hoodie et ses cheveux teints en blond lui donnaient un aspect maladif.
Et fou.
Les yeux clos, à le voir ainsi, impossible de savoir que les tambours de Gallifrey torturaient son esprit à chaque minute, de chaque seconde.
Un, deux, trois, quatre.
Sur ses genoux ronronnait Ivanhoe, un adorable chat roux, qui ne restait qu'avec le Maître dans la salle de commandes.
Je souris, le cœur serré.
Puis, le Maître ouvrit les yeux et son sourire illumina la pièce secrète.
- Hello, Love.
Mick leva les yeux au ciel.
Le Maître posa Ivanhoe sur le sol, puis glissa vers moi avec un air espiègle sur le visage.
- Give us a kiss.
Après ça, je n'avais plus qu'à lui expliquer la raison de ma présence ici, avec Mick.
Nous voulions retourner dans le temps, à une date précise.
Le Maître esquissa un sourire, puis sortit son Tournevis Laser de la poche avant de son hoodie, avant de pianoter sur les gros boutons des ordinateurs carrés et noirs, aux écrans orange, comme ceux de la T.V.A.
- Where to ? demanda le Maître.
J'inspirais un bon coup et enfin, je prononçais les paroles qui allaient tout changer :
- Imperial Hotel, au South Mall, à Cork... Le 20 Août 1922...
Le Maître releva sa tête pour m'observer un long moment. Ses yeux ambre sondèrent mon âme, puis il esquissa un sourire.
- Je m'en doutais...
Mick se rapprocha de nous, pour questionner :
- J'imagine que le changement ne se fera pas dans cette Ligne Temporelle ?
- Nope... répondit le Maître. Vous allez créer un Cosmic Event qui ouvrira une nouvelle brèche dans les Lignes... Prêts ?
Le Maître attrapa son Tournevis Laser, Mick glissa sa main dans la mienne, puis je fis "oui" de la tête, et mon Seigneur du Temps activa son T.A.R.D.I.S.
Nous avons voyagé dans un maelström d'étoiles et de galaxies, à faire jalouser Perceval...
.
.
"There is no British Government any longer in Ireland.
It is gone.
It is no longer the enemy."
.
.
Cork City, Irlande,
Dimanche 20 Août 1922 :
L'air frais raviva mes sens.
J'ai levé les yeux vers le ciel gris et nuageux, malgré le fait que nous étions en plein été. Il ne faisait ni trop chaud, ni trop froid.
Bienvenue en Irlande !
Mick baissa son regard sur nos effets et je remarquai à mon tour que nos tenues avaient changé :
Je portais désormais une robe noire, très droite et coupée au-dessus de mes genoux, avec des bretelles courtes. Par-dessus mon vêtement de soie, j'avais aussi un châle flapper en dentelles délicates. Mes chaussures étaient de belles Salomé noir, par-dessous lesquelles j'avais des collants couleurs chair. Mes très longs cheveux châtains étaient noués en une imposante "Crown Braids", deux tresses positionnées sur ma tête pour former une magnifique couronne. Autour de mon cou, je portais une longue chaîne en argent avec, en son bout, un pendentif en forme de cœur en saphir.
Quant à Mick, il portait un simple, mais beau costume trois pièces façon Peaky Blinders, en tweed à chevrons et carreaux bleu marine et bordeaux. Une cravate écarlate donnait une touche de couleur, avec son mouchoir de poche assortie. Ses pieds chaussaient de parfait Mocassins noirs, et ses cheveux ébène d'ordinaire en bataille étaient désormais parfaitement coiffés et plaqué sur le côté. Sa barbe de trois jours rongeait son visage et ses cernes ternissaient son profond regard aux iris bleu translucide...
Il me fallut un peu de temps pour apprendre à marcher dans ses chaussures, bien trop différentes de mes confortables Converses. Mick me prit par la main pour longer la ruelle dans laquelle nous nous trouvions. Le soleil haut dans le ciel indiquait une heure approximative, donc Mick utilisa sa main de libre pour attraper une belle montre à gousset pendant de son veston, et il vérifia la temporalité exacte :
10h08
Une fois hors de notre ruelle, nous découvrîmes l'effervescence de la ville, un siècle en arrière. Oubliez les voitures et les téléphones portables, ici, il n'y avait que des chevaux, ou des vélos, des femmes élégantes et des hommes en costumes, un chapeau sur la tête et une cigarette à la bouche.
Mick mit quelques minutes à s'habituer, puis il me demanda :
- Hum... Tu sais où nous devons aller ?
Encore perturbé par la vue qui s'offrait à moi, je répondis avec un peu de latence :
- Je ne suis allée à Cork qu'une seule fois, en Juin 2024 et, crois-moi, c'était différent de maintenant... Par logique. Nous devons nous rendre à l'hôtel.
Mick acquiesça et se dirigea vers un groupe de Gentlemen qui souriait et riait fort. Mon mari leur rendit leur sourire, mais avant qu'il ne leur parle, j'ai demandé moi-même la direction vers "The Imperial Hotel". Lorsqu'un des Irlandais nous expliqua le chemin pour nous rendre à l'hôtel, je sentis Mick tressaillir. Pour une raison que j'avais oubliée :
L'accent des gens de Cork.
Si en 2024, j'avais pu comprendre les Irlandais parler, malgré leur accent du sud fort prononcé, ici, c'était encore pire que tout. Mick et moi dûmes nous concentrer pour comprendre toutes les indications.
Nous remerciâmes le groupe et une fois assez éloignée, je chuchotai à Mick :
- Bloody Hell, après ça, je n'aurais aucun problème à comprendre Spencer avec son accent de Donacarney !
Mick sourit en suivant le chemin de l'hôtel.
Néanmoins, je lui jetai quelques coups d'œil inquiet et j'ai soufflé avant de lui avouer :
- Hum... Mick ? J'ai oublié de te dire... Évite de trop parler, si possible.
Il tiqua :
- Quoi ? Pourquoi ?
- Nous sommes en 1922 et les Irlandais sont violemment en guerre contre l'armée Britannique qui veut leur voler leur terre et leur liberté... Et... Même si j'arrive à entendre quelques intonations Irlandaises dans ta voix, tu as un accent Londonien bien trop fort pour cette Ligne Temporelle. Je ne veux qu'il t'arrive quelque chose dans le passé...
Il esquissa un sourire et acquiesça.
.
"They'll never shoot me in my own country."
.
Imperial Hotel, South Mall, Cork,
Dimanche 20 Août 1922 :
C'était un immense bâtiment que je n'avais vu qu'en noir et blanc sur les livres qui parlaient de Michael Collins. Voir l'hôtel en couleur et en vrai rendait l'aventure plus réelle encore. Même Mick semblait subjugué par la beauté de l'établissement. Certes, le côté carré et imposant n'était pas très attrayant, mais l'allure générale avait quelque chose d'incroyable.
Lentement, profitant de la vue, nous nous sommes dirigés vers l'immense entrée jusqu'à la Réception.
Une fois devant la dame qui écrivait dans un épais registre, Mick se tourna vers moi, se rappelant ce que je lui avais dit, je pris donc les devants :
- Hello... Hum... Nous souhaitons nous rendre à la chambre 115.
L'Irlandaise releva son regard et nous sourit, puis montra un ascenseur du doigt.
- Bien sûr. Premier étage, couloir de gauche.
- Merci.
En marchant vers ledit ascenseur, Mick se pencha vers moi pour me chuchoter :
- Chambre 115 ?
- C'est dans cette chambre que Michael Collins a passé sa dernière nuit avant de... Well... Avant de mourir...
L'interface de l'ascenseur était similaire à celle de la Tour de la Terreur, du Hollywood Tower Hotel, ce qui m'amusait et me terrifiait en même temps. Mais, une fois le "ding" retentit, nous nous engouffrâmes dans la cabine de l'angoisse.
Je commençais à trembler d'appréhension. Après toutes ces années de recherches sur Michael Collins, que Litany surnommait "Chouchou", j'allais enfin le rencontrer ! Lui parler. Le voir vivant !
C'était si... Improbable.
La joie se mêlait à la peur.
Il paraît qu'il ne faut jamais rencontrer ses idoles...
Nonobstant ces pensées, une fois au premier étage, Mick me traîna hors de l'ascenseur pour nous diriger vers la chambre 115...
La main tremblante, j'ai toqué à la porte.
.
"The real riches of the Irish nation will be the men and women of the Irish nation."
.
Bien sûr, ce n'était pas "Chouchou" lui-même qui nous ouvrit la porte, il ne pouvait pas se montrer au grand jour sans cesse, à cause des anti-traités.
- Yes ? marmonna l'Irlandais avec un accent atroce.
Mon ventre se tordit, je toussotais avant de dire, la voix tremblante :
- Je souhaite m'entretenir avec... Avec Michael Collins, au sujet d'une chose capitale et importante...
Mon cerveau n'arrivait pas à croire ce que je venais de dire. L'Irlandais me reluqua des pieds à la tête, puis zieuta Mick et railla :
- Vous êtes qui ?
- Des... Amis...
Une voix cria dans la chambre et l'Irlandais en face de nous souffla avant de nous laisser enfin entrer.
Il faisait sombre, les rideaux clos ne laissaient pas la lumière extérieure illuminer la pièce. Des lampes et des ampoules éclairaient l'antre, rempli de fumée de cigarettes.
Et puis... Enfin...
Michael Collins apparut devant moi.
Mon cœur s'arrêta net.
.
"Forgive them."
.
Il était encore plus mignon que sur les photos d'archives. Grand, plus grand que Mick, dans les 1m78. Il portait une tenue militaire kaki, avec un manteau impeccablement bien coupé, de hautes bottes en cuir marron, une ceinture assortie et un pistolet dans son étui. Il avait les cheveux châtains, un peu plus clairs que les miens, des yeux noisette tirant sur le gris, une mâchoire carrée bien rasé et il avait une carrure imposante. Une musculature si construite qu'il semblait encore plus grand qu'il ne l'était vraiment.
Il était penché au-dessus d'une table sur laquelle reposée une immense carte que je reconnus facilement.
Soudain, je me suis rendu compte d'une chose horrible... Michael Collins était plus jeune que moi ! Il est mort à l'âge de 32 ans, alors que j'en avais désormais 34. Sans parler de Mick, à côté de moi, qui venait de faire 40 ans...
Soudain, mon héros s'est tourné vers nous et nous a parlé :
- Est-ce que je vous connais ?
Par logique, c'était la première fois que j'entendais sa voix. C'était une voix qui trahissait le feu, la passion et l'émotion, sans n'être ni trop grave, ni trop profonde. Mais avec un accent très prononcé de la campagne de Cork.
J'ai souri, et j'ai commencé à expliquer :
- Je m'appelle Alisone. Voici mon mari. Je... Je ne saurais comment t'annoncer ce que je dois te dire, mais...
Je me suis mordu la lèvre, avant de reprendre :
- Le meeting avec les anti-traités est un piège. Le mardi 22 Août 1922, vers 20h, ton convoi tout entier tombera dans une embuscade à Béal na mBláth. Tu... Tu vas mourir... D'une balle dans la tête...
J'ai jeté un coup d'œil vers Mick.
C'était d'ailleurs comme ça que Mick était mort. Le 8 Avril 2017, une balle dans l'arrière de son crâne, tiré par Arthur Ketch.
Quelle ironie...
.
Plus personne ne parla.
Un Ange passa.
Un des Irlandais maugréa en direction de son Leader.
- Bullshit ! Ce sont des espions ! Probablement envoyé par De Valera !
Je levai les yeux au plafond :
- Please... Je n'ai rien à voir avec ce crétin d'Éamon De Valera ! Et puis, je fais partie du Sinn Féin.
Pendant que les autres soldats ricanaient en douce, Collins reprit la lecture de sa carte en m'avouant :
- Ils ne me tueront jamais dans mon propre pays.
Je soufflai.
- C'est ce que tu as dit, je sais. Mais... Si, je suis désolée, c'est exactement ce qu'ils vont faire...
Michael tiqua et m'observa un moment. Mon cœur se serra :
- Alisone, nous allons passer par Macroom pour nous rendre à Clonakilty, au retour, nous nous arrêterons à...
- ... Crookstown... coupais-je... Je sais... Mais, ton convoi n'y arrivera jamais.
Un des Irlandais dans la chambre grogna :
- Oi ! Mick ! Pourquoi tu leur dis tout notre plan !?
Je tiquai.
J'avais tellement l'habitude de nommer mon héros "Michael Collins", qu'à chaque fois, je sursautais en entendant son surnom : "Mick".
Mon Mick réagit de la même façon, d'ailleurs.
Le Leader sourit :
- Well... J'ai l'impression qu'Alisone et son mari savent déjà notre plan. Et puis, s'ils disent vrai, mieux vaut qu'ils viennent avec nous.
Je souris à mon tour.
Ignorant si c'était une bonne ou une mauvaise idée de nous retrouver au milieu d'une embuscade, un siècle en arrière...
.
"I tell you this, early this morning I have signed my own death warrant."
.
Imperial Hotel, South Mall, Cork,
Lundi 21 Août 1922 :
Nous avons somnolé dans un coin de la chambre, au milieu de la fumée de cigarette et des Irlandais qui parlaient des jours prochains. Sans savoir qu'aucun ne serait là pour les voir. C'était comme parler aux passagers du Titanic avant la collision avec l'iceberg. Par contre, j'ai dû tempérer les choses lorsque les Irlandais ont entendu mon Mick parler... Avec son accent Londonien. Je comprenais leur peur, mais je suppose que le fait qu'il s'appelle "Mick" comme leur Leader a dû calmer les choses.
Michael Collins passait son temps à écrire des messages codés qu'il envoyait via des espions de son camp pour organiser le rendez-vous du lendemain. Il était toujours très sérieux et minutieux. Pourtant, les fois où il riait, et ça lui arrivait souvent, son rire était contagieux. Il dégageait une aura surnaturelle qui prenait tout le monde dans son Monde. Il était à la fois exubérant et méthodique. Bruyant et organisé. Violent et pacifique. Une énigme comme j'aimais les résoudre.
Quelques bougies vacillantes illuminaient la chambre d'une façon occulte. Les hommes somnolaient, tandis que Michael buvait sa tasse de thé au-dessus de ses cartes et de ses carnets. Contrairement à ses collègues, il ne pouvait plus boire d'alcool. Son stress intense lui provoquait des ulcères terribles, le condamnant à un régime fade, lorsqu'il arrivait à seulement manger.
Mon Mick avait sa tête contre mon épaule, il dormait tandis que je ne pouvais pas quitter l'autre Mick des yeux. J'étais tellement perdue dans mes pensées, sans détourner mon regard, qu'éventuellement, il finit par le remarquer. Sans même tourner sa tête vers moi, Michael Collins me dit :
- Miss Alisone, tu me dévisages depuis un moment. Quelque chose à me dire ?
Je souris.
Sa voix et son accent étaient si étranges, mais si agréables à entendre :
- Désolée. Je veux profiter. Dans mon Monde... Tu es mort demain.
- Je ne vais pas mourir demain.
- Non... Parce que je vais te sauver... Quitte à créer une réalité alternée.
Michael posa son stylo à plume et se tourna enfin vers moi :
- Dis-moi, Alisone... Est-ce que mon Irlande deviendra une République ?
Mon ventre se tordit.
Un voile de tristesse traversa mes yeux. Je crois qu'il a remarqué, mais j'ai répondu, en faisant attention à mes paroles :
- Oui. Je vis dans la République d'Irlande.
"Mais parce que tu es mort pour ça"... gardais-je pour moi.
Il souffla, mais reprit :
- Et le nord ?
Je fermais les yeux, réfléchissant à mes paroles :
- Les Comtés d'Antrim, Armagh, Down, Fermanagh, Londonderry et de Tyrone sont... Sont Britanniques...
Il souffla derechef puis plongea ses yeux dans les miens. Le temps sembla comme s'arrêter, pourtant, il sourit en me demandant :
- Pourquoi es-tu ici, Alisone ?
- Pour te sauver.
Michael secoua la tête.
- Il y a autre chose. Tu as cette flamme, dans les yeux. Ce feu ardent qui te dévore l'estomac, qui te pousse à toujours chercher la vérité et la justice. Je le sais car, je vois ce regard tous les jours... Dans mon miroir.
Ce fut à mon tour de souffler et d'avouer, malgré moi :
- De là où je viens... De quand où je viens... Mon pays est à feu et à sang. L'insécurité rôde à chaque coin et recoin des villes et des villages. Les agresseurs ne sont jamais punis et, pire, les victimes terminent le plus souvent en prison. Ces gens belliqueux ne sont pas arrêtés, ils sont promus pour gouverner à côté du Président. Plus rien n'a de sens. Les horreurs se multiplient. Les gens doivent barricader leurs boutiques à chaque élection par peur des représailles. Parce que, si les horribles gagnent, ils cassent tout. S'ils perdent, ils cassent tout. C'est un combat perdu d'avance contre l'invasion de la violence. La Police n'a rien le droit de faire. Parce qu'ils savent que s'ils défendent les citoyens, ils se feront tuer ou virer. Ou pire : jeter sur la place publique pour être frappé jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les écoles, les églises, les cathédrales, les mairies et les monuments historiques sont tous brûlés, tombés en cendres sous des tornades de flammes que personne n'a le courage de combattre. Si vous combattez, vous êtes traité de Nazis et vos voisins, vos amis et les autres appelleront à la violence contre vous. Vous serez battu sous les yeux des hommes qui pensent être bons. Voici comment est morte la République, sous un tonnerre d'applaudissements.
Michael Collins m'observa un long moment, puis acquiesça :
- Voilà, Alisone. Tu sais pourquoi je dois aller au meeting demain.
Oui... Je le savais. Mais je le refusais quand même.
.
"We fought in a way we had never fought before, and Ireland won a victory she had never won before."
.
Béal na mBláth, Cork,
Mardi 22 Août 1922 :
Après la ville de Rosscarbery, Michael Collins fut mis en garde contre une potentielle embuscade. Bien sûr, je savais pertinemment que l'embuscade, n'était PAS potentielle, mais bien réelle.
Nous étions tous à bord du convoi, au milieu des paysages Irlandais de la campagne. Si pittoresque. Mais, la beauté des lieux ne pourrait sauver l'horreur qui se produirait. Mon Mick à ma droite me jetait des regards paniqués. Il sortit sa montre à gousset de son veston pour me montrer l'heure :
7.30 pm
Bientôt...
Le soleil pâle commençait à disparaître à l'horizon et la plupart des Irlandais se trouvaient déjà au Pub le plus proche. Nous devions faire vite.
Dans une heure, Michael Collins serait mort.
Il se tenait en face de moi, magnifique dans son beau costume militaire. À côté de lui, se trouvait son ami Emmet Dalton. Le chemin tortueux secouait notre véhicule qui bougeait dans tous les sens.
Mon ventre se nouait, mais pas à cause de la route sinueuse.
Non, les minutes défilaient...
7.45 pm
Le convoi s'arrêta net à cause d'un tronc d'arbre nous barrant le chemin.
Mon cœur manqua un battement. Mick me jeta un coup d'œil complice.
Oui, je savais.
Dalton sauta de la voiture au toit ouvert et ordonna au chauffeur de l'aider à bouger l'arbre. Puis...
... Le silence.
Même les oiseaux se turent...
7.50 pm
Dalton courut vers nous à toute allure et il hurla de terreur au chauffeur :
- Drive like Hell !
Le conducteur ne se fit pas prier et appuya sur la pédale, nous scotchant sur nos sièges dans la violence du départ.
- It's time... murmurais-je à mon Mick.
7.55 pm
Le convoi s'arrêta derechef.
En regardant l'heure sur la montre à gousset de Mick, je sus.
J'ai sauté du convoi, en même temps que mon mari, Dalton et Michael Collins.
Un silence total et pesant régnait sur Béal na mBláth. Les Irlandais dans les voitures derrière nous attrapèrent leurs fusils et cherchèrent les anti-traités dans les buissons à l'horizon. Ils ne pouvaient pas les voir, mais je savais qu'ils étaient là.
7.58 pm
Michael Collins se tenait près du véhicule, essayant de cacher son ami Emmet Dalton hors des tirs.
J'attendais...
Quelques minutes...
Puis, lorsque le coup de feu retentit dans le silence du chemin, je me suis jetée sur Michael Collins.
8.00 pm
La balle siffla au-dessus de nous, manquant nos têtes de plusieurs centimètres. Une fois par terre, mon Mick nous aida à nous relever pour nous jeter sur les sièges de notre véhicule. Le chauffeur sauta derrière son volant, Dalton se jeta à l'arrière avec nous et nous reprîmes la route, la mort aux trousses.
Je sentis une secousse faire trembler le sol.
Je sus de suite ce que cela signifiait :
Une nouvelle Ligne Temporelle venait de se créer, un nouvel Univers parallèle, une ligne dans l'Espace-Temps. Une réalité où Michael Collins n'était pas mort.
.
"I am a war man in the day of war, but I am a peace man in the day of peace."
.
Cork,
Mardi 22 Août 1922 :
1.30 am
Nous étions entourés par la nuit noire.
Le trajet du retour se fit dans le silence et la panique.
Seuls Mick et moi étions heureux et tout sourire.
Parce que nous savions.
Mick posa sa main sur la mienne et caressa mes doigts.
Désormais, j'ignorais ce que le futur nous réserverait.
Cette nouvelle Ligne s'écrirait lentement, jour par jour, année par année.
Que deviendrait l'Irlande dans cette nouvelle Ligne ?
Quelles seront les nouvelles actions que Michael Collins ordonnera ?
Vivra-t-il jusqu'à un bel âge ?
Verra-t-il enfin son Irlande devenir une République ?
Regagnerons-nous les six Comtés perdus du nord ?
.
Je ne connaissais aucune réponse à ces questions, car cette réalité était vide.
Une République tombait dans ma Ligne Temporelle, mais j'avais l'occasion d'en créer une belle dans celle-ci.
Avec lui.
Avec Michael Collins.
.
.
"He was an Irish patriot, true and fearless."
.
Il paraît qu'il ne faut jamais rencontrer ses idoles...
Pourtant, je garde un souvenir indélébile de ma rencontre improbable avec Adam Fergus...
J'ai tout écrit d'ailleurs, tellement c'était irréel.
Et beau.
.
26.06/03/07.08.2024.
Copyright © 2024 by Alisone DAVIES – All rights reserved.
