Et me revoilà ! Ce chapitre m'a donné un peu de fil à retordre, c'est un passage assez riche en émotions et j'espère que j'ai réussi à le garder relativement in-character ! J'espère qu'il vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture, et vous remercie d'être au rendez-vous ! :)


Chapitre 703 – Nos passés

Sasuke ne dormit que quelques heures, les yeux fixés sur le dos de son compagnon jusque dans ses rêves. La mine attristée du blond lui apparaissait, sa voix peinée résonnait et venait inonder son monde intérieur, traversé d'ombres bien plus que de douces lueurs. Il s'était levé bien avant le soleil, assis en tailleur près de la fenêtre de leur chambre, gardant toujours un œil sur Naruto.

Ce furent quelques coups contre la porte qui réveillèrent ce dernier. Sasuke récupéra le linge propre qu'une jeune femme s'était chargée de leur apporter, et la remercia brièvement. Il en profita pour se changer immédiatement, revêtant son hakama bleu-gris ainsi que son kimono pourpre avant que Naruto ne se lève.

– Sas'ke… grommela-t-il. T'es déjà prêt à partir ?

Il se frotta les yeux alors qu'il s'asseyait en tailleur.

– Hn, je vais demander à ce qu'on nous apporte un petit-déjeuner. Prépare-toi en attendant.

Ses mots n'appelaient aucune réponse, et Naruto décida de se changer avant d'être interrompu à nouveau par la jeune femme. Il avait l'esprit brumeux ; des chimères l'avaient à nouveau poursuivi toute la nuit. Une sentiment de lourdeur accompagnait chacun de ses gestes, une ombre amère dont il ne parvenait pas à se défaire. L'ombre d'un échec, d'un regret. Le visage de Sasuke, fermé et froid. Et sa propre colère, qui ne redescendait pas. Une incompréhension, une rage sourde le gagnait petit à petit, et il commençait à comprendre qu'il ne pouvait plus simplement la contenir sans rien dire.

Sasuke refit apparition dans la chambre, suivi de près par la jeune femme qui apportait déjà leurs plateaux. Elle les déposa sur la table basse sans un bruit, laissant l'odeur de soupe miso et de poisson grillé envahir la pièce autant que les pensées de ceux qui s'y trouvaient. Ils s'assirent sur les zabuton de couleur vert pâle, saisissant les baguettes en bois déposées face à eux. Sasuke observa le blond un instant, songeant au fait que c'était la première fois qu'il le voyait se servir de baguettes de sa main gauche. Puis il se mit à manger à son tour, sans dire mot. Les shinobi choisirent de se concentrer sur leurs estomacs plutôt que sur leurs émotions, prenant le temps de savourer ce rare festin.


Lorsqu'ils quittèrent le ryokan, Naruto ne put s'empêcher de remarquer que la réceptionniste semblait soulagée, et le « merci » qu'il avait sur le bout des lèvres ne parvint pas à sortir. Sasuke l'énonça pour lui. Le blond, les sourcils froncés, prit les devants et franchit la porte de l'établissement. Sous la lumière du soleil, le paysage de Tsukiyo lui sembla soudain quelconque. Ni les conifères ni les sources d'eau chaude n'avaient perdu de leur splendeur, mais sans les murmures des étoiles et l'éclat de la lune, ce que Naruto et Sasuke gagnaient de secret et d'intemporel se perdait également. Et si les tsukiyo-yaki avaient su ravir ses papilles, il ne pouvait affirmer en revanche que l'attitude des villageois avait su apaiser son cœur.

Sasuke le regardait, imaginant les sourcils froncés du blond. Il n'avait pas hésité à quitter l'établissement, et ne semblait pas enclin à rester une minute de plus au village. Le brun savait cependant que les émotions de son ami n'avaient rien à voir avec Tsukiyo. Sasuke ne savait pas vraiment comment ni pourquoi l'idée de séjourner dans ce village lui était venue à l'esprit – s'il avait pensé à son bien-être ou à celui du blond. L'image de ce joli village paisible lui était revenue en mémoire, et le nom de Tsukiyo avait franchi la barrière de ses lèvres. Ce fut seulement plus tard que les battements de son cœur se firent douloureux.

Alors qu'il suivit Naruto qui franchissait les portes du village, la silhouette de sa mère lui apparut, alors qu'elle-même franchissait ces mêmes portes. Elle portait son yukata préféré, orné de fleurs mauves sur un fond blanc, et maintenu en place par un obi pourpre. Les cheveux attachés en un chignon sophistiqué, elle se retournait vers Sasuke, un doux sourire aux lèvres.

Une goutte de pluie s'écoulant sur son front le ramena à l'instant présent, et il remarqua comme sa respiration était devenue superficielle. Il s'arrêta, posant sa main sur son cœur. Le paysage autour de lui était gris. Il leva lentement la tête vers le ciel. D'épais nuages s'étaient accumulés au-dessus du village. Naruto s'était arrêté lui aussi, et tourné vers son compagnon. Le voyant ainsi, il revint sur ses pas pour s'arrêter à sa hauteur.

– Sasuke ?

Ce dernier baissa la tête, les yeux dans le vide. Le regard de Naruto s'était posé sur la main de Sasuke, couvrant son cœur. Le brun ne bougea pas.

– Est-ce que ça va ?

Sa respiration plus fluide, Sasuke répondit :

– Il pleut.

Naruto arqua un sourcil, dévisageant son ami un instant.

– J'avais remarqué.

Constatant que le brun semblait ailleurs, il ajouta :

– Je pense que l'on devrait aller préparer le camp dans la forêt, on sera plus à l'abri.

Sasuke acquiesça, le suivant alors que le blond marchait à pas rapides vers la masse sombre qui se dessinait à quelques centaines de mètres des portes du village. Les fines gouttes de pluie se transformèrent rapidement en trombes d'eau, et leurs pas se firent plus pressés alors que leurs zōri se gorgeaient d'eau. Les vêtements humides et des mèches blondes lui collant aux tempes, Naruto s'écria à travers le rideau de pluie :

– Ça va pas suffire de se mettre à l'abri d'un arbre !

Sasuke sortit un grand tissu de la manche de son kimono, tandis que Naruto rassemblait quelques longues branches de bois qui lui semblaient solides. Il les planta avec force dans le sol, et le brun vint les draper du tissu beige. Se saisissant de piquets, Sasuke perça quatre coins du tissu pour venir le fixer au sol. Ils s'empressèrent de se glisser sous leur abri, ne les protégeant qu'à moitié de la pluie. Une partie du tissu s'était accumulée au sol, leur permettant de s'asseoir. Le brun soupira.

– On aurait peut-être dû rester à Tsukiyo.

Naruto secoua la tête, un léger sourire sur les lèvres.

– Moi je pense qu'on est mieux ici.

Sasuke le dévisagea. Le blond s'ébouriffa les cheveux, envoyant des gouttes de pluie tout autour de lui. Ses cheveux mouillés se tentaient de miel, se rapprochant de la couleur de sa peau. Ses yeux bleus brillaient dans la pénombre, contrastant avec la grisaille qui avait soudain recouvert le ciel. Sasuke se mordit la lèvre alors qu'il se décida à plonger sa main dans la manche de son kimono à nouveau, pour venir y piocher quelque chose qu'il avait emmené avec lui sans réfléchir. Il ne savait pas pourquoi il avait choisi les barrettes d'Ino au lieu des mille autres choses qui auraient pu lui être utiles en voyage. Il se saisit des deux pinces bleu nuit qu'il avait attachées à l'intérieur de sa manche, et en plaça une entre ses lèvres alors qu'il arrangeait l'autre dans ses cheveux. Naruto assistait au spectacle, muet, les yeux grands ouverts, alors que Sasuke plaçait la seconde barrette entre ses mèches aux reflets bleues, découvrant son front mouillé. Le contraste entre sa pupille gauche, cernée de parme, et sa pupille cernée de blanc se fit alors frappant. Un demi-sourire se dessina sur les lèvres de Naruto alors que son cœur sembla rater un battement.

Les sourcils froncés, Sasuke lui fit à voix basse :

– Je ne t'autorise pas à faire de commentaire.

Le sourire de Naruto se fit plus large alors qu'il s'apprêtait à répondre.

– Moi je m'autorise, fit-il. Je n'ai jamais vu quelqu'un à qui des barrettes allaient aussi bien !

Puis il éclata de rire, défiant le bruit de la pluie qui venait éclabousser leur tente ainsi que la nature alentour. Une fois calmé, il déposa à nouveau les yeux sur le visage de Sasuke, et ne parvint pas à en déchiffrer l'expression. Ses yeux perçants semblaient le traverser et le deviner, et Naruto se sentit soudain exposé. Il s'éclaircit la voix.

– Enfin tu vois bien que c'est pratique, ajouta-t-il.

– Hn, fit le brun avant de détourner le regard.

Ses yeux se tournèrent vers le paysage extérieur, dont les tons verts, gris et marrons semblaient se confondre pour créer une masse uniformément vague autant que fade. Ce paysage lui rappela les nombreux voyages qu'il avait effectué ces dernières années en compagnie d'Orochimaru ou bien de ses cobayes, menant diverses missions toutes plus obscures les unes que les autres. Des missions grises, dont seule la couleur du sang venait trancher avec les tons maussades. Jamais le sien, et jamais de sa propre main – mais présent aux alentours, cet écho toujours plus lourd. Naruto observa une goutte d'eau s'échapper de ses mèches sombres pour venir se briser sur son kimono, noirci par la pluie.

– Tu vas attraper froid, lui fit-il alors.

Sasuke se retourna vers lui.

– Toi aussi, répondit-il après un instant.

Le blond haussa les épaules, n'étant pas certain de la raison pour laquelle cette remarque lui avait traversé l'esprit. Il fronça les sourcils. Sasuke l'observa, se concentra sur la présence de Naruto à ses côtés – sa présence comme seule assurance que cette situation était différente. Son visage n'avait pas tant changé depuis leurs tendres années. Sa mâchoire était désormais plus carrée, et son regard plus dur. Plus dur, ou simplement plus mature. Ses mèches blondes, qui semblaient s'être éclaircies au fil des années, lui tombaient dans les yeux, cachant légèrement leur éclat azuré. Sasuke observa comme l'expression crispée sur le visage de Naruto semblait se renforcer, et constata qu'un pli s'était creusé entre ses sourcils.

– Qu'est-ce que t'as, dobe ?

Naruto ne réagit pas. Il ne semblait pas l'avoir entendu. Il paraissait concentré, ressassant pensées ou souvenirs, essayant d'en démêler le sens et d'en extraire des mots. Des mots prononcés, des mots tus – des mots qui se bousculaient dans sa tête, tant et si bien que son cœur en ressentait les échos.

– Personne ne s'est jamais soucié du fait que j'attrape froid.

Sa voix n'avait été qu'un murmure, et pourtant, elle frappa Sasuke comme une violente bourrasque. Il pouvait sentir le chakra de Kyūbi s'éveiller près de lui, l'agitation monter dans les tripes du blond alors qu'il déposait une main sur son ventre, agrippant et serrant le tissu de son yukata. Ses épaules s'était voûtées, sa posture était fermée. Il l'avait rarement vu ainsi, et le contempla avec précaution.

– Ces derniers jours, je… commença-t-il.

Il retint son souffle un instant. Puis, il laissa une expression teintée de mélancolie se peindre sur son visage alors qu'il soupira longuement.

– Je sais pas, j'ai du mal à vraiment comprendre mais…

Sasuke n'avait aucune idée d'où Naruto voulait en venir mais il le regardait patiemment. Sa colère semblait être retombée, domptée par l'amertume.

– Je veux dire, tu sais… mes cauchemars ?

Le blond releva les yeux vers Sasuke. Ce dernier hocha la tête, le regard impassible.

– Je viens juste de penser que… je viens juste de me rendre compte que plus je passe de temps en dehors de Konoha, plus je suis en colère.

Il laissa à nouveau ses yeux retomber vers le sol mouillé par la pluie, aussi flou que les pensées qu'il tâchait d'éviter. Mais ce flou n'était qu'illusion, et Naruto ne pouvait plus se le cacher. Il fronça à nouveau les sourcils.

– Je ne veux pas, reprit-il, je ne veux pas haïr Konoha ou qui que ce soit.

Sa voix était rauque et douce, ruisselante de vulnérabilité et Sasuke n'y était pas habitué. Naruto était toujours si sûr, si déterminé et Sasuke savait que ce n'était qu'une carapace, il le savait, mais la douleur et la détresse gravées si vivement dans ses yeux bleus qui vinrent chercher les siens à nouveau le prirent de court.

– Peut-être que c'est ça le problème, Naruto.

Son ton était plus sec qu'il ne l'avait voulu.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Naruto ne semblait pas s'en être offusqué – peut-être ne l'avait-il même pas remarqué. Sasuke sentit son cœur se serrer.

– Tu t'es donné tant de mal à essayer de supprimer cette haine en toi. Tu as tellement essayé de te convaincre que tu ne devrais pas ressentir ce genre de choses, que tu devrais juste sourire et porter le poids du monde sur tes épaules, fit Sasuke d'une voix qu'il voulait douce mais qu'il sentait venimeuse, mais qui est-ce qui porte ton poids ?

Il s'arrêta un instant, fixant ses yeux fermement dans ceux du blond.

– Qui à Konoha a partagé ta souffrance ?

Il reprit sa respiration alors que Naruto n'était que silence.

– Personne, et tu le sais. Ça a toujours été seulement toi et moi.

Sasuke déglutit alors que l'animosité dans son regard perdait en intensité.

– Et une partie de toi persiste à les détester pour t'avoir traité comme un moins que rien pendant beaucoup trop longtemps. Et maintenant ça refait surface, et les années que tu as passées à l'ignorer n'aident pas.

Naruto laissa son regard posé sur le visage de Sasuke pendant de longues minutes, alors même que les traits de son compagnon lui apparurent de moins en moins précis. Il ne répondit rien. Il n'avait rien à répondre. Sasuke avait mis des mots clairs sur ce que Naruto se tuait à garder dans l'ombre. Des mots si clairs, que personne d'autre n'aurait sorti de la brume.

– J'imagine que j'ai besoin de temps, fit alors Naruto d'une voix rauque.

Sasuke se tourna vers lui.

– De temps, de calme… d'honnêteté.

Naruto gardait les yeux rivés sur le sol.

– Tu n'as pas vraiment été aidé, par un village qui t'a menti toute ta vie.

L'amertume dans ses mots lui causa un pincement au cœur, mais Naruto ne dit rien.

– Mieux vaut être dans le déni qu'être seul, apparemment, fit-il dans un murmure.

Sasuke tourna son regard vers le ciel. S'il avait souffert de la solitude, il l'avait pour autant toujours préférée aux mensonges.

– Aucun intérêt à vivre dans le déni. Les illusions ne se transforment pas en réalités, autant que tu puisses le souhaiter – elles ne font que t'attirer vers leurs abysses, te plongeant dans toujours plus de mensonges et abîmant tout ce qui t'entoure par la même occasion.

Ses mots avaient été fermes, n'appelant aucune réponse. Naruto le regardait le cœur serré.

– Konoha a pourri jusqu'à sa racine à cause de tous ces mensonges – et son Hokage précédent le représente parfaitement.

Naruto sentit sa respiration s'accélérer, alors même qu'il ne pouvait que le lui concéder.

– Ils n'étaient pas tous comme ça, fit-il à voix basse.

– Danzō était le pire d'entre eux, je te l'accorde, répondit Sasuke, incisif.

Naruto se retourna vivement vers lui :

– Tu parles d'eux comme s'ils étaient tous des ordures !

Sasuke fronça les sourcils, gardant un air détaché. Le visage souriant de Minato lui revint en mémoire.

– Ton père a beau avoir agi en tant qu'héros, ça ne l'a pas –

Naruto vit rouge et le coupa :

– Il n'a pas eu le temps, Sasuke !

– Ça ne l'a pas empêché de sceller Kyūbi dans son propre fils, finit Sasuke.

Le blond ressentit un coup en plein cœur, et son visage se défit entre rage et douleur.

– C'est comme ça qu'il a sauvé Konoha !

– Et c'est comme ça qu'il a ruiné ton enfance.

Naruto se leva d'un bond, ses yeux prenant des couleurs orangées. Il renversa la tente dans son mouvement brusque, mais n'y prêta pas attention. Laissant un rideau de pluie s'abattre sur Sasuke, il s'exclama :

– Ça n'a jamais été son souhait, et tu le sais très bien ! Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Sasuke ? Que personne ne m'a jamais aimé, et que j'ai été véritablement seul dès le premier jour, abandonné par un père qui m'a maudit à ma naissance –

– Tu vaux mieux que ça, Naruto ! Tu as toujours valu mieux que ça ! Tu mérites mieux que tous ces mensonges dans lesquels tu continues de te complaire, tu mérites mieux que des Jiraiya ou des Kakashi alors tu devrais peut-être songer à arrêter de les idéaliser !

Il s'arrêta un instant, reprenant son souffle alors que sa voix s'était faite plus grave.

– Grandis, Naruto, tu n'as pas besoin d'eux, tu n'as plus besoin d'eux !

Il déglutit, ses yeux s'adoucissant alors que Naruto semblait au bord des larmes, le visage toujours déformé par la colère. Sasuke soupira.

– Tu mérites tellement mieux que ça, souffla-t-il.

Le blond sentait des sentiments contradictoires bouillonner en lui, des pensées déconnectées bourdonner à ses oreilles. Il se rappelait comme le résultat de son combat avec Pain lui avait laissé un goût amer, il s'en rappelait comme si c'était hier, soudainement acclamé par la population entière – mais il n'avait pas la force de Sasuke, cette capacité à rester toujours honnête et fidèle à ses émotions, à s'opposer au monde entier si personne n'était de son côté. La peur continuait de le ronger, du plus profond de ses tripes.

– Tu es pourtant si doué, reprit Sasuke, quand il s'agit de croire en mon importance. D'y croire et de la défendre.

Mais Naruto ne sembla pas l'entendre. Sans plus réfléchir, il s'éloigna du camp pour s'enfoncer dans les bois. Son yukata qui avait à peine commencé à sécher se retrouva à nouveau trempé. Ses cheveux lui collèrent au front, à la nuque, et son corps frissonna mais il l'ignora. Il poursuivit son chemin, ses pas rapides, solides, violents. Il s'arrêta pour frapper du poing contre un tronc qui se fissura, et il laissa enfin un cri lui échapper alors qu'il s'était largement éloigné. Une image de lui-même lui revint en mémoire alors qu'il se laissait tomber contre le tronc d'arbre qu'il venait de marquer. Assis au sol, il repensa à son entraînement avec Bee. Il se souvint de ces quelques journées intenses durant lesquelles avait fait surface la partie sombre qui sommeillait en lui, cette partie haineuse et désavouée qu'il avait rencontrée et, soi-disant, acceptée. Il le savait. Il le savait, pourtant. Mais il n'avait pas envie de le savoir. Il n'avait pas envie de se confronter à cette dissonance. Parce-que s'il était honnête avec lui-même, s'il reconnaissait l'abandon grotesque et l'aliénation cruelle dont il avait souffert durant toute son enfance, s'il mettait des mots sur cette réalité qui ne cessait jamais d'être douloureuse, s'il acceptait véritablement cette part d'ombre qui sommeillait en lui – alors comment pourrait-il pardonner ? Comment pourrait-il dire, « je vais devenir Hokage » ?

Il enfouit son visage dans sa main, se cachant du paysage qui l'entourait aussi bien que des images qui le hantaient. Ses cauchemars ne reflétaient que la réalité d'une nation en guerre d'une nation qui avait décidé de faire la guerre. Cette guerre qu'il venait de vivre, elle n'était pas tombée sur Konoha comme une goutte de pluie aurait éclaboussé un innocent scarabée – cette guerre avait été provoquée par ces grandes nations, et la responsabilité de Konoha n'était que trop palpable.

La pluie se mélangea à ses larmes un instant, et Naruto songea à simplement s'enfuir. Il n'était pas du genre à fuir, mais la peine qu'il avait accumulée au fil des années sans jamais lui laisser la possibilité de s'exprimer lui sembla soudain bien trop grande, et Sasuke en était la preuve vivante. Cette peine qu'il taisait reflétait celle de son ami qu'il n'imaginait que plus vaste encore et plonger ses yeux dans ceux du brun lui semblait maintenant impossible.


L'eau ruisselait le long des feuilles verdoyantes d'un bambou avant que quelques gouttes ne se déposent au sol, une à une. La pluie s'était calmée, mais pas Naruto. Assis contre la cime de l'arbre, il n'avait pas bougé depuis des heures. Ce fut un bruit dans les buissons à ses côtés qui lui fit tourner la tête. Il crut apercevoir un lapin blanc sautiller et s'enfuir. Suivant son ombre des yeux, Naruto sortit de ses pensées un instant, et remarqua comme la nuit s'apprêtait à tomber. Son estomac grondait, sa gorge était sèche. Il se leva, les jambes lourdes, et contempla le ciel un instant. Ses vêtements étaient gorgés d'eau, ses cheveux lourds mais son cœur semblait un brin plus léger.

Il ne peina pas à retrouver le chemin qu'il avait emprunté, guidé par la lumière d'un feu auprès duquel il savait Sasuke. Le blond s'approcha lentement, inspirant longuement. Il passa sa main sur son visage, se frotta les yeux. Il s'ébouriffa les cheveux, secouant les dernières gouttes qui continuaient de lui glisser sur le visage, avant de rejoindre la tente, remise sur pieds par le brun. Il se planta face à lui, le fantôme d'un sourire sur les lèvres.

– Hey, lui fit-il. Désolé d'avoir défait la tente.

Le brun secoua la tête en signe en signe de négation, et se déplaça pour faire de la place à Naruto. Alors que ce dernier s'assit à ses côtés, il lui tendit des baies et kakis qu'il avait cueillis entre temps. Naruto les accepta avec gratitude, et les engloutit rapidement. Il avait besoin d'eau, de poisson et de riz mais cela lui suffirait pour l'instant.

Sasuke songea un instant, se dit qu'il avait peut-être été trop direct avec le blond. C'était en réalité tout ce qui lui avait occupé l'esprit durant ces dernières heures. Il s'apprêta à parler mais il se ravisa.

– Je sais bien que Konoha nous a trahi.

Sasuke tourna son regard vers son compagnon.

– Mais sans Konoha, reprit-il, sans ce village… il s'arrêta, baissant les yeux.

– Tu n'es pas seul, Naruto, fit Sasuke après un instant.

Il réfléchit à ces mots, à son passé, mais n'avait pas envie de se replonger dans tant de souvenirs et de se torturer l'esprit. Une boule dans sa gorge l'empêchait de se concentrer sur quoi que ce soit. Il avait besoin de s'en défaire.

– J'ai été accueilli en héros après mon combat contre Pain. Tout le monde était là, à m'acclamer, me sourire, Sakura-chan et le village entier… il s'éclaircit la voix. C'était tout ce dont j'avais toujours rêvé. Le village reconnaissant ma valeur, Sakura-chan qui…

Il s'arrêta. Sasuke l'écoutait attentivement, ne pouvant qu'imaginer la scène dans son esprit. A l'époque où Pain attaquait Konoha, Sasuke venait de rejoindre l'Akatsuki avec Suigetsu, Karin et Jūgo. Il était à mille lieues d'imaginer le combat que menait Naruto dans leur village natal. A cette pensée, Sasuke ne put empêcher une étincelle de fierté de venir réchauffer son cœur. Le ninja le plus doué du village, le seul en mesure de sauver Konoha, avait évidemment été Naruto.

– Et pourtant, reprit Naruto, ça ne m'a pas vraiment rendu heureux. Evidemment j'étais soulagé – mais je veux dire, il manquait quelque chose. J'avais beau avoir le village entier à mes pieds, le rôle de héros dont j'avais toujours rêvé, pourtant… le tableau n'était pas complet.

Sasuke détourna le regard.

– Et puis quelque part, je décelais bien comme ces sourires et ces mots sonnaient faux. Peut-être étaient-ils sincères, certains d'entre eux au moins, mais comment pourrais-je y croire après tant d'années passées dans l'ombre des habitants du village ?

Sa voix se fana alors que son regard se flouta, fixé sur un point flottant à l'horizon. Il n'ajouta rien, et Sasuke non plus. Le brun savait qu'aucun mot ne pourrait apaiser sa peine, à part ceux qu'il venait enfin de prononcer.

– Cela dit, fit le blond, je ne regrette rien.

Un semblant de sourire se dessina sur ses lèvres.

– C'était l'occasion de rencontrer mon père, alors…

Il laissa un silence s'installer entre eux un instant.

– Et crois-le ou non, mon premier instinct a été le même que le tien.

Se tournant vers le brun, il se décida à fixer ses yeux dans les siens. Sasuke laissa un léger sourire danser sur ses lèvres à son tour.

– Il devait attendre ce moment depuis longtemps.

Naruto acquiesça.

– Est-ce que tu as aussi…

Sasuke s'interrompit. Il n'était pas sûr de comment formuler sa question, incertain de ce qu'elle pourrait provoquer en Naruto.

– Est-ce que j'ai aussi rencontré ma mère ?

Naruto la formula pour lui. Après un instant, il hocha la tête.

– Ma mère et ses splendides cheveux roux…

Le blond sourit plus franchement, et ajouta :

– Ce qui va assez bien avec son caractère.

– Energétique ?

– C'est une manière de voir les choses, oui.

– Toi, en femme aux cheveux roux, donc.

Naruto laissa un rire lui échapper.

– A quelque chose près, hm…

Un silence s'installa tandis que le blond laissait ses souvenirs l'envahir. Il n'en avait que très peu de ses parents, mais il les chérissait d'autant plus, apaisé à la pensée que Minato et Kushina avaient toujours attendu de pouvoir le rencontrer. S'il avait su – si seulement il avait su dès sa plus tendre enfance, peut-être aurait-il moins souffert ? peut-être aurait-il trouvé du réconfort en imaginant leurs sourires et leur tendresse ?

– J'aimerais vraiment en savoir plus sur le clan Uzumaki.

Il décida de couper court à ses pensées, sachant qu'elles ne le mèneraient nulle part. Sasuke serra son kimono contre lui, l'écoutant attentivement.

– La rencontrer, tu sais, elle qui était aussi une jinchūriki, amenée de force à Konoha uniquement dans ce but … ça m'a interrogé sur l'histoire de mon propre clan. Après tout, historiquement, mes origines ne sont pas complètement à Konoha… elle a été la première à me l'apprendre.

Sasuke se mordit la lèvre.

– Je pense que j'aurais eu le droit de savoir…

– Ce n'est pas un droit, Naruto, mais un devoir. Le village avait le devoir de t'informer au sujet de ton identité, fit-il sur un ton ferme.

Naruto releva les yeux vers lui, et Sasuke soupira.

– Je parais peut-être dur avec le village, mais je le suis avec mon propre clan également.

Un éclair de curiosité traversa les iris de Naruto, et son attention se fit plus précise.

– Je n'avais pas à me retrouver dans cette situation non plus, dit-il. Tous ces sacrifices…

Il ajouta d'une petite voix :

– L'amour n'a pourtant pas à être un sacrifice…

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Sasuke avait semblé parler pour lui-même, mais la question lui échappa avant que Naruto n'y réfléchisse.

– Je veux dire, Naruto, que ni toi ni moi n'avons à nous sacrifier pour le village ou pour qui que ce soit.

Naruto baissa le regard.

– C'est juste inscrit en nous, depuis le jour où nous sommes nés dans ce village. Tu as appris – tardivement – comme tes parents s'étaient sacrifiés pour toi, non ?

Naruto acquiesça. Il se remémora alors comme Hinata s'était élancée sur le champ de bataille lors de son combat contre Pain.

– Hinata, aussi.

Sasuke arqua un sourcil.

– Hinata, tu vois qui c'est ?

– Hn.

– Elle s'est jetée entre Pain et moi lors de notre combat. J'avais demandé aux habitants du village de rester en retrait, mais elle est arrivée, d'un coup. Prête à se sacrifier. Pour moi.

Sasuke prit son visage dans sa main.

– Je doute qu'elle ait pu t'aider à affronter un membre de l'Akatsuki…

Naruto haussa les épaules.

– Tu vois, c'est exactement ce dont je te parle. Moi aussi, c'est comme ça que j'ai grandi. Itachi, mes parents, ils se sont tous sacrifiés pour moi. Mais cela n'avait pas à être ainsi.

Naruto le regarda, la mine perplexe.

– Tu dis ça, mais durant la mission au pays des vagues…

Sasuke ne répondit d'abord pas, son regard fermement ancré dans celui du blond.

– J'avais douze ans. Je ne voulais juste pas… son regard tressaillit. Je n'étais pas un adulte censé m'occuper de mes gosses, c'est différent. Et qu'est-ce que j'avais à perdre, exactement ?

Naruto déglutit, et détourna le regard. Il pouvait le lire. Il pouvait lire dans le cœur du brun, lire comme il criait que le blond était tout ce qu'il avait à perdre. Naruto fronça les sourcils et chercha à fixer ses yeux quelque part à l'horizon, mais ne trouva aucun point d'ancrage. La nuit les enveloppait alors qu'étoiles et constellations se faisaient apparentes dans le ciel. Sasuke leva les yeux vers elles.

– J'ai choisi de protéger Konoha, et je l'ai fait. Parce-que nous étions les seuls à pouvoir le faire. Mais je n'ai pas envie de sacrifier ma vie pour le village.

Il dirigea à nouveau son regard vers le blond.

– Je suis las des sacrifices. Las des ombres qui me suivent partout.

Sasuke laissa passer un instant, inspirant calmement. Ses yeux ne trahissaient aucune émotion. Le vent se leva autour d'eux et vint entrouvrir légèrement son kimono, révélant des frissons courant sur ses clavicules. Naruto laissa son regard s'attarder sur sa peau pâle, voulut lui demander s'il avait froid, mais ne trouva pas le moment opportun.

– Je ne souhaite pas détruire ce que mon frère a mis tant d'efforts à protéger, mais ce n'est pas mon rôle de continuer à défendre un village qui nous a si naturellement rejetés.

Naruto acquiesça, lentement. Il hésitait à parler d'Itachi, savait comme Sasuke devait avoir des sentiments contradictoires et complexes à son égard. Après tout, il l'avait brisé. Brisé toute conception qu'il avait de l'amour. Naruto, souvent, avait été surpris de la tendance de Sasuke à lui demander pourquoi il allait à de telles extrémités pour lui. L'éclat dans ses yeux lorsqu'il lui répondait qu'il était son ami ne fanait jamais – c'était l'évidence même pour Naruto, mais un nouveau choc pour Sasuke. Et si Naruto par le passé s'était demandé pourquoi il avait besoin de se répéter, pourquoi Sasuke ne semblait pas lui faire confiance, il avait néanmoins décidé qu'il itérerait cette vérité tous les jours, des centaines de fois par jour si nécessaire, si Sasuke avait besoin de l'entendre.

– Merci, Sas'ke.

Le brun se tourna vers lui, un sourcil arqué. Naruto lui souriait. Il resta à le contempler un instant, sentant son cœur se réchauffer inévitablement.

– Est-ce que ça te dirait d'aller chercher un endroit où manger ? demanda le blond. C'est que j'ai vraiment faim, depuis tout à l'heure…

Une main sur son ventre, il s'apprêtait à se lever. Sasuke acquiesça, et ils entreprirent de défaire la tente qui les avait protégé de la pluie.


Il leur fallu marcher plusieurs kilomètres avant de tomber sur une petite échoppe, marche qui ne fit qu'accentuer la faim que ressentait Naruto. Ils s'y engouffrèrent immédiatement, attirés par l'odeur de miso et de navet qui s'élevait dans les airs alentour. C'était une échoppe ambulante, et ils étaient les seuls clients ce soir-là. Naruto se sentit prêt à quitter les lieux après avoir englouti trois bols de rāmen, tandis que Sasuke finissait seulement son premier.

– On peut rester plus longtemps, si tu veux !

– Ça va, Naruto.

– T'es sûr ? Tu n'as mangé qu'un bol…

– On n'est pas tous des goinfres, tu sais.

Naruto croisa les bras sur sa poitrine.

– En attendant si t'as faim plus tard, eh bien ce sera trop tard !

Sasuke soupira.

– On y va.

Il régla l'addition et se faufila hors de l'échoppe, jaugeant le terrain qui les entourait. Il entendit le blond lancer un sonore « merci pour le repas » à la cheffe, puis sortir à sa suite.

– Tiens, fit Naruto qui lui tendait quelques pièces de monnaie.

– C'est bon, répondit le brun, tu paieras une autre fois.

Le blond haussa les épaules.

– Merci, Sas'ke.

C'était la deuxième fois qu'il lui disait merci en quelques heures, et Sasuke pensa au fait qu'ils voyageaient ensemble depuis maintenant plusieurs jours. Malgré les nombreuses missions qu'ils avaient accompli en équipe par le passé, ils n'avaient jamais voyagé à deux. En même temps, cela aurait peut-être été de la folie – Kakashi et Sakura les avaient sûrement empêché de s'entretuer à plusieurs reprises. Pour autant, Sasuke fut forcé de constater comme à présent, leur absence était rafraichissante. Il ne savait pas si elle l'était pour Naruto également, mais il savait qu'au lieu d'être avec Kakashi et Sakura, Naruto choisissait d'être avec lui. Un à-coup dans sa poitrine le surprit, et il fit d'un ton neutre :

– Je suggère que l'on marche encore quelques kilomètres avant d'établir le camp pour la nuit. Le pays des vagues est dans cette direction, ce serait bien qu'on se rapproche pour de bon.

Naruto acquiesça alors que Sasuke désignait une direction au sud-est. Il s'était déjà mis en route sur le chemin de terre, le pas rapide. Ce n'était guère qu'une impression, une sensation – mais alors que la lune éclairait les traits de son visage et embrasait l'éclat dans ses yeux, il se sentit mis à nu, ses pensées révélées par l'astre brillant haut dans le ciel. Il continua sa marche sans se retourner.


Le lendemain matin, Naruto fut réveillé par un faucon qui semblait déterminé à le tirer des limbes du sommeil à tout prix. Tandis qu'il se débattait, yeux mi-clos et mots inaudibles, Sasuke observait le spectacle. Le brun était réveillé depuis plusieurs heures déjà.

– Ah ! Qu'est-ce que –

Naruto finit par s'asseoir, les cheveux dans tous les sens et son yukata dévalant le long de son bras gauche. Le faucon lui remit la lettre qu'il tenait entre ses pattes, et immédiatement le visage de Naruto s'éclaircit.

– Oh, j'ai reçu une lettre, fit-il.

– Hn, fit Sasuke.

– Evidemment je doute que ça t'intéresse, fit Naruto qui s'empressa d'ouvrir l'enveloppe, vu la manière dont tu t'es contenté de me regarder souffrir face à ce piaf.

Il ne leva même pas les yeux vers lui, trop occupé à déchiffrer le courrier qui lui avait été adressé.

– Vraiment Sasuke, bonjour l'esprit d'équipe, tu aurais quand même pu au moins faire semblant de m'aider – oh !

Il leva finalement les yeux vers Sasuke qui continuait de le contempler en silence, un sourire imperceptible sur le visage. Caché par l'ombre du majestueux pin contre lequel il était adossé, Sasuke se reposait alors que seul son rinnegan rayonnait, scintillement violet.

– C'est Tsunade-baachan, elle demande de nos nouvelles, et voulait m'informer du fait que Gaara serait bientôt en déplacement à Konoha. Il prend le bateau de Kiri vers le pays du feu demain – on sera au port au même moment !

Sasuke n'eut aucune réaction.

– Décidément, Naruto soupira, je ne sais pas ce qu'il te faut…

Le blond se leva, époussetant son yukata et le remettant en place de sa main gauche. Il se décida à aller pêcher, ne demandant pas son avis à Sasuke. Le temps était beaucoup plus clément que la veille, et Naruto, qui devait bien avouer qu'il laissait la partie géographie à Sasuke, se sentait confiant – ils pourraient probablement être au port du pays du feu le lendemain. Son enthousiasme aidant, le blond attrapa deux jeunes truites qu'il s'empressa de montrer à son compagnon.

– Je te préviens, si t'en veux une, il va falloir au moins me parler, Sasuke.

Il s'occupa de préparer un feu avec quelques branches épaisses qu'il avait ramassées, et Sasuke exécuta une technique katon pour lui donner vie.

– Mh, d'accord, ça marche aussi.

Le brun n'avait pas bougé. Naruto le contempla un instant, s'interrogeant sur son mutisme. Sasuke n'était pas de nature bavarde, et Naruto avait remarqué comme il l'était encore moins le matin – ses nuits étaient toujours très courtes. Il lui tendit une brochette lorsqu'elle fut prête, et défit le haut de son yukata avant de s'emparer de la sienne. La pêche matinale tout comme la proximité du feu lui avaient donné chaud.

– Je disais, donc, Naruto s'éclaircit la voix, je prévois d'attendre Gaara demain.

– Hn, fut la réponse de Sasuke.

– Qu'est-ce que t'en penses ?

Naruto s'arrêta de manger, l'air sérieux. Le brun haussa les épaules.

– Tu vois bien qui tu veux.

Naruto fronça les sourcils, oubliant sa brochette un instant.

– Tu ne veux pas le voir ?

Le rictus qui apparut sur les lèvres du brun ne plut guère à Naruto, qui décela une once de dédain dans son regard sombre.

– A quoi tu t'attendais ? tu crois vraiment que Gaara a envie de me revoir après mon irruption au sommet des Kage ?

Par réflexe, Naruto s'apprêta à croiser les bras. Il laissa son bras gauche se déposer sur son ventre, tentant de se mêler au droit, en vain. Les yeux fixés sur sa main, il laissa échapper dans un murmure :

– Gaara, c'est différent… il comprendrait sûrement…

A peine ces mots prononcés, il se rappela leur échange sur le chemin vers le sommet, dans la neige et la grisaille. Naruto avait cru ne pas survivre à l'angoisse qui l'avait assailli alors que des nouvelles de Sasuke lui étaient parvenues. Puis Gaara avait interrogé sa résolution en tant que futur Hokage, et Naruto l'avait simplement envoyé valser.

– Je partirai au pays des vagues en premier.

Le brun jeta son pic à brochette au feu, et se leva, enfilant ses zōri rapidement. Naruto sentit quelque chose le tirailler, et sa respiration s'accélérer.

– Tu lui as sauvé la vie, à lui aussi…

Sasuke se tourna vers lui et tonna :

– Naruto, je n'ai pas envie de rencontrer de Kage, qu'importe que ce soit Gaara ou un autre.

Puis il s'éclipsa au loin, closant la conversation. Le blond jeta son pic à son tour, et prit son visage dans sa main. Il ne pouvait empêcher une pointe d'injustice de venir lui chatouiller les tripes, mais même si Gaara était prêt à le remercier – Sasuke n'avait simplement pas envie de le rencontrer. Pas lui ni aucun autre Kage. Naruto se demanda comment il l'accepterait si lui-même devenait Hokage. Seulement, la pensée de son vieil objectif ne remua rien en lui. Naruto se rendit compte que le titre de Hokage ne lui inspirait plus ce qu'il lui avait toujours inspiré. D'habitude, Naruto aurait cherché à chasser cette étrange sensation – qui était-il, sans ce titre au bout du chemin ? Mais cette fois-ci, il se contenta de respirer calmement. Naruto était Naruto, et son nom n'avait pas à être accroché à quelque titre que ce soit. Il commençait seulement à s'en rendre compte. Naruto était – il était, et il n'avait pas besoin d'être plus.


N'hésitez pas à partager vos ressentis et me dire ce que vous pensez de ce chapitre ! Sur ce, le prochain chapitre nous réserve un peu plus d'action - il est temps de se rapprocher du pays des vagues, et de se concentrer sur le présent !