Wow comment j'ai galéré à écrire ce chapitre haha ! J'ai eu une petite perte de motivation en réalisant que je n'en étais qu'à la moitié de l'histoire, et ce chapitre était aussi un peu en challenge en termes de contenu. Cependant il est écrit, et j'en suis assez contente ! J'espère qu'il vous plaira, et je vous remercie de continuer à suivre cette histoire ! Bonne lecture :)
Chapitre 706 - Uzumaki
Naruto avait les yeux rivés sur le jardin, la rosée du matin semblant l'enchanter loin de sa présente situation. Sasuke était assis à côté de lui, répondant aux questions d'Inari sur leur voyage, sur leur arrivée, sur leur nuit passée. Naruto se leva brusquement, se dirigeant vers la cuisine pour aider Tsunami à laver la vaisselle. Sasuke enregistra ses mouvements sans se détourner. Il avait rejoint la cuisine à son tour quand Naruto se décida à revenir près d'Inari, lui annonçant d'une voix déterminée qu'ils aideraient sur le chantier aujourd'hui.
– Si vous y tenez, ça motivera sûrement l'équipe de vous avoir parmi nous !
Inari lâcha un rire et s'aventura dehors le premier. Naruto sourit à son ombre. Puis, inspirant profondément, il se retourna vers Sasuke.
– Ça te va ?
Le brun acquiesça. Il se rapprocha, effleurant Naruto alors qu'il s'élançait à la suite d'Inari. Naruto le suivit, maintenant entre eux une distance dont il n'avait pas conscience.
Sasuke fut surpris par le froid qui l'enveloppa dès qu'il franchit le seuil de la porte. Il se réchauffa sur le chemin, marchant rapidement près d'Inari. Une courte marcha leur suffit à rejoindre le chantier, où les travailleurs se trouvaient déjà. L'atmosphère se fit d'autant plus chaleureuse et joyeuse alors que les silhouettes des deux shinobi se découvraient aux yeux des habitants. Sans surprise, ils étaient au courant de leur présence – ils ne s'encombrèrent cependant ni des manières auxquelles s'était habitué Naruto, ni des regards condescendants que Sasuke rencontrait trop souvent. Ils les saluèrent avec reconnaissance et reprirent leur travail. Sans même s'en rendre compte, Naruto et Sasuke échangèrent un regard – celui-ci trahissant le soulagement du blond.
Inari se chargea de leur présenter les lieux, et brandit avec fierté l'album qu'il gardait précieusement rangé dans un tiroir. Naruto s'approcha avec enthousiasme :
– Le fameux ! s'exclama-t-il.
Inari hocha la tête et ouvrit l'album.
– C'était pas gagné, rit-il en leur montrant la première photo des lieux.
Le bâtiment était en piteux état – à l'abandon, prêt à tomber en ruines à n'importe quel moment. Naruto et Sasuke furent épatés des progrès déjà évidents, et d'autant plus motivés à apporter leur aide. Inari leur confia différentes taches, et Naruto se fit une joie de discuter avec chaque personne qu'il rencontrait. Il semblait être dans son élément naturel – pas le moins du monde perturbé par la nouveauté de tout ce qui l'entourait – et s'habitua facilement au rythme de travail. Sasuke resta plus en retrait, concentré sur des taches manuelles auxquelles il n'était pas habitué. Il mesurait une planche quand une voix l'interrompit :
– Tiens, ça t'aidera à mesurer plus précisément !
Il se retourna pour découvrir le visage souriant d'une jeune fille, un accessoire en main qu'il n'avait peut-être jamais vu jusqu'alors.
– Je te montre.
Sans plus de cérémonie, elle s'approcha et entreprit sa démonstration – Sasuke était cependant plus concentré sur la facilité déconcertante avec laquelle elle l'avait approché que sur la technique qu'elle tentait de lui apprendre. Elle lui lança un grand sourire et lui rendit sa place.
– Merci, fit-il.
Elle hocha la tête, restant près de lui.
– Je m'appelle Kotome. Tu es Sasuke, c'est ça ?
Sa spontanéité le prit de court, et il la regarda enrouler distraitement une mèche de ses cheveux flamboyants autour de son index un instant. Il lança un regard en direction de Naruto plus loin, et sourit à son tour.
– Enchanté.
Ses longs cheveux roux étaient retenus par un bandeau, laissant à découvert sa peau hâlée et ses nombreuses taches de rousseur. Ses grands yeux verts le regardaient sans tressaillir, leur étincelle vigoureuse et déterminée se communiquant à Sasuke. Elle lui rappela le blond lors de leurs premières missions, lorsqu'eux-mêmes étaient de jeunes adolescents.
– Tes cheveux te tombent dans les yeux, remarqua-t-elle.
Son ton était amusé alors qu'elle observait le visage du brun, son regard aux couleurs dépareillées. Sasuke saisit les barrettes d'Ino enfouies dans sa manche, et vint glisser ses mèches rebelles entre le bleu nuit des accessoires.
– C'est mieux comme ça ?
– On dirait que ces barrettes ont été faites pour toi !
– Hn, fit Sasuke en se détournant.
– Merci d'aider sur le chantier, fit Kotome alors qu'elle se remit à mesurer des planches.
Sasuke ne répondit d'abord pas. Il se décida cependant à poursuivre :
– Tu travailles régulièrement ici ?
– Au moins une ou deux fois par semaine, acquiesça-t-elle. Je vais à l'école le reste du temps.
– A l'école, répéta-t-il.
– Oui, fit-elle sans le regarder.
Elle sembla se rendre compte de sa confusion et se retourna vers lui.
– Ah, j'oubliais que nos systèmes doivent être différents. Ici, au pays des vagues, nous n'avons pas de village caché après tout – ainsi nous n'avons pas d'académie ninja. Les jeunes du village étudient en général jusqu'à quinze ans, à l'école.
Il acquiesça. Sa curiosité piquée, il poursuivit :
– Et qu'étudies-tu ?
– Oh, beaucoup de choses. Jusqu'à douze ans, nous étudions tous la même chose : l'histoire et la politique des cinq grand pays, mais aussi l'histoire des autres pays. Je pense que c'est la principale différence avec l'académie ninja.
– Je vois, fit Sasuke à voix basse.
Il se rappelait avoir étudié quelques matières fondamentales, telles que japonais et mathématiques – mais l'histoire et la politique ? Il reprit :
– Et Inari ?
– Après douze ans, il est possible d'arrêter l'école si l'on a déjà une idée claire de ce que l'on souhaite faire. On peut alors étudier spécifiquement le métier qui nous intéresse. Inari a toujours voulu aider son grand-père, sourit-elle. Il est donc apprenti, ici – bien qu'il n'en ait pas l'air.
Sasuke n'avait simplement jamais entendu parler de ce système. Aveuglé par sa quête de puissance et sa recherche de vengeance, il découvrait seulement maintenant comme le monde pouvait être différent. Il avait certes souvent réfléchi aux nombreuses améliorations qui pourraient être mises en place au sein du système qu'il connaissait – mais il ignorait que de telles normes existaient déjà.
– Qu'est-ce que tu étudies, alors ?
– J'étudie pour devenir professeure, fit-elle avec fierté. C'est pour ça que j'adore venir aider ici – cette bibliothèque est tellement importante. Elle lie les habitants du village, car elle conserve notre histoire passée, et notre volonté commune de la préserver.
Sasuke resta légèrement sidéré par le discours de la jeune fille. Ses préoccupations étaient à mille lieues des siennes et de celles de Naruto à son âge. Il se remit au travail distraitement, n'égalant pas encore la vitesse et l'agilité de Kotome. Ses pensées, focalisées sur la bibliothèque, entrèrent en résonance avec quelque chose de beaucoup plus vaste, l'inspirant et l'accablant dans le même temps.
Ce fut le soin de la voix de Naruto qui le tira de ses pensées. Le sentant près de lui, Sasuke se retourna, son visage soudain illuminé par les rayons que lui envoyaient le sourire du blond.
– Sas'ke ! fit-il en se rapprochant.
Les mots semblèrent lui échapper alors qu'il regardait Sasuke, et il sourit simplement, déposant un regard fier sur le visage de son ami. Sasuke se détourna.
– Tout ça pour des barrettes, soupira-t-il.
– Des barrettes qui te vont sacrément bien, ajouta-t-il.
– Je suis d'accord ! s'exclama Kotome.
S'ensuivit une conversation entre les deux sur l'harmonie entre le bleu nuit des barrettes d'Ino et le noir aux reflets bleus des cheveux de Sasuke, bien que Kotome et Naruto n'aient encore jamais été présentés. Inari arriva à son tour, échangeant un regard confus avec Sasuke qui secoua la tête.
– Je vois que tu as rencontré Naruto, fit-il à la jeune fille.
– Ah, c'est bien ce que je pensais, tu es donc Naruto !
Elle le pointa du doigt alors qu'un éclair de compréhension traversa son regard. Puis Inari s'approcha de la jeune fille et s'adressa au blond :
– Je te présente ma meilleure amie, Kotome.
– Ah, enchanté !
Il lui tendit la main, et détailla sa chevelure un instant. Il reprit dans un sourire :
– En parlant de barrettes, tes cheveux ont une couleur vraiment unique.
Seul Sasuke décela la pointe d'amertume logée dans son compliment.
– Merci Naruto, sourit-elle. Il s'agit là de mon héritage Uzumaki.
Le blond écarquilla les yeux, s'approchant imperceptiblement de la jeune fille.
– Vraiment ? fit-il dans un murmure étourdi.
– Oui, du côté de ma grand-mère.
Elle sembla hésiter avant d'ajouter :
– Elle connait bien Uzushio.
L'entente de ce nom réveilla quelque chose en Naruto, un sentiment enfoui autant qu'oublié.
– Oh, je vois.
Sasuke voulut intervenir, mais il ne savait quoi dire – ce n'était pas à lui d'intercéder. Il s'éclaircit la voix.
– Si ça vous va, passez chez nous demain ! Ma grand-mère serait vraiment ravie de vous rencontrer.
Le silence enveloppa le groupe, seulement brisé par quelque éclat de voix au loin.
– Merci, fit Sasuke quand Naruto ne répondit rien.
Naruto remercia Kotome lui-même après qu'ils aient dîné ensemble près du chantier, profitant d'un yatai vendant des brochettes de poisson et légumes grillés. Il lui confirma qu'ils rendraient visite à sa grand-mère le lendemain, et prit soin de noter son adresse mentalement. En vérité, il comptait sur Sasuke pour la retenir – ce que Sasuke savait sûrement.
Les deux shinobi se promenaient dans le village, le soleil déjà couché à l'ouest, laissant place aux étoiles d'argent éclairant leur chemin. Une brise en provenance du littoral les rafraichit, faisant voleter les cheveux du brun désormais libérés. Naruto prit une profonde inspiration alors qu'il s'arrêtait face à la mer, remplissant ses poumons de l'air humide et salé qui les entourait. Sasuke lui lança un regard puis contempla l'étendue d'onyx qui se confondait avec le ciel nocturne. Naruto s'avança pour s'asseoir sur le sable froid en premier. Assis côte a côte, ils n'échangèrent de mots qu'à travers leurs gestes.
Ils n'auraient su dire combien de temps s'était écoulé avant qu'ils ne retournent sur leur pas, longeant silencieusement la rue qui bordait la mer. Un petit ryokan attira l'attention de Sasuke et il lança un regard à Naruto, qui acquiesça en souriant. Le brun fit coulisser la lourde porte en bois et s'aventura à l'intérieur, son coéquipier sur ses pas. Le gérant du ryokan les informa que des chambres doubles ou séparées étaient disponibles, et Sasuke se tourna vers Naruto. Ce dernier baissa le regard, et Sasuke demanda à réserver la chambre double. Sans plus attendre, le gérant les guida vers leur chambre et prépara leurs futon avant de s'excuser.
La pièce était spacieuse, et le silence qui s'était installé entre eux n'en résonna que davantage. Sasuke examina le yukata fourni par l'établissement avant de se diriger vers le bain quelques couloirs plus loin, ne prenant pas la peine d'inviter Naruto. Il savait qu'il refuserait.
Sasuke était assis en tailleur sur son lit, feuilletant l'un des livres disposés sur l'étagère au fond de la pièce. Il s'agissait d'un livre d'histoire sur les cinq grandes nations. Il lut l'introduction, puis le titre du premier chapitre – le pays du feu. Il referma le bouquin, le serrant entre ses doigts un instant avant de le déposer au sol. Naruto, allongé sous les couvertures, lui lança un regard furtif.
– Kotome m'a parlé de ses études.
Naruto se retourna complètement vers son ami.
– Apparemment, les enfants étudient la politique et l'histoire ici. Puis ils peuvent décider de continuer leurs études, ou de se diriger vers un métier de leur choix.
Son ton était si plat qu'il ne trahissait aucune émotion – néanmoins Naruto ressentit de suite son désarroi.
– Elle aimerait être professeure. Pour elle, la bibliothèque… préserve la mémoire de ce village et de ses habitants, la transmet aux générations futures.
Son regard sur l'horizon, il soupira.
– Je ne dis pas qu'une bibliothèque peut changer le monde, mais cette manière de penser, cette volonté d'éduquer, au lieu de mentir et de manipuler…
Il reprit sa respiration alors que Naruto s'assit à son tour, se rapprochant légèrement. Le blond avait été aussi surpris et troublé que lui par cette journée, par l'attitude des villageois à leur égard et par leurs projets pour le village. Il n'était pas si imprudent qu'il n'avait pas remarqué les quelques regards suspicieux lancés en direction de Sasuke, mais ils étaient si minimes qu'il les avait presque oubliés. Ils n'étaient rien face à la vague de sourires qui était venue les accueillir. Ils n'étaient rien face à la mer de haine qui suivait chacun des pas de Sasuke à Konoha.
– Peut-être qu'une bibliothèque ne peut pas changer le monde, commença-t-il, mais la volonté d'éduquer le peut certainement.
Le cœur de Sasuke se relâcha légèrement au son de la voix de son ami. Il se laissa bercer par son sourire, oubliant un instant la peur qu'il camouflait.
Naruto contemplait Sasuke dans son sommeil, les rayons orangés du soleil matinal caressant sa peau opaline. Il dormait sur le côté, lèvres scellées et traits légèrement tendus. Naruto avait un vague sourire aux lèvres, mais son regard trahissait les émotions qu'il taisait. Ce n'était pas tant un choix qu'une incapacité – il n'aurait su exprimer fidèlement ce qu'il ressentait. La peur qui le saisissait, les doutes qui subsistaient, l'incertitude qui l'enveloppait. Ce que Sasuke lut immédiatement sur le visage de son ami en se réveillant, pourtant, ne furent que les traces de sa nuit blanche. Il ne vocalisa pas ses pensées, et Naruto se leva et prétendit s'affairer à quelque tache. Sasuke s'en voulut de s'être endormi.
– Je n'ai pas trop faim, ce matin. Ça te va si on se dirige vers la maison de Kotome bientôt ?
Sasuke ajusta son kimono avec toute l'habileté qu'une seule main pouvait lui conférer.
– Sauf si tu préfères prendre ton petit-déjeuner ici, bien sûr, reprit Naruto.
– Je pensais… commença Sasuke en pliant le yukata du ryokan. Je pensais que tu devrais peut-être y aller seul.
– Seul ?
Le brun acquiesça.
– Ça ne me concerne pas, après tout.
– Ça ne te concerne pas, ou… ça ne t'intéresse pas ?
Sasuke se retourna vers son ami, découvrant un sourire gêné sur ses lèvres. Il s'approcha rapidement de lui puis s'arrêta, son corps ayant agi avant qu'il n'ait eu le temps de réfléchir.
– Ça ne me concerne pas, parce-que c'est ton histoire.
Il le regardait dans les yeux, tentant du mieux qu'il pouvait de le rassurer. Naruto ne détourna pas le regard.
– Je suis ici grâce à toi.
Il soupira, puis combla la distance qui les séparait et prit la main de Sasuke dans la sienne. Le brun n'eut pas le temps cette fois-ci non plus de contrôler sa réaction, et la surprise se peignit sur son visage.
– On y va ?
Sasuke acquiesça, une lueur inhabituelle dans le regard. Sasuke crut l'entendre murmurer « mon histoire, c'est ton histoire », mais il aurait aussi bien pu l'imaginer. Le blond ne cesserait jamais de le surprendre. Ce dernier le mena rapidement hors de la pièce, et remercia brièvement le personnel avant de quitter le bâtiment – ils y resteraient sûrement plusieurs nuits. La brise matinale sembla le réveiller soudainement, et il lâcha la main du brun. Il resta un instant immobile, le cœur battant. Sasuke se mit en route, se remémorant les instructions de Kotome, et Naruto le suivit, le remerciant silencieusement.
Sasuke les guida sans peine jusqu'à la bâtisse en bois où la jeune fille et sa famille résidaient. Un bouquet de fleurs serré contre son cœur, Naruto inspira profondément avant de frapper à la porte.
– Naruto, Sasuke, fit Kotome en ouvrant la porte. Merci d'être venus !
Elle les invita à l'intérieur, d'où émanait une odeur d'encens. Ils traversèrent un couloir sombre avant de rejoindre la pièce principale donnant sur le jardin, beaucoup plus lumineuse. Une dame âgée était assise sur un zabuton au sol, face à une épaisse table en bois sombre. Ses cheveux blancs étaient attachés en une longue tresse, contrastant avec le vert clair de son kimono. Ses yeux d'émeraude étaient tels ceux de sa petite fille, et Naruto pouvait l'imaginer plus jeune, ses cheveux roux cascadant sur ses épaules.
– Hinako-baachan, je te présente Naruto et Sasuke, du pays du feu.
Elle se tourna et leur sourit, les invita d'un geste à s'approcher. Les shinobi se courbèrent brièvement et vinrent s'asseoir autour de la table à leur tour, l'un à côté de l'autre.
– Enchanté, Hinako-san, fit Naruto en lui offrant le bouquet aux tons orangés.
– Merci beaucoup, Naruto.
Un éclair de surprise traversa son regard alors qu'il ne s'était pas encore présenté. Pour sûr, Sasuke n'avait rien d'un Uzumaki, et Naruto laissa échapper un rire.
– Merci de nous recevoir, fit le brun.
Kotome s'était absentée un instant, et revint rapidement avec deux tasses de thé fumant.
– Ainsi, tu es le fils de la deuxième jinchūriki du kyūbi ?
Sa franchise prit Naruto de court le temps d'un bref moment, mais cela finit de le convaincre qu'elle était bel et bien une Uzumaki.
– Oui, ma mère… s'appelait Kushina.
Hinako acquiesça, et Sasuke se rendit compte qu'il n'avait encore jamais entendu son nom jusqu'à présent. Naruto reprit :
– Je ne sais pas vraiment qui sont mes grands-parents, en revanche… Tout ce que je sais, c'est que ma mère a été la deuxième jinchūriki, succédant à la femme du premier Hokage.
– Mito, n'est-ce pas… Je n'ai jamais su que penser de son mariage avec Hashirama, fit-elle lentement. C'était évidemment une alliance, ses compétences en fūinjutsu s'avérant terriblement utiles au village de Konoha.
Ses paroles rencontrèrent le silence – un silence respectueux, calme.
– Vous l'avez connue ? fit alors Sasuke.
– Vaguement, oui.
Elle ajusta sa position, puis ajouta :
– Peut-être est-ce idéaliste d'imaginer qu'une solution excluant le scellement des bijū dans des corps humains aurait pu être envisagée.
Naruto porta une main inconsciente à son ventre.
– Je suis tellement désolée que Kushina et maintenant toi, Naruto, aient eu à subir ce sacrifice.
Le cœur de Naruto sembla s'arrêter un instant, alors qu'il enregistrait les paroles de Hinako. Jamais personne ne lui avait témoigné de tels sentiments à l'égard du sceau inscrit sur sa peau. Il voulut répondre que ce n'était pas si dramatique, mais ne trouva rien à dire. Il n'avait pas la force de s'auto-censurer plus longtemps.
– C'est une chose, que Mito ait choisi ce sort… fit-elle à voix basse, plus pour elle-même qu'autre chose.
Puis elle but une gorgée de thé et s'éclaircit la voix :
– Comme ta mère, je suis née à Uzushio.
Son ton commanda l'attention générale, et Naruto déglutit alors que le paysage autour d'eux sembla s'atténuer pour disparaître entièrement.
– Ce n'était pas une époque paisible, soupira-t-elle, mais j'étais attachée à mon village, à mon pays. Plus les années passaient, plus les habitants désertaient, s'éparpillant dans d'autres régions face à la guerre qui approchait. Beaucoup de familles se sont dirigées vers le pays du feu, inévitablement. Mes parents sont restés à Uzushio jusqu'à la fin.
Elle laissa son regard tomber sur la table en bois, marquée par les années comme son visage l'était.
– Tout le monde pouvait voir qu'Uzushio était en train de tomber en ruines, et que bientôt, il n'en resterait plus rien. Mais quand c'est tout ce que l'on a, tout ce que l'on a toujours connu…
Sasuke détourna le regard.
– On m'a conseillé d'aller à Konoha, évidemment, m'assurant qu'en tant que femme Uzumaki, je serais bien traitée, j'y trouverais facilement un mari.
Elle ricana, surprenant Naruto qui manqua de sursauter.
– Un mari intéressé par mes capacités, quelle drôle d'idée. Je n'ai jamais eu pour ambition d'être utile aux hommes.
Kotome acquiesça, toute son attention tournée vers sa grand-mère.
– J'avais en revanche une cousine dont j'étais proche, qui fut envoyée à Konoha. Seule. Alors j'ai songé à y aller.
Elle laissa passer un long silence avant de reprendre :
– Mais j'étais déjà en couple, bien que nous n'étions pas mariés, et j'étais enceinte. Nous ne pouvions plus rester à Uzushio, car il était devenu impossible d'y trouver du travail. Pour autant, il était hors de question d'éduquer notre enfant dans un village ninja. Alors, nous avons décidé de déménager au pays des vagues.
Hinako reprit une gorgée de thé, et poursuivit :
– Evidemment, ça n'a pas été facile ici non plus. Mais je n'ai aucun regret. Envoyer mon fils à la guerre m'aurait brisé le cœur. Les enfants ne sont pas censés se préparer à devenir des combattants.
Le témoignage de Hinako rencontra un silence solennel. Elle pensa à tout ce qu'avaient dû vivre Naruto et Sasuke à Konoha, et elle voulut les rassurer dans une étreinte maternelle dont ils semblaient cruellement manquer. Elle tendit une main à chacun dans un sourire, et serra chaleureusement leurs paumes entre les siennes. Elle n'avait pas de mot pour les réconforter, pas de mot pour chasser leurs démons et cauchemars, elle pouvait seulement leur assurer qu'ils n'étaient pas seuls.
– Il existe plusieurs ouvrages sur Uzushio à la bibliothèque du village.
– Dont tu es potentiellement l'auteure, rit Kotome.
Hinako sembla gênée un instant, et ajouta :
– Effectivement, ce fut ma manière de laisser quelque chose d'Uzushio aux générations futures.
Les yeux brillants, Naruto serra sa main en retour.
– Ils sont pour le moment inaccessibles, mais peut-être pourraient-ils t'intéresser, fit-elle à l'intention du blond.
Il acquiesça vivement, et lui rendit son sourire. Ils passèrent le reste de la matinée à discuter de l'enfance de Hinako à Uzushio et de sa vie d'adulte au pays des vagues, des différences culturelles entre les deux pays et de son travail d'historienne. Elle expliqua que son fils était professeur, tout comme sa belle-fille, ce qui dirigea la discussion vers Kotome, qui souhaitait devenir professeure à son tour. Hinako était également curieuse au sujet de Naruto et Sasuke, et leur posa quelques questions – mais elle comprit rapidement qu'ils n'avaient confiance que l'un en l'autre. Puis Naruto se retira peu à peu de la conversation, et Hinako inféra qu'il avait besoin d'être seul.
– Naruto, Sasuke, fit-elle avec douceur. Merci infiniment d'être passés me voir, cela m'a fait très plaisir de vous rencontrer.
Les deux shinobi échangèrent un regard et lui sourirent en retour, se levant à sa suite.
– Merci à vous, Hinako-san, de nous avoir accueillis.
Puis Sasuke et Kotome franchirent la porte, échangeant à nouveau au sujet des classes de la jeune fille. Naruto et Hinako s'arrêtèrent un instant à l'intérieur. Elle prit sa main entre les siennes, le regardant avec des yeux d'émeraude brillants :
– Tu reviendras me voir.
Ce n'était pas tant une question qu'une confirmation, et Naruto tenta de lui communiquer sa gratitude comme il le pouvait.
Il retrouva Sasuke et Kotome dehors, et ensemble, ils saluèrent une dernière fois Hinako avant de quitter les lieux. Ils n'avaient avancé que de quelques pas quand Naruto se stoppa, ancrant son regard dans celui du brun :
– Je crois que j'ai besoin d'être seul.
Sasuke acquiesça, et lui répondit :
– Je retourne au chantier avec Kotome. Tu sais où nous trouver.
Il les regarda s'éloigner avant de se diriger vers la mer. Naruto n'avait peut-être même jamais prononcé ces paroles – demandé à être seul. Il avait fui la solitude toute sa vie : un grand sourire sur le visage, un enthousiasme aussi exagéré que la solitude qu'il avait à cacher, il était constamment à la recherche de présence humaine à ses côtés, loin des démons qui l'accompagnaient partout où il s'aventurait. A ce moment, il était pourtant prêt à passer un peu de temps avec lui-même. Il savait qu'il n'était plus seul.
Ses pas le menèrent à nouveau vers la plage, et il s'assit sur le sable, fixant son regard sur l'horizon bleu pâle. La voix d'une mouette lui fit tourner la tête, et il suivit ses mouvements du regard. Un coup de vent vint lui fouetter le visage. Personne ne lui avait jamais raconté l'histoire du pays des tourbillons, d'Uzushio, de ses origines, de sa famille. De sa mère. Pas même Jiraiya, qui pourtant la connaissait. Pas non plus Tsunade, pas non plus Kakashi, qui avait pourtant été l'élève de Minato. Personne n'avait même essayé d'aborder le sujet. A quoi bon avoir un maître, quand celui-ci préfère taire la vérité ? A quoi bon avoir un parrain, quand celui-ci met treize ans à arriver, et préfère s'esquiver plutôt que s'expliquer ? Si Naruto avait eu vent du passé de son père, le héros de Konoha, il avait en revanche encore tant de questions au sujet de sa mère – des questions auxquelles, il le comprenait maintenant, personne n'avait envie de répondre.
Hinako n'avait pas voulu déménager à Konoha, et elle ne le regrettait pas. Qui avait décidé que Kushina, une enfant, serait la deuxième réceptacle de Kurama ? de quel droit ? Mito était adulte quand elle avait pris la décision de sceller Kurama dans son propre corps, Kushina en revanche n'avait même pas l'âge de comprendre ce qui lui arrivait. Si Mito avait pris sa défense plutôt que de lui apprendre à devenir jinchūriki, si la femme du premier Hokage ainsi que les adultes autour d'elle s'étaient comportés en tant que tels, Kushina aurait-elle vécu des jours heureux au pays des vagues, elle aussi ?
Tête baissée, ses larmes tombaient au sol comme des gouttes de pluie, une à une. A quoi bon faire partie d'un clan, si celui-ci ne nous apprécie qu'en tant qu'arme ? Il enfouit son visage dans sa main, se laissant aller aux secousses qui le traversaient.
La concentration de Sasuke s'était évaporée à l'instant où Naruto s'était éloigné, et il n'écoutait Kotome que d'une oreille alors qu'ils se dirigeaient vers la bibliothèque. Les sourcils froncés, il peinait encore plus que la veille à mesurer et découper les planches de bois correctement.
– Besoin d'un coup de main ?
Le brun se releva, laissant échapper un soupir.
– Je suis désolé, Inari, mais je ne crois pas que je vais être d'une grande aide aujourd'hui.
Inari haussa les sourcils, puis lui sourit franchement.
– Pas de soucis, prend tout le temps dont tu as besoin !
Intérieurement, il était rassuré de voir que même Sasuke Uchiha avait ses limites. Il semblait troublé, et Inari était curieux au sujet de leur matinée.
– Tout va bien ?
Sasuke le regarda un instant puis hocha la tête. Inari réfléchit – Sasuke était certainement moins bavard que Naruto.
– Tu t'inquiètes pour Naruto ?
Le regard perçant que le brun lui lança lui fit presque regretter ses paroles – peut-être avait-il été trop direct ? Sa question n'en était même pas vraiment une – il n'avait pas besoin de lui demander pour connaître la réponse.
– Je ne suis pas inquiet.
Inari acquiesça, puis Sasuke reprit :
– Peut-être un peu.
Il détourna le regard et soupira, s'affaissant dans une chaise près de lui. Inari lui lança un sourire :
– Je suis sûr que Naruto est content d'avoir rencontré Hinako-san.
Sasuke concéda et lui sourit à son tour.
Kotome et Inari insistant pour qu'il aille prendre l'air, Sasuke quitta la bibliothèque plus tôt que prévu. Il n'avait pas besoin de se laisser convaincre – seulement, une fois libre et seul, rien ne pouvait l'empêcher de suivre la trace du chakra de Naruto. Etait-il encore trop tôt ? Le calme du quartier résidentiel résonna comme un lourd silence à ses oreilles, tandis que le soleil couchant veillait sur chacun de ses pas vers la mer. Il avait froid mais n'y pensait pas, ses songes focalisés sur le blond, exposé au vent depuis trop longtemps.
Des cheveux blonds entrèrent dans son champ de vision, et Sasuke accéléra sans s'en rendre compte, la forme recroquevillée de Naruto sur le sable doré comme seule intention. Naruto se retourna avant que Sasuke n'arrive à sa hauteur, déposant sur lui des yeux brillants lui demandant une explication. Sasuke s'arrêta, plongea son regard inquiet dans le sien, puis s'avança comme pour l'entourer de toute la chaleur qu'il possédait – une chaleur froide qui, il l'espérait, saurait se communiquer silencieusement.
Car il n'avait pas d'explication à lui fournir. Ni sur son passé désolé, ni sur ces adultes dépassés qui l'avaient laissé tomber, ni sur sa présence à ses côtés. Naruto continuait de le regarder, les yeux rougis et les sourcils encore déformés. Avec un pincement au cœur, il tenta de s'exprimer :
– Je ne voulais pas…
Il inspira, se confrontant au regard du blond alors qu'il poursuivit :
– …te laisser seul.
Après quelques secondes incertaines, Naruto lui sourit. Légèrement, affectueusement, son sourire semblait néanmoins plus confiant. Sasuke s'assit à côté de lui et dirigea son regard vers le Grand Pont de Naruto au loin, sa silhouette flottante se confondant avec les nuages cotonneux qui voyageaient tout autour d'eux. Naruto, qui avait suivi son regard, laissa échapper une exclamation de surprise, et Sasuke vit à son tour les premiers flocons de neige danser sur le pont, avant de disparaitre dans la brume. Les flocons portaient avec eux les visages du passé, les émotions qui jamais ne s'effaceraient. La neige semblait honorer leur histoire, comme douée de mémoire, contant silencieusement les sentiments d'un autre temps alors qu'elle revenait chaque année caresser le Grand Pont de Naruto.
Merci d'avoir lu ! N'hésitez pas à me laisser vos impressions en commentaire, ça me motive vraiment. Et je repars écrire la suite !
