Ahhh je suis trop contente de publier ce chapitre ! Je dois dire que c'est peut-être mon préféré jusqu'ici, j'ai vraiment adoré l'écrire. J'espère qu'il vous plaira aussi !
Quelques chansons de ma playlist pour l'accompagner : Eden (Acoustic), Nobody, Be On Your Way, Night Vision, et Moonlight Serenade (Acoustic). Le lien est disponible dans les notes du premier chapitre.
Bonne lecture ! :D
Chapitre 708 – Respire
Les rayons du soleil avaient déjà envahi la pièce depuis longtemps quand Naruto ouvrit les yeux. Ils l'éblouirent, et Naruto s'empressa de se cacher sous les couvertures. Son mouvement brusque réveilla un mal de crâne auquel il ne s'attendait pas, et il lâcha un grognement. Son front était en sueur, et il pouvait deviner les cernes dessinées sous ses yeux. Il respira profondément, sans bouger, espérant calmer les vertiges qui l'assaillaient.
– Sa-
A peine eut-il prononcé le début de son nom qu'il se tut. Le souvenir de ses dernières paroles envers le brun la veille était encore trop frais sur ses lèvres. Le rythme des battements de son cœur accéléra à nouveau, mais il fronça les sourcils après quelques instants. La pièce était complètement silencieuse. Il repoussa légèrement la couverture afin de jeter un œil au couchage près du sien. Il n'en était plus rien.
– Sas'ke, souffla-t-il.
Luttant contre des symptômes qu'il n'avait jusqu'alors jamais expérimentés, Naruto se leva brusquement. Il défit son futon rapidement, ajusta sa tenue et se rendit dans la pièce principale.
– Tiens, Naruto, comment te sens-tu ?
Tazuna était assis à table avec Tsunami, sirotant une tasse de thé. Elle se leva pour en servir une à Naruto, accompagnée d'un bol de riz.
– Où est Sasuke ?
Tazuna le regarda un instant, et un rire lui échappa.
– Il est parti avec Inari.
– Viens donc manger un peu, l'invita Tsunami.
Il sembla réfléchir un instant, puis acquiesça. Il n'avait pas vraiment la force de se rendre sur le chantier dans son état.
– Comment te sens-tu ?
Naruto la remercia alors qu'elle lui tendit une paire de baguettes.
– J'ai connu des réveils plus doux…
– Désolée, j'ai bien essayé de le stopper, mais une fois qu'il a commencé…
Tsunami lança un regard accusateur à son père.
– Il faut bien que quelqu'un l'initie !
– Comme si c'était nécessaire !
Naruto lança un rire gêné, une main grattant nerveusement sa nuque, mais ne sut quoi répondre. Il n'avait pas particulièrement envie d'alimenter cette discussion – ni de la reprendre là où il l'avait laissée. Tazuna s'éclaircit la voix.
– Alors, tu ne veux plus devenir Hokage ?
La question le surprit, bien qu'il fut soulagé de changer de sujet. Son sourire se dissipa lentement. Il soupira.
– Pour le moment, je veux aller à Uzushio.
Tazuna acquiesça lentement tandis que Tsunami lui sourit. C'était à ce moment-là la seule vérité qu'il savait énoncer.
Une fois ses pas à nouveau assurés et son esprit un peu moins embrumé, il remercia ses hôtes pour leur générosité et les informa qu'il allait rendre visite à Hinako. Il avait bien envie de se diriger vers le chantier – non pas dans le but d'y travailler, mais il décida d'y passer plus tard. Il avait besoin d'y croire. Sasuke s'y trouvait, avec Inari. Il était resté à ses côtés tout ce temps. Naruto inspira profondément, observant l'immensité du ciel bleu tout autour de lui. Sasuke était resté à ses côtés, l'avait attendu après qu'il ait rencontré Gaara, s'était rendu avec lui chez Hinako. Il avait été près de lui la veille. Et certes l'invitation de Naruto n'avait eu pour réponse que le regard ébahi de Sasuke, gravé dans la mémoire du blond d'autant plus fortement, lui semblait-il, qu'il était ivre, mais ni l'un ni l'autre n'était en état à ce moment-là de prendre de telles décisions. Naruto sentit son cœur se remettre à tambouriner dans sa poitrine et une légère douleur bien trop familière l'assaillir dès qu'il respirait. Il s'arrêta net, les yeux rivés sur l'horizon azur et la rue vide qui lui faisait face. Sasuke n'avait aucune raison de s'éloigner – et n'avait par ailleurs nulle part où aller.
Le paysage défilait sous ses yeux sans qu'il ne le voit véritablement, et il manqua de rater la demeure qui était sa destination. Naruto se secoua et toqua à la porte rapidement, préparant son plus grand sourire – tentant de gommer toute trace de son anxiété. Hinako lui ouvrit et l'accueillit chaleureusement.
– Je suis contente de te revoir, Naruto. Entre, entre.
Il se retrouva rapidement assis dans la même pièce que lors de sa dernière visite, sur le même zabuton face à Hinako. Seulement il n'y avait personne assis à côté de lui. Son absence l'envahit.
– Naruto, fit Hinako d'une voix douce.
Il sortit de ses pensées, rencontrant ses yeux verts emplis de sincérité.
– Pardon, j'étais… merci de me recevoir à nouveau, bredouilla-t-il.
– Avec grand plaisir. As-tu quelque chose en particulier à me demander ?
Sa franchise le prit à nouveau de court et il répondit dans un léger rire :
– A vrai dire, oui.
Elle acquiesça, poussant de la main une tasse de thé en sa direction.
– J'aimerais… me rendre à Uzushio.
Il laissa passer un instant, observant sa réaction. Elle n'en eut aucune.
– J'imagine, oui, fit-elle alors que le silence se prolongeait.
Naruto rit plus franchement alors qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas besoin d'y aller par quatre chemins – et qu'elle semblait capable de lire en lui avec une facilité déconcertante.
– Et j'aimerais en savoir plus sur le trajet vers Uzushio. Je me suis dit que vous auriez sûrement des conseils à me donner.
– Pour ça, tu as frappé à la bonne porte, oui.
Elle quitta la pièce un instant et réapparut près du blond munie d'une carte. Elle s'assit à côté de lui, comblant un vide qui n'en résonna que davantage, et entreprit de décrire le trajet à Naruto. Elle traça un chemin à l'encre noire, ajoutant ci-et-là des notes explicatives.
– Il n'y a pas vraiment d'information disponible sur le trajet de nos jours, étant donné que personne ne s'y rend plus. Ce que je te présente ici, c'est un chemin qui existait il y a des dizaines d'années.
Naruto hocha la tête silencieusement.
– Je ne m'inquiète pas pour toi, jeune shinobi que tu es – mais je n'ai aucune idée de ce que tu vas trouver au bout de ce trajet, ni en quel état. Ce chemin n'existe peut-être même plus.
Un silence se fit autour d'eux, appesanti par les paroles de Hinako. Il ne répondit rien, le regard fixé sur le tracé noir, vif sur la carte jaunie. Le voyage semblait long, et incertain. Il ne savait pas ce qu'il ferait, une fois sur place. Seul. S'il y parvenait. Il ne savait pas, il ne savait plus.
– Bon, Naruto. Où est-il ?
Il fronça les sourcils sans détourner le regard. Hinako soupira et plia la carte face à eux. Naruto réagit alors et se tourna vivement vers elle.
– Pardon ? fit-il.
Elle voulut lui serrer la main, lui sourire, lui assurer que ça irait, le rassurer. Mais elle savait qu'elle ne savait rien de leur relation.
– Il ne m'a pas répondu, lâcha-t-il alors.
Les mots avaient quitté ses lèvres sans qu'il n'ait le temps d'y penser. Alors il poursuivit :
– Il ne m'a pas répondu, quand je lui ai demandé de m'accompagner à Uzushio.
Elle prit sa main dans la sienne. C'était tout ce qu'elle pouvait faire. Il lui sembla que les yeux du blond retrouvèrent un semblant de focalisation, et elle se leva, relâchant sa main au dernier moment.
– Attends une minute, fit-elle.
Il l'observa s'éloigner, ses gestes lents, mesurés. Il resta fixé sur sa silhouette disparaissant derrière une porte coulissante, s'évaporant sans qu'il ne puisse rien y faire. Il se mordit la lèvre et secoua la tête, décidant de boire la tasse de thé qui l'attendait patiemment. Hinako s'assit face à lui quand elle revint. Elle lui tendit un objet enveloppé dans un furoshiki.
– Je l'ai obtenu de la bibliothèque, précisa-t-elle.
Naruto défit le tissu avec soin, et découvrit un manuscrit. Ses yeux s'écarquillèrent à la lecture du titre, et du nom de l'autrice.
– A ma connaissance, c'est le volume le plus complet que tu trouveras sur Uzushio. Ce n'est pas vraiment suffisant, mais ce sont là les connaissances que j'ai accumulées…
Naruto la regarda avec des yeux brillants, et, mimiquant son geste, prit sa main dans la sienne.
– C'est amplement suffisant, souffla-t-il.
Jamais n'aurait-il pensé pouvoir se rapprocher de sa mère de la sorte.
Hinako lui sourit. Elle sembla hésiter un instant, baissant le regard vers la manche de son kimono. Elle en sortit finalement une enveloppe qu'elle lui tendit lentement. Elle ne la laissa entre les mains de Naruto qu'après lui avoir dit :
– Ouvre-la une fois sur place. Quand tu te sentiras bien.
Il acquiesça, peu sûr de comprendre. Elle ajouta :
– Et bien entouré.
Naruto regarda l'enveloppe pâle, apposée d'un sceau rouge, la caressa brièvement. Il la rangea avec le manuscrit qu'il recouvrit à nouveau du furoshiki, puis demanda :
– Hinako-san, qu'est-ce-que-
Il fut interrompu par une voix familière, et le son d'une porte refermée.
– Hinako-baachan ! On est rentrés !
Inari et Kotome apparurent près d'eux en un éclair, rentrés du chantier pour leur pause déjeuner.
– Oh, Naruto ! Comment tu te sens ?
Naruto se tourna vers Inari, et s'apprêta à se lever.
– Ça va mieux, merci.
La question qui lui brûlait les lèvres resta coincée dans sa gorge.
– Où est Sasuke ? fit alors Hinako.
Il n'osa pas la regarder. Kotome répondit depuis la cuisine, où elle se lavait les mains :
– Oh, on l'a bien invité, mais-
Inari la coupa, son visage tourné vers celui du blond :
– Il nous a dit de te dire qu'il prenait l'air.
Son ton était neutre, mais son regard trahissait sa culpabilité. Naruto n'avait pas le temps de le rassurer. Il s'exclama :
– Celui-là alors !
Il remercia Hinako rapidement sans vraiment être sûr de la cohérence de ses paroles, et elle l'accompagna sans attendre vers la sortie.
– Va, va, fit-elle. Et reviens me voir, d'accord ?
Il acquiesça dans un sourire, puis s'éloigna en courant.
Le rythme de ses pas était chaotique, leur direction incertaine – mais il continuait de courir. Son regard absorbait autant d'éléments du paysage qu'il le pouvait, cherchant dans les moindres recoins l'ombre d'une trace du brun. Il crut apercevoir un kimono pourpre et bouscula quelques passants en le suivant brusquement, mais il ne s'agissait pas de celui qu'il cherchait. Il s'excusa platement, le regard perdu, avant de reprendre son chemin. Il s'efforça de courir moins vite alors qu'il traversait la ville, incapable cependant de calmer son souffle erratique. Il ne vit des ruelles de pierre et de terre que le fantôme de son ami les parcourant, des années plus tôt, accompagné d'un jōnin oublié et d'une kunoichi à mille lieues de la réalité. Sa gorge se serra alors qu'il revit son sourire, insaisissable – ce sourire narquois qui n'en finissait pas d'enrager Naruto à l'époque, qui n'y voyait que de la moquerie, avant qu'il ne réalise que ce sourire n'était pas moqueur, et qu'il ne l'adressait qu'à lui. Il déglutit, et sortit de la ville. Il aperçut au loin le chemin menant vers l'ancienne résidence de Tazuna, hésita avant de s'y aventurer. Il inspira puis reprit sa course, plus rapide comme personne ne se trouvait aux alentours. La voix juvénile de son camarade d'équipe résonnait à ses oreilles, tout autour de lui, et il s'arrêta brusquement avant d'apercevoir pleinement la résidence. Il était à nouveau sur ce sentier. Celui qu'il avait parcouru lors d'une nuit d'automne, s'agrippant à son ami pour ne pas tomber, ne se souciant guère des "usuratonkachi" s'envolant près de lui – trop content d'avoir atteint le sommet de l'arbre, et d'avoir appris une nouvelle technique avec son meilleur ami. Naruto savait qu'il n'était pas là. Il prit la direction inverse sans se retourner, laissant ses souvenirs sur le chemin terreux, à défaut de pouvoir y cracher le nœud qui s'était formé dans sa gorge.
Naruto prit la direction du bord de mer. Il se concentra sur la route longeant l'étendue azurée. La présence du brun en imprégnait chaque millimètre et chaque seconde, des mirages de sa silhouette se reflétant dans chaque ombre longiligne tandis que le soleil entreprenait sa lente descente vers les profondeurs de l'océan. Naruto passa devant le ryokan où ils logeaient, ensemble, et lâcha un juron, amer. Il n'avait, une fois de plus, pas su le garder près de lui. Sa proposition de l'accompagner à Uzushio avait dû être la goutte de trop. Après tout, c'était Naruto qui l'accompagnait lors de son voyage, et pas l'inverse. Il repensa au commentaire de Tazuna la veille, et rougit. Naruto choisissait de voyager avec lui plutôt que de faire quoi que ce soit d'autre. Il n'avait pu le nier.
Arrivé au port, il s'élança sur le pont qui portait son nom, et dans l'ombre, celui de Sasuke. Qu'était-il pour lui à la fin ? Ce n'était pas avec Hinata qu'il souhaitait se rendre à Uzushio, pas non plus avec Sakura. Leur présence ne lui avait jamais manqué comme celle de Sasuke, leur présence ne l'avait jamais affecté comme celle de Sasuke. La présence de Sasuke, il la ressentait viscéralement, à travers chaque bouffée d'air dans ses poumons et chaque battement de son cœur dans sa poitrine. Peut-être n'avait-il pas besoin de savoir exactement ce qu'il était pour lui. Peut-être avait-il simplement besoin de reconnaître que durant toutes ces années, c'était de Sasuke dont il rêvait.
Il s'arrêta brusquement, le souffle coupé et le regard brouillé. Il se courba, sa main venant agripper son yukata comme pour s'agripper à la réalité qu'il connaissait. Naruto avait atteint l'autre bout du pont sans le voir défiler. Il ne prit pas le temps de se demander comment. Il parvint à atteindre une crique à l'écart, et s'y laissa tomber à genoux.
Il n'était plus sûr de savoir comment ses pas l'avaient guidé là. De l'autre côté du Grand Pont de Naruto, Sasuke contemplait l'horizon, la structure massive rapprochant le pays du feu de celui des vagues déchirant la mer en deux. Le pont l'appelait, et il souhaitait s'y avancer. Quelque chose l'en empêchait cependant, et il restait figé face à lui. Une force qu'il ne connaissait que trop bien, animée par les flammes de ses souvenirs cendrés. Celle d'une émotion glaçante, trop longtemps logée dans son cœur, le brisant un peu plus chaque jour.
Sasuke soupira et se détourna, baissant la tête. Ce n'est qu'une fois son regard détaché du pont qu'un sentiment surgit comme une boule de feu dans sa poitrine. Il releva des yeux parés des couleurs du rinnegan et du sharingan pour scruter les environs, le poing serré. Il crut recevoir un coup en plein cœur quand son ressenti s'accentua, et il fendit l'air en un instant.
– Naruto !
Il fondit vers la crique nichée dans l'ombre du pont, y découvrant une silhouette recroquevillée sur elle-même, étendue contre le sable froid. Celle de Naruto. Il resta interdit un instant, contemplant la fissure qui se creusait en lui, prêt à l'approfondir si elle ne le faisait pas. Sasuke força un cri de rage hors de sa poitrine et se jeta vers le blond. Il s'accroupit près de lui et avança sa main vers l'épaule de Naruto, mais cette dernière se figea. Le visage du blond était fermé, son corps entier tremblait. Il expirait par la bouche, semblait incapable d'inspirer. Sasuke cessa de réfléchir et posa sa main sur son épaule.
– C'est moi, Naruto.
Il n'obtint aucune réaction.
– Je suis là. Je ne vais nulle part.
Naruto ne bougeait pas. Sasuke resserra son emprise, et se demanda comment il avait pu les laisser en arriver là. Il avait quitté le pays des vagues subitement, sans réfléchir – se défendant de réfléchir. Il savait pourquoi il avait pris la fuite et une partie de lui ne le pardonnait pas. Il voulut baisser le regard et s'enfuir à nouveau – mais cette fois-ci, un autre sentiment le retint. Ce même sentiment qu'il ne savait laisser exister. Mais à présent il crépitait, et Sasuke voulut le laisser flamber, prêt à se laisser consumer tout entier.
– Je ne vais nulle part sans toi.
Il était épuisé d'essayer d'étouffer cette flamme.
– Je vais t'aider à t'asseoir.
Naruto était allongé sur son côté gauche, son poing serré au sol. Sasuke passa son bras autour de sa taille pour l'asseoir face à lui, lentement. Il ne savait pas ce qu'il faisait, tentant comme il le pouvait de retrouver Naruto. Il garda sa main sur sa taille tout en ancrant son regard dans celui brumeux du blond, dont les yeux étaient à demi-clos. Assis en tailleur, Sasuke reprit :
– Naruto, regarde-moi.
Le blond releva son regard, et fixa Sasuke par-delà les voiles qui l'en tenaient éloigné.
– Je vais compter, essaie d'aligner ta respiration sur la mienne. Inspire, fit-il en prenant une bouffée d'air, un, deux, trois… Expire, un, deux, trois…
Sasuke refusait de cligner des yeux, de lâcher ne serait-ce qu'un instant le faible contact qui l'unissait à Naruto. Il observa le regard du blond retrouver une faible clarté, ses traits se détendre à peine, alors que de longues minutes s'écoulèrent. Il s'autorisa à lâcher un soupir lorsqu'il fût certain que son ami respirait normalement, et glissa doucement sa main vers celle de Naruto. Il sentit sa main se refermer sur la sienne, Naruto revenu à lui-même, et eut envie de l'enlacer de toutes ses forces. Il serra la main du blond à la place.
– Je suis désolé, fit-il.
Naruto baissa la tête.
– Si tu veux partir… je ne vais pas te retenir.
Ses paroles étaient lentes, sa voix basse.
– C'était… c'était une chose de vouloir t'empêcher de t'auto…détruire.
Il avait besoin de temps pour articuler ses pensées, et Sasuke l'attendit. Un chaos nébuleux de ressentis intenses le traversa, une bourrasque violente et libératrice. Il laissa ses cicatrices, ses peurs émerger, laissa respirer les émotions qu'il avait trop longtemps noyées.
– Mais si tu…
Sa voix se brisa, mais il persista :
– Si tu n'as pas envie d'être avec moi, c'est autre chose.
Sasuke masqua une grimace alors qu'il sentit les paroles du blond le percer de part en part.
– Ce n'est pas ça, Naruto… murmura-t-il.
– Alors…
Naruto releva les yeux, et Sasuke crut se noyer dans un océan de tristesse.
– Alors quoi ?
Il ne put soutenir son regard. Il s'interdit de lâcher la main de Naruto, tout en se répétant que son geste n'avait aucune légitimité. Sasuke resserra son emprise. Il cherchait ses mots, mais il lui semblait qu'il n'y en avait aucun qui convenait. Comment révéler qu'il était à chaque instant rongé par une peur si grande qu'il lui semblait qu'il n'y avait aucune échappatoire à son engloutissement imminent ? Comment lui dire, que s'il avait passé quatre années à essayer de trancher ce lien entre eux, c'était parce-que sa puissance l'effrayait ? Comment expliquer qu'il était plus simple pour lui de choisir de le perdre plutôt que de le subir ? Et comment lui dire que pour cela, et qu'en dépit de cela, il avait besoin de lui ?
Sasuke expira, longuement.
– Tu veux vraiment… que je t'accompagne à Uzushio ?
Naruto fronça les sourcils.
– Sinon je ne te l'aurais pas demandé.
– Tu ne semblais pas réellement en état de prendre ce genre de décisions, hier soir.
Il soupira.
– Même quand je suis saoul, je sais ce que je dis.
– Et tu ne reviens jamais sur ta parole ?
– Exactement.
– Alors qu'en est-il de ton rêve ?
Naruto l'observa en silence, ses traits clairs, son expression sincère.
– Je n'ai pas changé de rêve.
Sasuke n'eut pas le temps de masquer sa surprise.
– Ouais… t'as toujours été un peu lent, Sasuke.
Il releva finalement son regard vers celui du blond, lui offrant sa vulnérabilité. Naruto lui sourit.
– Alors, tu m'accompagnes ?
Sasuke se mordit la lèvre pour empêcher un trop plein d'émotion de s'écouler le long de sa joue. Naruto ne le trahirait jamais. Un silence se fit dans l'espace imprécis qui les séparait, et Naruto lâcha un soupir.
– Tout ce que je fais… Ça n'a de sens que si tu es là.
Sasuke serra la main de Naruto si fort que ce dernier laissa échapper un rire, et baissa le regard vers leurs doigts entrelacés.
– Alors allons à Uzushio.
Naruto resta muet un instant. Il fit :
– Si toi aussi… tu y trouves du sens.
Sa voix n'était qu'un chuchotis, apeuré de briser une réalité rêvée ; désireux de la confirmer. Sasuke acquiesça doucement. Puis il entreprit de se lever, s'assurant que Naruto suivait, que sa main restait enveloppée dans la sienne. Une fois le blond à sa hauteur, il lui demanda :
– Ça t'est déjà arrivé ?
Naruto l'interrogea du regard, avant de comprendre. Il lâcha un léger rire, impuissant face aux tons rosés qui coloraient ses joues. Il détourna le regard et ne vit pas l'expression sidérée sur le visage de Sasuke. Le brun ne pouvait que trop facilement imaginer ce qui avait déjà causé à Naruto au moins une autre crise d'anxiété, et il lâcha sa main. Le sourire de Naruto s'effaça aussitôt, son regard tombant vers leurs mains, en même temps que son euphorie, chutant d'un coup, trop fort. Sasuke vint alors déposer sa main dans son dos et le serrer contre lui. Naruto resta sans voix, et Sasuke resserra leur étreinte. Naruto n'était pas habitué à ce contact, qu'il n'avait initié qu'avec Iruka, sa mère, et Sasuke. Sur ce même pont. Il y avait souvent pensé, après. Il en avait même rêvé, après. Il en avait pleuré, parfois. La main ferme qui le pressait contre le corps de Sasuke était bien réelle, pourtant. La joue froide frôlant la sienne était bien réelle, aussi. Naruto n'osait pas, mais il était las, et il en était là. Alors il enlaça Sasuke à son tour. Naruto enveloppa la taille du brun, et laissa sa tête reposer dans son cou, respirant sa présence, se laissant aller à la tendresse dont il avait toujours su que Sasuke abondait. Il n'avait simplement pas osé croire qu'il la lui réserverait. Les mots qu'ils n'osaient se dire, qu'ils ne savaient se dire, infusaient chacun de leurs mouvements. Naruto se rendit brusquement compte d'à quel point il avait besoin de cette douceur dont il avait été privé pendant tant d'années. Sasuke n'était pas près de le lâcher. Ces gestes lui avaient trop manqué.
– Ce jour-là, sur ce pont… tu es devenu mon rêve.
Le silence les recouvrit, et Naruto pouvait presque sentir la tension dans la gorge de son ami. Seule une larme écrasée contre sa tempe lui répondit.
Merci d'avoir lu ! Je serais vraiment contente d'avoir vos retours et ressentis. :)
