12/12/13 - 04/01/14

Il était une fois une jeune femme, appelée Lyloya, enroulée dans un pull de laine bien chaud et recouvert d'une couverture. Elle savait qu'elle devait taper son histoire, et elle en avait envie, mais le froid glacial qui régnait dans la pièce lui mordait les doigts lorsqu'elle les posait sur son clavier...
Alors Lyloya monta le chauffage et commença à écrire.

Bonne lecture ;)


Les maraudeurs étaient attablés depuis une bonne demi-heure pour célébrer ce match contre les Poufsouffles, qui avait été si court qu'il leur restait une bonne partie de l'après-midi devant eux. Il ne restait plus qu'une semaine avant les vacances de Noël, et tous avaient hâte d'y être. Enfin, tous, sauf Peter.

- Comment ça, tes parents ont annulé au dernier moment et te disent de rester à Poudlard ? S'étonna Sirius. Ils n'ont jamais fait ça, ils auraient pu te prévenir à l'avance.

- S'ils l'avaient fait, je suis sûr que mes parents n'auraient vu aucune objection à t'emmener aussi, soupira James, déçu qu'une si belle occasion leur eût échappé.

Queudver haussa les épaules. Il trouverait bien de quoi s'occuper, mais Noël sans sa famille ne ressemblerait plus vraiment à Noël, à son avis. Les parents de James louaient quant à eux un cottage en bord de mer pour passer les vacances d'hiver, invitant naturellement, puisqu'il habitait à présent chez eux, Sirius à se joindre à eux. Et Remus... Remus rentrait comme tous les ans pour rassurer sa chère maman sur son état, sa santé, ses amis, ses notes, etc. etc. Les Lupin étaient des gens très gentils, mais il fallait reconnaître, bien que ce fût sans doute justifié suite à ses mésaventures d'enfance, que Mrs Lupin était un brin surprotectrice et parfois à la limite de la paranoïa.

- Donc on va dans une ville intégralement moldue ? Demanda Sirius à son meilleur ami, reprenant la conversation qu'ils avaient avant l'intervention déçue de Peter.

- Oui. Enfin il y a peut-être des sorciers qui y habitent, mais d'après ce qu'ils m'ont dit, Plymouth est une ville moldue.

- Wouhou ! J'ai toujours eu envie de voir à quoi ressemblait Noël sans magie !

Remus sourit. Ah, Sirius et les technologies moldues ! Sans doute à cause de son aversion pour sa famille, le sang-pur avait développé une véritable passion pour tout ce qui ne venait pas du monde magique. Il aurait aimé que les sorciers soient plus ouverts à la découverte des moldus, et qu'un véritable mélange de culture soit possible. Remus partageait son point de vue jusqu'à un certain point, cela dit, il trouvait qu'ils avaient une trop forte tendance à s'en prendre à la nature.

- Bonjour !

Ils se tournèrent dans un bel ensemble vers les deux jeunes filles qui les avaient interpellés d'une même voix.

- C'était un beau match, vous avez bien joué, lança Lily d'une petite voix, s'adressant à James, quoiqu'elle ne le regardât pas vraiment.

- Euh... et bien merci.

Remus observa la situation d'un œil neutre. Peter semblait indifférent, James était embarrassé, tout comme Lily qui paraissait vouloir ajouter quelque chose sans savoir quoi. Et Sirius fixait un regard noir sur la jolie rouquine, pour ne pas changer. Décidément, il avait hâte que toutes ces histoires se terminassent, mais pour ça, il allait falloir que Lily passât à la vitesse supérieure, ce qu'elle semblait avoir du mal à faire. Il leva les yeux et croisa les regards de Jonathan et Lutha. Tous deux examinaient aussi ce qui se passait à la table des Gryffondors d'un air critique. Ils lui sourirent avec amusement avant de se détourner pour se replonger dans une conversation, qui, semblait-il, était passionnante. Le loup-garou soupira. Il était sûr que, si des efforts étaient faits de chaque côté, ses meilleurs amis s'entendraient à merveille avec les deux Serdaigles. Mais pour ça, il aurait fallu que l'arrogance tombât, d'un côté comme de l'autre. Il n'avait jamais pensé avoir d'autres amis que les maraudeurs, aussi ne s'était-il jamais posé la question avant, mais ce genre de situation était embarrassante, et il ne savait pas trop comment agir sans prendre de parti.

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- Tu penses que cette situation va se débloquer d'elle-même ? Demanda John d'un ton sceptique en reportant son attention sur Lutha.

La chat-garou sourit.

- Oh oui, je suis sûre qu'Evans va se décider pendant ses vacances, et, à la rentrée, on ne tardera pas à entendre parler du couple Potter Evans dans tout le collège.

- Tu ne le sauras pas, tu n'écoutes jamais les ragots.

- Il n'y aura même pas besoin d'écouter les ragots pour savoir ça.

- Si tu le dis. En parlant de ragots...

Le jeune homme saisit vivement un exemplaire du journal de l'école qu'une élève venait d'abandonner en partant. Il y avait deux revues publiées mensuellement à Poudlard : une plutôt sérieuse faite par des étudiants qui s'impliquaient vraiment, et une qui correspondait plus à un regroupement des ragots du mois. C'était de celle-ci dont il s'agissait. Avec un air soucieux, il observa rapidement la première page avant de l'ouvrir, sous le regard stupéfait de sa meilleure amie.

- Depuis quand prends-tu tes renseignements là-dedans ?

Il releva le nez et la fixa intensément. Mal à l'aise, elle l'étudia en se demandant s'il se retenait de rire ou s'il était sérieux.

- Depuis que tu fais la première page de ce genre de torchon, peut-être.

Elle ne réagit pas pendant quelques secondes, avant de glapir d'une voix qui fit se retourner une dizaine d'élèves autour d'eux :

- Quoi ?!

Arrachant la revue des mains de son amie, elle observa une photo d'elle la regarder avec un mépris souverain depuis un petit encadré en bas à droite. Elle ouvrit aussitôt le journal à la page indiquée et blêmit.

- "Une Serdaigle ayant déjà fait parler d'elle en s'en prenant à la petite amie de Sirius Black tente d'attirer l'attention sur elle en perturbant le club de potion" ?!

Jonathan ne put se retenir de pouffer. Il reprit toutefois immédiatement son air grave sous le regard qu'elle lui adressa.

- Je rêve ?! Qui a osé publier une seule de ces lignes sur mon compte ?!

Ses yeux descendirent jusqu'au nom de l'auteure de l'article. Il s'agissait d'une Poufsouffle. Lorsqu'elle donna son nom à son ami, il répondit d'un ton fataliste :

- C'est la meilleure amie de ta chère Sara Prewett. Comme on s'y attendait, elle est derrière ça depuis le début. je ne pensais pas qu'il y avait une suite au plan foireux, par contre.

- Ni moi non plus, sinon je n'aurais pas attendu sagement que cet article soit publié ! Comme si j'avais besoin d'une publicité supplémentaire ! Moi qui avait réussi à si bien rétablir mon anonymat ! Tout ça c'est la faute de Sirius Black !

Il haussa un sourcil.

- Tu ne peux pas nier ta part de responsabilité. Si tu avais été un tantinet plus neutre envers lui, ce ne serait pas arrivé.

Elle le fusilla du regard.

- John ! Dans quel camp tu es ?!

- Le tien, le tien, répondit-il précipitamment. A propos de Black, je crois que ça fait partie du plan de ses groupies de lui faire découvrir l'article, annonça-t-il en désignant du doigt la table des Gryffondors.

Elle pivota furieusement. Prue Jinggle, la même élève qui avait tenté de la faire accuser en la dénonçant à Slughorn, s'était approchée des maraudeurs avec un petit tas de revues à distribuer. Ils l'ignorèrent cependant lorsqu'elle leur en proposa un exemplaire, sachant parfaitement à quel type de contenu s'attendre avec ce torchon. Elle en fit néanmoins accidentellement tomber un devant eux, et Lutha vit un air curieux s'étaler sur le visage de Sirius Black, qui se saisit de la revue.

- Oh, oh, commenta Jonathan en retenant un sourire. Hey ! Attends-moi !

La Serdaigle s'était levée d'un pas vif et elle traversait la grande salle pour s'approcher des maraudeurs. Elle fut cependant hélée au passage par Lily Evans.

- Quoi ?! S'exclama-t-elle agressivement à la pauvre Gryffondor.

Celle-ci, bien qu'elle parût surprise, ne se dégonfla pas pour autant et annonça :

- Je me demandais si tu pouvais faire passer ma demande de séjour en Grèce, comme tu as l'habitude du mode de courrier là-bas. Peut-être ton frère pourrait-il s'en occuper, vu que c'est grâce à lui que j'ai trouvé mon stage.

Jonathan crut que son amie allait frapper la rousse, mais elle répondit d'une voix très calme, quoiqu'un peu froide.

- Oui Evans, je peux faire ça. Tu n'auras qu'à me donner tout ça pendant le prochain cours d'arithmancie.

Elle s'apprêtait à reprendre sa route, lorsque ce fut O'barton qui la retint, cette fois.

- Hey, Layos !

Sans même prendre la peine de répondre, le jeune fille pivota souplement en attendant la suite.

- As-tu des vues sur Lupin ?

John étouffa un rire mais fut déçu de constater que la question ne surprenait pas Lutha. Elle avait plutôt l'air de juste l'exaspérer, comme si ce n'était pas la première fois qu'on la lui posait.

- Non. Absolument pas. Maintenant, au cas où vous n'auriez pas remarqué, j'ai un truc à faire.

Elle les planta là, tandis qu'il la suivait, on ne peut plus amusé. Lorsqu'il ouvrit cependant la bouche, elle asséna sèchement :

- Ferme-là, John, si tu ne veux pas que je te jette un sort.

Il rit mais obtempéra, conscient qu'il aurait tout le temps de l'embêter plus tard avec ça. Lorsqu'ils arrivèrent face aux maraudeurs, la tentative de Lutha pour les empêcher de lire l'article avait complètement échoué. James fut le premier à réagir à leur présence.

- Alors comme ça, Layos, tu essayes de mettre le grappin sur Sirius en faisant exploser des salles de potion ?

- Mais bien sûr, Potter. Je rêve depuis le début de l'année de Black. C'est pour ça que je lui ai si chaleureusement serré la main das le train, et que je me montre toujours aimable et admirative envers lui.

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Tous les garçons sourirent à ces mots, Sirius le premier. Remus avait tout de même l'air soucieux.

- Il faut faire quelque chose pour dénoncer ces filles. C'est complètement anormal de pouvoir dire des horreurs pareilles sans recevoir les conséquences.

Patmol observa Layos. Celle-ci secoua vigoureusement la tête pour signifier son désaccord.

- Merci Remus, mais ça a suffisamment attiré l'attention sur moi. S'il doit y avoir des conséquences, elles seront discrètes et plus efficaces que de simples remontrances de professeurs.

Les trois plus turbulents des maraudeurs sourirent. Ils auraient réagi avec le même état d'esprit si ce genre d'attaque avait été portée contre eux.

- Ah, et Lupin, fais comprendre à tous les abrutis de ta maison que non, on ne sort pas ensemble, et que non, ni toi ni moi ne sommes intéressés, parce que si quelqu'un me pose encore cette question, je le tue.

Sirius se sentit rougir et s'aperçut que Jonathan Float le fixait avec un sourire grandissant, comme un enfant qui venait de découvrir une très très grosse friandise que personne n'avait encore remarquée. Remus haussa un sourcil surpris.

- Qui a bien pu te demander ça ?

Au supplice, Sirius s'attendit à voir le regard de la Serdaigle se poser sur lui mais elle n'en fit rien, désignant plutôt Mary O'barton.

- Tes prétendantes.

- Mes... mes quoi ?!

Au grand dam du loup-garou, ses amis, Serdaigles comme Gryffondors, éclatèrent d'un rire peu charitable.

- On vous laisse le soin de lui expliquer le sens de la vie, sourit Jonathan avant d'ajouter : on a des trucs à faire, comme des comptes à régler, des premières années à terroriser, ou des regards méprisants à envoyer à tous ceux qu'on croisera, le pain quotidien, quoi... Donc bon appétit !

Il s'éloigna de quelques pas sous leurs regards surpris et amusés. La jeune fille les observa quelques instants supplémentaires avant d'arrêter son regard sur Sirius.

- Je te préviens Black. Si jamais je t'entends encourager cette rumeur, ou même encourager un quelconque bavardage sur mon compte, tu es un homme mort. Et je me contenterai pas de ton joli nez avant de t'achever, cette fois.

- Mon joli nez ? Commença-t-il avec une lueur moqueuse dans le regard.

Elle lui adressa un sourire moqueur avant de rejoindre son meilleur ami pour s'éloigner.

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- Qu'est-ce que tu comptes faire pour ces filles ?

- Rien.

Le grand blond dévisagea son amie avec surprise tout en marchant.

- Sérieusement ?

- Elles sont suffisamment pitoyables par elles-mêmes, comme le prouve cet article. Et, honnêtement, je m'en contrefiche, d'elles. Ne pas réagir sera la pire insulte que je puisse leur faire, pour elles, et elles vont se montrer très vexées. En plus, je pense que Black va lui-même arranger les choses de son côté.

- Pourquoi ferait-il ça ? Demanda John avec un sourire.

- Oh, ce n'est que suppositions, mais je crois qu'il n'a pas apprécié que l'article parle de lui comme une cible facilement manipulable par une fille. Par moi, plutôt, en fait. Tu ne penses pas ?

Le Serdaigle sourit. Oui, il était persuadé que le Gryffondor allait intervenir, mais il était également persuadé que ses motivations étaient toutes autres que celles avancées par son amie. Mais ça, il n'allait certainement pas le lui dire, parce que ça serait beaucoup moins amusant.

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ooo

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- Siriuuus ! Qu'est-ce que tu viens faire par iciii ?!

Le Gryffondor grimaça d'agacement. Il était passé le lundi soir à la tour des Poufsouffles pour voir Sara Prewett et il avait pu constaté par lui-même qu'elle avait malheureusement retrouvé toutes ses capacités vocales. Il l'entraîna un peu à l'écart et la fixa durement.

- Qu'est-ce que c'était que cet article sur Layos et moi ?

- Oh, ce n'était pas sur toi, mais uniquement sur Layos. Il faut bien montrer à Poudlard à quel point cette fille est vicieuse ! Il y a déjà eu des articles semblables !

- La seule vicieuse que je vois ici, c'est toi. Et encore, tu n'es pas assez intelligente pour mériter ce nom. Je ne veux plus voir ce genre de chose contre elle, c'est clair ?!

Un air furieux s'afficha sur le visage de son interlocutrice.

- Oh Sirius, comment peux-tu la défendre ?! Tu ne vois pas qu'elle te manipule ?

- Sérieusement, Prewett, je n'ai rien contre les Poufsouffles, mais tu rabaisses énormément l'image de cette maison ! Tu es vraiment idiote si tu crois qu'une fille comme Layos peut avoir une influence quelconque sur moi. Et même si c'était le cas, je ne vois absolument pas en quoi ça te concernerait, alors soit tu arrêtes tout de suite de t'en prendre à elle, soit c'est aux maraudeurs que tu auras à faire la prochaine fois.

Son orgueil blessé, la Poufsouffle fit volte-face pour rentrer dans sa salle commune en courant. Sirius soupira, soulagé d'avoir mis cette corvée de côté. Remus avait eu raison : il n'avait pas réfléchi aux conséquences à long terme de son premier plan. Tout ce qu'il avait cherché à ce moment-là, c'était humilier la Serdaigle et mettre son précieux anonymat à mal. A présent, il cherchait d'autres points faibles et ne voulait compter que sur lui-même pour les découvrir. C'était bien trop amusant à faire soi-même pour qu'il confiât la tâche à quelqu'un d'autre.

Lorsqu'il débarqua dans sa salle commune, James lui sauta quasiment dessus.

- Où étais-tu ?! On avait prévu le départ de l'exploration pour il y a un quart d'heure !

Mary O'barton leur jeta un regard suspicieux, mais un regard de Remus dans sa direction la fit se détendre. Ce dernier semblait bien mal à l'aise depuis l'explication moqueuse de ses amis comme quoi la préfète lui courait après, et que ce n'était sans doute pas la seule. Cela dit, James l'avait supplié d'agir normalement, prétendant que sa présence empêchait la jeune fille de trop leur enlever de points lors de leurs nombreuses bêtises. Il s'efforçait donc de ne pas trop la fixer d'un air étonné, même si c'était plutôt chose ardue.

Ils montèrent au drotoir comme s'ils allaient se coucher, et, deux minutes plus tard, ils s'efforçaient de descendre sans faire de bruit les escaliers, serrés les uns contre les autres sous la cape de James. Une fois hors de vue de la tour de Gryffondor, Remus prit la parole d'un air soucieux :

- Dis-moi Sirius...

- Mmh ?

- Tu as du succès auprès des filles, toi, alors, dis-moi... comment fais-tu quand tu te rends compte que des filles s'intéressent à toi ?

Il aurait pu remercier ses amis de s'efforcer de rire discrètement, mais il préféra attendre qu'ils se calment en marchant devant, le nez bien haut, vexé. Une fois le rire à peu près étouffé, Patmol le rejoignit.

- Ecoute-moi bien. Tu n'as pas trente-six solutions. Ou la fille te plaît aussi et dans ce cas tu le lui dis, ou elle ne te plaît pas, et dans ce cas, soit tu l'ignores, soit si elle est lourde, tu lui fais comprendre plus ou moins subtilement qu'elle n'est pas ton genre, compris ?

- Pas mon genre... Répéta le loup-garou, pensif. Je me demande bien quel serait mon genre de filles.

James intervint, ses grands yeux brillant un peu trop.

- C'est simple, les contraires s'attirent : j'aime les filles sérieuses, Sirius aime les associales, Peter aime... je ne sais pas ce que Peter aime, et toi, tu vas te trouver une fille bien déjantée, sans complexe, et amusante.

Un long silence s'ensuivit. Ils fixaient tous trois l'attrapeur d'un air sceptique. Lunard fut le premier à réagir :

- Je ne crois pas que je doive me sentir flatté par la description que tu fais de quelqu'un qui serait mon contraire.

- Et je n'aime pas les associales, d'où sort cette conclusion ? Renchérit Sirius, sourcils froncés.

James et Remus échangèrent un regard et sourirent.

- On se remet en route ? Lança Queudver, soulagé que la conversation ait tourné court.

- C'est parti ! Je ne voudrais pas gâcher notre dernière exploration avant Noël !

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ooo

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- Bon sang de verrue de troll desséché, par le caleçon troué et puant de ce vieux shnock de Merlin, et pas tous les diables des sept enfers, est-ce que c'est si compliqué de dénicher une fichue gargouille mal placée de diligence où il y aurait de la PLACE ?!

Assise sur un muret recouvert de neige, Lutha observa son ami revenir d'un air dépité vers elle.

- Tu ne serais pas de mauvaise humeur, toi, par hasard ?

- Moi ?! De mauvaise humeur ?! Je suis toujours aussi charmant qu'une rose, moi, mademoiselle !

Elle rit et se leva d'un bond. Exaspéré, il la suivit à travers les véhicules et la vit soudain ouvrir la porte de l'un d'entre eux avant de se retourner pour le sourire en montrant son nez. Levant les yeux au ciel, il récupéra son hibou et la rejoignit dans la diligence. Quelques minutes plus tard, celle-ci s'ébranla, et un long cortège de diligences se mit en route pour la gare de Pré-au-Lard. Jonathan ne tenait pas en place, ne cessant de regarder par la fenêtre où ils en étaient. La chat-garou observa son manège quelque temps sans broncher avant d'intervenir :

- Qu'est-ce qui ne va pas, Jonathan ?

- Tout va très bien, pourquoi ?

Elle le fixa de ses grands yeux ambre, un petit sourire aux lèvres.

- Pas à moi, John. Je te connais depuis la première année, et, si je ne suis pas aussi experte que toi, je suis quand même devenue une pro de l'interprétation de comportement, en te fréquentant. Qu'est-ce qui te tracasse ?

Il pinça les lèvres un bon moment tandis qu'elle attendait tranquillement, en face de lui, qu'il se décidât à parler.

- C'est que... Je suppose que dans le genre étrange, ta famille doit être pas mal classée...

Elle haussa un sourcil et hocha lentement la tête en visualisant les portées de ses frères et sœurs.

- Mais si on considère une famille de sorciers... disons normale et vivable... la mienne est très éloignée de ce modèle. Je réalise que tu risques de vivre un enfer en venant chez moi.

Elle éclata d'un rire un peu cassant.

- Crois-moi, John, quoique ce soit, rien ne pourra être pire que chez moi.

- Ma mère considère que dans sa maison, personne n'a de vie privée, ni de pudeur à avoir. Elle ouvre les portes quand ça lui chante, quand on ne s'y attend pas, et elle vient se mêler de ce qu'on fait.

- Avoir des frères et sœurs de portée revient à considérer que ces choses n'existent pas. Je m'y ferai.

- Ma petite sœur est toujours en train de sauter partout. C'est une hystérique, on ne comprend jamais de quoi elle parle ; elle me voue une admiration sans bornes et me suit partout dès que j'ai un pied dans la maison.

- Elle ne peux pas être pire que Black, et lui en plus, il ne m'admire même pas...

Elle poussa un soupir à ces mots et il s'interrompit dans sa lancée pour lui adresser un regard moqueur.

- Quant à mon père...

- A ce sujet, quelques soient ses tares, dis-toi qu'il ne pourra jamais vaincre le mien en matière de père horrible. Teneös est...

Elle frissonna et se détourna sous son regard surpris. Elle n'avait jamais évoqué ses parents devant lui. Qu'elle l'appelât par son prénom lui semblait étrange, mais il ne releva pas. Sans doute n'était-elle pas assez proche de lui pour vouloir l'appeler "papa" ou "père". Ou peut-être que chez les chats-garous, ils n'utilisaient pas ce genre de noms. Ou alors...

- Teneös, ça veut dire "père" ?

Elle tourna très lentement la tête vers lui, et, pour la première fois de sa vie en sa présence, il se sentit extrêmement mal à l'aise. Elle le fixait d'un air parfaitement neutre et pourtant, il pouvait sentir dans sa position qu'elle était tendue.

- Euh... excuse ma question, c'est...

- Teneös est le nom de mon père. Quand bien même j'éprouverais une quelconque affection pour lui, je ne l'aurais jamais appelé ainsi si je tenais à ma vie. Passés dix ans, il est considéré comme enfantin et rabaissant de continuer à appeler ses parents "papa", "maman" ou autre.

- Si... si tu tenais à ta vie ?

Elle soupira.

- Tu n'as toujours pas compris, hein ?

- Je suppose que non, si tu me le demandes.

Elle passa une main dans ses mèches blanches hérissées, soucieuse.

- Dans mon espèce, les gens comme moi sont des parias. Les autres nous détestent. C'est les gens comme moi qui ont été à l'origine de bons nombres de conflits entre sorciers et chats-garous. Nous avons beau avoir plus de capacités que la moyenne, que fait une araignée contre cent fourmis si ce n'est se soumettre ou mourir ? Je suis venue ici faire mes études parce que c'était le bon vouloir de Teneös, et parce que ça fait partie de ses plans me concernant. C'est un homme froid, ambitieux, puissant, et avec l'avancée des technologies, il l'est de plus en plus. Il est très difficile de lui échapper. Quant au vaincre, ça relève de l'impossible. Il fait partie de ceux qui ont une immunité complète contre la magie, ce qui explique que la mienne soit très forte. Beaucoup se sont demandé comment cet homme avait pu donner naissance à une enfant comme moi. Teneös... n'aurait pas toléré de moi que je l'appelle "père". Je ne suis qu'un instrument pour lui, et il ne fait que tolérer ma présence dans sa famille en me laissant la vie sauve.

Elle se tut, la gorge nouée. Son meilleur ami la fixait avec des yeux ébahis.

- Je... je ne pensais pas que c'était à ce point.

- Je sais.

- N'y a-t-il personne qui puisse t'aider ? Dumbledore...

- ... est un sorcier, et même s'il en était capable, il n'interviendrait pas. Une guerre avec les chats-garous est la dernière chose qu'espèrent les sorciers en ce moment. Leurs rangs sont suffisamment divisés par Tu-Sais-Qui. Non John. Je ne peux compter que sur moi-même, et peut-être Zephyr, pour m'en tirer.

- Et moi qui avait l'impression de te connaître...

Elle sourit. La diligence s'arrêta.

- Tu me connais mieux que tout le monde, mon cher. Tu as toujours su que je détestais rentrer chez moi, que quelque chose m'effrayait là-bas. tu n'étais juste pas en mesure de trouver quoi. A présent tu sais. C'est pas mal que tu sois au courant finalement. Je ne pensais pas que ça me ferait autant de bien de parler de ça...

- Tu m'étonnes ! Garder tout ça pour toi ! Même moi je n'aurais pas pu vivre avec un secret pareil.

La porte s'ouvrit soudain sur Sirius Black, un large sourire aux lèvres.

- Excusez-moi, je cherchais Remus. Mais je vois que je tombe bien ! De quel "secret pareil" s'agit-il, si je puis me permettre ?

- Tu ne puis pas, Black, rétorqua Lutha sans perdre son sourire. Laisse-nous descendre, nous aimerions ne pas rater le train.

Il s'écarta.

- Ma petite Serdaigle préférée a l'air d'avoir des tas de choses à cacher. Faudra-t-il que j'aille en Grèce pour les découvrir, ou ai-je une petite chance en restant ici ?

Elle se figea. Jonathan ricana d'avance à ce qui allait se produire.

- Black, Black, Black... toi qui la capacité de réflexion d'une paramécie... Je ne suis ni "ta", ni "petite", ni "préfére", pour commencer... Et ensuite, si tu vas en Grèce... sache que je mettrai des fleurs sur ta tombe. Je sais faire preuve de charité, je sais qu'il n'y en aura pas beaucoup.

Elle et Jonathan s'éloignèrent avant qu'il pût répliquer et s'engouffrèrent dans le train.

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Remus leva le nez de son roman pour jeter un coup d'œil à Patmol. celui-ci observait le paysage d'un œil sombre. Où était donc passé sa bonne humeur à l'idée de filer pour Plymouth avec James ? Celui-ci ne s'en était apparemment pas rendu compte, puisqu'il était plongé dans Le Quidditch à travers les ages, s'étant appliqué un sort de surdité.

- Sirius ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Oh, rien...

Remus sourit, amusé.

- Je crois que tous les maraudeurs savent depuis longtemps ce que veulent dire tes riens. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je me demande juste... Je ne crois pas me tromper en affirmant que Layos n'est pas vraiment quelqu'un de méchant, qu'elle se donne juste ce rôle, non ?

- Et bien... oui, j'imagine...

- Ce qu'elle cache doit vraiment être quelque chose de très important, ou dangereux, parce qu'à chaque fois que j'en approche, elle m'attaque sur mes... mes faiblesses.

- Ta famille, je suppose ?

- Oui.

- Peut-être que tu devrais laisser tomber ?

- Tu crois ?

Le loup-garou observa son ami. Il avait les sourcils désespéramment froncés, et il fixait ses mains comme si elles contenaient la réponse. Tout ça dépassait de loin la simple idée qui l'avait poussé à s'intéresser à la Serdaigle au départ.

- Je crois que tu ne t'y prends pas de la bonne manière. Harceler Lutha ne t'aidera pas à en apprendre plus sur elle. Peut-être devrais-tu simplement sympathiser avec elle. Vous vous entendez bien, malgré tout. Tout ça, c'est de l'esbroufe, mais je ne suis pas aveugle, et je sais que ça t'amuse d'avoir quelqu'un qui a assez de répartie pour te rembarrer en beauté.

L'air sérieux s'effaça pour laisser place à une expression indignée.

- Quoi ?! Sympathiser ? Mais jamais de la vie ! Mais qu'est-ce que tu t'imagines ? Elle n'a aucune éducation, elle rejette tout le monde ! Non, je vais découvrir ce qu'elle cache, et après...

- Après tu feras quoi ?

Sirius ouvrit deux ou trois fois la bouche pour la refermer avant de lancer d'un ton résolu :

- Après j'aviserai.

Malgré lui, Remus sourit et se replongea dans son livre en secouant la tête. Son ami était un cas désespéré. Et il n'était pas prêt d'apprendre le secret de Lutha. Car secret il y avait en effet, lui-même en était persuadé.

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ooo

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- Je te trouve très bavarde aujourd'hui, commenta John d'une voix basse, afin qu'on ne l'entendît pas depuis le couloir. Tu n'aurais pas envie de m'en dire plus ?

- Tu es insatiable... Même si je répondais à tes questions, tu en trouverais toujours de nouvelles...

Il se contenta de la regarder, affichant son plus beau regard de chien battu. Elle le dévisagea tout en décapitant sauvagement une chocogrenouille avant de soupirer.

- Soit, vas-y, je t'écoute.

- Est-ce que les chats-garous fraient avec de vrais chats, puisqu'ils fréquentent de simples humains ?

Elle rigola.

- Les vrais chats manquent de personnalité, mais nous les aimons bien, c'est vrai.

- Si je te jetais un sort, tu n'en sentirais pas les effets ?

- Tu n'as qu'à essayer.

- Je peux ?

- Je ne te ferai rien en retour, ne t'inquiète pas. Un sort mineur sera repoussé aisément par ma barrière corporelle. J'ai dû travaillé dur pour apprendre à faire en sorte que cette barrière accepte la magie qui vienne de moi, tout en bloquant un sortilège extérieur, mais depuis le temps, je suis au point.

Le grand blond sortit sa baguette et réfléchit quelques secondes avant de la pointer sur son ami.

- Rictusempra !

Le sortilège fusa et s'arrêta contre la paume que Lutha avait levé par réflexe. Impressionné, il secoua la tête avec enthousiasme.

- Incroyable ! Comment j'avais pu ne pas remarquer ça ?! On devrait forcément le remarquer quand on s'exerce en classe, non ?

- Les professeurs sont tenus de ne pas me donner d'exercice qui risquerait de dévoiler ma nature. Tu n'as donc jamais eu l'occasion de t'en apercevoir, je pense.

- J'ai discuté avec des Serpentards par curiosité pendant ton absence.

- Je sais. Tu l'as évoqué. Et alors ?

- Ils sont bourrés de préjugés. Une haine ancestrale est transmise contre les chats-garous. Je ne comprends même pas qu'une guerre n'éclate pas de nouveau quand je vois ce qu'ils seraient prêts à faire s'ils en découvraient un.

- C'est une simple question de pays différent, John. Ce n'est pas un problème en Grèce, par exemple, parce que la présence des chats-garous fait une sorte de trou noir dans l'équilibre magique, et il y a très peu de sorciers, là-bas. En tout cas, crois-moi, la haine est réciproque. On m'a enseigné très clairement, surtout vu qui je suis, que les sangs purs étaient des êtres abjects qui avaient fait des centaines de morts dans nos rangs. Je ne pourrais avoir de sang pur pour ami, même si c'était quelqu'un qui m'acceptait.

- Mmh ?

- Imagine, le bruit courrait : une chat-garou et un sang pur... et ce serait la catastrophe. Trop de préjugés de deux côtés.

- Tu sais quoi ? Sourit Jonathan.

- Je ne vais sûrement pas tarder à la savoir.

- Les préjugés c'est con. Je préfère détester les gens tous sans exception, au moins, je ne fais pas de jugement stupide.

Ils éclatèrent de rire.

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Appuyé contre la cloison du couloir, Remus ferma les yeux. Une toute autre personne que lui n'aurait rien entendu et aurait passé son chemin. Mais lui était un loup-garou. Son ouïe était affûtée. Bien malgré lui, il avait appris ce que Sirius cherchait. Et à présent, il aurait donné beaucoup pour ne pas le savoir. Lutha était une chat-garou. Une chat-garou douée de magie. Voilà qui expliquait tous les comportements de la jeune fille. Comment allait-il cacher ça à ses compagnons de dortoir ?

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- Je déteste la poudre de cheminette. Je te déteste, John.

- Mais oui, je sais. Allez, fais-le.

La jeune Serdaigle prit une poignée de poudre et la lança dans le feu. Les poils de sa nuque hérissée, elle entra dans la cheminée et articula distinctement :

- Maison de Jonathan Float !

Tout tournoya autour d'elle et elle préféra fermer les yeux. Lorsqu'elle se fut stabilisée, elle toussa et s'écarta pour permettre à John d'arriver à son tour. Couverts de suie, ils émergèrent dans un salon meublé agréablement.

- Ah, vous voilà enfin ! On se demandait si on allait enfin pouvoir dîner.

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ooooo

Fini ! Ouf ! La suite arrivera dès que j'aurais passé mes partiels, le temps que je la tape, donc d'ici une à deux semaine (je prévois de faire court)

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Bouhouhouhou ! Pourquoi bouhouhouhou ? Deux raisons :

Primo, je ne suis pas hyper contente de moi, mais on va dire que ça ira, d'autant que je me rattrape au prochain chapitre ;)

Secundo... je suis en manque de revieeeeeeews ! ^^ J'aime pas en demander (nan nan, je le jure, c'est vrai euh !), mais ça me motive tellement quand j'en ai. Même si c'est pas des trucs tout gentils tout niais. Commenter et savoir ce que vaut son travail, c'est important, même si c'est des critiques :)

Fin bref, j'arrête de me plaindre et j'espère que vous avez aimé ce chapitre. dans le prochain, ce sera vacances et vacances :)

Et maintenant je vais répondre aux quelques com que j'ai eus ^^

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deseria222 - j'aurais du répondre en direct, mais comme j'ai oublié, je me dis que tu liras ici, ce sera plus dans l'ambiance qu'un message privé :)
Donc : merci tout d'abord ^^ Le détail de ta review m'a fait très plaisir, surtout qu'il correspondait au jugement que j'avais de mon travail sur le dernier chapitre. Oui, c'était prévu être une histoire qui s'arrête là toute simple et tout, l'accusation de Lutha. Qu'on s'en prenne à toi si tu m'as fait rajouté ce bout d'histoire (bah je pouvais pas ne pas te donner raison, donc j'ai improvisé, mais comme je passe mon temps à ça, ça devrait aller ^^). Le rapprochement est prévu, j'ai tout en tête, mouhahahaha ! Encore merci et bisous à toi aussi :)

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Chloris - Merci ! Et oui, la tête de Lutha quand il lui a demandé... Tu rigoleras sans doute encore plus en te disant que, pour la décrire au mieux, j'ai apssé dix minutes à essayer de l'imiter devant un miroir en me jouant le dialogue ^^ Je ne sais pas pourquoi Lily est un boulet, mais je suis assez d'accord. Mademoiselle n'est pas très douée, mais ça va s'arranger, elle a une maman très compréhensive et très bonne conseillère ^^. Comme tu dis si bien, Hasta Luego ! :)

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Betouni - Merci :) très sympa de ta part, vraiment, je ne saurais quoi faie sans ton aide pour me rendre partout. D'autant qu'avec les repas de fin d'année, les joues aussi ont enflé ^^ Jonathan muggle... il est... comment dire... son intelligence n'a pas vraiment été exagérée, mais l'utilisation qu'il en fait a été détournée ^^ Il passe plus son temps à essayer de pourrir la vie de ses amis et ne s'intéresse pas aux autres, son gros défaut, ce qui explique que mon John chéri ne l'ai pas du tout ^^ J'espère que tu as été ravie de lire cette suite en effet, et la suite de la suite arrivera après mes partiels :) tchou !