18/07/15 - 24/12/15

Chapitre un peu plus court que les autres, mais il ne pouvait se prolonger au vu de la fin ;p

Je ne vous fais pas attendre plus longtemps que ces 6 mois... -" (pour les explications de retard, voyez à la fin)

PS = Pour votre culture, allez chercher le sens des expressions animalières que vous ne connaissez pas :p

PPS = Ne lisez jamais les réponses aux reviews avant le chapitre, il y a des spoils souvent ^^

Bonne lecture ;)


Jonathan relisait ses notes de sortilèges avec un ennui profond. Il commençait à en avoir plus qu'assez de ces révisions ainsi que de l'ambiance dans laquelle elles les plongeaient. Il avait hâte d'enfin pouvoir mettre sa scolarité derrière lui. Il n'avait toujours vu ça que comme une longue période de formalités à remplir avant d'entrer dans la vie, et celle-ci touchait enfin à sa fin. Il avait eu quelques longues discussions avec son père et tous deux avaient parlé de ses projets d'avenir. Il ne savait pas s'il commencerait des études ou un travail tout de suite, mais il ne se sentait pas prêt pour choisir sa voie aussi vite. Il passerait probablement une année à essayer différentes choses afin de se décider. Sa mère protesterait sans doute, mais il avait l'autorisation du patriarche familial. Si celui-ci ne donnait que rarement son avis dans la vie de famille, préférant laisser sa femme s'occuper de tout sans se préoccuper des petits tracas de la vie, lorsqu'il prenait une véritable décision, il devenait difficile de le contredire.
A part avec son père, il n'avait pas vraiment parlé à d'autres personnes de ce qu'il allait devenir. La seule avec qui il aurait pu le faire était Lutha, mais, pour des raisons assez évidentes, ils n'évoquaient que rarement leurs possibilités futures. Il n'aimait pas pratiquer ce genre de conversation à sens unique. Il reposa son cours en soupirant. La situation de son amie le travaillait. Il savait qu'elle accepterait difficilement son aide s'il tentait de se mêler de sa vie non plus seulement en paroles, mais également en actes. Il devait donc soigneusement réfléchir à la manière dont il allait s'y prendre s'il voulait faire quelque chose pour elle. Elle était aussi têtue que lui et n'était pas loin de l'égaler sur le plan intellectuel, ce qui compliquait les choses.

Un raclement de chaise le fit sursauter. Lucy venait de se lever brusquement en poussant ses cours loin d'elle.

- Bon, moi, j'en ai marre, je vais aller profiter du soleil dans le parc. Vous venez ou vous avez encore de la motivation en réserve ?

Le jeune homme leva les yeux pour observer sa meilleure amie. Lutha jeta un bref coup d'œil aux cours qu'elle avait étudiés pendant les cinq premières minutes de leur séance de révision, avant de se plonger dans une énième lecture du Seigneur des Anneaux.

- Moi, j'ai assez travaillé, annonça-t-elle alors en s'étirant. J'ai bien besoin de soleil dans ce pays de sauvages.

John sourit en levant les yeux au ciel et suivit simplement le mouvement en rangeant ses affaires à son tour. Deux minutes plus tard, les trois Serdaigles marchaient de front dans les couloirs en direction de la sortie du château. Lorsqu'ils arrivèrent dans le parc, ils constatèrent qu'un soleil bien chaud brillait en effet dans le ciel du dernier jour de mai. De nombreux élèves étaient installés dans l'herbe, pour en profiter. Pour les plus jeunes, ils s'amusaient, principalement, bien que certains eussent pris leurs affaires pour les examens de fin d'année, mais c'était surtout les cinquièmes et les septièmes années qui étaient, pour la plupart, plongés dans leur travail. Ils passèrent d'ailleurs à côté de Natacha et Elisabeth, allongées sur une couverture, apparemment en plein débat sur les contre-sorts utilisables en duel. Elles se redressèrent pour les saluer et échanger quelques mots, ce qui était courant quand Lucy les accompagnait. D'ailleurs, la joueuse d'échec s'assit tout naturellement à côté d'elles. Elle partageait son temps entre les deux groupes depuis des années, à présent. John et Lutha échangèrent un regard entendu.

- Travaillez bien, on va se trouver un coin un peu plus loin, déclara le garçon en adressant un signe aux filles.

Il s'éloigna d'un pas tranquille et son amie le suivit naturellement sans qu'aucune des trois autres Serdaigles ne s'en étonnât. Au bout de sept ans, tous se connaissaient. Ils cheminèrent côte à côte sans vraiment se concerter et longèrent une partie du lac noir pour arriver dans un coin généralement moins fréquenté. Les élèves prenaient rarement la peine de marcher longtemps uniquement pour aller s'étaler dans l'herbe bien verte du parc. Il y avait toutefois quelques groupes qui avaient eu la même idée et ils les contournaient en visant tous deux un endroit dégagé qu'ils avaient repéré, lorsqu'une voix les interpella dans leurs dos :

- Hey ! Layos, Float !

Ils se retournèrent en échangeant un regard surpris. James Potter et Lily Evans, assis sous un grand saule à une vingtaine de mètres, agitaient la main dans leur direction, entourés de Remus, Pettigrow, Mary O'barton, et, bien sûr, Black qui souriait, l'air aux anges. A la façon dont il les fixait, il semblait évident que si l'appel avait été émis par les autres, c'était lui qui en était l'instigateur. Lutha hésita un bref instant et John en profita pour prendre la décision, plutôt satisfait de la tournure des événements. Attrapant le bras de son amie, il l'entraîna vers le groupe de Gryffondors allongés sur des couvertures. Il ne prit toutefois pas l'initiative de s'installer avec eux, attendant paisiblement la réaction de la chat-garou. Celle-ci dévisagea avec un air hautain le couple qui leur avait fait signe.

- Qu'est-ce que vous nous voulez ?

Ils échangèrent un regard confus devant la fraîcheur de sa question et l'attrapeur ouvrit la bouche pour lui répondre lorsque Black le prit de vitesse :

- Joignez-vous à nous, maintenant que l'occasion est là, proposa-t-il en adressant un sourire désarmant à la jeune fille.

Jonathan observa avec intérêt la figure glacée qu'elle affichait fondre comme neige au soleil. Lui-même n'arrivait pas aussi rapidement à désamorcer la froideur son amie. Elle arqua un sourcil amusé et il pensa un instant qu'elle allait décliner avec l'un des sarcasmes dont elle avait le secret, mais elle finit par secouer la tête en haussant les épaules.

- Pourquoi pas, après tout. Ça pourrait être amusant.

Elle alla s'asseoir à côté de Remus, veillant à se placer à l'extérieur du cercle qu'ils formaient pour n'être trop prêt d'aucun autre d'entre eux. John la suivit et le loup-garou leur sourit aimablement en levant le nez des livres de cours étalés devant lui.

- Vos allez bien ?

Son amie gardant le silence en observant les autres, il répondit pour eux deux.

- Oh, pas mal, un peu marre de travailler, mais je suppose que c'est notre lot commun à tous. Même si certains s'y mettent plus ou moins sérieusement, si vous voyez ce que je veux dire...

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Le Gryffondor hocha la tête pour approuver en souriant, puis il jeta un rapide regard à la petite Grecque qui avait ressorti son livre et s'était plongée dedans. Bien qu'elle les devinât sans doute, elle ne fit aucun cas des coups d'œil curieux qu'ils lui lançaient tous. Ils cherchaient sans doute à comprendre pourquoi elle fascinait tant Sirius. Celui-ci la dévisageait d'ailleurs ouvertement sans plus se préoccuper du cours d'histoire qu'il lisait quelques minutes auparavant. Il n'allait probablement plus travailler pendant un moment, songea le loup-garou.

- Je suis content que vous soyez là, en tout cas, finit-il par dire en se retournant vers Jonathan qui étudiait lui aussi la scène en souriant. Avec nous.

Celui-ci acquiesça silencieusement en lui adressant un clin d'œil avant de plonger la main dans le sac de Lutha pour en retirer les fiches de révisions qu'elle avait visiblement préparées. Elle ne broncha pas, se contentant de suivre son geste du regard avant de reprendre sa lecture. En les observant, Remus se rendit compte que les deux Serdaigles étaient devenus indissociables, dans sa tête. Alors qu'il avait d'abord créé un contact avec Lutha seule, il ne parvenait plus à les imaginer l'un sans l'autre. Un peu comme si on lui avait demandé d'imaginer James, Sirius, Peter et lui-même séparés pour plus de quatre heures. Si l'on ne prenait pas en compte les vacances, bien sûr. Il se demanda ce qu'ils feraient à la fin de l'année. Pour lui et ses amis, c'était facile : ils partiraient en vacances ensemble, comme chaque année depuis trois ans, et ils n'avaient nullement l'intention de se perdre de vue, mais, pour Lutha et John, la situation était probablement un peu plus compliquée. Il ne savait pas ce que ferait la chat-garou de sa vie et il avait bien l'impression que Jonathan l'ignorait également. Peut-être qu'elle-même ne l'avait pas encore décidé. En tout cas, elle n'en parlait pas. Il trouverait dommage de ne plus jamais la revoir et il espérait qu'elle parviendrait à garder un pied dans le monde de la sorcellerie. Mais d'après ce qu'il avait compris de la situation de la jeune fille, c'était peu probable si elle retournait parmi les siens.
Il soupira. Certes, le problème était très différent pour lui, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que pour vivre tranquillement, il valait mieux être un sorcier ordinaire et bien né. Comme James, par exemple. Il secoua la tête pour se changer les idées et se replongea dans son travail, se contentant de se satisfaire de la présence de tous ses amis autour de lui. Ce que James lui aurait sûrement dit de faire s'il avait appris l'objet de ses ruminations, justement.

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Lutha tourna une page de son livre. Elle semblait complètement absorbée par ce qu'elle faisait. Quelques secondes après avoir ouvert l'ouvrage, son regard était devenu un peu absent et ses yeux glissaient d'une ligne à l'autre. Elle laissait parfois échapper un petit rire discret ou souriait vaguement en passant une main dans ses cheveux. Tous ces petits gestes, Sirius les scrutait avec attention sans plus se préoccuper de ce qui l'entourait. Il avait ressenti un vif agacement teinté toutefois d'amusement lorsque la jeune fille s'était installée à côté du loup-garou. C'était un choix logique, mais il ne l'avait pas envisagé ainsi. S'il ne s'était pas attendu à ce qu'elle se collât à lui, la distance excessive qui les séparait l'empêchait d'engager la conversation avec elle sans en faire bénéficier tout le monde. Sans doute faisait-elle cela pour se préserver. Ces efforts qu'il trouvait ridicules l'amusaient, bien qu'il eût aimé ne pas y avoir affaire. Il sourit pour lui-même et croisa le regard gentiment moqueur de son meilleur ami. Il prit une brusque inspiration et ferma les cours qu'il ne regardait plus. Puis il attrapa le policier qui dépassait de son sac et se leva pour aller s'installer juste à côté de la petite Grecque, ne gardant qu'un demi-mètre de distance. Sa réaction fut immédiate. Ses yeux s'immobilisèrent, probablement sur la phrase qu'elle était en train de lire, et elle poussa un soupir irrité.

- Qu'est-ce que tu fous dans mon espace vital, Black ? Grogna-t-elle.

- La réponse est dans la question.

Elle arqua son sourcil droit bien haut mais ne fit aucun autre commentaire. Float se racla la gorge et se recula vers James, probablement pour être plus à l'aise, Sirius ayant pris la place auprès de son amie. Celle-ci tenta de se remettre à lire, mais le Gryffondor observa avec intérêt ses yeux parcourir plusieurs fois la même ligne sans avancer.

- Des problèmes de concentration, Layos ? Murmura-t-il d'une voix moqueuse.

Il savait que Remus l'avait sûrement entendu mais il fit comme si de rien n'était et garda son attention fixée sur ses cours.

- Il faut croire que ta respiration haletante est trop dérangeante pour moi, souffla-t-elle avec sarcasme.

Il haussa les épaules avec nonchalance.

- Bah, tu peux bien t'en accommoder, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

Il vit les yeux d'ambre de la chat-garou glisser dans sa direction sans qu'elle ne bougeât la tête et une ombre de sourire se dessina sur ses lèvres.

- Encore heureux, Black, encore heureux.

Il laissa passer un bref instant de silence. Il se sentait bien. Pour une fois, Lutha avait laissé tomber sa veste et la chemise d'uniforme à manches courtes s'accordait bien à ses cheveux blancs décoiffés. Une fois de plus, il ressentit l'envie d'y passer sa main pour l'y laisser, mais il s'en abstint.

- Je suis content que tu aies accepté de venir avec nous, déclara-t-il à mi-voix.

Il eut la satisfaction de voir les joues de la jeune fille s'assombrir légèrement.

- Il faut bien que quelqu'un relève le niveau intellectuel moyen de ce groupe. John et moi faisons largement l'affaire pour compenser l'immense gouffre que toi et Potter creusez.

- En réalité, si tu me trouvais vraiment stupide, me parlerais-tu ?

- Sans aucun doute, puisque c'est le cas, répondit-elle avec aplomb.

Il sourit, curieux. Elle avait sûrement une idée derrière la tête.

- Et pourquoi me parlerais-tu, du haut de ton piédestal ?

- Parce que je te garderais un chien de sa chienne pour m'avoir adressé la parole en début d'année alors que je voulais seulement lire tranquillement dans mon compartiment en attendant l'arrivée à Poudlard pour une dernière année paisible et anonyme.

Elle tourna enfin la tête vers lui et lui sourit à pleine dents, moqueuse. Il le lui rendit. Puis ils grimacèrent de concert, ainsi que tous les autres, James s'étant inconsciemment mis à chantonner. Et si le jeune homme faisait un excellent joueur de quidditch, il avait toujours été certain qu'il ne ferait pas carrière dans la chanson. Sirius surprit un échange de regard complice entre les deux Serdaigles et Jonathan afficha une expression moqueuse avant de lancer avec sarcasme :

- Je peux savoir qui étrangle le chat ?

- Pas moi, même si ce n'est parfois pas l'envie qui me manque, répondit presque immédiatement le batteur.

Layos afficha une moue mi-agacée, mi-amusée. Apparemment, elle n'était pas sûre d'apprécier une potentielle alliance entre lui et son meilleur ami.

- Bande d'ignares ! Grommela James avant de se plonger dans ses cours en boudant, sous l'œil attendri mais soulagé de Lily.

Aucune personne saine d'esprit n'aurait reconnu qu'elle aimait l'entendre chanter. Sirius reporta son attention sur la petite Grecque. Elle le regardait d'un air songeur, une petite moue étirant ses lèvres sur le côté.

- Tu crois qu'on peut jouer à ça longtemps ?

- Quoi ? Au chat et à la souris ?

Elle haussa un sourcil, perplexe.

- Tu te prends pour une souris, Black ?

- Pas vraiment, non, répondit-il en jetant malgré lui un coup d'œil vers Peter.

Il n'ajouta rien de plus, attendant qu'elle précisât sa question. Elle sembla deviner la raison de son silence car elle ajouta :

- Comment fait-on une fois qu'on a épuisé toutes les expressions qui existent ?

- Oh !

Il échangea un regard rapide avec Remus. Celui-ci souriait tout en tentant de ne pas les écouter, mais, apparemment, la tâche était plus difficile à faire que prévu. Il fixa à nouveau la chat-garou qui avait suivi l'échange avec curiosité.

- On élargit aux autres animaux, ma petite Layos, ou alors on se met à en inventer, tout simplement. C'est comme ça que naissent les grandes expressions, non ?

- Je refuse de croire que tu réussis à en inventer de très spirituelles.

- Tu serais surprise... Mais ne t'inquiète pas, j'en ai encore un certain nombre en réserve sur tes amis les félins.

- Quelle joie, soupira-t-elle.

Sirius sourit. Elle avait beau avoir conservé un côté de l'attitude méprisante qu'il lui avait longuement reproché, il voyait à présent plus cela comme un jeu et il décelait sans peine ce qui se cachait réellement derrière ses attitudes. Sans doute était-ce ce que ressentaient aussi Remus et Float avec elle. Même si leurs conversations se passaient probablement de ce côté tendu qui faisait le charme des leurs. Toujours est-il qu'il ne se laissait plus abuser par les airs ennuyés que prenait la jeune fille.

- Tu ne comptais tout de même pas te passer de ma charmante conversation de sitôt, non ? Murmura-t-il d'une voix chaude.

Elle tourna vivement la tête pour regarder ailleurs et il la soupçonna d'avoir rosi. Il s'amusait à tester ce genre de réaction avec une certaine satisfaction.

- On peut toujours espérer, mais je suppose qu'avec un Gryffondor, c'est peine perdue, finit-elle par rétorquer en le regardant à nouveau. J'ai toujours trouvé que les chiens étaient des animaux collants... tu n'échappes pas à la règle.

Il leva les yeux au ciel. Il en avait tellement entendu sur les chiens depuis deux ans de la part de ses amis qu'il ne trouvait pas de l'originalité dans toutes les réflexions de la Serdaigle. Il supposait cependant la réciproque vraie avec ce que Float avait dû lui faire subir. Quand avait-elle accepté de se confier à lui, d'ailleurs ? Il la voyait mal prendre la décision de gaieté de cœur. Il avait d'ailleurs été surpris de savoir Remus au courant lorsqu'il avait appris la teneur de son secret. Sans doute était-elle plus encline à la confidence qu'elle ne le laissait paraître.

- Layos, puis-je te poser une question ?

- Te répondre non changerait quelque chose à tes intentions ?

- Non.

Il ne lui échappa pas qu'elle souriait largement à cette négation.

- Je t'écoute.

- Qu'est-ce qui t'a poussée à révéler... ce que nous savons tous les deux à Float ? Et à Remus ?

Le regard qu'elle posa sur lui, ses paupières mi-closes et son expression distante, le firent immanquablement penser à Noisette et il eut l'étrange vision du museau de chat et du visage humain superposés. Il avait beau savoir que l'animal et la jeune fille ne faisaient qu'un, en avoir ainsi une telle certitude visuelle était troublant. Perdu dans cette impression curieuse, il manqua le début de ce qu'elle lui répondit :

- ... de révéler de façon intentionnelle ?

Elle le fixait de façon pénétrante, ses yeux ambrés posés sur lui sans ciller, comme si elle le jaugeait et attendait quelque chose de sa réponse. Il ne put que supposer le sens de ce qu'elle venait de lui dire. Leur conversation se déroulant à voix très basse, il n'aurait même pas pu compter sur l'un de leurs amis pour l'éclairer.

- Tu veux dire que tu as été forcée de leur avouer ? Venant de toi, même si tu n'es peut-être pas le courage incarné, ça me semble un peu exagéré, non ? Improvisa-t-il.

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Elle haussa un sourcil avec perplexité. Elle commençait à bien le connaître et elle s'était attendue à ce qu'il réagît plus vivement. Il semblait avoir été déstabilisé par quelque chose, mais ne voyait rien dans ce qu'elle avait dit ou ce qui les entourait qui aurait pu l'empêcher de réfléchir à ce qu'elle venait de dire. Elle hésita un instant à poursuivre mais finit par lui accorder le bénéfice du doute :

- Il se trouve que John est un peu trop intelligent pour son propre bien et qu'il l'a deviné tout seul. Quant à Remus... il a surpris une conversation qu'il n'aurait théoriquement pas dû pouvoir entendre. Je n'aurais sûrement jamais eu assez confiance pour leur confier de moi-même une chose pareille. Pour leur propre sécurité comme la mienne, il valait mieux qu'ils l'ignorent. Et ça vaut aussi pour toi, Black. Particulièrement pour toi.

Il la fixa sérieusement.

- Je n'ai pas hésité à briser une tradition ancestrale et à m'attirer la haine de toute ma famille, Lutha. Je n'hésiterai pas à recommencer et je suis prêt à m'opposer à tout ce qui se mettra en travers du chemin que j'ai choisi.

Son cœur battit un peu plus fort quelques instants avant qu'elle ne se force à rationaliser. Il parlait pour lui et elle ne devait pas y entendre ce qu'elle voulait. C'était simplement l'utilisation de son prénom qui lui faisait perdre ses moyens. Considérant cela, ce fut donc d'un ton maussade qu'elle lui répondit.

- Courageux de ta part. Mais nous n'avons pas tous les mêmes ennuis. Même si les nôtres se ressemblent, je suppose. Mais... je doute qu'ils soient de la même ampleur.

Elle surprit une ombre inquiétante traverser son visage mais il baissa la tête trop vite pour qu'elle pût en être sûre. Il haussa les épaules et finit par la regarder à nouveau en souriant à pleines dents.

- Ne t'inquiète pas pour moi, en tout cas, Layos, je suis un grand garçon.

Elle ne put s'empêcher de sourire à son tour. Pour un "grand" garçon, c'en était un. Pour elle qui était avait toujours été petite... Certes, il était moins grand que John, mais John ne comptait pas sur la même échelle que tout le monde. Elle choisit de ne pas relancer la conversation, celle-ci la satisfaisant un peu trop à son goût, et elle posa à nouveau les yeux sur son livre. Elle avait complètement oublié où elle en était. Elle reprit une page en arrière pour se remémorer ce qu'elle avait lu un peu plus tôt. Elle se raidit instantanément. Black s'était encore rapproché en se penchant vers elle.

- C'est quel passage ?

Elle ne put répondre, l'esprit occupé à chercher un moyen d'augmenter la distance entre aux tout en la réduisant. Il trouva sa réponse tout seul en lisant quelques lignes.

- Ah. Le Conseil d'Elrond ! C'est l'un des rares passages avec lequel j'ai toujours eu du mal.

Elle sourit.

- Il faut dire que Tolkien a ses lourdeurs, concéda-t-elle à mi-voix. Mais c'est un peu trop intéressant pour le sauter.

Il haussa les sourcils, l'air amusé.

- Combien de fois l'as-tu lu ?

- J'ai arrêté de compter à la douzième fois.

- Waouh ! Tant que ça ?! Je ne l'ai lu que trois fois ! Je suis plus un adepte des policiers.

Elle ne put s'empêcher de sourire. Elle se savait pertinemment. Quasiment chaque soir, il dévorait un roman policier, moldu ou sorcier, avec toutefois une préférence pour les premiers, et elle aimait se rouler en boule contre lui sous sa forme féline tandis qu'il tournait les pages. Mais ça, bien sûr, lui ne pouvait pas le savoir, aussi camoufla-t-elle son sourire en penchant la tête.

- Tu en lis ?

- Pardon ?

- Des policiers, tu en lis ? A part celui... enfin tu sais de quoi je parle...

Elle songea au livre qu'il lui avait offert lors de sa convalescence à l'infirmerie. Elle le gardait précieusement dans sa table de chevet avec les lettres de Zephyr.

- A l'occasion. Mais j'ai toujours beaucoup trop de choses à lire.

Il hocha la tête pensivement. Il semblait absorbé par le sujet de conversation, pour une fois sans aucune arrière-pensée ou taquinerie. Elle l'observa attentivement et se surprit à comprendre comment il pouvait intéresser des filles qui ne le connaissaient même pas. Il avait un air enflammé qui mettait en valeur ses traits harmonieux. Le hasard l'avait doté d'un physique plus qu'avantageux et il l'était encore plus lorsqu'il ne jouait pas dessus.

- Tu lis vite, pourtant, non ?

- On peut dire ça, je suppose. Je ne prends simplement pas le temps de choisir de nouveaux genre de lecture.

- Je te conseillerai quelques bons bouquins à l'occasion, affirma-t-il avec enthousiasme. James ne lit pas tellement de romans, et Remus n'a pas trop de temps. Quant à Peter, il ne lit pas. Ça me ferait plaisir de pouvoir discuter livres avec une Serdaigle.

Elle acquiesça d'un sourire. Elle pouvait difficilement résister à ce genre de proposition.

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John tendait une oreille distraite pour tenter de percevoir la conversation de son amie avec le Gryffondor tout en comparant ses notes de cours avec celles de Remus. Il n'était toutefois pas suffisamment concentré sur la seconde activité pour que celle-ci s'avérât productive, et le loup-garou récupéra ses cours pour continuer à étudier seul. Le Serdaigle fit dès lors semblant de travailler pour continuer d'espionner sa meilleure amie. La discussion avec Black avait viré sur les livres et ils s'étaient visiblement engagés dans un débat dénué de sarcasmes sur la littérature classique. Il se demanda si c'était la première conversation de ce genre qu'ils entretenaient, mais c'était probable. Les circonstances s'y prêtaient bien à ce moment-là. Il avait lui-même souvent ce genre de dialogue avec son amie et il supposait qu'il en était de même pour le sang-pur et ses proches. Cela dit, une conversation avec Lutha pouvait difficilement rester longtemps éloignée de tout sarcasme et il guettait avec patience le moment où cette part reprendrait le dessus.
Il n'avait guère de mal à suivre leur discussion étant donné qu'ils parlaient plus fort depuis l'arrivée de ce nouveau sujet plus sérieux. Il avait toutefois envie d'intervenir régulièrement dans le débat et devait se retenir pour les laisser discuter à deux. Il finit donc par se désintéresser de ce qu'ils racontaient jusqu'à ce qu'une nouvelle phrase chuchotée plus bas que le reste résonnât à ses oreilles.

- Dis-moi, Layos, tu joues aux devinettes ?

La petite Serdaigle soupira longuement avant de répondre.

- Si c'est pour donner ta langue au chat, inutile de passer par un jeu de devinettes.

- Qu'est-ce qu'un chat pourrait bien faire de ma langue ? Reprit-il sans tenir compte de sa remarque. Tu n'as jamais trouvé cette expression curieuse ?

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Sirius eut l'immense satisfaction de voir la petite Grecque rougir d'un coup avant d'avoir pu détourner la tête. La couleur ressortait de façon admirable sur sa peau sombre et brillait en contraste avec la blancheur de ses cheveux. Il trouvait cela particulièrement amusant.

En tout cas, voilà qui répondait à l'une des questions qu'il se posait et qu'il aurait eu du mal à lui adresser de vive voix. Il avait pu remarquer que certaines filles, voire même certains garçons, ne relevaient jamais les allusions que l'on pouvait placer dans les phrases. Lui et Cornedrue étaient friands de ce genre de plaisanteries, mais elles passaient complètement au-dessus de Lily, ou de Peter, par exemple. La jeune fille, particulièrement, se vexait en les voyant rire et demandait à ce qu'on lui explique le sens de la plaisanterie, ce qui, de toute évidence, était beaucoup moins drôle, surtout quand James était l'instigateur de la plaisanterie.
Layos, en revanche, avait directement compris le sous-entendu et il était d'ailleurs fort satisfait de cet effet. Il ne pouvait s'empêcher de s'amuser de ce petit pouvoir qu'il avait découvert et qu'il pouvait exercer sur elle.

Elle lui adressa un regard sérieux et murmura d'une voix si basse qu'il douta un instant de l'avoir entendue :

- Qu'est-ce que tu veux, Black ?

Il sourit.

- Probablement la même chose que toi mais tu refuses simplement de le vouloir.

Elle haussa un sourcil sceptique. Il répondit encore plus bas qu'elle auparavant. Il n'entendait presque pas sa propre voix mais il savait qu'elle l'entendait.

- Je veux que tu t'émancipes de toutes les volontés qui ne sont pas la tienne et que tu traces ta route sans emprunter celles que les gens ont tracées pour toi. Je veux que, maintenant que tu as accepté ce que tu es, tu le vives. Je veux que tu acceptes ce que tu désires et que tu le prennes sans te le refuser constamment pour obéir aux volontés de ta famille. Je ferai n'importe quoi pour que tu le fasses.

Elle rougit et sentit une intense chaleur lui brûlait la poitrine. C'était agréable et en même temps douloureux, sensation étrange à laquelle elle tentait toujours de s'habituer. Elle le regarda droit dans les yeux. Il était sérieux. Elle ouvrit la bouche pour répondre mais se ravisa et referma son livre avant de se lever et de partir calmement.

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John observa son ami avec curiosité tandis qu'elle s'éloignait. Puis il se tourna vers Black.

- Alors là, je serais curieux de savoir ce que tu lui as dit.

Le Serdaigle sourit en voyant le batteur rosir légèrement. Cette réponse lui suffisait pour l'instant. Il se leva à son tour.

- Je la suis. Merci pour l'accueil.

Il adressa un signe à la ronde, récoltant des sourires et des saluts de la part de tout le monde.

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ooo

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Il n'était pas loin d'une heure du matin lorsque Lutha retourna enfin à son dortoir. C'était sa première séance de révisions vraiment efficace depuis le début de l'année et elle était plutôt satisfaite. Elle n'aurait probablement plus besoin de revenir sur la métamorphose, à part en relisant la fiche de résumé condensé qu'elle venait de faire. Les enseignants étant plus tolérants envers les septièmes années en cette période de l'année, elle ne croisa personne pour lui reprocher d'avoir largement outre-passé le couvre-feu et elle croisa même d'autres élèves dans la même situation qu'elle. Elle s'étira longuement. Ce soir, elle était fatiguée et elle devait renoncer à ce que Noisette passe la soirée à se faire câliner par Sirius Black, ce qui était bien dommage. Et en parlant de Black... Elle se figea en humant longuement l'air. Elle était à un tournant de l'entrée de sa salle commune et le couloir semblait désert. Mais son odorat ne la trompait pas. Méfiante, elle pivota sur elle-même et vit Regulus Black sortir d'une alcôve dans laquelle il s'était caché.

- J'attendais que tu passes, lâcha-t-il d'une voix glaciale.

Elle haussa un sourcil. De toute évidence, ce n'était pas pour prendre le thé amicalement qu'il l'avait attendue. Elle ne répondit rien, sur ses gardes, et il enchaîna :

- Sans surprise, tu n'es pas très respectueuse des règles, commenta-t-il, toujours aussi inamical.

- Je ne suis pas la seule, apparemment, rétorqua-t-elle avec la même froideur avant d'avoir pu s'en empêcher.

Il la regarda avec un mépris royal.

- Les amis de Montague ont eu la langue bien pendue à ton sujet.

Lutha hésita une demi seconde à feindre l'ignorance avant de décider que ça n'aurait strictement aucun effet. Elle ne pensait pas avoir à redouter une attaque de la part du jeune Black et était curieuse de savoir ce qu'il voulait lui dire.

- Ils n'étaient pourtant pas censés parler.

- Donner sa parole à propos d'un tel sujet n'a pas réellement valeur de promesse.

- C'est bon à savoir.

La voix du Serpentard était froide et suintait le dégoût si fort qu'elle avait presque l'impression de faire face à l'un des siens. Elle tenait à abréger cette conversation le plus vite possible.

- Que veux-tu ? Demanda-t-elle donc abruptement, voyant qu'il la dévisageait en silence.

- Je vais te mettre en garde. Bien qu'il ne soit plus reconnu comme un membre de notre famille, mon frère aîné porte encore le nom de Black. Personne chez moi ne le laissera le souiller en s'associant à un rebut tel que toi. Si tu continues de le laisser s'approcher, prends conscience que tu risques fort d'y laisser ta précieuse peau, et, bien que je doute que cela ait un quelconque effet sur toi étant donné ta nature, le risque porte également sur Sirius.

Elle sentit un frisson lui remonter la colonne. Les menaces à son égard ne la touchaient pas vraiment ; elle était bien plus effrayée par les représailles de Teneös que par celle d'une bande de sorcier fanatiques. Toutefois, le sang-pur se trouvait également exposé et l'idée qu'il soit menacé par sa propre famille lui était désagréablement familière. Elle se redressa pour dévisager le petit frère du Gryffondor. Bien qu'il fût plus petit que son aîné, il la dépassait tout de même largement en taille.

- Et dans l'hypothèse fort peu probable où un tel rapprochement s'effectuait, est-ce que tu exécuterais ta menace toi-même ou irais-tu dénoncer ma nature en piétinant à tes parents ? L'interpella-t-elle, la voix chargée d'un sarcasme acide.

Il rougit brusquement de colère, abandonnant son masque si bien étudié. Elle avait touché très juste. Sans doute ne considérerait-il pas digne de dénoncer son frère de cette façon et il ne se savait de toute évidence pas capable de s'en prendre à son frère et à elle, seul.

- Tu préfères ne pas le savoir, cracha-t-il brusquement pour toute réponse.

Il tourna vivement les talons et disparut dans l'obscurité. Elle attendit de ne plus l'entendre avant de s'autoriser un long soupir las. Toute cette histoire prenait bien trop d'ampleur et cela devenait fatigant. Fatigant et dangereux. Elle secoua la tête pour chasser ces pensées et s'avança pour rentrer dans sa salle commune. Elle ne voulait pas gâcher ses dernières semaines avec Jonathan en ayant l'esprit préoccupé par ces histoires, qui, de toute façon, n'auraient bientôt plus la moindre importance.

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- Que se passe-t-il ?

Ce fut la première phrase qui franchit les lèvres de Lily lorsque Mary et elle s'installèrent à côté des Maraudeurs en milieu d'après-midi. Peter et Remus étaient plongés dans leurs travaux respectifs, mais James et Sirius se regardaient en chiens de faïence sans échanger un seul mot, contrairement à l'habitude. Ils relevèrent tous deux la tête vers la jolie rouquine sans un mot avant de baisser à nouveau les yeux. La jeune fille fronça les sourcils et vint s'asseoir à côté de Remus.

- Que leur arrive-t-il ? Chuchota-t-elle.

Le loup-garou haussa les épaules.

- Rien de bien grave. Une petite altercation. Ça arrive.

Lily haussa les épaules et choisit donc d'attendre que la tempête passe en se mettant à son tour à réviser. Remus, en revanche, garda les yeux fixés sur ses amis. C'était une petite dispute stupide comme il leur arrivait d'en avoir et il savait que tout serait oublié le lendemain. L'après-midi risquait toutefois de se dérouler dans une ambiance pesante sans l'humour des deux trublions.

Ce fut le cas, comme il l'avait prédit. Lorsque, vers dix-neuf heures, ils allèrent manger de concert, Patmol et Cornedrue ne s'étaient toujours pas adressé un seul mot, rendant difficile toute communication dans le groupe. Ils dînèrent rapidement en silence avant de remonter vers leurs dortoirs. Alors qu'ils arrivaient aux alentours de leur salle commune, un élève se dressa devant eux. Remus observa alors un mouvement naturel de James vers son meilleur ami, malgré leur léger froid. Celui-ci fit cependant signe que tout allait bien et marmonna :

- Je m'occupe de ça, je vous rejoins dans un petit moment.

Ils s'écartèrent donc pour contourner Regulus Black, qui fit un large pas de côté pour éviter tout risque de contact avec Lily Evans. L'attrapeur serra les mâchoires mais la main de Remus sur son épaule le poussa vers l'avant et il fila avec les autres sans rien dire.

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Sirius fixa son jeune frère avec hargne. Il n'était pas d'humeur à échanger un seul mot avec lui. James avait voulu le faire lever aux aurores pour un entraînement de quidditch alors que la saison était terminée, et, leur scolarité prenant fin dans quelques semaines, il n'avait aucune raison de s'entraîner encore pour l'école. A ce réveil exécrable s'était ajoutée une journée incroyablement ennuyante, ce qui était d'ailleurs sans doute lié au fait que James et lui n'avaient pas échangé un mot, ainsi qu'à la volonté de réviser de tous ses amis.

- Que veux-tu ? Demanda-t-il donc sèchement à son frère, ne prenant pas la peine de masquer son irritation.

- Simplement te parler, rétorqua froidement le Serpentard.

- Alors fais vite et dégage.

Il savait qu'il ne devait pas répondre sur ce ton, car il offrait un net avantage à son benjamin, mais la journée avait été trop mauvaise pour qu'il eût la moindre envie de faire un effort.

- C'est à propos de ta "charmante" Serdaigle.

Sirius sentit son sang se glacer et il sentit qu'il avait dû blêmir. Son frère continua d'un ton cynique :

- Oh, mère se doutait que tu choisirais une fois de plus de rouler notre nom dans la boue en choisissant une sang-de-bourbe, voire même une moldue, mais je doute qu'aucun de nos parents ne s'est imaginé que celle que tu fréquenterais serais... de cette espèce.

Il avait prononcé ce dernier mot comme s'il s'agissait d'une chose répugnante, donnant au jeune Gryffondor une furieuse envie de le frapper. Il se contint toutefois, conscient que ce n'était certainement pas la bonne chose à faire.

- Primo, je ne m'intéresse pas à elle de cette façon, et secundo... de cette espèce ? De quoi parles-tu ?

Regulus observa quelques secondes de silence durant lesquelles il le dévisagea. Peut-être avait-il des doutes ? Cette illusion se dissipa toutefois aussitôt :

- Ne fais pas l'imbécile. Je crois que tu es parfaitement au courant. Elle n'a pas pris la peine de le nier.

- Elle ? Tu lui as parlé ?!

Le Serpentard haussa les sourcils.

- Bien sûr, elle aussi est concernée par cette menace et je préférais lui demander de vive voix de ne pas s'approcher de ma famille, dont je dois, à regret, admettre que tu fais partie.

Sirius ne l'écoutait plus. Son sang battait à ses tempes, comme cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé. Pas depuis sa fugue, en réalité. La rage pulsait dans ses membres au rythme accéléré de son cœur et il devait se retenir pour ne pas lancer un maléfice à ce petit crétin embrigadé sur le champ. D'une voix qui évoquait fortement le grognement d'un chien, il cracha :

- Ecoute-moi bien, espèce d'abruti : je n'ai aucune relation si ce n'est une amitié avec Lutha Layos. Et si jamais l'idée de communiquer quoi que ce soit sur elle à tes amis tarés ou à nos fous furieux de parents t'effleure, je te conseille vivement de la rejeter. Tu ne tiens pas à savoir qui de nous deux l'emporterait dans un duel.

Son frère ne sourcilla pas.

- Tu ne comprends pas, Sirius, se contenta-t-il de répliquer avec mépris. Ce n'est pas ta petite personne qui est en jeu, mais l'honneur de la famille. Si jamais cette relation existe un jour, ce n'est pas un duel qu'il y aura. L'élimination pure et simple de la branche pourrie et, ou, de ce qui la pourrit sera une priorité pour bon nombre des Black.

Il se sentit trembler de rage et ce fut d'une voix blanche qu'il souffla :

- Si vous touchez un seul de ses cheveux, vous le regretterez.

Regulus esquissa un sourire narquois. Les ongles de Sirius s'enfoncèrent dans les paumes de ses mains.

- Tiens, on dirait que tu tiens plus à elle que tu ne veux bien l'admettre. Et plus qu'elle ne tient à toi, au vu de vos différences de réactions par rapport aux avertissements.

Le jeune sang-pur avait atteint un tel stade de rage que des points blancs dansaient dans son champ de vision. Il n'entendait même plus son frère.

- si jamais tu l'approches à nouveau, je peux te promettre que tu n'en sortiras pas indemne, et s'il lui arrive quoi que ce soit de suspect, je n'hésiterai pas à me venger sur ton ignoble petite personne de crétin dégénéré !

Sans laisser à Regulus le temps de lui répondre, il tourna les talons et partit d'un pas vif. C'était ça ou il allait lui jeter un sort dès maintenant.

- Vous ne vous en tirerez pas comme ça, espèce de traître ! Cria la voix de son frère, mais il ne se retourna pas.

Il entra dans la salle commune en claquant violemment la porte. James bondit sur ses pieds, très inquiet, toutes traces de leurs chamailleries oubliées. Mais pour la première fois depuis bien longtemps, Sirius n'avait même pas envie de parler à son meilleur ami. Il avait terriblement besoin d'être seul. Il fit un signe à l'attrapeur pour lui montrer et il s'apprêtait à monter directement dans le dortoir lorsqu'il changea d'avis. Il fit demi-tour et ressortit aussi rapidement qu'il était entré, claquant le portrait derrière lui. Il traversa le château à toute vitesse et sortit enfin dans l'air frais d'un soir de printemps. Il s'arrêta quelques secondes pour inspirer vivement avant de se remettre en route, droit vers la Forêt Interdite.

Marcher vite et seul était un exutoire qui lui permettait de dépenser l'énergie négative accumulée dans sa colère. C'était loin d'être suffisant, mais il en avait besoin. Moins noble d'esprit que ne l'était son meilleur ami, il s'était senti capable de tuer son frère quelques instants auparavant, et cela lui faisait peur tout en stimulant sa rage.

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- Où est-il ? Demanda James d'une voix pressante.

- Attends, je le cherche, répondit calmement Remus en observant attentivement la Carte.

- Là ! S'exclama Peter, penché par dessus son épaule. Il va vers la forêt ! Et... regardez...

L'attrapeur se rapprocha à son tour pour voir ce que montrait Queudver et il haussa un sourcil. Vu l'état de Sirius, c'était sans doute l'une des seule chance de le calmer. Ou de faire monter sa rage encore plus haut, ce qui serait à son avis très dangereux.

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Sirius s'arrêta enfin, essoufflé. Il avait longé la lisière de la forêt pendant cinq bonnes minutes. sa colère bouillonnait toujours, mais il se sentait à présent capable de penser clairement. Les mains tremblantes, il sortit un paquet de cigarettes de sa poche de veste. Cela faisait des semaines qu'il n'y avait pas touché. Il n'en avait pas ressenti un besoin aussi vif.

- Incendio !

Une vive lueur orangé jaillit de sa baguette et il tira une longue bouffée de fumée. Il se laissa lentement glisser le long d'un tronc d'arbre en expirant. Les mots incisifs de son frère résonnaient encore à ses oreilles et il sentait son sang se remettre à bouillir à chaque fois. Il jeta un œil vers la forêt. Il pourrait se transformer et y faire un tour pour se défouler sous la forme de Patmol.

- Tu ne sais pas très bien garder ton sang-froid, n'est-ce pas ?

La voix avait retenti juste au-dessus de lui, le faisant sursauter. Il ne leva pas les yeux. A présent, il reconnaissait cette voix aussi bien que celle des maraudeurs. Il ne savait pas vraiment s'il était content de l'entendre ou non.

- Que fais-tu là ? Jeta-t-il un peu sèchement.

- Je te cherchais, répondit-elle avec simplicité.

Il leva les yeux avec curiosité et esquissa un mouvement de recul en voyant la petite Serdaigle bondir. Elle atterrit avec souplesse sans le moindre bruit et se redressa pour le dévisager avec une expression insondable.

- On dirait que ton frère t'a fait part de ses inquiétudes quant à l'avenir possible de notre relation.

Il sentit une montée de bile affluer dans sa gorge en repensant à la conversation.

- On peut dire ça, grogna-t-il.

- J'espère que tu as pris la peine de démentir parce que de mon côté, je l'ai plus énervé qu'autre chose, je crois.

- C'est vrai... Il est venu te voir aussi...

Il la fixa intensément, se demandant à quel point les menaces de son frère l'avait impactée. Elle lui retourna un regard neutre et tranquille. Que pensait-elle réellement ?

- Il ne te touchera pas, je te le garantis.

Elle eut un étrange sourire.

- Oh, je n'en doute pas. Même si je ne peux pas dire que nous nous appréciions énormément, je suis sûre que mes frères seraient ravis de faire la peau à un sang-pur qui s'en serait pris à moi.

Il fronça les sourcils. Sa voix était amère lorsqu'elle avait évoqué ses frères. Combien en avait-elle ? Ses relations avec eux étaient-elles aussi horribles que la sienne avec Regulus ?

- Je suis plus inquiète de ce qu'il pourrait t'arriver, reprit-elle soudain.

Il croisa son regard. Elle avait l'air angoissée. Elle reprit cependant aussitôt une expression neutre. Il pencha la tête sur le côté. Dans sa tête, l'écho de sa conversation avec son frère s'éloignait, sa colère laissant place à quelque chose de plus chaotique et pourtant très ferme.

- J'ai pris la peine de démentir, en effet, annonça-t-il sobrement en l'observant attentivement.

Elle baissa les yeux une fraction de seconde.

- Je m'en doutais, répondit-elle ensuite avec un sourire.

Il se demanda comment il savait que ce sourire était factice. Il le savait, c'était tout. Il se redressa, obligeant la petite Grecque à lever les yeux pour continuer à le regarder.

- Pourquoi me cherchais-tu ?

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Lutha sentit les battements de son cœur s'accélérer, mais ce fut tout aussi simplement que précédemment qu'elle répondit :

- Je me doutais que ton frère irait te voir.

- Tu t'inquiétais ?

Elle haussa un sourcil.

- Pour toi, Black ? Ne me fais pas rire.

Il esquissa un large sourire. Elle se sentait soudain très mal à l'aise. Il fit un pas vers elle.

- Dégage, Black, lui intima-t-elle fermement.

Il sourit un peu plus largement.

- Pourquoi ferais-je ça ?

Elle sentit que la situation lui échappait. Elle avait l'impression que quelque chose bloqué dans sa gorge l'empêchait de répondre. Elle brandit sa baguette magique entre eux.

- Tu ne tiens pas à ce que je te jette un sort, lâcha-t-elle de son plus beau ton moqueur.

- Non, c'est vrai, répondit-il en perdant son sourire.

La sensation de stress qui l'avait envahie se relâcha, accompagnée d'une intense déception qu'elle ne pouvait pas nier.

- D'un autre côté... reprit Black.

Elle croisa son regard noir.

- ... je sais que tu ne le feras pas, acheva-t-il d'un ton narquois.

Il avança à nouveau d'un pas vers elle, réduisant à quelques centimètres la distance qui les séparaient. Elle se sentait tétanisée. Rien dans toute sa panoplie de sarcasmes ne l'avait préparée à une semblable situation.

- Black... tenta-t-elle d'une voix hésitante.

- Lutha.

Elle sentit plus qu'elle ne vit sa main chaude se glisser derrière sa nuque. Ses sens décuplés lui envoyaient mille informations qui la submergeaient. Les grands yeux noirs de Black si près des siens. Le bruit sourd et rapide des battements du cœur de Black. De son propre cœur. Leurs respirations rauques. Le souffle chaud de Black qui caressaient son visage. La chaleur que son corps irradiait. La pression légère qu'il appliquait contre sa nuque. Puis tout explosa. Elle sentait ses lèvres douces et chaudes qui s'étaient posées sur les siennes. Malgré elle, elle ferma les yeux et se laissa aller. Elle ne pouvait nier qu'elle avait rêvé ce moment.
A bout de souffle, elle posa ses mains sur la poitrine du jeune homme et le poussa légèrement avant d'inspirer brusquement. Il la fixait avec son éternel sourire en coin.

- Depuis combien de temps tu en crevais d'envie ?

Elle sentit sa respiration s'affoler encore plus, si tant était que ce fût possible. Elle savait très bien pourquoi elle n'avait pas succombé à cette envie. Elle tenta de reculer vivement mais la main du Gryffondor était toujours sur sa nuque. Il haussa un sourcil face à ce mouvement de fuite et il la laissa tomber sa main en haussant un sourcil.

- Dis-moi quelle sensation cela fait de pour une fois ne pas résister et accepter tes choix et tes envies pleinement sans te soucier de ce qu'en pensera ta famille ? As-tu vraiment envie de te refuser cela ?

Elle sentit son cœur se serrer. Il faisait tout ça pour elle. Il avait été jusque là pour elle. Et pourtant, c'était si douloureux.

- Bien sûr que non.

- Alors ne te le refuse pas.

Elle hésita un bref instant. Elle avait besoin... besoin... de... Elle s'avança vivement et effleura les lèvres de Sirius de sa propre initiative avant de partir en courant en direction du château.

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Un peu hébété, le jeune homme regarda sans bouger la petite silhouette aux cheveux blancs s'éloigner. Puis il porta la main à ses lèvres et eut un petit rire étrange.

- Oui, crétin de petit frère, tu avais de quoi t'inquiéter. Mais je te jure que si tu touches à un seul de ses cheveux, je ne répondrai plus de moi, déclara-t-il à la nuit.

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OUF ! On peut dire que j'ai eu du mal à le boucler, celui-là ! Il a fallu combiner une semaine de manque de copain et des révisions intenses pour me lancer dans le final.

Alors je tiens à m'excuser pour ce retard si énorme, je sais. Je suis dans une année d'études difficile qui ne me laisse pas beaucoup de répit niveau travail. Et j'utilise le temps libre que j'ai à passer du temps avec mon "Sirius" à moi. Je ne vous ai pas oublié(e)s, bien au contraire, j'ai souvent pensé à vous avec inquiétude ou culpabilité et je ne vous laisserai pas tomber jusqu'à la fin de cette histoire, je vous le promets, même si elle n'avance pas aussi vite que moi et vous le voudrions. Je ne vous donne donc pas de date pour le prochain chapitre mais j'essaierai de l'écrire dès les examens de début janvier terminés. Je vais faire des efforts ;)

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RaR (je speed parce que je suis en pleine période de révisions -" - l'écriture de ce chapitre était de la procrastination pure et simple)

nyfa - Merci :D
Elle... euh elle avait envie d'être dans un endroit tranquille, sûrement ^^
J'espère que tu apprécies mon Regulus, même si c'est encore un petit con à cet âge ^^

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Maluna - Merci, contente de voir que tu avais réussi à raccrocher, j'espère que ça marchera là aussi -"
Non, le passage du elle au je est accidentel, des fois j'ai envie d'écrire à la 1ère personne tellement je m'implique, ça donne des bêtises ^^

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Stilandra Black - Merci beaucoup ! :D Contente que ça te plaise ! John est un véritable ami, j'aimerais en avoir un comme lui ;)
Non, la fin risque en effet d'être la plus intense partie de la fic xD
J'espère que ce chapitre t'aura autant plu ;)

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MMSSR - Coucou et merci :)
Les problèmes attendront le prochain chapitre, celui-là était tendre ^^ (mais pas de souci, ça va revenir xD)

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PoissonRougeN1 - Suis-je pardonnée si je t'envoie un message pour ce chapitre et que je viens te voir après mes examens ? :'(

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Dedellia - Ha ha ! :D Oui, c'est Laura ou Lola ^^
La narration à la première personne est non voulue, je l'ai justifiée dans la réponse à la review de Maluna ^^
Oui, on finira par apprendre comment Sirius a deviné pour Noisette mais pas tout de suite (tu peux peut-être le trouver si tu relis :p)
Merci pour tes commentaires et à la prochaine ? :D

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TheFanne - Des chaudrons au chocolat sous le lit de Regulus ?! YAAAAAAaaaaaaaaaaaaa...

Tu m'as menti ! Y en a pas !
Ta review m'a fait mourir de rire ! ;D Merci de me soutenir depuis un moment maintenant et en espérant que ça t'aura autant plu que les autres ! :D
Refais-moi des reviews comme ça, c'est... super motivant ^^
A bientôt !

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seiko-ikeda - Coucou :) Merci pour ta review, ça me fait plaisir :D. J'espère que tu auras au le courage d'attendre la suite, d'habitude, je ne suis pas si longue -". Au plaisir de te revoir, peut-être ? Et merci encore ;)

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TheDevilOfSlytherin - Ha ha ! je ne ferai aucun commentaire sur tes prévisions, tu verras bien ! :p
Merci beaucoup pour tes compliments enthousiasmants ;) A peluche !

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betouni - Merciiiii ! ça me fait plaisir de voir que tu me suis depuis si longtemps (avec patience, j'imagine -"). J'espère que ça continue de te plaire ! ;)

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Witch Feather - Salut ! Merci pour ta review, ça me fait plaisir ! J'espère que la suite te plaira :)

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ade - Salut :). Merci pour cette review, c'est cool :D. Non, je ne crois pas qu'on tombe toujours amoureux de son inverse, mais facilement de ce qu'on refoule ^^ mais je ne débattrai pas de ça ici :D. Pas de souci, ça me fait rire, les commentaires embêtants :p. J'espère en lire d'autres de toi un de ces quatre ;p.

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gaby - Merci, ça me fait plaisir que tu dises ça ! En plus ton commentaire est construit un peu, ça m'oriente sur ce qu est bien dans ce que j'ai fait ^^. On comprendra comment plus tard, j'ai pas encore décidé quand, mais je l'expliquerai. Tu peux peut-être le deviner en relisant, si tu as la foi :D. Pour le baiser volé... je te laisse juge xD. Merci encore de ce commentaire motivant et à bientôt, j'espère :)
Pour ton deuxième commentaire, non, comme je l'ai dit plusieurs fois, je finirai cette fic coûte que coûte, mais je dois faire avec les contraintes de ma vie actuelle d'étudiante ^^

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lililys - Merci :D. J'espère que tu apprécies de la relire souvent et que chaque nouveau chapitre te plaît autant que le précédent, si ce n'est plus :D

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Quelqu'une - Que répondre à ta review si ce n'est... Mary et Peter ?! oO (c'ets pas con, hein ^^, j'y songerai à l'occas xD) Pour le premier baiser, je crois que tu es servie ;p
A bientôt ? :)

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Ornithorynquement moi - ... OMONDIEU ! TA RÉSERVE DE CHOCOLAT ?! Oh p*** je m'y mets de suite ! Sérieusement, merci pour cette review désopilante qui m'a relancée en pleine panne d'inspiration, même si j'ai encore été longue à écrire, ce qui a fait mentir le pm que je t'ai envoyé -". Merci beaucoup pour la partie constructive de ta review aussi, ça m'a fait très plaisir d'avoir un retour critique sur ce que j'ai fait et ça m'a fait chaud au coeur :).
Pour John et Zephyr, tu n'es pas la première à me poser la question ^^. Il faudrait pour ça que John soit gay, c'est tout ce que j'ai à en dire :D.
Merci encore et désolée de ne pas répondre plus longuement mais j'ai déjà largement dépassé l'heure raisonnable de coucher en période de révisions ^^

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Jean-Roger - :D Merci de ce bref commentaire qui veut tout dire ! ;)