23/05/16 - 12/01/17
Bon... euh... désolée ? ^^
Le M2 est une année chargée, plus que je ne le pensais (recherche de stage/thèse et tout, travail de malade, abandon du domicile parental, tout ça tout ça)...
Je pense à vous, même si ça se voit pas. J'espère que vous m'en voudrez pas trop ^^'
Bonne lecture ;D
Lutha et John prenaient paisiblement le soleil dans le parc en se chamaillant. Il ne restait qu'une semaine avant le début des examens et ils n'avaient plus d'heures de cours. Seulement des séances de révisions aménagées par les enseignants sur leurs périodes de cours habituelles. Les deux Serdaigles avaient toutefois eu du mal à se trouver un moment de paix et de solitude comme ils en avaient l'habitude auparavant, leurs nouveaux amis de Gryffondor étant plutôt envahissants.
- Tu dois admettre qu'il y a de très belles journées, sur les îles britanniques. Des journées que ni pluie ni brouillard ne viennent troubler.
Lutha sourit en regardant le soleil à travers ses cheveux. Ce débat avait commencé dès le début de leur relation et il n'aurait sans doute jamais de fin.
- Oh mais je ne le nie pas. Je dis juste qu'il y en a moins que chez moi et qu'il fait tout de même beaucoup moins chaud.
Comme pour appuyer ses dires, elle portait son cher poncho par dessus sa chemise d'uniforme, alors que quasiment tous les élèves présents étaient bras nus.
- J'ai tellement de mal à imaginer que dans trois semaines, nous quitterons définitivement Poudlard... On y a passé tellement de temps. Je crois que ça me manquera.
La jeune fille eut un sourire nostalgique en écoutant son ami. Il était vrai que cet endroit avait été sa maison autant, sinon plus, que sa propre maison en Grèce. Et cette dernière année en particulier avait été riche en émotions, tant positives que négatives. Elle devait toutefois admettre que ces temps-ci, les premières avaient tendance à l'emporter. Et, si elle était honnête avec elle-même, elle admettrait que cela faisait un moment que c'était le cas.
- Alors ? Demanda soudain John d'une voix sérieuse, la tirant de ses pensées. Que vas-tu faire ?
Elle le dévisagea silencieusement, brusquement envahie de pensées moroses. Il semblait réellement curieux. N'avait-il vraiment aucune idée de la réponse ? Il ne la connaissait peut-être pas aussi bien qu'il le croyait. Voilà qui devait l'agacer. Ou peut-être...
- Ce n'est pas parce que tu me poses la question que la réponse changera, déclara-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
Il leva les yeux au ciel en souriant sans paraître surpris. Elle sut qu'elle avait touché juste et se sentit vaguement coupable. Il se redressa pour la fixer droit dans les yeux, sérieux.
- Tu aimes Black, non ?
- Oui, on s'est mis d'accord là-dessus il y a déjà un bon moment, il me semble, admit-elle d'une voix moqueuse.
- Et il t'aime. Vrai aussi ?
Lutha se retourna vers le château, songeuse. C'était une bonne question. Mais elle préférait ne pas se la poser, quelle que pût être la réponse. Elle répondit sincèrement :
- Je n'en sais rien. Mais si c'est le cas, il ne l'a pas dit.
John sembla irrité par sa réponse, mais il ne commenta pas et enchaîna sur une autre question.
- Et toi, tu le lui as dit ?
Elle fronça les sourcils. Les réflexions de son ami étaient un peu trop pertinentes à son goût. Cela ne lui déplaisait généralement pas, mais, dans le cas présent, elle le trouvait particulièrement perspicace. Ou était-ce juste qu'elle ne souhaitait pas entendre ses questions et la logique qui les accompagnait ? Préférant ne pas s'attarder sur cette idée, elle répondit avec agacement :
- Pourquoi le lui dirais-je ? Il n'y a strictement aucune bonne raison pour le faire.
L'expression qu'arbora le grand blond exprimait clairement son désaccord quant à son affirmation.
- Ne serait-il pas raisonnable de lui faire connaître tes sentiments ? Cela l'amènerait sûrement à réfléchir aux siens et vous pourriez discuter de...
- L'avenir de notre relation ? L'interrompit-elle, la voix chargée d'un cynisme amer. Oui, cela me semble être une excellente idée... Ou alors, je pourrais simplement réaliser que ce n'est pas sérieux pour lui et gâcher mes dernières semaines à Poudlard au lieu de profiter de cette relation légère et distrayante. Il n'y a pas de bonne solution, John. Je ne lui dirai pas. Et je t'interdis de le lui dire, acheva-t-elle en plissant les yeux.
- Mais...
- Jonathan, le coupa-t-elle alors plus durement. Je t'adore mais je prendrai tes conseils sur la situation le jour où tu seras tombé amoureux.
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Le Serdaigle resta figé de stupeur. Il avait déjà vu Lutha avoir des accès de mauvaise humeur, comme tout le monde, mais elle ne l'avait jamais attaqué de cette façon. C'était une remarque gratuite et mesquine. Elle réservait d'ordinaire ce ton au reste des mortels comme technique de défense. Qu'elle l'utilisât contre lui montrait qu'elle n'était de toute évidence pas prête à aborder le sujet, même avec lui. Pire, elle refusait d'y penser. Il jugea donc plus prudent de ne pas l'importuner plus pour l'instant en attendant un moment plus propice.
Ils restèrent un instant plongés dans un silence gênant qu'interrompit un bruit de battement d'ailes. Jonathan se retourna et vit avec surprise un hibou inconnu voler droit vers eux. L'oiseau se posa près de Lutha, réticent à l'approcher, comme tous les volatiles. Les deux amis échangèrent un regard. Il était curieux que le hibou arrivât après l'heure habituelle du courrier.
- C'est un hibou postal de Londres. Du service express, d'après la couleur de ce truc, fit-il observer en examinant la couleur de l'équipement du hibou. Zephyr qui t'écrit ?
Elle fronça les sourcils. Elle avait reçu une lettre du Grec trois jours auparavant et il le savait. Elle se pencha pour attraper la lettre et le hibou s'envola aussitôt, peu désireux de s'attarder. Jonathan la dévisagea avec curiosité, puisqu'il ne pouvait pas voir la lettre pour l'instant. La petite Serdaigle retourna l'enveloppe dans ses doigts pour l'examiner et ses lèvres s'entrouvrirent de surprise. Puis elle les referma en serrant les mâchoires plusieurs fois de façon compulsive. Une lueur de détresse et de peur traversa fugitivement son regard avant de s'effacer pour laisser place à une mine impassible. Incapable de résister plus longtemps à la curiosité, le jeune homme l'interrogea, certain d'obtenir une réponse :
- Qu'y a-t-il ? De... mauvaises nouvelles ?
Elle leva les yeux vers lui. Elle s'était déjà maîtrisée, ce qu'il jugea impressionnant, étant donné sa tendance à perdre cette capacité au contact fréquent de Sirius.
- Non, répondit-elle d'un ton neutre.
Elle fourra la lettre dans son sac et se leva vivement.
- Je rentre me mettre au chaud.
S'attendait-elle vraiment à ce qu'il renonçât aussi vite ? Il s'apprêta à la suivre, bien décidé à avoir le fin mot de l'histoire, lorsque Lily, Peter, Mary et Remus arrivèrent ensemble. Inconscient de ce qui se passait, la première les salua avec un sourire.
- Ah, on vous cherchait. On peut s'installer avec vous ?
Lutha se retourna et leurs regards se croisèrent. John devina ce qui allait se passer avant qu'elle ne parle.
- Oh, tant mieux, je rentrais. Vous tiendrez compagnie à Jonathan. Il voulait encore profiter du beau temps.
Elle lui adressa une moue d'excuse en lui murmurant un "Plus tard" discret et fila, le laissant avec les Gryffondors.
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Lutha respira longuement pour se calmer. Elle n'avait jamais ressenti un tel besoin de ne pas voir son meilleur ami. Elle espérait qu'elle ne l'aurait pas blessé, ni par ses remarques, ni par son attitude soudainement secrète. Elle s'était réfugiée dans la cachette du tableau que Sirius lui avait montrée plus tôt dans l'année. Le jeune homme était allé voler avec son meilleur ami et elle ne craignait donc pas qu'il vienne la déranger. Elle sortit la lettre de son sac. L'écriture était indéniablement celle de son père. Ses mains tremblaient lorsqu'elle l'ouvrit. Il ne prenait jamais la peine de lui écrire directement. C'était Luthen qui communiquait avec elle s'il y avait quelque chose d'important à dire, et, s'il y avait quelque chose à exiger ou à lui reprocher, c'était Alexandre qui écrivait au nom de Teneös, celui-ci étant généralement bien trop occupé pour le faire lui-même. Qu'il lui écrivît lui-même signifiait que soit quelque chose de très grave s'était produit, soit il estimait qu'il devait lui parler sans intermédiaire, ce qui, si c'était le cas, était de très mauvais augure. Prenant son courage à deux mains, elle sortit la lettre de l'enveloppe pour la lire.
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Sirius faisait le pied de grue depuis une bonne heure devant la salle commune des Serdaigles. Lorsque James et lui étaient revenus de leur petite séance de vol pour se détendre, ils avaient rejoint les autres pour manger, puis avaient gagné leur salle de travail où le duo de Serdaigles les rejoignaient tous les jours. Mais seul Jonathan les avait rejoints, s'excusant pour Lutha en prétextant qu'elle avait trop de travail et ne trouvait pas la fréquentation des Gryffondors propice aux révisions. Le sang-pur n'en croyait toutefois pas un mot. La veille, la jeune fille avait déclaré avec nonchalance être au point pour les examens, à part en sortilèges et en histoire de la magie. Il avait observé la carte régulièrement dans l'après-midi et la jeune chat-garou n'avait pas bougé de son dortoir. Et alors qu'ils passaient généralement la soirée avec eux, Jonathan, qui avait été tendu et soucieux tout l'après-midi, s'était éclipsé en prétendant aller voir si elle avait fini. Mais aucun des deux ne s'était montré par la suite.
A la fin de la soirée, une heure avant le couvre-feu, Sirius avait envoyé son grand hibou noir porter une lettre à Lutha pour lui demander de sortir puis il était allé se planter près de leur salle commune, bien décidé à comprendre la raison de ce brutal changement de comportement.
Il attendait donc que l'un d'eux daignât sortir en espérant qu'il n'aurait pas à attendre en vain. Le couvre-feu était presque là et le couloir était désert depuis un moment. Il s'était attendu à ce que Jonathan, au moins, lui donne un semblant d'explication.
- Elle ne viendra pas.
Le Gryffondor se retourna vivement. La voix était pleine de morgue. Regulus. Il sentit un élan de rage l'ébranler en se rappelant la conversation que son frère avait eu avec la petite Grecque quelques jours auparavant, mais il se contrôla.
- De quoi parles-tu ? Demanda-t-il froidement.
Les yeux de son frère se plissèrent.
- Ta petite amie. Elle ne sortira pas.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, rétorqua sèchement Sirius.
Une fille de deuxième année passa entre d'un air gêné pour regagner sa maison. Le cadet eut un geste pour désigner une salle proche.
- Nous devrions discuter en privé.
Sirius le suivit. Lorsqu'il eut refermé la porte, les deux frères se dévisagèrent. Ils étaient si semblables. La même allure avantageuse, bien que Regulus soit plus fin et plus petit. les mêmes cheveux noirs, les mêmes yeux noirs également. Ils ne pouvaient guère se renier. Le benjamin reprit froidement la parole :
- Je pense que tu ne la reverras pas de sitôt.
- Je ne sais pas de qui tu parles, mais je n'ai pas de petite amie, actuellement, déclara calmement le Gryffondor, décidé à ne rien laisser paraître.
Son frère lui renvoya un regard méprisant.
- Je vous ai vus. Après le match.
Le jeune homme sentit son cœur tomber dans sa poitrine. C'était l'une des pires choses qui pouvaient arriver. Ne sachant comment réagir, il décida de jouer l'indifférence.
- Que veux-tu que ça me fasse ?
A sa grande surprise, il vit une lueur d'indignation s'allumer derrière la froideur de son petit frère.
- Comment peux-tu la fréquenter, alors qu'elle est... ça ! J'ai toujours espéré que tu reviendrais après ta période de rébellion ! Que ce n'était qu'une passade ! Que tu faisais uniquement ça par provocation ! Pour moi, tu étais censé être un modèle ! J'ai commencé le quidditch parce que tu en faisais ! J'ai essayé d'exceller comme toi en cours ! Je n'ai jamais compris pourquoi tu as pris les directions que tu as prises mais tu es toujours resté mon frère. Je ne peux pas t'effacer de la famille aussi facilement que notre mère ! Et je ne te laisserai pas entre les mains de...
Malgré sa volonté de garder son sang-froid, Sirius se mit à crier à son tour :
- Si tu voulais m'imiter, alors tu aurais dû apprendre à penser par toi-même ! Il ne faut pas croire tout ce qu'on te raconte ! Tu ne la connais même pas ! Tu n'as jamais rencontré personne comme elle et tu prétends savoir ce qu'elle est ?! Grandis un peu, Regulus ! Ce n'est pas en encadrant des articles sur des meurtres de moldus que tu sauras ce que sont les moldus ! Et c'est pareil pour elle !
Le Serpentard resta figé un moment. Le discours semblait l'avoir percuté. Mais il finit par secouer la tête avec obstination et il marmonna entre ses dents :
- C'est trop tard, de toute façon, maintenant.
Une angoisse sourde serra la poitrine de Sirius.
- Qu'as-tu fait ?
La voix de Regulus était triste et résignée lorsqu'il répondit.
- La peur de sa famille et sa propre sécurité est plus importante à ses yeux que toi. Au moins, tu en auras la preuve, puisqu'il faut en arriver là. Tu veux chercher à blanchir toute la vermine mais il faut voir la réalité en face. Nous ne sommes pas tous égaux et n'avons pas tous les mêmes intentions. Tu n'es qu'une passade pour elle, un passe-temps sacrifiable avant de rejoindre ceux de son espèce. J'ai fait la seule chose qui la dissuaderai de t'approcher. J'ai prévenu à son père.
Le cœur de Sirius se glaça. Si c'était vrai... Une foule d'émotions se succédèrent en lui. Pitié, désespoir, chagrin, avant que la colère ne les remplace. Un puissant sentiment de dégoût envahit son esprit. Il plongea la main dans sa poche et sortit vivement sa baguette, la pointant haineusement sur son cadet. Il avait envie de lui lancer les pires maléfices qu'il connaissait.
- Espèce de...
Mais il ne trouvait pas de mots suffisants pour décrire ce qu'il ressentait. Il y avait bien longtemps qu'il avait tiré un trait sur ses parents, mais il avait continué à s'accrocher l'espoir ridicule que son frère pouvait changer, qu'il pouvait l'aider. Il savait que Regulus manquait de maturité et qu'il suivait simplement naïvement les idées qu'on lui avait inculquées en tentant d'être le fils idéal qu'il n'avait pas été, pour plaire à leur mère. Il avait espéré qu'il finirait par le réaliser, mais à présent... il n'en avait plus envie. Le sang battant dangereusement à ses oreilles, il prit la parole d'une voix que la colère rendait sourde :
- J'abandonne, Regulus. Sauve-toi toi-même. Sors de ma vie, je ne veux plus te voir ou te parler. Jamais. Cette fois est celle de trop. A mes yeux, tu n'as plus d'excuses. Tu as fait tes choix et moi les miens. Je n'ai plus de frère. Tu peux te considérer comme le fils unique dont notre mère rêve ! Tu n'es qu'un parmi ceux que j'ai toujours affronté.
Le jeune Serpentard resta abasourdi devant ce rejet pur et simple. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais Sirius ne lui en laissa pas le temps.
- Dégage avant que je ne te jette un sort, menaça-t-il en relevant un peu sa baguette. Ce n'est certainement pas l'envie qui m'en manque.
Il était sérieux. Il avait furieusement envie d'attaquer son frère. Celui-ci dut le sentir car il recula prudemment vers la porte. Avant de la franchir, il se retourna pour jeter un regard indescriptible à Sirius. Il sembla sur le point de dire quelque chose, puis il se ravisa et sortit. Sirius se laissa aller en s'appuyant contre une table derrière lui. Il avait envie de vomir. Ce qui venait de se passer était irrémédiable. Il venait de perdre son petit frère. Sa vue se brouilla. Il avait espéré pendant si longtemps. Regulus n'avait jamais cherché qu'à rendre son entourage fier de lui. Il n'était pas foncièrement mauvais. Il n'avait simplement jamais eu l'occasion de penser par lui-même. Du moins c'était ce que Sirius se disait jusqu'à présent. Mais il se rendait désormais compte que ce qu'il avait fait, son frère ne le ferait sans doute jamais. Qu'il ne ferait jamais que véhiculer stupidement les idées qu'ils croyait vraies.
Regulus lui avait arraché quelque chose de si précieux qu'il ne ressentait plus que fureur à son égard. Et pourtant, la perte de ce frère n'en était pas moins douloureuse.
Il se prit la tête entre les mains. Ils n'avaient pas parlé de ces choses-là. Lutha évitait toujours ces conversations avec soin. Mais il savait qu'elle n'était pas prête. Il savait que son père la terrifiait. Elle risquait de ne pas revenir vers lui. Il lui restait trop peu de temps. Il ne pouvait pas l'accepter ! Il se redressa en fronçant les sourcils. Il n'abandonnerait pas. Il était trop proche du but pour laisser tomber maintenant. Et il n'était certainement pas prêt à la laisser lui échapper.
Lorsqu'il rentra à son dortoir, James se releva immédiatement. Sa lumière était encore allumée. En voyant son air abattu, il se leva aussitôt, l'air inquiet, et Sirius sentit une agréable chaleur l'envahir à la pensée que son ami l'avait attendu. Ils s'assirent près d'une fenêtre et il lui raconta tout à voix basse, sans omettre de détail. Il laissa libre cours aux larmes amères qui lui venaient. Lorsqu'il eut fini, ils restèrent un moment à regarder le ciel sans parler. Son meilleur ami ne pouvait pas lui rendre ce qu'il avait perdu, mais il était là, et c'était déjà beaucoup.
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Le lendemain, c'est envahi d'une solide détermination que Sirius commença la journée. Il accompagna ses amis jusqu'à leur salle de travail, puis il partit ensuite de son côté avec la carte, bien décidé à dénicher Lutha, dût-il s'introduire une fois de plus dans la salle commune des Serdaigles. Il haussa un sourcil curieux en examinant la carte. Jonathan Float se dirigeait apparemment vers ses amis pour se joindre à eux. Quant à Lutha... il resta perplexe en repérant finalement la chat-garou. Elle n'était pas dans la tour de sa maison. Immobile, elle se tenait dans un couloir non loin de là. Dans la cachette au cadavre, s'il en croyait ce qu'il voyait. Et la carte ne se trompait jamais. Il avait pensé qu'elle resterait dans sa salle commune pour l'éviter. Elle savait pertinemment qu'il pouvait aisément la retrouver à cet endroit, puisqu'elle connaissait l'existence de la carte depuis un moment, maintenant. Il ne pouvait en déduire qu'une seule chose. Elle l'attendait. Lorsqu'il parvint à l'endroit de la cachette, il vérifia sur la carte que personne ne se trouvait dans les environs et chatouilla les pieds du cadavre. Le tableau pivota et il se hissa dans l'alcôve en refermant derrière lui. La jeune fille était assise au fond, une lumière flottant légèrement au dessus de sa tête. Elle lui adressa un rictus moqueur en le voyant.
- Tu en as mis du temps ! Ça fait une éternité que je suis ici. Pas que le coin me déplaise mais je commençais à me sentir un peu à l'étroit.
Il resta sans voix, la dévisageant avec stupéfaction. Il s'était senti si mal à l'idée de la perdre, la veille. Elle l'avait délibérément évité et son attitude étrange avait finalement été expliquée par son frère, lui confirmant qu'elle lui échappait. Il ne s'attendait certainement pas à la voir de sitôt. Du moins, pas avec son accord ! Même en réalisant qu'elle avait fait en sorte qu'il puisse la trouver, quelques minutes auparavant, il s'était attendu à ce qu'elle l'ait fait pour l'informer de la situation. Il s'était attendu à une confrontation houleuse. Pas à cet air naturel. Elle lui rendit son regard avant de pousser un léger soupir. Elle désigna le peu d'espace face à elle.
- Je serais toi, je m'installerais confortablement.
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Il sembla enfin se reprendre et s'exécuta, s'adossant au mur et étendant ses jambes comme il pouvait dans l'espace étroit. Il lui lança alors un regard accusateur.
- Qu'est-ce que tout ça signifie ? Tu ne vas pas me dire que tu ne veux plus me voir ?!
Elle le dévisagea longuement avant de répondre. Elle comprenait parfaitement ce qu'il pouvait ressentir, mais cela ne rendait pas les choses plus faciles pour autant.
- Non. Ce n'est pas pour ça que je suis là, finit-elle par déclarer à mi-voix.
Un éclair de soulagement traversa le regard sombre du jeune homme, vivement remplacé par une lueur de colère.
- Alors pourquoi m'as-tu évité toute la journée d'hier ? Je pensais que tu avais déjà pris ta décision ! Et tu m'as laissé ruminer ça toute la nuit ! Tu aurais dû m'en parler tout de suite. Tu réalises ce que j'ai pu croire ?!
Elle n'était pas vraiment surprise de sa réaction. Ce n'était pas très loin de ce à quoi elle s'était attendu. Sirius avait le sang chaud et il n'était pas prêt de maîtriser ce trait de caractère. Même une fois qu'elle se serait expliquée, il lui en voudrait sans doute de ne pas l'avoir consulté et d'avoir fait ses choix seule. Elle estimait cependant avoir eu d'excellentes raisons d'agir ainsi.
- Réfléchis deux minutes, Sirius. Il était nécessaire que tu crois que j'avais renoncé à te voir. Tu n'aurais pas convaincu ton frère si ça n'avait pas été le cas.
Cela ne l'apaisa guère. Au contraire, il n'en parut que plus furieux.
- C'est complètement inhumain ! Tu n'as pas idée de ce que ce que j'ai ressenti ! Je crois que j'aurais préféré ne jamais avoir cette discussion avec mon frère ! Tu ne réalises même pas ce qui s'est passé pendant que tu jouais la comédie !
Son cœur se serra. Elle en avait une idée bien précise, au contraire.
- Bien sûr que si, le détrompa-t-elle d'une voix douloureuse.
Il fronça les sourcils et elle reprit pour s'expliquer :
- Jonathan était là. Ce plan était notre idée commune. Je ne pouvais pas me montrer au cas où tu utiliserais votre carte, mais il était là pour guetter l'apparition de ton frère et veiller à ce qu'il soit convaincu que j'avais renoncé. Je ne pensais pas que... ça entraînerait ce qui s'est passé.
Elle tendit une main hésitante et la posa sur la cheville du jeune homme, à côté d'elle. Il tressaillit mais ne la repoussa pas. Il semblait avoir du mal à digérer ce qu'elle lui racontait. Il finit par relever les yeux vers elle. Son regard était sombre et son visage avait pris une expression neutre décidée.
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- Explique-moi tout ça exactement, Lutha.
Il ne savait plus quoi penser. Il ne comprenait pas complètement ce qui s'était passé et il refusait de croire la jeune fille responsable de la discussion avec son frère. Il avait beau avoir écarté ses préjugés sur les chats-garous depuis déjà un moment, ils revenaient à présent à la charge avec les paroles venimeuses de son cadet. Un tel plan relevait de la manipulation des autres et il détestait l'idée qu'elle eût agi ainsi dans son propre intérêt. Mais, même si c'était le cas, elle avait l'air triste et coupable. Sans retirer la main qu'elle avait posé sur sa cheville, elle prit la parole à voix basse :
- Comme ton frère te l'a dit, il a bien écrit à mon père. Teneös. Il m'en avait menacée mais je ne pensais pas qu'il le ferait vraiment. Je pensais qu'il serait assez intelligent pour réaliser le danger qu'il te ferait courir en faisant cela. Mais il devait être persuadé que je serais la seule à subir les conséquences. Ou que cela suffirait à nous éloigner et qu'une fois cela fait, Teneös ne s'intéresserait guère plus à toi.
- Ou alors il s'en fiche, ne put s'empêcher de grogner Sirius en l'interrompant.
Une expression de compassion douloureuse passa furtivement sur les traits de la chat-garou, mais elle ne répondit rien et reprit son récit en serrant sa cheville un peu plus fort :
- J'ai compris qu'il avait mis sa menace à exécution quand j'ai reçu une lettre de Teneös hier matin.
Elle frissonna à ces mots. La seule évocation de l'homme semblait luis inspirer la terreur la plus pure.
- D'après ce qui en ressort, il ne prend pas la parole d'un sang-pur pour information fiable, mais... il se doutait apparemment que quelque chose comme ça se passait, donc ce n'était qu'une confirmation. Il... exprime assez clairement son désaccord. Je pense... je suis persuadée que Regulus avait prévu de lui écrire à nouveau si notre relation se poursuivait. Je ne crois pas que Teneös accepte l'idée de collaboration avec un sang-pur, mais il n'aurait rien contre le fait de l'utliser comme source d'information. Il fallait donc que ton frère croit que j'avais cédé à la peur et que je te laissais tomber. C'est John qui a eu l'idée de comment procéder, mais j'étais d'accord avec lui. Je... je ne souhaitais pas que ça tourne ainsi avec... Je me sens tellement sale maintenant et...
Sirius leva la main pour l'interrompre et elle se tut. Elle avait l'air de se sentir extrêmement mal. Il n'était pas idiot, il comprenait très bien le raisonnement qui avait poussé les Serdaigles à agir ainsi. Et s'il n'avait pas eu cette conversation avec son frère, cela n'aurait en rien changé le fait que celui-ci avait écrit au père de la jeune fille, la mettant en danger sans même chercher à en savoir plus sur elle. Il était également sans doute vrai que s'il avait su dès le départ qu'elle ne l'évitait pas vraiment mais qu'il s'agissait d'un plan, il n'aurait probablement pas convaincu Regulus. Il avait de nombreux talents, mais faire semblant de piquer l'une de ses crises de colère n'en faisait pas partie. C'était cependant difficile à encaisser. Il devait toutefois accepter la situation. Il n'aurait pas voulu ne pas savoir ce que son frère de sang avait fait, même avec ce que cela avait entraîné. Il préférait la vérité à une satisfaction basée sur des mensonges. En revanche, il restait un point qu'il ne comprenait pas dans la réaction de la jeune fille.
- Alors tu vas désobéir à ton père ?
Elle détourna les yeux, regardant légèrement en l'air. Puis elle respira à fond et le regarda à nouveau droit dans les yeux.
- A Teneös, oui.
Elle semblait malgré tout un peu triste et il se sentit mal à l'aise. Il ne s'agissait pas complètement de la vérité et il doutait qu'elle eût pris une réelle décision quant à son avenir proche. Il était temps de la pousser à réfléchir à ce qu'elle allait faire, même si cela le forçait de son côté à réfléchir à l'avenir de leur relation. De toute façon, il ne pouvait sans doute guère fermer les yeux plus longtemps. Sa réaction face à son frère et le fait d'avoir écrasé tout restant de relation avec lui en apprenant ce qu'il avait fait étaient révélateurs quant à l'importance qu'il accordait à sa relation avec elle. Il se redressa autant qu'il le pouvait et s'apprêta donc à questionner la jeune fille, mais elle prit la parole avant lui.
- Et puis, pour être tout à fait sincère, ça pourrait commencer à me manquer de ne plus pouvoir me moquer de toi à longueur de journée. C'est une excellente activité pour se dépenser.
Elle lui fit un clin d'œil accompagné d'un sourire plein de malice. Il ne pouvait pas résister à un tel appel. Lui renvoyant le même sourire, il répliqua :
- Attention, serais-tu devenue dépendante ? Le sport doit se pratiquer avec modération, on ne te l'a jamais dit ?
- Qui t'a dit ça, Black ? Le railla-t-elle. Tu l'as lu dans un magazine de régimes pour filles ? Je suis sûre que tu en lis des dizaines.
Il sourit.
- Je lis ça avec autant d'application que tu dévores ton horoscope pour connaître ton avenir, ma chère petite Lutha.
Il se redressa et se mit à genoux, sa tête frôlant le plafond de l'étroite cachette. Il se pencha en avant et vit avec satisfaction les joues de la jeune fille se teinter de rouge. S'avançant plus, il vint appuyer sa tête contre le mur à côté d'elle et posa ses lèvres tout contre son oreille. Un frisson la secoua et la lumière vacilla. De sa voix la plus grave possible, il murmura avec mysticisme :
- Côté travail : Vous devriez revoir vos estimations à la hausse. Inutile de vous surcharger quand vous êtes déjà suffisamment compétente. Côté finances : N'hésitez pas à profiter honteusement des richesses de vos amis. Côté cœur : Méfiez-vous des inconnus aux cheveux longs, ils pourraient tenter de vous faire des choses dans des recoins obscurs.
Elle posa la main à la base de son cou et le repoussa fermement. Au vu de son expression, elle n'était pas complètement convaincue par l'utilité d'appliquer son dernier conseil.
- Je ne suis pas sûre que tes capacités soient fantastiques en divination, Sirius. N'as-tu pas prédit la mort de Rogue vingt-sept fois cette année ?
Il éclata de rire.
- Oh ça viendra en temps voulu, j'en suis sûr.
Elle rit à son tour.
- Et bien dans ce cas, je vais suivre tes conseils et m'extirper de ce recoin sombre avant qu'un inconnu aux cheveux longs n'ait la mauvaise idée de venir m'y rejoindre, qu'en dis-tu ?
Il ne répondit pas tout de suite. Il admirait la manière dont la lumière se reflétait en une étincelle malicieuse dans l'ambre de ses yeux.
- Pour être honnête, finit-il par répondre, j'irais volontiers me promener dans le parc, si le cœur t'en dit. Et si ça peut te rassurer, le demeuré qui partage mes gènes n'y va quasiment jamais.
Elle le dévisagea à son tour en silence. Il en profita pour la détailler. Bien qu'ils fussent souvent ensemble, ces derniers temps, les autres aussi étaient régulièrement avec eux, et ils avaient rarement eu l'occasion de partager des moments intimes. Ou alors rarement avec de la lumière. Sirius remarqua un grain de beauté sous l'oreille gauche de la jeune fille. Il eut aussitôt une furieuse envie de poser ses lèvres dessus. Il s'apprêtait à le faire lorsqu'elle répondit à sa proposition d'un ton léger :
- Je suis partante !
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Il n'était pas tard dans la salle commune des Gryffondors. Cependant, il ne restait que Sirius et James encore debout. C'était la veille des premiers examens et personne ne s'était attardé, des premières aux septièmes années. Les deux garçons étaient restés, prétextant continuer à réviser, mais ils feuilletaient tous deux d'un air absent leurs notes. Sirius se doutait que James rechignait à le laisser seul depuis la confrontation qu'il avait eue avec Regulus. Il avait lui-même l'esprit préoccupé. Ses pensées revenaient sans cesse à Lutha et la brièveté du temps qui leur restait à Poudlard. Elle était si habile à éviter le sujet de l'avenir qu'il ne le réalisait qu'une fois qu'il n'était plus en sa présence.
- Tu y as déjà pensé ? Demanda-t-il brusquement en repoussant ses cours.
L'attrapeur leva les yeux et le dévisagea avec perplexité.
- A quoi ?
- A ... après.
James resta silencieux un moment, l'air songeur. Lorsqu'il prit finalement la parole pour répondre, sa voix était grave et basse.
- Oui, bien sûr.
Sirius resta silencieux en le dévisageant. Il se doutait plus ou moins de la réponse. Après tout, ils avaient déjà abordé le sujet de nombreuses fois par le passé, mais jamais ils n'avaient jamais été si proches de ce futur incertain. Il n'était lui même pas sûr de ce qu'il allait faire et il avait toujours considéré qu'il resterait aux côtés de son meilleur ami. Celui-ci était désormais avec Lily, ce qui en soit n'était pas un empêchement, mais à présent, lui-même avait aussi quelqu'un d'autre dont l'avenir impactait sur le sien. James rajusta calmement ses lunettes et se pencha par dessus la table, malgré le fait qu'ils fussent seuls.
- Je crois... je crois que je ne serais pas capable de prétendre à une vie normale avec... ce qui se passe en ce moment. Mes parents sont engagés depuis... Ce que je veux dire, c'est que je ne me vois pas d'autre but que de le combattre avant d'imaginer pouvoir faire autre chose. Nous en avons discuté avec Lily. C'est une née-moldue. Je crois... je pense que l'on rejoindra le combat de Dumbledore, comme mes parents. Contrairement au ministère en ce moment, lui sait à peu près ce qu'il fait. Je crois qu'avec lui, on a une chance. En plus, j'ai les moyens de vivre sans travailler.
Sirius acquiesça distraitement en hochant la tête. Il était d'accord avec son ami.
- C'est sans doute ce que je ferais aussi. Il faut combattre Voldemort.
Son ami fut parcouru d'un long frisson. Il n'aimait pas entendre ce nom prononcé à haute voix.
Un silence épais s'étendit entre eux, alors que leurs pensées prenaient la même direction.
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Le regard de Sirius s'était voilé.
- Et Lutha ? Finit par lui demander son ami.
Le batteur se crispa légèrement, mais son visage resta calme. Le sujet était encore très délicat à aborder, mais James était bien le seul qui pût tenter sa chance sans risquer un coup de colère. Il ne récolta qu'un long soupir avant que la réponse ne tombe d'une voix fatiguée :
- Je ne sais pas. Je n'ai déjà pas tendance à aborder facilement la conversation là-dessus, mais elle détourne inévitablement la conversation dès que l'on s'approche un peu trop de l'avenir. Je crois qu'elle refuse d'y réfléchir. Qu'elle fait l'autruche pour fuir sa peur. On profite juste des moments ensemble sans... enfin bref.
- Pourquoi ne la pousses-tu pas à la confrontation ? Je sais que ce n'est pas facile pour toi parce qu'il te faudrait faire face à... enfin, en tout cas, il me semble que jusqu'à présent, la pousser dans ses derniers retranchements a donné de très bons résultats, non ? Si tu la forces à y réfléchir alo...
- Alors elle prendra une décision, mais je ne sais pas laquelle, le coupa Sirius, sourcils froncés.
L'attrapeur attendit.
- J'ai peur, Cornedrue, reprit Sirius dans un souffle.
- Peur ?
Le sang-pur baissa les yeux vers ses mains, les yeux anormalement brillants. James détestait voir cette expression sur le visage de son ami. Il ne l'avait que trop vue. Il estimait qu'il était plus que temps que Sirius ait sa part de bonheur en compensation de tout ce qu'il avait subi.
- Quoi qu'elle décide, je n'aurais pas de mal à comprendre pourquoi elle l'a fait. Je la connais et je la comprends. Nous nous ressemblons beaucoup. Mais ce que nous vivons est différent. Je ne suis pas sûr qu'elle soit capable de faire les choix que j'ai faits. Je ne suis pas sûr que je les aurais faits sans toi, Remus et Peter. Elle... elle ne me laisse pas l'aider. Seul Jonathan sait complètement de quoi il retourne mais je crois qu'il ne souhaite pas l'influencer. Je ne sais absolument pas dans quelle direction s'orientera sa décision si je la force à en prendre une. Je caresse seulement l'espoir qu'elle se laisse porter par les événements et choisisse impulsivement au dernier moment de me suivre. J'ai peur qu'elle n'accepte pas que je la provoque encore plus que je ne l'ai fait jusque là. Qu'elle craque et qu'elle me claque la porte au nez. Je... je ne veux pas la perdre.
Cornedrue resta silencieux, impressionné par l'aveu de son ami.
- Je tiens à elle, acheva celui-ci avec une expression à mi-chemin entre tendresse et résignation.
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Sirius se tut. Une lueur amusée et attendrie brillait dans le regard de son meilleur ami.
- Et ben... Tu en auras mis du temps, ne put-il s'empêcher de le railler.
- Dit le type qui a mis quatre ans à réussir à sortir avec la fille dont il est tombé amoureux, répliqua aussitôt Sirius sur le même ton.
Ils rirent ensemble.
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- C'était... abominable !
L'exclamation de Lutha reçut un sourire sarcastique de Jonathan pour tout commentaire.
- Ne me dis pas que tu as réussi cette épreuve ? Reprit-elle d'une voix incrédule.
- Je n'irais pas jusque là, mais sans doute plus que toi, se moqua-t-il sans vergogne.
- Bah ! Rétorqua-t-elle avec dédain. Je ne comptais pas spécialement briller en histoire. Je garde mes forces pour ce qui viendra ensuite.
- Je n'en doute pas.
Ils furent rejoints par Lucy, Natacha et Elisabeth qui discutaient des différentes questions de l'examen. De toute évidence, ces trois-là avaient également mieux réussi que la jeune chat-garou. Celle-ci n'en avait cure. Elle savait exceller dans des matières qu'elle jugeait bien plus importantes et intéressantes. De plus, elle ne pensait pas que la valeur de ses notes seraient d'une grande importance pour la suite. Ils réussirent à échapper aux autres Serdaigles qui tenaient absolument à refaire chaque question de l'examen et s'éclipsèrent en direction du parc. Les Gryffondors leur avaient donné rendez-vous de l'autre côté du lac noir. Lorsqu'ils arrivèrent, ils n'étaient pas encore là. Ils s'étaient sans doute attardés pour discuter.
John et Lutha s'installèrent donc au soleil, selon les exigences de la petite Grecque.
- Alors ? Demanda le grand blond l'œil pétillant de malice.
- Alors quoi ? Répondit-elle, méfiante.
Il avait trop eu tendance à aborder avec elle des sujets sensibles ces derniers temps. Il désamorça toutefois immédiatement son attitude en l'interrogeant dans un gloussement :
- Alors, qu'est-ce que ça fait d'être la petite amie de sa majesté Sirius Black ?
Elle haussa un sourcil.
- Pourquoi cette question maintenant et pas il y a quelque temps, déjà ?
- Oh, et bien, le temps que tu te fasses une vraie idée sur la question et que tu ne sois plus aveuglée par ton amour débordant à son égard.
- Ha ha ha. Et bien, tu vois notre relation ? A toi et moi ?
- Oui ?
- Tu enlèves les conversations intelligentes et tu augmentes la quantité d'échanges sarcastiques en assaisonnant de quantité de métaphores et comparaisons foireuses, ainsi que d'une bonne dose d'humour animalier, et tu obtiendras une réplique assez fidèle du temps que nous passons ensemble.
Il fit la moue avec scepticisme.
- Ça a l'air ennuyant. C'est ce que vous faites dans les placards à balais ?
Lutha se sentit rougir violemment avant même d'avoir pu détourné la tête.
- Qu'est-ce qui te fait penser que nous nous voyons dans des placards à balais ? Demanda-t-elle néanmoins en tentant de garder contenance.
Il eut un sourire suffisant.
- Oh, James est plutôt bavard et visiblement, on apprend des choses impressionnantes en examinant leur fameuse carte dont tu m'avais déjà touché deux mots.
Elle grogna. Elle aurait bien étranglé le capitaine de l'équipe de Gryffondor. Comme si Jonathan avait besoin qu'on lui donne des informations croustillantes ! N'était-il pas déjà suffisamment horripilant comme ça ? Si son meilleur ami s'associait avec celui de Sirius, elle n'était plus sûre d'envisager avec plaisir les jours qui leur restaient à passer ensemble au château.
- Alors, ces placards ?
Elle redressa la nuque avec dignité et pointa le nez en l'air avec un mépris feint.
- Tu n'es concerné en rien par ce qui s'y passe, mon cher John. Tu as une curiosité bien mal placée, je trouve. Pourquoi ne poserais-tu pas directement la question à Sirius ?
Une lueur d'amusement scintillait dans les yeux de son ami.
- Oh, mais je le ferai avec joie, si tu préfères. Mais il risque de me répondre, j'espère que tu en es consciente.
- Si c'était le cas, je te conseillerais de ne pas prendre au sérieux ce qu'il te dira. Toi et moi savons pertinemment que l'ego de Black fait pression sur son cerveau et que ce qu'il te racontera ne sera une version outrageusement déformée de la réalité.
C'était à présent le rire qui brillait dans le regard de Jonathan et elle comprit pourquoi lorsqu'il leva les yeux au-dessus de sa tête avec un air significatif.
- Il est derrière moi, hein ? Je déteste être contre le vent.
Sans surprise, ce fut la voix du sang-pur qui lui répondit :
- Je suis flatté de voir en quels termes tu parles de moi à ton meilleur ami...
Elle tourna la tête et vit que le groupe des Gryffondors les avait rejoints. Sirius se tenait derrière elle, la toisant du haut de sa stature ridiculement impressionnante. Un sourire en coin traînait sur ses lèvres et les autres se retenaient visiblement de rire avec le Serdaigle. La jeune fille fit la moue. Elle ne les avait guère senti arriver. Elle se leva pour réduire sa différence de taille avec Sirius. Elle restait toutefois bien plus petite que lui. Il fit un pas vers elle et passa un bras autour de sa taille avant qu'elle puisse se dérober. Il la ramena à lui d'un geste vif.
- Alors comme ça, mon ego sur-développé m'empêche de dire la vérité ? On va voir ce qu'il en est. Quelle était la question qui devait m'être adressée ?
Jonathan regarda le couple avec délectation en ignorant le regard assassin que Lutha lui lançait. Les autres s'installèrent dans l'herbe autour de lui, curieux d'entendre la suite.
- Je demandais à Lutha ce que vous faisiez lors de vos... visites impromptues des placards à balais. La question a eu l'air de l'émouvoir, mais elle n'a point voulu y répondre, curieusement.
Un rire secoua Sirius et la chat-garou sentit une sensation de chaleur monter du milieu de son dos jusqu'à la base de son crâne. Elle aurait donné n'importe quoi pour se faufiler hors d'ici jusqu'à ce que son cou et ses oreilles eussent repris une température décente et une couleur plus naturelle. Malheureusement, le bras de Sirius lui interdisait toute retraite.
James et Lily attendait apparemment la réponse avec le même intérêt amusé que Jonathan. En revanche, Peter s'était détourné, embarrassé. Quant à Remus, un sourire amusé flottait sur ses lèvres, mais il ne montrait pas particulièrement son attention. La petite Grecque se sentit rougir à nouveau, mal à l'aise. Elle détestait son meilleur ami ! Et elle détestait Sirius Black encore plus. Ce dernier adressa un sourire éclatant au Serdaigle.
- Je serais ravi de te répondre, Jonathan, mais madame et moi avons justement un placard que nous souhaitions tout particulièrement visiter au quatrième étage.
Sur ces belles paroles, il fit pivoter la jeune fille dans ses bras et, passant soudainement un bras derrière ses mollets, il la chargea sur son épaule comme un sac de pommes de terre avant de partir.
- Ce n'est pas la direction du château que tu prends, Patmol ! Railla James tandis qu'ils s'éloignaient.
- Ah non ? Marmonna Sirius avec amusement.
- Non, confirma Lutha d'une voix qu'elle voulait ferme, mais qui sonna plutôt comme un miaulement étranglé.
- Comme c'est dommage... Fut la seule réponse qu'elle obtint de lui.
En regardant le cercle formé par leurs amis diminuer, elle compta calmement jusqu'à cinq pour voir s'il avait prévu un quelconque changement de plan, puis elle décida qu'il valait mieux qu'elle intervienne si elle ne voulait pas passer l'après-midi ainsi.
- Sirius ?
- Oui ?
Elle leva les yeux au ciel devant le ton ravi du jeune homme.
- Comptes-tu me trimbaler longtemps sur ton "Ô combien délicieuse épaule musclée mais extrêmement inconfortable" ?
Il s'arrêta en étouffant un rire mais ne fit pas mine de la reposer. Il lui répondit d'une voix enjouée :
- Ça dépend de toi. Peut-être qu'avec d'autres charmantes périphrases désignant ma "délicieuse épaule musclée", j'envisagerai ta requête d'un œil favorable...
- Oui, mais, vois-tu, Sirius, si tu entends trop de choses agréables de la sorte, ta tête va encore enfler, déjà qu'elle est plutôt volumineuse. Et si ta tête enfle, il n'y aura plus de place sur tes épaules, ce qui entraînera une chute probablement désagréable.
Il parut réfléchir un instant avant de finalement hausser les épaules, la secouant sans vergogne, avant de se remettre en marche.
- Non, je ne pense pas. Je suis bien comme ça. Et puis...
Il laissa glisser sa main sur ses jambes, lui tirant un glapissement de surprise.
- ... c'est pratique ! Ricana-t-il.
Elle lui accorda une demi-douzaine de secondes d'auto-satisfaction supplémentaires, puis d'une torsion improbable, elle glissa entre ses mains et sauta dans son dos, atterrissant sans difficulté sur ses deux pieds. Stupéfait, il fit volte-face. Elle le fixait avec un sourire en coin qu'il reconnut être le sien. Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, elle désigna d'un geste la Forêt Interdite qui s'étalait devant eux.
- Pas que ça me dérange, mais aller me balader par là ne me semble pas le summum de la promenade romantique, non ?
- L'avantage est qu'on n'y sera certainement pas dérangés, ni même vus, rétorqua-t-il sérieusement. Et ne me fais pas croire que tu n'es jamais allée te balader là-bas sous une forme ou une autre.
Elle ne prit pas la peine de nier et lui emboîta le pas.
Ils passèrent ainsi une bonne partie de l'après-midi à déambuler à l'ombre des arbres et à comparer leur stock d'expressions animalières avec légèreté. Le sujet qui les avait entraînés dans cette promenade en tête à tête finit toutefois par surgir à nouveau dans la conversation.
- Alors comme ça, ça te gêne de raconter à ton meilleur ami nos séances dans les placards.
Elle rougit. Dit comme ça, cela paraissait dix fois plus obscène que ça ne l'était en réalité. Prenant sur elle, elle garda le même ton moqueur.
- Je ne tiens pas à le choquer, il est facilement impressionnable. Les relations avec les filles, tu sais, il ne s'y connaît pas trop.
Le jeune homme éclata de rire, réaction qu'elle trouva un peu exagéré.
- Je n'en doute pas. Mais serait-il choqué ? Après tout, il a déjà vu James et Lily et ces derniers sont moins... discrets que nous, dirais-je.
Elle sourit malgré elle. C'était vrai, mais, pour les avoir observés, ils ne se laissaient pas aller au même abandon qu'eux lors de leurs moments en tête à tête. Elle le lui fit remarquer et ils enchaînèrent en commentant allègrement la relation des deux Gryffondors.
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- Où vas-tu ?
Lutha sursauta comme un diable. Elle était persuadée que Jonathan était monté se coucher depuis un moment. Mais visiblement, celui-ci avait flairé le coup fourré et il était resté à lire dans la salle commune en attendant qu'elle redescendît. Son sursaut attira l'attention des quelques autres Serdaigles encore présents, mais ils retournèrent vite à leurs activités, essentiellement des révisions.
- Je vais, euh... faire un tour. J'ai faim, improvisa-t-elle avec aplomb.
Il était toujours difficile de rouler John en tenant compte de son serment de ne jamais lui mentir. Il haussa les sourcils.
- Je veux bien que tu ais faim, mais... tu vas aux cuisines ?
Elle leva les yeux au ciel, exaspérée par son petit sourire satisfait.
- Tu es insupportable, tu savais ça ?
- C'est ma plus grande qualité, répliqua-t-il avec amusement. Je croyais que tu avais évité de sortir "Noisette" depuis que vous étiez... Est-ce bien raisonnable ? Nous avons un examen demain.
- Il est l'après-midi, se défendit-elle.
- Bien bien, alors file, ricana-t-il. Mais ça ne me paraît pas très honnête pour Sirius, si tu veux mon avis. Personnellement, je n'apprécierais pas l'intrusion dans ma vie privée.
Elle lui tira la langue et fila vers la porte discrètement. Dès qu'elle fut dans le couloir désert, elle changea de forme et se mit à courir dans les couloirs du château, dégourdissant sa forme de chat. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas utilisée. Elle mit un moment à rallier la tour de Gryffondor, ayant fait un détour par les cuisines où les elfes lui avaient gentiment offert un bol de lait. Parvenue devant le tableau, elle eut la chance de ne pas avoir à attendre longtemps et s'engouffra dans la salle commune en même temps qu'un groupe de sixième années rentrant se coucher. Elle fila vers les dortoirs des garçons et grimpa paisiblement l'escalier qui menait à ceux des maraudeurs. Elle miaula une fois devant la porte et commença à la gratter lorsque celle-ci s'ouvrit juste assez pour la laisser passer. C'était Sirius qui lui avait ouvert. Elle se frotta contre ses jambes.
- Ne fais pas de bruit, chuchota-t-il. Les autres dorment.
Il retourna jusqu'à son lit où il s'installa sur les couvertures avec un roman. Elle flâna dans le dortoir un moment avant de se décider à le rejoindre. Elle bondit sur le lit et vint se rouler contre son flanc. Il posa négligemment la main sur elle et elle ronronna fortement. Elle ferma les yeux avec délectation. Tour contre le corps chaud et doux du Gryffondor, son odeur d'abricot flottant autour d'elle, elle se sentait bien. Elle bâilla, révélant ses petits crocs pointus, et se laissa aller à somnoler en écoutant la respiration du jeune homme. Elle avait soudain envie que le temps s'arrête.
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Sirius n'était pas vraiment concentré sur sa lecture. Depuis que Lutha et lui étaient plus ou moins ensemble, il n'avait pas eu une seule visite de Noisette. Il s'était attendu à ce qu'elle se montrât bien avant ce soir, ou plus du tout. Il se demanda ce qui avait motivé ses visites. Elle était venue le voir régulièrement alors que Lutha ne lui parlait plus. Ressentait-elle déjà quelque chose pour lui à ce moment-là ? En y repensant, ce n'était pas improbable. Les premières fois qu'elle était venue, elle avait sans doute simplement voulu l'espionner afin de trouver un moyen de se débarrasser de lui. Puis elle avait probablement pris l'habitude, l'affection qu'il lui témoignait jouant probablement en faveur de ses visites régulières.
Le Gryffondor n'avait pas immédiatement fait la connexion en apprenant que Lutha était une chat-garou. Mais elle était à l'infirmerie à ce moment-là, et l'absence prolongée de Noisette alors qu'elle venait quasiment tous les soirs avait fini par lui mettre la puce à l'oreille. Il ne pensait pas avoir raison et s'était senti paranoïaque, mais il était allé demandé à Lily et Mary, l'air de rien, une description du chat que Jonathan avait emmené à l'infirmerie. Elles ne l'avaient pas bien vu, mais suffisamment pour que la ressemblance ne lui échappe pas. Il se rappelait également de la première fois qu'il avait rencontré Noisette, lors de sa visite de la salle commune des Serdaigles, en début d'année. Il avait donc finit par admettre que Lutha et Noisette ne faisaient qu'un et que la jeune fille avait honteusement usé de sa forme animale pour l'espionner. Il avait supposé qu'il pouvait s'en plaindre aux professeurs, mais il n'en avait pas vu l'intérêt. Il ne voulait pas causer d'ennuis à la petite Grecque et préférait pouvoir utiliser cette information contre elle plus tard. Pour finir, leur relation avait commencé et il n'avait plus vu Noisette.
Il baissa les yeux vers elle. Elle dormait paisiblement, roulée en boule contre lui. Il se demanda si elle avait conscience de l'indécence de sa présence ici. Après tout, bien qu'elle fût là sous sa forme féline, elle n'en restait pas moins une jeune fille s'étant introduite dans un dortoir de garçons pour dormir avec l'un d'entre eux. Sirius n'étant pas spécialement quelqu'un de pudique ayant besoin de son espace vital et intime, cela ne le dérangeait pas vraiment, mais il voyait l'indélicatesse d'une telle visite. Une idée lui traversa soudain l'esprit. Il posa délicatement son livre et se pencha vers le chat.
- Lutha. Tu dors ?
Le félin bougea légèrement mais n'ouvrit pas les yeux. Il se demanda comment formuler sa requête.
- Lutha, reprends forme humaine. Réveille-toi.
Il passa doucement sa main sur la fourrure du dos de Noisette. Un frisson parcourut celle-ci. Un chatoiement s'épanouit sur les poils noirs et sa silhouette devint floue. Deux secondes plus tard, Sirius fixait, bouche bée, sa petite amie roulée en boule de la même façon que le chat précédemment. Il mit un moment à s'en remettre. Savoir que Noisette n'était que l'incarnation féline de Lutha ne l'avait pas pour autant préparé à la voir changer de forme ainsi. Il avait déjà vu James et Peter se transformer. Il avait vu ce que Remus subissait en devenant un loup-garou. Et il avait déjà vu le professeur McGonagall faire de splendides démonstrations de sa propre transformation en chat. Mais ce qu'il venait de voir ne ressemblait pas à la transformation des animagi. C'était plutôt comme si la forme de Lutha s'était modifiée, pas comme si elle était passée de l'une à l'autre brutalement.
Il respira à fond. La petite Serdaigle portait un pyjama violet avec un dessin humoristique de chat exigeant à manger. Sirius n'était pas l'innocence incarnée. Il avait déjà fait découcher plusieurs jeunes filles et s'était lui-même introduit quelques fois dans des dortoirs féminins, à l'aide de son balai, pour passer une nuit avec une petite amie éphémère. Pourtant, son cœur battait à tout rompre. La situation n'était pas la même. Lutha n'était certainement pas venue dans ce but. Il respira profondément une nouvelle fois, refoulant son embarras et sa nervosité. Lorsqu'il fut certain d'avoir retrouvé son flegme habituel, il posa sa main sur l'épaule de la jolie Grecque et la secoua doucement.
- Noisette... Ou Lutha. Va savoir ce que tu préfères...
La main de la jeune fille se referma sur son poignet si prestement qu'il n'eut guère le temps de réagir. Avec une force qu'il ne soupçonnait pas, elle le fit basculer au bord du matelas. Il tomba sur la moquette dans un bruit qui, bien qu'assourdi par les rideaux à baldaquins, avait probablement dû réveiller tous ses compagnons de dortoir. Sirius se redressa pour croiser le regard mi-furieux, mi-désorienté de Lutha. Il se sentit pris de fou rire. Elle plissa les yeux et ouvrit la bouche, sans aucun doute pour l'invectiver, mais ce fut la voix endormie de James qui résonna dans le dortoir.
- Patmol ? Ça va ?
Lutha referma la bouche pour ne pas se trahir, mais ses yeux lançaient des éclairs. Elle passa lentement un doigt sur sa gorge. Le Gryffondor n'avait pas besoin d'être devin pour deviner ce que signifiait ce geste dans cette situation précise. Maîtrisant son rire, il se composa rapidement une voix somnolente pour répondre à son meilleur ami avant que celui-ci n'ait l'idée de venir vérifier par lui-même la réponse à sa question :
- Oui, oui... Suis tombé de mon lit. Rien de cassé.
Il ajouta un long bâillement pour faire bonne mesure. Un petit rire de James lui parvint, puis son ami lui souhaita une bonne nuit. Une trentaine de secondes plus tard, sa respiration redevint de légers ronflements. Sans dire un mot, Sirius posa un doigt sur ses lèvres, toujours sous le feu du regard noir de la Serdaigle, puis il pointa sa baguette sur les rideaux et marmonna une formule en remontant sur son lit.
- Voilà qui devrait nous permettre de ne pas les déranger, dit-il en faisant un vague geste pour désigner ses trois amis.
Elle dardait sur lui des yeux furieux, mais elle serra les lèvres, visiblement au prix d'un immense effort, et se retint de l'invectiver. Il en sourit.
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Malgré sa colère, Lutha resta parfaitement silencieuse face au sourire de Sirius. Elle n'aurait pas dû être là, Jonathan l'avait prévenue, et elle n'avait aucun droit de reprocher au Gryffondor la situation. Et cet imbécile le savait. Il le lui confirma d'ailleurs à voix basse.
- Tu fais bien de faire profil bas. Je pourrais te dire que tu devrais avoir honte d'avoir fait ça et que je suis furieux. Que je te faisais confiance et que m'espionner de la sorte est inacceptable, mais en réalité...
Il se pencha vers elle et lui souffla à l'oreille :
- ...je suis plutôt flatté.
Elle sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Ses poils étaient hérissés sur sa peau et tout son corps lui envoyait des signaux d'un danger qu'elle ne percevait pas. D'une voix dont elle s'efforça de gommer tout balbutiement, elle répéta :
- Tu te sens flatté ?
Il sourit.
- Oui. Flatté de ton intérêt. Flatté que Noisette ait continué ses visites quand Lutha m'avait rejeté. Flatté que tu m'ais accordé autant de tes soirées plutôt que de les passer avec ton meilleur ami.
Elle ne répondit rien. Elle se sentait extrêmement mal à l'aise et n'avait aucune idée de comment se tirer de cette situation. La solution lâche de se transformer et de s'enfuir à toute vitesse était extrêmement tentante, mais elle ne ferait que repousser la confrontation. Ramenant ses genoux contre elle, elle les enserra de ses bras comme pour se faire un bouclier et attendit la suite en silence.
- Tu es venue et tu es restée contre moi, tu m'as regardé me changer et tu as dormi avec moi alors que tu m'avais imposé de ne pas te parler. Ça ne te paraît pas déplacé ? Si je révélais à James qui Noisette est en réalité, il serait outré par ton atteint à la pudeur.
- Les chats ne sont pas très pudiques, ne put-elle s'empêcher de rétorquer.
Il ouvrit la bouche pour lui répondre, mais elle enchaîna à toute vitesse :
- Et ne dis rien à aucun de tes amis, s'il-te-plaît !
Il rit et tendit sa main au-dessus de ses genoux pour lui caresser la joue.
- Ce n'était pas mon intention. Peter ne s'en remettrait jamais. Il est très pudique. Et ça ne plairait pas non plus à Remus, à mon avis.
Elle poussa un soupir de soulagement. Voilà qui était déjà bien. A présent, il ne lui restait plus qu'à trouver comment sortir de la situation présente et l'affaire de ce soir serait oubliée. Elle se savait en faute et elle ne pouvait guère afficher sa superbe pour se tirer de ce mauvais pas. Elle décida donc d'opter pour la sincérité.
- Je suis désolée, Sirius. Si j'estime que mes intrusions avaient plus ou moins leurs justifications avant ça, je n'aurais pas dû venir à nouveau ici. Je crois que je devrais rentrer.
Elle se redressa et s'apprêta à changer de forme lorsque la main du Gryffondor se referma sur son poignet. Il avait perdu son air moqueur.
- Reste.
Elle fronça les sourcils, méfiante.
- Pourquoi ?
Il resta longtemps silencieux. Visiblement, il ne savait pas quoi répondre à sa question. Ou alors il ne voulait pas lui répondre.
- Parce que j'ai envie de t'avoir près de moi, lâcha-t-il finalement dans un souffle.
Une chaleur si agréable que c'en était douloureux lui serra la poitrine et elle ne put retenir son geste. Elle s'élança contre Sirius et l'étreignit contre elle avec force. Il lui rendit aussitôt la pareille et elle poussa un grognement de protestation en sentant ses bras faire pression sur ses épaules. Il émit un ricanement sarcastique.
- Tu as vraiment une petite carrure.
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Vexée, elle détourna la tête en fronçant le nez. Il sourit largement. Il se sentait serein et heureux et il était presque sûr qu'il en était de même pour elle. Il prit une longue inspiration et posa la question :
- Lutha. Qu'est-ce que tu vas faire ? Après Poudlard ?
Bien que sans grande surprise, il constata avec peine que son visage se figeait dans un masque insondable. Elle fixa ses yeux d'ambre dans les siens comme si elle le jaugeait. Elle finit par hausser les épaules en fronçant les sourcils.
- Je n'en sais rien.
Il soupira malgré lui. Il aurait préféré qu'elle lui ouvre la discussion, mais elle avait décidé de ne pas lu faciliter la tâche. Il s'apprêta à la relancer lorsqu'elle lui adressa soudain un sourire enjoué.
- Mais j'ai une petite idée de ce que je vais faire maintenant, si tu veux tout savoir.
Il ouvrit la bouche pour protester sans grande conviction, mais elle lui coupa l'herbe sous le pied.
- Pourquoi se poser des questions sur ce que sera demain quand tu peux profiter d'aujourd'hui ? Je préfère garder ces réflexions pour plus tard et m'amuser le temps qu'il me reste à Poudlard.
Les paroles qu'elle venait de prononcer firent sonner un tel écho dans son cœur qu'il laissa aussitôt tomber sa question. Il n'était pas du genre à penser au lendemain et il avait toujours pris ses décisions au dernier moment. C'était sans doute difficile à suivre et à accepter pour ses proches, mais il était ainsi, et il comprenait donc parfaitement le vœu de la petite Serdaigle. Il reprit le ton joueur qu'elle avait adopté plus tôt.
- Alors, cette idée de ce que tu vas faire maintenant ?
Elle eut un large sourire et se rapprocha doucement de lui. Délicatement, elle vint lui mordiller l'oreille et il frissonna en sentant sa respiration sur sa peau. Dans un murmure, elle lui glissa :
- Je vais... TE CHATOUILLER !
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James fit un signe aux autres en achevant de mettre ses chaussettes, puis il s'approcha du lit à baldaquins de son meilleur ami.
- Sirius ? Patmol ? Les autres sont déjà partis déjeuner. Tu ne veux pas te lever, qu'on profite de la matinée avant l'examen de cet après-midi ?
Seul le silence lui répondit. Il eut un sourire indulgent. Bien qu'il hésitât à lancer un Levicorpus bien senti à son ami, celui-ci n'avait jamais été du matin et son humeur risquait de s'en ressentir. Il choisit donc la méthode douce et entrouvrit les rideaux du lit de son ami.
- Sirius ? Il est neuf heu...
Il se tut, bouche bée. le bras qui dépassait de la couverture était beaucoup trop fin pour être celui du batteur de son équipe de quidditch. Et la tignasse de cheveux blancs qui dépassait de la couette n'était certainement pas celle de Sirius. Il avait déjà vu son ami découcher, et plus rarement, il savait qu'il avait ramené d'occasionnelles petites amies, mais il s'était toujours arrangé pour que ses amis ne les croisent pas. Et surtout... il doutait du fait que Sirius ait jamais ramenée une fille pour dormir en pyjama avec elle. Pour lui, c'était l'ultime preuve de l'attachement de son ami pour Lutha Layos.
Il s'apprêtait à se reculer et à partir le plus discrètement possible lorsque la jeune fille se retourna et posa sur lui son regard d'ambre. Ils restèrent à se regarder pendant quelques secondes sans réagir avant qu'elle ne se redresse à moitié, comme pour s'expliquer. Malheureusement pour l'attrapeur, le mouvement réveilla Sirius. Celui-ci mit quelques instants à comprendre la situation, mais pas assez pour permettre à son ami de fuir le dortoir.
- Cornedrue ! Rugit la voix de Sirius alors qu'il atteignait la porte
- Oui Patmol ?
Il se retourna. Le sang-pur se tenait debout à côté de son lit, en caleçon, les cheveux en bataille, et le dévisageait avec un air à mi-chemin entre la fierté et l'avertissement. Derrière lui, profitant de ses larges épaules pour se cacher, se tenait Lutha Layos, dans un pyjama violet, rouge d'embarras.
- Pas un mot à Lunard. Ni Queudver. Ni Lily. S'il-te-plaît ?
- Tu es dur en affaire, se plaignit l'attrapeur. Comment vais-je faire pour cancaner ?
- Et pas un mot à John ! Renchérit aussitôt Lutha en sortant la tête de son abri.
Sirius confirma d'un signe de tête la demande de sa petite amie et James capitula avec un sourire. Il les trouvait adorables, ainsi, mais il se garda bien de le leur dire. Il aurait tout le temps pour le faire lorsqu'ils l'auraient eux-mêmes admis. En attendant...
- Et bien je vais dire aux autres que Sirius ne veut pas se lever... ou qu'il a mieux à faire. Je déciderai en chemin.
Il échangea un sourire complice avec son ami avant de sortir.
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Sirius se retourna vers la Serdaigle. Celle-ci se laissa retomber assise sur le lit et se prit la tête dans les mains.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Se moqua-t-il. Ce n'était que James. Tu es gênée ?
Elle releva vers lui un œil noir.
- Non. Je me demande juste comment éviter Jonathan le reste de mon séjour à Poudlard.
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Youpi tralala ! J'ai tellement bloqué pour achever la dernière scène. Ça fait un mois que le chapitre est presque fini mais je galérais à le boucler. Désolée !
Comme je l'ai dit plusieurs fois, pour ceux qui s'inquiètent, sachez que je finirai ma fanfiction (question d'engagement personnel, et puis j'adore ça, aussi ^^) et je m'excuse des délais un peu longs, mais j'ai une vie bien remplie en ce moment qui ne m laisse pas toujours le temps ou la motiv pour écrire. Mais je pense souvent à vous et je peaufine les détails dans ma tête, donc j'epsère que vous aurez la foi de m'accompagner jusqu'au bout :D (et je compte quand même publier plus de chapitres cette année parce que là, j'ai vraiment traîné ^^)
Sur ce, je vais répondre à toutes mes merveilleuses reviews avant de vous partager ce petit cadeau de nouvel an :D
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Machurida - Ha ha, non, comme j viens de le dire, je ne compte pas abandonner, mais je me traîne parfois un peu ^^. Merci merci et merci ^^. Le chat dans les gradins, c'était Lutha. Elle a juste pris cette forme pour aller plus discrètement. Je pensais que c'était clair, mais après relecture, c'est vrai que c'est pas explicite ;). J'espère que Regulus ne va pas trop t'avoir énervée ^^. Je fais des études de physique théorique, mais bon, à Oxford, il y en a pour tous les goûts niveau études, alors... en tout cas si t'as l'occasion, c'est magnifique ! Merci et à la prochaine ;)
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Anne O'Nym - :p (je vais pas élaborer une réponse, tu la liras surement jamais, puis t'auras qu'à te venger si c'est le cas :p)
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Dedellia -
1- Ha ha, oui, tu as mis quelques chapitres mais bon :p. Ça fait bizarre de se faire appeler par son prénom sur ce site ! ^^ Pour la suite qui tarde moins, on repassera. J'ai vraiment eu du mal, cette année, mais j'ai pris de bonnes résolutions (hé oui !) et je vais voir ce que je peux faire pour améliorer mon rythme ^^. J'aime bien ne pas trahir l'histoire de l'auteur, en général, dans la mesure du possible. Non, jamais, mais j'aimerais beaucoup y aller. Ainsi qu'aux studios à Londres. Je te laisse profiter de la mise à exécution des menaces dans ce chapitre ! ;)
2- Merci pour la "très belle plume", ça m'a beaucoup touchée :) ! Et j''adorerais que Sirius me harcèle jusqu'à la fin de mes jours ^^ (mais oui, j'ai compris l'idée ^^). Merci en tout cas pour tes encouragements et j'espère être à la hauteur pour la suite. A bientôt ;)
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Stilandra Black - Merci pour ta review ! Je crois que tu as la réponse à toutes tes attentes dans ce chapitre, tant pour Regulus que pour Noisette ! ^^ Désolée d'avoir en effet plus que tardé et contente de voir que que tu t'accroches malgré ma... heu... non-publication régulière, pour formuler ça au mieux ^^'. Merci en tout cas et au plaisir de lire une autre review ;p
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betouni - Ah, ça fait toujours plaisir de voir tes reviews enthousiasmées ! :) Je sais pour Regulus, et j'aime beaucoup le personnage, mais là je le vois comme ça dans ce contexte ^^ (cela dit, merci pour les remarques, ça me fait porter un regard plus critique sur mon travail). T'inquiète, je ne risque pas de laisser tomber l'écriture, j'aime trop ça ! Juste faut que je trouve un équilibre entre mes passe-temps et mon travail :D. Merci encore en tout cas ;)
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blue - Merci ! Je trouve aussi que ça déstresse de la voir comme ça, j'aime bien :)
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Hely Sappho - Salut ! Merci d'être venue lire alors ^^ (et d'avoir en plus laissé une review!). J'espère que la suite te plaira autant ! :D
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Gaya -
1- Waouh ! Ta review est... de qualité pour mon orgueil ! J'avoue l'avoir lue plusieurs fois quand j'avais besoin d'un coup de boost sur mon écriture ^^. C'est vraiment très agréable et je suis contente que tu m'ais dit tout ça. Je suis encore plus contente d'avoir réussi à créer qqchose qui te plaise (ainsi qu'à mes autres lecteurs bien sûr). C'est vrai que je passe bcp de temps sur mes personnages et je suis heureuse de les avoir rendus attachants ;). J'espère que tu continueras d'apprécier, même en subissant l'attente ^^'. Au plaisir de renflouer mon orgueil en relisant une review de toi ! xD
2- J'avais compris, pour subjuguée :p
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Selena-sced - 25h, ça me semblait beaucoup aussi ! Quoique 13h est déjà assez impressionnant ! ^^ Je vois que j'ai gagné une nouvelle fan de John ! (j'aimerais bien l'avoir en vrai - il est un peu un mélange de mes meilleurs amis et moi alors ça va, mais... j'avoue que je l'adore aussi ^^)
J'apprécie beaucoup ta review, ton commentaire est construit et ça me donne un apport qualitatif ! :D (et en plus c'est pas désagréable de se faire complimenter, pour être tout à fait honnête). Pour les Remus/OC, je n'en ai que 2 que j'ai adoré : très loin devant 'Parfois les Serdaigles aussi son courageux', bien sûr, mais aussi moins connue 'C'est trop banal d'être sentimentale'. Sinon, je suis plutôt allergique au Remus/OC aussi. Ça me paraît pas coller avec le perso.
Famille Black vs. Layos ? Non, ça tournerait au massacre ^^. Pour la relation entre Sirius et Regulus, je suis d'accord. C'est tellement de gâchis. Merci pour le commentaire sur Sirius, c'est un truc dont j'étais pas sûre au début, mais ça s'est affirmé tout seul dans l'histoire, en fait.
Oui j'ai réussi à lire ton pavé, et ça m'a fait plaisir. A bientôt (oui, cette fois, je vais essayer de faire un bientôt plus court, promis ^^)
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TchococXD - Ha ha ! Pauvre cerveau ! Merci à lui et à toi ! J'espère que le suite vous plaira ! A bientôt ;)
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Mademoiselle Swann - Salut ! Merci pour cette review fort bien tournée :). Et plutôt flatteuse, qui plus est. J'espère que ça continuera à te plaire autant :). A bientôt !
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Pouet-pouet (alias guest :p) - Pas Noël, mais pas longtemps après, tu vois ? Vous allez pouvoir arrêter de me harceler, mes trois lectrices que je connais en chair et en os (ô misère, pk je vous ai donné mon pseudo) ^^. Bisous ! :p
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BREF ! J'essaye de ne pas mettre trop longtemps avant ma prochaine publi. Merci de me suivre avec acharnement. Je vous aime, vous me donnez la foi de continuer et la certitude d'être bonne en quelque chose ;)
Au prochain chapitre ! :D
