Chapitre 10 - Les Iles Orcades

Hermione, le cœur battant à tout rompre, garda les yeux fermés pendant un long moment, s'agrippant fermement au manche, se concentrant sur sa respiration pour ne pas paniquer. Ils devaient voler bas car le vent glacé qui fouettait son visage était chargé d'embruns.

Elle entendait de temps à autre Malefoy pousser une exclamation de ravissement. Au moins, l'un d'entre eux passait un bon moment.

Le Philtre Calmant finit par faire effet, Hermione sentit son coeur ralentir, sa respiration se faire plus profonde et ses muscles se relâcher un peu. Elle desserra légèrement ses doigts autour du manche du balai mais garda les yeux fermés pour éviter d'être prise de vertige.

Il y avait beaucoup de vent, Hermione sentait que le balai était un peu ballotté, mais Malefoy arrivait à se jouer des rafales, maintenant leur cap sans difficulté.

"Granger - regarde !" s'exclama soudain Malefoy d'une voix pleine d'excitation. "Il y a un Hippocampus ! Non, il y en a deux ! Des Hippocampus ! Hippocampi ?"

"Oh !" s'exclama Hermione. La curiosité lui fit ouvrir les yeux. Le ciel s'était dégagé et les étoiles brillaient, reflétées à la surface de l'eau. Elle regarda vers le bas, dans les flots sombres de la mer du Nord. Deux énormes têtes équines fendaient les vagues en dessous du balai. L'une des créatures disparut, mais l'autre fit un bond hors de l'eau, sa queue immense s'arquant juste sous eux, puis disparut dans les vagues sans une éclaboussure.

Le spectacle était tellement époustouflant qu'Hermione en oublia sa peur, émerveillée de pouvoir contempler de telles créatures.

Malefoy fit ralentir le balai, se tournant pour chercher les chevaux de mer. Le premier Hippocampus réapparut devant eux, suivi de près par son camarade. Malefoy se pencha en avant, se pressant contre Hermione, pour faire accélérer le balai et les rattraper. Les créatures prirent de la vitesse et Malefoy suivit. Il fit descendre le balai pour qu'il longe les vagues juste à la hauteur de leurs crinières. Hermione, les yeux écarquillés, se cramponna de toutes ses forces au balai, le cœur battant.

Malefoy accéléra encore, faisant la course avec les créatures majestueuses qui bougeaient sous et à côté d'eux sans montrer de signe de fatigue excepté la brume perlée qui jaillissait de leurs larges naseaux.

L'une, légèrement plus petite, était vert d'eau, sa crinière aussi blanche que l'écume des crêtes autour d'elle. L'autre était plus grand, bleu outre-mer, et tout aussi rapide, talonnant sa compagne.

Le rire de Malefoy résonnait alors que l'eau de mer les trempait. Hermione avait le souffle coupé. Le balai filait à la surface de l'eau, volait dans les airs comme les chevaux de mer qui sautaient, chevauchait les vagues. C'était terrifiant, c'était beau, c'était magique. Hermione, pétrifiée sur le balai, ne savait plus si c'était un rêve particulièrement réaliste ou une effrayante réalité. Malefoy poussa un cri de joie, poussant encore le balai à accélérer.

Les chevaucheurs de vagues finirent par bifurquer vers l'ouest, vers le grand océan. Les yeux pâles regardèrent Hermione et Malefoy. Le mâle jeta sa tête magnifique en arrière comme pour les saluer, puis le duo disparut comme des esprits à nageoires, vision qui s'effaça rapidement dans la mer insaisissable.

Il n'y eut plus qu'Hermione, frissonnante, Malefoy, haletant, et les vagues écumantes.

Aucun d'entre eux ne parla.

Le balai reprit sa course. Hermione referma les yeux.

Au bout d'un moment, le vent devint moins cinglant et moins chargé d'embruns. Hermione sentit le balai reprendre de la vitesse. Puis soudain, il ralentit et Hermione sentit avec surprise ses doigts de pieds toucher le sol. Elle poussa une exclamation et faillit tomber du balai. Le bras de Malefoy s'enroula autour de sa taille pour la retenir.

Hermione essaya de descendre du balai mais ne réussit qu'à s'affaisser sur le côté, atterrissant dans la mousse. Elle resta immobile, respirant l'odeur végétale. Ils avaient réussi. Malefoy leur avait fait traverser la mer en balai et elle n'était pas morte. Elle ressentait un mélange d'intense soulagement, de nausée et de vertige. Son cœur battait encore trop vite, sa respiration était hachée, et son visage presque congelé.

"C'était génial !" s'exclama Malefoy, la voix empreinte de surexcitation. "Exaltant. Sacrément magique."

Hermione ne répondit pas. Elle entendit Malefoy lancer un Lumos.

"Ça va ?" demanda-il en s'approchant d'elle. Il y avait une pointe d'inquiétude dans sa voix.

"Juste un moment," haleta-elle.

Il recula et elle l'entendit lancer une série de sortilèges de détection. Hermione se redressa en position assise et regarda autour d'elle. La nuit était percée de nombreux points rouges au loin, les feux de Beltane. Le perspective d'être si prêt du but la regaillardit suffisamment pour qu'elle arrive à se lever.

Malefoy lui offrit son bras. À la façon dont il la regardait, elle devina qu'elle devait avoir l'air encore très secouée par cette expérience de vol marin. Elle l'accepta, tendant une main tremblante pour saisir son bras.

Ils avancèrent vers le centre de l'île avec les feux de Beltane et le son joyeux d'un violon pour les guider. Alors qu'ils avançaient, Hermione remarqua les immenses formes de chaque côté d'eux, seulement perceptibles parce qu'elles étaient d'une sombre opacité, bloquant la lumière des étoiles.

"Des pierres levées," dit-elle à Malefoy qui les avait aussi remarquées.

"Il y a des henges si loin dans le nord ?" demanda-il.

"Oui - c'est l'un des plus vieux cercles de pierres de Grande Bretagne. On pense que les mégalithes remontent à environ 3200 ans avant JC. Ils font à peu près trois mètres de haut - absolument époustouflant à la lumière du jour, j'imagine. Ce henge s'appelle l'Anneau d'Eynhallow."

Ce lieu était si ancien et si chargé d'histoire, c'était merveilleux de pouvoir fouler cette terre que Cerridwen elle-même avait arpentée autrefois. Cela acheva de rendre ses forces à Hermione après le traumatisme du vol.

"On aura raté la plupart des réjouissances, je pense," dit-elle alors qu'ils approchaient suffisamment de la foule pour entendre des voix. "Dommage. J'avais espéré voir certains des rituels en personne…"

"Quels rituels ?"

"Oh, des vieilles magies de protection. Des cérémonies des rubans, des offrandes aux Aos sì, beaucoup de sauts au-dessus des feux et autres bêtises, aussi. Je ne sais pas pourquoi les sorciers pensent que ça va impressionner les sorcières, mais bon les sorciers font beaucoup de choses que je ne comprends pas. Comme se faire un collier avec une vipère."

Ou voler sur des balais et apprécier ça.

"Mais, hé bien - au moins je vais avoir ce pourquoi je suis venue ici."

Ils étaient proches du centre du cercle à présent, marchant parmi plein de feux de tourbe et de sorciers et sorcières faisant la fête. Voir tous ces feux remplissait Hermione de joie. Elle avait envie de sauter et de crier, mais elle se retint. Ses jambes étaient encore un peu tremblantes et elle tenait toujours le bras de Malefoy alors qu'ils avançaient, même si plus légèrement.

L'humeur générale qui se dégageait autour d'eux était festive, le plus gros de la fête était passée et les sorciers et sorcières étaient pour la plupart pompette, assis autour des feux, philosophant un verre de whisky à la main. Certains montaient des tentes pour la nuit à la périphérie des feux.

Hermione et Malefoy furent accostés par de joyeux fêtards et invités à rejoindre leur feu. Hermione déclina poliment et emmena Malefoy vers un coin plus calme du henge, où un petit feu qui brûlait lentement ferait largement l'affaire.

"Attendons que celui-là s'éteigne," dit-elle.

"Je suppose qu'il doit le faire naturellement ?" demanda Malefoy. "Pas de charme d'arrosage ?"

"Pas de charme d'arrosage. Des cendres de Beltane dans leur forme la plus primitive."

Hermione lâcha le bras de Malefoy, sortit sa baguette et métamorphosa deux souches en confortables ottomans, qu'ils tirèrent près du feu.

Après le vol qui l'avait transie de froid, la chaleur était vraiment délicieuse. Hermione amena son siège le plus près possible sans prendre feu. Malefoy, dont la cape semblait bien plus chaude que l'anorak d'Hermione, s'assit un peu plus en retrait. Hermione enleva ses mitaines, tint ses mains proches des flammes et soupira d'aise.

"Sur les milliers de millions de feux de Beltane de ce soir, pourquoi spécifiquement ceux-là ? Dans le coin le plus isolé de Grande Bretagne ?" demanda Malefoy.

Hermione fut enchantée qu'il ait demandé. "Parce que les feux de cet îlot viennent d'un feu très spécial - celui-là même que Cerridwen a utilisé pour son chaudron. Je ne sais pas si tu te rappelles son histoire…"

"Seulement ce qu'il y avait sur sa carte Chocogrenouille," dit Malefoy en plissant les yeux, l'air pensif. "Elle te ressemblait un peu d'ailleurs, maintenant que j'y pense"

"Pff," se moqua Hermione. "Je ne peux que rêver lui arriver à la cheville. Elle était une maîtresse de la Métamorphose, parmi beaucoup d'autres choses - elle pouvait se transformer en n'importe quelle créature à volonté. Elle rendrait les Animagi d'aujourd'hui ennuyeux. Bref - je t'épargne les détails - tu as peut-être remarqué que ces flammes ont l'air un peu plus rouge que celles du feu normal ?"

Malefoy hocha la tête. "Je pensais que c'était la tourbe," dit-il en fixant les flammes.

"Non. Ils ont gardé la flamme intacte, de génération en génération, dans ces îles. N'est-ce pas incroyable ? Quelle chose à voir. Quelle chose à sentir, de mes propres mains. C'est surréaliste. C'est extraordinaire."

"Pourquoi as-tu besoin des cendres ?" demanda Malefoy, dans une tentative maladroite de lui extorquer plus d'informations que nécessaire.

Hermione ferma aussitôt la bouche.

Malefoy haussa les épaules, comme s'il avait valu le coup d'essayer. Ensuite, il plongea les mains dans ses poches et en sortit un petit paquet. Hermione le regarda faire, curieuse.

Il ouvrit le paquet, qui contenait des provisions, et passa de la charcuterie et du fromage à Hermione. Surprise d'une telle attention, elle accepta la nourriture. Le paquet contenait également une flasque de vin chaud que Malefoy déposa près du feu pour la réchauffer.

"Je meurs vraiment de faim," dit Hermione. "Merci. C'est si prévenant de ta part, je -"

"N'as tu pas amené de la tarte banane caramel dans ton anorak ?" l'interrompit Malefoy, semblant gêné par son compliment.

"Non," dit Hermione avec regret. Elle fouilla dans sa poche extensible. "J'ai quelques barres protéinées, par contre. Elles sont peut-être un peu écrasées…"

Elle les tendit à Malefoy qui déballa la première et mordit dedans avec satisfaction.

Ils mangèrent. Entre deux bouchées, Hermione racontait les anecdotes sur Cerridwen qu'elle avait lues au cours de ses recherches. Malefoy l'écoutait d'un air un peu distrait, observant Hermione manger.

"Hippocampus mis au pluriel serait Hippocampus, je pense," dit Hermione, repensant aux créatures marines. "Je pense que Hippocampi serait une tentative erronée de régularisation latine - Hippocampus est un mot grec. Techniquement, tu pourrais dire Hippocampodes, je suppose ? Bien que Hippocampus soit maintenant un mot anglais, donc en fait, Hippocampuses serait correct également."

"Je te crois sur parole," dit Malefoy, récupérant sa flasque.

"Je ne suis pas linguiste, tu ne devrais pas."

Malefoy lui tendit la flasque.

"Je vais nous faire des gobelets," dit Hermione. Elle se pencha pour récupérer les emballages des barres protéinées sur les genoux de Malefoy.

"Si convenable," dit-il, semblant un peu surpris par son sens de l'étiquette.

"Ce vin a été réchauffé à la flamme de Cerridwen. Nous ne le boirons pas à la flasque comme des adolescents de seize ans derrière la Tête de Sanglier."

Hermione s'appliqua à métamorphoser les emballages en deux belles coupes dorées.

Malefoy l'observa faire avec une lueur d'admiration dans le regard. Il prit la coupe et la soupesa avec une mimique appréciative. Elle sourit dans son écharpe.

"Joli éclat doré," admit-il.

"Une belle illusion," dit Hermione, flattée. "Mais merci." Elle fit une pause et hésita avant d'ajouter. "J'ai entendu que tu t'intéressais à l'Alchimie, donc ton approbation vaut plus que celle d'un sorcier moyen."

"Mon approbation devrait valoir plus que celle d'un sorcier moyen dans tous les domaines," dit Malefoy, faisant bouger la coupe dans la lumière du feu pour en apprécier les détails.

Hermione leva les yeux au ciel nocturne. Il fallait qu'elle cesse de le complimenter, c'était clairement mauvais pour son ego.

Malefoy versa le vin chaud dans leurs coupes. "Tant qu'on est sur le sujet de l'Alchimie," continua-il. "Tu me dirais si ton projet impliquait la création d'une Panacée, n'est-ce pas?"

"Ne présumons pas de nos capacités," dit Hermione avec un sourire en coin. Son traitement n'était pas une Panacée, mais du point de vue des sorciers ça n'en était pas loin.

"Tu crées vraiment une Panacée ?" demanda Malefoy, se penchant vers elle les yeux écarquillés. "C'est à cause de ça que Shacklebolt est si inquiet ?"

Elle prit soin de le regarder dans les yeux, après tout elle ne mentait presque pas. "Non. Ne soit pas ridicule."

"Mmh." Malefoy semblait un peu dubitatif. Elle en ajouta une couche.

"Je crains que tu ne développes une opinion trop haute de moi. Je suis juste une Guérisseuse, me débrouillant avec mes méthodes moldues et mon savoir-faire magique dérisoire."

"Dérisoire," répéta Malefoy, moqueur.

Hermione fut flattée qu'il ait une si haute opinion de ses capacités, mais elle décida qu'il était plus sage de changer de sujet.

"Tu veux encore du fromage ? Celui là est un peu trop fort pour moi…"

Malefoy prit le fromage d'un air absent, contemplant le feu par-dessus son vin chaud. Il semblait méditer. Elle espéra que ce n'était pas sur son projet, ou sur la façon de lui extorquer des informations.

Le feu craqua, consommant ce qu'il restait de tourbe. Ils le regardèrent en silence, tous les deux plongés dans leurs pensées, et alors que la nuit s'étendait, se retrouvèrent presque hypnotisés par la danse des flammes. Le chant du violon devint plaintif et grave.

Le feu rouille semblait vivant devant Hermione, comme si l'âme de Cerridwen elle-même l'habitait. Elle pouvait presque voir des formes dans les flammes, un visage dont les cheveux roux flottaient dans le vent. Des mains de flammes semblèrent émerger du feu et se tendre vers Hermione, l'invitant à la rejoindre. Elle tendit à son tour les mains, puis elle cligna des yeux et l'illusion disparut.

Revenant à elle, Hermione bailla. Le bruit de son bâillement sembla ramener Malefoy à la réalité également. La nuit était maintenant bien avancée et Hermione luttait pour rester éveillée.

Le feu baissant, le froid écossais recommençait à infiltrer ses vêtements. Elle remit ses mitaines et lança un sort réchauffant sur Malefoy et elle. Elle joignit ses mains sur ses genoux et appuya sa tête contre le dossier de son siège.

Les paupières d'Hermione devinrent lourdes, trop lourdes pour rester ouvertes. Les yeux clos, elle avait l'impression de flotter. Les fêtards et le violon s'étaient tus, seuls quelques insectes nocturnes brisaient le silence de la nuit. Alors qu'Hermione s'enfonçait dans le sommeil, sa tête roula sur le côté et rencontra un obstacle chaud et confortable, à l'odeur d'agrumes, de romarin et d'embruns.

ooo

L'aurore arriva, fraîche et claire, étendant sa lumière dorée sur les îles Orcades dans les cris des mouettes virevoltantes.

Hermione se réveilla allongée et chaudement enroulée dans une couverture. Étrangement, elle avait l'impression de ne jamais avoir aussi bien dormi. Elle s'étira puis s'assit, regardant autour d'elle. Les sorciers et sorcières émergeaient de leurs tentes disséminées dans le grand cercle de pierres. La couverture glissa sur ses genoux et elle reconnut la cape de Malefoy. Son propriétaire n'était pas en vue. Elle se leva et observa son lit. L'ottoman qu'elle avait métamorphosé avait été allongé pour former une chaise longue et confortable. Elle fronça les sourcils. Elle avait dû finir par s'endormir, et Malefoy avait pris soin de lui faire un lit et de la couvrir. Elle se sentit gênée. Ca faisait maintenant deux fois qu'il la bordait, il ne s'agirait pas d'en faire une habitude.

Des pas traînants dans son dos la firent se retourner. Malefoy était de retour et il avait l'air de fort mauvaise humeur.

"Tu aurais dû me réveiller !," dit-elle en se relevant et en commençant à ranger leurs affaires. "Tu n'as pas signé pour être mon valet en plus de tout le reste. Tu m'as fait une chaise longue . C'est adorable. Merci. J'ai tellement bien dormi, ce qui est vraiment bizarre, en y réfléchissant. Oh - et ta cape. Tiens. Merci de me l'avoir prêtée. De quoi est-elle faite ? Elle est si chaude. Tu as l'air d'avoir mal partout. C'est ton cou ? Je peux regarder ?"

Malefoy prit sa cape d'un geste brusque, repoussa les mains d'Hermione et grogna "Me faut un café chaud. Et foutre le camp d'ici fissa."

Au-delà du fait qu'il était probablement courbaturé, épuisé et transi de froid, Malefoy semblait ne pas être du tout du matin, ce qui n'étonna pas Hermione outre mesure. Elle replia ses mains sur sa poitrine, se sentant un peu coupable. "J'ai vu quelqu'un déployer une cuisine entière, quelques tentes plus loin. Tu pourrais les convaincre de te garder une tasse. Je vais collecter mon échantillon."

Alors que Malefoy s'éloignait sans un mot de plus, Hermione sortit de sa poche extensible trois éprouvettes et une cuillère. Elle s'agenouilla près du foyer, et se servit de la cuillère pour remplir les éprouvettes de cendres.

Une fois sa tâche achevée, elle rendit aux ottomans leur forme de souche, aux gobelets celle d'emballage de barres protéinées et les fourra dans sa poche extensible avec la flasque.

Puis elle partit en quête d'information en s'époussetant les genoux. Quelques feux éteints plus loin, elle aborda un couple de sorciers qui repliaient leur tente. Elle leur demanda s'ils savaient comment quitter l'île. Il l'informèrent que le ferry arrivait de Thurso dans une quinzaine de minutes.

Malefoy la rejoignit, deux cafés dans une main, sa baguette dans l'autre et des croissants calés sous son bras. Il avait l'air agacé et ouvrit la bouche, probablement pour la réprimander d'avoir disparu sans prévenir. D'excellente humeur face à cette nouvelle extrêmement réjouissante, elle le devança pour lui annoncer l'arrivée imminente du ferry.

Malefoy referma la bouche et parut légèrement soulagé. Hermione récupéra le balai avant que Malefoy n'ait l'idée de l'enfourcher pour se rendre au quai. Elle le rendrait immédiatement au capitaine du ferry avec la ferme intention de ne plus jamais toucher un balai de sa vie.

Ils vagabondèrent à travers les pierres dressées érodées jusqu'au quai vétuste. Hermione était joyeuse d'avoir pu mener sa mission à bien et de pouvoir regagner la civilisation sans voler. Elle sautilla sur le chemin et raconta à Malefoy l'histoire des hommes néolithiques d'Orcade dont on voyait des traces partout autour d'eux, utilisant le balai pour pointer les points d'intérêt sur les monolithes.

Malefoy n'avait pas décroché un mot depuis qu'elle lui avait rendu sa cape et ne partageait pas son enthousiasme le moindre du monde. Se sentant toujours un peu coupable, Hermione lui donna sa propre tasse de café et la plus grosse partie de son croissant. Il la remercia d'un grognement avant d'avaler le café cul sec.

Le brise de mer les rattrapa alors qu'ils approchaient du havre, un beau mélange de sel, de sable et d'herbe nouvelle.

Ils montèrent à bord du ferry. Le vieux balai fut restitué à son maître avec soulagement. Malefoy lui dit de garder la caution.

Hermione insista pour rembourser Malefoy étant donné que c'était à cause d'elle qu'il avait fallu le louer. Malefoy refusa et ils échangèrent des arguments jusqu'à ce qu'il menace d'acheter le balai et de la kidnapper pour d'autres vols si elle ne laissait pas tomber.

Puis, alors que le ferry atteignait les eaux profondes, Malefoy s'allongea sur un banc et ferma les yeux.

Après quelques minutes, quand Malefoy se fut endormi, Hermione métamorphosa silencieusement le dessus en bois du banc en velours confortable. Elle lui devait bien ça.

ooo

"Qui aurait cru que le Gland faisait un si bon petit déjeuner ?" s'exclama Hermione en étalant des œufs brouillés sur un morceau de toast.

Malefoy s'étrangla dans son troisième café et lui demanda de prévenir avant de sortir des choses comme ça.

Hermione se raidit devant sa réaction et dit que ce n'était pas de sa faute s'il interprétait les remarques innocentes aussi grossièrement que possible. Mais elle connaissait un charme utile pour les expulsions trachéiques, donc qu'il continue à glousser à propos des pénis comme cela lui chantait - elle le sauverait de l'étranglement.

Hermione finit de manger bien avant Malefoy, ce qui lui permit d'observer la façon dont il bougeait douloureusement son cou. Elle lui fit un cours magistral sur les spasmes des muscles cervicaux, puis lui expliqua ce qui était arrivé à son nerf spinal accessoire pour qu'il soit douloureux de la sorte, et enfin lui décrivit en détail ce qu'elle ferait à son sterno-cléido-mastoïdien, si seulement il la laissait faire, pour que la douleur disparaisse. Malgré son troisième café, l'heure toujours tôtive rendait Malefoy peu enclin à supporter le bruit et les conversations. Le discours d'Hermione réussit à le faire céder.

"Très bien," lâcha-il, se débarrassant de sa cape d'un mouvement d'épaule, tirant sur ses robes pour exposer son cou. Il n'ajouta pas "mais par pitié tait-toi," mais le ton y était.

Ravie, Hermione se rapprocha de lui sur le banc. "Enfin. Ne bouge pas. Ça ne sera pas long."

Elle posa le bout de sa baguette à la jonction de son cou et son épaule. Malefoy se tendit visiblement à la sensation de sa baguette, mais il ne recula pas. Hermione lança le sort de guérison et elle vit les muscles du cou de Malefoy se détendre instantanément.

"C'est mieux, non ? Je sais que c'est un remède moldu et que tu ne le feras pas, mais je te conseille de suivre une thérapie par la chaleur si c'est toujours tendu demain. Ça aiderait pour la circulation du sang."

Malefoy roula ses épaules avec satisfaction.

"Tu as passé une nuit horrible à cause de moi, je suis désolée," dit Hermione.

"Laisse moi manger."

Comme prévu par leur arrangement tacite, Hermione resta silencieuse le temps que Malefoy termine son petit-déjeuner. Elle insista pour payer le petit déjeuner - Malefoy céda - puis ils marchèrent jusqu'à l'âtre du Gland pour retourner chacun chez eux par Cheminette.

Hermione atteignit le pot à poudre de Cheminette exactement au même moment que Malefoy, ce qui résultat en une collision de leur main et un retrait immédiat des deux parties. Puis ils firent cette chose idiote où ils insistaient pour que l'autre passe en premier pendant une longue et ennuyeuse minute.

Malefoy finit par agiter sa baguette en direction du pot pour le faire léviter fermement contre la poitrine d'Hermione. "Vas-y."

"Ugh," dit Hermione, serrant le pot dans ses bras avant qu'il ne tombe.

Elle ouvrit le couvercle et se prépara à jeter la poudre de Cheminette dans le feu mais quelque chose la retenait. Elle devait une fière chandelle à Malefoy et elle ne l'avait même pas remercié. Elle se tourna vers lui, hésitante et un peu gênée.

"Malefoy, je - je n'aurais pas pu collecter mon échantillon sans toi. Ça aurait reporté mon projet jusqu'à la prochaine fête de Beltane, si tu n'avais pas été là. Je n'aurais jamais fait ce vol par moi-même."

Malefoy parut aussi gêné qu'elle. Il détourna les yeux et étudia ses ongles.

"Rentre chez toi, Granger," dit-il.

Hermione jeta la poignée de poudre dans les flammes. "Ok. Je suis contente que tu sois venu. J'yvaismaintenantmerciencoreaurevoir. Le Mitre."

Elle ne croisa pas son regard et se retourna dans les flammes.

Hermione parcourut le chemin entre le Mitre et son cottage à pied, méditant sur l'aventure qu'elle venait de vivre. Le vol au-dessus de la mer, les Hippocampus, le repas improvisé autour du feu, la nuit dans la cape de Malefoy, le petit déjeuner, la guérison… Tout lui semblait surréaliste, comme si ça n'avait été qu'un rêve sans aucun sens.

Malefoy la surprenait de plus en plus. Entre les moments où il n'était qu'une nuisance - ce qui représentait quand même la majeure partie du temps - il pouvait se montrer efficace, attentionné, et même parfois drôle et digne de confiance.

Il commençait dangereusement à ressembler à quelqu'un sur qui elle pouvait compter.

À peine rentrée chez elle, son Carnet vibra.

C'était Malefoy, qui ne pouvait déjà plus se passer de ses conseils médicaux. Avec un sourire, elle lui rédigea une page complète de recommandations sur la thérapie par la chaleur.

Visiblement, elle n'était pas la seule à avoir quelqu'un sur qui compter.