CHAPITRE 5: KURENAI.
Le sommet des Kage venait juste de prendre fin. Kakashi, accompagné de la délégation officielle de Konoha, se tenait droit devant les portes du village. Un brise légère faisait voler son grand manteau.
La réunion des cinq grands dirigeants s'était merveilleusement bien déroulée.
De nombreux accords avaient été signés. Et les intérêts de chacun avaient été respectés. La paix semblait à présent bien ancrée dans chacun des esprits, même les plus combatifs.
Kakashi avait veillé à ce que chacune des cinq puissances majeures accorde un peu de son budget à l'aide des pays plus petits, qui n'avaient pas été épargnés par la guerre.
Les alliances étaient fortes, les liens d'amitié entre les dirigeants ayant grandement aidé dans les négociations.
Darui offrit une accolade à son homologue.
"Kakashi, je dois te féliciter. Ce sommet des Kage a été parfait en tout point. Je n'en attendais pas moins de toi. J'espère que nos pays continueront à prospérer longtemps."
Kakashi lui rendit son accolade, avant de se tourner vers Gaara.
"J'espère que tu as passé un bon séjour, Gaara. Sois assuré que toi, et les habitants du pays du Vent, serez toujours accueillis en amis à Konoha."
Le Kazekage serra la main de Kakashi en souriant.
"C'est réciproque, Kakashi. Je ne crois pas me tromper en disant que le pire est derrière nous. Mais j'apprécie les efforts de Konoha pour maintenir ces liens qui nous unissent à présent. Tu salueras Naruto pour moi."
Kakashi hocha la tête, tandis que Temari s'approchait de son petit frère.
"Rentre bien Gaara. Et reviens nous voir très vite!"
Le Hokage salua également Chojuro, mais se raidit instantanément lorsque l'ancienne Mizukage posa nonchalamment sa main sur son avant-bras.
"Kakashi, quel beau sommet tu nous as servi là! Tes qualités d'hôte sont indéniables! Pour te dire, j'hésite même à rester pour profiter de Konoha...et de toi un peu plus longtemps!"
Elle accompagna sa boutade d'un rire cristallin, et Kakashi imagina sans peine le regard acéré que devait lancer Shizune à la plantureuse ex Kage.
Mei était bien connue pour ses déboires amoureux. Et elle n'avait cessé, durant tout le séjour, de faire des allusions à Kakashi.
Au début, cela avait plutôt amusé l'assistante. Elle savait très bien que Mei Terumi n'était pas du tout le type du Hokage. Mais à présent, il était grand temps que le petit jeu de cette femme s'arrête.
Shizune avait hâte que tous les invités rentrent chez eux, notamment cette "grande pétasse trop maquillée". Elle avait à peine croisé Kakashi pendant la semaine, trop accaparée par ses propres obligations.
Et elle avait hâte que tout cela se termine.
Kakashi réussit à dégager subtilement son bras et à prendre congé des ninjas de Kiri.
Il ne put s'empêcher de lâcher un petit rire quand il entendit Shizune pousser un soupir exaspéré, tandis que Mei se retournait pour gratifier Kakashi d'un grand signe de la main, accompagné d'un baiser qu'elle souffla dans sa direction.
Le Hokage murmura, de façon à ce que seule Shizune puisse l'entendre:
"allez courage, c'est presque fini."
Shizune le gratifia d'un sourire discret, mais plein de promesses.
Le Hokage donna finalement l'autorisation à tous de se disperser. Shikamaru proposa un debriefing, mais Kakashi décréta que cela attendrait le lendemain.
Tout le monde avait besoin de se reposer après ces quelques jours intenses.
Content de l'aubaine, Shikamaru ne demanda pas son reste et rejoignit rapidement Temari, tandis que Kakashi et Shizune reprirent le chemin de la tour, sous l'escorte des anbus qui avaient assuré la sécurité du Hokage pendant tout le sommet.
Une fois dans ses appartements, Kakashi libéra les deux anbus et s'affala dans son canapé.
Il n'eut pas à attendre très longtemps avant d'entendre trois coups discrets à sa porte.
Shizune n'attendit pas la permission d'entrer. Elle combla rapidement les quelques mètres qui la séparaient de son amoureux et se rua dans ses bras.
"Mon dieu que cela m'a semblé long!" lâcha-t-elle en posant sa tête au creux de l'épaule du Hokage.
Kakashi se contenta de sourire, en attirant la jeune femme contre s'attaqua gentiment à son cou, sa main se portant naturellement sur la courbure de sa poitrine. Il perçut le tressaillement de désir de sa compagne et n'eut pas besoin de mots.
Ils se levèrent pour rejoindre la chambre, dans l'urgence de retrouver cette intimité qui leur avait tant manqué.
...
"Tu fais quoi maman?" demanda l'enfant en tirant sur le bas de la robe de la femme.
Kurenaï posa un regard aimant sur sa fille.
"Je prépare le repas, Miraï. Nous avons un invité de marque aujourd'hui."
"Ah? C'est qui? Je le connais?"
"C'est le Hokage. Tu l'as déjà rencontré mais tu ne dois pas t'en souvenir. C'est le ninja le plus fort du village."
L'ancienne kunoichi s'accroupit à la hauteur de la fillette et lui sourit tendrement:
"C'était aussi un ami de ton papa."
"Ah" répondit simplement Miraï, avant de repartir dans le salon.
"Tu crois qu'il voudra bien jouer avec moi?" lança-t-elle alors qu'elle avait repris la construction d'une tour en cubes.
Kurenaï ne put s'empêcher de sourire. Kakashi n'était pas mal à l'aise avec les enfants, mais de là à le voir jouer avec une enfant de trois ans.
Tandis qu'elle apportait une dernière touche au repas, la sonnette retentit. Miraï se précipita vers la porte mais elle était encore trop petite pour ouvrir seule.
"Entrez!" cria Kurenaï, toujours dans la cuisine.
Miraï s'écarta pour laisser leur invité pénétrer dans la maison. Elle se figea devant l'homme imposant, qui portait un grand manteau blanc dont le bas était décoré de vaguelettes rouges. Il portait un magnifique bouquet de fleurs. L'enfant n'osa pas prononcer un seul mot, visiblement très impressionnée.
Kakashi s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et lui sourit.
"Bonjour, tu dois être Miraï. Je suis Kakashi, un ami de ta maman" déclara le shinobi d'une voix douce.
La fillette continua son observation pendant quelques secondes avant de demander:
"pourquoi tu portes un masque?"
La question était pleine de la naïveté touchante des enfants. Kakashi se mit à rire.
"Je crois que c'est la question que j'ai le plus entendue de toute ma vie."
La petite fille posa ses poings sur ses hanches, signifiant qu'elle attendait une réponse plus adéquate.
"Hmmm, disons que j'aime bien avoir un air mystérieux."
Miraï sembla finalement satisfaite de la réponse, et attrapa la main du shinobi pour l'entraîner vers la cuisine.
"Viens, maman est en train de nous préparer un bon repas."
"Bonjour Kakashi" lança Kurenaï. "Merci d'avoir accepté mon invitation."
Le shinobi posa un regard presque inquisiteur sur son amie. Elle avait l'air d'aller bien. Il regrettait de n'avoir pas pu consacrer plus de temps à son ancienne amie, surtout après le décès d'Asuma. Elle avait dû se sentir tellement seule. Abandonnée. Mais la guerre, puis le titre de Hokage avaient accaparé la moindre minute de son temps. Et il devait aussi avouer que sa récente relation avec Shizune avait tendance à prendre le pas sur tout le reste. Cela lui fit d'ailleurs penser qu'il devrait également prendre un peu de temps pour rendre visite à Gaï.
"Je suis vraiment heureux de te revoir, Kurenaï. Et Miraï qui grandit si vite!"
La jeune femme laissa échapper un petit rire, tout en montrant à Kakashi une place où s'asseoir. Le shinobi posa son manteau et prit place, tandis que Miraï grimpait sur une chaise haute, afin de pouvoir atteindre les premiers mets que sa mère avaient disposés sur la table.
Kurenaï remercia son ami pour le bouquet.
"Elles sont magnifiques, merci Kakashi!"
"C'est Shizune qui m'a aidé à les choisir."
Kurenaï ne releva pas, mais le petit sourire plein de tendresse qu'elle posa sur lui fit comprendre à Kakashi qu'elle savait. Ou tout du moins qu'elle se doutait de quelque chose.
A bien y réfléchir, Kakashi se demandait si tout Konoha n'était pas déjà au courant de sa relation avec Shizune. Il avait parfois l'impression qu'il y avait une sorte de mini complot pour les pousser l'un vers l'autre. Le Hokage devait bien reconnaître que la plupart des conseils qu'il avait reçus avaient été payants. Mais il avait aussi le sentiment que personne ne croyait vraiment à sa capacité à entretenir une relation sérieuse avec une femme. S'ils savaient, tous, que Shizune et lui entretenaient une relation secrète depuis maintenant plusieurs mois, et qu'ils avaient depuis longtemps franchi toutes les frontières de l'intimité, ils seraient probablement abasourdis.
Mais Kurenaï était différente. Elle seule pouvait comprendre cette urgence à garder le secret, ce besoin de préserver cette bulle intime infranchissable. Pour le moment.
Kakashi fut tiré de ses pensées par la petite Miraï.
"Maman m'a dit que tu étais un ami de mon papa."
C'était une affirmation, pas une question. Alors Kakashi se contenta de hocher la tête.
"Il était drôlement fort mon papa, tu sais. Et son papa, il était Hokage comme toi."
L'enfant prit une bouchée de riz, songeuse, avant de reprendre:
"Peut-être qu'il serait devenu Hokage lui aussi."
"C'est possible en effet. Il en avait toutes les qualités."
La petite Miraï sembla satisfaite de cette réponse du Hokage.
"J'ai fini, maman. Je peux aller jouer?"
"Oui ma puce. Tu peux y aller."
La fillette descendit de sa chaise et se planta devant le shinobi.
"Tu voudras bien jouer avec moi quand tu auras fini de manger?"
"Miraï, tu sais, le Hokage est très occupé et..."
Mais Kakashi ne laissa pas finir Kurenaï.
"Oui Miraï, c'est promis. Je discute un peu avec ta maman et après je viendrai jouer avec toi."
"Super! lança la petite, tu es drôlement gentil pour un Hokage!"
La fillette partit en chantonnant, tandis que Kakashi et Kurenaï se mettaient à rire.
"Tu devrais peut-être y penser" déclara Kurenaï d'une voix douce.
Kakashi leva un regard d'incompréhension vers son amie.
"Penser à quoi?"
"A avoir des enfants. Tu serais un très bon père."
Kakashi se renfrogna un peu.
"Pas sûr. J'aime bien les enfants des autres. Mais c'est une sacrée responsabilité d'élever un enfant. Tu ne me diras pas de contraire."
"Effectivement. Mais c'est aussi un vrai bonheur d'aider un petit être à grandir, surtout quand il est le fruit de l'amour. Miraï est notre plus grande réussite, à Asuma et moi."
Kakashi lui offrit un sourire plein d'affection, un peu teinté de tristesse.
"Moi je me sens incapable d'élever un enfant. Je suis un shinobi depuis tellement longtemps, depuis toujours en fait. Je crois que je me sentirais complètement paumé."
Kurenaï laissa passer quelques secondes avant de répondre.
"Je crois que tu te trompes, Kakashi. Tu as beaucoup plus la fibre paternelle que tu ne le crois."
"Si tu le dis" lâcha Kakashi, qui commençait à se sentir un peu mal à l'aise.
Depuis quelques temps, il avait, à sa propre surprise, commençé à imaginer ce que pourrait être une vie avec des enfants. Cela lui semblait la suite logique à sa relation avec Shizune. Ils n'en avaient encore jamais parlé. Trop tôt. Mais l'idée s'était quand même insinuée dans son esprit.
Et voir la petite Miraï jouer tranquillement dans le salon, souriante et joyeuse, malgré l'absence de son père, était sans nul doute assez convaincant.
Kakashi, tout à ses pensées, ne vit pas venir son amie.
"C'est bien beau tout ça, mais les enfants se font forcément à deux."
Le Hokage lui offrit un regard circonspect. Mais l'air entendu de Kurenaï acheva de le convaincre. Elle était au courant.
"Tu sais, Kakashi. Je t'observe depuis un moment. Et tu as changé."
"Tu trouves?" tenta le shinobi.
Kurenaï se contenta d'une petite moue mutine avant de reprendre.
"En bien assurément. Tu es beaucoup plus souriant ... Et détendu depuis quelques mois."
"Bah c'est parce que je ne fais plus de mission. Etre Hokage c'est fatigant, mais beaucoup moins stressant que de partir au combat."
Kurenaï lui offrit un regard qui voulait clairement dire "pas à moi", et Kakashi ne put retenir un petit sourire en coin.
"Tu as le droit d'être heureux" murmura Kurenaï, avant d'ajouter; "et d'être aimé".
Kakashi poussa un petit soupir gêné et finit par lancer, tête baissée pour cacher son embarras.
"Ca se voit tant que ça?"
Kurenaï lui répondit, dans un sourire amusé:
"Tu es un génie, non? Tu as bien dû remarquer que tout le monde essaye désespérement de te pousser vers une certaine personne."
"J'ai remarqué en effet. Et donc tu fais aussi partie des protagonistes de ce plan machiavélique?"
Cette fois, Kurenaï se mit à rire franchement.
"Non, pas du tout. Ca m'amuse de les voir faire. Et ca m'amuse encore plus de te voir les faire tourner en bourrique."
"Moi? Mais je ne fais rien tu tout..." lâcha Kakashi du ton le plus convaincu qu'il puisse.
"Kakashi, tu parles à la kunoichi qui a réussi à cacher sa relation amoureuse à tout le monde pendant des années. Tout le monde se doutait pour Asuma et moi, et pourtant personne n'a jamais pu le prouver formellement. C'était devenu un véritable petit jeu entre nous. Alors quand je vous vois, Shizune et toi..."
Kakashi ne put réprimer un tressaillement et Kurenaï arrêta quelques secondes de parler. Mais elle reprit d'une voix ferme:
"Shizune et toi, vous vous comportez comme Asuma et moi il y a quelques années. Et je comprends que vous ayez besoin de ça. De préserver votre intimité. Surtout depuis que tu es Hokage."
Kakashi lui lança un regard plein de gratitude. Il avait besoin d'entendre ça.
"Mais je vais me permettre de te donner un conseil, Kakashi. Ne vous cachez pas trop longtemps. Vous avez le droit d'être heureux et de le montrer. Je ne regrette absolument pas ma relation discrète avec Asuma, mais je regrette de n'avoir pas eu le temps de montrer au monde entier à quel point je l'aimais."
Kakashi laissa ces dernières paroles imprégner son esprit.
"Je ... Je l'aime tellement, murmura le shinobi. J'ai l'impression que tant que personne ne le sait, cela nous ... protège en quelque sorte."
"Je le croyais aussi, Kakashi. Mais cela ne m'a pas empêché de perdre Asuma. Ne fais pas la même erreur que moi, l'amour est fait pour être crié au grand jour. L'amour est un rempart à la haine. A chaque fois qu'un couple s'aime, à chaque fois qu'un enfant nait de cet amour, c'est la barbarie qui recule."
Kakashi resta songeur un moment, avant de poser un regard plein de tendresse et d'amitié sur la jeune femme. Il se leva sans un mot, et la serra dans ses bras.
"Merci" murmura-t-il simplement.
Kurenaï lui offrit un regard mutin avant de lancer:
"Ton entourage semble penser que Shizune et toi êtes incapables de vous déclarer l'un à l'autre parce que vous êtes trop timides, ou maladroits. Mais mon petit doigt me dit qu'ils se trompent tous, non?"
Kakashi fut pris d'un petit rire taquin.
"Je crois qu'ils sous-estiment tous leur Hokage. Je ne suis pas si candide que ça. Et je t'assure que Shizune n'est pas si réservée qu'on pourrait le croire."
"Ok, ne m'en dis pas plus! Je ne veux rien savoir!" le coupa Kurenaï en riant.
"Et je peux savoir quel rôle on t'a demandé de jouer dans ce petit jeu du "essayons de caser le Hokage?" rétorqua Kakashi.
"Shikamaru est venu me voir pour me demander de te donner des conseils en matière de séduction."
"Rien que ça!" répondit Kakashi en éclatant de rire.
"Ne t'inquiète pas, je ne lui ai pas dit que j'étais convaincue que vous n'aviez pas beoin de leur aide..."
Kakashi fit une moue mutine mais fut pris à son propre jeu lorsque Kurenaï conclut:
"A voir ta mine réjouie depuis plusieurs semaines, je pense que vous avez largement passé le cap des petits bisous d'adolescent, je me trompe?"
Malgré le masque, Kurenaï imagina sans peine le rouge qui venait de monter aux joues de son ami.
Elle éclata d'un rire clair et franc.
"Bien, ta réaction confirme mon intuition. Ne t'inquiète pas, je garderai le secret. Mais vous devriez clarifier la situation rapidement avec Shizune. Crois-moi, sans ça ils ne vont pas vous lâcher!"
Kakashi hocha simplement la tête, avant de prendre la direction du salon. Il avait une promesse à tenir.
Le Hokage accepta de jouer à la poupée avec Miraï, qui en fut ravie. Une sombre histoire de princesse qui devait être délivrée des vilains méchants par un shinobi super fort, qui ensuite l'épousait et l'emmenait dans son chateau fort. La petite avait créé tout un monde avec des vieilles boites en carton, dans lesquelles elle faisait évoluer des poupées en tissu joliment fabriquées.
Kakashi finit par prendre congé, au grand regret de la fillette.
"Tu reviendras me voir hein? On pourra jouer à autre chose la prochaine fois."
"J'essayerai de revenir, Miraï, c'est promis."
La petite réclama un câlin au Hokage, sous le regard amusé et attendri de Kurenaï.
Cette dernière raccompagna Kakashi à la porte. Elle ne put s'empêcher de lui lancer:
"Tu vois que tu ferais un papa formidable. Penses-y à l'occasion!"
Kakashi poussa un soupir pour le principe et quitta la maison, bien conscient que les conseils prodigués par Kurenaï allaient assurément lui être très précieux.
...
Quand il rentra chez lui, Shizune l'attendait déjà.
"Bonsoir Kakashi, tu as passé une bonne journée?"
"Oui, répondit le shinobi en déposant un chaste baiser sur les lèvres de la jeune femme, j'ai joué à la poupée avec Miraï."
L'assistante sourit tendrement.
"Kurenaï va bien?"
"Elle a l'air, oui. Ah, et elle est au courant pour nous deux."
Shizune poussa un petit soupir et répondit:
"Tizuna aussi, mais il m'a promis de garder le secret."
"Kurenaï aussi. Mais elle m'a conseillé de ne plus nous cacher."
Shizune fit la moue, en se pelotonnant contre le shinobi.
"Moi j'aime bien notre petite vie secrète" marmonna-t-elle en réclamant un câlin.
Kakashi lui sourit tendrement. Il la comprenait, et en même temps il avait envie de crier au monde entier qu'il était amoureux de la plus belle et douce femme qui puisse exister.
Ils se laissèrent aller dans les bras l'un de l'autre pendant de longues minutes avant que Kakashi ne murmure:
"Shizune, tu as déjà pensé à ... Euh... avoir des enfants?"
La jeune femme se releva, un peu interloquée. Kakashi crut bon de préciser son propos.
"Non mais pas tout de suite hein! Je veux dire, tu t'es déjà imaginée avec des enfants? Plus tard?"
Shizune se mit à sourire.
"C'est l'adorable Miraï qui te fait avoir ce genre de pensées?"
Kakashi secoua la tête.
"Non, non. Enfin c'est vrai qu'elle est trop chou. Mais... Je me suis toujours dit que ce n'était pas pour moi, les enfants, que je ferai sûrement un très mauvais père. Mais Kurenaï a l'air de penser le contraire... Et puis... Je me dis qu'avec toi... Et bien... J'aimerais bien... Enfin tu vois quoi!" conclut Kakashi un peu gêné.
Shizune serra tendrement son amoureux dans ses bras.
"Kakashi, répondit la jeune femme d'un ton doux mais emprunt de sérieux, je crois qu'il est tout à fait envisageable que je puisse souhaiter, dans un avenir proche, avoir un enfant avec toi. Et je pense, comme Kurenaï, que tu serais un papa exceptionnel."
Kakashi posa sa tête contre l'épaule de sa compagne et se laissa aller, respirant l'odeur de la peau nacrée de son cou. Il savait, à présent, que Shizune était la femme de sa vie, et qu'elle serait la mère de ses enfants si la Vie décidait de lui accorder ce bonheur supplémentaire.
"Shizune, je crois que Kurenaï a raison. On doit annoncer notre liaison au village."
Shizune se renfrogna, mais elle savait que ce n'était qu'une question de jours avant que tous les habitants de Konoha ne soient au courant. Et il valait certainement mieux que l'annonce soit faite officiciellement par eux, plutôt que de laisser courir des rumeurs.
"Dans une semaine, reprit Kakashi, c'est le Hanami. En tant que Hokage, je dois y être présent. C'est l'occasion ou jamais. Tu pourrais venir avec moi... mais pas en tant qu'assistante..."
Shizune prit le visage de Kakashi entre ses deux mains et déposa un doux baiser sur ses lèvres.
"D'accord, murmura-t-elle, mais à une seule condition...tu m'offriras ces délicieux sakuramochi de la nouvelle pâtisserie du centre ville. Ils sont vraiment trop bons!"
Kakashi se mit à rire.
"Ah oui, la fameuse pâtisserie qui a failli m'assassiner avec son gâteau à la cannelle!"
"Roohh, c'était juste un urticaire. N'exagère pas non plus. Et puis quelque part, c'est un peu grâce à eux si on en est là tous les deux."
"Oui, on peut voir ça comme ça!"
Kakashi et Shizune finirent par aller se coucher. Au fond de lui, le Hokage avait hâte d'être au Hanami. Il avait hâte de prendre la main de Shizune et de se promerner sous les cerisiers en fleurs. Il avait hâte de l'embrasser tendrement au grand jour.
Il avait hâte d'être pleinement heureux.
...
"Kurenaïïïïï!" lança Gaï d'une voix forte, alors qu'il venait d'apercevoir son amie devant l'étal du primeur.
La jeune femme se retourna et sourit à l'éternelle panthère de jade de Konoha. Elle savait de quoi il voulait lui parler.
C'était LE sujet qui était sur toutes les lèvres depuis quelques jours.
"Comment vas-tu Gaï?"
"Très bien, très bien. Dis-moi, tu n'aurais pas croisé notre très cher Hokage récemment?"
Attaque frontale, bien. La finesse n'était pas connue pour une être la qualité principale de Gaï Maito.
"Il est venu manger à la maison la semaine dernière, pourquoi?"
"Et il t'a semblé... comment?"
"Et bien... égal à lui-même je dirais" répondit Kurenaï, amusée.
"Et il ne t'a pas parlé de... quelque chose de spécial? de... personnel?"
Kurenaï posa un regard appuyé sur son ami, les mains sur les hanches.
"Sois plus clair Gaï, que veux-tu savoir exactement?"
"Et bien...euh..."
Kurenaï se dit que c'était bien la première fois qu'elle voyait le fauve de Jade embarrassé. Parler des sentiments avec passion ne le gênait absolument pas habituellement. Mais cette fois cela concernait son éternel rival, qui était également son ami le plus proche. Et cela faisait visiblement une sacrée différence.
Gaï émit un petit souffle en prenant une pose cool, jambes écartées et poings sur les hanches, et releva la tête vers Kurenaï.
"Je n'ai pas eu beaucoup l'occasion de voir Kakashi ces temps-ci. Il est très occupé par ses fonctions et moi... Enfin bref. Tu as entendu la rumeur qui circule depuis ce matin à Konoha, non? Le Hokage 6e du nom inaugurera le Hanami avec sa compagne."
Kurenaï laissa passer quelques secondes, délectables, avant de répondre sobrement:
"Oui, j'ai entendu la rumeur, qui n'en est pas une d'ailleurs. Il me semble que c'est une annonce tout à fait officielle qui a été affichée à la tour."
Gaï se remit à s'agiter en tous sens, se parlant à lui-même, avant de reprendre:
"Tu savais que Kakashi voyait quelqu'un? Tu sais qui est cette charmante demoiselle? C'est vraiment sérieux tu crois? Je n'arrive pas à imaginer Kakashi avec une femme! Même si je trouve ça génial pour lui! L'amour, ah! L'amour! Ce serait magnifique si mon éternel rival pouvait enfin profiter d'un peu de bonheur!"
Kurenaï n'attendit pas la fin du monologue de Gaï pour reprendre sa route, le laissant à ses divagations. Le fauve de Jade continua encore à pérorer sur les affres de l'amour en la suivant, et la jeune femme finit par déclarer:
"Je suis contente que tu te réjouisses pour Kakashi. Je crois comme toi qu'il mérite amplement d'être heureux et aimé. Et je suis ravie qu'il ait décidé de présenter sa compagne au Hanami."
"Et tu sais qui c'est?" demanda le shinobi, les yeux larmoyants d'impatience.
Mais Kurenaï répondit d'une voix ferme:
"Oui, je sais qui c'est. Mais Kakashi a décidé de la présenter au Hanami. Il te faudra donc, comme tous les autres shinobis de ce village, attendre cette date pour savoir."
"Maieeeeuhhhh, Kurenaï! Tu peux me le dire non? Je suis son éternel rival après tout!"
"Ecoute Gaï, si Kakashi a choisi de l'annoncer au Hanami, c'est qu'il a ses raisons. Comme tu l'as dit, il a des responsabilités maintenant. Il n'a jamais été un ninja ordinaire, mais à présent il est Hokage. En tant qu'ami, tu dois respecter sa décision."
"D'accord, d'accord" marmonna le shinobi à la combinaison verte, "J'attendrai l'annonce officielle. J'espère juste que... C'est vraiment sérieux... Je veux dire, cette fille, qu'elle l'aime vraiment..."
Kurenaï posa un regard bienveillant sur son ami.
"Ne t'inquiète pas, elle l'aime vraiment. Et elle est parfaite pour lui."
Gaï se senti rassuré par le ton de Kurenaï, mais ne put s'empêcher d'ajouter:
"C'est quand même fou que personne n'ait rien vu."
Kurenaï se mit à rire et poussa un soupir faussement exaspéré.
"On parle de Kakashi là quand même, le shinobi le plus mystérieux du village! Et pourtant c'était une évidence depuis un moment si tu veux mon avis!"
La jeune femme conclut son propos par un clin d'oeil taquin et quitta son ami, assez fière que Kakashi et Shizune aient décidé de franchir le pas.
Les quelques jours qui les séparaient du Hanami allaient être assez divertissants. Les spéculations allaient courir et Kurenaï savait que Kakashi, dans sa nonchalance légendaire, allait se délecter de tout cela.
...
