Regina termina sa lecture et soupira en fermant le livre, encore une fois, elle n'avait absolument rien appris. Elle se leva de son fauteuil, elle vint glisser l'objet entre deux autres ouvrages portant le même nom
Depuis maintenant quelques années, elle créait petit à petit une véritable collection digne des plus grands collectionneurs. Non pas qu'elle ait un véritable intérêt pour les contes de fée mais, pour une raison qu'elle ignorait, Rumplestiltskin était à la recherche de l'un d'entre eux alors elle devait impérativement être la première à trouver l'objet désiré pour l'empêcher de planifier un quelconque mauvais coup qui mettrait en péril sa fin heureuse. Elle se retrouvait donc à faire des achats compulsifs, à emprunter chaque livre d'histoire de l'école élémentaire dans le seul but de les passer au peigne fin, de les lire avec toute l'attention du monde pour y trouver le moindre indice pouvant servir les intérêts du tracassin.
Les lunettes remontées sur le haut de son crâne, elle jeta un coup d'œil à l'horloge de la pièce, il était bientôt temps pour elle d'aller à son rendez-vous hebdomadaire du mercredi. Elle quitta alors la bibliothèque pour rejoindre sa chambre où elle abandonna sa tenue d'intérieur pour enfiler son éternel pantalon de tailleur. Hissée sur ses hauts talons, elle vérifia que son brushing parfait n'avait pas bougé puis elle se dirigea vers la chambre de sa fille où celle-ci lisait tranquillement, assise à même le sol, Rex posé sur ses cuisses.
« Tu vas voir grand-père ? » Questionna Emma sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit.
« Oui, je ne serais pas longue. » Assura-t-elle en se mettant à sa hauteur.
« Pourquoi est-ce que je ne peux pas venir avec toi ? » Fit la petite blonde en penchant la tête sur le côté.
« Parce que ce n'est pas une endroit où les parents emmènent leurs enfants. » Assura l'adulte.
« Je ne suis plus une enfant mais une grande fille ! J'ai même des cicatrices comme les adultes, tu as oublié ? » Répondit-elle en lui montrant, avec le bout de son doigt, sa lèvre marquée.
« Non, je n'ai pas oublié. » Souffla la brune.
Elle était loin de pouvoir oublier l'inquiétude qu'elle avait ressentie en voyant l'état dans lequel s'était retrouvée sa si précieuse fille après une stupide leçon de vélo mais surtout, elle n'avait pas oublié tous les coups bas qu'elle avait infligé à l'institutrice en récompenses des cicatrices que le petit corps garderait à vie. Les yeux dans les yeux, elle avait juré à son ancienne belle-fille de lui faire connaitre l'enfer pour son inattention et elle s'était donnée un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues.
Son statut de mairesse lui donnait les pleins pouvoir sur la ville mais surtout sur la vie de cette capricieuse princesse alors elle ne s'était absolument pas gênée de lui rappeler où se trouvait sa place. Bien sur, quelque soit les problèmes qu'avaient rencontré Mary-Margaret, aucun d'entre eux ne lui permettait de remonter la piste jusqu'à elle ce qui l'amusait profondément. Cette empotée en était même venue à la conclusion qu'il s'agissait sans doute des remontrances de Dieu et donc, pour se faire pardonner ces péchés, elle s'était dotant plus investie dans la vie du couvent mais visiblement, son intérêt soudain pour elles n'avait fait que lui attirer l'agacement des Sœurs.
Regina devait l'avouer, lorsque Sidney avait accouru pour lui rapporter l'information, elle n'avait pu se retenir de rire comme une folle dans son bureau vide. Plutôt que de faire d'elle une institutrice, elle aurait sans doute dû lui trouver une petite place au couvent.
« Moi aussi j'ai envie d'aller rendre visite à grand-père. » Marmonna la fillette en replongeant son nez dans son livre.
Était-ce une bonne idée ? La brune n'en était pas certaine, après tout, ce n'était pas le genre de balade qu'une mère se devait de faire avec son enfant. Les cimetières étaient le genre d'endroit où personne n'y allait le baume au cœur. L'endroit était lugubre, l'atmosphère était pesante, la tristesse planait dans l'air. N'y avait-il pas de risque pour que les basses vibrations du cimetière viennent perturber sa petite fille à la nature si joyeuse ?
Son bébé avait à présent 7 ans et pourtant, elle ne l'avait jamais emmené rencontrer son grand-père. La fillette ne savait d'ailleurs pratiquement rien à son sujet, la brune évitait soigneusement d'en parler tout comme elle n'avait encore jamais évoqué le sujet de Cora. Sans doute était-ce le moment de pouvoir nouer un lien avec cette partie de sa famille, bien que celle-ci ne soit plus en vie ?
Cette toute première visite semblait vraiment lui tenir à cœur. Comment pourrait-elle le lui refusait alors que son regard émeraude débordait d'envie ?
Mère et fille descendirent donc pour se chausser et grimper dans la voiture sans oublier Rex qui les suivait partout depuis son intégration à leur petite famille. Une fois en voiture, l'adulte conduisit jusqu'à la petite boutique que tenait Moe French, le fleuriste de la ville. Game of Thorns, le nom inscrit sur la devanture la fit une nouvelle fois grimacer, qui diable avait bien pu choisir un jeu de mot aussi pitoyable ?
Le gérant étant absent le temps d'une livraison, elles furent donc accueillies par Regan et Sandra – ses deux salariés. Comme à son habitude, la mairesse demanda un bouquet de rose blanche et la jeune femme s'empressa d'aller le lui confectionner dans l'arrière boutique. Pendant ce temps, Emma s'aventura tranquillement entre les pots de fleur pour savoir laquelle elle allait bien pouvoir choisir.
« C'est celle-ci que je veux ! » Annonça-t-elle en désignant de toutes petites fleurs aux pétales blanches.
« Elles sont très belles mon bébé. » Sourit Regina qui lui caressa tendrement le haut de son crâne.
« C'est quoi le nom de cette fleur ? » Questionna la petite blonde en direction du jeune homme.
« C'est une narcisse. Est-ce que tu connais son histoire ? » Fit-il en s'approchant.
L'enfant pencha doucement la tête sur le côté et se mit à réfléchir, ce nom ne lui disait absolument rien alors elle se contenta d'hocher la tête de droite à gauche. Devant son regard qui témoignait un désir de savoir, Regan se mit donc à lui expliquer :
« Dans la mythologie grecque, Narcisse est un chasseur, il est doté d'une grande beauté ce qui lui vaut d'avoir tous les hommes et toutes les femmes à ses pieds. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Dit-elle en tourant la tête en direction de sa mère.
« Il était tellement beau que tout le monde tombait amoureux de lui. »
« L'histoire raconte qu'Echo – une jeune nymphe très bavarde – importunait Héra qui tentait de surprendre les infidélités de son époux Zeus. » Reprit-il.
« C'est quoi une nymphe ? C'est qui Héra ? C'est qui Zeus ? » Interrogea-t-elle, intéressée.
« Pour faire simple, on va dire que les nymphes sont des jeunes femmes en âge d'être mariée. Héra est la déesse du mariage et Zeus, son mari, est le dieu de la foudre en plus d'être le roi des dieux. » Intervint Sandra en passant la tête dans la pièce.
« Héra essayait donc de pendre Zeus sur le fait, en plein adultère, mais Echo – qui est très bavarde – le fait fuir. Pour la punir, Héra la condamne à ne plus pouvoir prendre la parole mais elle l'autorise seulement à répéter ce qu'elle entend. Quelques temps plus tard, la jeune femme tombe folle amoureuse de Narcisse mais il l'ignore complètement. » Continua Regan.
« Pourquoi ? » Intervint la fillette, les sourcils froncés.
« Parce qu'en plus d'être très beau, Narcisse est aussi très égoïste et vaniteux. » Annonça la jeune femme.
« Malgré tout, Echo ne perd pas espoir d'attirer son attention, elle continue de le suivre en répétant encore et encore la fin des phrases de Narcisse mais finalement, elle s'isole au fond des bois et meurt de désespoir. » Ajouta l'homme.
« Vous êtes bien certains que cette histoire convient à son âge ? » Lança soudainement la mairesse de la ville en le fusillant du regard.
Il tourna alors la tête vers sa collègue qui s'empressa de se reconcentrer sur le bouquet dont elle était en train de s'occuper. Il grimaça en se demandant si la conclusion de l'histoire était réellement destinée à une enfant mais, perdu pour perdu, il continua son récit.
« Un peu plus tard, Némésis – la déesse de la vengeance – descend sur terre pour venger les dizaines de jeunes filles qui ont eut le cœur brisé par Narcisse. Pour ça, elle le condamne à être désespérément amoureux de lui-même et, lorsqu'il croise son regard dans un ruisseau, il ne peut plus détourner le regard. En voulant embrasser son reflet, il tombe à l'eau et se noie puis, à l'endroit même où il se trouvait, une fleur s'est mit à pousser : la narcisse. »
« Je n'aime pas trop cette histoire. Comme la rose représente l'amour, cette fleur-là représente une homme méchant et mort ? » Marmonna Emma en fixant les pétales blanches.
« C'est à peu près ça. » Souffla Regan, mal à l'aise devant le regard que lui jetait la mère de l'enfant.
« La narcisse symbolise aujourd'hui la richesse et la renaissance. » Intervint Sandra qui sentit l'atmosphère changer.
« Tu peux choisir une autre fleur si tu préfères. » Annonça Regina qui se retenait pour ne pas faire avaler lesdites fleurs à l'employé.
La fillette aimait beaucoup cette fleur mais elle ne pouvait décemment pas l'offrir à son grand-père, il méritait quelque chose de beaucoup mieux. Une moue boudeuse sur le visage, elle se mit à observer les différents pots avec un œil expert jusqu'à attraper une fleur bien particulière.
« C'est elle que je veux. » Assura-t-elle en ayant retrouvé son sourire.
« Le tournesol est aussi un très bon choix ! Tu sais que lui aussi a une histoire tout à fait intéressante ? » Fit l'homme.
« Taisez-vous. » Marmonna la brune entre ses dents.
Depuis l'arrière-boutique, Sandra ne put s'empêcher de soupirer en se donnant une légère tape sur le front. Regan était comme ça, il aimait tellement partager ses connaissances qu'il était incapable de s'arrêter mais actuellement, il ne s'agissait pas d'une cliente lambda mais de leur mairesse. Elle ne donnait pas cher de sa peau si jamais son histoire était tout aussi désastreuse que celle de Narcisse.
« Clytie était une très belle nymphe amoureuse d'Hélios – le dieu du soleil – et, chaque jour, elle levait les yeux vers le ciel pour voir le char de feu qui allumait et éteignait la lumière du jour. » Commença-t-il.
« Le char de feu c'est le soleil ? » Questionna Emma.
« Exactement. Hélios était flatté par les sentiments de la jeune femme si bien qu'il était venu la séduire avant de l'abandonner. Clytie était désespérée et, pendant les 9 jours qui avaient suivi son abandon, elle avait pleuré sans interruption, toujours à la recherche du char du dieu soleil. Elle fini par découvrir qu'Hélios était en réalité amoureux de Leucothée, une humaine. Blessée dans son amour propre, Clytie avait dénoncé la liaison au père de cette dernière – qui s'avérait être roi – et, pour punir le déshonneur qu'avait provoqué sa fille, il l'avait enterrée vivante. Hélios avait bien essayé de la secourir mais en vain, il avait perdu la femme qu'il aimait mais il n'était pas pour autant revenu dans les bras de Clytie. La nymphe, accablée par la culpabilité et désespérée à l'idée que son amour ne soit jamais réciproque, avait cessé de manger et de boire, elle se contentait de fixer Hélios lorsqu'il traversait le ciel depuis son char de feu. Les autres dieux, témoins de ce spectacle, finirent par la transformer en tournesol qui regarderait toujours en direction d'Hélios, il s'agissait là d'une punition bien plus gentille que de la laisser se faire consumer par la douleur. »
La blonde lui lança un regard que le fleuriste ne parvint pas à déchiffrer. Cette fois encore, elle n'aimait pas du tout son histoire. Pourquoi fallait-il, à chaque fois, que les dieux aient un si mauvais comportement ? Pourquoi dans chaque histoire quelqu'un venait à mourir à cause de l'amour ? Elle savait très bien que les adultes étaient compliqués mais quel était l'intérêt de séduire une femme si le but, finalement, était de l'abandonner pour une autre ? La méchanceté était sans doute le maitre mot dans la mythologie...
« Tes histoires sont vraiment fatigantes. » S'exclama la jeune femme dans l'espoir d'empêcher la brune de le tuer. « Oublie cette triste histoire d'amour à sens unique. Offrir un tournesol, dans le langage des fleurs, témoigne de l'admiration sans réserve que l'on porte envers le destinataire. C'est un peu une façon de dire « tu es mon soleil » à la personne qui le reçoit parce que celle-ci illumine la vie de la personne qui lui offre, comme le soleil peut illuminer la terre. »
Devant le regard peu convaincu de la fillette, Sandra grimaça. La mairesse allait définitivement les tuer tous les deux si elle ne trouvait pas rapidement une solution à ce problème. Elle scanna la boutique des yeux avant de s'arrêter sur cette fleur dont les pétales blanches possédaient de ravissant reflet violet.
« Si tu préfères, je peux te proposer l'eustoma. » Lança-t-elle en contournant le comptoir en bois.
« L'estomac ? » Répéta l'enfant, incrédule.
« L'Eustoma. Elle symbolise le respect, la gratitude mais aussi la force. C'est une fleur capable de se développer dans les milieux les plus hostiles, tel que le désert. »
« Laquelle est-ce que tu préfères mon bébé ? » Questionna finalement Regina en se mettant à sa hauteur pour mettre fin à cette discussion.
« Est-ce que je peux prendre les deux ? »
Face à son regard pétillant et son doux sourire, elle n'eut pas la force de le lui refuser. Elle paya le tout puis elles quittèrent la boutique, les bras bien chargés. Laissant Rex jouer avec l'une de ces peluches dans la voiture, elles s'aventurèrent – main dans la main – à travers le cimetière vide.
« Ne sautille pas Emma. »
« Pourquoi ? »
« On ne sautille pas au cimetière, tout simplement. »
« Pourquoi ? »
« C'est un manque de respect envers les défunts. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'ils sont morts ? »
« J'aime bien sautiller, ça me rend heureuse. Pourquoi est-ce que c'est un manque de respect de mettre un peu de joie dans leur mort ? » Questionna la petite fille avec tout le sérieux du monde.
Face à la question posée en toute innocence, la brune dû se faire violence pour ne pas se mettre à rire. Elle soupira doucement et continua d'avancer, un fin sourire dessiné sur ses lèvres.
« Dis maman, pourquoi est-ce que grand-père est au cimetière ? »
« C'est ici que reposent les personnes décédées. » Répondit l'adulte en voyant le caveau se dessiner au loin.
« Pourquoi est-ce qu'il est mort ? »
« Il a eu une crise cardiaque, son cœur a cessé de fonctionner. » Inventa la brune, une pointe de culpabilité dans la voix.
« Pourquoi ? »
« Emma... S'il te plait. » Marmonna-t-elle en fixant le sol.
Cette discussion était l'une des raisons pour lesquelles elle ne lui avait encore jamais parlé de son grand-père. La petite fille était dans un âge où la curiosité était maladive, elle passait le plus clair de son temps à poser des questions, encore et encore. Elle avait toujours une nouvelle question qui trainait dans le coin de sa tête, elle voulait constamment tout savoir sur tout.
Regina n'avait aucune envie de lui mentir plus que nécessaire, l'histoire de la crise cardiaque était l'excuse la plus plausible mais elle n'allait pas réussir à s'en sortir si sa fille se mettait à l'interroger sur tous les détails comme elle en avait actuellement l'habitude.
« Comment il s'appelle mon grand-père ? » Fit la blonde en balançant sa tête de droite à gauche.
« Henry, il s'appelait Henry. »
« C'est jolie Henry, pourquoi est-ce que je ne m'appelle pas comme ça ? »
« Parce que ton prénom à toi c'est Emma. »
« Pourquoi je m'appelle Emma et pas Henry ? »
« Henry est un prénom de garçon. »
« Qui a décidé de ça ? »
« Je ne sais pas. » Souffla la brune, à la fois amusée et agacée.
« Pourquoi est-ce que tu ne sais pas ? »
« Parce que je ne sais pas tout. »
« Mais... Tu es une adulte ! » Argua la fillette, les sourcils froncés.
« Oui mais les adultes ne savent pas tout. »
« C'est vraiment naze. » Marmonna-t-elle en trainant des pieds.
« Surveille ton langage. » Souffla la mairesse.
« C'est nul. » Reprit la petite fille avec une grimace d'excuse.
Mère et fille arrivèrent finalement devant le caveau familial, Regina ouvrit la porte et entra dans la pièce froide sans plus de cérémonie contrairement à Emma qui se sentit soudainement toute petite face à l'immense bâtiment en pierre. Elle était sans doute une grande fille mais elle agrippa tout de même fermement la main de l'ainée Mills pour l'empêcher de s'éloigner.
« Bonjour papa... » Souffla tout bas la brune.
Elle déposa son bouquet de fleur à sa place habituelle et, du bout des doigts, elle vint caresser la petite plaque qui ornait le cercueil blanc. Sa peau effleura doucement les lettres qui formaient le message suivant : Henry Mills, père bien-aimé.
Sa gorge se serra et une larme solitaire quitta la barrière de ses paupières pour rouler le long de sa joue, la culpabilité qui ne la quittait jamais se faisait toujours bien plus forte lorsqu'elle se rendait au caveau. Pour ne pas se laisser envahir par l'émotion, elle déposa un délicat baiser sur le haut du crâne de sa petite fille avant de ressortir, prétextant avoir besoin de prendre l'air.
Emma regarda la porte en pierre se fermer derrière la brune et grimaça, elle n'aimait pas du tout l'aura qui se dégageait de la pièce, elle avait l'impression d'être en présence de quelque chose de mauvais, quelque chose qui pourrait la mettre en danger. Elle frissonna et fit face au cercueil, elle posa sa petite main sur le bois blanc et sentit comme un poids se retirer de ses épaules.
Se hissant sur la pointe des pieds, elle tenta de déposer son bouquet à côté de celui de sa mère mais sa petite taille l'empêcha d'atteindre le couvercle. Elle réessaya en bondissant aussi haut que ses jambes le lui permirent mais à nouveau, elle ne décolla presque pas du sol. Une moue boudeuse sur le visage, elle abandonna et déposa simplement les fleurs sur le sol.
« Bonjour grand-père, moi c'est Emma ! J'espère que maman t'a parlé de moi ! » Lança-t-elle sans trop savoir ce qu'elle devait dire.
Elle jeta un coup d'œil vers la porte par laquelle Regina ne revenait justement pas, sans doute avait-elle décidée de l'attendre à l'extérieur.
« Je pense que maman est partie pleurer dehors mais ne t'en fais pas, elle ne pleure pas souvent. On est là pour toujours la faire rire avec Rex ! Maman t'a parlé de Rex ? C'est notre chien ! Il a dû rester dans la voiture parce que maman a dit que ce n'était pas bien de le faire entrer dans un cimetière mais promis, la prochaine fois, je l'emmènerais pour te le présenter ! »
La fillette resta encore quelques instants dans la pièce silencieuse avant de frissonner d'effroi et de sortir pour rejoindre l'adulte qui l'attendait, adossée contre l'une des colonnes en béton. Sans un mot, elle se contenta de combler la distance pour venir enlacer ses hanches.
« Tu n'as pas déposé tes fleurs ? » S'étonna la brune en lui caressant tendrement les cheveux.
« Si. »
« Pourquoi est-ce que tu as gardé le tournesol alors ? » Questionna-t-elle, les sourcils froncés.
« La dame de tout à l'heure a dit qu'il fallait l'offrir à son soleil. » Rappela la petite fille.
« Je vois et est-ce que je peux savoir qui va avoir l'honneur de le recevoir ? » Lança la mairesse qui se demanda si son bébé n'avait pas un amoureux à l'école.
« Un toi. C'est toi mon soleil. » Dit-elle tout simplement en la lui donnant.
Elle lui offrit un immense sourire avant de s'éloigner, l'air de rien. Sautillant gentiment dans l'allée, elle balançait la tête de droite à gauche en fredonnant une douce mélodie.
Regina la regarda faire sans avoir la force de lui rappeler qu'il ne s'agissait pas d'une conduite à avoir dans un cimetière. Elle baissa les yeux sur la fleur qu'elle tenait à présent dans ses mains et un sourire comblé se dessina sur ses lèvres.
Elle allait devoir apprendre à vivre avec la culpabilité d'avoir tué la seule personne qui l'ait réellement aimé durant son enfance, son adolescence mais surtout sa jeune vie d'adulte mais elle comptait bien tirer un trait sur les regrets. La vie sans son père était bien plus dure qu'elle ne l'avait imaginé mais elle n'hésiterait pas à le refaire juste pour les beaux yeux émeraude de sa fille.
