Michael Tillman n'avait aucune envie de s'attirer plus d'ennuis avec la mairesse, après tout, elle régnait sur la ville avec un main de maître alors il ne voulait en aucun cas se la mettre à dos. Il s'empressa de retirer son bleu de travail pour sauter dans sa voiture, s'il voulait jouer au baseball, il allait avoir besoin de son matériel qui prenait la poussière – quelque part – dans son sous-sol.
Pendant qu'il menait ses recherches entre deux toiles d'araignée, il ne put s'empêcher de penser à tout ce qu'Ava et Nicholas lui avaient raconté la veille au soir. Selon les enfants, Regina leur avait préparé un succulent repas, elle leur avait lu une histoire au moment de les mettre au lit, elle leur avait déposé un baiser sur le front et elle avait même veillé sur eux une nuit entière lorsqu'ils se tordaient. de douleur à cause de la fièvre et des vomissements.
Personne en ville ne pouvait douter du fait que la brune était une bonne mère pour Emma, elle la couvait même sans doute un peu trop par moment mais il était étonné de savoir qu'elle pouvait agir de cette façon avec quelqu'un d'autre que sa fille. Elle se montrait toujours de marbre, elle ne laissait jamais ses sentiments percer la carapace et elle ne faisait rien pour tisser des liens avec ceux qui n'avaient pas la chance de faire partie de son cercle très restreint si bien que le surnom de Méchante Reine avait fini par germer dans l'esprit de tous.
Elle n'était pas vraiment méchante à proprement parler mais elle n'était pas le genre de femme à faire des concessions. Elle érigeait constamment une muraille infranchissable autour d'elle ce qui alimentait constamment le mystère, beaucoup de personne se demandaient même s'il y avait réellement un cœur qui battait sous cette poitrine.
Le garagiste devait l'avouer, il avait lui aussi participé à toutes ces conversations. Une fois attablé au diner de Granny, une fois son verre de bière entamé, il s'était souvent amusé à faire tout un tas d'hypothèse plus folles les unes que les autres en compagnie de Leroy.
Était-elle vraiment humaine ?
Était-elle capable d'éprouver autre chose que du mépris pour les habitants ou était-ce son émotion par défaut ?
Était-elle devenue la mairesse de StoryBrooke dans le but d'avoir un royaume sur lequel assouvir son règne à défaut d'avoir réussi à conquérir le cœur du futur roi d'Angleterre ?
Faisait-elle partie du groupe d'extraterrestres reptiliens, aux côtés de la Reine Elisabeth II – Madona – Katy Perry ou encore Barack Obama, qui désiraient dominer le monde ?
Son régime alimentaire était-il composé de viande d'être-humain ?
Avait-elle mis la main sur la fontaine de jouvence pour ne pas prendre une seule balade ?
Peut-être était-elle une réincarnation de la comtesse sanglante et, dans cette vie encore, elle continuait de pratiquer les bains de sang de jeunes vierges pour ralentir le processus de vieillissement et ainsi rester jeune et belle ?
Était-elle un vampire ? Cela expliquait pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait encore jamais mis les pieds à l'intérieur du manoir en dehors de Monsieur Gold qui devait, sans nul doute, être de mèche.
La ville de StoryBrooke existait-elle réellement ?
Peut-être que la vie des habitants de StoryBrooke n'était rien d'autre qu'une simulation.
Un peu dans le même registre que les SIMS, Regina avait sans doute enfermé tout le monde dans un monde virtuel pour s'amuser en les contrôlant à sa guise.
Michael devait également avouer que dès que l'alcool se mettait à couler dans ses veines, même en très faibles quantités, il avait tendance à devenir un véritable complotiste. Il avait déjà passé des soirées entières à expliquer à Granny que la mairesse était une sorcière qui collectionnait les cœurs de tous les habitants de la ville. Evidemment, tout le monde lui avait ri au nez, Archie lui avait même conseillé d'arrêter la boisson et, en y repensant, il se trouvait vraiment idiot.
La brune était sans aucun doute très mystérieuse et elle refusait peut-être de tisser des liens avec les habitants mais de là à l'imaginer avec une macabre collection telle que celle-ci… Elle n'était rien de plus qu'une mère de famille qui tentait de faire de son mieux pour rendre sa fille heureuse même si, pour y arriver, elle devait menacer d'abuser de son pouvoir… Il y avait possiblement tout un tas de point sur lequel elle pouvait être blâmée mais personne ne pouvait affirmer qu'elle n'était pas une bonne mairesse, elle était stricte, peut-être même dure parfois mais la ville se portait si bien justement parce qu'elle était là.
Le psychologue avait finalement raison, il devrait vraiment arrêter de boire et, pour le bien de tous, il devait convaincre Leroy de faire de même.
Après de longues minutes à farfouiller dans la cave, il mit finalement la main sur le carton où il avait rangé sa vieille balle et son gant. Il avait fait partie de l'équipe de baseball de son collège, ou peut-être de celle du lycée, il ne savait plus trop, ses souvenirs étaient flous. Quoi qu'il en soit, cette période de sa vie avait pris fin et il avait tout rangé ici. Il espérait ne pas être rouillé depuis le temps qu'il ne s'était pas entrainé.
Il hésita quelques secondes à prendre la batte pour jouer au baseball comme il se doit mais en l'emmenant, les risques de voir Emma se blesser augmentaient de manière exponentielle alors il la laissa bien sagement dans le carton. La mairesse n'était peut-être pas une horrible sorcière mais il n'avait aucune envie de réveiller le monstre qui sommeillait en elle.
Sans attendre, il se précipita alors au point de rendez-vous où il retrouva la fillette qui discutait tranquillement avec l'antiquaire à l'extérieur de la boutique. En arrivant à sa hauteur, il ouvrit la portière pour l'inviter à monter.
« Ta maman m'a demandé de venir te chercher. » Annonça-t-il avec un sourire.
« Vraiment ? » Fit Rumpelstiltskin, les sourcils froncés.
« Vraiment. Vous n'avez sans doute pas encore entendu la bonne nouvelle mais j'ai deux enfants, je n'ai aucune raison de kidnapper la demoiselle ! » Plaisanta-t-il.
La blonde trouva cela étrange. Elle était pourtant punie, sa mère était censée venir la chercher pour qu'elle reste sagement dans un coin de la mairie durant le reste de la journée. Pour autant, elle n'avait pas l'impression que l'homme mentait alors, même si elle n'était pas sûr de tout comprendre, elle salua chaleureusement Monsieur Gold avant de s'installer sur le siège passager.
« Vous êtes sûr que ma mère vous a demandé de venir me chercher ? » Questionna-t-elle tout de même.
« Affirmatif ! Elle m'a demandé de passer du temps avec toi. »
« Elle vous a demandé ça ? » Souligna l'enfant en le regardant fixement.
« Disons qu'elle ne m'a pas vraiment laissé le choix mais je ne vais pas m'en plaindre, je suis content de pouvoir passer un peu de temps en ta compagnie. » Grimaça Michael sans quitter la route des yeux.
« Je suis punie normalement. » Fit-elle savoir.
« Je suis père depuis moins de vingt-quatre heures alors, tu sais, les punitions et moi… Elle reste ta maman alors même quand tu es punie après avoir fait une très grosse bêtise, elle fait en sorte de quand même te faire plaisir. J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi elle m'a choisi à la place de Ruby ou d'Archie mais parfois, il ne faut pas trop se poser de questions, les mamans ont des raisonnements bien à elles. »
Emma haussa simplement des épaules, incertaine de ce qu'elle devait dire. Elle se contenta de poser sa tête contre la vitre de sa portière et observa les maisons qui défilaient en silence. Après de longues minutes, la voiture fut abandonnée sur le bord de la route, dans un coin où elle ne bloquerait pas la circulation et ils s'enfoncèrent un peu dans le parc.
« Tu es droitière ou gauchère ? » Lança Michael en avançant.
« Droitière ! »
« Super alors mets ce gant sur ta main gauche. Dis-moi, tu n'as jamais lancé de balle avant aujourd'hui ? »
« Juste des cailloux dans l'eau mais j'ai arrêté parce que maman m'a dit que ça pouvait blesser les poissons. » Annonça-t-elle.
« Elle est donc du genre à protéger le règne animal. » Fit-il pour lui-même avant de reprendre : « Ça nous fait quand même une base. Comme tu es droitière, tu lèves le bras au-dessus de l'épaule – comme ça – et tu accompagnes ta balle en la lançant. »
La blonde prit une inspiration et imita le père de ses amis, elle leva donc le bras au-dessus de son épaule et propulsa la balle qui roula au loin.
« Joli, tu es faite pour ça on dirait ! » S'exclama le garagiste en allant récupérer le projectile.
« C'est un peu normal, c'est avec ce bras que je coloris ! » Affirma l'enfant.
Un sourire amusé sur le visage, ils continuèrent la leçon mais cette fois-ci, il n'était pas question pour la fillette de lancer la balle dans le vide mais de la lancer correctement pour que Michael puisse la réceptionner dans son gant. Au début, elle eut du mal, la balle finissant par dévier de sa trajectoire ou tombant au sol avant d'atteindre sa cible mais plus elle s'entrainait et plus elle perfectionnait son mouvement.
« Rappel toi bien, tu dois regarder exactement où tu veux envoyer la balle. » Fit-il en lui renvoyant la balle.
« Pourquoi est-ce que je regarderais ailleurs ? » Lança Emma pour qui l'information paressait logique.
« En l'espace de cinq minutes, tu as regardé un papillon, la fleur là-bas, un écureuil et même le camion de glace. »
« Vous aussi vous avez regardé le camion de glace d'Ingrid ! » Argua-t-elle.
« Tu n'as pas tort. » Répondit-il, amusé.
« Dites, c'est quoi la meilleure équipe de baseball ? » Demanda la fillette qui repris le jeu avec un peu plus de sérieux.
« Les Texas Rangers, sans hésitation ! Tu sais, les grands T rouges sur les casquettes de baseball, c'est en référence à cette équipe. C'est cette équipe qu'on soutient en majorité ici. »
« D'accord et qu'est-ce que je pourrais dire sur l'équipe des Rangers pour avoir l'air de m'y connaitre ? »
« Il y a un garçon derrière cette question ? » S'exclama Michael, un sourire taquin sur le visage.
« Pas du tout, beurk ! » Lâcha la blonde sans sourciller.
« Si tu veux, ce que tu peux dire c'est : même si Nolan Ryan est vieux, les Rangers ont bien fait de l'engager. »
« C'est un truc vrai au moins ? » Demanda-t-elle dans le doute.
« Tout à fait vrai, c'est la plus vraie des vérités ! »
« Et il a quel âge ce monsieur ? »
« Un certain âge… »
Emma se mit à rire et il ne put se retenir de sourire en retour. L'homme n'était pas encore sûr de tout ce qu'impliquait et englobait son tout nouveau rôle de père, il ne savait même pas s'il arriverait à être une véritable figure paternelle un jour mais à cet instant précis, alors qu'il regardait la petite fille sécher ses larmes, il ne put s'empêcher de se dire que s'il parvenait à amuser les jumeaux, de la même manière qu'il semblait amuser la fille de la mairesse alors, peut-être, qu'il remporterait une victoire contre la vie.
Il savait que ce n'était pas tout ce qu'il avait à faire. Il devait les éduquer, leur permettre d'avoir de bonnes notes à l'école, leur fournir un toit, être une oreille à laquelle il pourrait se confier et tout un tas d'autres choses qu'il ne soupçonnait pas encore. Il savait bien que la tâche qui l'attendait n'allait pas être des plus simple mais les jumeaux avaient tellement souffert jusqu'à aujourd'hui, ils s'étaient battus contre vents et marées sans l'aide de qui que ce soit alors s'il pouvait apporter un peu de joie dans leur vie dans un premier temps, il en était déjà bien content.
« Wow ! Tu as mis un sacré effet à ta balle ! » S'exclama-t-il en la renvoyant avec un peu moins de force.
« Ah bon ? Ça veut dire que c'est bien ? » Questionna-t-elle, les yeux brillants.
« C'est très bien même ! »
« Je n'ai pas l'air de faire n'importe quoi au moins ? » Demanda timidement la blonde.
« On dirait que tu es professionnel ! » Assura le mécanicien.
« Mais une fille, une fille professionnelle ? »
« C'est exactement ça ! » Accepta-t-il dans un ricanement.
Le sourire qu'affichait Emma ne fut que plus grand encore, elle s'amusait tellement qu'elle regrettait un peu de profiter de ce moment sans sa mère pour le partager.
« Qu'est-ce que je pourrais dire d'autre sur les Rangers pour donner l'impression de m'y connaitre ? »
« Hum, laisse-moi réfléchir… Tu peux dire que personne ne pourra battre le record de Nolan Ryan de match sans point ni coup sûr ! » Dit-il.
« Ça veut dire qu'il ne marque jamais de point ? » Interrogea la fillette dans l'incompréhension.
« Non, ça veut dire que l'équipe adverse n'a jamais de point. C'est presque l'heure de rentrer mais avant, je vais t'apprendre un petit truc qui impressionnera tout le monde ! Tu vas venir placer ton index et ton annulaire sur la couture, tu dois la serrer très fort mais la balle ne doit pas toucher la paume de ta main. Ensuite, tu fais une vrille avec ton poignet au moment de la lancer. C'est ce qu'on appelle une balle courbe. » Expliqua-t-il en essayant d'être le plus précis possible dans sa description.
La petite fille dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de comprendre ce qu'elle devait faire. Leur moment de jeu toucha à sa fin et même si ses lancers étaient loin d'être parfait, elle en était satisfaite. Après tout, elle ne pouvait décemment pas exceller dans ce sport dont elle ignorait tout ce matin encore.
Sur le trajet du retour, ils se mirent d'accord pour se revoir bientôt afin de continuer l'entrainement même si la mairesse devait encore donner son aval. La route ne dura pas bien longtemps et Michael se gara finalement devant l'hôtel de ville.
« Tu sais, je tenais à te remercier. Sans toi, j'aurais perdu mes deux enfants sans même savoir qu'ils existaient… Je ne sais pas trop comment le dire mais je t'en suis vraiment reconnaissant. Tu as sauvé notre famille, tu es vraiment notre sauveuse. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir, je t'aiderais, toujours. Si jamais un gamin t'ennui à l'école, je viendrais l'effrayer, tu peux compter sur moi ! » Dit-il en passant sa main dans ses cheveux dans l'espoir de cacher son malaise.
« Est-ce que je peux vous poser une question ? »
« Bien sûr, demande-moi tout ce que tu veux ! »
« Est-ce que vous êtes un chasseur ? » Lança la blonde sans le regarder.
« Chasseur ? Moi ? Pas du tout ! Je n'ai jamais touché à un fusil de chasse de ma vie ! Je serais bien incapable de tuer un animal moi-même. Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? » Répondit le mécanicien, étonné.
« Pour rien. » Fit-elle avec un sourire avant de sauter hors de la voiture.
Si Michael ne pratiquait pas la chasse sur son temps libre alors que signifiait la note sur son dossier ? Sa mère n'était pas du genre à se tromper, pourquoi avait-elle ajouté cette information qui, visiblement, se révélait être fausse ?
En entrant dans la mairie, ils furent accueillis par la secrétaire dans l'entrée qui leur fit savoir que Regina venait tout juste de mettre fin à son dernier rendez-vous de la matinée. Ils grimpèrent alors les escaliers pour se rendre à son bureau où ils la trouvèrent face à la fenêtre, une tasse de café à la main. Elle fixait l'horizon d'un regard vide, elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne les entendit ni toquer, ni entrer. Elle fut brutalement ramenée sur terre par Emma qui ne put se retenir plus longtemps et qui lui sauta dessus.
« Mon bébé. » Souffla-t-elle tendrement en lui rendant son embrassade.
« Tu sais, même si Nolan Ryan est vieux, les Texas Rangers ont bien fait de l'engager parce que personne ne pourra jamais battre son record de match sans point ni coup sûr ! » Annonça la fillette, les yeux brillants de fierté.
« Je ne suis pas certaine de savoir de quoi tu parles mais ça m'a l'air d'être une bonne chose… Vous avez passé un bon moment ? » S'exclama la brune qui jeta un bref regard à l'adulte qui restait en retrait.
« Oui, on s'est bien amusé. Emma est vraiment très douée ! » Affirma Michael, tendu comme un arc.
La mairesse s'installa à son bureau et écouta avec attention le récit de sa fille qui ne semblait plus pouvoir s'arrêter de parler. Elle n'avait pas l'habitude de jouer avec qui que ce soit d'autre que Rex alors, pour une fois qu'elle passait du temps en compagnie d'un habitant de StoryBrooke, elle en avait des choses à dire.
Ensuite, Regina profita de la présence de Michael dans son bureau pour lui faire signer tout un tas de document afin qu'il ait, légalement, la garde des jumeaux. S'ils devaient rester en ville, même si elle aurait aimé les voir disparaitre, elle préférait que leur statut soit valide aux yeux de la loi.
La petite blonde profita de cet instant où elle n'était plus le centre de l'attention pour se glisser derrière sa mère. Elle se hissa sur la pointe des pieds, comme si elle voulait se loucher sur la paperasse qui tirait sur le bureau mais à la place elle fit glisser lentement le tiroir où elle avait trouvé le document sur Monsieur Tillman.
Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que le tiroir était complètement vide. Tous les dossiers portant le nom des habitants avaient disparu, il n'y avait plus aucune trace, comme s'ils n'avaient jamais existé. Elle savait qu'elle n'avait pas rêvé mais à présent, elle n'avait plus aucune preuve pour questionner sa mère.
Le simple fait de savoir que la brune avait pris le temps de dissimuler ses dossiers, comme si elle avait quelque chose à se reprocher, ne l'intrigue que plus encore
