Bonjour à tous !

Merci beaucoup pour vos commentaires et le nombre de vues sur cette histoire ! Cela me fait très plaisir et m'encourage.

Cette semaine fut bonne d'un point de vue écriture, toutefois j'arrive bientôt là où je me suis arrêtée en terme de jeu. Donc si je veux continuer à rédiger tout en ayant assez de vidéos de référence il va me falloir poursuivre ma partie ! J'espère d'ailleurs que vous savourez le Patch 6 !

Petite recommandation musicale pour ce chapitre, qui par ailleurs est éponyme : je vous conseille l'OST du jeu Baldur's Gate 3 The Weeping Dawn, composée par Borislav Slavov !

Réponses aux reviews :

Cassye : Oui, les scènes d'action ne sont pas les plus simples à rédiger, mais les quelques chapitres "dédiés" que j'ai pu écrire jusqu'à présent étaient assez funs bien que complexes, ça reste un chouette exercice ! En espérant que la magie opère d'un point de vue lecture aussi :) Merci pour ta review !

Seulie : Contente de te revoir et merci pour ton retour ! Je te comprends, les drow sont vraiment fun à jouer, il y a plein de dialogues uniques ! En ce qui concerne le passif de Nymuë et Elyon, les choses se révéleront petit à petit... J'ai essayé de correctement distiller ça tout le long de mon histoire ! Et contente que tu apprécies les interactions entre les personnages, ce chapitre devrait te donner une nouvelle petite dose haha !

Boulays : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis tout à fait d'accord avec toi, je préfère également la construction lente mais plausibles des personnages (que cela soit pour les relations amoureuses ou même simplement amicales). C'est ce qui leur donne le plus de "poids" à mon avis, et qui fait que je m'y attache. Pour la crèche gith, ce sera plus complexe que cela, mais comme j'ai déjà un plan de l'histoire jusqu'à son point final normalement tout est agencé. J'ai hâte d'avoir vos retours d'ailleurs sur mes modifications !

Bonne lecture à tous !


Chapitre 05 :

La complainte de l'aube

Le Bosquet d'Emeraude se situait au cœur de vieilles ruines, à quelques pas d'une crique et entouré d'arbres. Cela aurait pu être un endroit paradisiaque, une mise en valeur de la beauté de la nature… si, toutefois, une foule en colère n'en menaçait pas l'entrée.

" Bon sang, pesta Nymuë. On ne peut pas les laisser seuls cinq minutes. Qu'ont-ils fait encore ?

- De qui parlez-vous, darling ?"

L'elfe noire se retourna. Venant à leur rencontre, Astarion et Ombrecoeur observaient avec grand intérêt le regroupement de tieffelins. Le sac de la prêtresse était bien lourd, signe que les affaires avaient été fructueuses.

" J'en déduis que vous n'êtes pas responsable de cette agitation, répondit Nymuë. On aurait pu croire qu'un bosquet sacré se révélerait moins riche en tensions…

- Vous avez eu des informations intéressantes de votre côté ? s'enquit Ombrecoeur.

- En effet. La crèche githyanki se situe au niveau du col de la montagne, à quelques jours de marche d'ici… L'ennui est que le camp gobelin se situe pile devant. Aucun moyen de l'éviter.

- Affreuses petites créatures, cracha Astarion.

- Je ne vois vraiment pas en quoi c'est un problème, lança Lae'zel. Si ces gobelins se mettent sur notre route, il suffira de faire couler leur sang.

- A quatre contre tout un campement ? s'écria le haut elfe. Votre parasite a-t-il dégradé vos capacités de réflexion ?

- Nous n'avons pas encore vu le guérisseur des lieux, rappela Nymuë. Avec un peu de chance - et beaucoup d'optimisme - nous n'aurons pas à considérer l'annihilation d'un camp gobelin comme une éventualité.

- Si tant est que nous puissions accéder audit guérisseur…" railla la prêtresse.

Les compagnons se rapprochèrent de l'assemblée furibonde. Trois individus faisaient face aux tieffelins, des druides si l'on se fiait à leur accoutrement, et barraient le passage. Ils demeuraient de marbre face aux cris courroucés de leur public, levant toutefois leurs armes bien en évidence. Deux réfugiés, un homme et une femme, avaient fendus la foule pour les confronter :

" Rendez-moi ma fille, hurla l'inconnue. Immédiatement !

- C'est un rejeton des Enfers, doublé d'une voleuse, cingla une des druides. Vous allez attendre patiemment que Kagha rende son jugement. Reculez, et plus vite que ça.

- Laissez-moi passer, mragreshem, ou je vous déchire la gorge !"

La femme s'avança d'un pas, prête à mettre sa menace à exécution. Elle eut à peine le temps de lever la main qu'un second druide, jusque-là silencieux, rugit férocement. Des étincelles dorées l'entourèrent, sa peau se couvrit de fourrure et ses dents s'allongèrent, laissant place à un ours surpassant de deux têtes les tieffelins devant lui. Montrant les crocs, son message à l'intention des fugitifs était très clair : déguerpissez, ou mourrez.

" Oh, souffla Astarion, il faut que je vois ça !"

La présence menaçante de l'animal, toutefois, dissipa les réfugiés en un éclair ; seuls l'homme et la femme s'étant exprimés restèrent en retrait, continuant de jeter des coups d'oeils féroces en direction du Bosquet. L'elfe poussa une exclamation plaintive :

" Et moi qui espérait assister à un magnifique spectacle…

- Il n'est pas encore trop tard, répliqua Nymuë d'une voix plus froide qu'un matin d'hiver. Si le sensationnel vous amuse, vous pouvez toujours négocier notre passage auprès de l'ours.

- Et mettre en danger ce si beau visage ? Vous n'y pensez pas. Oh non, vous me paraissez être le choix le plus adéquat.

- Une elfe noire, vraiment ? Vous feriez un terrible diplomate. C'est à se demander comment vous avez pu œuvrer dans la politique en premier lieu !

- En tout cas, conclut Ombrecoeur, ils vous aimeront sans doute davantage que les tieffelins…"

Après un regard assassin à Astarion - qui lui répondit par un sourire des plus narquois - Nymuë s'avança en direction des druides. L'ours leva aussitôt une patte à son approche, ses griffes prêtes à agir :

" Reculez, ordonna la druide menant cette petite équipe. Les drows ne sont pas les bienvenus, ici.

- Sans notre intervention, il n'y aurait déjà plus de "ici", rétorqua impétueusement Lae'zel. Et dites à votre chien de se tenir tranquille.

- Pas un pas de plus, reprit la femme. Si vous m'obligez, je n'hésiterez pas une seule seconde.

- Un instant, Jeorna.", interrompit son compagnon.

Elle se pencha vers lui, le laissant lui murmurer quelque chose à l'oreille. Ses sourcils se froncèrent de contrariété :

" Tu es sûr qu'elle a dit ça, Mino ? Pourquoi diable laisse-t-elle passer l'une des leurs ?"

Son regard était rempli de dégoût. Nymuë sentit une vague de colère la traverser, mais inspira longuement pour la contenir. "Rien que tu ne connaisses déjà. Ne te laisse pas impressionner", se rappela-t-elle.

Le dénommé Mino chuchota à nouveau des paroles indistinctes, faisant céder de mauvais gré la druidesse :

" Je vois. Apparemment, Kagha demande à vous voir. Vous pouvez passer. Mais j'aime autant vous prévenir : au moindre faux pas…

- Vous vous transformerez en truie, la coupa Nymuë. Oui, je n'en ai aucun doute."

Et elle passa, sans demander son reste. Elle crut apercevoir du coin de l'œil Ombrecoeur et Astarion réprimer un rictus ; les éclats de rage dans sa poitrine se calmèrent.

L'essentiel du Bosquet était constitué d'un immense autel en pierre, entouré de plusieurs statues. Chacune représentait un animal différent ; l'une un ours, l'autre un cerf… Des druides étaient placés stratégiquement devant chacune des effigies, et psalmodiaient mélodiquement une incantation. Des tourbillons de lumière verte irradiaient d'une relique en bois, installée au centre du cercle sacré. En observant l'objet, Nymuë eut l'impression d'entendre le vent souffler à ses oreilles, le bruissement des feuilles accompagné d'une odeur d'herbe et de terre. Elle aurait pu y voir une certaine paix, si toute cette cérémonie n'avait pas pour but de couper cet asile du monde extérieur.

" Un rituel de ce genre doit nécessiter beaucoup d'énergie, observa Ombrecoeur. Même avec plusieurs disciples, une telle magie requiert plusieurs jours d'enchantements et de prières. Avec un peu de chance, nous ne serons pas enfermés en plein cœur d'un cercle druidique dans les heures à venir."

L'elfe noire hocha la tête, distraite. Par-dessus les voix des druides, une autre résonnait, en contraste complet avec la sérénité des lieux. Elle était rageuse, chaotique, accompagnée d'un instrument dont les cordes étaient pincées sans douceur. Nymuë se dirigea vers la source du bruit et ses compagnons la suivirent d'un air étonné.

Un peu plus en hauteur, une tieffeline grognait de frustration, un luth à la main. Elle avait un timbre plutôt agréable, mais sa composition manquait clairement d'harmonie. Elle interrompait ses vers, changeait ses mots, faisait grincer son instrument sur des notes trop graves ou aiguës pour correctement accompagner son ariette.

" Tu danses sous les étoiles ce soir. D'un sourire, chasse le désespoir. Mes mots vont se changer… Non… devenir… Argh ! Quel carnage !

- Que chantez-vous ?" s'enquit doucement Nymuë.

La femme sursauta, et se tourna vers elle. Elle avait des cheveux bruns et mauves, cette dernière nuance se mariant parfaitement avec sa peau d'un violet clair. Elle portait un habit typique des troubadours, de ceux que Nymuë connaissait trop bien. Couleurs vives et clochettes pour époustoufler les foules au moment de se produire. Toutefois, le chef-d'oeuvre artistique ne semblait guère avancer bon train :

" Un chant, ça ? répondit-elle. Une banshee ferait mieux. Je suis sur le point de devenir complètement folle ! Je ne trouve pas… Il n'y a rien qui convient, vous voyez ?"

Nymuë pencha légèrement la tête ; d'aussi loin qu'elle se souvienne, elle n'avait jamais composé ses propres chansons. Oh, elle s'était amusée à rédiger des partitions, mais ce n'est pas comme si ses passages sur scène lui laissaient réellement l'occasion de jouer quoi que ce soit. Rapidement, les cris des spectateurs surpassaient la moindre note. Cela rendait triste Elyon, elle se rappelait ; l'interruption de sa musique, disait-elle, c'était probablement ce qu'il y avait de plus méchant dans toute cette histoire.

Elle s'accroupit en face de la tieffeline :

" Votre nom ? demanda-t-elle.

- Alfira, répondit l'autre en souriant tristement. Mais je doute que vous retrouviez ce nom parmi les bardes célèbres.

- Commencez par placer vos doigts correctement, Alfira, indiqua-t-elle. Pas besoin de tenir si fermement votre manche, vous n'allez pas balayer le sol avec votre luth. Quant à votre main gauche, vous allez martyriser votre poignet si vous la gardez sous cet angle.

- Vous êtes… une artiste, vous aussi ? s'étonna la jeune femme. Oh ! Nous n'avons qu'à faire un duo ! Je suis sûre que l'inspiration viendra plus aisément avec une camarade musicienne ! Tenez, prenez donc…

- Non ! s'écria Nymuë. Je veux dire… c'est votre chanson. Concentrons-nous plutôt sur ce que vous voulez dire."

Elle inspira longuement, n'ayant que trop conscience de la surprise dans le regard d'Alfira, et de la présence de ses compagnons derrière elle. Elle n'était pas prête. Pas aujourd'hui, pas maintenant. Elle était déjà surprise d'avoir réussi à lancer quelques sorts mineurs depuis son évasion du Nautiloïd ; après tant d'années sans musique, ses dons auraient dû s'effriter. Elle n'était ni magicienne, ni ensorceleuse : ses pouvoirs lui venaient de son art, et sans pratique, ils se mouraient.

Depuis le temps qu'elle n'avait pas touché un instrument, ils auraient dû être enterrés six pieds sous terre.

" Commençons par le commencement, reprit-elle avec plus de délicatesse. De quoi parle votre chant ?

- De Lihala, souffla la barde comme à regret. Mon professeur. Elle adorait danser, même si c'était la plus grande maladroite de la contrée. Elle avait deux pieds gauches. Je me souviens d'une nuit où je me suis réveillée, et où je l'ai vue en train de tournoyer sous les étoiles… Un immense sourire sur le visage. Quand j'y repense maintenant… mon cœur se serre, et ma gorge se noue. Ma langue se bloque, comme si les mots que je voulais prononcer n'étaient plus que cendres."

Elle voulut ajouter quelque chose, et s'interrompit soudainement, les yeux écarquillés. Saisissant son luth, elle composa un accord simple :

" Attendez… Mes mots ne sont plus que cendres. Celles d'une lueur que tu es venue prendre… C'est parfait !

- Continuez, l'encouragea l'elfe noire. Qu'aimeriez-vous dire à votre professeur si elle était là ?

- Que… que ça va bien. Que tout ira bien ? Et surtout… "Merci". Pour tout. La LuneLa Lune me rappelle ta grâce. Tout l'amour que je ne te rendrai pas… Dors, car je prierai pour toi. Ma chère amie, au revoir, hélas."

Les doigts d'Alfira glissèrent d'eux-mêmes sur le luth, rentrant en harmonie avec ses paroles. Sa berceuse se mua doucement en sanglant, jusqu'à ce que les larmes prennent le pas sur le fredonnement.

" Désolée.", souffla-t-elle.

Nymuë se releva et applaudit. Elle fut surprise d'entendre Ombrecoeur l'accompagner avec enthousiasme, et même Astarion et Lae'zel s'autorisèrent un bref hochement de tête appréciateur.

" C'était très beau, murmura l'elfe noire. N'ayez pas honte de verser quelques larmes.

- Merci, sourit Alfira. C'est la première fois que je me produis réellement depuis la mort de Lihala… Elle jouait du luth et nous… nous n'avons pas entendu les gnolls arriver. Il y avait tellement de sang… j'en sens encore l'odeur."

Nymuë se raidit, des images d'autrefois l'assaillant à nouveau. Le bourdonnement du public. Des yeux verts plein de larmes. Du sang, en guise de tapis de scène.

" Votre professeur serait sans doute très fière de vous aujourd'hui, articula-t-elle avec difficulté.

- Ha ! Elle m'aurait réprimandée pour cette rime poussive. Et elle m'aurait forcée à jouer jusqu'à ce que mes doigts soient à vif… Et c'est exactement ce que je vais faire. Je vais terminer l'écriture de La complainte de l'aube pour elle. J'ai encore beaucoup de chemin à faire mais… merci. J'avais besoin de ça. Attendez donc…"

Alfira se leva et fouilla parmi les caisses et les coussins qui l'entouraient. Elle se dirigea vers Nymuë, un violon dans les mains. Son bois était d'une couleur telle que la jeune femme n'en avait jamais vu ; gris, aux éclats presque argentés. Une plume bleue avait été accrochée à l'aide d'une ficelle autour du manche.

" Je sais reconnaître une compère barde quand j'en vois une, lança la tieffeline. Et j'aimerais que vous acceptiez ceci. Son propriétaire était avec nous quand… Disons qu'il n'en a plus l'usage aujourd'hui. J'ose espérer que vous savez en jouer ?"

Nymuë prit l'instrument, qu'elle admira sans un mot. C'était un bel ouvrage, bien plus élégant que celui reçu à l'époque de La Belle Etoile. Ses doigts fourmillèrent quand elle saisit l'archet, faisant grincer les cordes d'un geste calculé. Bientôt, toutefois, les signes habituels se manifestèrent. Sa main trembla, son souffle s'accentua. L'objet lui parut peser plus lourd qu'une pierre dans ses bras. Plusieurs images, des bribes d'autrefois, se mêlèrent dans son esprit. Elyon l'observait, derrière le rideau de scène, alors que Dame Seri saluait les spectateurs du jour. Revan prenait son violon, un air peiné sur le visage, et s'éloignait dans les rues sombres de Baldur's Gate.

" Ça s'arrêterait, tu sais. Si, à la place, ils t'écoutaient toi."

" L'instrument chante la douleur, gamine, mais il n'en est pas l'origine."

Elle rouvrit les yeux. Alfira la regardait avec espoir :

" Je sais en jouer, confirma l'elfe noire. Merci beaucoup pour ce présent. Je tâcherai… de lui faire honneur."

La barde leur sourit alors qu'Ombrecoeur aidait Nymuë à accrocher le violon dans son dos. Les saluant d'un geste de la tête, elle retourna à sa composition.

" C'était… intéressant, déclara Astarion, pensif. Vos réactions, en tout cas. J'ose espérer que nous aurons le droit à un récital ?

- Interdiction de chantonner lors de l'entraînement du matin, prévint Lae'zel.

- Quel entraînement du matin ? s'enquit Ombrecoeur.

- Celui qui sera mis en place dès demain."

Et la guerrière se dirigea vers l'entrée du quartier des druides, suivie rapidement par les protestations d'Astarion et d'Ombrecoeur, et le sourire discret de Nymuë. Elle effleura la plume bleue de son tout nouvel instrument ; peut-être était-ce le signe qu'elle attendait. Après tout, elle avait quitté Baldur's Gate pour cette raison. Recommencer de zéro, se reconnecter à sa musique… et appartenir à une communauté. Ses yeux se posèrent sur ses compagnons, toujours en train de se disputer. Ombrecoeur lui fit un signe de la main et la jeune femme se hâta de les rejoindre.

Les druides logeaient à l'intérieur de ruines, dans des tunnels de cavernes sous le sol même du Bosquet. L'intérieur était plutôt sobre : quelques tables de pierres, des plantes, des étagères et des paniers d'osier contenant d'éventuelles vivres. Nymuë reconnaissait bien ici la simplicité propre aux amoureux de la nature, préférant communier avec celle-ci sans être entourés de frivolités.

Là encore, toutefois, la quiétude des lieux n'était qu'apparente : les éclats d'une dispute accueillirent les aventuriers, sitôt passée la porte principale.

" C'est de la folie, Kagha. Ce n'est encore qu'une…

- Une quoi, Rath ? Une voleuse ? Un poison ? Une menace ? Je vais faire enfermer cette petite diablesse. Et ensuite, je chasserai tous les étrangers."

Kagha, la première druidesse du Bosquet, était une elfe des bois aux cheveux roux vifs et aux yeux verts. Il y avait quelque chose de… vénéneux, chez elle, que cela soit dans l'expression de son visage ou le ton de sa voix. L'homme lui faisant face paraissait bien plus âgé ; il avait une peau d'ébène et ses traits étaient marqués par l'inquiétude.

Ombrecoeur pointa discrètement un troisième individu : une enfant tieffeline, âgée entre dix et douze ans. Une immense vipère rampait autour d'elle, mouvant sa tête à ses moindres faits et gestes. L'animal était tendu, vif : prêt à frapper à la première demande.

" Voilà qui explique les tieffelins en colère, souffla Astarion. C'est donc elle, la petite voleuse ?"

Nymuë serra les poings ; toute cette situation ne lui disait rien qui vaille. Rath et Kagha poursuivirent :

" Qu'on la fasse enfermer, ordonna la première druidesse. Elle va rester sous bonne garde jusqu'à la fin du rite. Un conseil, diablesse : tiens-toi tranquille. Tee-la est à cran."

Le serpent siffla furieusement, montrant ses crocs imprégnés de venin. L'enfant gémit et s'agrippa à Rath :

" Pitié ! Je suis désolée, désolée !

- Ça suffit, Kagha. Nous avons récupéré l'idole. Tout est bien qui finit bien. Si Halsin était là…

- Halsin est parti ! cracha sa supérieure. Tu ferais mieux de te rappeler à qui tu dois allégeance. "

Ombrecoeur fit un pas en avant, prête à intervenir. D'un geste rapide, Nymuë la stoppa :

" Attendez, souffla-t-elle. J'ai peut-être une idée."

La prêtresse s'immobilisa, puis lui jeta un regard curieux. L'elfe noire sentit son parasite s'agiter alors que sa camarade lui demandait silencieusement d'ouvrir une connexion entre elles. Nymuë y consentit, intégrant également Lae'zel et Astarion. Elle se concentra sur l'étincelle tremblante de magie qu'elle sentait vibrer au fond d'elle-même. Depuis longtemps, maintenant, elle ne l'utilisait plus que pour des sorts mineurs et n'entretenait que les aptitudes lui étant indispensables au quotidien. Fort heureusement, le sort qu'elle avait en tête était un de ses tours de passe-passe favoris…

Lentement, une cinquième voix s'ajouta au cercle d'aventuriers, inconsciente de leur présence au cœur de son esprit. Nymuë sourit avec satisfaction ; cela faisait du bien, au milieu de toutes ces étrangetés, de retrouver les bonnes habitudes. A quelques pas d'eux, la bouche de Kagha demeurait close ; pourtant ses pensées étaient désormais accessibles à l'elfe noire et ses comparses :

" Halsin n'est plus, chuchota la voix de la première druidesse dans leurs têtes. Je suis aux commandes désormais. C'était un chef faible, trop prompt à accueillir les premiers miséreux venus. Mais les choses vont changer ; elle m'en a fait la promesse. Je vais prendre le pouvoir et affirmer mon autorité."

La conscience de Kagha glissa, passant soudainement de ses rêves de grandeur à quelque chose ressemblant à… de la crainte. Quoi qu'ait prévu la nouvelle dirigeante, les autres druides n'étaient pas au courant et la discrétion était de mise. Mentalement, ses réflexions se dirigèrent vers un coffre à quelques pas de là, caché dans une des chambres du Bosquet.

Nymuë stoppa son sortilège, satisfaite. Voilà exactement ce qu'elle cherchait. Au fil de ses… missions avec Revan, elle avait appris que nombreux étaient les individus ayant des choses à dissimuler. Et qu'il était bien plus simple de négocier un bon prix sur une transaction, si on ajoutait un pourcentage de discrétion quant aux secrets que l'on possédait. "La connaissance, c'est le pouvoir" disait Revan. Cet enseignement ne lui avait jamais fait défaut.

" Fourbe petite créature…" susurra Astarion, sur sa gauche.

L'elfe noire lui adressa un regard méfiant. Il paraissait presque… ravi ? Ses aptitudes, quelle que soit leur nature, paraissaient le contenter au plus haut point. Elle veilla à demeurer le plus inexpressive possible, et chuchota :

" Voilà qui devrait nous donner un moyen de pression, si nous parvenons à en apprendre plus.

- Si vous voulez menacer cette elfe, il y a des méthodes plus simples, rétorqua Lae'zel.

- Chère amie, tout le principe des informations intéressantes est qu'il faut les utiliser au bon moment. Kagha n'est pas notre ennemie, pour l'instant. Mais si notre guérison est mise en jeu entre différents conflits, j'aime autant partir avec la main gagnante.

- Vous savez quoi ? glissa Ombrecoeur. Je crois que je commence à vous apprécier."

Nymuë exécuta une révérence des plus élégantes, avant de s'avancer vers les deux druides toujours en pleine dispute :

" Je crains que vous ne compromettiez l'harmonie de ce Bosquet en gardant une jeune tieffeline entre vos murs. Mieux vaut la laisser rejoindre les siens, qu'elle soit la preuve de votre clémence lorsque viendra l'heure pour les réfugiés de partir."

Kagha et Rath se tournèrent vers leurs visiteurs, surpris. La première druidesse dévisagea avec attention le groupe d'aventuriers, semblant réfléchir à leurs arguments :

" Et à qui dois-je ces conseils ? demanda-t-elle.

- Aux sauveurs de votre Bosquet, répondit Astarion, rejoignant théâtralement Nymuë. Ceux-là même vous ayant débarrassé à eux-seuls d'une horde de gobelins.

- A côté de telles créatures, une jeune tieffeline ne sera pas une lourde tâche, ajouta Ombrecoeur. Relâchez-la donc. Nous veillerons à ce qu'elle se tienne à carreaux.

- Fort bien, approuva l'elfe des bois. Il en sera comme vous dites. Mais si l'enfant nous contrarie à nouveau, sachez que ses fautes seront également les vôtres. Ssifisv… Tee-la, aux pieds. Hors de ma vue, voleuse."

La vipère se recula lentement, presque déçue, et s'enroula autour des jambes de sa maîtresse. La jeune tieffeline dévisagea un instant ses sauveurs, puis bondit vers la porte des cavernes à toute allure.

" Merci Kagha, soupira Rath, soulagé. C'était la bonne…

- Laisse-nous.", commanda la première druidesse.

Son compagnon s'interrompit, les sourcils froncés. Avec dignité, il adressa un signe de tête aux aventuriers avant de prendre congé.

" Une elfe des profondeurs, reprit Kagha, dans notre Bosquet, en ce jour précis. C'est un signe. Ou mieux encore, une aubaine. Qui mieux qu'une enfant de Lolth peut comprendre qu'une mère aimante protège sa couvée ?

- Evitons les conclusions hâtives, opposa froidement Nymuë. Je crains de n'entretenir aucune relation avec la Reine des Araignées.

- Vraiment ? Je ne l'aurais pas cru. De ce que l'on m'a rapporté de vos exploits à la Grande Porte, vous ne reculez manifestement devant rien pour survivre. Tout comme moi ; maintenant que l'idole de Silvanus a été récupérée auprès de cette sale petite voleuse, le rituel a repris. Je vais couper ce Bosquet du monde extérieur, le mettre à l'abri de tout danger… des intrus.

- Comme c'est charmant, ironisa Ombrecoeur. Est-ce pour ça que vous souhaitiez nous voir ?

- En effet. Vous avez fait vos preuves face aux gobelins : votre groupe démontre les talents de redoutables mercenaires. Je veux que vous proposiez au chef tieffelin, Zevlor il me semble, de les escorter à l'extérieur du Bosquet. Ils sauront sans nul doute se montrer généreux. Qu'ils soient partis avant la dernière prière. Dans le cas contraire… la vipère n'aura d'autre choix que de frapper.

- Je crains que vous ayez mal compris, intervint doucereusement Astarion. Les réfugiés ne sont absolument pas notre problème. Nous souhaitons rencontrer votre guérisseur.

- Alors il semblerait qu'ils connaîtront bientôt la morsure de mon venin. Quant à Nettie, elle est occupée dans les chambres inférieures, son poste de soin est sur la droite. Parce que vous vous êtes montrés utiles aujourd'hui, je vous autorise à la consulter. Sachez toutefois que puisque vous ne m'êtes d'aucune utilité avec les tieffelins, vous êtes invités à partir dès vos affaires terminées. Nous comprenons-nous ?

- Tout à fait, répondit Nymuë, mielleuse. Vous avez entièrement… affirmé votre autorité."

Sur une inclination de tête respectueuse, quoique non dénuée de sarcasme, l'elfe noire mit un terme à la conversation. Elle s'éloigna plus profondément dans les cavernes, ses camarades sur ses talons. Deux chambres leur faisaient face : le coffre de Kagha, aperçut alors qu'elle fouillait ses pensées, se trouvait sur la gauche. Quant à Nettie…

" Laissez-moi deviner, railla Lae'zel, nous allons encore nous diviser ?

- Je pense que c'est une excellente idée, approuva Astarion. Je pars avec notre fantastique leader, sans peur et sans reproche, tandis que vous autres allez nous chercher un remède ?"

Nymuë haussa les sourcils, sceptique : pourquoi diable voulait-il l'accompagner ? Un magistrat - si magistrat il était vraiment - ne lui paraissait pas particulièrement adéquat pour les missions impliquant discrétion et potentiel cambriolage. Toutefois, Ombrecoeur et Lae'zel acquiescèrent, et le groupe se sépara en deux.

Jetant un coup d'œil derrière elle, l'elfe noire nota que personne ne se préoccupait de leurs faits et gestes : la plupart des druides était à l'extérieur pour participer au rituel. Cependant, de nombreux animaux circulaient dans la caverne et nul doute qu'ils fileraient prévenir leur maître s'ils les repéraient. Nymuë s'accroupit et frôla les murs, se déplaçant dans les ombres. Avec surprise, elle se rendit compte qu'elle n'entendait aucunement les traces de pas d'Astarion : l'elfe était beaucoup plus silencieux qu'elle, plaçant ses pieds avec précaution et éteignant les torches devant lesquelles ils passaient. Avec un sourire, il lui désigna des sacs de toiles placés au sommet d'une des étagères. Pour un œil non averti, ce rangement n'avait rien de suspect. Mais pour eux qui cherchaient spécifiquement une cachette, l'interstice dissimulé était relativement évident. Nymuë grimpa sur le meuble et plissa les yeux : le coffre se situait un peu plus profondément, parfaitement accessible.

Et parfaitement verrouillée, si elle se fiait à son imposante serrure.

" Bon sang ! souffla-t-elle.

- Quoi encore, darling ?

- Le coffre. Il est fermé à clé, évidemment ! Casser la serrure va alerter tous les druides à la ronde…

- Si peu de subtilité, vraiment, cela en est consternant… Laissez faire les professionnels, voulez-vous ?

- Vous allez la… crocheter ? Vous ? s'exclama Nymuë.

- Avec plaisir." répondit-il en lui adressant un sourire charmeur.

Ils furent interrompus par un bruit derrière eux ; quelqu'un approchait. Sans hésiter, Nymuë se dirigea vers la source du bruit, se composant une expression la plus innocente possible. L'arrivant était un loup massif, appréciant manifestement très peu les fouineurs. Il aperçut l'elfe noire à l'extérieur de la chambre, alors qu'elle regardait autour d'elle d'un air perdu :

" Hey mon tout beau, tu ne saurais pas où est Nettie par hasard ? On m'a dit que son officine n'était pas loin, mais pour moi toutes les cavernes se ressemblent…"

L'animal lui grogna dessus, presque avec dédain. On aurait pu penser qu'une créature habituée à la présence humaine en deviendrait plus aimable… Alors qu'il tournait les talons, Nymuë sentit une présence dans son dos :

" Votre jeu d'acteur est des plus modestes. Étonnant, j'aurais cru une voleuse plus douée dans cet art…"

La jeune femme se retourna, indignée. Astarion lui souriait avec suffisance, tendant une lettre dans sa direction. La curiosité fut plus forte que son agacement, et elle saisit le papier pour en lire le contenu :

"Kagha,

Olodan m'a informé de votre progression. Je suis ravie que le Rite des Épines ait commencé. Une fois condamné, le Bosquet d'Emeraude sera le domaine des Druides de l'Ombre et vous en serez la première druidesse.

Archidruidesse Aelis."

Nymuë écarquilla les yeux. Oh-oh ! Elle soupçonnait Kagha de tremper dans de sombres affaires, certes, mais ne pensait certainement pas à ça. Les druides des ombres étaient réputés pour leur point de vue… extrême sur la vie et la mort. Là où la plupart des cercles druidiques valorisaient la vie sous toutes ses formes, les adeptes des ombres, quant à eux, établissaient une hiérarchie. Certaines vies mériteraient d'être préservées, au détriment d'autres, nécessitant d'être sacrifiées. Ce que Kagha planifiait dépassait la simple préservation du Bosquet ; ce n'était ni plus ni moins qu'un coup d'État.

L'elfe noire glissa la lettre dans ses affaires, songeuse. Lors de l'attaque des gobelins, les mercenaires avaient mentionné l'ancien chef du Bosquet. Un certain Halsin, elle se rappelait. Si l'archidruide était toujours vivant… et que leur route les forçait à se rendre au camp gobelin… Cela pouvait être une information très intéressante à utiliser. La jeune femme décida donc de conserver le courrier pour le moment, avant de porter à nouveau son attention sur son compagnon. Celui-ci l'étudiait.

" Je ne suis pas une voleuse, déclara-t-elle calmement.

- Non, en effet, concéda-t-il. Une voleuse aurait su comment crocheter un verrou aussi simple. Une espionne, peut-être ? Vous autres artistes, vous êtes admis un peu partout…

- Vous savez ce qui, moi, me surprend ? lui glissa-t-elle. C'est qu'un homme de loi si respectueux soit un expert en cambriolage."

Il la dévisagea, calculant les bénéfices qu'il aurait à lui répondre avec honnêteté :

" Vous êtes une elfe tout comme moi, ma chère. Nous autres avons le temps de nous ennuyer lors de nos longues vies. Il serait dommage de ne pas être… ouverts d'esprit quant aux divers apprentissages possibles. Mais soit, reprit-il après un instant, faisons ainsi. Je prétendrais ne pas avoir remarqué vos prédispositions, et vous faites de même pour moi ? Ainsi, nous évitons les questions indiscrètes."

Nymuë réfléchit un instant. Ses yeux jaugèrent Astarion, son sourire lisse, ses manières mesurées. Pas un magistrat, donc. Un roublard plutôt, un baratineur, prompt à manigancer des combines et autres ruses. Un allié intéressant… tant qu'il ne jouait pas de ses entourloupes contre vous. Quand bien même, c'était un talent dont ils auraient besoin en cours de route. Nymuë n'avait jamais aimé tremper dans des affaires trop sordides, mais le vol était quelque chose qu'elle tolérait. Après tout, c'était ce qu'elle faisait indirectement : elle n'était jamais celle qui détroussait les cibles, mais elle permettait au pillage de se faire dans de bonnes conditions. On ne pouvait donc pas réellement dire qu'elle était en odeur de sainteté pour s'offusquer.

" Soit, trancha-t-elle. Du moment que vous ne nous attirez aucun ennui. Et je demande 50% de vos rapines pour la solde commune du groupe.

- 15, objecta-t-il.

- 40.

- 35, et vous me brisez le cœur au passage, darling."

Nymuë lui tendit la main, qu'il serra avec hésitation. Elle lui offrit son sourire le plus angélique : oh, Astarion était sans doute doué, mais elle le plaignait un peu dans le fond.

Le pauvre bougre n'arrivait clairement pas à la cheville de Revan.


Notes de fin :

Et voici pour ce chapitre ! C'est vraiment à partir de là que j'ai commencé à réellement m'amuser en terme d'écriture.

En ce qui concerne la lettre de Kagha à la fin du chapitre : si vous avez fait cette quête in game, vous vous êtes sûrement aperçu que j'ai procédé à un petit changement. La missive trouvée dans le Bosquet est directement celle qui est cachée initialement dans les marais, afin de faciliter le scénario et la cohérence globale de l'histoire.

Petit rapprochement ici entre Nymuë et Astarion, cela devrait continuer lentement dans les chapitres suivants...

N'hésitez pas à me donner votre avis, cela me fait plaisir de vous lire ! A très bientôt.