Heya ! On est le 15 du mois !
J'ai pas beaucoup de temps devant moi donc je vais juste remercier Andromeda pour son travail de bêta-lectrice !
Grand merci également à araeth pour le follow-fav ! Bienvenue dans la bande !
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
Hermione avait refusé d'adresser la parole à Emerald après ce qui s'était dit au petit déjeuner. La Serpentard savait que la brunette finirait par renoncer. Honnêtement, l'idée de son combat était noble, mais elle préférait se renseigner avant de commencer à crier à l'injustice et au mauvais traitement. De plus, elle avait été témoin du dégoût des sorciers envers les changements brusques, donc elle pensait qu'il valait mieux s'y prendre d'une manière plus subtile, même si ça sigifiait qu'il faudrait laisser traîner cette histoire d'esclavage quelques années de plus.
Ce jour-là, il régnait à Poudlard une agréable atmosphère d'attente. Personne ne prêta grande attention à ce qui se passait pendant les cours : seule l'arrivée, le soir même, des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang occupait les esprits. Même le cours de potions parut plus supportable qu'à l'ordinaire, surtout parce qu'il devait être abrégé d'une demi-heure. Lorsque la cloche sonna, les élèves se précipitèrent dans leur dortoir, déposèrent sacs et livres, jetèrent leurs capes sur leurs épaules et revinrent à toute vitesse dans le hall d'entrée. Comme il faisait frais, Emerald avait pris soin d'enfiler un pull et une paire de mitaines.
Les responsables des différentes maisons firent mettre leurs élèves en rangs. Malheureusement, étant à Serpentard, la demoiselle ne pourrait pas attendre avec ses amis.
Ils descendirent les marches qui menaient au-dehors et s'alignèrent devant le château en rangées successives. La soirée était fraîche et lumineuse. Le jour tombait lentement et une lune si pâle qu'elle en semblait transparente brillait déjà au-dessus de la Forêt interdite.
Tout autour d'elle, les conversations allaient bon train pour savoir quelle heure il était, ou comment arriveraient les délégations étrangères. Ils scrutèrent le parc qui commençait à s'obscurcir, mais rien ne bougeait. Tout était tranquille, silencieux et presque comme d'habitude. Emerald était bien contente d'avoir pris de quoi se couvrir, il faisait effectivement assez froid pour la déranger.
- Ah ! Si je ne m'abuse, la délégation de Beauxbâtons arrive ! lança Dumbledore, qui était au dernier rang avec les autres professeurs.
- Où ? demandèrent avidement plusieurs élèves en regardant dans toutes les directions.
- Là-bas ! s'écria un élève de sixième année en montrant la Forêt interdite.
Quelque chose de très grand, beaucoup plus grand qu'un balai volant — ou même que cent balais volants — approchait du château, dans le ciel d'un bleu sombre. On voyait sa silhouette grandir sans cesse.
- C'est un dragon ! hurla une élève de première année, prise de panique.
- Ne dis pas de bêtises... C'est une maison volante ! répliqua quelqu'un d'autre.
C'était effectivement plus proche de la vérité... La gigantesque forme noire qui avançait au-dessus de la cime des arbres fut peu à peu éclairée par les lumières du château et ils distinguèrent alors un immense carrosse bleu pastel tiré par des chevaux géants. Le carrosse avait la taille d'une grande maison et volait vers eux, tiré dans les airs par une douzaine de chevaux ailés, tous des palominos, chacun de la taille d'un éléphant.
Les élèves des trois premiers rangs reculèrent en voyant le carrosse descendre du ciel à une vitesse terrifiante. Enfin, dans un fracas si impressionnant que Neville fit un bond en arrière et retomba sur les pieds d'un Serpentard de cinquième année, les sabots des chevaux, plus grands que des assiettes, se posèrent sur le sol dans un nuage de poussière.
Un instant plus tard, le carrosse atterrit à son tour, rebondissant sur ses roues démesurées tandis que les chevaux couleur d'or agitaient leurs énormes têtes en roulant des yeux flamboyants.
Emerald regarda les créatures avec intérêt, ne détournant son attention que lorsque la porte du carosse s'ouvrit. Un garçon vêtu d'une robe de sorcier bleu clair sauta à terre, se pencha en avant, tripota maladroitement quelque chose sur le plancher du carrosse puis déplia un marchepied d'or. Il fit respectueusement un pas en arrière et la jeune fille vit briller une chaussure noire à haut talon qui émergea du carrosse — une chaussure qui avait la taille d'une luge d'enfant. La chaussure fut presque immédiatement suivie par la plus immense femme qu'elle n'ait jamais vue. La taille du carrosse et des chevaux s'expliquait mieux, à présent. Quelques élèves étouffèrent une exclamation de surprise.
La seule personne aussi grande que la demoiselle n'ait jamais connue était Hagrid. Ce devait être une géante, elle aussi, ils avaient l'air d'être de la même taille. Pourtant cette femme (qui avait maintenant descendu le marchepied et regardait la foule des élèves aux yeux écarquillés) avait une telle prestance qu'elle lui semblait d'une taille encore plus considérable, encore plus surnaturelle.
Lorsqu'elle pénétra dans la clarté que répandait la lumière du hall d'entrée, tout le monde put voir son beau visage au teint olivâtre, ses grands yeux noirs et humides et son nez en forme de bec d'oiseau. Ses cheveux tirés en arrière étaient noués en un chignon serré qui brillait sur sa nuque. Elle était vêtue de satin noir de la tête aux pieds et de magnifiques opales scintillaient autour de son cou et à ses doigts épais.
Dumbledore se mit à applaudir et les élèves l'imitèrent avec ardeur. Nombre d'entre eux s'étaient dressés sur la pointe des pieds, ce qui était sans nul doute la meilleure façon de regarder cette femme.
Celle-ci eut un sourire gracieux et s'avança vers Dumbledore en tendant une main étincelante de bijoux. Bien qu'il fût lui-même très grand, Dumbledore n'eut presque pas besoin de se pencher pour lui faire un baisemain.
- Ma chère Madame Maxime, dit-il, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard.
- Mon cheur Dambleudore, répondit Madame Maxime d'une voix grave, je suis ravie de constateu que vous aveu l'eur en parfeute santeu.
Emerald grimaça très légèrement. Avec un accent aussi prononcé, elle aurait besoin d'un temps pour s'habituer et comprendre ce qu'elle racontait.
- Ma santé est parfaite, en euffeut... heu... en effet, assura Dumbledore.
- Je vous preusente meus euleuves, dit Madame Maxime en agitant d'un geste désinvolte l'une de ses énormes mains par-dessus son épaule.
Emerald suivit son geste du regard pour voir qu'une douzaine de filles et de garçons — tous âgés de dix-sept ou dix-huit ans à vue de nez— étaient sortis du carrosse et se tenaient à présent derrière leur directrice. Ils frissonnaient, ce qui n'avait rien d'étonnant quand on voyait les robes de soie fine qu'ils portaient sans aucune cape pour les protéger. Quelques-uns d'entre eux s'étaient enveloppé la tête d'écharpes ou de châles et contemplaient le château d'un air anxieux.
- A queul moment Karkaroff doit-il arriveu ? demanda Madame Maxime.
- Il ne devrait pas tardeu... heu... tarder, répondit Dumbledore. Souhaitez-vous l'attendre ici ou préférez-vous entrer à l'intérieur pour vous réchauffer quelque peu ?
- Meu reuchauffeu queulqueu peu, queulle bonne ideu, mon cheur Dambleudore, approuva Madame Maxime. Meus qui va s'occupeu de meus cheveux ?
- Vos cheveux sont coiffés à la perfection, assura galamment Dumbledore.
- Dambleudore, queul pleusantin vous feutes ! s'exclama Madame Maxime en pouffant de rire. Je vouleus parleu deus cheveux de mon carrosse...
- Ah, vos chevaux ! Oui, bien sûr, notre professeur de soins aux créatures magiques sera ravi de veiller à leur bien-être, déclara Dumbledore. Dès qu'il aura réglé les petits problèmes que lui ont posés certains de ses... heu... protégés...
- S'occupeu deus meus eutalons neuceussite, heu... une grande force musculeure..., avertit Madame Maxime qui semblait douter qu'un professeur de soins aux créatures magiques de Poudlard soit à la hauteur de la tâche. Ils ont une vigueur peu ordineure...
- Je puis vous assurer que Hagrid saura s'y prendre, dit Dumbledore en souriant.
- Treus bien, répondit Madame Maxime en s'inclinant légèrement. Vous voudreuz bien preuciseu à ceut Agrid que meus cheveux ne boivent que du whisky pur malt.
- Nous ferons le nécessaire, assura Dumbledore qui s'inclina à son tour.
- Veuneuz, vous autres, dit Madame Maxime à ses élèves d'un ton impérieux et ceux de Poudlard s'écartèrent pour leur permettre de gravir les marches du château.
Ils restèrent là, grelottant dans le froid, et attendirent l'arrivée de la délégation de Durmstrang. La plupart des élèves regardaient le ciel, pleins d'espoir. Pendant quelques instants il régna un grand silence que seuls venaient troubler les bruits de sabots et les hennissements des immenses chevaux de Madame Maxime.
Emerald redressa soudainement la tête. Un bruit étrange, sonore et inquiétant, leur parvenait dans l'obscurité. C'était une sorte de grondement étouffé auquel se mêlait un bruit de succion, comme si on avait passé un gigantesque aspirateur au fond d'une rivière.
- Le lac ! s'écria Lee Jordan en le montrant du doigt. Regardez le lac !
De l'endroit où ils se trouvaient, au sommet de la pelouse en pente douce dominant le parc, ils voyaient nettement la surface lisse et noire de l'eau qui, soudain, ne fut plus lisse du tout. De grosses bulles se formèrent et des vagues vinrent lécher les rives boueuses du lac. Enfin, un tourbillon apparut en son centre, comme si on venait d'ôter une bonde géante, au fond de l'eau…
La forme noire d'un long mât s'éleva lentement au milieu du tourbillon... et on put bientôt distinguer le gréement…
Lentement, majestueusement, un vaisseau émergea alors de l'eau, dans le scintillement argenté du clair de lune. Il avait quelque chose d'étrangement spectral, telle une épave sauvée d'un naufrage, et les faibles lueurs qui brillaient derrière ses hublots, comme enveloppées de brume, ressemblaient à des yeux de fantôme. Enfin, dans un bruit de cascade, le vaisseau apparut entièrement, tanguant sur les eaux tumultueuses du lac, et glissa vers la rive. Quelques instants plus tard, ils entendirent l'ancre tomber dans l'eau et le bruit mat d'une passerelle qu'on abaissait sur le rivage.
Les passagers débarquaient, défilant à la lueur des hublots. Tous semblaient avoir été bâtis sur le modèle de Crabbe et Goyle. Mais lorsqu'ils approchèrent de la lumière qui s'échappait du hall d'entrée, il s'avéra que leurs silhouettes massives étaient dues aux capes de fourrure épaisse et compacte dont ils étaient vêtus. L'homme qui était à leur tête portait une fourrure différente, lisse et argentée, comme ses cheveux.
- Dumbledore ! s'écria-t-il avec chaleur en s'avançant sur la pelouse. Comment allez-vous, mon cher ami, comment allez-vous ?
- Le mieux du monde, merci, professeur Karkaroff, répondit Dumbledore.
Karkaroff avait une voix suave et bien timbrée. Il était grand et mince, comme Dumbledore, mais ses cheveux blancs étaient coupés court et son bouc (qui se terminait par une petite boucle de poils) n'arrivait pas à cacher entièrement un menton plutôt fuyant. Lorsqu'il fut devant Dumbledore, il serra ses deux mains dans les siennes.
- Ce cher vieux Poudlard, dit-il en regardant le château avec un sourire.
Il avait des dents jaunâtres et en dépit de son sourire, ses yeux restaient froids et son regard perçant. Emerald retint une énième grimace.
- Quelle joie d'être ici, quelle joie, vraiment... Viktor, venez donc vous réchauffer... Ça ne vous ennuie pas, Dumbledore ? Viktor est légèrement enrhumé...
Karkaroff fit signe à l'un de ses élèves de le rejoindre. Lorsque le garçon passa devant eux, des murmures se mirent à fuser à travers les rangs. Le nom de "Viktor Krum" était répété en boucle et la Serpentard finit par réaliser que l'élève en question était sans doute une célébrité.
Il était mince, le teint sombre et cireux, avec un grand nez arrondi et d'épais sourcils noirs. On aurait dit un grand oiseau de proie. Il était difficile de croire qu'il avait seulement dix-sept ou dix-huit ans.
- Je n'arrive pas à y croire ! dit Ron, abasourdi, tandis que les élèves de Poudlard remontaient les marches du château derrière la délégation de Durmstrang. Krum, Harry ! C'est Viktor Krum !
- Pour l'amour du ciel, Ron, c'est un simple joueur de Quidditch, répliqua Hermione.
- Un simple joueur de Quidditch ? s'exclama Ron en la regardant comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Hermione, c'est l'un des meilleurs attrapeurs du monde ! Je ne me serais jamais douté qu'il faisait encore ses études !
- Et ai-je besoin de préciser, Hermione, que vous étiez dingue de Lockhart au point de nier la réalité de son incompétence, fit Emerald en les rejoignant.
Alors qu'ils traversaient le hall en direction de la Grande Salle, ils virent Lee Jordan sauter sur place pour essayer de mieux voir la tête de Krum qui lui tournait le dos. Plusieurs filles de sixième année fouillaient frénétiquement dans leurs poches.
- Oh, non, ce n'est pas vrai ! Je n'ai pas la moindre plume sur moi !
- Tu crois qu'il accepterait de signer mon chapeau avec mon rouge à lèvres ?
- Non, mais vraiment... dit Hermione d'un air hautain en passant devant les deux filles qui se disputaient à présent le tube de rouge à lèvres.
- Moi, je tiens à avoir son autographe, si je peux, dit Ron. Tu n'aurais pas une plume, Harry ?
- Non, elles sont toutes là-haut, dans mon sac, répondit Harry.
Comme la soirée était exceptionnelle, au même titre que les festins de début ou fin d'année, Emerald partit s'asseoir à la table de sa maison pour éviter de subir le regard noir des professeurs. Krum et ses condisciples de Durmstrang étaient toujours regroupés à côté de la porte, ne sachant pas très bien où s'asseoir. Les élèves de Beauxbâtons s'étaient installés à la table des Serdaigle et regardaient la Grande Salle d'un air maussade. Trois filles avaient gardé sur la tête des écharpes et des châles.
Emerald haussa un sourcil. Elle-même était extrêmement frileuse, mais l'intérieur du château restait supportable. Elle ignora les regards habituels de ses camarades de maison, mais ne put s'empêcher d'être curieuse lorsque les élèves de la délégation de Durmstrang vinrent s'installer non loin. Viktor Krum s'assit dans l'espace vide qu'elle avait laissé entre elle et Malefoy, lequel se pencha immédiatement vers la star pour entamer la discussion. Le pauvre Krum semblait fatigué, la jeune fille ne put s'empêcher de le plaindre un peu.
Lorsque tous les élèves se furent assis à leurs tables respectives, les professeurs firent leur entrée et allèrent s'installer autour de la grande table. Le professeur Dumbledore, le professeur Karkaroff et Madame Maxime fermaient la marche. Lorsque leur directrice apparut, les élèves de Beauxbâtons se levèrent d'un bond, déclenchant quelques éclats de rire dans les rangs de Poudlard. Ils n'en ressentirent apparemment aucune gêne et ne se rassirent que lorsque Madame Maxime eut pris place à la gauche de Dumbledore. Celui-ci resta debout, et le silence se fit dans la Grande Salle.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers fantômes et, surtout, chers invités, bonsoir, dit Dumbledore en adressant aux élèves étrangers un sourire rayonnant. J'ai le très grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à Poudlard. J'espère et je suis même certain que votre séjour ici sera à la fois confortable et agréable.
L'une des filles de Beauxbâtons, qui avait toujours un cache-nez enroulé autour de la tête, éclata d'un rire ouvertement moqueur. Emerald haussa un sourcil de nouveau. Poudlard acceptait de les accueillir, le moins que cette fille puisse faire serait de manifester un minimum de respect.
- Le tournoi sera officiellement ouvert à la fin de ce banquet, annonça Dumbledore. Mais pour l'instant, je vous invite à manger, à boire et à considérer cette maison comme la vôtre !
Comme d'habitude, les plats disposés devant eux se remplirent de mets divers. Les elfes qui devaient s'occuper de la cuisine s'étaient surpassés. La Serpentard n'avait jamais vu une telle variété de plats, dont certains appartenaient de toute évidence à des cuisines d'autres pays.
Il semblait y avoir beaucoup plus de monde que d'habitude dans la Grande Salle, même si l'on ne comptait guère qu'une vingtaine d'élèves en plus. Peut-être était-ce en raison de leurs uniformes colorés qui se remarquaient davantage à côté des robes noires de Poudlard. Sous les fourrures qu'ils avaient ôtées, les élèves de Durmstrang portaient des robes d'une intense couleur rouge sang.
Voulant se servir, Emerald se mit à regarder les plats qui l'entourait, mais il n'y avait que de la viande ou du poisson. N'étant toujours pas prête à y replanter ses dents, elle regarda un peu plus loin et repéra un plat de pommes duchesse et du brocoli. Trop loin pour elle cependant. La demoiselle poussa un soupir et tapota l'épaule de Viktor Krum au beau milieu de sa conversation avec Malefoy.
- Désolée de vous déranger, mais est-ce que je peux vous demander de me passer ces plats ? demanda-t-elle poliment.
- Bien sûrrr, accepta gentiment la star.
Ayant enfin un peu de nourriture dans son assiette, la demoiselle remercia le joueur de Quidditch et commença à manger.
- Tu ne manges pas de viande ? demanda soudain Krum.
Emerald mit une seconde à réaliser que c'était à elle qu'il parlait.
- Pas en ce moment, finit-elle par répondre. Mais j'ai cru comprendre que vous étiez joueur de Quidditch professionnel, alors j'imagine qu'un sportif comme vous doit consommer beaucoup de protéines.
- En effet.
Il se passa quelques secondes sans qu'ils ne continuent à échanger, puis il parla à nouveau.
- Tu as une cicatrrrice intérrressante.
La Serpentard manqua de s'étouffer avec sa bouchée, prise par surprise.
- Hum, merci… finit-elle par balbutier.
- Comment tu t'appelles ?
- Emerald. Emerald Coldstone.
- Emerrraud… répéta le jeune homme. Je suis Viktor Krum.
La demoiselle afficha un léger sourire, amusée par la situation, et peut-être aussi à cause de l'expression choquée et déconfite de Malefoy qui la fixait depuis l'autre côté de Krum.
- Enchantée, Mr Krum.
- Enchanté Emerrraud.
Et tous deux reprirent tranquillement leur dîner, Viktor retournant à sa conversation avec les autres élèves de Serpentard et de Durmstrang.
Le banquet avait commencé depuis une vingtaine de minutes lorsque Hagrid se faufila à l'intérieur de la salle en passant par une porte située derrière la table des professeurs. Il se glissa à sa place et salua Harry, Ron et Hermione à la table des Gryffondor, agitant une main entourée de bandages.
Lorsque les desserts furent servis, Emerald vit divers gâteaux qu'elle ne connaissaient pas. Krum se permit de lui conseiller un dessert de son pays, et elle se laissa tenter, finissant par apprécier ce qui s'avérait être un Banitsa, un gâteau bulgare à la vanille et aux amandes.
Dès que les assiettes d'or eurent été vidées et nettoyées, Dumbledore se leva à nouveau. Il régnait à présent dans la Grande Salle une atmosphère d'attente.
- Le moment est venu, dit Dumbledore en souriant largement à tous les visages tournés vers lui. Le Tournoi des Trois Sorciers va commencer. Mais je voudrais donner quelques explications avant qu'on apporte le reliquaire, afin de clarifier la procédure que nous suivrons cette année. Pour commencer, permettez-moi de présenter à ceux qui ne les connaissent pas encore Mr Bartemius Croupton, directeur du Département de la coopération magique internationale — il y eut quelques applaudissements polis — et Ludo Verpey, directeur du Département des jeux et sports magiques.
Cette fois, les applaudissements furent beaucoup plus nourris, sans doute parce qu'il paraissait beaucoup plus sympathique. Il répondit avec un geste chaleureux de la main alors que Bartemius Croupton n'avait ni souri ni adressé le moindre signe au public à l'annonce de son nom. Sa moustache en brosse à dents et sa raie bien nette paraissaient très étranges à côté de la barbe et des longs cheveux blancs de Dumbledore.
- Mr Verpey et Mr Croupton ont travaillé sans relâche au cours de ces derniers mois pour préparer le Tournoi des Trois Sorciers, poursuivit Dumbledore, et ils feront partie avec Madame Maxime, le professeur Karkaroff et moi-même du jury chargé d'apprécier les efforts des champions.
Dès que le mot « champions » fut prononcé, l'attention des élèves sembla s'intensifier.
Il avait dû remarquer leur soudaine immobilité car il eut un sourire lorsqu'il demanda :
- Le reliquaire, s'il vous plaît, Mr Rusard.
Argus Rusard, qui s'était tenu à l'écart dans un coin de la salle, s'avança vers Dumbledore en portant un grand coffre de bois incrusté de pierres précieuses. Le coffre paraissait très ancien et son apparition déclencha un murmure enthousiaste parmi les élèves.
- Les instructions concernant les tâches que les champions devront accomplir cette année ont été soigneusement établies par Mr Croupton et Mr Verpey, reprit Dumbledore pendant que Rusard déposait délicatement le coffre sur la table, juste devant lui. Et ils ont pris toutes les dispositions nécessaires au bon déroulement de cette compétition. Trois tâches auront donc lieu à divers moments de l'année et mettront à l'épreuve les qualités des champions... Leurs capacités magiques — leur audace — leur pouvoir de déduction — et, bien sûr, leur aptitude à réagir face au danger.
Ces derniers mots provoquèrent un silence absolu, comme si plus personne n'osait même respirer.
- Comme vous le savez, trois champions s'affronteront au cours de ce tournoi, poursuivit Dumbledore d'un ton très calme, un pour chacune des écoles participantes. Ils seront notés en fonction de leurs performances dans l'accomplissement de chacune des tâches et le champion qui aura obtenu le plus grand nombre de points sera déclaré vainqueur. Les trois champions seront choisis par un juge impartial... La Coupe de Feu.
Dumbledore prit sa baguette magique et en tapota le coffre à trois reprises. Dans un grincement, le couvercle s'ouvrit avec lenteur et Dumbledore sortit du reliquaire une grande coupe de bois grossièrement taillée. La coupe en elle-même n'aurait rien eu de remarquable s'il n'en avait jailli une gerbe de flammes bleues qui dansaient comme dans l'âtre d'une cheminée. Emerald trouvait cela magnifique.
Dumbledore referma le reliquaire et, avec des gestes précautionneux, posa la Coupe dessus pour que chacun puisse la contempler tout à loisir.
- Quiconque voudra soumettre sa candidature pour être choisi comme champion devra écrire lisiblement son nom et celui de son école sur un morceau de parchemin et le laisser tomber dans cette Coupe de Feu, expliqua Dumbledore. Les aspirants champions disposent de vingt-quatre heures pour le faire. Demain soir, jour de Halloween, la Coupe donnera les noms des trois personnes qu'elle aura jugées les plus dignes de représenter leur école. Dès ce soir, la Coupe sera placée dans le hall d'entrée et sera libre d'accès à celles et ceux qui souhaiteront se présenter. Pour garantir qu'aucun élève qui n'aurait pas atteint l'âge requis succombe à la tentation, poursuivit Dumbledore, je me chargerai moi-même de tracer une Limite d'Âge autour de la Coupe de Feu lorsqu'elle aura été placée dans le hall d'entrée. Il sera impossible à toute personne d'un âge inférieur à dix-sept ans de franchir cette limite. Enfin, pour terminer, je voudrais avertir les candidats qu'on ne saurait participer à ce tournoi à la légère. Une fois qu'un champion a été sélectionné par la Coupe, il — ou elle — a l'obligation de se soumettre aux épreuves du tournoi jusqu'à son terme. Déposer votre nom dans la Coupe constitue un engagement, une sorte de contrat magique. Une fois que quelqu'un a été nommé champion, il n'est plus question de changer d'avis. En conséquence, réfléchissez bien avant de proposer votre nom, il faut que vous ayez de tout votre cœur le désir de participer. Voilà. À présent, je crois que le moment est venu d'aller dormir. Bonne nuit à tous.
Emerald se leva donc en saluant Viktor, et rejoignit le trio de Gryffondor à l'entrée de la Grande Salle.
- Une Limite d'Âge ! dit Fred, les yeux étincelants, tandis que la foule des élèves se dirigeait vers le hall d'entrée. Il devrait suffire d'une potion de Vieillissement pour arriver à la franchir, non ? Et une fois que ton nom est dans la Coupe, comment savoir si tu as dix-sept ans ou pas ?
- Je ne crois pas que quelqu'un qui a moins de dix-sept ans puisse avoir la moindre chance de gagner, dit Hermione. Nous n'en savons pas assez, tout simplement...
- Parle pour toi ! répliqua sèchement George. Harry, tu vas essayer, non ?
Harry croisa le regard d'Emerald et afficha une grimace peu convaincue.
- Nan, je vais passer mon tour, répondit-il.
- Où est-il ? demanda Ron, qui n'écoutait pas un mot de la conversation, trop occupé à scruter la foule pour essayer de voir où se trouvait Krum. Dumbledore ne nous a pas dit où dormaient les élèves de Durmstrang. Vous avez une idée, vous ?
Il eut presque aussitôt la réponse à sa question. Au moment où ils passaient devant la table des Serpentard, Karkaroff se précipita vers ses élèves.
- On remonte tout de suite à bord du vaisseau, dit-il. Viktor, comment vous sentez-vous ? Vous avez assez mangé ? Vous voulez que je demande à la cuisine de vous préparer du vin chaud ?
Emerald vit Krum nier d'un mouvement de la tête en remettant sa fourrure.
- Prrrofesseurrr, moi, je voudrrrais bien du vin chaud, dit d'un ton plein d'espoir l'un des autres élèves de Durmstrang.
- Ce n'est pas à vous que je l'ai proposé, Poliakoff, répondit sèchement Karkaroff, en perdant le ton chaleureux et paternel sur lequel il avait parlé à Krum. En plus, vous avez mangé si salement que votre robe est toute tachée. Vous êtes dégoûtant, mon garçon...
Karkaroff emmena ses élèves vers la sortie et atteignit les portes de la Grande Salle en même temps que le quatuor. Harry s'arrêta pour le laisser passer.
- Merci, dit Karkaroff d'un ton distrait en lui jetant un coup d'œil.
Soudain, il se figea sur place, tourna à nouveau la tête vers Harry et le regarda fixement comme s'il n'arrivait pas à en croire ses yeux. Derrière leur directeur, ses élèves s'immobilisèrent à leur tour. Les yeux de Karkaroff remontèrent lentement et s'arrêtèrent sur la cicatrice de Harry. Les élèves de Durmstrang, eux aussi, l'observaient avec curiosité. Du coin de l'œil, Emerald vit que certains d'entre eux avaient déjà compris qui il était. Le garçon à la robe tachée de sauce donna un coup de coude à la fille qui se trouvait à côté de lui et montra ouvertement du doigt le front du Survivant.
- Ouais, c'est Harry Potter, grogna une voix derrière eux.
Le professeur Karkaroff fit volte-face. Maugrey Fol OEil se tenait devant lui, appuyé de tout son poids sur son bâton, son œil magique fixant sans ciller le directeur de Durmstrang. Derrière l'ex-auror, Lise Mina attendait avec une tranquillité apparente, mais la Serpentard n'avait aucun problème à croire qu'en réalité, elle était prête à lancer un sort si nécessaire.
Karkaroff pâlit à vue d'œil. Une terrible expression de fureur mêlée de crainte apparut sur son visage.
- Vous ! dit-il en regardant Maugrey comme s'il n'était pas certain que ce soit vraiment lui.
- Moi, répondit Maugrey d'un air sinistre. Et à moins que vous ayez quelque chose de précis à dire à Potter, Karkaroff, il vaudrait mieux dégager le passage. Vous bloquez la sortie.
C'était vrai. La moitié des élèves restés dans la Grande Salle attendaient derrière eux, se dressant sur la pointe des pieds pour essayer de voir ce qui les empêchait de passer. Sans ajouter un mot, le professeur Karkaroff fit alors signe à ses élèves de le suivre. Maugrey le regarda s'éloigner, fixant son dos de son œil magique, avec une expression d'intense antipathie sur son visage mutilé.
Merci aux mécènes qui me soutiennent : Andromeda, Clixia, Linewhirosa, Mariam Pizette et portgas yuwine !
