Bonjour à tout mon lectorat ! Eh non cette page n'a pas été piratée, c'est bien moi Mireba-chan qui vous parle depuis l'au-delà ! :')

Je ne sais pas quoi vous dire concernant ma très longue absence si ce n'est que je suis navrée de vous avoir fait patienter si longtemps et que je vous remercie, encore une fois, mille fois d'avoir peut-être continué à aller de temps en temps sur le site pour voir si j'étais encore active.

Il est vrai que nous avons vécu des années de covid très étranges... Pour ma part j'ai connu de nombreux bas entre 2021 et jusqu'à cette année, mais il y a aussi eu des hauts qui m'ont permis d'aller mieux et d'avancer sur la direction que je voulais prendre dans ma vie, c'est à dire de rester fidèle à celle que je suis peu importe les épreuves et de relever la tête en toutes circonstances :)

Du coup, j'ai eu la "malchance" de me retrouver sans emploi cet été et je me suis donné un petit coup de pied au derrière pour MERDE ne pas vous laisser sans suite quoi ! Surtout que j'aime bien cette fanfic après tout, le Japon féodal est si intéressant à exploiter. D'ailleurs si vous ne connaissez pas Les Chroniques de l'Erable et du Cerisier de Camille Monceaux, je vous les recommande ;) l'autrice en plus est super abordable et j'aime beaucoup la suite sur Instagram ! (d'ailleurs si vous voulez me suivre, no problemo :) ça peut être sympa pour se partager des lectures par exemple vu que je suis devenue une liseuse compulsive xD)

J'ai donc tenté de continuer à écrire dans la même démarche et volonté que mon précédent chapitre, avec en prime un peu plus de SasuSaku pour vous remercier d'être présentes depuis de si nombreuses années. Et comme je lis énormément depuis une année, je me suis dit qu'il fallait quand même que je m'y réessaie voyons ;)

Je réponds à la review anonyme que j'avais reçue :

Aliserre : salut à toi Aliserre ! Bon 4 ans après évidemment c'est abusé de répondre mais bon, qui sait, si jamais tu passes par le site un de ces quatre, tu verras ma réponse et mon GRAND merci d'avoir continué à me lire et à m'attendre :)

SUR CE, bonne lecture à vous ! :D


Les poissons aux robes multicolores se faufilaient allégrement entre mes doigts ondulant sous la surface de l'eau, laissant comme des légers chatouillis sur ma peau. Le pépiement des oiseaux, l'odeur subtile de la rosée sur l'herbe, le bruissement des lianes argentées… toutes ces sensations apaisaient mes pensées encore confuses des évènements survenus dans la nuit. Agenouillée au pied du bassin où nageaient paisiblement les carpes koïs repues, je laissais ma main libre glisser sur mon ventre et crispais légèrement le coton du kimono. Ma chair se remémorait le tranchant de la lame et l'impression d'être déchirée de l'intérieur, le goût métallique du sang envahissant ma bouche. Si ma peau n'en conservait aucun souvenir physique, le plus profond de mon être, lui, n'oublierait jamais ce sentiment de terreur d'avoir frôlé la mort. Comme une trace indélébile qui ne s'effacerait jamais.

Le regard pénétrant d'Uchiwa-san, lui aussi, demeurait ancré dans ma mémoire. Sa stupeur avait été réelle à cet instant précis, quelle qu'en soit la raison véritable, une forme de respect dans ses obsidiennes profondément rivées dans mon propre regard inerte. Avais-je réussi à lui prouver un semblant de valeur en me défendant face à mon assaillant? Impossible de le savoir. Notre échange silencieux avait rapidement été brisé par les sanglots étouffés d'Hinata, se jetant dans mes bras en pleurant tout son soûl de me voir vivante, son cousin et le commandant Hatake lui-même accourant à leur tour. Mon cœur battait encore à tout rompre en regagnant la machiya, les doigts serrés convulsivement autour du tantō, certaine de ne percevoir qu'un seul et même regard inquisiteur dans mon dos.

J'avais eu toutes les peines du monde à les rassurer sur mon état de santé pour qu'ils ne fassent pas appel à un médecin, leur intimant faiblement que je n'en avais pas besoin. Un coup d'œil sous-entendu entre le capitaine et son commandant avait suffi pour faire comprendre que la situation serait traitée ultérieurement. Les interrogations viendraient en temps voulu et les réponses aussi. Plus tard, il m'avait fallu un long moment pour apaiser les pleurs de mon amie qui demeurait bouleversée d'avoir vu mon corps inanimé gisant au sol. Elle ne m'avait pas questionnée davantage en constatant par elle-même que ma blessure n'était plus, peut-être trop secouée pour chercher à comprendre comment, la serrant à mon tour dans mes bras pour tenter de calmer les propres spasmes qui secouaient mes membres encore paralysés de peur. Le kimono souillé avait été jeté au feu. Puis la fatigue m'avait assaillie de plein fouet, m'emportant dans le monde des cauchemars.

Les bras enserrant mes genoux, je laissais ma tête reposer en fermant mes paupières dans un soupir silencieux. Combien de fois m'étais-je réveillée au beau milieu de la nuit, une douleur invisible transperçant la chair encore meurtrie ? Rien n'y faisait et j'avais finalement décidé de me lever aux aurores pour contempler le lever du soleil sur le toit des écuries, un hanten sur mes épaules et des larmes brûlantes sur mes joues. J'étais en vie, certes, mais à quel prix ? Celle de Tsunade était en jeu, aux dires de cet homme que je ne me souvenais jamais avoir croisé de toute mon existence. La mienne, elle, ne lui était pas inconnue. La raison de son attaque surprise était évidente: il avait cherché à tester mes capacités de guérison, à vérifier jusqu'à quel point je savais me servir de ce pouvoir. Mais la question demeurait la même sur mes lèvres: comment ? Pourquoi? Un goût de bile, plus amer encore, que je n'arrivais pas à réfréner non plus. Il sera pleinement satisfait de celle que tu es devenue.Mes mains se crispèrent davantage. Il… mais qui ?

Des bruits de pas dans mon dos me ramenèrent à la réalité et je me relevai vivement en apercevant le commandant Hatake s'approcher à son tour du bassin, vêtu de nuances de gris comme à son habitude, le regard amusé.

« Je vois que tu prises également ce lieu pour venir t'isoler et mettre de l'ordre dans tes pensées, murmura-t-il en m'adressant un sourire amusé auquel je répondis par un faible hochement de tête, penaude, incertaine de l'issue qui m'attendait face à notre entrevue.

— Votre jardin est entretenu avec goût. J'aime beaucoup cet endroit.

— Moi aussi, j'aime à m'y recueillir lorsque j'en ressens le besoin. C'est une place de choix, ajouta-t-il en souriant davantage sous son masque, ses yeux vairons tournés vers les nénuphars au centre de la mare. »

Mon regard suivit le sien pour se perdre à son tour dans la contemplation de la flore printanière environnante, une boule d'anxiété naissant dans le creux de mon ventre. Je m'étais répété cent fois cette scène dans ma tête, je savais ce qu'il voudrait savoir, par quoi il fallait que je commence. J'avais moi-même demandé à Hinata de prévenir Hatake-san de venir me rejoindre dans la matinée pour nous ayons cette inévitable discussion. Patient, les bras croisés, il attendait certainement que ce soit moi qui entame les hostilités. Les bras tendus le long de mon corps, épaules affaissées, je baissai la tête.

« Je crois que je vous dois des excuses, commençai-je en tâchant de parler sans trembler.

— Des excuses? Plutôt des explications, non ?

— Je ne vous ai pas dit toute la vérité me concernant lorsque vous m'avez convoquée dans vos appartements.

— Et à quel sujet ?

— La vérité sur mes… aptitudes, dirons-nous. »

Ma langue était sèche, mes poings toujours plus serrés. J'avais l'impression de trahir un serment vieux de mille ans, mais qu'importe. Uchiwa-san avait vu l'hématome sur ma joue disparaître. Le secret n'avait plus lieu d'être.

« Ma tante est connue dans la région de Tanzaku pour ses remèdes médicinaux. C'est un savoir qu'elle m'a transmis, certes, mais pas uniquement. Elle… Elle m'a appris la maîtrise du chakra pour m'en servir également à des fins médicales. Pour guérir les autres… ou moi-même.

— C'est pour cela que tu n'as pas souhaité que nous dépêchions un médecin cette nuit je présume ?

— En effet. Je… n'en avais pas l'utilité, rajoutai-je en effleurant une nouvelle fois l'endroit où j'avais été transpercée, réprimant une grimace de dégoût. »

Peut-être me sentais-je plus confiante à dévoiler ce secret maintenant que nombre de personnes m'avait vue à l'œuvre. Ce don n'avait rien de néfaste, il était même plutôt miraculeux, alors pourquoi avoir peur de le divulguer après tout ? Tu sais pourquoi, intima une voix silencieuse dans mon esprit que je refoulais aussitôt. Je repris contenance pour ne rien laisser paraître, mais le commandant me précéda.

« Je me doute de ce que tu allais ajouter, et je comprends parfaitement les raisons qui t'ont poussée à le cacher. Tu as bien agi en se faisant.

— V-Vraiment? Vous ne m'en tenez pas rigueur ?

— Dévoiler une capacité pareille aurait pu te porter préjudice, si tu étais tombée entre de mauvaises mains. Fort heureusement, les Dieux t'ont placée sur notre route alors tu n'as aucune crainte à avoir. Aucun des membres de cette organisation ne trahira ton secret. »

Mon soulagement était réel, ma gratitude infinie. Mais je savais également que derrière cette confiance de façade se cachait ses véritables intentions. La pupille rouge me fixait avec la même intensité que lors de notre dernier entretien en tête-à-tête. Il cherchait à savoir quelle autre vérité je dissimulais au fond de mon cœur. Cela ne saurait être su. Il n'appartenait qu'à moi-même de me trahir. Un nouveau sourire fendit les traits de son visage et ses yeux redevinrent malicieux.

« Tu as ma parole Sakura, alors détends-toi et relâche moi ces épaules tendues veux-tu, lâcha Hatake-san en m'apostrophant une petite tape sur la tête dans un geste presque paternel. »

Mes yeux s'embuèrent instantanément et je me mordis la lèvre pour réfréner l'angoisse qui ne m'avait pas quittée de la nuit. La plupart d'entre eux m'avait accueillie au sein du Koueichiimura sans défiance, malgré mes tromperies et mes mensonges. Arriverais-je un jour à m'acquitter de cette dette ? Sa main réconfortante caressa mes cheveux un moment, puis je perçus de nouveau un changement sur son visage, redevenu sérieux.

« Nous devons reparler de ce qu'il s'est passé hier soir. »

Mon regard cilla, je déglutis avec peine.

« Je vous dirais tout ce que vous souhaitez savoir. Même si je me doute qu'Uchiwa-san a dû déjà tout vous raconter.

— Uniquement ce dont il a été témoin.

— Je… Je ne sais pas à quoi il a assisté exactement, soufflai-je en décalant légèrement mon regard sur le côté, soucieuse.

— Si nous demandions son avis à l'intéressé ? Qu'en penses-tu, Sasuke ? »

Mon estomac se recroquevilla aussitôt qu'il eut prononcé cette dernière phrase. Un soupir ennuyé s'éleva dans les airs. L'instant d'après, un mouvement dans le bruissement des branches-lianes du saule pleureur attira mon attention, et je me figeai de plus belle lorsque le profil familier atterrit au pied du tronc de l'arbre et se retrouva dans mon champ de vision. Avec effroi, je ravalais ma salive de travers et gémis intérieurement. Se pouvait-il qu'il soit présent depuis le début ? M'avait-il suivie jusqu'ici à mon insu ? Je sentis mes joues pâlir à toute vitesse, mordant l'intérieur de ma bouche. Le capitaine du Koueichiimura nous balaya de ses obsidiennes avec nonchalance, comme si cette intrusion était normale et sans importance. Le bout de mes sandales me parut soudain plus attrayant.

« Mes informateurs n'ont pas retrouvé la trace de l'individu. Il s'est volatilisé.

— S'il a été blessé au cours de votre échange, peut-être se rendra-t-il d'abord auprès d'un guérisseur de la ville. Tu m'as bien dit lui avoir porté un coup ?

— A l'épaule. Et elle l'a marqué à la joue. Ça nous laisse au moins une piste à exploiter pour le retrouver.

— S'il n'a pas déjà quitté la ville… »

Faisaient-ils comme si je n'existais pas ? Ou bien m'écartaient-ils délibérément de leur conversation pour que je ne puisse en apprendre davantage ? Elle. Je n'étais pas certaine qu'il m'ait désignée de la tête en ajoutant cela. Toutefois, le sujet de cette entrevue n'était autre que moi, aussi me forçai-je à relever la tête pour leur témoigner ma bonne volonté de coopérer.

« Commandant Hatake, je vous assure que je ne connaissais pas l'homme qui nous a attaquées, Hinata et moi. J'ignore tout de son identité et de ses objectifs. Je vous le jure. »

Ma main droite reposait sur mon cœur, le menton haut. Mais ce n'était pas lui que je regardais en cet instant. Mes émeraudes étaient rivées dans les prunelles sombres de l'Uchiwa, impénétrables, me confrontant à son jugement avec toute la bravoure dont je disposais. Comme si celui que je devais convaincre le plus n'était autre que lui. Lui, dont je cherchais la reconnaissance depuis le début. Avais-je le regard légèrement larmoyant pour l'agacer un tant soit peu ? Je ne saurais le dire. Il soupira d'un air contrit et mit fin à notre échange visuel en acquiesçant la tête vers le commandant aux cheveux gris.

«Je crois qu'elle dit la vérité.

— Je n'en doutais pas une seconde. »

Le souffle court, je sentis le poids dans mon ventre s'alléger. Il me croyait. Etrangement, cela me suffisait. Je fermai tout de même les yeux et les baissai de nouveau sur mes sandales.

« Quand bien même c'est moi qui étais visée, je ne me pardonnerai jamais d'avoir pu mettre Hinata ainsi en danger. Et si… si vous estimez que je dois quitter l'organisation pour la sécurité de tous, je le ferai.

— Voyons, tu vas vite en besogne ! Je n'ai jamais envisagé un seul instant cette hypothèse !

— Certes, mais je comprendrais que…

— Inutile de t'inquiéter Sakura, ce qu'il s'est passé ne change rien à ta situation, bien au contraire même, renchérit-il en hochant la tête dans ma direction. Ce qui me contrarie en revanche, c'est de savoir que tu as pu être suivie jusqu'à la résidence. On peut supposer qu'il suit ta trace depuis un bout de temps, s'il est au courant de l'identité de ta tante et de vos dons si particuliers. Peut-être même depuis que tu as quitté la région de Tanzaku, ajouta Hatake-san en faisant mine de réfléchir, ce qui me fit tiquer.

— V-Vous pensez que c'est possible ?

— Probablement. Je présume que nous le découvrirons bien assez tôt, s'il refait surface d'ici là. »

Tu le découvriras bien assez tôt. Le souvenir de cette phrase restée en suspens ressurgit brusquement dans mon esprit et je croisai les bras, un frisson parcourant mon échine. Je ne désirais nullement refaire l'objet d'une tentative d'assassinat, ni ressentir le froid mordant du métal s'enfoncer lentement au plus profond de moi. Plus forte, je devais devenir plus forte. Je me savais capable de me défendre, mais j'avais encore des lacunes à combler. Comme pour faire écho à mes pensées, le commandant exprima tout haut ce que je formulais silencieusement.

« C'est pourquoi nous allons passer à la vitesse supérieure en ce qui concerne ton entraînement, enchaîna le chef des samouraïs en se tournant tantôt vers Uchiwa-san, tantôt vers moi. Qui sait quand cet homme pourrait de nouveau apparaître. Si jamais tu te retrouvais seule, il faut que tu possèdes les armes nécessaires pour faire face à ton adversaire. Les leçons d'esquive vont passer au second plan pour que tu apprennes progressivement la maîtrise du kenjutsu*. »

Mes yeux s'écarquillèrent de surprise, retenant ma respiration. L'initiation à la voie du sabre. Le plus grand des honneurs qui soit. J'en frémis presque d'excitation. Toutefois, une question demeurait. Uchiwa-san acceptait-il réellement de m'enseigner? Mon regard coula légèrement en direction du capitaine de l'organisation. Lui-même fixait un point dans le vide, blasé, comme si Hatake-san ne s'exprimait qu'à demi-mot. Je doutais qu'il puisse approuver cette décision, mais en tant que capitaine, ses obligations lui imposaient de se conformer aux ordres. Il n'avait pas commencé à m'entraîner de gaieté de cœur, cela ne commencerait pas aujourd'hui. Mes yeux se posèrent furtivement sur sa main bandée que je devinai gonflée sous le tissu, et mes joues s'empourprèrent aussitôt. J'avais omis ce léger détail. Vraiment, que la corde tressée de mes getas semblait intéressante!

« Soit ! Je vous laisse gérer cela entre vous, murmura la voix du commandant, moins à mon attention qu'à celle de son second. J'ai été convoqué au château pour m'entretenir avec les conseillers de notre cher seigneur Sarutobi. Ils veulent mon avis sur la baisse du budget militaire du pays, même s'ils le connaissent déjà.

— Tu salueras Asuma.

— Je n'y manquerai pas. »

Puis Hatake-san s'approcha de moi pour presser fermement mon épaule, probablement tendue, pour me glisser un sourire sous-entendu derrière son masque. Tout ira bien. J'espérais pouvoir le croire. Mon dos s'inclina avec respect pour le remercier en silence de m'avoir accordé du temps et surtout, de croire en moi, en ma personne, en mes capacités. Un silence de plomb s'installa une fois qu'il fut parti. Nous n'entendions que le bruit des sabots au dehors, les sifflements des oiseaux et le bruissement des feuilles dans les arbres. Nerveuse, je forçai mon corps à se mouvoir pour lui faire face avec effort. Ces remerciements que je n'avais pas réussi à lui formuler hier, je les lui devais. Je les lui devais tellement.

« Je… Merci par avance pour tout ce que vous m'enseignerez! m'écriai-je d'une voix tremblante et légèrement plus aigüe que je ne l'aurais voulue, courbant le dos une nouvelle fois.

— Ne te méprends pas. Je ne fais qu'obéir aux directives de Kakashi. »

Sa voix sombre semblait profondément ennuyée. Je n'avais même pas l'impression qu'il regardait dans ma direction. Je le sentais, d'ordinaire, comme des imperceptibles aiguilles sur ma peau. Mais je ne me découragerais pas.

« J-J'en suis consciente, repris-je de plus belle en serrant mes poings avec conviction. Mais acceptez quand même mes remerciements, je vous en prie. Je ne vous décevrai pas ! »

Un « pfff » sarcastique résonna et je relevai légèrement la tête, perplexe. Cette fois-ci, il me regardait bien dans les yeux.

« Franchement, t'es vraiment lourde comme fille, dit-il en soupirant de nouveau, les iris moqueuses, un mince rictus au coin des lèvres. »

Surprise, décontenancée, ou juste confuse… Je ne sus ce qui aurait qualifié davantage mon état d'esprit à cet instant. Ses paroles ne me blessaient pas, j'en comprenais à peine le sens d'ailleurs. Le souvenir de la rage qui avait pris possession de son corps lors de ses retrouvailles avec son frère n'avait jamais vraiment quitté mes pensées. Ce ressentiment, il me l'avait clairement fait ressentir la veille lors de notre entraînement. Qu'il puisse arborer une expression narquoise aujourd'hui me laissait pantoise. Ses bras étaient croisés et je déglutis à la vue du bandage à sa main gauche.

« Votre main… Hatake-san ne vous a pas questionné à ce sujet? »

Sa réponse acheva tout mon courage.

« Si. Je lui ai dit que je m'étais cogné contre un mur.»

Un mur. Plutôt un obstacle sur son chemin. Un fardeau qu'il était obligé de se coltiner sur les instances de son commandant. Je ne pensais pas qu'il l'avait formulé ainsi, mais ça y ressemblait grandement. Même s'il l'avait bien cherché, je ne pouvais pas le laisser souffrir le martyr ainsi. Sentant mes joues s'échauffer, je me raclai la gorge puis m'avançai timidement vers le samouraï qui me sondait toujours en silence.

« Puis-je ? »

La main tendue dans sa direction, j'attendis qu'il réagisse, mortifiée de l'intérieur. Je crus d'abord qu'il allait refuser, peut-être même me rabrouer pour avoir osé lui rendre son coup avec une puissance non contenue. Je réprimai un sursaut au contact de sa paume, chaude, englobant la surface de la mienne sous ses doigts longs et fins. Les callosités, marques d'années de pratique du sabre, chatouillaient ma peau. J'entrepris de défaire le bandage en examinant au fur et à mesure l'étendue des dégâts que j'avais causés. L'os ne semblait pas fracturé, ce n'était probablement qu'une entorse. Faisant fi de notre proximité, qui me déstabilisait un peu, voire beaucoup, je tâchais de me concentrer sur ce que j'avais à faire. Ma main libre recouvrit la sienne et une douce chaleur se répandit. Les minutes s'égrenèrent.

« Ta potion était immonde. »

Imperceptiblement, je sentis mes doigts tressauter contre les siens et mon visage pâlir, avalant ma salive de travers. J'avais mis la dose de gingko, plus que nécessaire, ce qui avait dû être particulièrement difficile à avaler. Je desserrai la mâchoire.

« Ce… C'est souvent le cas avec les remèdes médicinaux. Surtout si on les veut plus efficaces. »

Ma propre répartie m'épatait ! Mon for intérieur se félicitait de pouvoir lui répondre sans trembler – ou presque. Que pourrait-il bien répondre face à ça ?

« J'imagine, oui. »

Le ton de sa voix fit plier instantanément ma volonté. Avec lenteur, je levai mon visage vers le sien. Déjà hier, j'avais été rassurée de voir qu'il avait repris des couleurs. Ici, il paraissait même… apaisé. Les mèches ébène retombaient sur son front, formant un contraste saisissant avec le reste. Ses traits demeuraient toujours façonnés dans du marbre, empreints d'une beauté glaciale, pourtant, son expression s'était légèrement détendue. Son regard, lui, restait sombre, en apparence inflexible et pourtant acéré comme les serres d'un rapace. Un regard auquel je ne pouvais me soustraire, en proie à une fascination inexplicable. Mon souffle se fit plus court, les battements de mon cœur légèrement irréguliers. Cette pression légère, dans ma main…

« Sakura-chan ! Sasuke ! »

Le temps, comme suspendu, reprit sa course folle et brisa la quiétude de cet instant. Je pus à peine saisir ce qui était en train de se passer, presque broyée contre le torse puissant du samouraï aux cheveux blonds comme le soleil et au regard céruléen. Son kimono sentait la sueur et la poussière. Je ne l'avais pas senti arriver, m'attrapant dans ses bras sans que je puisse réagir. « Prévenu… Hinata… ta blessure… ». Naruto finit par me relâcher pour me dévisager avec ses yeux si chaleureux, rongés d'inquiétude. Mon visage était toujours en feu. Je ne compris que des bribes de ce qu'il déblatérait, transpirant à grosses gouttes en nous regardant tour à tour Uchiwa-san et moi. Mon inconscient avait été si brutalement arraché à sa torpeur que je ne me souvenais même pas qui avait rompu notre échange, lui, moi ? Je me forçai à regarder Naruto pour le rassurer, heureuse, réellement heureuse de le retrouver avec ces derniers évènements. Sa présence réconfortante et sa bonne humeur m'avaient tant manqué.

Mon sourire s'estompa lorsque je vis le profil de l'Uchiwa nous contourner puis s'éloigner en direction de la résidence, ignorant ostensiblement la voix de son coéquipier qui le hélait en bougonnant « Bon sang ! Qu'est-ce qu'il a encore celui-là! ». Inspirant un bon coup, je souris de nouveau à mon ami avant de l'inciter à rejoindre le samouraï à l'éventail rouge et blanc brodé dans le dos. Je ne mentionnais pas directement son frère, mais il ne me suffit que de murmurer qu'il avait fait une rencontre imprévue pour que le blond ne comprenne où je voulais en venir. Son regard se voila aussitôt. Je ne l'imaginais pas se confier à l'Uzumaki en ma présence, inopportune, une fois de plus. Naruto jura de revenir me voir dès que possible et repartit en courant à sa suite, criant son prénom à voix haute.

Une bourrasque de vent s'engouffra dans mes longs cheveux pâles. Je jurais que la froideur et l'impassibilité avaient repris possession de ses traits avant qu'il ne quitte les lieux. Pour quelle raison ? Qu'avais-je encore fait ? Je secouai la tête avant de lever mes émeraudes vers le sommet de l'arbre aux racines centenaires. Mes pensées tourbillonnaient au rythme du balancement des feuilles, inconstantes, grandissantes. Tout comme le creux, infime, naissant dans ma poitrine.


L'après-midi était déjà bien avancée, le soleil brûlant dans le ciel bleu parsemé de nuages blancs et cotonneux. Les commerçants de Konoha se réjouissaient de ce temps ensoleillé, plus propice aux affaires florissantes. Le samouraï, qui avançait d'un pas déterminé, s'en serait réjoui autant s'il n'avait pas eu l'esprit occupé à ruminer les dernières nouvelles. Ce qui s'était passé en son absence n'avait rien de plaisant à apprendre. Son sang n'avait fait qu'un tour en apprenant que leur nouvelle pensionnaire, qui avait occupé une grande partie de ses pensées au cours de son voyage, s'était faite poignarder la veille, juste à côté de la machiya. Il avait pâli à la vitesse de l'éclair et s'était aussitôt précipité à sa rencontre sous le regard baissé de l'Hyuuga. L'angoisse lui avait rongé les sangs. Une autre émotion, aussi, lui avait tordu l'estomac. Naruto avait eu le sentiment d'assister à un moment intime sous le saule pleureur, entre son meilleur ami et la jeune femme aux émeraudes scintillantes. Cet instant semblait fugace, presqu'irréel, et pourtant si… tangible. Oh, il aurait pu arriver vers eux de façon moins brutale, moins soudaine… mais il n'en avait pas eu envie. Il avait voulu rompre ce lien qui se tissait sous ses yeux, si ténu, le défaire avant qu'il ne soit plus palpable. Ce sentiment qu'il avait déjà ressenti auparavant, sans réussir à s'en débarrasser. Un goût amer bloqué au fond de la gorge.

Cette amertume était encore présente en lui tandis qu'il poursuivait son chemin, une main crispée sur le manche de son katana. Elle était aussi vive pour une autre raison, plus importante, tellement plus importante. Le reste passait en second plan. Sasuke n'avait pas eu besoin de prononcer la moindre parole pour qu'il saisisse à quoi, ou plutôt à qui son regard ténébreux renvoyait ses pensées tourmentées. Tout s'expliquait, à présent : ses disparitions répétées, son humeur désagréable ces derniers temps, son teint fantomatique. Le blond se souvint aussi de la question que la jeune femme lui avait posée, quelques jours plus tôt. Est-ce qu'Uchiwa-san a de la famille à Konoha ? De la famille… En était-il encore à ses yeux ?

L'Uzumaki jura entre ses dents et accéléra la cadence. Si Kakashi avait été présent à la résidence, il aurait été directement lui coller son poing dans la figure pour leur avoir caché la vérité. Le commandant lui aurait sûrement renvoyé la pareille, voire pire, mais ça l'aurait soulagé un minimum de le faire à la place de son ami. Il ne pouvait pas le croire. La tension présente sur le visage du brun lui avait fait comprendre qu'il n'était pas encore prêt à le revoir. Face au silence éloquent de l'Uchiwa, il s'était éloigné en gueulant « Et merde ! » en sentant la colère s'emparer de lui. Kiba l'avait convaincu de se rafraîchir d'abord les idées en commençant par se laver, que l'eau fraîche le calmerait un peu et lui enlèverait au passage « cette odeur pestilentielle ». Et Kiba avait eu raison. Les seaux d'eau glacée s'étaient vidé tour à tour sur sa tête, ses muscles endoloris par les heures de chevauchée, le corps poisseux. Cela lui avait fait du bien sur le moment. Il avait pesté à voix haute et s'était aspergé avec vigueur, frictionnant ses membres en serrant les dents.

Une fois propre, il avait accepté de bon cœur le plateau qu'Hinata avait préparé à son attention et englouti tous les mets sans vraiment les savourer, ruminant encore, sous les regards tendus de la jeune brune et de l'Inuzuka. Tous deux avaient assisté à la scène des retrouvailles fraternelles et lui avaient raconté le peu qu'ils en avaient aperçu. Et ce qu'il avait appris avait suffi pour le convaincre de sa prochaine destination. « Ne fais rien d'insensé, espèce de crétin ! » lui avait crié Kiba avant qu'il ne prenne congé. Hinata, elle, avait eu l'air pétrifiée de peur.

Le samouraï se stoppa devant les portes de la bâtisse en bois, hors d'haleine. Des bruits répétitifs s'élevaient derrière le mur d'enceinte, en chœur avec un cri d'effort. Sa mâchoire se contracta et il entra sans s'annoncer. Le son provenait d'un jeune homme vêtu d'un jinbei* vert, s'exerçant à frapper sur un poteau d'entraînement. Il criait et comptait ses coups à voix haute « Cent quatre-vingt ! Cent quatre-vingt-un ! Cent quatre-vingt-deux ! » en continu, les gestes forts et précis. Il en était à son cent-quatre-vingt-septième coup quand il remarqua la présence du blond. Un large sourire apparut.

« Ooooh mais c'est ce cher Naruto ! »

Une coupe au bol encadrait son visage rougi par l'effort, affublé d'épais sourcils noirs qui lui valait souvent le triste surnom de « Gros-sourcils » parmi ses connaissances. Ce genre de sobriquet ne dérangeait pas Rock Lee, il avait l'habitude que les gens le prennent pour des fanfarons, son maître et lui. Peu importait ce qu'on pouvait penser de lui, tant qu'on n'insultait pas son maître pour qui son respect était inébranlable. Et puis, en quoi était-ce fanfaronner que de se laisser porter par la fougue de la jeunesse ? Là était la vraie fierté !

« Laisse-moi terminer ma série de deux cents coups de poing et je…

— Où est-il ? »

Cent-quatre-vingt-douze ! La main de Lee s'immobilisa sur le bois et il tourna son visage vers le jeune homme, un sourcil haussé.

« Hum ? Maître Gaï ? Il est sorti.

Où est-il ? répéta l'Uzumaki d'une voix blanche, le visage fermé. »

Lee cligna des yeux, perplexe, puis son regard coula en direction de la main tremblante qui enserrait le manche de son katana. La lumière éclaira soudain son esprit et il secoua la tête.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Pourquoi ne pas plutôt profiter de ce temps superbe pour te mettre en condition physique avec moi en… »

Le bruit d'une porte coulissante qui s'ouvrait le stoppa instantanément dans son débit de paroles. Le regard inerte de Naruto remonta avec lenteur pour se figer. La personne qui venait d'apparaître devant lui, cette personne… C'était donc vrai. Le sang parut quitter son visage.

« Toi… »

Sa prise se resserra sur la garde de l'épée tranchante glissée dans sa ceinture. Un spasme tressauta sur sa mâchoire, puis, il s'élança. Mais Rock Lee fut plus rapide et surgit devant ses yeux avant qu'il ne puisse dégainer. Bon sang, il avait omis que ce bougre était si vif !

« Ecarte toi de là Lee!

— Ne fais pas ça Naruto.

— Ne t'en mêle pas Gros-sourcils ! Cet homme… Je vais le…

— J'ai promis à Maître Gaï et au commandant Kakashi que je ne laisserai personne s'approcher. Et je tiendrais parole ! »

Ses bras étaient tendus en geste de protection, la posture droite, le regard flamboyant. Ah, si Maître Gaï avait pu le voir clamer son discours si solennel ! N'était-ce pas cela, la vraie fougue de la jeunesse ? Naruto, lui, sentait mille contradictions se battre dans sa tête. Il était furieux et perdu, rageur et déconcerté à la fois. Ses yeux bleus toisaient les obsidiennes si familières à la recherche de réponses aux questions qu'ils s'étaient tous posées… Aux choix que Sasuke avait été forcé de faire. Le brun aux longs cheveux noirs, lui, ne put s'empêcher de laisser un sourire gagner son visage pâle.

« Tu es toujours aussi bruyant Naruto. »

Ses pieds nus se glissèrent hors de sa chambre pour rejoindre l'engawa*. La scène devant lui l'amusait beaucoup, mais il n'était pas certain que sa bonne humeur soit partagée. Cela lui rappelait ses retrouvailles avec son cadet. Pourtant, revoir le jeune énergumène à la tignasse blonde devenu à son tour un homme lui réchauffait réellement le cœur. Les liens qu'ils avaient tissés étaient réels, entachés certes, mais profonds. Son sourire s'élargit davantage.

« Je vois que toi aussi, tu n'as pas lésiné sur le physique en grandissant, murmura Itachi devant la mine hébétée de l'Uzumaki. A quoi êtes-vous tous nourris au Koueichiimura?

— Tu…

— En revanche, je constate que le orange est toujours ta couleur favorite. Tu devrais changer un peu, tu ne crois pas ? Je ne suis pas sûr que ça ait vraiment la côte auprès des filles.

— Mais tu vas la boucler, bon sang ! »

Un rictus moqueur apparut sur le coin de ses lèvres, surtout quand il vit le samouraï baisser les yeux sur sa tenue en jurant entre ses dents avant de lui lancer un regard meurtrier. Ses réactions étaient aussi prévisibles que celles de son frère, plus drôles aussi. Rock Lee trouvait cet échange bizarre.

« T'es pas revenu pour te foutre de ma gueule sur mes tenues vestimentaires j'imagine ?

— Effectivement, non. Mais tu ne peux pas m'en vouloir d'être content de te saluer après toutes ces années.

— T'as sorti les mêmes conneries à Sasuke ? Parce que si c'est le cas, je comprends vraiment l'accueil qu'il t'a réservé.

— Nous n'avons pas vraiment eu l'occasion d'évoquer longuement le temps perdu.

— Tu t'attendais à quoi ? ricana Naruto d'un air sinistre. Ça fait déjà un moment qu'il a arrêté de te considérer comme son frère.»

Prononcer ces paroles lui laissa une sensation étrange dans la bouche, comme du plomb sur le bout de la langue. Ses mots étaient tranchants, affutés comme une lame. Un sourire triste se devinait derrière les traits fins de l'Uchiwa, le regard sombre perdu dans le vide. Naruto fronça les sourcils. Non, il ne devait pas ressentir de la compassion pour lui et encore moins s'excuser. Ce n'était pas à lui de le faire, certainement pas, et encore. Comme si un simple « pardon » pouvait réparer des années de rancœur ? Son corps eut un mouvement de recul lorsqu'Itachi s'avança de quelques pas. Sa main n'avait pas quitté sa position initiale, ce qui n'échappa pas à Lee. Lui-même recula.

« Naruto, je te préviens…

— Tout va bien Lee, intervint dans son dos la voix d'Itachi. Il ne fera rien aujourd'hui.

— Vous êtes sûr de vous ?

— Certain. Tu peux retourner à ton entraînement.

— Bien reçu ! »

La main levée comme un salut militaire, le garçon à la coiffure étonnante ne se fit pas prier pour retourner à ses exercices. Il réalisa bruyamment qu'il avait oublié à combien de coups il en était avant d'être interrompu. Tout était à refaire. « C'est reparti ! » s'écria-t-il en reprenant depuis le début… c'est-à-dire par deux cents tours de la cour en exécutant le poirier.

L'aîné des Uchiwa ne put réprimer un léger rire en le voyant commencer à compter ses pirouettes, un spectacle digne des défis farfelus auxquels Gaï et son élève se prêtaient volontiers. A choisir, son retour à la résidence aurait été moins réjouissant. Il n'avait pas le temps de s'ennuyer en séjournant parmi eux.

« Lee est vraiment un phénomène, s'esclaffa-t-il doucement en croisant les bras avant de se tourner de nouveau vers le jeune samouraï qui ne bronchait pas.»

On aurait dit que Naruto avait perdu sa langue, lui qui d'ordinaire monopolisait la conversation. Itachi n'avait aucune envie de croiser le fer une nouvelle fois. Il allait s'asseoir lorsque la voix tremblante de l'Uzumaki l'arrêta.

« Pourquoi t'es revenu Itachi ? »

Les ridules sous ses yeux s'étirèrent.

« Pour voir si vous aviez fait des progrès en mon absence…

— … Tu veux vraiment voir si j'ai fait des progrès ? »

Cette fois-ci, la lame sortit de son fourreau. Pointée en direction du brun qui le surplombait, Naruto laissa sa colère exploser.

« Alors vas-y, dégaine ton sabre toi aussi ! Montre-moi quel salopard tu es devenu pour avoir osé abandonner la seule famille qu'il te reste ! Parce que, crois-moi, j'ai assez de raisons de mon côté pour vouloir t'étriper ici sur le champ ! »

Une expression amusée gagna le visage du concerné.

« Tu comptes venger Sasuke peut-être ? Ce n'est pas le rôle qui t'incombe.

— Ouais, t'as raison. Mon rôle est de montrer à Sasuke que contrairement à toi, moi je tiens à lui comme à un véritable frère tu vois. Pas besoin de vos foutus liens du sang pour ça. »

Un sourire sincère se dessina sur les lèvres de l'Uchiwa. Un véritable frère. Oui, il l'était à juste titre. Mais lui aussi l'était à sa façon.

« Justement Naruto. Ces foutus liens du sang, comme tu dis, font que j'avais moi aussi mes raisons de partir il y a cinq ans.

— C-Comment ça ? De quoi tu parles ?

— Je n'ai pas à te l'expliquer. »

Son expression était redevenue sérieuse, le regard rivé dans celui du samouraï. Dans un soupir, Itachi prit place sur le rebord de la terrasse. Au loin, on entendait Lee s'écrier en énumérant ses tours de piste. La lame s'abaissa et une expression confuse apparut sur le visage hâlé.

« Tu peux pas me sortir ça comme ça et t'en tirer par une parade comme si de rien n'était.

— Tout comme je n'ai aucune obligation de me justifier auprès de toi.

— Et Sasuke ? Est-ce que tu as pensé ne serait-ce qu'une fois à ce qu'il avait pu ressentir durant toutes ces années ?

— Je ne le savais pas seul. Tu étais là, avec Kakashi et les autres…

— Tu comprends pas. »

Le regard azur était à présent rivé vers le sol, le katana le long du corps. Personne ne pouvait comprendre Sasuke, excepté lui, son seul et unique ami. La solitude qu'il avait ressentie, cette noirceur si profondément ancrée dans ses entrailles. Naruto savait, lui.

« Tu ignores tout ce par quoi il est passé lorsque tu es parti de l'organisation. Comment il s'est brusquement refermé sur lui-même, comment il a dû faire face pour ne pas céder à la folie. Jusqu'où il est allé pour devenir plus fort. Tu n'en as aucune idée. »

Sa voix était pleine de regrets et de remords. Il aurait tant voulu aider son ami, le soulager davantage de son fardeau, en faire plus, bien plus. Il avait essayé, mais cela n'avait pas suffi à atténuer sa rancœur. Leur passé avait des similitudes, ils étaient orphelins tous les deux. Néanmoins, l'amitié qu'il lui portait ne pouvait remplacer le souvenir de sa famille. La douleur était encore trop vive, comme une plaie qui ne se refermerait jamais complètement. Naruto le comprenait, lui. Les yeux noirs d'Itachi cillèrent avant de se fermer. Il ne l'ignorait pas. Il savait ce que son frère avait été prêt à faire pour retrouver sa trace, où il s'était rendu et vers qui il s'était tourné… jusqu'à quel point il avait pactisé avec le démon. Un violent accès de colère fulmina dans ses veines, mais il n'en laissa rien paraître. C'était une autre histoire. Il releva la tête.

« Je n'ai aucune excuse à te présenter Naruto. Je parlerai à Sasuke en temps voulu. Lui seul a le droit de juger mes actes.

— Donc, tu ne vas rien me dire ? Même à moi ?

— Non.

— Et je parie que Kakashi était au courant?

— Il l'était oui.

— Evidemment. »

Un cinglant « bordel ! » s'échappa de l'Uzumaki et il s'écarta vivement de l'aîné des Uchiwa, pestant et jurant à la fois en faisant les cents pas. Bien sûr qu'il aurait dû le voir venir, Kakashi ne faisait jamais les choses par hasard ! L'avait-il envoyé en mission plusieurs jours exprès pour l'éloigner lui aussi de la piste d'Itachi ? S'il avait fait en sorte que les deux frères soient seuls pour fêter dignement leurs retrouvailles, c'était loupé. Un autre détail s'interposa brusquement dans son esprit. A la surprise d'Itachi, le katana se retrouva de nouveau pointé dans sa direction.

« Sois honnête au moins une fois: c'est toi que Sakura a rencontré dans le quartier Est de la ville, pas vrai ? »

Un rictus moqueur étira les coins de sa bouche. Son frère et lui posaient les mêmes questions sur la même fille. Voilà qui était intéressant.

« Tu connais déjà la réponse, non ?

— Si jamais tu as osé lui faire quelque chose, je te jure que…

— Qu'aurais-je bien pu faire à cette demoiselle, si ce n'est lui venir en aide ?

— Je te crois capable de tout à présent ! »

Itachi haussa les sourcils et pencha la tête sur le côté, les cheveux glissant sur son épaule, toujours amusé.

« Sauf preuve du contraire, il n'est pas dans mes habitudes de violenter une femme, alors cesse de me menacer avec ton sabre, répondit-il sur le même ton en voyant Naruto relâcher légèrement sa prise. Je ne nie pas que je l'ai rencontrée ce jour-là. Elle était poursuivie et je lui ai sauvé la vie. Mais j'ai pensé qu'il était préférable de fuir plutôt que de me retrouver nez à nez avec toi. »

Le bras du samouraï se baissa une nouvelle fois. L'explication paraissait plutôt convaincante. Il avait eu du mal à croire la jeune femme lorsqu'elle lui avait affirmé que ses poursuivants avaient fui en l'entendant arriver.

« Je comprends mieux maintenant pourquoi elle faisait une tête pareille… marmonna Naruto dans sa barbe, sans voir encore l'expression curieuse de l'homme assis en face de lui. »

La tentation de le titiller encore un peu était trop grande.

« En parlant de ça, j'ai été surpris d'apprendre que cette jeune femme avait rejoint l'organisation.

— Qui t'en a parlé ? Le maître de Gros-sourcils ?

— C'est sur elle que je suis tombé avant de revoir Sasuke. Elle s'entraînait dans la cour extérieure. »

Naruto ouvrit la bouche, puis la referma.

« Tu les as vus s'entraîner… ensemble ? »

Itachi réprima un nouveau sourire narquois. Il ne s'était pas du tout attendu à ce genre de réaction.

« Ce n'est pas ce que j'ai vu. Mais je crois avoir compris que c'était le cas. »

Un muscle nerveux tressauta sur la mâchoire de l'Uzumaki. L'arrière-goût dans sa bouche réapparut. Ça, il l'apprenait. Et bizarrement, ça ne lui plaisait pas du tout. L'aîné des Uchiwa se retint à grand peine de lui narrer en détail ce à quoi il avait assisté – une main protectrice et le tantō – Naruto paraissait assez inquiet comme ça. Leur discussion avait légèrement dévié de la raison principale qui l'avait conduit jusqu'à lui et il trouvait cela bien plus distrayant que d'essuyer un sermon qui aurait pu se solder par une passe d'armes.

« Cette Sakura… Elle te plaît ? »

Naruto s'étrangla aussitôt et sentit ses joues s'empourprer sous le sourire plein de sous-entendu.

« Ç-Ça va pas non ?! N'importe quoi !

— Ta réaction ne trompe personne Naruto.

— Je te dis que tu fais erreur !

— Qui aurait cru que nous en viendrions un jour à parler de tes goûts en matière de femme ? Ma parole, te voilà vraiment devenu un homme !

— La ferme ! »

Itachi ne put empêcher cette fois-ci le rire franc qu'il réfrénait depuis plusieurs minutes de sortir, sous le regard furibond de l'Uzumaki, l'injuriant encore lourdement pour qu'il arrête son petit jeu. Ce sujet de conversation était décidément un régal. Il avait hâte de pouvoir plaisanter avec son frère sur le même thème. Il riait encore de Naruto qui le menaçait de le jeter dans les geôles de Konoha s'il répétait ne serait-ce qu'un dixième de leur discussion à quelqu'un, quand soudain, une violente quinte de toux lui secoua la cage thoracique. Itachi se détourna vivement en portant une main à sa bouche.

« Hé, ça va ? s'écria le blond en fronçant les sourcils, un pli soucieux sur le front, la main de l'Uchiwa se levant en même temps pour lui faire signe que oui. »

Pour l'empêcher de s'approcher plus près. Il ne fallait pas qu'il sache.

« T'es sûr ? répéta quand même Naruto, la mine dégoûtée. Je peux…

— Qu'est-ce que c'est que ce katana à la main Naruto ! »

Une grimace déforma le visage de l'intéressé en voyant Rock Lee se ruer sur lui à la vitesse de l'éclair, une flamme dansante dans les yeux. Ce dernier l'apostropha qu'il venait de bafouer les règles et que la seule punition qu'il méritait de recevoir, était de le défier à la course jusqu'au palais du Pays du Feu en portant trente sacs de vingt kilos de riz chacun. Encore une idée grotesque et totalement débile ! La toux d'Itachi faiblit progressivement, puis se calma. De la sueur perlait à ses tempes. Des petits points noirs dansaient devant ses yeux jusqu'à ce qu'il ne reprenne entièrement son souffle. Lee était tombé à point nommé. Il vit Naruto courir, cherchant par tous les moyens à échapper au disciple de Gaï qui ne le laisserait pas filer sans l'avoir défié. Le mouchoir qu'il avait attrapé dans sa ceinture quitta le bord de ses lèvres. Il était taché de sang.


« Pourquoi ne ferais-tu pas une pause Chôji ? J'ai pitié de te voir forcé de nous suivre partout! s'éleva la voix malicieuse de l'héritière des Yamanaka, m'arrachant un sourire.

— Je suis votre garde personnel Yamanaka-sama, bougonna l'homme massif posté à une dizaine de mètres, la main reposant sur la garde son sabre. Si une certaine personne n'avait pas fait n'importe quoi il y a quelques semaines, je pourrais effectivement me permettre de me reposer, au lieu de quoi j'ai été assigné à résidence tout comme vous.

— Et pourquoi prends-tu ce ton pompeux ? Nous sommes entre nous, adresse-toi à moi comme tu le fais lorsque nous ne sommes que tous les deux.

— Ce n'est pas le cas.

— Quel rabat-joie tu fais ! »

Sous notre regard complice, Akimichi-san se renfrogna davantage en nous tournant le dos tandis qu'un rire étouffé secouaient nos épaules, avant de reprendre notre marche. Deux jours avaient passé depuis mon agression. Nara-san avait jugé utile de raconter à ma nouvelle amie ce qui m'était arrivé et je n'avais pas eu mon mot à dire sur la suite. Son garde et ami d'enfance, Akimichi Chôji, s'était rendu le surlendemain à la machiya pour venir me chercher sur les instances de sa maîtresse. J'avais accueilli cette échappatoire dans une joie en demi-teinte, heureuse de revoir évidemment Ino et en même temps mal à l'aise avec cette sensation de fuir mes obligations… ou quelqu'un. Je n'avais recroisé Uchiwa-san qu'une seule fois, lors du dîner commun le soir même de notre entrevue. Nous étions suffisamment attablés loin l'un de l'autre que je n'avais pas eu besoin de feindre l'indifférence, mon attention focalisée sur Naruto assis à mon côté pour me raconter la mission particulièrement ennuyeuse qui l'avait accaparé ces derniers jours. Il avait été chargé d'escorter un haut dignitaire et sa famille jusqu'à la capitale du Pays de la Terre, et avait dû refuser tout le long du voyage les propositions de fiançailles du seigneur envers sa fille. Je m'étais brièvement souvenu qu'Uchiwa-san était justement revenu d'Iwa le jour où le commandant Hatake nous avait convoqués dans ses appartements, avant de chasser cette pensée. Ce qu'il y avait fait ne me regardait pas après tout.

J'avais ri en compagnie d'Inuzuka-san et d'Hinata en écoutant le blond au regard azur nous narrer ensuite le défi farfelu auquel il avait été obligé de participer ce même après-midi. J'ignorais qui était ce « Gros-sourcils » dont il avait parlé en grimaçant, mais il semblait évident que c'était un sacré personnage. Je n'avais pas cherché à le questionner davantage en le voyant s'esclaffer à son tour, les plis de sa bouche crispés, comme s'il se forçait à rendre la situation risible. Ses yeux s'étaient furtivement posés sur le samouraï aux cheveux d'ébène, avant de se détourner pour avaler une coupe de saké. Nul besoin de deviner ce qui le tracassait. Mon propre regard vert était resté figé sur le contenu de ma tasse de thé jusqu'à la fin du repas.

Cela avait peut-être alerté le commandant du Koueichiimura, car il était venu me rejoindre dans l'arrière-cuisine où j'étais occupée à ranger la vaisselle. Il m'avait questionnée au sujet de ma blessure et m'avait rassurée sur la discussion de ce matin, préférant que je prenne le temps de me remettre de mes émotions avant de débuter mon véritable entraînement. « Sasuke sera un très bon instructeur, tu verras » m'avait-il murmuré en me donnant une petite tape sur l'épaule, les yeux rieurs à travers ses cheveux gris en bataille. Il aurait tout aussi bien pu me dire qu'il était un dangereux assassin, ça n'aurait rien changé à mon expression dépitée qui l'aurait tout autant amusé. Mais l'idée de m'entraîner de nouveau avec le capitaine de l'organisation ne m'effrayait plus autant désormais. J'étais même impatiente d'apprendre des techniques à la hauteur du grand samouraï qu'il était. Je voulais lui prouver ma valeur, la lui prouver une bonne fois pour toutes, lui plus qu'à quiconque. Ce besoin de reconnaissance, je ne me l'expliquais pas entièrement. Peut-être qu'au fond, j'avais besoin de lui faire ravaler ce mépris irascible dont j'écopais à chaque fois que je croisais son regard. Peut-être avais-je besoin de cela, pour faire disparaître cette sensation étrange que je ressentais imperceptiblement en moi. La voix de mon amie me sortit doucement de mes pensées.

« Sakura ?

— Hm ? fis-je en relevant la tête dans sa direction, l'air pensif.

— Peux-tu ramasser quelques roses blanches qui sont sur ta droite ?

— Bien sûr. »

Je m'agenouillai aussitôt devant le parterre désigné et coupai une dizaine de tiges en prenant soin d'éviter les épines. Cela faisait deux heures que nous flânions paisiblement dans le jardin de la somptueuse résidence familiale du clan Yamanaka. Chacune portait un panier bien rempli de fleurs et de branches. La première fois que je m'étais rendue chez elle, j'avais été enchantée par les compositions qui ornaient les différentes parties de sa demeure. Ses parents appréciaient particulièrement l'art de l'ikebana*. Son père, conseiller auprès du seigneur Sarutobi, passait la plupart de son maigre temps libre dans son jardin à entretenir lui-même les buissons et autres arbustes qui cheminaient sur sa propriété. Les niwaki* étaient minutieusement taillés et l'essence même du paysage se prêtait à la poésie. Ino m'avait confié en pouffant que s'ils n'avaient pas appartenus à une lignée aussi prestigieuse, sa famille aurait sans nul doute pu officier en tant que fleuristes à Konoha. « L'idée aurait été merveilleuse ! » s'était extasiée la belle blonde en soupirant de béatitude, ce qui avait fait lever les yeux au ciel d'Akimichi-san. A l'écouter, elle sollicitait tellement ses domestiques pour n'importe quelle broutille, qu'elle aurait été bien en peine de gérer un commerce ne serait-ce qu'une seule semaine ! Les voir se chamailler m'avait beaucoup amusé. La complicité de leur enfance, qu'ils avaient gardée en grandissant et malgré leur différence de statut, était plaisante à voir.

« Je pense que nous avons tout ce qu'il nous faut! s'exclama d'un air enjoué Ino en me rejoignant. Nous allons pouvoir passer à la pratique ! »

Je lui renvoyai son sourire et la suivis sur le chemin pavé menant jusqu'à un petit pavillon rouge, niché au cœur d'un bosquet d'érables aux feuilles verdoyantes. Des zabuton étaient disposés autour d'une petite table ronde sur laquelle nous posâmes nos trouvailles, avant de nous asseoir. Des vases en céramique et céladons de plusieurs formes nous attendaient, prêts à être joliment garnis. Un assortiment d'outils en tout genre étaient disposés à plat, allant des kenzan pour piquer les fleurs, aux kiribashi et sécateurs pour ébourgeonner les branches. Un plateau composé de deux tasses et d'une théière assortie complétait la tablée.

« Parfait, ma petite Towa nous a préparé tout ce dont nous avions besoin.

— Elle n'a pas fait les choses à moitié, renchéris-je en ouvrant de grands yeux ronds.

— Cette petite est une merveille.

— Elle est surtout ton esclave, se permit de faire remarquer son garde personnel adossé à l'un des piliers, ce qui me fit esquisser un sourire moqueur.

— Roh, n'as-tu donc rien à faire ? Nous n'allons pas nous faire attaquer par une armée d'épines vengeresses, va vaquer à tes occupations au lieu de nous surveiller !

— Ino…

— Les femmes ont besoin de leur moment d'intimité, Chôji, et il y a des sujets de conversation que tu n'aimerais pas entendre…

— Entendu, entendu ! »

Je crus l'entendre marmonner quelque chose comme « capricieuse » et me retins à grand peine de rire. Akimichi-san s'éloigna aussitôt du pavillon en pestant entre ses dents sous mon regard compatissant, car il semblait bien difficile de réussir à tenir tête au caractère bien trempé de l'héritière des Yamanaka.

« Aaah, enfin seules ! souffla bruyamment Ino devant moi en tapant dans ses mains, l'air ravi. J'ai bien cru qu'il ne partirait jamais.

— Je te trouve un peu dure avec lui. Il ne fait qu'obéir aux ordres de ton père.

— C'est justement ce qui m'ennuie. J'ai conscience qu'il subit lui-aussi ma punition et je me sens coupable pour cela. Mais il est terriblement protecteur, c'est à peine si je peux poser le pied dans la cour qu'il est déjà sur mes pas.

— Tu es injuste. Akimichi-san semblait sincèrement désemparé lors de ton enlèvement. Il prend son rôle très à cœur.

— Je sais bien… Et je regrette qu'il ait eu à quitter le Koueichiimura pour devenir mon garde personnel. Son quotidien est devenu morne et sans intérêt.

— Je suis certaine que sa situation lui convient parfaitement. Qu'est-ce qui serait plus honorifique que de protéger une amie qui lui est si chère ? »

Ses yeux clairs s'écarquillèrent un instant, puis un sourire sincère fendit les traits de son beau visage. « Tu as raison » murmura Ino en fermant les yeux quelques secondes, perdue, peut-être, dans des souvenirs qu'elle seule connaissait. Nous disposâmes ensuite sur la table les différentes variétés de fleurs et plantes que nous avions ramassées et j'écoutai soigneusement mon amie expliquer leurs origines et les différences entre les variétés. Je n'avais jamais pratiqué l'art floral avec dévotion, ni avec autant d'assiduité. La passion d'Ino pour les fleurs était tangible, sa beauté allait de paire avec les couleurs vives et les arabesques des pétales. Elle était dans son élément, les gestes grâcieux en saisissant les tiges avec délicatesse, composant des bouquets parfaitement harmonisés. Même les fleurs sauvages semblaient s'épanouir entre ses mains. Mon admiration devait se lire dans mon regard, car elle se stoppa lentement dans l'arrangement d'une nouvelle composition.

« Tout va bien Sakura ?

— J'étais simplement admirative de ton talent. On pourrait peindre un tableau de cette scène.

— N'exagère pas. Tu te débrouilles très bien toi aussi.

— Hm, si tu le dis, lui répondis-je dans une grimace dubitative, avant de regarder les fleurs non utilisées. Je pourrais peut-être en rapporter quelques-unes à Hinata pour qu'elle les fasse sécher, pour sa pratique de l'oshibana.

— Excellente idée ! »

Ino ramassa une fleur aux pétales rosés.

« Ce que j'apprécie avec les fleurs, poursuivit-elle, c'est qu'on peut les utiliser de toutes les façons qui nous plaisent. J'adore en glisser dans mes coiffures. Regarde ce cosmos par exemple. C'est joli, n'est-ce pas ? ajouta-t-elle en glissant la fleur derrière son oreille, souriante. »

Oui, elle était jolie comme un cosmos.

« Très. Et si tu étais un cosmos, moi, je serai une gravelle, murmurai-je en faisant glisser la tige entre mes doigts. »

Un doigt réprobateur se posa brusquement sur mon front.

« Que me chantes-tu là, Sakura ? Tu n'es pas une gravelle, tu es un bourgeon. Un bourgeon de fleur de cerisier qui s'épanouit doucement et fièrement. »

Mes lèvres s'entrouvrirent légèrement, surprise. Un air malicieux luisait dans ses yeux clairs.

« Ma mère a toujours eu ce goût prononcé pour l'arrangement floral, mais ce qu'elle préfère par-dessus tout, c'est la signification que portent les fleurs. L'hanakotoba* est très révélateur de la puissance des mots associés à chaque variété, ajouta Ino en souriant de plus belle. Lorsque l'hiver disparaît pour laisser la place au printemps, le cerisier incarne la beauté de l'instant présent par sa magnificence. Ses pétales représentent pour chacun un signe de joie, d'espoir… et de renouveau. »

Sa main prit la mienne entre ses doigts pour la serrer doucement.

« Notre rencontre n'est pas due au hasard, ni toutes celles que tu as faites depuis que tu es arrivée à Konoha. C'est le destin qui t'a placée sur mon chemin ce jour-là et qui t'a confiée entre les mains du Koueichiimura, j'en suis fermement convaincue. Tu symbolises ce renouveau dans nos vies, Sakura. »

Mes lèvres frémirent. Depuis que j'avais quitté Tanzaku, je n'avais eu de cesse de penser que mon existence était un fardeau pour tout le monde, que je n'avais aucune légitimité à avoir rejoint l'organisation de samouraïs la plus crainte du pays, ni à me lier d'amitié à une descendante issue de la noblesse. Et pourtant, n'avais-je pas eu sous mes yeux de nombreuses preuves du contraire ? Ma main serra la sienne à son tour. J'avais envie de pleurer.

« C'est trop de compliments pour une seule personne, chuchotai-je en essuyant mes yeux humides.

— Des compliments on ne peut plus mérités, renchérit-elle dans un clin d'œil qui me tordit la bouche. Sais-tu où l'on peut admirer les plus beaux cerisiers de Konoha ?

— Tu parles de ceux du palais du seigneur Sarutobi ? Hinata m'en a parlé, une fois.

— Il n'y a pas de meilleur endroit pour les contempler en cette saison. Le pic de floraison est terminé dans la plupart de la région, exceptés ceux qui bordent le château dont l'éclosion des bourgeons est plus tardive. Tu devrais demander au commandant Hatake de t'y emmener, il s'y rend souvent pour des audiences ou des conseils.

— Je ne sais pas si l'occasion se présenterait pour que je puisse l'accompagner au palais.

— Il est vrai que c'est un homme très pris, murmura Ino en faisant mine de réfléchir, avant de pencher la tête avec un sourire en coin. Autrement… tu pourrais accompagner le capitaine du Koueichiimura lors d'une de ses visites à la garnison spéciale. »

Mes joues s'échauffèrent aussitôt à ses mots et j'avalai de travers la gorgée de thé d'orge que je venais de me servir. Un rire cristallin secoua les épaules de l'héritière des Yamanaka que je fustigeai en toussant en tapant ma poitrine pour calmer ma respiration. Son sourire s'élargit de plus belle.

« Ta réaction est si amusante Sakura !

— C-Ce n'est pas drôle !

— Ai-je dit une plaisanterie ? Tout le monde sait à la capitale qu'Uchiwa Sasuke entraîne des soldats de l'armée du seigneur Hiruzen. Ce n'est un secret pour personne.

— Ça ne me dit toujours pas pourquoi tu penses que je pourrais l'accompagner à l'un de ces entraînements, répondis-je en haussant les sourcils.

— Eh bien, puisqu'il doit lui-même te former, cela serait un bon exercice de le voir à l'œuvre face à ses hommes. Ainsi tu en profiterais pour admirer les cerisiers du palais. Ce n'est pas une si mauvaise idée, non ? »

Je fronçai les yeux sous son regard amusé et repris ma tasse de thé. J'avais bien du mal à penser en quoi cela serait bénéfique, et même, comment je pourrais être amenée à proposer cette alternative à cet homme. J'avais suffisamment d'efforts à fournir pour lui prouver que j'étais digne de sa confiance, inutile de l'agacer davantage en lui formulant une requête qui n'émanait même pas de ma personne! Je terminai de boire et reposai la tasse sur le plateau, avant de revenir sur les pivoines rouges que je n'avais pas terminé de tailler.

« Le capitaine Uchiwa a suffisamment à faire avec ses propres activités. Je l'importune assez comme ça.

— Crois-moi, tu l'importunes moins que la plupart des dames de cour ou autres servantes qui l'épient sans vergogne lorsqu'il se rend au palais. Même s'il est vrai que le spectacle est des plus réjouissants.

— J-Je n'ai pas choisi de m'entraîner avec lui par plaisir…

— Je le sais bien. Mais je connais un bon nombre de jeunes femmes suffisamment éprises de notre cher capitaine qui donneraient cher pour être à ta place, soupira mon amie d'une voix rêveuse. Tu ne mesures pas ta chance. »

Ma main se stoppa dans son mouvement et je relevai lentement la tête pour sonder le beau visage d'Ino. Ses yeux bleus regardaient au loin vers le jardin, avec une mélancolie que je ne lui avais encore jamais vue. Comme si ce dont nous venions de parler avait réveillé un passé douloureux qu'elle n'arrivait pas à oublier. Et le sujet de notre discussion n'était autre que… Mon cœur se comprima dans ma poitrine. Un pincement subtil et désagréable à la fois, que je ne comprenais pas. Davantage… Je voulais en apprendre davantage. Ma voix était basse lorsque je pris la parole, le regard sur la fleur que je tenais dans la main.

« Ino, tu…

— J'y pense à l'instant, mais c'est bientôt la fête de la lune ! s'exclama-t-elle au même moment en joignant ses mains dans un large sourire, comme si de rien n'était. Quelle joie de savoir que tu seras là pour vivre cette ambiance festive avec nous ! »

Avait-elle fait exprès de m'interrompre pour ne pas devoir répondre à la question pressentie ? Je ne pouvais le savoir. Mais face à son sourire si enjoué, je ne pus faire autrement que sourire à mon tour en me laissant porter par son enthousiasme. Ses souvenirs, quels qu'ils fussent, n'appartenaient qu'à elle. Peu importe qui occupait ses pensées. Ce qu'elle avait pu ressentir ou ressentait encore… n'avait aucune importance. Je chassai aussitôt ces réflexions de mon esprit.

« Cette fête symbolise un peu le renouveau de la belle saison et l'arrivée imminente de l'été. Chaque année nous créons des ornements floraux pour les chars de parade, renchérit Ino sous mon regard attentif. La capitale sera en liesse et les habitants seront apprêtés de leurs plus belles tenues. Je voulais y participer aussi en créant des couronnes de fleurs que nous pourrions distribuer aux enfants. Que dirais-tu de m'aider à les confectionner ?

— J'en serai plus qu'honorée ! m'écriai-je en hochant la tête, ravie de pouvoir prêter main forte.

— Je pensais également inviter Hinata, ajouta-t-elle dans un sourire complice, ce que j'approuvai évidemment.

— C'est exactement le genre d'activité qui lui fera plaisir. »

J'imaginais déjà l'Hyuuga entourée de fleurs, le ravissement sincère dans ses beaux yeux de nacre. Je savais ma camarade terrifiée de l'entrevue avec son père à venir dans les jours prochains. Lui offrir quelques heures de répit ne pourrait que la rassurer et lui faire le plus grand bien. La sortir de son quotidien, aussi, pour retrouver un semblant de la vie qu'elle avait autrefois menée. J'ignorais si Ino était au courant de son passé ou des raisons qui l'avaient poussée à rejoindre son cousin au Koueichiimura. J'étais déjà convaincue que c'était le cas. Rien ne pouvait lui échapper. Un « mais oui ! » s'échappa de ses lèvres et je levai des yeux interrogateurs vers elle.

« Je viens d'avoir une idée brillante ! Hinata et toi viendrez vous habiller dans ma résidence le jour de la fête.

— C'est très aimable à toi, mais tu es sûre que cela ne dérangera pas ta famille?

— Ma mère sera enchantée de vous recevoir ! Nous pourrons vous coiffer de fleurs à votre tour. Et je vous prêterai tous les accessoires dont vous aurez besoin !

— Towa sera aux anges lorsqu'elle l'apprendra, pouffai-je en réprimant un rire, me souvenant de notre séance d'essayage sans fin.

— Oh ça oui ! »

Nous rîmes quelques instants avant de nous affairer à terminer nos compositions. Les fleurs que nous avions ramassées me paraissait plus belles les unes que les autres. Je ramassai un lys blanc.

« Cette fleur irait bien dans les cheveux d'Hinata, tu ne penses pas ?

— Tout à fait d'accord. Et sa signification dans le langage des fleurs sied à merveille à sa personnalité.

— C'est-à-dire ?

— Le lys symbolise en général la pureté et la chasteté, ça lui convient bien non ?

— Ino ! m'empourprai-je en fronçant les sourcils.

— Pardon, pardon.»

Son air espiègle me fit sourire malgré moi. Elle était incorrigible. Sa personnalité et celle d'Hinata étaient aux antipodes ! Il était vrai qu'Hinata représentait parfaitement la pureté personnifiée, mais vu son âge et son statut de naissance, le contraire eut été étonnant. Ino elle était fière, pleine d'une sensualité qui aurait fait pâlir plus d'une préceptrice aigrie !

« Et toi, quelle est ta fleur préférée ?

— La mienne ? Mmh, difficile à dire. Mais je dirais que mes préférées, ce sont les fleurs qui ont une symbolique sur l'amour.»

Encore une fois, je fus frappée par l'évidence de ses paroles. Ses joues s'étaient légèrement colorées et un éclat brillait dans ses yeux clairs. Elle touchait du bout des doigts des pétales.

« Le tsubaki* a un sens différent selon la couleur qu'il revêt. Qu'il soit jaune ou rose, ses pétales n'auront pas autant d'importance dans les sentiments transmis. Une fleur rouge, elle, est synonyme d'amour.

— Et une fleur blanche ?

— Le signe d'un désir. »

Je restai silencieuse, le regard rivé sur ses doigts effleurant les pétales immaculés. Son sourire s'était évanoui et une expression douloureuse se lisait sur ses traits harmonieux. Du plus profond de mon cœur, je sus ce que signifiait son mutisme. Ino était amoureuse. Et l'identité de celui qui hantait ses pensées, elle, était plus que certaine. Mes yeux se reportèrent sur la propre fleur que je tenais entre mes mains. La voix de mon amie me ramena à la réalité.

« Oh, tu as trouvé une fleur de narcisse ? C'est rare d'en trouver encore en cette saison.

— Elle a résisté à l'hiver. Quelle est la signification de cette fleur ?

— On dit qu'elle représente le respect et l'une autre signification que je n'apprécie guère…

— Laquelle ?

— L'amour non réciproque. »

C'était le comble d'avoir ramassé la seule fleur hivernale lorsque l'on portait mon prénom. Je souris tristement.

« Je crois aussi me souvenir que le narcisse a un autre sens caché. Un symbole d'espoir et de renouveau, il me semble. Un peu comme la fleur de cerisier. C'est étrange, non ? »

Etrange… Comme cette sensation d'en comprendre le sens, oui. Le printemps avait succédé à l'hiver. Cette fleur ne pouvait donc pas s'épanouir au cœur de cette nouvelle saison. Ils étaient incompatibles. Pourtant, la corolle jaune s'épanouissait librement dans ma main. Vive, tenace.


Le soleil, à son zénith, inondait la cour où une vingtaine de soldats s'exerçaient en binôme à parer et se désarmer, dans un espace délimité par un cercle tracé au sol. Leur formateur les avait armés chacun d'un shoto* pour s'entraîner à se battre à huis clos pour faire face à toute éventualité. Certains de ces gardes pourraient être amenés à former une escorte pour les émissaires et autres dignitaires de la capitale, aussi suivaient-ils à la règle chacun des préceptes qu'on leur apprenait. Seuls les meilleurs éléments de la garnison étaient choisis avec minutie pour espérer rejoindre un jour la garde personnelle du seigneur Sarutobi Hiruzen. Son héritier, Sarutobi Asuma, en était à la tête. Ami de longue date avec le commandant du Koueichiimura, il avait une confiance totale dans le jugement de son second pour recruter les éléments les plus prometteurs.

Et quelle fierté pour ces gardes d'être entraînés par la main de fer d'Uchiwa Sasuke dont la renommée n'était plus à justifier. Certains étaient plus jeunes que lui, d'autres plus âgés, cependant, d'aucun ne se sentait plus honoré que de pouvoir apprendre auprès du meilleur combattant de la capitale, peut-être même du pays du Feu. Sérieux à toute épreuve, il était intransigeant autant envers ses hommes qu'envers sa propre personne. Aujourd'hui encore, il effectuait sa ronde entre chaque binôme d'une allure presque féline, les mains croisées dans le dos, vêtu dans des nuances sombres qui soulignaient davantage la couleur de ses cheveux ébènes et ses yeux d'obsidienne. S'il imposait déjà le respect par sa seule présence, la froideur qui émanait de sa personne depuis quelques jours mettait tout le monde d'accord sur l'aptitude à adopter face à lui: éviter par tous les moyens de se mettre leur instructeur à dos.

Le brun finit son inspection pour se poster de front et balayer l'assemblée de son regard imperturbable. Peut-être était-ce pour cette raison que Sasuke avait l'impression que le groupe de combattants qu'il formait ces dernières semaines s'améliorait plus vite que la normale. Les plus fanfarons d'entre eux avaient vite déchanté dès les premiers jours, la réputation apathique de l'Uchiwa plus réelle encore qu'ils ne se l'étaient imaginée. Il ne les insultait pas, ne les malmenait pas non plus. Son seul regard noir faisait taire les plus courageux et trembler les moins téméraires. Son enseignement militaire portait visiblement ses fruits, le samouraï n'avait même pas eu besoin d'en reprendre au moins un pour servir d'exemple aux autres. Un sourire en coin apparut sur ses lèvres. Peut-être devrait-il se montrer aussi impartial avec sa future élève ? Qui sait, une discipline aussi rigoureuse que celle qu'il dispensait ne pourrait lui être que bénéfique. Lentement, il déplia et replia les doigts de sa main redevenue intacte. La douleur avait disparu presqu'aussi rapidement que leur échange avait pris fin… qu' elle, y avait mis fin. Son expression s'assombrit légèrement, et les hommes qui avaient cru apercevoir une once d'humanité éclairer son visage de marbre, reprirent aussitôt leur exercice en avalant leur salive de travers de peur d'avoir été découverts.

Dès l'instant où son meilleur ami avait crié son prénom, sa main s'était dérobée à la sienne. Comme si une décharge électrique avait parcouru subitement ses doigts. Alors qu'il essayait de se montrer moins hostile et légèrement compatissant. A moins qu'être aperçue en sa compagnie ne soit trop dégradant ? Ou bien était-ce le fait que ce soit justement Naruto qui les voie ensemble qui soit si difficile à accepter ? Quoi de plus naturel que son agacement ne refasse surface ! Sasuke avait déjà bien du mal à reconnaître qu'il était réellement un peu impressionné par la ténacité de cette fille, Sakura-chan, comme aimait visiblement l'appeler l'Uzumaki. Quand étaient-ils devenus si proches d'ailleurs ? La mâchoire du brun se contracta. Il lui démangeait étrangement de flanquer sa main guérie dans n'importe qui ou n'importe quoi tiens.

Sasuke ne pouvait non plus nier qu'il évitait en partie son ami pour cette raison. Cela l'avait déjà passablement agacé de devoir se justifier sur le fait qu'il lui avait prêté son poignard, alors qu'il n'avait nul besoin de le faire. Lui et Naruto étaient suffisamment proches pour pouvoir tout se dire, toutefois… les choses semblaient légèrement différente entre eux, aujourd'hui. Comme une sorte de compétition. Ils avaient toujours été rivaux, cherchant à se dépasser l'un l'autre, mais il n'y avait aucun esprit de camaraderie ici. Une nuance subsistait dans leur relation ces derniers temps, une nuance… teintée de rose pâle.

De fait, il avait choisi de cacher à Kakashi l'autre aptitude de leur nouvelle pensionnaire. Non pas qu'il eut voulu garder cette information secrète, simplement, il voulait pouvoir tester lui-même ses capacités. Il en avait eu un avant-goût, certes, mais cela ne lui suffisait pas. Quelle était sa force et que pouvait-elle en faire ? Il voulait la pousser au maximum dans ses retranchements pour pouvoir la cerner davantage. Si l'Uchiwa était intervenu à temps pour bloquer le coup de son assaillant, il savait aussi qu'elle avait réussi à riposter par ses propres moyens… et cela lui avait plu. Elle lui était apparue triomphante, le regard si droit qu'il l'avait déstabilisé plus profondément qu'il ne l'aurait pensé. L'Uchiwa ne courait pas les ruelles du Yoshiwara autant que ses camarades, il avait néanmoins connu suffisamment de femmes pour savoir ce qui satisfaisait ou non ses désirs. Aussi, jamais il n'avouerait combien il l'avait trouvée désirable à cet instant précis, d'une beauté éphémère et insaisissable. Il n'avouerait pas non plus avoir subtilement laissé ses doigts glisser sur sa peau, lorsqu'elle avait relevé la tête pour le regarder droit dans les yeux. Qui es-tu ? Voilà ce qu'il aurait voulu lui demander pendant qu'elle l'avait soigné, concentrée sur sa tâche, alors qu'il cherchait à percer le mystère qui l'entourait. Cette Sakura était une énigme. Une énigme matérialisée sous l'apparence d'une créature qui l'ennuyait autant qu'elle le perturbait… et qu'il aurait pu aisément être tenté d'embrasser, sous le saule pleureur centenaire.

Ce qui aurait été une erreur. Comme c'était une erreur que d'y repenser, encore.

« Assez pour aujourd'hui! s'éleva la voix grave de Sasuke en redressant la tête pour commander aux soldats de s'arrêter. Il y a du progrès, alors continuez ainsi.

· Entendu ! répliquèrent en chœur les gaillards en nage, courbant le dos pour le saluer comme un seul homme. »

Le jeune homme hocha la tête en guise de réponse et s'éloigna de la cour extérieure pour quitter l'enceinte du palais. Plusieurs servantes s'arrêtèrent à son passage pour le saluer avant de glousser une fois qu'il eut le dos tourné. Comme à son habitude, il n'y prêta pas la moindre attention. Le nombre de ses admiratrices n'avait cessé d'augmenter depuis qu'il avait remporté le tournoi d'arts-martiaux de Konoha et son nombre de cœurs brisés avec. Voilà pourquoi c'était une énorme erreur, une connerie, voire une hérésie, que de laisser son esprit vagabonder vers la jolie jeune femme aux cheveux semblables à une traînée de pétales de cerisier. Il avait tellement d'autres choses à penser, bien plus importantes et bien moins plaisantes, il fallait se l'avouer.

La bile lui montait à la gorge et son cœur cognait douloureusement dans sa cage thoracique à l'idée de savoir que son frère se trouvait ici, quelque part entre les remparts de la capitale. Sasuke n'ignorait pas que Naruto avait été lui rendre visite, de façon plus ou moins courtoise. Lui en était encore incapable. Il avait trop de ressentiment, tant de rancœur envers Itachi pour avoir osé l'abandonner sans la moindre explication durant cinq longues années. Ces années où il était devenu un adulte, où il aurait eu besoin de se reposer sur les épaules de son grand-frère quand la douleur et le chagrin revenaient parfois le hanter dans ses cauchemars. Ces années où il n'aurait pas recherché à devenir plus fort par n'importe quel moyen… et à n'importe quel prix.

Le jeune Uchiwa avait été d'accord pour faire une trêve avec Kakashi uniquement parce que la situation l'avait exigée. Il baissa les yeux, perdu dans ses réflexions. Son coup n'avait pas été assez puissant pour blesser davantage l'homme aux cheveux blonds qui avait attaqué Sakura. Kiba avait également été mis sur le coup pour le retrouver, habitué à pister les odeurs avec ses aptitudes et le flair de son compagnon Akamaru. Aucun indice ne leur était encore parvenu, l'individu avait sûrement dû déjà fuir la ville, ce qui l'agaçait légèrement. Il n'aimait pas l'idée de se retrouver avec de nouvelles emmerdes à gérer, et c'était précisément le genre d'emmerdes qu'il ne pourrait pas non plus éviter. Même s'il feignait le contraire, Sasuke voulait comprendre pourquoi on s'en était pris à la jeune femme. Il avait vu la stupeur l'empêcher de parer le coup, comme si ce qu'elle venait de découvrir l'avait subitement laissée inconsciente à tout ce qui pouvait l'entourer. Encore une fois, n'avait-il pas prédit que l'emmener avec eux ne serait que source d'ennuis ?

Ses pas le ramenèrent bien vite au cœur de la capitale où la journée était déjà bien avancée. Son attention se porta sur un dos familier et il s'avança en direction du groupe formé par l'Uzumaki, l'Hyuuga et une patrouille de gardes. Neji fut le premier à le sentir arriver et donna un coup d'épaule au blond, l'expression inhabituellement sérieuse. Ce détail fit légèrement froncer les sourcils de l'Uchiwa.

« Sasuke ! s'écria son ami en levant son bras pour lui faire signe. »

Les gardes courbèrent légèrement la nuque pour le saluer et le samouraï les imita avant de se tourner vers ses coéquipiers.

« Tu tombes bien, on a un problème.

— Que se passe-t-il ?

— On nous a avertis qu'il y avait eu trois corps de découverts dans une ruelle du Yoshiwara du côté des maisons closes. Il y a deux jours de cela.

— Deux jours ? répéta le capitaine du Koueichiimura en interrogeant du regard les gardes.

— Oui, Uchiwa-san. C'est une jeune kamuro qui a découvert la scène de crime dans la soirée. Pas de trace de lutte apparente, ils ont purement et simplement été assassinés.

— Etaient-ils connus ?

— On ignore leur identité, leurs apparences ne donnaient pas l'impression qu'ils étaient nobles en tout cas. Mais rien qui ne justifierait qu'ils soient tués de cette façon. »

Trois corps retrouvés, deux jours auparavant. Le regard sombre cilla. S'agissait-il d'une coïncidence? Rien ne pouvait lier les deux affaires, pourtant, l'Uchiwa avait un curieux pressentiment. Naruto reprit la parole, s'avançant d'un pas.

« Apparemment, il y aurait un témoin affirmant avoir vu qui les aurait exécutés. Je voulais aller l'interroger, mais…

— Mais quoi ? »

Le regard azur était fuyant, rivé sur le côté pour ne pas regarder vraiment son ami en face. Il savait que ce qu'il s'apprêtait à dire n'était peut-être que pur mensonge, sans avoir la pleine certitude que cela ne puisse pas être le contraire. L'expression de Sasuke se fit plus sombre encore.

« Parle, Naruto.

— Ce… C'est-à-dire que le témoin aurait donné une vague description de l'individu en question.

— Et ?

— Et euh… Il aurait dit qu'il ressemblait à quelqu'un de… notre organisation. En plus âgé. »

Le sang de Sasuke ne fit qu'un tour. Il sentit les jointures de ses poings blanchir à mesure qu'il les serrait à l'extrême.

« Et alors ?

— Ecoute Sasuke, je suis sûr que…

— Sasuke-san ! »

Le puiné des Uchiwa, dont les onyx se heurtaient violemment aux prunelles céruléennes de l'Uzumaki, tourna lentement la tête en direction de la voix qui venait de le héler. Rock Lee, le disciple de Gaï, arrivait en courant vers eux à toute allure. Il avait dû partir précipitamment de ses quartiers car il portait encore à la taille une ceinture de poids qui n'avait pas l'air de l'entraver le moins du monde. De grosses gouttes de sueur dégoulinaient de sa tignasse hirsute et le long de ses tempes lorsqu'il se stoppa à leur hauteur, les mains appuyées sur les genoux en reprenant son souffle.

« J'ai accouru ici au plus vite en apprenant où vous étiez ! C'est Maître Gaï qui m'envoie ! »

Sasuke, qui s'était déjà préparé à entendre la suite, laissa son regard glisser vers le sol. Même les dieux ne souhaitaient pas ces retrouvailles. Il avait tristement envie d'en rire.

« Qu'y a-t-il, Lee ?

— C'est terrible ! Itachi vient d'être arrêté ! »


Lexique du chapitre:

Kenjutsu: l'art du sabre des samouraïs. Il appartient aux anciens arts martiaux japonaiset entre dans la catégorie desbujutsu, les techniques guerrières du Japon féodal.

Jinbei: vêtement traditionnel japonaiscomposé d'une veste à manches courtes et d'un short en coton. Tenue légère et confortable pour toute la famille, le jinbei se porte à la maison ou à l'extérieur, surtout lorsqu'il fait chaud.

Engawa: sépare l'espace de vie intérieur de l'extérieur, servant de plateforme intermédiaire entre les deux. Plutôt étroite, elle ressemble parfois à un couloir. On va dire que c'est ce qui entoure la terrasse.

Ikebana: art floral japonais qui permet de créer une structure naturelle décorative aux lignes épurées et à connotation spirituelle. J'ai lu toute la page sur le sujet sur le site Univers du Japon pour m'inspirer et c'était très instructif:)

Niwaki: littéralement«arbre de jardin»est un arbre implanté dans le jardin. L'objectif de cet art traditionnel japonais consiste à cultiver, entretenir, sculpter par la mise en forme et la taille d'un arbre en pleine terre afin de restituer dans le jardin les différents paysages admirés dans la nature. On les retrouve dans la majorité des jardins que l'on peut visiter au Japon.

Hanakotoba: désigne le langage secret des fleurs, ou plutôt l'ensemble des significations qu'elles portent. Cet art séculaire est issu de la philosophie bouddhiste qui apprécie la beauté éphémère. Les couleurs, les formes et les variétés florales délivrent des messages personnels à qui sait les décrypter. Ainsi, chaque fleur symbolise une émotion qui lui est propre comme l'amour, la pureté, le mépris ou l'honneur… encore une fois, j'ai beaucoup lu de quoi cela parlait via le site Univers du Japon

Tsubaki: il s'agit de la fleur de camélia. Je m'en resservirai car selon ses couleurs et sa signification, elle aura son importance – y compris avec le titre de cette histoire hehe

Shoto: il s'agit d'un wakizashi en bois utilisé pour les entraînements, l'autre arme majoritairement utilisée par les samouraïs en plus du katana.


Hey, on n'allait pas se quitter sur un chapitre qui n'allait pas terminer en chapitre à la Mileva voyons ? ;)

Vous aurez remarqué que je l'ai considérablement raccourci par rapport aux autres chapitres et c'est un choix que je vais conserver désormais. Même pour moi en fait ça devenait n'importe quoi de m'y retrouver dans ce que j'écrivais, je vais aller au plus direct et précis :) mes lectures m'ont beaucoup influencée ahah !

Je vais essayer de continuer à noter mes idées et écrire de façon plus régulière, je ne promets rien si ce n'est faire des efforts pour vous laisser patienter le moins de temps possible que cette longue absence.

En attendant, merci à vous d'être passé sur ma page et d'avoir pris le temps de me lire :D en espérant que cela vous aura plu et que ça restera à la hauteur de ma gougoulitude surtout ;)

Plein de bisous les gens ! A très vite ! Mireba-chan :)