Chapitre 4.

Hermione se dirigeait vers les ascenseurs pour prendre son service lorsqu'un rire chaud et grave la stoppa sur le champ.

Elle y aurait mis sa main à couper : c'était le sien. Il en était si avare. Seulement, un frisson la parcourut lorsque sa voix vint à nouveau retentir à ses oreilles, laquelle prononça justement son prénom. Elle s'approcha donc du bar d'où elle pouvait l'entendre pouffer lorsqu'un second et un troisième esclaffe, gras et vulgaires se joignirent au sien. Des bribes de conversations s'y accompagnant parvinrent jusqu'à elle et la jeune femme s'arrêta.

C'était sans doute mal d'espionner, ça, oui. Mais comment pouvait-elle se retenir lorsqu'elle entendait que la conversation la concernait ?

« Et toi, Hart ? T'en dis quoi ? »

Hermione fronça les sourcils, puis se cacha derrière une colonne. Quelques passagers ne pouvaient s'empêcher un regard en coin vers elle, la dévisageant plus ou moins pour ce qu'elle était en train de faire, mais cela lui importait peu à l'heure actuelle.

« Je doute que ce genre de femme vous intéresse, surtout toi, Will. Trop de cerveau.

_ Moi, tu sais, du moment qu'elle couine assez fort, c'est tout ce que je demande. Une femme bonne au lit, c'est une femme qui en sait juste assez pour faire ce que je lui demande ! »

Hermione leva les yeux au ciel. Elle ne connaissait pas l'homme venant de donner cette remarque, mais son allure pédante, sa calvitie naissante et son air suffisant ne donnaient rien qui vaille.

« Les temps changent, Will, ronronna la voix de Severus. Cette jeune femme est instruite et rêve de se faire une place dans le Nouveau Monde.

_ Jamais une femelle ne me donnera des ordres ! C'est à nous qu'elles obéissent et rien n'est plus contre-nature que ces bonnes femmes qui ne font pas ce qu'on leur demande. On ne cherche pas la lune pourtant enfin. Tu sais quoi ? La p'tite nana des ascenseurs, je crois que tout ce qui lui manque, c'est un bon ramonage. Histoire de lui rappeler qui valse l'autre ? Et tu devrais t'en charger avant un autre plutôt que de te laisser mener par le bout de la queue ! »

Le rire de Severus se perdit dans le verre qu'il avait à la main et dont il prit une gorgée.

« Peut-être, Will, peut-être… Je vais y réfléchir sérieusement. Après tout, c'est nous qui avons le monopole de la raison, hum ? ajouta l'homme en souriant doucement.

_ Oui, d'ailleurs, cela me surprend de ta part, intervint enfin le second homme jusqu'alors assez discret. Toi qui a cette règle de ne s'encombrer de rien ni personne, la survie avant tout !

_ Le jeu mon cher. N'avons-nous pas toujours ce pari en cours ? »

Les derniers mots de Severus se perdirent dans un bourdonnement. Le cœur au bord des lèvres, Hermione tourna subitement les talons et se rendit jusqu'à la rambarde pour prendre l'air un instant, quitte à bousculer quelques passagers qui grondèrent.

Elle était écoeurée !

Il s'était joué d'elle, ni plus, ni moins. Dire qu'il avait honteusement courbé l'échine et acquiescé aux propos grossiers et orduriers de l'homme face à lui. Le rire du dénommé Will résonnait de façon obscène à ses oreilles, ainsi que celui d'un autre homme, silencieux, mais qui ne faisait que convenir à ces paroles inconvenantes.

Le bruit de la course d'Hermione n'avait pas échappé à Severus et il se figea lorsqu'il l'a vit disparaître à l'angle de son champ de vision.

Et merde !

Laissant là ses deux compagnons de beuverie qui s'esclaffaient sous une énième réflexion vaseuse, il se précipita à sa suite, un nœud lui vrillant l'estomac.

xXx

Hermione fit descendre le dernier passager de deuxième classe vers le couloir des quartiers concernés.

Elle était si en colère qu'elle faisait fonctionner le mécanisme avec brusquerie. Pourtant, on l'appela une nouvelle fois et elle fit remonter l'habitacle.

Il était tard, elle n'aspirait qu'à une chose : retrouver son lit. Mais quand les portes s'ouvrirent, elle fulmina plus encore. Elle tenta alors de les refermer, en colère, mais Severus ne la laissa pas faire. Profondément agacé, l'homme pénétra dans les ascenseurs qu'il clôtura lui-même avant de se tourner vers Hermione.

« Je ne le pensais pas, lâcha-t-il avec brusquerie.

_ Je vous ai entendu rire à leurs blagues grossières, c'est pareil, dit-elle d'une voix étrangement calme et froide.

_ Non ce n'est pas pareil, nia-t-il, agacé.

_ Oh oui, ces « bonnes femmes qui n'obéissent pas lorsque leur mari leur donne un ordre », quelle idée n'est-ce pas ? Et quelle hérésie qu'elles aient le droit de s'instruire maintenant, ironisa-t-elle. Sans parler de cette histoire de « pari ».

_ Ce ne sont pas mes paroles, ce ne sera jamais le cas, assura-t-il. Comment serait-ce possible ?

_ Parce que vous vous fichez de tout sauf de vous, quitte à survivre à n'importe quel prix au mépris de quiconque, ainsi que du mien. C'est ce qu'ils disent tous après tout, c'est ce que j'ai aussi entendu tout à l'heure. Cela confirme tout le reste. Vous êtes un homme. »

Severus sembla indifférent, son regard restant si détaché qu'Hermione sentit son estomac se contracter. Trahie, elle se sentait trahie. Oui, elle aurait dû écouter sa voisine de chambre qui lui disait que cet homme devant elle n'était pas quelqu'un de bien. Dire qu'elle avait perdu son temps à le défendre.

« Si je n'avais pas entendu ces abominations tout à l'heure, qu'auriez-vous fait ? Continuer d'en rire le jour, puis de flirter avec moi le soir ? Oh mais suis-je bête. Vous cherchiez une distraction, cracha-t-elle avec hargne.

_ Ce sont de mauvaises conclusions.

_ Seigneur, rit-elle faussement. J'étais si naïve.

_ C'est faux, murmura-t-il, de sa voix si dure. C'est un… rôle.

_ Un rôle ? »

Severus soupira. Il se tint l'arête du nez, fatigué.

« Je ne veux pas me faire pincer à la sortie du quai pour escroquerie. Je joue double jeu pour qu'on me fiche la paix, pour pouvoir m'enfuir de ce paquebot de malheur sans soupçon dès notre arrivée. Je m'intègre, à n'importe quel prix. Est-ce si difficile de le comprendre ? »

Hermione l'observa un instant, toujours aussi blessée vraisemblablement.

« Non, au contraire. J'ai tout compris. »

Snape serra la mâchoire.

Il devrait s'en aller maintenant, il devrait la laisser planter là. Parce qu'il n'était pas un homme prompt à s'alourdir des états d'âme de quelqu'un d'autre, il n'en n'avait ni le temps, ni l'énergie.

« Vous croyez toujours tout comprendre sur tout, mais ce n'est pas le cas Miss Marshall !

_ Vous venez de le dire vous même ! Vous avez l'aspiration de vous sauver dès que vous en aurez l'occasion sans regarder derrière vous. Et voyez-vous, sans oser vous manquer de respect, vous faites un acteur remarquable si ces plaisanteries ne vous amusent pas.

_ Seigneur, vous êtes si… imbue de vous même que vous refusez de voir ce qui se trouve juste devant votre nez. »

Merde, pourquoi s'obstinait-il ? Il avait envie de se casser d'ici. Mais une partie de lui ne s'en sentait pas capable. Et elle qui semblait si en colère, c'était comme si ses cheveux se dressaient tout autour de son visage tel un véritable lion prêt à bouffer sa proie.

« Alors pourquoi perdez-vous votre temps Monsieur Hart ? cria-t-elle, hors d'haleine.

_ Parce que vous êtes la femme la plus agaçante, la plus têtue, la plus… la plus foutrement maligne de ce foutu bateau, que merde ! Vous me sortez par les oreilles, et que je ne peux pas continuer de vous laisser vous tromper en affirmant ce genre d'ineptie.

_ Oui, je sais, je provoque souvent cet effet sur les gens, se targua-t-elle d'une voix étranglée. Mais vous devriez me laisser, j'ignore pourquoi, mais il semblerait que vous y laisserez des plumes si vous continuez de vous acharner à me prouver quoique ce soit, n'est-ce pas ? Parce que vous savez que je creuserais, quoiqu'il arrive, j'essaierais de comprendre et que je ne laisserais rien passer, car comme vous le dites si bien : je suis une fichue Miss Je Sais tout exigeante et obstinée.

_ Vous m'ôtez les mots de la bouche, cracha-t-il. »

Hermione parvint à le contourner pour s'enfuir de l'ascenseur.

Elle avait été bête, si bête. Était-ce la pression, ces mois de solitude, cette pression, cette promesse à un mariage arrangé qui aurait brisé sa vie ?

La jeune femme parcourut le pont de promenade, les yeux embrumés avant de sentir son bras se faire tirer en arrière. Elle couina de peur, mais ce sentiment fut bien vite balayé quand elle sentit des lèvres se poser sur les siennes.

Ce parfum, elle le reconnut entre mille, elle venait justement de le quitter en catastrophe alors comment…

Impulsivement, Hermione se détacha de lui pour lui asséner une claque retentissante. Un lourd silence s'imposa entre eux, tandis qu'Hermione rougissait encore de honte, face à son geste comme à ce baiser impromptu.

xXx

Des "Ohhhhhh" ponctués pour certains de sifflements bien vite réprimés par Minerva accueillirent la dernière scène. Certains Gryffondors rougirent d'embarras, formant de ce fait un contraste tout à fait intéressant avec la pâleur qui avait envahi le visage d'une bonne partie des Serpentards.

Ces derniers ne pouvaient décemment imaginer leur vénéré professeur et Directeur de Maison prenant l'initiative d'un baiser et encore moins vis-à-vis d'une élève Gryffondor ! Quant à la Miss Je Sais Tout qu'il détestait, il y avait tout un monde.

Bon d'accord, techniquement parlant, cette Hermione n'était ni élève, ni Gryffondor mais leurs yeux ne pouvaient s'empêcher d'aller et venir entre les deux personnages qui évoluaient sur le paquebot et ceux endormis au sol.

xXx

Le soir tombait doucement sur l'océan.

Une ombre solitaire se dressait seule sur le pont supérieur, comme imperméable aux températures de plus en plus froides de ces nuits de l'Atlantique Nord. Des bourrasques de vent irrégulières venaient parfois fouetter le visage pâle de l'homme, faisant voltiger de longues mèches de cheveux noirs échappés de son catogan et amenant jusqu'à lui les embruns parfumés de l'océan.

Immobile, il aurait pu passer pour une de ces statues antiques d'un César romain, son profil noble et acéré se découpant dans le soleil couchant.

Severus ne sentait pas le froid, ni le vent. Tout juste remarquait-il que le soleil tombait dans l'océan, ses derniers rayons jouant sur les hautes cheminées du monstre des mers. L'homme songeait à l'avenir, et, pour la première fois depuis longtemps, était pétrifié par la peur. Ses doigts caressèrent machinalement ses lèvres, là où il lui semblait encore sentir celles d'Hermione… Avant qu'elle ne lui mette la baffe du siècle.

Cette pensée le fit un peu pouffer, il devait l'avouer.

Il l'avait embrassé, mu par une impulsion qui ne lui ressemblait pas. Dans le fond, il devait l'avouer, sa passion ne l'avait que plus fait craquer encore. Sans doute que sa réaction suite à son geste avait été plus que compréhensive, et pourtant, à travers ce lourd silence et cet échange de regard, il avait eu la sensation qu'elle avait enfin compris réellement les tenants et aboutissants de tout cela. Même s'il n'était pas sûr d'y comprendre grand chose lui non plus, dans le fond.

Severus ferma les paupières un instant, avant de se retourner. Elle était là, il l'avait deviné.

« Alors était-ce cela ce pari ? Si c'est le cas, je vous frappe une deuxième fois. »

Severus soupira, avant de se contenter de nier d'un mouvement de tête.

« Alors c'était vraiment puéril, dit-elle gravement. »

Severus soutint le regard ambré d'Hermione, qui le fixait, les bras croisés sous sa poitrine.

Elle s'avança d'un pas.

Il ne répondit pas, ça n'avait aucune utilité : il avait agit comme un con et il le savait très bien.

« Je ne suis pas votre objet monsieur Hart, et je crains que lorsque vous voulez embrasser une femme, il serait de bon gout de lui demander son avis.

_ Vous croyez peut-être m'apprendre quelque chose ? demanda-t-il d'une voix dure en s'avançant vers elle.

_ Qu'espériez-vous ?

_ Vous rabattre le caquet. C'est que vous pensiez tellement tout savoir sur ma personne, il fallait bien que vous fasse taire.

_ Que dois-je donc en conclure ? Que vous êtes un mufle ? Savez-vous que c'est ce qu'ils disent tous dès que j'ai le malheur d'évoquer votre nom ? A croire que vous êtes infect avec la majorité des passagers de ce bateau.

_ Et que devrais-je dire vous concernant dans ce cas ? Que vous êtes vous aussi cette chieuse qu'ils dépeignent ? Une femme si agaçante que je dois me tuer à lui prouver qu'elle fait fausse route jusqu'à devoir faire des choses innommables.

_ Faire fausse route ? demanda-t-elle encore. Vous m'avez embrassée enfin ! Et de ce que j'en conclus, c'était à la base d'un odieux pari.

_ Et bien vos conclusions sont mauvaises, aboya-t-il. »

Hermione leva les sourcils, avant de se figer sur place.

« Je n'embrasse pas n'importe qui, déclara-t-il d'une voix basse. Et encore moins pour une chose aussi immature que cela.

_ Que dois-je en conclure au juste ? Et comment suis-je censé deviner des choses par ce biais ? Votre geste était ridicule, souffla Hermione.

_ J'ai préféré vous montrer que je suis quelqu'un de sincère.

_ Parfait, et je vous ai frappé, ce qui n'était qu'un juste retour des choses. »

Severus ne put s'empêcher d'esquisser un sourire un peu amusé.

« Et ça vous fait rire en plus ! s'exclama-t-elle, tout à fait désabusée.

_ Oui, avoua-t-il. Croyez-le ou non, j'aurais été même déçu que vous vous laissiez faire.

_ Arrêtez de me raconter des âneries, lâcha Hermione avant de s'accouder à la rambarde du pont de promenades, cheveux au vent. Parfois, je me demande vraiment à quoi vous jouez. »

Severus l'observa faire, un peu hypnotisé par son profil. Puis, il se posta à côté d'elle et sa voix se mua en un murmure à peine distinct.

« Et vous alors ? souffla-t-il. A quoi jouez-vous pour me rejoindre de nouveau ici après m'avoir mis une gifle juste après avoir entendu des horreurs provenant de ma bouche ? »

Hermione leva un regard timide vers lui, silencieuse. Que pouvait-elle bien y répondre de toute façon ?

« Les plaisanteries de ces gugusses ne m'amusaient pas, j'éprouvais même l'envie viscérale de les épingler sur le mur pour les atrocités qu'ils racontaient. Le problème, c'est qu'ils sont au courant de mon petit arrangement avec Thomas, donc, depuis, je n'ai plus qu'à faire bonne figure. J'ai fait bien trop de sacrifices pour monter sur ce paquebot pour devoir retourner en Angleterre si bêtement en me mettant les mauvaises personnes à dos. Imaginez le scandale si l'un d'entre eux allait toquer à la porte du capitaine pour lui dire que j'ai usurpé l'identité de quelqu'un. »

Toujours aussi muette, Hermione détourna ses yeux vers l'océan, si calme et noir en cette froide nuit d'avril.

Severus la regarda encore néanmoins, comme peu perturbé par son silence. Son regard se perdit sur son profil, sa bouche, son air imperturbable qui ne l'était définitivement pas.

« Vous êtes la seule personne ici à me porter de la considération… Ne vous en déplaise. Votre présence à mes côtés a eu du mal à trouver d'autres justifications que des inventions affreuses de ma part. »

Hermione se mordit la bouche, pensive.

« Sachez que c'est peut-être la première fois de mon existence que j'essaie d'être un peu plus vivable avec quelqu'un.

_ Parce que vous l'êtes avec moi ? demanda Hermione avec fierté, le sourcil levé.

_ Ne soyez pas ridicule, Miss Marshall, murmura-t-il. Vous n'auriez jamais arrêté nos rendez-vous si ma présence vous importunait. Pire encore, vous ne seriez même pas revenu. »

Sa voix si assurée et pourtant si calme, lui fit de nouveau tourner son visage vers le sien, plus hésitante néanmoins.

« Qu'est-ce que vous en savez ? demanda-t-elle soudain d'une voix basse.

_ Parce que vous faites mine de ne pas comprendre, alors que vous savez très il bien que je ne suis pas cet homme mauvais. Et qui sait, peut-être que je suis le seul ici à avoir le pouvoir de vous apprendre des choses que vous ne connaissez pas.

_ Vous êtes si prétentieux.

_ Allez-y, murmura-t-il en s'approchant dangereusement d'elle. Prouvez-moi donc le contraire. »

Les orbes d'Hermione scintillèrent d'hésitation, de trouble et de méfiance également. Elle ne put s'empêcher de déglutir un peu, alors qu'elle se sentait aspirée par ses prunelles sombres.

« Dites-moi que je me trompe. Cela voudrait dire que vous vous trompez aussi, dit-il d'une voix grave et basse.

_ Vous croyez que par simple fierté, je n'oserais pas vous remettre en doute ?

_ Exactement, et vous n'avez pas l'air d'y voir le problème.

_ Ce n'est pas de la fierté, mais de la perspicacité, lâcha-t-elle avec une fierté mal placée.

_ Par tous les saints, c'est tout ce que vous avez à dire ? lâcha-t-il en plissant les yeux, son visage dangereusement proche. »

Hermione pencha la tête d'un air un peu malicieux.

« Ça ne résout pas le problème. Vous vous excusez ?

_ Non, trancha-t-il.

_ Pourquoi ?

_ Je ne m'excuserai pas pour avoir dit quelque chose que je ne pensais pas.

_ C'est le propre des excuses, Severus. »

L'homme souffla fort son expiration par son nez, un peu agacé, ce qui fit un peu rire Hermione. Ce fut alors comme un aveu qu'elle lâchait les armes, et que sa colère s'était tarie.

« J'ai gagné, lui glissa-t-il avec malice.

_ N'importe quoi… »

Severus s'approcha plus près encore, avant de baisser ses yeux vers sa bouche. Hermione sentit sa respiration se couper, suivant son regard, les joues rouges.

« On ne se connait que depuis quelques jours, murmura-t-elle avec hésitation.

_ Une semaine, rectifia-t-il.

_ Vous êtes plus âgé que moi, prétentieux, clandestin, sans compter que je viens de vous entendre clamer des horreurs sans même que vous ne daigniez me donner des excuses dignes de ce nom. Et vous vous attendez à ce que je vous crois sur parole quand vous me dites que vous jouiez un rôle ?

_ En effet.

_ Pourquoi vous ferais-je confiance ?

_ Aucune idée… »

Hermione s'approcha plus encore, attirée comme un aimant vers le visage de Severus. Elle le fit jusqu'à baisser les yeux vers sa bouche tandis qu'il en fit de même. Puis, elle finit par la poser simplement sur la sienne, formant un baiser chaste, simple, et pourtant irréel pour elle.

Severus finit par fermer les paupières, glissant sa main contre sa nuque afin qu'elle ne s'éloigne pas tout de suite. Un peu effrayée par son geste, Hermione recula tout de même de quelques millimètres, choquée par elle-même et ce qu'elle avait osé faire.

« On ne devrait pas, se défendit Severus en secouant la tête.

_ C'est une mauvaise idée, continua-t-elle. »

Mais de nouveau, il se jeta sur ses lèvres et Hermione se rattrapa comme elle le put à la rambarde, y collant son dos, retenant son corps de partir en arrière en s'accrochant au bois de la barrière alors qu'il venait de l'y plaquer.

Ce baiser-là avait perdu toute chasteté pour ne transpirer que de désir, de passion d'une intensité rare.

« Hermione, lâcha Severus en reculant une seconde, les yeux clos et le souffle court. Je vais t'attirer des problèmes.

_ Je sais, et j'en assume les conséquences, lâcha-t-elle avant de reprendre son baiser, durant lequel elle souriait avec malice. »

Hermione s'accrocha à son col avant de laisser fondre ses bras autour de sa nuque.

« Tu sais ce qu'on va faire en sortant d'ici, lui chuchota-t-il.

_ Severus, gronda Hermione d'un air taquin. Je suis peut-être déjà mariée ailleurs tu sais.

_ Je parle du bateau, rectifia-t-il.

_ Oh, rit-elle, réellement amusée.

_ Tu viendras avec moi. »

Hermione fronça les sourcils en penchant la tête d'un air qu'il jugea tout à fait adorable. Il lui prit ainsi la main et baisa chacun de ses doigts tout en gardant son regard droit vers le sien.

« Seuls ensemble ? proposa-t-il.

_ Un homme recherché pour escroquerie et une femme qui fuit son contrat de mariage, clama-t-elle d'un air ironique.

_ Je sais, on dirait le résumé bizarre d'un mauvais livre, mais je suis sûr qu'on peut se débrouiller, avec ton savoir et mon légendaire sens de l'acting, lâcha-t-il en levant son index d'un air sérieux.

_ Et si ça ne marche pas, hum ? demanda-t-elle à la fois amusée mais d'un ton assez sérieux. Si on finit par se haïr ?

_ Il est vrai que je suis passé expert dans l'art de tout foirer, balança-t-il en la faisant rire à ses dépens. Sans compter sur le fait que je m'étais juré de rester seul, pour n'embarquer personne avec moi et que j'ai la fâcheuse tendance à me faire détester par une grande majorité de gens. C'est pour cela que je préfère ne pas te demander de m'accompagner, mais plutôt de l'exiger. Comme ça, tu ne pourras pas me détester totalement.

_ Voyez-vous cela, souleva-t-il, un sourcil redressé.

_ Et de toute façon, tu pourras toujours faire semblant toute ta vie de ne pas m'aimer. »

Hermione rit de nouveau avant se secouer la tête.

« C'est de la folie, souffla-t-elle. Pourquoi ferions-nous une chose pareille ?

_ Parce que j'en ai assez de ne côtoyer que des cornichons qui ne comprennent pas que la vie n'est pas un conte de fées. J'en ai marre de croiser des personnes dont l'existence est bien trop simple, tant et si bien qu'ils ne cherchent pas à voir plus loin que le bout de leur nez. J'ai su que tu n'étais pas comme ça dès que tu m'as menacé de me filer un procès. »

Hermione ricana, puis soupira, toujours aussi peu convaincue.

« Tu n'es pas obligée d'accepter bien sûr, lâcha l'homme en se détournant d'elle. Mais ce serait dommage, car j'avais des plans.

_ Lesquels ? demanda Hermione, curieuse.

_ Tu ne peux pas savoir si tu ne viens pas. »

La jeune femme le fusilla du regard. Il était si fourbe !

« N'importe qui te dirais que tu es dingue de me proposer une chose pareille, avoua-t-elle. Mon père le premier ne cesse de clamer que je suis un danger ambulant.

_ Tu es intelligente, rectifia-t-il en prenant sa main afin d'embrasser une de ses phalanges. Tu es courageuse, ajouta-t-il en baisant la seconde. Hermione, tu es perspicace, acharnée, astucieuse, studieuse, énuméra-t-il encore et encore. Et peu importe ce que je te dirais, tu trouveras toujours la façon correcte de me rabattre le caquet. Tu possèdes des qualités rares que j'apprécierais toujours, peu importe le temps et le contexte, même si parfois, tu m'agace fortement car tu refuse de me faire confiance. »

Hermione retint alors son souffle, les yeux étincelants d'un drôle de sentiment qui prit part au creux de son estomac.

« Et puis, de toute façon que comptais-tu faire ? Retourner en Angleterre après ta crise de rébellion ? demanda-t-il d'un ton ironique.

_ Je l'ignore… En fait, j'espérais trouver une idée sur ce bateau.

_ Oui, mais tu m'as trouvé, moi. »

En guise de réponse, Hermione lui sourit et rougit, avant de perdre son regard sur l'océan.

« D'accord… D'accord, je viendrais. Mais pour la confiance, nous en reparlerons lorsque tu te seras excusé.

_ J'espère que tu as du temps devant toi. »

Hermione ricana et l'homme lui tapota gentiment le bras.

« Et à propos… de mon mariage, osa-t-elle glisser avec timidité. »

Severus se tourna alors vers elle, et Hermione sentit son cœur rater un battement. L'homme prit une profonde inspiration, et osa passer une main dans sa chevelure bouclée.

« Je ne peux pas faire semblant qu'il n'existe pas.

_ Moi, je le ferais… »

Hermione sentit son souffle se couper lorsque Severus avança lentement vers elle pour l'embrasser avec plus de langueur, plus de sensualité, ce genre de baiser qu'elle n'avait pour ainsi dire jamais reçu, car elle n'y avait jamais cru. Pour la première fois de son existence, Hermione eut l'impression qu'elle pouvait lui faire confiance, contre toutes les apparences jouant contre lui.

Ce fut soudain comme si son coeur allait sortir de sa poitrine lorsque leur échange s'intensifia, et qu'il la pressa contre lui, avant qu'elle ne s'accroche à son corps d'ores et déjà brûlant et qu'il en vienne à la porter afin qu'elle entoure ses jambes autour de ses hanches.

De transit, leur échange atteint bien rapidement un autre pallier, bien plus plaisant, mais aussi, bien plus impudique que tout ce qu'elle avait pu connaître jusqu'alors. Hermione elle-même ne se reconnaissait plus, commençant peu à peu à se frotter contre l'homme la portant à bout de bras, homme qui grogna contre sa bouche comme un animal avant qu'elle ne sente les effets de ses mouvements sur son anatomie.

Leur baiser s'interrompit une seconde, et essoufflés, ils s'observèrent avec cette sorte d'expression incrédule, face à cette passion dévorante prenant place dans leur poitrine, leur peau, ainsi que chaque parcelle d'eux.

Hermione passa son index timidement sur sa bouche, le faisant fermer les paupières de délice. Fort heureusement, personne n'était présent sur le pont et les marins en charge de surveiller l'océan étaient perchés, bien trop haut sur leur nid de pie pour comprendre ce qu'ils fabriquaient, imbriqués de la sorte l'un sur l'autre.

« Severus, trembla Hermione de tout son corps. Je dois te dire que je n'ai… Je n'ai jamais…

_ Nous ne devrions pas rester ici, murmura-t-il en posant son front brûlant sur le sien.

_ Ai-je tant d'effets sur l'imperturbable Severus Hart ? »

L'homme finit par souffler son amusement par le nez, ébranlé. Au grand jamais il n'avait cédé ainsi, aussi facilement avec une femme.

« Depuis le début semblerait-il, lâcha-t-il avant de l'embrasser de nouveau. »

xXx

Plus d'exclamation, ni de sucreries, il ne régnait plus dans la salle qu'un silence gênant suivi d'une expression déconfite sur les visages des étudiants.

Harry jeta un coup d'œil à Minerva dont le teint était nettement plus blême qu'à l'accoutumée mais dont les pommettes légèrement rosées trahissaient l'embarras. La vieille femme tentait maladroitement de garder l'air impassible et fusillait du regard quiconque osait rire ou glisser une remarque déplacée sur l'un ou l'autre de ses deux protégés, ce qui ne semblait plus être à l'ordre du jour soudainement.

Puis, Harry laissa glisser son regard vers Ron qui, bouche ouverte, imitait parfaitement le poisson rouge, une patte de chocogrenouille pendouillant lamentablement hors de ses lèvres.

Enfin, des pupilles grises croisèrent les siennes. Un regard ni surpris, ni vraiment choqué.

Harry maîtrise tant bien que mal son étonnement vis-à-vis de Drago qui lui jeta un coup d'œil moqueur. Le Serpentard esquissa un mince sourire. Oui, il était presque content de voir que le sorcier qu'il avait connu si froid, impassible et pourtant dévoué avait pu, dans une autre vie, ressentir autre chose que du mépris. Cette existence avait malheureusement été tragique, elle aussi. A croire que cet homme était maudit. Mais enfin, il avait connu des sentiments heureux et réciproques… une fois dans ses existences.

xXx

Severus souriait contre sa bouche, pour une fois, confiant.

Mais soudain, une secousse les firent se séparer brutalement l'un de l'autre, ainsi qu'un craquement étrange et inquiétant.

« Qu'est-ce que c'était ? demanda soudain Hermione avec frayeur. »