Chapitre 11.

Malgré sa fatigue, et son étourdissement, Hermione n'était pas parvenu à refermer les yeux de la nuit.

Sa crise de somnambulisme lui avait valu une surveillance étroite à l'infirmerie. Snape n'était pas resté, bien sûr. Le contraire l'aurait étonné.

Mais lorsqu'il entra en trombe dans la pièce le lendemain matin, elle avait deviné à son expression à coucher dehors que lui aussi, n'avait pas dû compter beaucoup d'heures de sommeil à son actif. De grosses cernes lui encerclaient le regard, et il trainait la patte. A son arrivée un peu tonitruante, Poppy l'observa en une moue désapprobatrice, anticipant d'avance qu'il finirait par perturber ses patients. Et elle n'avait pas tord sur ce point.

« Granger, je dois vous parler. »

Hermione s'apprêta à répondre, mais Poppy le fit à sa place.

« Miss Granger doit se reposer.

_ Dans ce cas, Miss Granger aurait du y réfléchir à deux fois avant de taper un bain de minuit dans le lac, lui répondit-il avec dédain.

_ Miss Granger aurait peut-être due s'abstenir de s'endormir dans ce cas ? répondit la concernée d'un ton ironique. »

Snape se retourna vers elle, le sourcil levé en une expression offensée, comme si agir et parler d'elle en sa présence tout en l'ignorant était un comportement normal.

« Madame Pomfresh a raison, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, grogna Hermione en s'enfonçant dans ses draps, se tournant sur le côté pour lui faire comprendre le message. Ce n'était qu'une crise de somnambulisme, rien de plus.

_ Vous avez rêvé du bateau. Je me trompe ? »

Hermione ferma les paupières et souffla. Pompom envoya une oeillade meurtrière à Snape qu'il fit mine d'ignorer. Pire encore, il affichait un petit sourire en coin bien trop malicieux et fier d'avoir réussi à éveiller sa curiosité.

C'était vraiment trop facile.

« Comment vous le savez ? marmonna en levant ses yeux vers lui.

_ Miss Granger ! s'agaça la medicomage.

_ Le fait que vous m'ayez appelé par mon prénom m'a donné un petit indice. »

Hermione rougit en un instant avant de s'enfoncer plus encore dans son lit. Comme s'il était ravi de l'avoir mis mal à l'aise, Snape s'installa sur le siège à côté de sa couche tandis que Pomfresh lâcha les armes et s'en alla, les yeux levés vers le ciel.

« J'ai donc repris mes notes sur l'expérience, ainsi que ceux de Sybille après que Pompom m'ait confirmé que vous n'ayez jamais été sujette à ce genre de phénomène.

_ Et donc ?

_ Alors la folle à lunettes doit venir en discuter avec vous, mais j'ignore pourquoi elle a décidé de s'abonner aux absents ce matin. »

Hermione ne put s'empêcher de laisser échapper un mince sourire amusé à l'appellation de son professeur. Il n'eut pas le temps de s'étaler sur le sujet lorsque la professeur de divination entra enfin dans l'infirmerie. Loin d'être seule, elle n'était talonnée par nulle autre que McGonagall, qui lança un regard lourd de sens à Snape, lequel fronça les sourcils de contrariété.

« Qu'est-ce vous fichez là vous ? s'empressa-t-il de demander à la directrice.

_ Sybille a tenu cette fois, à me faire part de vos théories, explicita-t-elle.

_ Magnifique, grinça le potionniste.

_ Allez-vous finir par cracher le morceau à la fin, craqua Hermione, à bout de nerfs. »

Elle était épuisée, avait passée une nuit épouvantable et n'avait vraiment plus de patience pour les tergiversions. Snape et Minerva affichèrent tous deux un visage légèrement consterné tandis que la voyante remonta ses lunettes sur son nez d'un air un peu honteux.

« Pardon, finit par murmurer la Gryffondor en se raclant la gorge.

_ Lorsque nous avons eu notre dernier… échange lors de l'expérience, finit par prononcer Snape après une seconde d'hésitation, votre vous actuel a réussi à communiquer avec mon moi passé.

_ Quoi ? demanda Hermione, perdue.

_ Ce n'est qu'en relisant les notes de Sybille que je l'ai découvert. Je suppose que vous n'en gardez aucun souvenir ? »

Hermione se contenta de secouer la tête, le regard perdu dans le vide. Qu'avaient-ils bien pu se dire à cet instant ?

« Je pense que cet échange a créé un lien magique, intervint enfin la professeur de divination.

_ Un lien ? répéta la jeune femme, intriguée.

_ Nous ignorons encore pourquoi l'expérience vous a orienté vers cette existence, et m'a emmené avec vous. L'origine de nos pouvoirs n'a pas pu être expliqué, à moins que cela ne provienne de cette interaction entre le présent et le passé.

_ J'en doute, lâcha Hermione. Cela voudrait dire que ce genre d'échange serait nécessaire à l'apparition de la magie chez chacun de nous ? Si vous voulez mon avis, c'est plus qu'improbable. »

Snape ferma la bouche, avant de souffler lourdement l'air de son nez.

Il détestait qu'elle ait raison à ce point.

« Peut-être que ça n'en a pas l'origine, mais il est fortement possible que cela ait eu des conséquences, comme celles d'hier soir, intervint enfin Minerva. »

Hermione évalua les mots prononcés par la directrice avant de lentement acquiescer.

« Mais quelles solutions s'offrent à nous ? Je ne veux pas qu'une telle chose se reproduise, il en est hors de question.

_ On recommence l'expérience, balança Snape.

_ Absolument pas, l'interrompit Minerva d'un ton autoritaire.

_ Oh, alors que proposez-vous donc Einstein ?

_ Je peux lui faire faire une hypnose régressive. »

Snape fixa un instant Sybille Trelawney comme si elle venait de lui balancer que la Terre était plate. Il leva les yeux au ciel, s'apprêtant à la contredire avant que Minerva ne lui coupe de nouveau l'herbe sous le pied.

« C'est la solution la moins risquée que nous ayons en notre possession, souleva la directrice.

_ La moins fiable vous voulez dire, articula le potionniste. Et comment est-ce qu'on pourrait savoir qu'une telle connerie marcherait au juste ?

_ La divination est un art…

_ Oh je vous en prie ! la coupa Snape, agacé.

_ Severus ! Il me semble que la décision revient à Miss Granger, pour une fois. »

L'homme se contenta de grogner devant le regard empli de reproches lancé par la sorcière. Alors, tous trois se tournèrent vers la Gryffondor, qui ouvrit la bouche avant de la refermer comme une carpe.

Elle soupesa toutes les possibilités à son actif.

Il était exclu de ne pas agir de toute façon. Prendre le risque de faire une nouvelle crise serait de l'ordre du suicide. Elle avait failli se noyer. C'était bien assez traumatisant pour chercher à y mettre un terme.

Elle aurait aimé se ranger du côté de Snape et reprendre la potion, dans l'espoir d'y changer quelque chose. Seulement, la peur lui enserrait l'estomac. La perspective d'avoir à revivre ces horribles souvenirs était d'avance insupportable à imaginer. Mais le pire demeurait ce risque d'embarquer de nouveau son professeur là dedans.

Qui pouvait seulement lui garantir qu'il n'y risquerait pas sa vie, encore ? Il avait failli crever d'une hypothermie la première fois.

Hermione leva un regard timide vers sa professeure de divination.

« Quels sont les risques de l'hypnose ?

_ Aucune, répondit Sybille en remontant pour la dixième fois sa monture sur son nez.

_ Vous n'y pensez pas sérieusement ? demanda Snape d'une voix bien plus forte.

_ Et je vais devoir revivre mes souvenirs ? reprit Hermione sans tenir compte de ses protestations.

_ Ce sera totalement différent, vous pouvez me faire confiance. L'immersion ne sera en rien équivalente, et vous ressortirez de là en ayant eu l'impression de faire un rêve très détaillé. Je serais votre guide, mais vous serez le seul maître à bord. Et il n'y aura aucune répercutions possibles dans le monde réel. C'est quelque chose que j'ai pratiqué maintes fois. Figurez-vous même qu'un jour, je n'étais qu'un bébé lorsque mes parents, deux fermiers, m'ont enterré vivante au beau milieu d'un champs de blé. »

Minerva cligna plusieurs fois des yeux vers la voyante, qui ne semblait voir aucun mal dans ce qu'elle venait de raconter.

« Et vous voyez, je me porte comme un charme ! s'exclama-t-elle d'une voix suraigue.

_ Miss Granger… siffla Snape. »

Comme pour appuyer sa parole, le potionniste se pencha en avant vers elle, tenant fermement sa main au bord de sa tête de lit. Hermione leva un regard timide vers lui, alors qu'il arborait un visage aux traits durs. Sa proximité la rendait nerveuse désormais.

« Je peux prendre la potion, finit-il par craquer, excédé.

_ Ce ne serait pas très judicieux. C'est moi qui l'ait prise la première fois. Qui sait si elle vous renverrait vers cette existence ? Sans compter que ce « lien » ne vient peut-être que de moi ?

_ Ou alors il n'y a aucun lien et vous avez juste fait un vilain cauchemar post traumatique, tenta-t-il, en vain.

_ Dans ce cas, en quoi cette hypnose vous contrarierait ? »

Snape souffla plus encore son expiration par ses narines. Cette écervelée faisait semblant de n'y rien comprendre. Si lien il y avait, il était clair qu'ils en étaient tout deux les investigateurs.

« Soit nous faisons les choses sérieusement, soit nous ne les faisons pas, trancha-t-il en se redressant.

_ Miss Granger ? demanda une dernière fois Minerva, un sourcil levé. »

Hermione déglutit, puis osa un léger coup d'oeil vers son ancien professeur de potions avant de hocher la tête vers Sybille.

« C'est d'accord pour l'hypnose. »

Snape soupira exagérément, alors que la directrice lui envoya un regard dissuasif.

« Je t'interdis de la convaincre du contraire, murmura la sorcière. »

L'homme leva les yeux au ciel. Il osa tout de même un coup d'oeil vers une Hermione Granger plus cernée encore que lui. Et, alors que la directrice accompagnée du professeur Trelawney s'apprêtaient à partir, Snape quant à lui fit le chemin inverse et vint prendre place sur le siège juste à côté de la couche de son élève.

Minerva se tourna alors vers lui d'un air sévère.

« Severus, soupira la directrice. Puis-je savoir ce que tu fabrique ?

_ Laissez-là encore dans ce lit cinq minutes, et votre élève préférée s'endormira comme une marmotte.

_ C'est faux, se braqua Hermione. »

Snape à son tour, se contenta de lui lancer le défi silencieux de le contredire. Alors Hermione soupira de fatigue et fit un geste de la main las.

« Poppy est là pour ça.

_ Si c'est pour me rappeler pour repêcher votre favorite au milieu du lac d'ici une heure, permettez-moi d'en douter. Votre copine infirmière n'était même pas dans les parages quand je suis arrivé. »

Minerva soupira à son tour. N'ayant plus la force de se battre, elle le laissa donc à côté d'une Hermione Granger qui ne savait définitivement plus où se mettre. Car son professeur avait beau faire mine de ne faire que son devoir, elle savait dans le fond qu'il lui témoignait en cet instant bien plus d'inquiétude qu'il ne le devrait.

« Vous n'êtes pas obligé de faire ça, finit-elle par gronder en l'évitant du regard une fois les deux professeurs sorties de la pièce.

_ Bien sûr que je suis obligé de le faire, grogna Snape. Qui plus est, si cela venait à se reproduire, je me dois de surveiller les signes que vous manifestez quand vous vous serez décidé à adopter une solution bien plus efficace qu'une sorte de méditation ridicule.

_ Je ne prendrais pas la potion, trancha Hermione, plus autoritaire.

_ On en reparlera. »

Hermione marmonna, sans pour autant lui dire clairement qu'elle ne ferait plus jamais un truc pareil. Elle tenta donc de l'ignorer et Snape leva les yeux au ciel lorsqu'il réalisa, à peine quelques minutes plus tard, qu'il avait une fois de plus eu raison.

xXx

Sans qu'elle ne s'en rende compte, Snape avait délaissé ses notes pour surveiller de plus en plus régulièrement le sommeil d'Hermione. Agacé par les regards curieux qu'il avait rencontré, il avait érigé un paravent devant sa couche en un coup de baguette. Caché de la sorte, il avait donc abandonné sa concentration sur son travail, à l'affut du moindre signe de somnambulisme que pourrait manifester la jeune femme.

Il ne saurait l'expliquer tout à fait, pas même à lui même, mais il lui était apparu comme inconcevable de laisser la jeune femme seule ici, au risque qu'une telle chose se déroule de nouveau. Et aucune alarme, aucun sort, aucune autre medicomage n'aurait réussi à le rassurer sur ce point.

Hermione soupira dans son sommeil en se tournant, puis un léger sourire s'afficha sur son visage.

xXx

Elle entendait comme à son habitude, le bruits des vaguelettes se heurter contre la coque. Il faisait froid ce soir-là, et pourtant, malgré ses manches courtes, Hermione se blottissait dans un cocon réconfortant.

Ses yeux clos, elle soupirait d'aise alors qu'une bouche chaude parcourait sa gorge avant de remonter jusqu'à son cou, lui provoquant d'agréables frissons. Elle ne songeait même plus à l'endroit, ni à l'éventualité que quelqu'un les surprenne. Plus rien n'avait d'importance, hormis son coeur pulsant dans ses tympans, cette bouche et ce parfum, si enivrant…

« Severus, murmura-t-elle en une expiration étouffée. »

xXx

Snape leva un sourcil en entendant son prénom sortir de nouveau de la bouche de cette Gryffondor. De nouveau, Hermione soupira d'aise et ricana en se tortillant sur elle-même. Alors, le potionniste leva les yeux au ciel. Sans toutefois se l'admettre, il s'enfonça tout de même dans son siège, remontant devant son visage un tas de parchemins cachant la rougeur de ses joues.

xXx

« Mais ce n'est pas une raison pour faire ça au beau milieu d'un chemin de promenade, n'est-ce pas ? »

Hermione cligna alors des yeux. Lorsque sa vue s'habitua à l'obscurité, elle distingua l'homme face à elle, visiblement troublé. Mais elle fronça les sourcils face à ses cheveux lâchés et son costume dont le col remontait si haut. Lorsqu'elle passa une main sur sa veste, elle sentit une série d'épais boutons.

« Vous lui ressemblez, murmura-t-elle.

_ Depuis le temps, vous n'avez toujours pas compris, souffla-t-il en se collant plus encore à elle. »

Hermione retint son souffle lorsqu'il s'approcha, si près qu'elle sentit sa respiration contre son oreille.

« Nous sommes les mêmes, Miss Granger. »

Lorsque Hermione retrouva le visage de son professeur, son expiration se perdit en un étranglement. Son nez frôla le sien et soudain, elle sentit des baisers appuyés contre un corps l'enveloppant derrière elle. Sans parvenir à retenir un long et lent gémissement, elle tourna la tête et vit le visage plus soigné de Severus Hart lui sourire avec malice. Sa main parcourait désormais sa taille jusqu'à sa poitrine tandis que son professeur de potions, toujours en face d'elle, lui susurrait des mots qu'elle n'oserait encore jamais répéter à qui que ce soit, touchant de son pouce ses lèvres entrouvertes et sa mâchoire. Prise en étau entre deux versions si différentes de lui-même, Hermione commença à remuer sur place. Elle avait chaud, si chaud.

« Profitez de l'instant, murmura Hart derrière elle. »

De nouveau, elle ferma les yeux lorsque le maître des cachots mordilla son cou.

xXx

Snape soupira, de fatigue comme de gêne. Granger s'agitait de plus en plus dans son sommeil, se débattant avec ses vêtements, comme si elle suffoquait.

Les yeux clos, elle se redressa et tira sur le col de sa chemise de nuit, en nage.

« Miss Granger, ça suffit, réveillez-vous, gronda Snape, enragé.

_ Vous voulez me tuer, murmura-t-elle. »

Cette fois, le sorcier fronça les sourcils. Il posa sa pile de parchemins, et s'avança vers elle avec un peu plus d'inquiétude. Il semblerait que le phénomène se reproduisait.

« Personne ne veut vous tuer.

_ Si, vous, gémit-elle en se tortillant sur place. »

D'un seul geste, Hermione se releva sur son lit en s'agrippant sur son matelas. La respiration hachée, de petites perles de sueurs commençaient à se former sur sa poitrine alors que ses cheveux commençaient à se coller sur son front.

« Professeur, haleta-t-elle. Faites quelque chose, n'importe qu-

_ Pour l'amour du ciel ! s'emporta le potionniste. »

Soudain, Snape se leva pour poser ses mains avec fermeté sur les épaules de la jeune femme. Ce geste lui fit ouvrir les paupières dans l'immédiat, et c'est avec trouble que le sorcier fit enfin face au regard de son étudiante.

Ses pupilles étaient noires, et l'éclat si intense qu'il en resta coi. Sa peau moite était brulante à son contact et tout à coup, ce fut comme si le désir faisait place à une sorte de vent d'épouvante.

« Bon sang mais de quoi est-ce que vous rêviez ?! murmura-t-il passées les secondes de choc. »

Hermione ouvrit la bouche, avant de repousser un vilain frisson.

« De, de r-rien, bégaya-t-elle, le souffle court.

_ Dans ce cas, évitez de ne rêver de rien en m'appelant de cette façon, répondit-il d'un ton dur, la mâchoire serrée. »

De nouveau, une panique palpable s'empara de la jeune femme. Elle l'avait appelé ? Qu'avait-elle dit ? Dieu, faites qu'elle n'ait rien prononcé de compromettant.

Bien qu'elle tentait de se persuader que ce n'était pas le cas, elle ne pouvait se détacher du visage contrit de son professeur, toujours penché au dessus d'elle, ses paumes fermement accrochées à ses épaules. Elle était encore dans tous ses états, et cette position n'arrangeait franchement pas la situation.

Sans s'en rendre compte, elle baissa donc les yeux sur ses mains et ce fut à cet instant que Snape s'éloigna d'elle comme si elle était empoisonnée.

Il se racla la gorge, avant de se rasseoir avec précaution, tandis qu'Hermione retrouvait peu à peu une respiration normale. Elle tâta au hasard le matelas rêche de l'infirmerie, comme pour s'assurer qu'elle était bel et bien là.

Par Merlin, dire qu'à peine cinq secondes auparavant, Snape venait de l'asseoir de force sur cette foutue rambarde en bois, avec... son double en train de lui peloter les fesses et seigneur, qu'elle était à deux doigts de se faire un plan à trois avec ces deux versions de son professeur de potions. C'était bizarre... non ?

« De quoi est-ce que vous rêviez ? demanda de nouveau Snape d'un timbre ne laissant place à la discussion.

_ J'étais… hésita-t-elle avant de se secouer la tête. J'étais encore là bas.

_ Alors pourquoi est-ce que vous m'avez appelé, moi ? »

Sa question était tout à fait légitime, mais cela n'empêcha pas Hermione de piquer un fard tout en s'enfonçant dans son oreiller.

« Je sais plus.

_ Miss Granger… commença-t-il à gronder.

_ Oh mais laissez-moi tranquille ! s'emporta-t-elle en remuant ses mains dans le vide. Vous confondre est naturel, vous n'allez pas commencer à m'en faire le reproche. »

Hermione fit de son mieux pour l'ignorer, lui et sa présence si imposante, ainsi que la marque de ses doigts sur sa peau devenue fraiche. Il ne fallait surtout pas qu'elle croise son regard. Du moins, pas aussi rapidement après avoir rêver de lui qui lui... faisait des choses.

« Il faut dire que nous sommes un peu les mêmes, marmonna Snape dans sa barbe, retournant à sa lecture. »

Ses derniers mots, qu'elle avait entendu malgré elle, lui fit redresser vivement son visage vers le sien avec une telle vitesse qu'elle en oublia son trouble.

« Qu'est-ce que vous avez dit ? murmura-t-elle, éberluée. »

Snape plissa le front vers elle, perdu. Pour une fois qu'il ne disait rien de désobligeant.

« Sybille m'a parlé de nos ressemblances physiques, grinça-t-il.

_ Oh. »

Le silence qui s'en suivit fut plus gênant encore que tout le reste. Hermione se trifouilla les mains avec nervosité, la tête pleine de questions.

C'était étrange.

Jusqu'à aujourd'hui, elle avait toujours refusé de voir de quelconques images découlant de cette expérience. Ils avaient été mis à leur disposition à la manière d'un souvenir, mais elle avait refusé mordicus de le consulter. Pourtant, tout de suite, elle était tiraillée à l'envie d'y jeter un coup d'oeil, juste… comme ça.

« Et… est-ce que vous avez vu la « vision » ? demanda-t-elle du bout des lèvres. »

Enfin, il la regarda de nouveau, avec étonnement cette fois.

« Non, répondit-il. »

Hermione hocha la tête et continua de triturer ses ongles. Elle avait la même chevelure dans ses « souvenirs », sans savoir vraiment à quoi elle ressemblait dans cette précédente vie. Pourquoi tenait-elle soudain à le savoir, elle l'ignorait.

« Mais sachez que, à ma connaissance, vous étiez aussi votre… copie conforme, lâcha-t-il en la désignant. »

Snape retourna à ses notes, comme si de rien n'était.

« Si c'est votre préoccupation, conclut-il d'une voix éteinte. »

Mais Hermione n'écoutait déjà plus. Elle avait envie de lui demander ce que cela signifiait, tout en trouvant ce genre de pensées un poil superficiels. Est-ce que cela voulait dire qu'elle lui plaisait ? Ou qu'elle avait une chance de le faire ?

Hermione plissa les yeux dans le vide, plongée dans ses réflexions. Elle ne s'était même jamais demandé si Snape était son type.

Puis, elle rougit de plus belle. Comment pouvait-elle penser des trucs pareils ? C'était hors de propos, c'était inadmissible, et il fallait tout de suite qu'elle arrête de respirer son foutu parfum bien trop caractéristique et, plutôt agréable en réalité.

« Qu'est-ce que vous avez encore ? »

Hermione se contenta de grogner sans lui répondre, alors Snape haussa les épaules et se demanda soudain pour quelle raison il se trouvait avenant pour une réponse aussi minable. Pour le reste du temps, ils se contentèrent de s'ignorer royalement. Snape restait, sans expliquer pourquoi, et Hermione refusait de s'endormir de nouveau avant que Sybille n'arrive avec son hypnose new âge.

C'est donc avec une gêne toujours aussi palpable que Sybille arriva quelques temps plus tard, plongeant les deux pieds dans le plat comme elle savait très bien le faire.

« Miss Granger ! Je pense qu'on peut y aller. »

La voyante ne remarqua même pas le malaise pesant, Hermione s'efforçant d'ignorer Snape qui jetait des coups d'oeil se voulant « discrets » vers la jeune femme sans y comprendre quoique ce soit à son agacement notoire. Pas qu'il ne soit pas coutumier à ce genre de réactions, mais pour une fois, il avait le sentiment de n'avoir rien fait qui le mérite.

« Vous restez ? demanda Sybille de sa voix de crécelle en direction de son collègue.

_ Vous croyez que j'ai décidé de m'installer sur ce machin pour le confort ? »

Sybille ne répondit rien, se contentant de le regarder avec maladresse derrière son épaisse monture avant de chercher des yeux un siège où se poster. De dépit, Snape se leva et lui laissa le sien avant de marmonner de mécontentement. De l'autre côté de son lit, il se posta debout à côté d'Hermione qui n'osait toujours pas regarder dans sa direction, sentant toutefois sa présence imposante, étouffante, protectrice ?

Non.

Pas protectrice.

« Bon, on y va ? se hâta Hermione en gigotant sur place. »

A la vue de sa réaction assez inhabituelle, Snape se demanda si ce n'était pas un autre effet secondaire avant que Sybille ne lève sa baguette. Ainsi, la lumière autour d'eux se tamisa et un tapis de bougie se forma dans les airs, rendant l'atmosphère moins froide et impersonnelle.

La voix de Sybille, d'ordinaire pourtant aigüe et agaçante, se posa un octave plus bas et lorsque Hermione ferma les paupières, elle se sentit engloutir dans une illusion étrange.