Chapitre 16.
Il n'avait eu aucun pouvoir sur ce qu'il se passait tout autour d'eux, alors que peu à peu, le couloir reprenait forme.
Il devinait l'action d'une magie puissante, mais cela ne l'inquiétait pas. Car ce cri de douleur, il ne l'oublierait sans doute jamais. Il sentit tout le poids reposant sur son dos s'alléger, et l'air se vivifier.
Snape eut le réflexe de prendre une grande inspiration, avant de prendre le visage d'Hermione en coupe.
« Granger ! Granger, réveillez-vous ! »
Elle avait perdu connaissance. Sans doute la douleur, mais il craignait le pire. Il la revoyait encore glacée dans ses bras, et la peur prenait le dessus sur tout le reste.
En un geste, Snape parvint à se retourner sans difficulté, occultant lui même ses blessures et son sang quitta son visage alors que celui d'Hermione commençait à former une flaque sous sa jambe, trouée et dénuée de la barre de fer qui s'y était plantée.
« Hermione, l'appela-t-il une nouvelle fois, la voix étranglée. »
Mais la quantité de sang était un peu trop importante, et merde, tout le bâtiment avait repris forme en quelques minutes. Sans réfléchir, Snape se leva. Il fut pris d'un vertige, car cela faisait des jours qu'il ne s'était pas remis sur ses pieds et qu'il avait sans doute des tas de blessures dont il n'avait même pas conscience.
Mais l'adrénaline, sans doute, lui permit de se pencher sur Hermione pour la porter.
D'une démarche hachée, maladroite et tanguante, il avançait au hasard du couloir vers l'infirmerie, qui se trouvait si loin, bien trop loin. Il fallait prendre l'escalier et descendre pas moins de trois putain d'étages !
Et elle reposait dans ses bras, telle une poupée de chiffon. Il ne connaissait que trop cette sensation.
« Merde ! J'y arriverais pas… J'y arriverais pas, répéta-t-il en s'appuyant contre un des murs, désespéré. »
Peu à peu, le sorcier se laissa couler tout autant que ses larmes dévalèrent ses joues. Il la tenait si fermement contre lui, et songea qu'il aurait pu crever, là, tout de suite.
« Severus ! Oh mon Dieu ! »
xXx
Il avait l'impression de flotter… Mais ce n'était pas le cas.
Il pouvait d'ores et déjà sentir ces effluves d'eau de javel, d'herbes médicinales et de nettoyant pour le sol.
Il ne portait pas sa redingote, mais un mince drap recouvrait son corps.
Snape luttait pour ouvrir les yeux, mais chaque fois qu'il y parvenait, le sommeil le rattrapait. Et dans ses rêves, il la revoyait.
Hermione, dans l'eau froide, les yeux blancs grands ouverts. Puis, elle, recouverte de sang, le visage pâle.
C'est ainsi en une aspiration paniquée que Snape se redressa.
« Granger ! hurla-t-il. »
Ses yeux lui faisaient un mal de chien, ses poumons également. Chaque inspiration ressemblait à un véritable supplice et il avait le dos en compote.
Pourtant, son visage balayait les alentours aussi vivement qu'il le pouvait.
« Granger ! Hermione, appela-t-il une fois encore. »
Sans réfléchir, Snape ôta vivement le drap de son corps tout juste pourvu d'une blouse d'hôpital, et se leva d'un bond. Ce geste le fit vaciller. Alors qu'il essayait de se redresser, il fut bien vite interrompu par l'arrivée tonitruante de Pomfresh qui affichait un air, sans doute aussi paniqué que le sien, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons.
« Severus, recouchez-vous tout de suite !
_ Où est-elle ? Où… Où… répéta-t-il avant de se sentir partir de nouveau. »
xXx
Elle l'avait entendu l'appeler, alors qu'elle émergeait à peine de son inconscience.
Sa jambe ne lui faisait plus mal, mais elle avait la bouche pâteuse et le cerveau engourdi.
Lorsque Hermione trouva la force d'ouvrir les yeux, elle remarqua qu'elle se trouvait à l'infirmerie. Elle était d'ailleurs soulagée de ne pas s'être réveillée à Sainte Mangouste.
Ses blessures n'avaient pas du être si graves. Hermione se concentra et devina la présence d'un lourd bandage sur sa jambe, mais aussi sur son flanc et sa tête.
Malgré son état, son cerveau analysa la situation et elle devina ainsi une fracture ou deux, sa jambe dans un sale état et sans doute, une vilaine commotion cérébrale.
Elle passa machinalement sa main derrière son crâne, et grimaça lorsqu'un courant électrique irradia dans sa tête et la fit reculer et siffler.
Mais une chose, un détail l'empêchait de se reposer convenablement : Snape.
Il l'avait appelé, et elle jurerait qu'il n'avait jamais été aussi rempli de désespoir. Peut-être pensait-il qu'elle était morte ?
Elle devait le rassurer. Elle ne pouvait pas le laisser dans un état pareil.
En un gémissement de douleur, Hermione se redressa un peu. Ses paupières étaient toujours closes, et il serait impossible de se déplacer dans son état.
Sa baguette. Elle avait besoin de sa baguette.
Aléatoirement, elle passa sa main tout autour d'elle et fit tomber les fioles de potions qui étaient posés sur la table de chevet. Elle y devina du poussos et surtout, un tas d'antidouleurs. Cela provoqua un énorme fracas dont elle se ficha sur le moment. Enfin, elle tomba sur une potence, et supposa bêtement que ça suffirait peut-être pour s'y appuyer.
« Severus, murmura-t-elle en gémissant de douleur. Je… »
Elle avait envie de lui dire qu'elle allait bien, mais se doutait qu'il ne se contenterait jamais de ça.
« Bon sang, mais vous êtes devenus dingues tous les deux ! Retournez dans votre lit ! »
C'était Pomfresh. Et elle avait vraiment l'air à bout de nerfs. Elle avait hurlé à s'en rompre le souffle et cela avait vrillé les tympans encore fragiles de sa patiente. L'infirmière venait tout juste de sortir d'un des paravents juste en face du lit d'Hermione. Etait-elle avec lui ?
Elle avait du mal à parler, à cause de la soif et du reste. Puis, elle retomba dans l'inconscience, avant d'avoir la force de supplier la medicomage de rapprocher sa couche.
xXx
Que lui avait donné cette dingue ?
Son expérience de potionniste lui jura qu'elle l'avait drogué pour le calmer. Alors, Snape se promis de lui régler son compte. Mais cela, il s'en chargerait plus tard.
Car Hermione et son état si fragile n'avait toujours pas quitté son esprit, elle ainsi qu'une foule de questions.
Il ignorait par quel miracle ils étaient sorti de là. Mais son propre état de santé lui indiqua que tout cela n'avait pas été un cauchemar. Il aurait préféré, en toute franchise.
Lorsque Snape émergea de nouveau, cette fois avec ce côté brumeux lui indiquant la prise de calmant puissant, il tourna machinalement la tête.
« Hé bien, enfin, soupira la jeune femme. »
Hermione était là, à demi allongée, un énorme bandage sur la tête et l'air sévère. Son lit avait été rapproché et elle reposait maintenant à sa gauche, à une distance respectable.
« Je me suis faites disputer comme une enfant par Pomfresh. Alors que ce n'était même pas ma faute ! Ça fait des heures que j'attends que vous émergiez. Elle a du vous filer une dose de cheval. »
Mais il écoutait à peine ce qu'elle lui disait. Bordel de merde, elle était vivante !
« C'est déloyal. C'est vous qui vous êtes levé, pas moi ! J'ai juste cherché ma baguette pour… enfin, j'en sais rien, pour me faire voir histoire de vous rassurer sur mon état et je me fais parler de cette façon ?! Et… bon sang mais qu'est-ce que vous faites ?! »
Snape tentait de se hisser avec désespoir vers une potence, de la même sorte que celle avec laquelle Hermione s'était battue. Il se penchait tant sur le bord du lit qu'il manqua une fois ou deux de tomber par terre. Puis il soupira en se tournant vers elle.
« Je cherche un moyen pour vous rapprocher, histoire de vous toucher et m'assurer que je ne rêve pas. Ces pieux ont bien des roulettes non ?
_ Me toucher ? »
Le sourcil levé d'Hermione le fit soupirer de lassitude, et l'expression qu'il lui renvoya la fit rire. Puis, grimacer, car son amusement avait réveillé une vilaine migraine.
« Je suis là, arrêtez de vous inquiéter, balança-t-elle.
_ Avec toutes ces merdes que Pomfresh m'a donné, je tiens à vérifier.
_ Vous qui me demandez sans arrêt à ce que je vous fasse confiance, il s'agirait de commencer à le faire vous-même, chuchota-t-elle à son encontre. »
Snape resta silencieux quelques secondes, soutenant son regard avant de grogner.
« Je ne me fierais pas à une hallucination ! reprit-il en cherchant à atteindre la potence de nouveau.
_ Mais je ne suis pas une vision, enfin ! s'emporta-t-elle. Soyez raisonnable.
_ Ce serait bien mal me connaître. »
Enfin, il mit la main sur l'objet. D'un geste ample qui provoqua une fois encore un énorme fracas, Snape manqua d'exploser la table à côté de lui. Puis, il se servit de la potence comme d'une immense perche.
Il était si concentré sur sa tâche qu'il ne remarqua pas Hermione qui le regardait faire et qui se retenait désespérément d'exploser de rire. Affublé de cette blouse d'hôpital avec cette expression sur le visage, manquant de tirer la langue pour mieux se concentrer, Severus Snape n'avait plus rien de son menaçant professeur de potions.
Mais si elle devait être honnête, il ne l'était plus à ses yeux depuis un petit bout de temps maintenant.
« Faites attention ! »
A peine eut-elle exclamé son avertissement que le lit parti de travers et si vivement qu'elle manqua elle-même de se casser la figure. Hermione s'accrocha de justesse au bord du matelas pour supporter l'assaut.
« Ne me touchez pas la jambe, elle est cassée !
_ Oh parce que vous êtes aussi emmerdeuse en tant qu'hallucination ?
_ Je ne suis pas… Ah ! s'exclama-t-elle frustrée. »
Hermione défit le drap de son corps d'un coup sec et remua ses orteils devant sa main. Snape grimaça.
« N'exagérez pas.
_ Je me doute que ce n'était pas la partie de mon corps que vous rêviez de toucher, mais il va falloir vous y faire, ironisa-t-elle en lui lançant un espace de rictus suffisant. »
Snape le lui rendit avec mépris avant de tirer la tronche. Puis, il grimaça avant de tendre son index vers le plat de son pied et de le toucher.
« Oh, se contenta-t-il de dire, un peu bêtement.
_ Satisfait ? »
Snape soupira alors que le paravent venait de s'ouvrir en fracas sur une Pompom rouge comme une tomate. Hermione ôta alors vite son pieds et baissa les yeux comme une enfant pris en faute.
« Vous plaisantez j'espère, siffla-t-elle.
_ Qu'est-ce que vous m'avez filé, sorcière ? accusa Snape.
_ Rien qui n'explique ce pelotage ! s'emporta-t-elle en remettant le lit d'Hermione en place, avec des gestes aussi secs qu'elle fut de nouveau dans l'obligation de se tenir au matelas avec fermeté.
_ Je voulais m'assurer qu'elle était réelle ! »
La médicomage ramassa la potence qui était tombée par terre, tout comme le chandelier magique et un verre qu'elle répara d'un sortilège. Elle soupira avec lourdeur vers Snape qui ne semblait pas décolérer.
« Alors ? demanda-t-il avec impatience.
_ Un philtre de paix mélangé à un philtre de confusion.
_ Vous vouliez me tuer ou quoi ?
_ C'est vous deux qui cherchez à me rendre chèvre ! s'écria Pompom en hurlant. Vous avez essayé de vous lever et vous aussi, les accusa-t-elle tour à tour d'un index pointé sur eux. Elle avec une jambe en compote, trois côtes cassée et une commotion cérébrale, et vous avec le foie sur le point d'être perforé et un pneumothorax !
_ Vous avez un pneumothorax ? demanda Hermione en se redressant un peu, choquée.
_ J'en sais rien moi.
_ Vous en avez un, confirma l'infirmière. Et j'ignore encore par quel miracle vous avez réussi à porter Miss Granger plus de deux mètres.
_ Vous m'avez porté ?! »
Il en avait déjà marre de ses questions.
Snape soupira en se pinçant l'arête du nez, fatigué.
« On l'a retrouvé à demi inconscient, avec votre corps à bout de bras. On a dû jeter votre redingote d'ailleurs, elle était pleine de poussière et de sang.
_ Magnifique, répliqua Snape, la mâchoire serrée.
_ Comment avez vous réussi à nous sortir de ces décombres ? intervint Hermione. »
Pour une fois, sa question était pertinente. Alors, Snape redressa l'oreille et lui jeta un coup d'oeil curieux.
« C'est grâce à Minerva, répondit la sorcière, cette fois avec un léger sourire trahissant sa fierté. Elle a eu l'idée de lancer un réparo collectif et grâce à tous les aurors présents, ils ont pu remettre en état la tour toute entière.
_ Une sacrée idée de merde si vous voulez mon avis. »
Soudain, l'infirmière fusilla du regard Snape qui soutint son expression sans sourciller, le menton relevé.
« Quoi ? Ne me regardez pas comme ça, vous n'êtes pas objective de toute façon.
_ Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? demanda-t-elle, les yeux plissés.
_ Oh c'est simple. Concernant Mi- »
Soudain, Snape reçu un oreiller en pleine tête. Il se retourna, choqué autant que Pomfresh qui vit Miss Granger lancer un regard aussi rond que dissuasif vers son professeur. Alors, l'infirmière se retourna de nouveau vers le sorcier, le sourcil levé.
« Oubliez, lui lança-t-il en un espèce de sourire bizarre. »
En guise de réponse, la médicomage leva les mains, s'avouant vaincue. Elle avait décidé de se retirer de leurs histoires depuis l'épisode post-expérience, quand elle les avait découvert dans le lit l'un de l'autre.
« Ecoutez. Je vous ai mis côte à côte pour que vous arrêtiez d'agir comme des hystériques, commença à argumenter Pomfresh d'un ton aussi bas que menaçant. Mais ici, c'est mon infirmerie, et tout le monde suit mes règles. Alors je vous préviens : si je vous surprends une dernière fois en train de tout saccager, je vous envoie à Sainte Mangouste pour vos soins. Un cri, un geste et je vous jure que je le fais. »
Hermione acquiesça tout en l'évitant du regard, mal à l'aise. Snape finit par lui lancer un hochement de tête bref et silencieux.
Suite à sa menace, un calme plat et pesant planait. Poppy commença ses soins par ceux d'Hermione. Snape observait le mur devant lui, mais ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil… ou deux… ou trois vers elle.
C'était moche.
Il semblerait que Poppy ait du faire disparaître l'os de sa jambe, trop en mauvais état avant de le faire repousser grâce à une potion. Mais elle avait encore des plaies en train de cicatriser, des hématomes sur une bonne partie de son corps qui la faisait encore siffler de douleur. La médicomage ôta toutefois lentement le bandage autour de son crâne et Hermione soupira d'aise. Ce truc était lourd et encombrant, sans compter sur le fait qu'elle ne pouvait pas poser sa tête sur son coussin sans être incommodée.
Snape ne vit pas la plaie que recouvrait ce bandage, mais il eut des flash de ce liquide rouge qui coulait de ses tempes et de l'arrière de sa tête.
Sans le dire, il continuait de s'inquiéter. Il y avait eu tant de sang.
« Vous lui avez donné une potion de régénération sanguine ? ne put-il s'empêcher de demander. »
Pompom ne répondit à sa question que par un soupir las. Elle termina ses pansements sur la Gryffondor et se tourna enfin vers son collègue, se détachant du sourire habituel qu'elle adressait à ses patients.
Ce n'est que quand Pomfresh lui demanda de se tourner qu'il réalisa la présence de pansements dans son dos. Durant ses propres soins, Snape fixa, incrédule, les incisions chirurgicales sur son flanc, de la taille d'un galion, guère plus.
« Mais qu'est-ce que vous avez fichu ?
_ Avec l'aide de chirurgiens moldus, on a dû vous ouvrir entre les côtes pour vous déplacer manuellement le poumon. Et, au cas où vous poseriez la question : oui j'étais là. C'était… barbare, mais efficace. »
Il entendit Hermione émettre une expiration un peu tremblante, mais il ne pouvait pas la voir sous son point de vue. Au moins, Poppy n'avait pas touché à ses plaies. Quand Snape se retrouva de nouveau sur le dos, il se tourna machinalement vers Hermione qui avait un teint cadavérique, le regard fixé sur un point invisible. Puis, elle se tourna pour lui faire dos.
Poppy s'en alla après avoir administrer quelques potions basiques à l'un comme à l'autre.
Leurs verres reposaient désormais à côté d'eux, dans un silence si plat qu'on pouvait entendre la tour de l'horloge tic taquer.
« Granger, soupira Snape en un murmure. »
Mais Hermione ne répondit pas. Du moins, pas avant un long moment.
« Vous savez ce que c'est, chuchota-t-elle enfin. Un pneumothorax ?
_ Non et franchement, ça n'a…
_ On peut refaire pousser un os, répondit vivement Hermione en se retournant vers lui. Pas un organe. Et me porter aurait pu vous tuer.
_ Vous vous vidiez de votre sang, souleva-t-il.
_ « Il faut couper le lien, c'est à cause de ça qu'il nous arrive des catastrophes » répéta-t-elle avec amertume.
_ Ne me reprochez pas ça, murmura-t-il. On est vivants, c'est tout ce qui compte. »
Non. Ce n'était pas assez, pas pour elle ! Mais Hermione se tut. Elle se tourna de nouveau, et s'endormit.
xXx
Il était sorti de l'infirmerie après elle.
Hermione avait repris ses activités, aidée et soutenue par ses amis. Il n'avait pas fallu moins de 48 heures en réalité pour que Snape sorte lui aussi. Mais c'était différent.
Elle lui en voulait, de s'être mis en danger de cette façon. Alors cette fois, c'était elle qui l'évitait comme la peste, baissant les yeux et accélérant le pas dès qu'elle avait le malheur de le croiser. Snape l'avait remarqué et s'était contenté de soupirer de lassitude, sans chercher à résoudre le problème.
Franchement, il n'avait pas envie de jouer à ce petit jeu. Pire encore, il en profitait pour mettre un gouffre encore plus grand entre eux, et cela rendait Hermione d'autant plus furax.
Elle en déduisait, avec les connaissances qu'elle avait en sa possession, que la situation lui convenait.
Autant dire qu'elle fulminait et qu'il ne suffisait que d'une parole pour que tout explose, encore. Sauf que cette fois, il était hors de questions pour elle que cela arrive durant une heure de classe, ni dans un autre lieu où ni l'un ni l'autre ne maîtriserait quoique ce soit.
Elle réfléchissait à tout ça, à une manière d'aborder le sujet, mais une fois n'était pas coutume : le destin semblait bien cruel.
Elle était en cours de sortilège cet après-midi là, et un calme certain planait dans la salle de classe. Elle soufflait enfin car la plupart de ses blessures s'étaient résorbées la nuit dernière et qu'elle n'était donc plus obligée de faire surveiller l'avancée de ses plaies à l'infirmière chaque matin. La fin de l'année scolaire semblait si proche que le stress des examens prenait le dessus sur le reste et très vite, cette catastrophe était devenue de l'histoire ancienne.
On toqua à la porte de la classe du professeur Flitwick et les élèves relevèrent tous la tête lorsque le visage de Minerva se montra dans l'entrebâillement.
« Miss Granger ? Un mot. »
La plupart des étudiants se tournèrent vers la Gryffondor qui grimaça, par anticipation.
Elle ignorait ce que cette demande express signifiait, mais à priori, rien qui vaille. La jeune femme reprit maladroitement ses affaires, qu'elle empila sur un coin de sa table. Harry et Ron lui communiquèrent un soutien silencieux et elle s'en alla à la suite de la directrice. Cette dernière resta muette sur le trajet les menant vers son bureau, avant d'ouvrir l'accès aux escaliers par un « Lunctis Viribus ». Durant son ascension et arrivées devant la lourde porte en bois, Hermione eut un pincement au coeur.
Elle s'attendait toujours à voir ressurgir Albus Dumbledore, se tournant vers elle à son entrée avec son air excentrique et mystérieux. A la place, il trônait dans un tableau, à moitié endormi.
Hermione y jeta un coup d'oeil avant de concéder à s'avancer jusqu'au grand bureau en bois de Minerva McGonagall, qui l'invita à prendre place sur une des chaises en face d'elle.
« Miss Granger, vous m'excuserez d'interrompre votre cours, mais il me semblait nécessaire de vous faire parvenir la… nouvelle sans tarder.
_ Une nouvelle ? Laquelle ? demanda la jeune femme, curieuse.
_ Le professeur Snape a pris la décision de se désister de ses obligations professorales envers vous. »
C'est ainsi qu'un silence pesant s'imposa entre elles. Ce fut soudain comme si le plafond venait de s'écrouler, une deuxième fois. Ou alors qu'on venait de lui couper la tête.
Hermione affichait une mine atterrée. Elle avait dû mal entendre, n'est-ce pas ?
« Je suis désolée de vous annoncer cela de cette façon, commença Minerva qui croisa les mains devant elle. Surtout à une date si proche de vos ASPICS.
_ Vous plaisantez c'est ça ? demanda la jeune femme, sur le point de se pincer histoire de s'assurer de ne pas cauchemarder.
_ Malheureusement, non. J'ai reçu sa demande écrite et officielle tout à l'heure. Il m'en avait déjà fait part il y a deux semaines, mais les choses devaient se faire de manière officielle. »
Rectification : elle devait délirer.
« Cela fait suite à… l'expérience ainsi qu'à l'explosion qui vous a mené tous deux à l'infirmerie. Le professeur Snape m'a confié, à moi ainsi qu'au ministère, l'impossibilité de rester partial dans ce contexte.
_ Attendez, commença-t-elle à rire jaune. Cette demande vient de sa plume ? Et il en a parlé au ministère ?!
_ C'est une question de procédure, acheva la directrice, malgré tout mal à l'aise. Croyez-moi Miss Granger, dans le fait que je suis sincèrement désolée que cette situation prenne le pas sur le bon déroulé de votre fin d'étude.
_ Alors si j'ai bien entendue, je ne pourrais plus me rendre en cours de potions, c'est ça ?
_ Malheureusement, oui… A ce stade de l'année et pour une seule élève, je n'ai pas pu trouver un second professeur pour cette matière. J'aurais aimé le faire, soyez en sure, mais le budget autant que le temps ne me le permettent pas. Seulement, rien ne vous empêche de payer un précepteur personnel, et je concède d'ailleurs à vous allouer une aide pour cela. »
Elle continuait de rire. C'était nerveux, dénué d'un amusement quelconque et léger, mais elle ne pouvait s'en empêcher.
Elle nageait dans la quatrième dimension !
« Bien sûr, continua Minerva, gênée. Cette décision ne sera pas notée dans votre dossier. Et le professeur Snape restera dans l'obligation d'assurer l'examen de sa matière. »
Elle avait envie de hurler comme une folle, de lui balancer que c'était la moindre des choses et d'envoyer valdinguer tout ce qui se trouvait sur son bureau d'un revers de la main. Mais à la place, Hermione serra les poings.
« Alors, pendant que tout le monde sera en cours de potions, qu'est-ce que je ferais ? demanda-t-elle avec une certaine amertume.
_ Vous serez autorisé à vous rendre à la bibliothèque, ainsi qu'à votre salle commune. J'ai une liste de précepteurs à vous donner, de très bon potionniste à même de vous enseigner les cours manquants et de vous évaluer sur des essais de potions de la même façon que le ferait le professeur Snape. Il va de soi que je peux fournir la demande pour que leurs notations soient prises en compte dans votre dossier. »
Hermione n'écoutait déjà plus, et la voix du professeur McGonagall semblait lointaine. Elle continuait son monologue, glissant vers elle un parchemin rempli d'une liste de noms aussi longue que le bras. Mais le regard d'Hermione restait planté sur un point invisible sur le bureau, une sorte de babiole en forme de globe terrestre.
Comment avait-il pu agir de cette façon dans son dos ? Cette fois, les choses allaient loin, trop loin. Il la privait de son instruction, et il avait agit de manière réfléchi, opérant dans la plus grande discrétion. Mais le pire demeurait ce sentiment de trahison qui restait en travers de sa gorge.
« Miss Granger ? répéta Minerva pour la troisième fois, parvenant enfin à sortir Hermione de sa torpeur.
_ Oui… excusez-moi, bafouilla la Gryffondor en clignant des paupières vers elle, vraisemblablement perdue.
_ Je disais que j'ai souligné en rouge mes plus grandes recommandations. Vous pouvez user du hibou de l'école si besoin. Ce dernier a l'autorisation de faire parvenir les courriers en un temps record. »
La belle affaire.
Malgré son amertume et sa colère, Hermione resta tout de même polie et s'empara du papier tendu par la directrice en la remerciant du bout des lèvres. Elle sorti ainsi du bureau de la directrice, complètement ahurie.
Ses pas la menèrent vers son cours de sortilège, qui ne tarderait pas à se finir. Et pourtant, à la place, elle serra le parchemin, si fort qu'il se froissa dans son poings.
Elle s'éloigna donc de la classe du professeur Flitwick, et se dirigea d'un pas déterminé en direction des cachots.
Severus Snape avait décidé de ne plus être son professeur ? Très bien ! Mais il ne pouvait pas lui refuser des explications dignes de ce nom !
