Chapitre 19.

Elle comme lui étaient retournés plutôt difficilement à la réalité. En fait, ce n'était que a perspective de se faire prendre qui les conduisirent à se rhabiller en quatrième vitesse et… fuir. Il n'y avait pas d'autre mot que cela.

« Où est-ce que tu étais ? l'interpella Harry, à peine eut-elle fourré le nez dans la Grande Salle. »

Hermione soupira. Il fallait s'attendre à ce que les garçons l'assaillent de questions après qu'ils l'aient croisés en train de s'enfuir des cachots, totalement chamboulée. Seulement, elle n'avait toujours pas décidé de ce qu'elle leur donnerait comme justification.

« T'avais pas l'air d'aller bien, c'est Snape ? intervint Ron avec une certaine hargne dans la voix. Tu ressortais de sa salle de classe quand on t'as vu, mais tu t'es enfuis. Qu'est-ce qu'il t'as dis ? »

Hermione vint s'asseoir à sa place habituelle et finit par soupirer en croisant ses bras sur la table. Comme il était délicat d'aborder un sujet pareil après… ça. Alors… elle décida d'énumérer les faits, et uniquement le faits.

« Je ne pourrais plus venir en cours de potions désormais, finit-elle par lâcher.

_ Quoi ? coassa Harry.

_ Snape refuse de rester mon professeur. »

Les deux garçons tirèrent une tête de dix pieds de long, et il lui sembla qu'un filet de bave pouvait s'écouler de la bouche béate du rouquin face à elle à tout instant. Alors, Hermione remua sur sa chaise, mal à l'aise.

« Il peut faire ça ?! intervient Harry, horrifié.

_ Il ne reste qu'un mois ! reprit Ron.

_ Je sais… C'est depuis le dernier incident, tempera Hermione. Il semblerait que les choses se soient complexifiées, mais le professeur McGonagall m'a d'ores et déjà transmis une liste de précepteurs pour finir l'année

_ D'ailleurs, à ce propos, tu ne nous a jamais expliqué ce qu'il s'était passé.

_ C'est-à-dire, bafouilla la jeune femme.

_ Hé bien avant l'explosion, reprit le survivant avec insistance. Snape était bizarre il avait l'air… blessé.

_ Personne ne l'a jamais vu comme ça. On aurait dit que tu l'avais trahi.

_ C'est une longue histoire, soupira Hermione. »

A cet instant, la jeune femme réalisa que tout ce temps, elle avait tenu Harry et Ron à l'écart, sans s'en rendre compte. C'était plus fort qu'elle. Son lien avec Snape était si étroit et emprunt d'intimité qu'elle n'avait osé demander leurs conseils et avis.

Il fallait aussi soulever que leurs relations houleuses n'avaient pas aidé en ce sens.

Alors, Hermione décida de briser la glace et d'en venir aux confessions. Bien sûr, elle omis la partie où ils s'étaient embrassés durant des heures, ou la pire : leur partie de jambe en l'air de tout à l'heure. Elle décida de commencer à évoquer leur relation, dans toute sa complexité.

En le faisant, Hermione avait particulièrement peur de la réaction de Ron.

Ils étaient sortis ensembles. Peu de temps, certes, et ils étaient redevenus amis sans grandes difficultés, mais entre lui et Harry, il était celui qui avait sans doute le moins supporté Snape. Pourtant, il était loin d'être celui qui avait le plus dégusté.

Un silence un peu lourd suivit son discours. Sans le réaliser, elle retenait son souffle.

Elle ne voulait pas perdre ses amis pour cette histoire et refusait d'imaginer que ça puisse arriver. Mais elle ne pouvait mentir plus longtemps sur le lien étroit qui la liait à cet homme qui avait partagé la guerre d'une manière qu'ils n'avaient pu imaginé, même s'il représentait le diable en personne à leurs yeux.

« D'accord pour cette histoire de lien et tout le reste… Mais sinon… est-ce que tu as envisagé la possibilité de lui donner une chance ? »

Hermione avait tourné un regard rond vers le rouquin qui se contenta de lever les mains devant lui en position défensive. Quoi, mais de quoi parlait-il au juste ?!

« Ne m'accule pas, je sais que tu déteste cette idée, mais il semble clair que cette expérience a beaucoup plus affecté Snape et que peut-être qu'il en pince pour toi.

_ Mais enfin, balbutia Hermione, confuse. Qu'est-ce qui te fait dire ça Ronald Weasley ? »

C'était plus fort qu'elle.

Elle s'était senti mise à nue. Soit Ron s'était trouvé une perspicacité soudaine, soit elle manquait de discrétion.

« Et puis d'ailleurs, pourquoi est-ce que tu ne te mets pas à gueuler et à battre des bras en m'insultant de tous les noms rien que pour l'idée ? »

Ron leva ses deux sourcils, comme si cette possibilité était aussi invraisemblable que de voir la directrice se teindre les cheveux en rose.

« On a eu le temps de se préparer à cette éventualité, finit par balancer Harry. Je veux dire, personne n'aurait pu prétendre sortir tout à fait indemne de la vie que vous avez vécu sur le Titanic.

_ Je ne suis plus cette femme, se défendit-elle en évitant leur regard.

_ Oh je t'en prie, marmonna Ron. Vous étiez exactement les mêmes. T'aurais du voir la façon dont Drago balançait des regards en coin à Harry, la subtilité incarnée.

_ Ah parce que tu y voyais quelque chose, au milieu de la chocogrenouille géante qui pendait de ta bouche ? répondit le concerné, moqueur.

_ J'ai un grand sens de l'observation. »

Le trio se tut avant d'éclater de rire d'un ton complice.

Hermione songea un instant à l'éventualité d'être honnête jusqu'au bout, de tout leur dévoiler, sur leurs rapprochements physiques et le reste… mais son esprit était toujours préoccupé à l'idée de l'avenir qui se présentait.

Son regard se perdit dans le vide un instant. Maintenant qu'ils s'étaient embrassés et pire encore, qu'ils avaient fait… ce qu'ils avaient fait, tout risquaient d'être bien plus compliqué.

Comment allaient-ils se comporter l'un avec l'autre en public ? Mais pire encore, est-ce qu'il la rejetterait une nouvelle fois ? A cela, elle n'était pas certaine d'y survivre.

Hermione se sentait trop impliquée désormais, et se maudissait pour cela. Elle mourrait d'envie d'avoir son détachement, histoire de ne pas y laisser des plumes.

Pourtant, sans le savoir et à l'autre bout de la salle, elle ne remarqua pas Severus qui, malgré son calme apparent, était en proie à des angoisses aussi fortes, voire plus encore.

xXx

Il n'aimait pas cette convocation, et encore moins en compagnie de Granger.

Depuis qu'ils avaient fait… la « chose », Snape était devenu complètement paranoïaque. N'importe qui aurait pu tomber sur eux, les entendre et les griller. Alors, ils seraient fichus ! Mais il se confortait dans le fait que si c'était le cas, Minerva ne lui aurait pas envoyé une demande si formelle pour ce rendez-vous et qu'il aurait déjà écopé d'un milliard de maléfices suivis d'un ordre de quitter les lieux, le tout soigneusement emballé dans une beuglante.

Alors non, la vieille chouette ne savait rien de ce qu'il s'était passé, c'était indéniable. Et le sorcier se consolait comme il le pouvait en se disant qu'il n'avait plus qu'un mois à tenir. Ensuite, elle s'en irait, loin. Et il serait débarrassé d'elle, et de tous les soucis qui en découlait, car tout cela était juste une erreur monumentale à ne pas reproduire.

A cette pensée, son coeur se serra, mais il n'eut pas le temps de s'y appesantir lorsque Minerva ouvrit la porte de son bureau.

Le potionniste lui accorda un rictus poli. Il entra dans la pièce et retint son souffle en voyant le dos parsemé de boucles d'Hermione Granger, assise sur la longue table attenante au bureau directorial.

La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés ensembles dans cette pièce, c'était après qu'elle l'ait giflé suite à ses propos abominables.

Il s'en voulait encore d'ailleurs, et l'invitation de McGonagall à avancer pour s'installer eut au moins le don de briser le noeud qui venait de se former dans son estomac.

Snape prit machinalement place sur la chaise à côté d'elle.

Il n'avait pas eu l'occasion de parler, ni de dire quoique ce soit depuis qu'ils étaient sorti comme deux adolescents de ce passage secret derrière lequel… Bref. Désormais, il retenait à tout prix son cerveau d'associer le parfum de cette jeune femme à ces souvenirs bien trop empreins d'érotisme.

« Severus, intervint Minerva alors qu'il se retenait de sursauter. Miss Granger. Je vous ai convoqué pour faire le point.

_ Faire le point ? répéta Severus, songeur.

_ Miss Granger sera suivi par le professeur Rooks.

_ Comment ? siffla le potionniste. »

Mais la directrice n'eut pas le temps d'accueillir les protestations de son collègue lorsque quelqu'un toqua à la porte. La directrice s'excusa à peine avant de se précipiter pour ouvrir.

Hermione leva les sourcils en voyant le nouvel arrivant accorder un sourire cette fois, aussi plein que sincère vers McGonagall. Elle le laissa entrer, et Hermione le suivit du regard, intrigué.

Elle n'avait pas imaginé qu'un homme si jeune puisse déjà être maître en potions. Il avait son âge, un ou deux ans de plus dans le pire des cas.

Si elle devait émettre un avis tout à fait objectif, il n'était pas non plus désagréable à regarder. Fort heureusement, il ne semblait adopter aucune attitude séductrice, quelle qu'elle soit.

Il prit place à l'autre bout de la table, aux côtés de Minerva. Snape se renfrogna et se contenta d'émettre un grognement approximatif.

« Comme Miss Granger ne connait aucunement les réputations des maîtres en potions en Angleterre, je me suis permise de contacter ceux sur la liste, et Monsieur Rooks s'est empressé de donner ses disponibilités.

_ Vous m'en direz tant, siffla Snape, doucereux. »

Hermione fronça les sourcils. Elle remarqua du coin de l'oeil son poing serré sous la table.

« Je viens de France, cela fait peu de temps que j'ai emménagé à Londres.

_ Un français, quelle merveilleuse nouvelle, reprit Snape d'un ton encore plus amer. »

L'homme se retint à peine de sursauter alors que Hermione venait de lui filer un vilain coup de pied sous la table.

« Il me semble que votre dossier est excellent Miss Granger. La suite ne devrait être qu'une formalité.

_ La sorcière dites la plus douée de sa génération comme le clamait Dumbledore. »

Snape passa machinalement son bras autour des épaules d'Hermione qui se tendit, alors que son geste, qu'il voulait faire passer comme ironique, fut vite fusillé du regard par la directrice.

« Vous êtes certain de vouloir achever une instruction qui n'a pas besoin de l'être ? balança Snape en reprenant une posture plus convenable, son nez plongé dans ses notes.

_ Je serais un idiot de ne pas le faire.

_ Oh et soyez sûr que vous serez considéré comme tel pour vous incruster à quelques mètres de la ligne d'arrivée sans avoir couru le marathon juste pour en récolter les lauriers. »

Hermione s'accouda à la table, fermant les yeux alors qu'elle se massait le front du bout des doigts.

A quoi jouait-il ?! Mais l'homme ne se laissa pas démonter, bien au contraire. Il accorda un sourire resplendissant à Snape, ce qui le fit le détester encore plus.

Pourquoi est-ce que Minerva avait choisi ce joli coeur, blond aux pommettes saillantes plutôt qu'un autre énième vieux crouton de la même trempe qu'Horace ?

« Minerva, reprit Snape. Je pensais que vous choisiriez de diriger Miss Granger vers le professeur Slughorn.

_ Il est en retraite, et en vacances, souleva la directrice. Figurez-vous que trouver quelqu'un à cette période de l'année est une véritable sinécure. Mais le professeur Rooks est qualifié, ne vous en faites pas.

_ Tenez. »

Le concerné dirigea son C.V vers Snape qui le prit sans y accorder un seul coup d'oeil. Au contraire, il continua de le fixer avec un air imperturbable et surtout, très méfiant. Snape émit un reniflement teinté de dédain avant de secouer la tête.

« Mais après tout, nous ne sommes pas ici pour discuter des compétences du professeur Rooks, reprit Minerva en lançant un coup d'oeil sévère vers son collègue. Miss Granger, pourriez-vous nous expliquer où vous en étiez exactement dans votre instruction ? »

La Gryffondor ouvrit la bouche, avant de se racler la gorge et d'acquiescer.

« Oui, bien sûr, balbutia-t-elle, troublée. »

Snape se tendit plus encore. Elle ne réalisa même pas qu'il venait de la fusiller du regard.

En fait, il semblait furieux. Et Hermione n'en comprit pas vraiment les raisons, jusqu'à ce qu'elle se mette à parler.

Sous la demande de la directrice, elle avait amené ses derniers parchemins concernant ses cours de potions, ainsi que les évaluations de ces deux derniers mois.

Elle chercha à argumenter sur la raison pour laquelle elle et Neville, du moins surtout lui, avait lamentablement échoué à un des examens notifié lorsqu'elle sentit une main courir sur sa cuisse.

Alors elle s'arrêta en plein milieu de sa phrase, sous le choc, ceci entrainant un long silence étrange.

« Miss Granger ? souleva le professeur Rooks, inquiet. Un problème ?

_ Continuez donc Miss Granger, nous sommes tout ouïs. »

Snape lui envoya un sourire goguenard alors que sa main reposait toujours sur sa cuisse, à l'abri des regards.

Quel salaud.

Sur l'instant, elle songea qu'il devait se délecter de l'instant. Mais elle n'en réalisa la portée que lorsqu'elle osa enfin jeter un regard vers son, maintenant ex-, professeur de potions. Il ne la narguait pas directement.

En fait, il fixait Rooks avec une expression indéchiffrable, et si elle ne le connaissait pas si bien, elle pourrait jurer que c'était du défi.

Alors, plusieurs ampoules semblèrent s'allumer dans son esprit.

Snape était jaloux.

Hermione leva les yeux au ciel avant de se secouer la tête.

Alors c'était pour ça qu'il devenait soudain l'homme le plus tactile de cette pièce ? Il ne manquerait plus qu'il lui saute dessus maintenant et devant tout le monde.

« Comme je vous l'expliquais, reprit-elle avec un peu plus d'assurance, la potion a été une vraie catastrophe car Neville n'ayant pas voulu suivre mes recommandations, il a décidé de balancer les pattes d'acromentules séchées avant que je n'ai eu le temps de faire mes deux tours.

_ Vous avez donc rendu ce devoir sur les raisons de votre erreur. Cela me paraît clair.

_ Si la question est de savoir si Miss Granger maîtrise la préparation de cette potion, la réponse est oui, gronda Snape. »

En d'autres temps, Hermione aurait pu jubiler que son si détesté professeur l'encense. Mais il avait décidé de la rendre chèvre en renforçant la prise de sa paume sur sa cuisse, alors elle s'abstint de tout commentaire.

« Il vaut mieux qu'il connaisse mes acquis. Ce serait dommage que je tombe sur une préparation que je ne maîtrise pas le jour de mes examens, osa lui répondre Hermione.

_ Oui, vraiment dommage, mais je doute qu'une Je Sais Tout telle que vous puisse réaliser cet exploit, lui répondit le sorcier d'un ton cynique.

_ Vous reste-t-il d'autres philtres à étudier en travaux pratiques Miss Granger ?

_ Oui, je crois, il semblerait que… »

Soudain, la main de Snape se fit plus aventureuse.

D'un geste aussi discret que ferme, il parvint à écarter un peu les jambes de la jeune femme et à pianoter ses doigts sur l'intérieur de ces dernières, frôlant presque son intimité.

Hermione se racla la gorge avant de rougir d'embarras.

Elle s'enfonça dans son siège et perdit alors tous ses moyens.

« Tout va bien ? finit par demander Rooks, inquiet.

_ Oui, vous allez bien Miss Granger ? Vous êtes toute rouge, appuya Snape d'un ton faussement concerné.

_ Juste un coup de chaud, ça va aller, siffla-t-elle entre ses dents à son ex professeur de potions.

_ Je ne vous ai d'ailleurs jamais demandé la raison pour laquelle vous avez du vous retirer de son apprentissage, professeur Snape.

_ Divergence d'opinions, lui targua-t-il d'un air faussement poli en plaquant rudement sa main sur la culotte de la jeune femme.

_ Quel doux euphémisme, marmonna Hermione.

_ Parce que vous n'êtes pas d'accord avec cela ? gronda Snape.

_ Professeur, reprit-elle en insistant. Puis-je vous parler deux minutes en privé ? »

Snape leva un sourcil défiant, mais Hermione repoussa sa chaise en arrière en la faisant grincer sur le sol. Alors, Snape s'excusa et la suivit en dehors de la pièce tandis que la directrice ne semblait plus savoir où se mettre.

Dans le fond, elle espérait qu'ils aient l'intelligence de se crêper le chignon avec assez de discrétion pour ne pas faire fuir ce précepteur qu'elle avait déjà assez peiné à convaincre pour qu'il poursuive un enseignement sur un délai si court.

A peine la porte close, Hermione s'était tourné vers lui, mâchoire serrée.

« Non mais à quoi est-ce que vous jouez ?!

_ Je n'aime pas cette idée, trancha-t-il.

_ Il ne fallait pas vous désister de vos obligations envers moi dans ce cas.

_ Oh si, il le fallait. »

D'un geste, Snape s'approcha d'elle à une distance loin d'être raisonnable. Hermione retint son souffle alors qu'elle sentait le mur percuter son dos.

« Il le fallait même urgemment, lui murmura-t-il, les yeux dans les yeux. »

Un air de défi sembla se jouer entre eux avant que Hermione ne capitule.

« C'est vrai, vous avez raison, lui glissa-t-elle. Mais je n'ai pas d'autre choix que de me faire suivre par quelqu'un d'autre.

_ Il y en a un, celui de passer cet examen en étudiant toute seule.

_ Vous êtes dingue ?

_ Vous en avez les capacités. »

Soudain, Hermione cligna plusieurs fois des paupières. Avait-elle rêvé ou…

« La jalousie vous va définitivement bien, finit-elle par lancer.

_ Je ne suis pas jaloux. »

Hermione leva les yeux au ciel. Snape soupira, et son air chaud lui parvint jusqu'à une de ses joues.

« Je n'y crois pas une seule seconde. »

Hermione fit un pas de plus, les amenant à se frôler l'un l'autre.

« Si Minerva ouvre cette… commença-t-il.

_ Ça ne semblait pas être un problème quand vous aviez votre main posée sur moi tout à l'heure, je me trompe ? »

D'accord, il avait joué au con.

Mais il n'avait pu retenir ses vieux démons de se manifester lorsque ce garçon était entré dans la pièce, lui et son air de beau parleur, lui qui prendrait sa place et lui apprendrait les derniers rudiments en terme de potions.

Hermione vit son air inquiet, et coupable, derrière son masque de neutralité.

« Vous devriez savoir que ce n'est pas ce genre de profil qui aiguise mon interêt.

_ Hermione, commença-t-il à protester.

_ Severus, reprit-elle. Nous n'avons jamais parlé de ce qu'il s'était passé.

_ Qu'aurions-nous à en dire ?

_ Que je ne veux pas imaginer l'éventualité que vous le fassiez avec quelqu'un d'autre ? »

Snape se mit à rire, nerveusement. Et Hermione s'en vexa presque avant qu'il ne lui attrape la main in extremis alors qu'elle entamait un mouvement pour s'en aller.

« C'est ridicule.

_ Pas pour moi, gronda-t-elle.

_ Je n'ai aucune envie d'aller vers qui que ce soit d'autre, répondit-il en fronçant les sourcils.

_ Bien, parce que moi non plus. Alors, problème réglé. Maintenant vous arrêtez de sous entendre que c'est un crétin et vous me faciliterez l'existence, merci. »

Snape sursauta lorsqu'elle posa furtivement ses lèvres sur les siennes avant de s'éloigner pour ouvrir la porte du bureau de la directrice. Elle ne le vit même pas agiter ses mains dans tous les sens, histoire de faire passer son agacement.

xXx

Hermione suivait son cours avec le professeur Rooks, qui s'avérait plutôt inflexible, contre toute attente. Les potions qu'il lui demandait étaient difficiles, et son traitement impitoyable.

Au moins, cela la rassurait sur ses ASPICS. Cette rigueur couplée à des années d'enseignement à la dure par Severus Snape lui garantissait un maintien suffisant.

Seulement, depuis ses débuts avec ce nouveau professeur. elle n'avait pas tout à fait récolté les Optimal attendus.

Ce n'était pas dû à de quelconques manques d'apprentissages, mais d'avantage à ses rêveries.

Hermione avait la tête ailleurs la plupart du temps, et ses pensées se dirigeaient presque systématiquement vers lui.

C'était même le moins que l'on pouvait dire, car elle ne s'imaginait pas dans les positions les plus chastes en sa présence. Autant dire que niveau concentration, elle pouvait faire mieux.

« Miss Granger ! gronda Rooks pour la troisième fois depuis une heure. Je commence à me poser de sérieuses questions sur les efforts que vous m'avez tant aspiré à fournir. »

Elle avait attendu trop longtemps pour verser les asphodèles, le regard perdu dans les tourbillons rouges de sa potion. Elle avait imaginé des roses. Puis un lit recouvert de pétales. Avec elle dedans. Elle nue, et lui en train de…

« Excusez-moi, balbutia-t-elle.

_ Vous n'êtes pas concentré. Que vous arrive-t-il ? Auriez-vous des problèmes dont vous ne m'ayez jamais fait part ?

_ Je pensais au professeur Snape. »

Merde.

Elle avait dit ça sans réfléchir, quelle idiote. Hermione évita soudain le regard de son précepteur, ses yeux se perdant sur la salle de cours sommaire qui avait été fourni par la directrice.

« Je veux dire… bafouilla-t-elle.

_ Si votre inquiétude est de savoir si le professeur Snape vous en veut ou non, je pense que ce n'est pas le cas.

_ Oh. Alors, tant mieux, je suppose, bégaya-t-elle en acquiesçant, les sourcils froncés.

_ A ce propos, que savez-vous à propos de lui ?

_ C'est-à-dire ? »

Son coeur battait soudain la chamade.

Etait-il possible qu'il ai vu quelque chose ? Non. Qui plus est, elle avait prit garde de ne pas approcher Snape depuis, et lui de même. La sagesse était de mise, surtout lorsqu'elle avait réalisé qu'elle comme lui était capable de se jeter l'un sur l'autre comme des animaux sans tenir compte du reste dès qu'ils se croisaient.

« Non, laissez tomber, ricana Rooks. C'est hors de propos.

_ Snape n'est plus mon professeur vous savez, minauda-t-elle. Vous pouvez tout me dire. »

Rooks sembla soupeser la question avant de céder.

« A-t-il toujours été aussi… déstabilisant ? finit-il par lâcher. »

Hermione éclata d'un rire franc. Alors c'était cela ?

« Déstabilisant ne serait pas le terme que la plupart des gens emploieraient à son encontre, finit-elle par répondre avec un sourire amusé. Pour quelle raison voulez-vous savoir ça ?

_ Notre échange, enfin, le premier a éveillé ma curiosité, bafouilla-t-il. »

Hermione plissa les yeux avant de cacher un très large sourire.

« Oui, il n'y a pas été avec le dos de la cuillère.

_ C'est pour cela que je vous posais la question, histoire de me familiariser avec le personnage.

_ Il ne vous fait pas peur ? demanda Hermione.

_ Grand dieu non, c'est même tout le contraire. »

Hermione lui accorda un sourire poli.

Une fois son cours terminé, elle ne put s'empêcher de se précipiter presque en courant aux abords de la Grande Salle.

Puis, elle vit la silhouette de Snape qui venait d'ôter un nombre incalculable de points à deux jeunes Poufsouffles.

Hermione se posta vite à côté de lui d'un air espiègle.

« Vous ne devinerez jamais ce que j'ai appris, lui glissa-t-elle. »

Snape cligna plusieurs fois des yeux. Hermione venait de se faufiler à ses côtés avec une facilité déconcertante. Elle lui envoyait un air malicieux qui le mit sur ses gardes.

Il n'aimait pas quand elle l'observait de cette façon, avec cette lueur dépourvue de sentiment négatif. Malgré lui, cela faisait baisser sa garde.

Alors il se comportait de manière familière.

Puis, ils finissaient par baiser dans un passage secret.

Au souvenir de cet événement, le sorcier frissonna.

« Quoi ? finit-il par demander en un grognement approximatif.

_ Rooks en pince pour vous. »

Snape lui adressa une drôle de grimace.

« N'importe quoi, ne put-il s'empêcher de pouffer.

_ Il m'a dit qu'il n'avait pas peur de vous, c'est un signe.

_ Quel signe, soupira-t-il.

_ Moi non plus, je ne vous crains pas. »

Ils étaient restés plantés là, dans un recoin tout près de la Grande Salle. Quelques élèves passaient sporadiquement devant eux, sans leur accorder de l'importance.

Alors, Snape baissa sa garde, comme il le redoutait. Il fallait croire qu'en présence de cette jeune femme, tout son bon sens foutait le camp.

« C'est ce qui arrive en général quand on voit quelqu'un nu, balança-t-il en un murmure se voulait narquois tout près de son oreille.

_ Oh vous pensez vraiment que c'est une solution pour effacer toute trace de peur chez un individu ?

_ Ne me mettez pas de mauvaises images dans la tête, accusa-t-il, railleur.

_ Non, je m'en voudrais d'effacer les bonnes, lui répondit-il d'un sourire tout aussi taquin.

_ Des excellentes, corrigea-t-il. »

Hermione rit un peu, et Snape lui sourit. C'était si rare qu'il le fasse envers qui que ce soit, et ses collègues eux-même auraient pu donner une date antérieure à une bonne dizaine d'années sur la dernière fois qu'il aurait pu percevoir un quelconque rictus sur son visage.

« C'est moi qui aurait dû faire cette crise de jalousie dans le bureau de McGonagall, lui balança-t-elle en levant les yeux au ciel.

_ Oh, mais rien ne vous en empêche Miss Granger, susurra-t-il. Surtout si vos crises ressemblent aux miennes.

_ Désolée de vous décevoir, j'ai tendance à devenir violente dans ce genre de cas de figure.

_ Violente, dans le bon sens ou le mauvais ? grimaça-t-il.

_ Le mauvais.

_ Ça n'arrange pas mes affaires, marmonna-t-il. »

De nouveau, il entendit son doux rire dans ses oreilles. Il avait envie de nicher son nez dans son cou, il en crevait d'envie. Se nourrir d'elle, entendre son éclat jusqu'au plus profond de lui, sentir son parfum collé à son nez et le gout de sa peau chaude sur ses lèvres. Il pourrait mourir pour qu'elle soupire encore une fois contre lui, juste une.

Ce fut pire encore lorsqu'elle lui adressa ce regard si espiègle et joueur.

Elle aimait ces discussions, elle aimait sa présence, il ne pouvait pas le nier.

Hermione elle-même remarquait cette petite étincelle s'allumer entre eux. C'était d'une simplicité effarante. Et c'était à la fois plaisant, grisant que dangereux, car la conjoncture actuelle était bien loin de s'y prêter.

« Dites-moi, murmura-t-il en faisant un pas de plus vers elle.

_ Oui ? répondit Hermione, comme hypnotisée.

_ La prochaine fois que vous… prévoyez de vous sauver dans un passage quelconque, vous devriez m'en faire part. Pour votre sécurité. »

Hermione lui envoya un sourire pétillant, mièvre ? Peut-être un peu. Qu'importe. Elle lui souriait et il y répondait, c'était tout ce qui importait. Snape était à un cheveu de passer son bras sur sa taille, pour la sentir contre lui une nouvelle fois.

Ce qu'ils n'avaient pas remarqué, c'était sans doute le passage de Lavande devant eux, qui avait fait une marche arrière d'un ou deux pas avant d'arrondir le regard de choc. Sa bouche aurait presque pu s'ouvrir en grand comme dans les cartoons. Puis, elle se mit à regarder tout autour d'elle avec une sorte de panique. Au bout de quelques secondes, la jeune femme s'était figée comme une statue de cire et s'était raclée la gorge.

« Professeur McGonagall, quelle coïncidence ! s'était-elle écriée de son ton suraigu habituel. »

Soudain, Hermione et Snape s'éloignèrent l'un de l'autre à une distance presque suspecte. La jeune femme baissa les yeux sur le sol, et s'apprêta à partir, mais Snape lui saisit le bras juste avant.

« Miss Granger, vous viendrez m'aider à récolter des ingrédients pour les potions, étant donné que vous videz tous mes bocaux pour vos cours avec votre idiot de professeur. »

Trop déstabilisée, Hermione ouvrit la bouche avant de la refermer comme une carpe, mais n'eut pas le temps de protester lorsque Snape s'éclipsa.

Elle observa quelques secondes Lavande discuter avec la directrice. Cette dernière lui jeta un regard étrange et Hermione décampa aussitôt.