Au début du trajet, Derek avait trouvé Stiles étrange, particulièrement silencieux, mais jamais il n'aurait imaginé qu'il s'endormirait sans retenue aucune après quelques minutes. Pourtant, le loup-garou ne l'avait pas trouvé extrêmement fatigué lorsqu'il s'était arrêté à côté de sa Jeep… Juste désespéré et l'air désabusé. Et pourtant, le voilà endormi, la tête contre la vitre, l'air insensible aux secousses plus ou moins fortes. Derek eut d'ailleurs pitié de lui : même si cela risquait de mettre l'hyperactif en retard, il mit un point d'honneur à rouler moins vite et prendre les dos d'âne bien plus lentement qu'à l'accoutumée… Histoire que son passager improvisé ne ressorte pas de la voiture avec une bosse sur le crâne – et la petite douleur qui allait avec. Mais, comble du malheur, une fois arrivé au centre-ville, Derek tapota le volant du bout de son index d'un air agacé. Il était rare que des bouchons se forment à Beacon Hills. Les rues étaient aussi grandes que nombreuses et circuler en son centre était d'une aisance certaine. Ainsi, Derek dut s'arrêter derrière une Toyota toute neuve, qui se trouvait elle-même à attendre derrière toute une multitude de véhicules – voitures, motos et camions confondus. Il pencha la tête vers la vitre. Qu'est-ce qui bloquait la circulation ? Sûrement pas un feu rouge, puisqu'il n'y en avait pas à cette intersection… Et que le cas échéant, le nombre d'automobiles devant lui était faramineux, trop pour qu'il puisse voir quoi que ce soit.
Un impatient derrière lui le klaxonna – sans doute ne comprenait-il pas pourquoi la Camaro rutilante s'était arrêtée si soudainement et n'avait pas encore redémarré. Loin de lui accorder la moindre attention, c'est vers Stiles que Derek tourna la tête. La surprise le prit lorsqu'il constata que l'humain n'avait pas bougé d'un iota – son air endormi non plus. Comment pouvait-il avoir un sommeil si profond ? Et aussi vite ? Derek étendit ses sens auditifs pour être sûr de ne rien manquer. Le rythme cardiaque de Stiles était parfaitement régulier, tout autant que sa respiration.
Tout allait bien, il dormait juste comme un bébé.
Passée la surprise, Derek fronça à nouveau les sourcils, trouvant ce constat passablement étrange. Il ne chercha cependant pas à creuser la chose. Si Stiles avait besoin de se reposer, soit. Puis ainsi, il ne l'agacerait pas avec ses palabres incessantes, ses habitudes en termes de parlotte. Quoique cette remarque fit tout drôle à Derek puisqu'il se la faisait sans la penser réellement… Parce qu'il n'arrivait pas à trouver ce silence positif, agréable. Pour une raison qui lui échappait, il ne lui allait pas. Peut-être parce que l'attitude du jeune homme l'avait perturbé, qu'il ne s'attendait pas non plus à le croiser sur sa route, avec sa Jeep en mauvais état.
Un nouveau klaxon le sortit de ses pensées, vite suivi d'un second, d'un troisième et d'autres encore. Derek ne s'agaça pas davantage, ne sortit pas pour aller voir l'impatient derrière lui : à force d'attendre, il devait avoir compris et vu qu'il était pour l'instant impossible d'avancer. Mais vint un moment où l'ancien alpha décida d'aller voir ce qu'il se passait pour que ce bouchon dure et s'épaississe. La voiture parfaitement à l'arrêt, il jeta un coup d'œil à l'humain endormi. Les klaxons ne semblaient pas assez forts pour le sortir de son sommeil des plus profonds. Derek ne sut s'il devait l'envier ou voir un problème dans cette histoire : le fait est qu'il finit par sortir de la Camaro.
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Jackson était de très mauvaise humeur et pourtant, il était difficile de le faire sortir de ses gonds. Même après une bonne nuit de sommeil, le voilà qui pensait encore à ce qu'il avait découvert la veille au soir. Ce n'était en soi pas grand-chose… En tout cas, c'était ainsi qu'il penserait s'il n'était pas un amateur de voitures et si la sienne n'était pas de marque. Il s'agissait d'un cadeau de son père pour l'obtention de son permis – et des cadeaux, il ne lui en faisait pas beaucoup. Mais à chaque fois, c'était grandiose, très Whittemore. Dans cette famille, on ne s'offrait pas un livre, un peu d'argent, un gadget… Le luxe était le maître-mot de la maison.
Et cette voiture était très vite devenue la prunelle des yeux de Jackson. Son petit bijou, peut-être le cadeau le plus… Personnel qu'on lui avait fait jusqu'alors. Parce que c'était celle-là qu'il voulait au départ, et pas une autre. La même sur laquelle il avait fait des recherches, jusqu'à l'entourer au feutre rouge dans un magazine spécialisé. Jackson partait du principe qu'il travaillerait, qu'il ferait tout pour l'obtenir un jour. Autant dire que lorsque son père lui avait montré la voiture en souriant, le jeune homme avait bondi de joie et s'était juré d'en prendre soin comme s'il s'agissait de la prunelle de ses yeux. Contrairement à ce que l'on pouvait penser, Jackson connaissait la valeur de l'argent – il l'avait apprise avec le temps et parce que ses parents, désireux qu'il grandisse avec la conscience des choses, les lui avait enseignées.
Alors autant dire que les rayures sur sa voiture, il n'était pas près de les oublier. S'il en voulait à l'enfoiré qui les lui avaient faites ? Oui, et pas qu'un peu. Depuis qu'il avait son bolide, Jackson respectait au mieux le code de la route et se garait toujours parfaitement, histoire de ne risquer d'abîmer son bijou d'aucune manière. En manœuvres, il n'existait pas de meilleur conducteur que lui. Il était toujours droit dans sa place, bien au milieu, ni trop à gauche, ni trop à droite.
C'était à se demander si l'empafé qui avait rayé sa voiture savait conduire – et, ici, se garer. Les dommages faits à la voiture de Jackson n'avaient pu être réalisés que de cette façon puisqu'il ne se souvenait pas d'avoir eu à subir ou à être responsable d'un quelconque accrochage sur la route. On pouvait lui trouver nombre de défauts, mais pas celui de mal conduire.
C'est ainsi que Jackson, kanima de son état, arriva au lycée l'humeur mauvaise. Il regarda tout autour de lui, vérifia son stationnement et une fois satisfait de la distance entre sa voiture et les deux adjacentes, entreprit de se diriger vers le bâtiment principal en se demandant comment il pourrait retrouver la personne pour qui il entretenait une haine certaine. Il songea à la façon dont il lui ferait payer le bugne qu'il avait faite à sa voiture : une petite griffure dans son dos devrait suffire à le paralyser deux bonnes heures, de quoi lui faire bien peur. Jackson n'était pas fan de violence mais considérait qu'une petite sanction ne lui ferait pas de mal – elle suffirait à épancher sa colère.
Un visage familier apparut dans son champ de vision et suffit à lui seul à le calmer. Pas complètement, mais suffisamment pour diminuer son envie – besoin – de se mettre à chercher l'auteur de ses tourments. Qu'elle soit son ex, ou sa meilleure amie, Lydia était quelqu'un qui comptait pour lui et dont la simple présence le détendait. Ainsi, il fut capable de lui dire bonjour et de prendre de ses nouvelles. Elle sourit et fut soudainement attirée par son téléphone, duquel venait de sortir une courte sonnerie : elle avait reçu un message, qu'elle lut les sourcils froncés.
- Un lourdaud ? Un mec qui te harcèle ? Stilinski ? S'enquit Jackson pour faire la conversation.
Avec elle, il pouvait faire l'effort de ne pas se comporter comme un malpropre. Sa mauvaise humeur, il pouvait la contrôler, en diminuer la démonstration – la garder un tant soit peu pour lui. Parce que même si Lydia le laissait toujours s'exprimer lorsqu'il en avait besoin, Jackson tenait à ne pas l'accabler avec ses soucis stupides – sa colère idiote. Rien dans cette histoire n'était réellement important : la bugne sur sa voiture n'était pas énorme et surtout, il ne s'agissait que de quelque chose de matériel. La question était plutôt sentimentale.
- Derek, répondit-elle simplement en tapotant une réponse sur son écran.
