L'abîme de la terreur

Les jours passaient lentement, chaque moment semblait une éternité alors que Buck tentait de maintenir une façade de normalité pour Eddie et Christopher.

Mais à l'intérieur, il se sentait comme une coquille vide, rongée par la peur et le dégoût de lui-même. La dépression le submergeait, chaque matin étant une lutte pour sortir du lit, pour prétendre que tout allait bien.

Buck se réveillait souvent en sursaut, la sueur perlant sur son front, les souvenirs de Jonah hantant ses nuits.

Les journées, bien que remplies de la chaleur et de l'amour de sa famille, ne parvenaient pas à chasser l'ombre de son agresseur. Les moments passés avec Christopher et Eddie étaient des bouffées d'oxygène, mais dès qu'il se retrouvait seul, l'angoisse l'envahissait de nouveau.

Athena était venue le voir pour l'informer qu'elle se tenait au courant de l'enquête, même si on lui avait formellement interdit d'y prendre part. Tout ce que Buck avait retenu de cette entrevue, c'était que Jonah était introuvable, qu'il avait seulement disparu, abandonnant tout ce qui lui appartenait, comme s'il avait fui précipitamment, ce qui devait certainement être le cas.

Mais Buck sentait que cette histoire était loin d'être terminée et que Jonah referait surface d'une quelconque façon.

Et ça le terrifiait.

Lors de sa dernière séance avec le docteur Copeland, Buck avait eu du mal à s'ouvrir. Il se sentait sale, brisé, indigne de l'amour et du soutien que lui offraient Eddie et Christopher. Aujourd'hui, sa thérapeute, patiente et bienveillante, l'encourageait doucement à parler.

– Et comment te sens-tu aujourd'hui ? demanda-t-elle, ses yeux perçants mais compatissants.

Buck baissa les yeux, triturant nerveusement ses mains.

– Je... je ne sais pas par où commencer, murmura-t-il.

– Parle-moi de tes nuits, de ce qui te réveille en sursaut, suggéra-t-elle doucement.

Il prit une profonde inspiration, puis se lança.

– Jonah est partout. Chaque ombre, chaque bruit nocturne, c'est comme s'il était là, juste derrière moi. J'ai peur qu'il surgisse à tout moment. Je me sens constamment sur le qui-vive, terrifié à l'idée qu'il soit proche sans que je le sache.

Le docteur Copeland hocha la tête, encourageant Buck à continuer.

– Il a seulement disparu, poursuivit-il. Ça me terrorise de ne pas savoir où il est. Peut-être qu'il est juste à quelques mètres de moi, attendant le moment opportun pour frapper. Mon anxiété grandit chaque jour. Je ne sais plus quoi faire pour protéger Eddie et Christopher. Je sais qu'il va leur faire du mal juste parce que je les aime, que je ferai n'importe quoi pour eux et il tient tout ce pouvoir entre ses mains.

La thérapeute prit une pause, puis posa une question difficile.

– Buck, que ferais-tu pour sauver Eddie et Christopher ?

Buck sentit son cœur se serrer. Il savait qu'il devait répondre honnêtement, même si la vérité le terrifiait.

– Absolument tout. Je ferai absolument tout ce que Jonah me demanderait pour les protéger. Et il le sait, murmura-t-il, la voix brisée.

Le docteur Copeland hocha la tête, prenant des notes.

C'était le plus douloureux dans tout ça, quand Jonah déciderait de revenir, il frapperait un grand coup et Buck serait impuissant, tout bonnement incapable de lui opposer la moindre résistance par peur des représailles.

Il était trop fort et Buck était trop fatigué, il voulait seulement que ça s'arrête que tout s'arrête.

De retour à la maison, Buck s'effondra dans les bras d'Eddie.

Les murs de défense qu'il avait érigés s'écroulèrent, et il laissa sortir toute la douleur et la peur qu'il avait accumulées.

– J'ai tellement peur, sanglota-t-il.

– Je suis là, il ne te fera plus jamais de mal, lui promit-il avec conviction.

– Je dois…, souffla-t-il en tremblant. J'ai besoin de te dire, ce qui s'est passé avec lui. Ça m'oppresse. Je... je ne peux plus garder ça pour moi.

Eddie serra Buck contre lui, son regard plein d'inquiétude et de détermination.

– Tu ne me dois rien mais si tu as besoin de parler, je t'écouterai toujours.

– Je ne veux pas te faire de mal, je suis tellement bête, tellement…

– Chut, tu n'as rien fait de mal, à part être gentil, murmura-t-il, sa voix douce mais ferme. Il en a profité.

– Je n'ai pas su voir, je me sens tellement stupide.

– JE suis l'idiot, le contredit-il. Je n'aurais jamais dû déconner. C'est à cause de moi s'il a pu s'en prendre à toi.

– Non, s'il te plait, ne fais pas ça, ne prends pas le poids de mes erreurs à ma place.

– Je ne prends pas le poids de tes erreurs, lui affirma-t-il. Je te rappelle, à toi, de ne pas porter le poids des miennes. Cet homme… Ce monstre a profité de ma faiblesse et de ta vulnérabilité pour te faire du mal et je suis en parti responsable. Si je n'avais pas commis cette erreur tu n'aurais pas été aussi vulnérable.

– Je suis tellement désolé.

– Tu n'as rien à te faire pardonner, mi amor, absolument rien.

– Si parce que je n'ai rien vu venir. J'étais si désespéré, je l'ai laissé faire.

– De quoi tu parles, Buck ? Parle-moi, mi amor, dis-moi tout.

Buck prit une profonde inspiration, puis commença à raconter.

– Je me sentais seul et je voulais seulement avoir un ami qui ne prendrait pas parti pour aucun de nous, avec lequel je pourrai seulement être moi-même. Pour moi, on était seulement amis, lui et moi. C'était... c'était facile de lui parler. Il était gentil avec Chris et il était drôle. Il flirtait mais ensuite il reculait et je pensais que je me faisais des idées, à cause de notre séparation, que mon envie d'être vu et désiré me faisait imaginer des choses. Et ce soir-là il m'a appelé au secours car il avait massacré son diner. Je voulais seulement l'aider et on a dîné ensemble. J'avais bu, mais pas tant que ça, je ne sais plus vraiment. Pourtant, tout est devenu flou. Je me souviens vaguement lui avoir dit de ne pas le faire, mais... mais ensuite tout est devenu confus. Je voulais seulement lâcher prise et j'ai juste fermé les yeux. Je me suis réveillé le lendemain, chez lui et je l'ai tout de suite regretté mais j'aurais dû savoir que quelque chose n'allait pas.

Il sentit les larmes couler le long de ses joues, sa voix se brisant sous le poids des souvenirs.

– Je croyais être ivre, que c'était ma faute. Mais maintenant que je sais qu'il m'a drogué… J'ai essayé de lui faire comprendre que cette nuit ne signifiait rien, mais il a pété les plombs et j'ai vraiment commencé à avoir peur de lui. Il m'a harcelé, menacé… Il a pris des photos de cette nuit-là, Eddie. Et ensuite, il s'est infiltré plus profondément dans ma vie, il m'a même agressé de nouveau dans les douches à la caserne, mais je ne me suis pas laissé faire cette fois.

– Tu es fort et courageux, souffla Eddie en prenant son visage en coupe pour le faire affronter son regard. Sans drogue, il sait qu'il ne peut pas te faire ce qu'il veut.

– Mais depuis, je vis un enfer. Eddie, s'il vous menace toi et Christopher, je ferais tout ce qu'il me demandera sans qu'il ait besoin de me droguer, il en est conscient et ça me terrifie parce que je ne pourrais pas revivre ça. Je n'y survivrai pas. Je me sens tellement à vif, détruit.

Eddie resserra son étreinte, ses yeux brillants de rage et de tristesse.

– Tu n'as rien fait de mal. Ce n'est pas ta faute, murmura-t-il en embrassant ses cheveux. Je te promets que maintenant tout ira bien. Je te protège, et je tuerai cet enfoiré s'il ose seulement te regarder de nouveau.

Buck se laissa aller contre son mari, sentant enfin un semblant de sécurité pour la première fois depuis des semaines. Les mots d'Eddie étaient une promesse, une lueur d'espoir dans l'obscurité qui avait envahi sa vie.

Les jours suivants furent une lutte constante, mais avec Eddie à ses côtés, Buck commençait lentement à voir une lueur au bout du tunnel, ses idées noires s'éloignant doucement de lui.

Eddie était une présence constante, un soutien indéfectible. Il s'assurait que Buck ne se sente jamais seul, l'encourageant doucement à parler de ce qu'il ressentait.

– Je suis là, chaque fois que tu as besoin de parler, lui rappela Eddie un soir alors qu'ils étaient allongés dans le lit. Tu n'as pas à porter ça tout seul.

Buck, pelotonné contre lui, en sécurité, hocha la tête, reconnaissant, mais toujours en proie à une angoisse profonde.

– Je sais, souffla-t-il. Merci. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

Eddie serra Buck dans ses bras, lui murmurant des mots rassurants, lui rappelant qu'il n'était pas seul et qu'ils traverseraient cette épreuve ensemble.

Malgré le soutien de sa famille, Buck luttait toujours contre ses démons intérieurs.

La peur et le dégoût de soi étaient des compagnons constants, minant son estime de lui et sa confiance. Les séances avec le docteur Copeland l'aidaient à naviguer dans ses émotions, mais le chemin vers la guérison était long et parsemé d'embûches.

– Buck, il est crucial que tu te rappelles que tu n'es pas responsable de ce qui t'est arrivé, lui dit le docteur Copeland lors d'une séance particulièrement difficile. La culpabilité et la honte que tu ressens appartiennent à Jonah, pas à toi.

Buck acquiesça, mais les mots résonnaient encore de manière distante, comme s'il avait du mal à les intégrer pleinement.

Un jour, alors qu'il était assis dans le jardin avec Eddie, Christopher jouant non loin, Buck sentit une petite étincelle d'espoir. Le sourire de Christopher, la présence réconfortante d'Eddie à ses côtés, tout cela lui donnait la force de continuer à se battre.

– Je vais m'en sortir, murmura-t-il doucement. Je ne sais pas comment, mais je vais m'en sortir.

Eddie lui sourit, ses yeux brillants de fierté et d'amour.

– Je n'en ai jamais douté, mi amor. Nous allons nous en sortir ensemble.

Buck sentit une chaleur douce envahir son cœur.

Pour la première fois depuis longtemps, il croyait en cette possibilité. Ensemble, avec l'amour et le soutien de sa famille, il pourrait peut-être un jour retrouver la paix et la joie qu'il avait perdues.