Le baiser du Joker

Par une nuit de pleine lune, les deux éternels rivaux se faisaient face au sommet d'un immeuble de Gotham, tandis que le vent rugissait autour d'eux, fouettant leurs silhouettes sombres.

Le Joker, un sourire tordu accroché à son visage blafard, sortit lentement un carnet. Celui qu'il avait réussi à dérober à Batman, un objet que, pour lui, ne contenait que des souvenirs effacés, sans la moindre importance.

"Tu tiens vraiment à ce carnet, Batman ? Alors viens le chercher... saute !" railla-t-il, levant le carnet au-dessus de ses cheveux électriques, prêt à le jeter dans le vide.

Les yeux de Batman étaient rivés sur le précieux objet. Il savait que ce carnet renfermait des détails essentiels sur le Joker, des informations qu'il traquait depuis si longtemps.

"Ne fais pas ça, Joker. Donne-moi ce carnet", dit-il d'une voix grave, teintée de menace.

Le Joker éclata d'un rire strident, résonnant dans la nuit comme un écho sinistre, savourant chaque seconde de cette tension.

"Et si je refuse ? Tu vas me forcer, Batman ? Allez, montre-moi ce que tu sais faire !"

D'un geste théâtral, le Joker lança le carnet dans le vide. Batman bondit, tentant désespérément de l'attraper, mais déjà les pages s'envolaient, éparpillées par le vent, se perdant le long de l'immeuble.

"Non !" cria Batman, sa voix résonnant de frustration.

Profitant de cet instant d'inattention, le Joker sortit une télécommande de sa veste et appuya sans hésitation sur le bouton. Une explosion retentit soudain sur le toit, secouant violemment la structure. Une partie du bâtiment s'effondra, et en un éclair, les deux ennemis se retrouvèrent suspendus dans le vide, accrochés à une poutre métallique vacillante.

"Ah, voilà ! Comme je te l'avais dit, c'était tellement prévisible ! Toujours aussi prévisible, Batman !" ricana le Joker, son rire fou perçant la nuit de Gotham comme une lame acérée.

Mais ce rire se brisa soudain dans un cri de douleur lorsque la poutre à laquelle ils s'accrochaient commença à plier sous leur poids. Le métal se mit a gémir sinistrement, prêt à céder à tout instant.

Autour d'eux, la fumée épaisse, résultat de l'explosion, se déployait comme un voile sombre, les plongeant dans un brouillard opaque, masquant tout horizon.

Le Joker, pourtant, n'en était que plus exalté. Ses yeux verts brillaient d'une lueur dangereuse à travers la fumée. "Mais pour une fois, quel délicieux coup de théâtre, tu ne trouves pas ? Une vraie surprise ! Tu vois, c'est enfin l'heure… L'heure où on va voler ensemble, Batman ! Toi et moi, juste nous deux, dans cette chute magnifique !"

Les mots du Joker, empreints d'une folie presque poétique, résonnaient étrangement dans cette atmosphère apocalyptique. La mort, pour lui, n'était pas une menace, mais une expérience à savourer, un moment de communion avec son ennemi juré.

Et alors que le bâtiment tremblait sous le poids de la destruction, le Joker, fidèle à lui-même, fit l'inimaginable. D'un geste, il relâcha sa prise. Le sourire le plus radieux et le plus effrayant illumina son visage, comme si la chute dans l'abîme était le point culminant de son existence.

"On se revoit en bas, Batsy !", lança-t-il dans un éclat de rire cristallin qui se perdit dans le vent. Ses bras s'écartèrent comme ceux d'un oiseau s'apprêtant à s'envoler, et sans une once d'hésitation, il plongea dans le vide.

Batman, impuissant, regarda la silhouette du Joker disparaître dans le chaos. Son visage, d'habitude si impassible, fut traversé par une vague de perplexité. C'était toujours ainsi avec le Joker : imprévisible dans son absurdité, terrifiant dans son abandon total à la folie.

Le silence qui suivit le rire du Joker résonna lourdement dans l'esprit du chevalier noir. Là, suspendu au-dessus du vide, Batman sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Le Joker avait une nouvelle fois choisi le chaos, l'abîme, laissant derrière lui un Batman en proie à ses éternels dilemmes.

"Joker !" hurla Batman, tendant désespérément la main vers lui.

Sans perdre une seconde, il activa son grappin, dont le crochet s'enfonça dans le mur du bâtiment voisin. Tirant de toutes ses forces, il se lança dans le vide à son tour. Mais la chute était vertigineuse, et malgré ses efforts pour ralentir sa descente, il comprit rapidement que la distance qui les séparait du sol était bien trop grande pour espérer sauver les deux hommes.

Le regard de Batman se fixa sur la silhouette du Joker, qui tombait toujours, impassible. Un sentiment de panique monta en lui, une terreur qu'il n'avait encore jamais ressentie. C'était une peur profonde, instinctive.

"Non… pas comme ça," murmura-t-il, sa voix teintée d'une détresse inhabituelle.

Dans un ultime geste désespéré, Batman se projeta en avant, ses doigts frôlant d'abord le vide, avant de saisir fermement le Joker par la hanche au dernier moment. Le grappin, tendu au maximum, les propulsa violemment vers le haut, les secouant comme des pantins en plein vol.

Leurs corps percutèrent brutalement la façade de l'immeuble d'en face. L'impact fut si violent qu'il leur coupa le souffle, les faisant tousser et perdre tout sens de l'orientation. Pendant quelques secondes, tout n'était plus que douleur et confusion, les deux ennemis projetés dans une pièce et recouverts de bris de vitrage et de poussière.

"Alors, tu m'as sauvé, Batman ? Pourquoi ? Je n'avais pourtant pas l'air assez décidé à partir seul ?" lança le Joker, surpris, se tenant le ventre de douleur.

"Parce que... je ne peux pas," admit Batman d'une voix rauque, presque à contrecœur.

Le Joker éclata de rire, un rire incontrôlable qui résonna dans la nuit, rebondissant sur les murs des immeubles de Gotham. Batman, immobile, le fixait, ses yeux plongés dans ceux de son ennemi. À cet instant précis, une réalité troublante le frappait, il avait peur de perdre le Joker.

Aussi fou et imprévisible soit-il, le Joker était devenu une partie inévitable de sa vie, une constante qu'il ne pouvait ignorer. Pire encore, il s'était transformé en une sorte d'obsession, une énigme sans fin qui le hantait. Sans lui, tout cet équilibre fragile qu'il avait bâti s'effondrerait. Et Batman, dans cet éclair de lucidité, comprit que, d'une certaine manière, il était aussi lié au Joker que le Joker l'était à lui.

Le fracas de leur atterrissage avait laissé une large fissure dans la fenêtre, permettant au vent glacial de s'engouffrer dans la pièce. Le Joker, affichant toujours ce sourire en coin, observait Batman avec amusement. Par chance, ils avaient atterri dans un bureau désert, les lieux étant fermés à cette heure tardive.

brutalement ramené à la réalité, le joker se mit a rire de nouveau.

"Ce n'était pas une faveur." Grogna Batman d'une voix rauque.

" Oh, si c'en était une ! Tu ne peux pas nier que tu as pris plaisir à me voir au bord du gouffre, Batsy."

Le Joker se releva brusquement, une lame scintillante à la main.

"Et bien, maintenant que tu m'as redonné une chance, je vais t'en offrir une en retour."

Un affrontement éclata soudain, à la fois fulgurant et impitoyable.

Les deux adversaires, chacun animé par une haine viscérale, s'attaquaient avec une violence sauvage. Les coups fusaient, leurs corps se heurtaient dans un fracas assourdissant, chaque impact témoignant de leur rage implacable. Le Joker, malgré les multiples blessures qui marquaient son corps décharné, refusait de céder à la douleur. Son esprit dérangé était habité par une seule obsession : en finir avec Batman, définitivement. Cependant, à chaque assaut qu'il portait, un trouble passager semblait s'emparer de lui. Son regard vacillait, comme si quelque chose au plus profond de lui hésitait, tiraillé par des émotions contradictoires, à franchir la ligne fatidique.

Les minutes s'écoulaient, le combat s'intensifiait. Puis, dans un ultime coup du sort, Batman fut désarmé, ses armes éparpillées autour de lui, et s'effondra lourdement au sol, à bout de forces. Le Joker, le souffle court et l'air triomphant, s'approcha lentement, savourant chaque instant de sa victoire imminente. Il s'installa à califourchon sur son ennemi déchu, ses doigts crispés autour de la poignée d'un couteau brillant d'une lueur sinistre. La lame froide et menaçante pointait droit vers le cœur de Batman, tandis qu'un sourire diabolique se dessinait sur le visage du Joker, ses yeux brûlant d'une fureur presque démente. Mais dans ce moment suspendu, une étrange hésitation persista dans son regard, comme si la folie qui le consumait laissait entrevoir une lueur de doute.

"C'est terminé, Batsy. Cette fois, tu as perdu."

Le Joker leva les yeux vers le ciel, comme s'il espérait y trouver une explication, une réponse à l'agitation qui le rongeait de l'intérieur.

"Pourquoi ? Pourquoi ai-je hésité ? Pourquoi t'ai-je épargné, encore une fois ? Tu m'énerve toi aussi a être si beau au porte de la mort !"

Son regard glissa à nouveau vers Batman, ses traits déformés par une rage sourde, mêlée à une confusion palpable.

"Tu es ma plus grande obsession, Batsy. Mon défi ultime, une œuvre d'art que je rêve de marquer à la vie à la mort. Et pourtant... je n'arrive pas à te tuer. Je ne peux pas."

Ses doigts se desserrèrent lentement autour du manche du couteau, qui tomba lourdement au sol. Le Joker, épuisé, s'effondra alors sur Batman, comme s'il venait d'abandonner une lutte intérieure bien plus intense que leur combat physique.

Le héros resta silencieux, son regard perdu, fixé sur le plafond, impassible.

"Ce serait trop simple, trop facile," murmura le Joker, un sourire mauvais se dessinant sur ses lèvres. "Tu mérites bien plus que ça, Batsy. Tu dois souffrir... un peu plus. Je veux que tu penses à moi à chaque fois que tu fermeras les yeux. Que je hante tes cauchemars jusqu'à se que tu vienne me supplier de recommencer"

Il se pencha davantage, rapprochant son visage du sien, ses yeux démentiels scintillant d'une lueur dangereuse.

"Tu m'as sauvé la vie, pas vrai ? Eh bien, je vais te rendre la pareille," susurra-t-il, son regard flamboyant d'une idée nouvelle, aussi démente que l'esprit qui la concevait. "Je vais te laisser un souvenir que tu ne pourras jamais oublier."

Il attrapa le menton de Batman et l'obligea à lever le visage. Leurs regards se croisèrent, dans un affrontement de volontés. Batman tenta de se débattre, mais le Joker le maintenait de toutes ses forces.

"Ouvre la bouche, Batsy, tu vas recevoir ton cadeau."

Batman résista, mais le Joker était implacable. Il força la bouche de Batman à s'ouvrir, passant ses doigts sur ses lèvres, puis il pressa ensuite les siennes tout contre. C'était un baiser sauvage, violent, qui laissait un goût de métal sur la langue. Batman se débattit, mais le Joker l'immobilisa d'une main ferme malgré sa faible corpulence.

Le baiser devint plus fiévreux, gagnant en intensité. La langue du Joker s'aventura sans retenue contre celle de Batman, jouant avec perversité, provoquant des frissons de dégoût chez le héros. Ses mains frêles lâchèrent leurs prises s'isolants dans le coup du chevalier noir légèrement tremblantes.

Batman, au début réticent, termina par céder à l'étreinte, non pas par plaisir, mais par épuisement et désespoir. Il se laissa aller, emporter par la folie du Joker.

Le baiser dura une éternité, ou du moins c'est ainsi que le ressenti Batman. Il était conscient de chaque mouvement du Joker, de chaque souffle chaud sur sa peau et chaque caresse sur sa mâchoire. Il ressentit la haine, la folie, mais aussi une étrange forme de plaisir. Et se surpris à aimer la violence de ce moment, à se laisser engloutir dans le chaos. L'une de ses mains libérée de l'emprise se pressa dans les cheveux verts, essayant désespérément de garder sa proximité avec lui.

Tous les deux à bout de souffle, le Joker relâcha son étreinte, laissant Batman frappé par la réalité de la situation, le cœur martelant sa poitrine. Le bouffon vert le fixa avec un sourire triomphant, savourant chaque seconde de son triomphe, comme un artiste contemplant son chef-d'œuvre nouvellement achevé. D'un geste,il caressa le torse il lissa son costume pourpre.

"Tu comprends maintenant, Batsy ? Voilà ce qu'est l'amour : un savant mélange de haine, de désir... et de pure folie." ajouta le clown quittant son assise.

Le visage du clown s'était illuminé par un sourire dément.

" Même quand je suis sur le point de te tuer, je ne peux pas m'y résoudre." Dit-il agacé lui-même par ses propos puis tourna en rond.

Le Joker s'approcha de la grande baie vitrée, ses yeux rivés sur le vide abyssal qui s'étendait en contrebas. Le vent s'engouffrait à travers la brèche, emportant les derniers fragments de verre éparpillés.

"Pourquoi ?" Osa murmurer Batman, retrouvant peu à peu ses esprits.

Le Joker ne se retourna pas immédiatement, préférant contempler l'horizon. Il resta silencieux, ignorant la question, avant de poser une main sur la vitre glacée. Lentement, il se tourna vers Batman, un sourire énigmatique se dessinant sur ses lèvres.

"Nous nous reverrons," déclara-t-il simplement, éludant la question avec un détachement presque cruel.

Sans un mot de plus, il s'éloigna de la fenêtre et descendit les escaliers en colimaçon, sa silhouette disparaissant progressivement dans l'ombre. Batman demeura figé, le regard vide, paralysé par l'instant. Il écouta le bruit des pas du Joker s'amenuiser, jusqu'à ce que seul un silence oppressant ne subsiste.

Le héros, peinant à retrouver son équilibre, se releva difficilement et se traîna jusqu'à la fenêtre. Son regard se perdit un instant dans le vide vertigineux en contrebas, avant de se tourner vers l'escalier en colimaçon où le Joker s'était déjà volatilisé. Il savait qu'il était trop tard pour le poursuivre.

D'un geste instinctif, il passa sa main sur ses lèvres, effaçant les traces de maquillage laissées par le Joker après leur échange troublant. Un soupir lourd s'échappa de ses lèvres. À bout de forces, il s'appuya contre le mur, ses jambes fléchissant sous le poids de l'épuisement, jusqu'à s'effondrer, immobile.

Il n'avait jamais pensé de cette façon, ni ressenti une telle douleur dans sa poitrine. Encore une fois, le Joker avait réussi à se jouer de lui.