N.d.A :

Le (long) chapitre tant attendu !

L'avant-dernier de cette fanfiction !

(avec quelques corrections de coquilles dans les chapitres précédents…)

De l'action… (enfin !) et surtout de nombreuses révélations !…

Bonne lecture !


Chapitre 9 : La vérité toute nue

Le lendemain matin – après être finalement parvenue à s'endormir, malgré son cerveau fumant – Hermione eut l'impression d'y voir déjà bien plus clair. Lucius Malefoy la désirait sexuellement. Elle aussi était attirée physiquement par lui. Rien d'étonnant après ce qu'ils avaient vécu. Au risque de flatter l'ego du sorcier, elle ne lui apprendrait rien de nouveau en avouant qu'il n'était pas désagréable à regarder. Et elle-même avait eu son lot d'amants. Hier soir, ils avaient tous les deux bu, et il l'avait surprise dans une curieuse situation, pour le moins délicate. Et en bon Serpentard, bref… Ils étaient deux adultes sans attache et c'étaient des choses qui arrivaient. Donc maintenant, autant assumer. La sorcière n'avait rien à se reprocher (pas plus que lui, du moins) et ne laisserait pas Malefoy la mettre mal à l'aise ou la tourner en bourrique. L'important était qu'elle n'avait pas échoué dans sa mission. Pour autant qu'elle le savait, le sorcier ne se doutait de rien. Et la jeune femme ne coucherait pas consciemment avec un suspect dans une enquête des Aurors.

Une fois habillée et apprêtée pour la journée, Hermione eut le réflexe de chercher sa baguette. Sa baguette ?… Sa baguette ! Malefoy ne la lui avait pas rendue hier soir ! Il avait gardé sa baguette magique avec lui… Comment osait-il… Et surtout Comment avait-elle fait pour ne pas s'en rendre compte plus tôt ?! Se retenant de se frapper le front face à sa propre bêtise, Hermione sentit la colère refaire surface et se retint d'insulter le sorcier à voix haute. Furieuse, elle quitta sa chambre et descendit dans la salle à manger, pour la trouver vide.

— Dipsy ? appela-t-elle.

L'elfe apparut aussitôt.

— Oui, Miss ?

— Où est Mr Malefoy ?

— Dans son bureau, Miss.

Évidemment.

— Merci.

Les poings serrés, Hermione réemprunta les escaliers à grandes enjambées. Arrivée devant la porte fermée du bureau de Malefoy, elle n'hésita qu'un bref instant avant d'ouvrir la porte à la volée et d'entrer, sans frapper. À l'intérieur, elle découvrit Lucius Malefoy assis à son bureau, lisant son courrier.

— Où est-elle ? demanda sans préambule Hermione d'une voix forte en claquant la porte derrière elle.

Le sorcier ne daigna même pas lever les yeux de son parchemin, affichant un simple sourire en coin face à l'emportement de la jeune femme.

— Bonjour à vous aussi, Miss Granger. J'imagine que vous avez bien dormi ? Moi aussi, même si je vous avoue que cela aurait pu être mieux. Merci de vous en inquiéter. Et puis-je savoir de quoi vous parlez ?

Hermione souffla d'exaspération, refusant de le laisser jouer avec elle. Elle avança vers le bureau.

— Ma baguette ! dit-elle. J'exige que vous me la…

— Ah, oui ! l'interrompit Malefoy en posant enfin les yeux sur elle d'un air satisfait, une étincelle dans le regard. Je me demandais quand est-ce que vous vous en rendriez compte.

Il se leva et contourna son bureau pour s'approcher d'elle, les mains croisées dans le dos.

— Vous deviez être extrêmement distraite hier soir pour l'oublier, sourit-il de plus belle. Après tout, quelle sorcière digne de ce nom ne le serait pas ?

Il se pencha vers elle pour que leurs regards soient à la même hauteur.

— Je me demande bien qu'est-ce qui a pu

— Ça suffit, Mr Malefoy ! le coupa sèchement Hermione en le regardant droit dans les yeux d'un air sévère, sans ciller. Vous savez parfaitement pourquoi. Et cela ne sert à rien d'essayer de m'en faire avoir honte maintenant.

Hermione se tenait droite. Elle savait qu'à ce stade il serait bien trop facile d'accuser l'alcool face au Serpentard. Et elle refusa de se justifier ou de revenir sur ce qui s'était passé entre eux.

— Juste, rendez-la moi ! dit-elle, espérant couper court à la discussion.

Malefoy se redressa en pinçant les lèvres dans une moue contrariée, comme si on lui retirait son jouet, avant de sortir la baguette en question de la poche intérieure de sa robe de sorcier et de la lui présenter. Lorsqu'Hermione tendit la main pour la récupérer, néanmoins, il se ravisa et la retira.

— Pas de remerciements ? plaisanta-t-il une dernière fois en haussant un sourcil.

Hermione souffla son agacement pour toute réponse et allongea le bras en se dressant sur la pointe des pieds pour venir se saisir de sa baguette. Une fois en main, la sorcière se rendit compte que c'était comme si elle retrouvait une partie d'elle. Sa baguette était réellement un prolongement d'elle-même. Elle soupira inconsciemment de soulagement, semblant apaisée.

— Et que vous regrettiez ce qu'il s'est passé hier soir est bien la dernière chose que je souhaite, ajouta alors tristement Malefoy.

Hermione lui lança un regard en biais prudent.

— Ce n'est pas l'impression que vous donnez, dit-elle à voix basse sans le regarder.

Le sorcier fit un pas de plus vers elle.

— Je vous ai fait mon offre, Hermione, avança-t-il d'une voix chaude et posée.

Hermione sursauta presque à l'entente de son prénom. C'était la première qu'elle l'entendait l'employer alors qu'ils n'étaient que tous les deux. Il semblait soudainement très sérieux et déterminé.

— Je crois avoir été bien plus clair que vous - pour ne pas dire honnête - au regard de ce que je désire.

Hermione entrouvrit la bouche, comme pour intervenir, mais il poursuivit :

— Et on ne peut plus convainquant dans ma démonstration de tout ce que je pourrais vous procurer… Maintenant, le Souafle est dans votre camp.

La jeune femme écarquilla légèrement les yeux face à sa déclaration, avant de se reprendre. Peu importait ce qu'elle désirait ou non, elle ne pouvait se résoudre à accepter une telle proposition… Pas en l'état du moins, et pas en connaissance de cause.

Elle déglutit.

— Je… Je ne peux pas, dit-elle après hésitation.

Hermione savait qu'il avait remarqué comme elle qu'elle avait utilisé le terme de "pouvoir" et non de "vouloir".

— Et pourquoi cela ? demanda-t-il calmement en l'observant, les bras croisés, semblant nullement vexé par son rejet.

La sorcière ne pouvait pas lui répondre qu'elle le suspectait d'être toujours un mage noir actif. Elle détourna le regard.

— Mmh, dit Lucius face à son silence, nous verrons bien.

Et sur ces bonnes paroles, il la frôla pour la dépasser et quitta le bureau, la laissant seule à ses réflexions.

xxx

Un peu plus tard ce matin-là, Malefoy apprit soudainement à Hermione qu'il devait se rendre au ministère, restant très vague sur la raison, et sans lui demander de l'accompagner. Hermione en profita pour transmettre à Harry les éléments qu'elle avait trouvés dans son bureau au manoir. Elle n'eut pas à attendre longtemps son retour, et il lui proposa qu'ils se voient. Profitant de la pause de midi du jeune Auror, Hermione transplana à Londres et retrouva Harry.

— Alors ? lui demanda Hermione une fois installés au chaud dans une petite cafétéria. As-tu trouvé quoique ce soit semblant en lien avec le trafic de magie noire dont tu m'as parlé ?

— Difficile à dire, répondit Harry mal à l'aise en croquant dans son sandwich. Il s'agirait principalement de sorte de bons de commandes et certificats d'authentification de diverses marchandises au niveau international. Ce qui semble suspect, c'est que la nature des objets expertisés et transportés n'est jamais clairement identifiée. Et que les dates d'envoi ne sont pas précisées, comme si cela n'avait pas encore eu lieu. Cependant, de nombreux parchemins attestent de l'obtention de toutes les autorisations nécessaires au bon déroulement dans les règles de l'opération. On dirait plus une espèce de plan ou de projet à grande échelle. Mon collègue ne trouve a priori rien de clairement illégal, si ce n'est cette part de mystère ; et s'inquièterait dans ce cas davantage d'une éventuelle arnaque, ou d'actes de corruption. Ce qui serait inquiétant au vu de l'ampleur, et donc aussi peu probable.

Hermione fronça les sourcils et se mordilla la lèvre en pleine réflexion, se réchauffant les mains sur sa tasse de café. Tout ceci n'avait pas de sens. Faisaient-ils fausse route ? Passait-elle à côté de quelque chose ?

— Et ce n'est pas tout, poursuivit Harry en s'essuyant les lèvres avec une serviette en papier. Juste avant qu'on se voit, ma direction m'a prévenu qu'on avait reçu de nouvelles informations. Et combinées à celles que tu nous as transmises… Il semblerait de plus en plus que Lucius Malefoy ne soit finalement peut-être pas impliqué - Ou du moins, pas tel qu'on l'imaginait.

— Quoi ? s'étonna Hermione, marquant un temps de pause. Mais, alors… Tout cela n'aura donc servi à rien ?

Elle fut assaillie de sentiments mitigés.

— Bien au contraire, Hermione ! la rassura Harry, bien que semblant tout autant dépité lui-même. Eliminer Malefoy de la liste de nos principaux suspects est tout aussi important ! Surtout au vu de son passif. Cela nous permet de nous concentrer sur d'autres pistes… Et vois les choses du bon côté : tu n'as plus à vivre au manoir des Malefoy avec lui ! Tu vas pouvoir retrouver ta vie d'avant…

L'idée semblait le soulager grandement. Hermione, elle, restait songeuse, ne sachant quoi en penser.

Ils continuèrent à discuter sur le chemin de retour au ministère, Hermione raccompagnant Harry jusque devant son bureau.

De retour au quartier général du niveau 2, alors que les deux amis échangeaient des nouvelles de la famille des Weasley, juste avant de se dire au revoir, la porte du bureau de Gawain Robards, portant l'écriteau "Direction du Bureau des Aurors", s'ouvrit à quelques mètres d'eux à peine. Et là, Harry et Hermione purent voir Lucius Malefoy en ressortir en compagnie de Robards, qui lui disaient qu'ils restaient en contact, avant de lui serrer la main. En se retournant pour partir, Lucius remarqua Hermione en compagnie de Harry dans le couloir, et croisa le regard étonné de la jeune femme. Le sorcier se figea un court instant, semblant légèrement surpris et en pleine réflexion intérieure. Puis il se reprit rapidement, retrouvant son air froid et indifférent, et rajusta ses vêtements avant de s'en aller, comme si de rien n'était, saluant à peine les deux jeunes gens au passage. Hermione eut quelques sueurs froides d'être surprise près du Bureau des Aurors par Malefoy. Mais après tout, il n'y avait rien de suspect à ce qu'elle rende visite à un ami, comme à son habitude. Elle se demandait davantage ce que le sorcier était venu faire ici, et de quoi il s'était entretenu. S'agissait-il de l'affaire du philtre d'amour ?

La sorcière ne s'offusqua néanmoins pas de son attitude étrangement distante, étant plutôt soulagée vu le lieu où ils se trouvaient. Elle savait aussi que l'ancien Mangemort était plutôt en froid avec Harry, et à raison.

Lorsque Malefoy eut disparu dans le couloir menant à la cage d'ascenseur, Robards remarqua alors la présence de Harry et Hermione, juste avant de faire demi-tour pour retourner dans son bureau.

— Ah ! Miss Granger, dit-il. Justement, je souhaitais m'entretenir avec vous, si vous avez un instant à m'accorder. Vous aussi Potter, venez !

Surpris, Harry et Hermione échangèrent un regard (Harry haussant les épaules, signifiant à Hermione qu'il n'avait pas la moindre idée de ce dont Robards voulait leur parler) avant de s'avancer pour suivre le successeur de Scrimgeour à la tête du Bureau des Aurors.

Une fois dans son bureau, et la porte refermée derrière eux, Robards invita Hermione à s'asseoir face à lui, Harry préférant rester debout à côté.

— Avant tout, Miss Granger, commença très sérieusement Robards, je tiens à vous remercier personnellement de la part du ministère, pour votre implication citoyenne dans une enquête du Bureau des Aurors.

Hermione jeta un coup d'œil dérobé à Harry.

— Je vous en prie, c'est tout à fait… commença-t-elle modestement, considérant qu'il s'était agi de son devoir (mise à part son amitié pour Harry), surtout après leur travail sur son affaire de philtre.

— Bien au contraire, l'interrompit poliment le sorcier. J'ai bien conscience des importants sacrifices que vous avez dû faire pour cette mission. Pour cela, nous espérons pouvoir vous apporter très prochainement des réponses à vos questions, notamment en lien avec votre dépôt de plainte de cet automne.

Hermione acquiesça silencieusement à ses mots, un peu désarçonnée et les sourcils levés, ne sachant pas trop quoi répondre. Harry s'était tendu à côté d'elle. Est-ce qu'il culpabilisait toujours de l'avoir impliquée ?

En toute sincérité, la sorcière n'avait pas l'impression d'avoir fait grand-chose pour les aider au final. Mais Robards semblait penser le contraire.

— Harry m'a dit que vous aviez de nouveaux éléments dans cette affaire ? avança Hermione, un peu curieuse malgré tout, et se demandant aussi s'il ne l'avait convoquée que pour la remercier.

Robards acquiesça, semblant peser ses prochains mots.

— Mr Malefoy a finalement accepté de son plein gré de collaborer pleinement avec nous. Son statut a changé. Nous avons pu établir son innocence, et il représente dorénavant un important témoin pour notre enquête.

Hermione pu sentir autant la surprise d'Harry à ses côtés que la sienne.

Lucius ? Innocent ? C'était sûr ?

Elle sentit son cœur manquer un battement, ainsi que le regard de Harry posé sur elle, et dut penser à respirer.

Robards poursuivit :

— De récentes informations nous portent à soupçonner une attaque des Maîtres Inferi au gala du ministère, qui doit se tenir prochainement en présence de nombreux émissaires internationaux du monde magique.

Hermione se rappelait de ce cocktail. Il devait avoir lieu juste avant la fin de ses congés imposés, et à mi-parcours de la campagne électorale au poste de ministre de la Magie. De nombreux sorciers seront présents.

— La sécurité sera donc assurée par notre équipe et renforcée en toute discrétion. Nous espérons réaliser un gros coup de filet à cette occasion. Cependant, Miss Granger, je souhaiterais que vous y accompagniez Mr Malefoy, pour assurer en secret sa double protection.

À cela, Harry réagit, demandant pourquoi une telle mesure.

— Je ne peux vous en révéler davantage, répondit précipitamment Robards, seulement que cette condition est nécessaire.

— Mais enfin, chef ! s'exclama Harry. Hermione a terminé sa mission pour nous et elle n'est pas Auror ! Elle n'a aucune raison de rester avec…

— Ça, c'est à Miss Granger d'en décider, Potter. Alors, qu'en dites-vous ? Acceptez-vous de nous aider une dernière fois ? Vous serez dédommagée, bien sûr.

Robards posa son regard sur Hermione. Harry semblait exaspéré.

— C'est entendu, dit finalement la sorcière, souhaitant rassurer son ami. De toute façon, mon accord de faux semblant avec Mr Malefoy tient normalement jusqu'à la fin de mes congés, donc cela ne semblera pas suspect.

En ressortant du bureau de Robards, Harry raccompagna piteusement Hermione, les mains fourrées dans ses poches d'un air boudeur. En attendant l'ascenseur, il entraîna la sorcière un peu à l'écart pour lui parler à voix basse.

— Tu n'es pas obligée, tu sais, lui tendit-il en tapant du pied avec impatience.

— Ça ne me dérange pas, Harry. Et ce n'est que pour un soir. Qu'est-ce qui t'inquiète autant ?

Le jeune homme sembla hésiter à dire à son amie ce qu'il avait réellement sur le cœur, se mordillant les lèvres comme lorsqu'ils étaient à l'école.

— Quand elle est rentrée de sa visite avec toi, l'autre jour… Ginny m'a raconté comment elle trouvait que Lucius Malefoy agissait bizarrement avec toi… Comme si…

— Comme si, quoi ? demanda sincèrement Hermione en haussant les sourcils. Et comment ça, "bizarrement" ?

À son sens, Lucius Malefoy agissait toujours bizarrement, mais ça ce n'était pas nouveau.

— Comme quoi il semblait drôlement avenant et "protecteur" autour de toi (il cracha presque le mot), presque possessif… Comme s'il était jaloux… Alors je me demandais, est-ce qu'il s'agit d'un simple rôle ? Ou bien… Est-ce que la situation a évolué entre vous deux ?

Hermione constata comment l'idée rendait le pauvre sorcier mal à l'aise et presque malade d'inquiétude. La jeune femme estima que ce n'était pas la peine de le mettre au courant de l'attirance ou des avances récentes du Sang-Pur… Et elle s'interrogea aussi sur ce que son amie avait bien pu "percevoir" d'autre...

— Je ne sais pas ce qu'a cru voir Ginny, dit-elle avec autant de dérision que possible, mais je t'assure qu'il n'y a rien entre Lucius Malefoy et moi.

Et ce n'était pas faux, n'est-ce pas ?

— Je ne lui fais pas confiance, Hermione ! s'alarma alors Harry. J'ai peur qu'il ne t'influence et…

À l'insinuation du jeune Auror, Hermione prit la mouche.

— Oh, Harry, c'est ridicule ! Tu me prends pour qui ? Tu me fais confiance pour me défendre face à un Mangemort, mais pas pour traiter avec un Serpentard ? Je ne suis pas aussi naïve que tu le crois. Ce n'est pas parce que je suis célibataire depuis longtemps que je suis désespérée ! Si je fais un choix dans ma vie, ce n'est pas par défaut ou manipulation… et ça ne te regarde pas !

Si tu…? s'étouffa Harry, les yeux écarquillés. Mais enfin, Hermione… on est tes amis, et… il s'agit qu'en même de Lucius Malefoy !

Hermione lui lança un regard noir et furibond. L'arrivée en fracas de l'ascenseur la dispensa cependant de devoir répondre. Grimpant à l'intérieur pour mettre fin à la discussion, elle referma bruyamment la grille métallique derrière elle.

Hermione ! appela le Gryffondor d'une voix étranglée.

— À plus tard, Harry.

xxx

En rentrant au manoir, Hermione avait la gorge et la poitrine étrangement serrées, ressassant ses derniers entretiens. Tout était allé si vite. Allait-elle vraiment retourner à sa vie d'avant ?

Quand elle arriva, tout était plongé dans le noir. Elle n'avait pas transplané tout de suite, prenant le temps de marcher pour s'aérer les idées. Elle monta dans sa chambre pour se rafraîchir et son regard s'attarda sur le bouquet de fleurs fraîches toujours présent dans le vase sur sa table de nuit. Elle marqua un bref temps de pause, perdue dans ses réflexions. Il était tard. Une fois changée, en pyjama et robe de chambre, elle descendit, pensant aller se chercher quelque chose à lire. Lorsqu'elle fut attirée par une faible lueur vacillante provenant du salon. Elle poussa doucement la porte entrebâillée. Mr Malefoy était assis seul dans la pénombre et lisait à la lueur du feu de cheminée et de quelques bougies, un verre à la main. Hermione n'hésita qu'un court instant avant de s'avancer. À son approche silencieuse, le sorcier releva la tête, ne semblant nullement surpris de la voir. Sans un mot, il lui fit signe, lui proposant silencieusement de se joindre à lui, ce qu'elle accepta volontiers. Un verre ne lui ferait en effet pas de mal. Elle se lova dans le second fauteuil, repliant ses jambes sous elle en s'asseyant. La température dans la pièce était agréable.

— Vous ne me demandez pas ce que je faisais chez les Aurors ? s'éleva doucement la voix de Malefoy au bout de quelques minutes dépourvues d'interaction.

Hermione sourit faiblement, le regard fixé sur son verre. Lui non plus, remarqua-t-elle.

— Je ne suis pas là pour vous espionner, Mr Malefoy, dit-elle ironiquement.

Il eut un petit sourire à son tour.

— Des nouvelles au sujet de notre affaire de philtre d'amour ? demanda alors Hermione lorsqu'il ne relança pas tout de suite la conversation.

Malefoy but une gorgée tout en semblant méditer avant de répondre.

— Non, rien de nouveau, dit-il finalement.

Il soupira théâtralement.

— Ces Aurors sont décidément bien des incapables, s'exclama-t-il.

Hermione plissa les yeux comme pour lui reprocher ses propos, mais ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire en coin malgré tout, amusée.

Etait-il étrange d'être aussi à son aise, au milieu de tous ces mensonges et ces secrets ? Il s'agissait peut-être de leur langage à eux, qu'ils étaient parvenus on ne sait comment à mettre en place à force de se côtoyer. Ou étaient-ce une douce fatigue et la chaleur apaisante du feu de bois qui la berçaient si confortablement, comme dans un cocon ou le fond de son verre ?

Hermione observa alors à la dérobée les traits du visage de son hôte, sur lesquels dansaient les flammes. Est-ce que cela changeait quelque chose de le savoir non coupable ? se demanda-t-elle sincèrement. Certes, il s'agissait toujours du même homme, avec le même caractère, les mêmes idées et le même passé… Mais il ne faisait pas partie des Maîtres Inferi, lui souffla une petite voix soulagée. Pouvait-elle pour autant lui faire confiance ?

Ils restèrent ainsi à côté l'un de l'autre quelque temps de plus. Chacun plongé dans sa propre lecture et la présence de l'autre, à se contenter de siroter tranquillement leur verre.

Puis Hermione pensa aller se coucher, et fit mine de se lever.

— Miss Granger, dit alors Malefoy, vous rappelez-vous de la soirée qui doit bientôt avoir lieu au ministère ?

— Bien sûr, dit la jeune femme en hochant la tête, j'étais bien trop heureuse pour une fois de ne pas avoir à co-organiser l'évènement.

Malefoy acquiesça avant de poursuivre, comme en évidence :

— Je dois m'y rendre.

Hermione hocha la tête, peu étonnée. Il devait avoir beaucoup de mains à serrer. C'est alors qu'elle repensa au mystère des objets transportés…

— Je me demandais, commença-t-il, si vous accepteriez de m'y accompagner ?

La jeune femme haussa un sourcil, sortant de ses pensées. C'était bien la première fois qu'il le lui demandait réellement, comme si elle était libre de refuser. S'agissait-il seulement d'une tournure de politesse, ou d'une véritable invitation ?

— Vous me le proposez, en dehors de notre accord, Mr Malefoy ? demanda-t-elle alors.

Il haussa légèrement les épaules en baissant les yeux.

— Comme cela vous plaira, offrit-il.

Hermione esquissa une petite moue, prenant le temps de la réflexion.

— Vous vous rendez compte qu'il s'agira sans doute de la dernière soirée de notre arrangement, mes congés prenant fin ? fit-elle la remarque, rappelant les termes établis entre eux il n'y avait pas si longtemps que cela. Après quoi, je reprendrai mon travail et retournerai vivre dans mon appartement à Londres.

Il la fixa d'un regard indéchiffrable. Avant d'esquisser un large sourire avec malice, reprenant un air plus habituel

— Consentiriez-vous à céder à l'un de mes caprices, dans ce cas ? en profita-t-il. En "cadeau de départ" ?

Hermione leva les yeux au ciel à sa plaisanterie. Il pouvait toujours demander.

— Je souhaiterais vous voir, au moins une fois, porter la robe que je vous avais fait parvenir pour la soirée du Nouvel An.

Hermione lui lança un regard en biais, avant d'esquisser à son tour un petit sourire en coin malicieux.

— Si cela vous fait plaisir, Mr Malefoy, avança-t-elle en haussant les épaules dans une indifférence feinte, trop heureuse d'être bientôt libérée. Nous verrons…

Puis elle se leva.

— Bonne nuit, souffla-t-elle.

— Bonne nuit, Miss Granger, répondit-il. À demain.

Hermione se demanda vaguement si cela allait lui manquer. Mais c'était peu probable… n'est-ce pas ?

xxx

Pourquoi pas, après tout ? pensa Hermione. Il était vrai qu'il s'agissait d'une très belle robe.

Hermione se tenait debout, en peignoir dans sa chambre au manoir, devant le lit sur lequel elle avait déposé la robe en question pour l'admirer. Après avoir pris une douche et apprêté ses cheveux, elle se préparait pour la réception du ministère qui avait lieu le soir même. Défaisant sa ceinture, elle se décida finalement à l'essayer. La robe cintrée lui allait parfaitement. Devant le miroir, les yeux de la sorcière se posèrent tour à tour sur la mousseline de soie couleur émeraude et presque satinée de la longue jupe, les patterns complexes des entrelacs de la dentelle et des gemmes incrustées dans le bustier, les longues manches bouffantes et légères de la cape drapée de teinte plus claire et diaphane… Elle avait presque l'air d'une princesse, constata-t-elle les sourcils levés… bien qu'en plus moderne d'après les standards des sorciers. La dernière fois qu'elle se souvenait s'être aussi bien habillée, c'était pour le bal de Noël du Tournoi des Trois Sorciers à Poudlard lors de sa quatrième année. Cette réminiscence soudaine et passagère de sa jeunesse la déstabilisa légèrement, et elle rougit bêtement comme une adolescente. Sa main se posa distraitement sur sa gorge dénudée, puis son regard glissa naturellement jusqu'au torque d'or blanc exposé en évidence sur la coiffeuse. Il s'agissait du seul bijou en sa possession qui conviendrait à sa tenue. Et il le savait. Puis Hermione soupira théâtralement. Après tout, à quoi bon résister maintenant… et en si bon chemin ? (elle était déjà dedans jusqu'au cou, et ce depuis longtemps) Autant finir en beauté ! Et si ça lui faisait plaisir… Elle leva les yeux au ciel en souriant avec dérision. Peu importe. Après ce soir, tout redeviendrait - enfin - comme avant.

xxx

Lorsqu'elle descendit de son étage par les marches du grand escalier pour rejoindre le sorcier qui l'attendait déjà dans le hall d'entrée avec impatience, Hermione se savait en retard - intentionnellement - de quelques minutes sur l'horaire précis que lui avait communiqué Malefoy. Elle avait à coeur habituellement d'être très ponctuelle, mais prenait exceptionnellement un malin plaisir tout particulier à le taquiner et le défier de la sorte ; ne souhaitant pas le rendre trop arrogant en cédant à tous ses caprices le même soir - fût-ce le dernier.

Lorsque le sorcier leva le nez de sa montre à son approche, l'expression de reproche aux sourcils froncés sur son visage s'effaça quasiment instantanément, et ses traits se détendirent d'un étonnement presque comique, lorsque son regard captivé glissa sur la jeune femme et l'accompagna alors qu'elle le rejoignait, ses bras croisés retombant mollement à ses côtés.

— Je vous ai fait attendre ? demanda rhétoriquement Hermione, le sourire aux lèvres.

Lucius haussa un sourcil, avant de ravaler sa salive. Puis il se reprit et sourit à son tour avec plaisir. Il comprit que la sorcière l'avait fait exprès, mais ne le lui en voulait nullement dorénavant.

— Miss Granger, le ton employé seul suffisait à la complimenter, l'admiration chaude et sincère dans la voix normalement si détachée du Serpentard. Vous êtes réellement…

— Flattée, certainement, le coupa soudainement Hermione en détournant le regard avec gêne, bien que satisfaite de son impression.

— Une vision, finit-il avec sérieux en capturant à nouveau son regard avec le sien. Mais j'allais dire… charmante.

Quelque chose s'adoucit dans son regard, et Hermione en fut touchée.

— Merci, Mr Malefoy, répondit-elle poliment. Vous êtes très élégant vous-même.

Le sourire du Sang-Pur s'élargit davantage, accueillant volontiers la remarque d'un léger signe de tête. L'agréable satisfaction qu'il avait à la détailler était aussi peu dissimulée que sa fierté à l'avoir à son bras dans un ensemble qu'il avait lui-même choisi et pourvu.

En toute honnêteté, et très objectivement, Hermione devait avouer qu'elle le trouvait très beau et séduisant, avec ses longs cheveux noués d'un lacet sur sa nuque, et dans son costume de soirée trois pièces bien taillé d'un gris anthracite aux reflets verts presque noirs, mettant en valeur son regard clair.

S'étonnant elle-même de son appréciation, la jeune femme se demanda alors depuis quand l'image qu'elle avait du sorcier avait à ce point changé. Et comment cela seul pouvait être possible. Était-ce en apprenant à le connaître ? Elle avait certes découvert l'ancien Mangemort sous un tout nouvel angle… Mais le connaissait-elle réellement avant, dans le fond ?

Hermione ne pouvait nier tout ce qui s'était passé, et en si peu de temps… bien qu'elle avait encore du mal à se l'imaginer. Elle avait l'impression d'avoir vécu une autre vie.

Elle repensa à ce que lui avait dit Harry. Lucius savait tout à fait être charmant, quand il le souhaitait et que cela servait ses plans, songea-t-elle alors qu'il lui offrait son manteau puis son bras, l'escortant en parfait gentleman en dehors de son domaine pour transplaner jusqu'à Londres, à l'entrée du ministère. Mais est-ce que cela changeait quelque chose, maintenant qu'elle savait qu'il n'était pas retombé dans la magie noire ? Après tout, la séduction est quelque chose qui fonctionne dans les deux sens. Il faut être deux pour séduire et être séduit. Et ce n'est ni une preuve de faiblesse, ni une chose à désapprouver ou à juger.

xxx

Une fois arrivée au ministère, Hermione cessa ses questionnements et introspections personnelles pour adopter une posture plus professionnelle et réfléchie, se rappelant qu'une attaque de dangereux mages noirs était à craindre ce soir. Elle avait besoin d'avoir l'esprit clair et en alerte. Elle devait se tenir sur ses gardes… et surtout ne pas quitter Malefoy des yeux. Fort heureusement pour elle (pour une fois), il semblait de toute façon que le sorcier ne souhaitait pas s'éloigner d'elle un instant – ou du moins, la laisser s'éloigner de lui. Lui jetant un regard en biais pendant qu'il trinquait et riait, Hermione se rappela sa discussion avec Robards, et se demanda si sous ses airs a priori décontractés et insouciants, le sorcier attendait lui aussi l'altercation imminente, sa main se resserrant sur son bras dans une tension à peine perceptible. Puis la sorcière parcourut la salle à la dérobée, repérant les discrets Aurors situés stratégiquement aux différentes sorties et parmi les invités. Son regard croisa de loin celui de Harry, qui la salua silencieusement d'un signe de tête.

Hermione était tellement concentrée sur sa tâche qu'elle écoutait à peine, ou d'une oreille distraite, ce qui se disait autour d'elle. Elle tenait toujours fermement dans sa main sa première coupe de la soirée, qu'elle n'avait pas encore touchée.

— Madame la présidente, s'éleva la voix de Malefoy près d'elle.

— Ah ! Lucius et Miss Granger…

Hermione posa alors les yeux sur Edna Shafiq qui s'approcha d'eux pour les saluer. La jeune femme lui répondit poliment, et ils échangèrent quelques banalités sur les dernières nouvelles au sein du ministère et de la communauté magique nationale et internationale. Puis Lucius engagea la conversation sur les dernières avancées de la campagne ministérielle de la sorcière, et Hermione laissa à nouveau son attention glisser…

— … très intéressante théorie à ce sujet, justement, entendit-elle prononcer le sorcier au bout d'un moment, en réponse à quelque chose que venait de dire Ms Shafiq. N'est-ce pas, Hermione ?

Hermione revint à la conversation, sentant les regards se reporter sur elle.

— Pardon ?

— Je faisais part à Edna de l'idée que tu m'as défendue l'autre jour, dit aimablement Lucius, de l'intérêt de s'appuyer sur les découvertes de la science des Moldus pour mieux appréhender les évolutions dans la génétique magique.

— Vraiment ?

Shafiq haussa un sourcil intéressé.

Hermione, elle, écarquilla légèrement les yeux, quelque peu choquée et déstabilisée que Malefoy ose partager leur échange sensible sur le sujet si ouvertement – et devant l'éminente sorcière, en plus ! – comme s'il semblait lui-même soutenir l'idée.

— Euh, oui, balbutia la jeune femme, prise de court. Certains comportements que l'on observe… semblent venir étayer de récentes études et recherches, et…

— Je pense que vous trouverez certaines de ses hypothèses fort intrigantes, surenchérit le sorcier avec un sourire mielleux de politicien en s'adressant directement à Shafiq, pour ne pas dire avant-gardistes...

Hermione crut déceler une pointe de moquerie dans le ton et le sourire en coin du Sang-Pur, et lui jeta un regard de reproche.

— Excellente intuition, Miss Granger ! la félicita Shafiq avec enthousiasme, ignorant totalement la tension au sein du couple. Je serais en effet très intéressée que vous m'en disiez plus.

La sorcière posa sur Hermione son regard de rapace aux pupilles brillantes avec un intérêt tout renouvelé, comme si la nouvelle l'enchantait et semblait venir confirmer ses soupçons et premières impressions sur la jeune femme.

— Ms Shafiq souhaiterait développer les liens entre le Département des mystères et celui de la justice magique, expliqua alors Malefoy à Hermione avec plus de sérieux, comme en confidence.

— Et pourquoi pas même aller jusqu'à partager des sièges au Magenmagot ! ajouta Shafiq avec un sourire en coin prometteur.

Ce fut au tour d'Hermione d'être intéressée et impressionnée. Donner une voix aux experts ?

— Ah bon ? Voilà qui est très… moderne.

Shafiq hocha de la tête avant d'ausculter de nouveau curieusement la sorcière, en pleine réflexion.

— Sauriez-vous comment tester votre thèse ? lui demanda la présidente. Quelle est votre maîtrise du domaine ? Je pourrais vous mettre en relation avec l'un de mes…

Lorsqu'une explosion éclata à l'autre bout de la pièce.

LE SEIGNEUR DES TÉNÈBRES RENAITRA !

Une épaisse fumée noire s'éleva, s'immisçant entre les convives et les dissimulant à la vue d'Hermione.

Puis la lumière des sorts hurlés fusa au travers, de nouvelles explosions recouvertes des cris de terreur et de panique de la foule, et des ordres aboyés dans tous les sens.

Sans qu'elle ne se rappelle l'avoir sortie, Hermione se rendit compte de la présence de sa baguette dans sa main, vaguement consciente du verre brisé de sa coupe à ses pieds.

Elle crut voir du coin de l'œil l'ombre où se tenait auparavant Edna Shafiq être rejointe par une escouade d'Aurors et emmenée avant de disparaître, comme avalée par le nuage de fumée.

La sorcière ne voyait plus Harry… Elle revit alors le jour où on lui avait annoncé qu'un incident avait eu lieu, et que Ron ne rentrerait pas… Ils se sentaient pourtant tellement en sécurité…

Sa respiration s'emballa, lorsque la jeune femme sentit et se rappela la présence de Lucius Malefoy à ses côtés, lui faisant retrouver ses esprits. Se rappelant de sa mission, Hermione saisit le sorcier par le bras et l'entraîna alors vivement et instinctivement à l'opposé du plus gros de l'altercation. Lorsqu'ils entrèrent en contact avec un groupe d'individus. Le temps que leurs yeux s'habituent à la fumée, et d'identifier si les inconnus étaient amis ou ennemis, l'un des hommes croisa le regard de Lucius et ce dernier se jeta alors au-devant d'Hermione, s'interposant entre elle et les Maîtres Inferi, la protégeant de ses bras.

— Sale traître ! cracha l'homme en levant sa baguette.

Mais Hermione fut plus rapide.

Non ! cria-t-elle.

Et elle lança par réflexe un puissant charme du Bouclier informulé qui l'engloba elle et Malefoy, surprenant et repoussant leurs agresseurs.

Hermione !

La sorcière entendit retentir la voix de Harry.

— Ils sont ici ! Par ici !

Comme au ralenti, Hermione vit l'Auror et ses collègues débarquer, sautant hors du nuage de fumée, et engager les anciens Mangemorts en duel, à travers le mur magique de son enchantement qu'elle maintenait en place, baguette toujours levée vers le ciel.

Lucius se tourna vers elle et elle lui rendit son regard bouleversé. Le Serpentard était intimement collé à elle, un bras passé autour de sa taille. Elle sentait sa poitrine se soulever contre la sienne et son propre cœur battre dans sa cage thoracique, le sang pulsant à ses oreilles. Le combat faisait rage autour d'eux, les voix assourdies, plusieurs sortilèges rebondissant sur la paroi… mais Hermione tint bon, sans jamais quitter les yeux du sorcier, et il ne la lâcha pas.

L'attaque n'avait duré que quelques minutes, avant que les équipes de Robards ne parviennent à maîtriser la situation et à arrêter tous les mages noirs. Mais cela avait semblé durer une éternité à la sorcière.

Lorsque le calme revint, et qu'ils étaient de nouveau en sécurité – pour de bon, cette fois-ci – Hermione abaissa son bras et sa protection, les libérant tous deux. Et le reste du monde reprit vie à leurs côtés.

À bout de souffle et de choc, l'adrénaline en chute libre dans leurs veines, le couple essayait tant bien que mal de calmer leurs respirations... Le regard ému toujours plongé dans celui de l'autre… se cherchant, se questionnant, réalisant... Puis Lucius s'humecta les lèvres avant d'essayer de prendre la parole :

— Vous…

— Vous allez bien ?

Un Auror s'était approché d'eux pour voir s'ils avaient besoin d'assistance, les interrompant.

Surpris, le Sang-Pur sembla agacé. Hermione inspira et acquiesça en direction du jeune homme, profitant de l'intrusion pour rompre le contact visuel.

— Oui, ça va, soupira-t-elle. Je vous remercie.

Le sorcier s'en alla. Puis la jeune femme jeta de nouveau un rapide regard à Malefoy, avant de poser une main encore tremblante sur son bras.

— Je… Je dois aller trouver Harry, dit-elle simplement à voix basse.

Le Serpentard acquiesça silencieusement, le visage fermé et plus pâle qu'à l'accoutumée, la libérant finalement de son étreinte, et elle s'éloigna.

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Hermione retrouva rapidement Harry, et il l'enlaça pour la serrer fort contre lui dès qu'il la vit. Elle aussi était soulagée de le savoir sain et sauf… surtout après leur dernière dispute.

— Excuse-moi pour la dernière fois, dit-il, la voix rauque, comme s'il lisait dans ses pensées. Tu avais raison, je n'avais pas à… Ginny m'a accusé aussi d'avoir été un mauvais ami quand je lui en ai parlé. Quelque chose comme quoi je ne devais pas juger avant de savoir ce que tu désirais vraiment, et que je devais accepter d'être seulement là pour te soutenir si tu le souhaitais… Merlin, que Ron me manque quand il s'agit d'être nul pour comprendre les sentiments des autres !

Hermione hoqueta un fou rire, les larmes aux yeux, relâchant d'un coup toute la pression de la soirée.

— Oui, dit-elle, je ne te le fais pas si bien dire !

Se séparant, mais les mains toujours jointes, ils se sourirent mutuellement, lorsque des exclamations de joies s'élevèrent tout autour d'eux.

Kingsley Shacklebolt s'était avancé, aux côtés de Gawain Robards, pour expliquer la situation aux invités et féliciter le Bureau des Aurors pour leur intervention dans toute cette affaire. Ils avaient réussi un gros coup de filet, capturant ainsi les derniers des Mangemorts en fuite, et en évitant toute perte. Les flashs des appareils photo jaillirent et les applaudissements retentirent. Les convives furent invités à poursuivre la soirée à leur convenance, pour se remettre de leurs émotions et fêter cet heureux évènement pour l'ensemble de la société sorcière.

Harry devait s'entretenir avec Robards et s'excusa auprès d'Hermione. Il lui proposa qu'ils se recontactent très bientôt, notamment car il avait appris de nouveaux éléments au sujet de son affaire. Cela semblait important, mais Hermione n'avait pas la tête à cela pour le moment.

— Tu veux que l'on rentre ensemble dès que j'ai fini ? demanda-t-il.

Hermione parcourut la salle des yeux et tomba sur Lucius Malefoy, qui l'observait aussi s'entretenir avec Harry de loin.

— Finalement, dit-elle, je crois que je vais rester un peu plus longtemps, et profiter de la soirée… maintenant que tout danger est écarté.

Harry suivit son regard et sembla désapprouver, mais se retint de tout commentaire, bien qu'il n'en pensait pas moins. Il acquiesça avec raideur sans rien dire, l'embrassa sur la joue, et s'en alla.

Hermione se tourna vers Lucius, qui l'attendait patiemment, et s'approcha lentement de lui. Elle ressentait une irrésistible envie d'être à ses côtés.

En croisant son regard, elle se remémora presque avec gêne l'intensité du moment qu'ils avaient vécu et partagé un instant plus tôt. Elle ne put donc s'empêcher de chercher à dédramatiser la situation.

— Je me posais la question, le taquina-t-elle une fois qu'elle l'eut rejoint : vous est-il déjà arrivé – dans un instant de panique – d'oublier d'utiliser votre baguette pour vous sortir d'un mauvais pas ?

Elle vit clairement du coin de l'œil le sorcier hésiter entre se vexer ou s'amuser qu'elle utilise contre lui ses propres mots - mots qu'il lui avait tenus il n'y avait pas si longtemps. Mais, comprenant son jeu, le regard noir de réprimande qu'il lui lança perdit de sa froideur, vite accompagné d'un sourire en coin malicieux.

— Cela vous a peut-être échappé dans le feu de l'action, répondit-il sur le même ton prétentieux, mais celle-ci était bel et bien dans ma main.

Elle haussa un sourcil, peu convaincue.

— Et il ne vous est pas venu à l'idée de vous en servir pour… quelle raison ?

— Il semblerait, bien que cela me coûte de l'avouer, que vous ayez été plus rapide que moi à réagir, tout simplement. Et pour cela, je vous en suis reconnaissant.

Hermione sourit et acquiesça silencieusement, acceptant les sincères remerciements avec humilité. Elle ne souhaitait pas s'attarder ou revenir sur le fait que Lucius Malefoy avait fait barrage de son propre corps pour la protéger… Et qu'elle lui avait sauvé la vie.

Un Augurey passa.

— Vous désirez rentrer ? lui demanda-t-il finalement.

La sorcière se sentait un peu fatiguée, mais n'avait aucune envie de s'arrêter là. Après tout, elle était encore en congés. Elle secoua la tête.

— J'ai plutôt envie d'un verre… et de danser ! dit-elle avec légèreté et une étincelle rieuse dans le regard. Et, s'il vous plaît, plus de politique… j'ai eu mon compte pour la soirée.

Des employés du ministère s'affairaient à nettoyer la salle à grands coups de baguette, et la musique s'éleva à nouveau.

Malefoy éclata de rire, semblant à la fois soulagé et ravi. Il accepta et l'escorta, l'accompagnant dans ses désirs tels des ordres.

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La soirée se poursuivit sur un ton plus léger, et Lucius Malefoy se comporta comme le parfait compagnon durant tout leur temps passé ensemble. Le sorcier se montrait très prévenant et attentionné, et presque tendre dans ses démonstrations, prenant garde à toujours maintenir un contact physique avec la jeune femme, ne serait-ce qu'une légère caresse de sa main sur son bras.

Le fait qu'il s'agissait de la fin de leur accord fut à nouveau soulevé entre eux. Hermione préféra esquiver l'idée (ne voulant pas y penser), suggérant qu'ils profitent simplement de la soirée. Mais Malefoy lui demanda alors s'il s'agissait de leur "nuit d'adieu" ? Ne comprenant pas où il voulait en venir par-là, la jeune femme le lui accorda néanmoins, et le sorcier sembla méditer sur la question, avant de changer de sujet.

Ils dansèrent et débâtèrent. Et dansèrent en débattant.

Lucius lui fit un instant la remarque que leurs éternels débats se rapprochaient davantage d'ébats, comme une danse rhétorique ou des préliminaires prolongés. Et il ajouta que – bien qu'il y prenait grand plaisir – il commençait à s'en lasser, et lui proposa donc de passer à l'étape suivante et logique.

— Je me demandais, susurra-t-il en resserrant son bras autour de la taille de la sorcière, suite à notre précédente discussion, si vous accepteriez de passer la nuit avec moi ?

Wow, direct ! Hermione faillit avaler de travers et recracher sa gorgée de champagne. Elle eut du mal à dissimuler un sourire gêné en s'essuyant le menton, et détourna le regard avec pudeur, rougissant légèrement, et haussa un sourcil. C'est en effet ce qui s'appellerait finir en beauté.

— La soirée n'est pas encore terminée, Mr Malefoy…

Mais ce dernier la fixa d'un regard pénétrant, attendant sa réponse.

— Il se peut, cependant, concéda-t-elle en cédant sous sa scrutation, que je le considère.

Hermione vit une lueur victorieuse et avide éclairer le regard du Sang-Pur.

— Mais je ne vous cache pas que ma décision puisse être fortement liée à mon état d'ébriété, précisa-t-elle malicieusement en se dissimulant derrière une autre gorgée de son verre…

— Je me fais donc un devoir de toujours remplir cette coupe, dit le sorcier avec grand sérieux et aplomb en se redressant et désignant ledit verre.

Hermione ne put s'empêcher de rire face à son enthousiasme communicatif, n'étant pas habitué aux traits d'humour et de légèreté de la part du Sang-Pur.

La jeune femme réalisa alors qu'elle était en train de flirter avec lui. Merlin, pensa-t-elle en réalisant soudainement, elle trouvait Lucius Malefoy sexy… Quand est-ce que cela était arrivé ?!

La sorcière lança alors à son partenaire un regard de contemplation presque admiratif, et tout autant lourd de reproches, bien que totalement à l'insu de ce dernier.

Mais elle devait bien se l'avouer… elle avait envie de lui.

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Il les avait fait transplaner tous deux directement dans le hall du manoir. Le sorcier s'éloigna de la jeune femme de quelques pas pour retirer sa propre cape, qu'il laissa tomber au sol sans s'en soucier davantage. Puis il approcha de nouveau la sorcière, d'un pas à la fois conquérant et prudent, comme l'on aborderait un hippogriffe farouche et sauvage, posant sur elle un regard de prédateur.

— Avez-vous changé d'avis ? s'enquit-il à voix basse.

Malefoy posa ses mains sur ses épaules.

Hermione secoua la tête.

Le sorcier sourit en coin d'un air carnassier, dévoilant ses canines, et caressa le visage de la jeune femme du bout des doigts. Elle pouvait voir son excitation grandissante dans ses pupilles dilatées - par l'alcool ou sa libido, elle n'aurait su le dire.

— Vous êtes sûre ? insista-t-il.

Il voulait l'entendre formuler son accord à voix haute.

— Oui, murmura-t-elle.

C'était tout ce dont il avait besoin. Avec des gestes doux et lents à la fois, Lucius défit le manteau de la sorcière et le fit glisser de ses épaules jusqu'à ce qu'il atterrisse au sol à son tour.

Puis il prit sa main dans la sienne et la porta à ses lèvres pour déposer sur ses phalanges de fervents et humides baisers, sans la quitter des yeux.

— Votre chambre ou la mienne ?

Hermione dût se rappeler de répondre, hypnotisée par son regard et transportée qu'elle était par ses attentions sensuelles. Il eut un petit rire amusé et moqueur face à son absence première de réponse, entrouvrant les lèvres pour ajouter le contact de ses dents et de sa langue.

— La votre, souffla-t-elle finalement.

Lucius sourit alors, fier et satisfait, et cessa ses délicatesses pour la conduire à sa suite dans les étages, tenant toujours fermement sa main dans la sienne derrière lui. À pied plutôt qu'en transplanant, elle avait tout le temps de réfléchir et de se retirer. Il se retint cependant de trop la presser ou de se précipiter, n'osant se retourner pour la voir fuir, tel Orphée escortant Eurydice hors des Enfers.

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Arrivés dans sa chambre, celle-ci n'était éclairée que par les braises d'un feu mourant dans la cheminée, et les rayons de la lune perçant à travers les grandes fenêtres, entre les rideaux à demi-tirés. Lucius s'éloigna d'elle et sortit sa baguette, mais Hermione arrêta son geste, devinant qu'il s'apprêtait à lancer un Lumos. La pénombre lui convenait parfaitement.

Sans un mot, le Serpentard retira sa robe de sorcier puis s'assit face à elle dans un fauteuil près de l'âtre rougeoyant, commençant à défaire le col de sa chemise d'une main tout en la regardant. Hermione se tint debout à quelques pas devant lui et défit d'un coup de baguette sa robe qui tomba doucement à ses pieds dans un bruit de tissu froissé, la révélant aux yeux du Sang-Pur dans un body de dentelles couleur chair. Elle vit la poitrine de l'homme se soulever face à elle, et entendit sa respiration se bloquer dans sa gorge. Elle frissonna, autant de l'air frais caressant sa peau nue que de son regard brûlant glissant sur elle. Mais la sorcière n'avait pas de raison d'être intimidée ou gênée. Malefoy avait raison. Rien qu'ils n'avaient pas déjà vu… ou fait.

Il la détailla avec calme et appréciation alors qu'elle se rapprochait lentement et félinement de lui. Arrivée à sa hauteur, il écarta les jambes pour lui faire de la place et qu'elle puisse s'approcher au plus près de lui, l'invitant d'une main tendue à le rejoindre. Elle prit appui sur le fauteuil et enjamba ses genoux pour venir s'asseoir sur lui.

Avec des gestes à la fois flâneurs et précis, Hermione entreprit de défaire un à un les boutons de la chemise du sorcier, puis arracha par jeu d'un coup sec ceux de son pantalon une fois arrivée à leur hauteur. Lucius la regarda faire docilement, silencieusement, sans un geste pour l'aider, comme pour se retenir de la toucher trop vite, et la laisser aller à son rythme. Il tendit seulement les mains devant lui pour venir défaire la coiffure de la jeune femme, et laisser ses boucles retomber paresseusement sur ses épaules dénudées, admirant leurs mouvements et leur douceur en les flattant de ses doigts, relâchant les épingles qui rebondirent au sol sur le tapis feutré.

Hermione parcourut de son regard et de ses mains les muscles du torse dénudé de l'homme sous elle, se sentant soulevée par sa respiration, et émue de l'accélération des battements de son cœur sous ses caresses. Puis elle suivit du bout des doigts la ligne duveteuse jusque sous son nombril. Là, elle s'arrêta et lui jeta un regard, avant de prendre sa décision, écoutant ses caprices, et de descendre pour venir s'agenouiller devant lui, les mains délicatement posées sur ses cuisses.

Le visage de Lucius Malefoy devint soudainement très sérieux dans l'expression de son désir bouillonnant et inespéré. La sorcière avait envie de lui rendre le plaisir qu'elle avait reçu. Elle le sentit se tendre sous ses mains, autant d'anticipation que d'appréhension, lorsqu'elle l'effleura. Elle l'observa à sa guise, puis le tortura délicieusement lentement, tout autant qu'elle le cajola, savourant l'instant. Il ne la quittait pas des yeux, la fixant avec un mélange de crainte et de vénération mêlées, la suppliant du regard de le satisfaire. Lorsqu'elle y consentit finalement, la jeune femme s'attendit à sentir les mains du sorcier dans ses cheveux pour venir la guider. Mais il n'en fit rien, la laissant seule maîtresse de la situation. La mâchoire serrée dans un gémissement d'approbation, Malefoy se retenait à grand-peine de rejeter la tête en arrière et de pousser un juron, ses doigts blanchis par l'effort restant résolument accrochés aux accoudoirs, les empoignant de toutes ses forces.

Puis Hermione cessa ses démonstrations et se redressa, posant ses mains sur les épaules du sorcier pour venir de nouveau le chevaucher. Ce dernier accueillit la jeune femme bienvenue avec ardeur, et l'aida galamment à retirer son sous-vêtement alors qu'elle soulevait légèrement le bassin pour lui faciliter la tâche. Les bras accrochés à la nuque de l'homme, la sorcière sentait la chaleur de ses mains sur ses hanches, leur souffle s'entremêlant et leurs nez de frôlant. Elle plongea son regard dans celui de son partenaire, les joues rougies, cherchant son reflet dans les deux lacs noirs qu'étaient devenues ses pupilles… avant de s'unir à lui. À l'unisson, ne faisant enfin plus qu'un, les deux amants poussèrent un soupir entre l'extase et le soulagement.

Hermione dansait au-dessus du sorcier au rythme fougueux d'une musique qu'eux seuls percevaient. Elle sentait que Malefoy lui laissait le contrôle… mais ce n'était pas assez pour elle… il lui manquait quelque chose. Elle en voulait plus.

— Mr… Malefoy, gémit-elle entre plainte et jouissance…

— Appelle-moi Lucius, la pria-t-il malgré l'exigence de sa voix essoufflée.

La jeune femme sentit une des mains du sorcier glisser autour de sa gorge, l'autre caressant sa colonne le long de son dos, et ses lèvres sur sa poitrine. Elle se cambra au maximum de sa souplesse en criant son prénom, enfouissant ses doigts dans ses longs cheveux défaits.

Le monde d'Hermione bascula. Ils étaient maintenant allongés l'un sur l'autre, nus comme des vers, formant une bête à deux dos grognant et soupirant devant le feu ronflant, ses flammes ravivées par leur passion. Leurs doigts entrelacés au-dessus de leurs têtes, leurs bassins se mouvaient en synchronie, leur peau commençant doucement à se couvrir d'une fine pellicule de sueur dans l'effort de leurs ébats et la température grimpante de la pièce. Ses boucles répandues en auréole au milieu des poils du riche tapis, et les mèches de Lucius tombant en rideau de part et d'autre de son visage, Hermione prit appui de la pointe des pieds sur le postérieur du Serpentard, ses jambes enserrant ses hanches, pour l'inciter à la pénétrer encore plus profondément, tout en décollant le dos du sol pour aller à sa rencontre. Jamais la sorcière ne s'était sentie aussi sexy, aussi sensuelle. Les mains de Lucius étaient partout à la fois… sur ses seins, appuyant dans le creux de son dos, remontant le long de ses jambes, jusqu'à l'apex de ses cuisses et rejoignant leur jonction, son souffle moite contre sa nuque. Et elle planta sans retenue ses ongles dans la peau de son dos.

Se retrouvant soudainement à quatre pattes, le sorcier à genoux derrière elle l'enlaçant de ses bras musclés et couvrant son dos de milles et bouillant baisers, Hermione scanda son nom telle une litanie exaltée, gémissant ouvertement à chacune de ses allées et venues, avant de crier son deuxième orgasme de la nuit. Lucius la rejoignit rapidement dans la félicité, et elle sentit son soupir de délivrance contre ses omoplates entre deux grognements, avant de l'entendre murmurer son prénom à son oreille et de s'écrouler à ses côtés, hors d'haleine. Harassée, et sombrant dans un état de béatitude semi-inconscient, la jeune femme aurait pu s'endormir à même le sol.

Cependant, malgré son éreintement, elle sentit Lucius la soulever dans ses bras avec dextérité (et une telle aisance, qu'elle pensa un instant qu'il avait recours à la magie) pour venir la déposer un peu plus loin sur une surface douce, fraîche et moelleuse, l'enlaçant avec une tendresse presque saugrenue après tant de fougue, et volant un baiser à son front en murmurant quelque chose dont Hermione ne saisit pas entièrement le sens – si ce n'était le ton de soulagement comblé de sa voix, partageant avec lui à cet instant un même sentiment de plénitude et de gratitude. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, reprenant quelque peu conscience, la jeune femme vit avec étonnement que le sorcier l'avait transportée dans son lit et allongée contre lui. Bien qu'elle se sentit bercer par l'agréable caresse le long de son dos, de ses bras et de ses fesses, des doigts de l'homme assoupi à côté d'elle, tel le chatouillement léger d'une plume, Hermione lutta contre le tentant sommeil qui menaçait de s'emparer d'elle. Revenant doucement à la réalité de la situation, dégrisée par toutes les hormones sécrétées par son cerveau, la sorcière se dit qu'il valait mieux qu'elle s'en aille. Elle entama alors un discret mouvement pour se lever et s'éclipser, mais c'était sans compter sur Malefoy, qui ne dormait pas encore profondément non plus.

— Reste, s'il te plaît, lui souffla-t-il en resserrant doucement l'étreinte de ses bras autour d'elle.

Sans un mot, Hermione stoppa son geste et accepta.

Son oreille posée contre le torse du Sang-Pur, elle entendait son cœur battre la chamade dans sa poitrine, en écho au sien, et qui s'apaisait doucement, progressivement, à chaque profonde inspiration.

Puis elle finit par sombrer dans les bras bienvenus de Morphée.

xxx

Hermione se réveilla douloureusement aux premiers rayons de soleil tombant sur elle. Embrassant du regard son environnement au parfum peu familier, elle se remémora alors la soirée et la nuit passées. Soulagée de ne pas trouver un Lucius Malefoy aussi nu qu'elle à ses côtés, elle entendit un bruit d'eau qui coulait provenant de la salle de bain adjacente, répondant à sa prochaine question quant à où se trouvait le sorcier. Est-ce qu'il… fredonnait ? s'étonna-t-elle en tendant l'oreille. S'estimant chanceuse de s'éveiller seule, la jeune femme décida d'en profiter pour s'extirper silencieusement des draps émeraudes. Rassemblant rapidement ses idées en même temps que ses affaires, mais laissant la robe reposer sur le fauteuil, Hermione rejoignit discrètement sa propre chambre. Puis elle attendit derrière sa porte d'entendre Malefoy quitter la douche, puis l'étage, avant de sortir et de l'imiter. Une fois fraîchement émergée de la salle d'eau à son tour, la sorcière parcourut la chambre bleue des yeux, les fleurs fanées de la veille toujours posées sur sa table de nuit, avant de lever sa baguette avec résolution et de commencer à plier ses bagages.

Une fois prête, elle descendit ses valises dans le hall d'entrée, son manteau sous le bras. Puis elle inspira profondément et soupira, se donnant contenance et courage, avant de pénétrer dans la salle à manger d'un pas assuré, où elle savait le trouver et qu'il l'attendait.

Lucius était déjà prélassé devant son petit-déjeuner, les jambes croisées dans une attitude décomplexée, La Gazette grande ouverte sous les yeux. Mais dès qu'Hermione pénétra dans la pièce, le sorcier releva la tête, délaissant ce qu'il faisait, et son regard s'illumina. Il se leva alors lestement de table pour venir l'accueillir et la rejoindre, le sourire aux lèvres.

— Bien dormi ? souffla-t-il avec affection en se penchant vers elle.

Avant que la jeune femme n'ait pu réagir ou dire quoique ce soit, Malefoy esquissa un mouvement comme pour venir l'embrasser. Surprise par la manœuvre inattendue, Hermione esquiva la tentative et recula le visage d'un air tendu. Échangeant un regard aussi choqué qu'interrogateur, elle vit le sourire précédemment détendu du Sang-Pur se figer quelque peu devant sa réaction. Mais le Serpentard fut prompt à dissimuler son instant de doute et sa gêne derrière un petit rire d'autodérision, lançant à la sorcière un regard sceptique entre un sourcil levé et un sourire en coin.

— Vraiment ? dit-il. Après cette nuit ?

Sincèrement, Hermione avait pensé naïvement faire comme si de rien n'était, et s'était attendue à ce qu'il en fasse de même. Après tout, il ne s'agissait que d'une aventure d'un soir, non ? Ils avaient tous deux eu ce qu'ils voulaient, et pouvaient maintenant se séparer et poursuivre leurs chemins respectifs…

Mais face à l'évidente complaisance et désinvolture du sorcier, presque condescendant, Hermione se sentit stupide et soudainement sur la défensive.

— Je ne vois pas ce que cela change, Mr Malefoy, rétorqua-t-elle en l'imitant.

Le concerné haussa les sourcils face à son attitude distante, et elle vit qu'il en était quelque peu désappointé.

— Ah, c'est de nouveau "Mr Malefoy", à ce que je vois… Très bien, Miss Granger.

Certes, il avait été seulement "Lucius" pour elle hier. Mais une telle familiarité lui semblait maintenant déplacée à la lumière du jour.

Puis le sorcier leva les yeux sur la porte entrebâillée derrière elle qui donnait sur le hall, et se renfrogna.

— Vous avez déjà fait vos valises ? demanda-t-il d'un air troublé, les traits du visage soudainement tendus.

— Oui, pourquoi vous en étonner ? elle essaya d'adopter un ton détaché. Après tout, c'était le marché…

Malefoy reporta son attention sur la jeune femme devant lui, semblant déstabilisé.

— Je pensais, dit-il, cachant difficilement sa frustration, qu'après ce qu'il s'est passé entre nous, vous seriez plus encline à…

— Et que s'est-il passé, exactement ? demanda-t-elle ouvertement.

Le sorcier sembla pris de court.

— Je vous parle de nos… rapports intimes…

— C'est le mot "sexe" que vous cherchez, Mr Malefoy ? N'est-ce pas vous-même qui aviez parlé d'une "nuit d'adieu" ? Eh bien, c'est chose faite…

Que s'était-il imaginé d'autre ? Ce n'était pas parce qu'ils avaient couché ensemble – et peu importe combien cela avait été bon – qu'elle lui devait quoique ce soit. Elle avait toujours une vie à retrouver.

Ce fut au tour de Malefoy de prendre quelque peu la mouche.

— J'ai passé l'âge des flirts, Miss Granger, dit-il en roulant des yeux dédaigneusement avec une fermeté désarmante. Je n'ai aucun attrait, ni intérêt, pour une simple liaison de passage.

Hermione devait rêver… Qu'insinuait-il ? Il ne lui proposait quand même pas…

Elle essaya de tourner l'idée même en ridicule.

— Vous ne pouvez pas être sérieux…

— Et vous ne pouvez ignorer ce qu'il s'est produit à nouveau, poursuivit-il avec passion et colère. Pardonnez-moi l'idée de m'en vanter, mais osez me mentir encore en face et me dire que rien n'a transpiré d'inhabituel pour vous… Car j'ai des marques de griffures dans le dos qui témoignent le contraire, pour vous rafraîchir la mémoire cette fois-ci.

Hermione se sentit rougir mais resta bouche bée devant l'accusation et l'aveu, tel un poisson hors de l'eau.

— Vous voulez vraiment m'entendre dire combien vous êtes doué au lit ? Oui, la nuit dernière était très agréable ! Mais, ce n'est pas une raison pour suggérer que… Il n'a jamais été question de plus que ça !

— Et pourquoi pas ? rétorqua-t-il avec humeur.

Hermione lui jeta un regard réellement interloqué.

Malefoy ferma les yeux et soupira avec lassitude, désabusé devant la totale et flagrante ignorance de la jeune femme.

— Selon vous, en quoi consistaient réellement ces derniers jours ? demanda-t-il alors en se pinçant l'arête du nez avec une patience appuyée renouvelée.

Hermione fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas où il voulait en venir.

— Vous voulez dire, à part votre "grand plan" pour démasquer nos agresseurs ?

Elle avait essayé d'être sarcastique, levant les yeux au ciel, mais Malefoy la regarda avec sérieux.

— J'avais besoin de vérifier quelque chose, commença-t-il, cherchant son regard et ses mots. Puis de vous convaincre.

— De quoi parlez-vous ? De votre capacité à m'intimider ?

— Non ! Je vous parle de compatibilité !

— De ? Je ne vous suis pas…

— Oh, pour l'amour de Merlin ! s'exclama-t-il, autant exaspéré que désespéré. Je n'essayais pas de vous acheter, mais de vous courtiser !

Il grimaça aussitôt au choix du mot désuet, mais faute de mieux…

Hermione le regarda avec des yeux ronds, comme s'il l'avait frappée.

— Je vous demande pardon ?

Les présents personnalisés, l'invitation dans le Sud de la France, les soirées au ministère…

— Qu'est-ce que vous croyiez ? demanda-t-il avec mépris, presque dégoûté.

Sincèrement ? pensa Hermione en haussant à son tour un sourcil perplexe.

— Je ne sais pas… Que vous vouliez vous venger et me menacer ? Mais certainement pas que… vous…

Elle n'arrivait même pas à le dire ou même le concevoir. Depuis tout ce temps… Elle pensait que Malefoy faisait étalage de sa fortune pour lui démontrer sa supériorité et jouer avec elle. Alors qu'en réalité il s'agissait de… quoi ? une sorte de parade de séduction ? Elle ne l'aurait jamais cru si vieux jeu – fichu Serpentard au sang pur, ou pas !

Hermione essaya de se repasser toutes leurs interactions, chacun de ses mots et chacune de ses actions, avec un œil nouveau… mais n'y parvint pas.

— Mais… vous… balbutia-t-elle, désarçonnée. Vous passiez votre temps à m'insulter, me rabaisser ! l'accusa-t-elle pour se reprendre, et essayer de comprendre.

Ce fut au tour du sorcier d'être abasourdi.

— Quoi ! Moi, je vous ai insultée ? s'emporta-t-il.

Puis il rit avec désillusion, comme un fou, devant son échec et son humiliation, se passant une main lasse sur le visage.

— Vous ne m'avez vraiment pas facilité la tâche, se moqua-t-il en marmonnant et secouant la tête.

— Pardon ?

— Alors que vous êtes tellement aveugle et butée, que vous ne pouvez même pas accepter un cadeau de la part d'un autre ! l'accusa-t-il cruellement, s'énervant à son tour. Ou alors avez-vous de telles insécurités que vous ne supportez pas que cela vienne d'un homme plus puissant que vous ?

Hermione sembla outrée mais le sorcier poursuivit, se gonflant de son orgueil blessé et affichant un rictus froid et méprisable rappelant son ancien alter ego.

— Ce n'est pas ma faute, Miss Granger, si vous vous refusez de vivre et êtes incapable de garder une relation digne de ce nom depuis la mort du fils Weasley ! Car en vérité, vous ne vous êtes jamais réellement remise du deuil de votre cher fiancé, et vous vous accrochez à un fantôme, alors qu'il n'était rien de plus que…

BAF !

Le claquement mat résonna dans l'air entre eux. Le coup était parti tout seul. Bien qu'il aurait dû le voir venir, il n'avait rien fait pour l'arrêter. L'avait-il cherché ?

Sous le choc de l'émotion, Hermione avait giflé l'homme face à elle de toutes ses forces. Ne s'en rendant compte qu'aux palpitements douloureux dans la paume de sa main, et voyant la marque écarlate de ses doigts apparaître sur la joue du Serpentard dont la tête avait volé sur le côté, le faisant taire.

La sorcière tremblait de colère, les larmes aux yeux. Comment osait-il citer Ron ?

Vous, dit-elle la voix tremblotante et chargée de sanglots. Vous ne valez pas un dixième de l'homme qu'il était…

— Vous êtes cruelle et injuste, Hermione, dit tristement Malefoy à voix basse sans la regarder. Comment puis-je rivaliser avec un mort ? Personne ne le peut.

Hermione souffla et se détourna honteusement.

— Quand bien même, peu importe ce que vous voulez, ce n'est pas une manière de traiter les gens… Serpentard ou pas.

— Mais je suis un Serpentard. Et je ne connais pas d'autres façons.

Elle secoua la tête d'incompréhension, toujours sans le regarder.

— Rien de tout cela n'aurait jamais dû arriver, marmonna-t-elle presque pour elle-même.

Ça… entre lui et elle… ça n'avait pas de sens…

— Je crois sincèrement que ce philtre d'amour vous est monté à la tête, blâma-t-elle comme pour justifier. C'est pour cela que vous croyez que… Sans ça, nous n'aurions jamais été…

— Je n'ai jamais été sous l'influence d'un philtre d'amour.

Quoi ?

Hermione s'arrêta net et se retourna pour le fixer, mais Malefoy fuit son regard, devenu aussi pâle qu'elle, et semblant instantanément regretter ce qu'il n'avait pu retenir.

— Qu'avez-vous dit ?

Le sorcier déglutit, et ferma un instant les yeux, comme pour se remémorer.

— Ce soir-là, à La Tête de Sanglier, j'ai senti l'Amortentia dans mon verre avant même la première gorgée, expliqua-t-il. Comprenant que quelqu'un essayait de me piéger, je suis parti… Mais vous m'avez rattrapé dans cette ruelle avant que je ne puisse transplaner, et vous… Disons seulement que vous étiez très persuasive… Et je n'ai simplement pas pu résister.

Il la regarda à nouveau, le regard suppliant de compréhension, pensant peut-être la complimenter. Hermione était sans voix, son cerveau avait arrêté de fonctionner. Alors Malefoy continua, le regard perdu dans le vide, comme sur le ton de la conversation :

— Savez-vous pourquoi des sorciers et sorcières ont recours depuis la nuit des temps à des philtres d'amour malgré leur courte durée d'action, Miss Granger ? Parce qu'il est de coutume de croire, qu'après un certain temps, de réels sentiments pourraient voir le jour, et prolonger ainsi leurs effets…

Il la regarda de nouveau.

— Savez-vous quelle est habituellement la durée moyenne d'une potion de ce genre ?

De quelques heures, tout au plus…

— Et combien de temps vous êtes restée sous le charme dans cette chambre ? À vous comporter si différemment de vous-même…

Hermione ne répondit pas. Malefoy soupira.

— Quand finalement vous avez repris vos esprits, votre réaction était prévisible. J'ai porté plainte dès le lendemain, de peur que vous ne le fassiez avant moi. Je n'avais pas vu que nous avions été photographiés. Je pensais en rester là, considérant l'affaire close… une passade, mais… J'ai eu envie de vous revoir. Donc je devais trouver une raison, et un moyen pour que vous acceptiez.

Quand il eut fini son récit, il se tut, l'observant attentivement, attendant sa réaction. Hermione essayait d'assimiler tout ce qu'il venait de lui dire, et de comprendre ce que cela signifiait.

— Vous, murmura-t-elle. Alors… depuis le début… Vous avez profité de… Et vous m'avez manipulée… pour que je crois que vous…

— Au début, peut-être, avoua-t-il faiblement malgré lui. Mais après un temps, cela a évolué et j'ai…

Stop ! le coupa-t-elle, elle ne voulait pas l'entendre.

— Je ne suis pas celui qui a versé la potion dans votre verre, Miss Granger, lui rappela Malefoy en défense, comme si cela l'innocentait, ni celui qui vous l'a servi.

— Oh, alors je suis seule responsable de ce qui est arrivé, peut-être ? Cela ne vous excuse pas ! cria-t-elle.

— Et c'est pourquoi je voulais aussi découvrir qui était derrière tout ça ! C'était la vérité. Bien que j'avais déjà mes propres soupçons sur…

Non ! l'interrompit Hermione en levant la main entre eux.

Contre toute attente, la sorcière se sentait réellement blessée et trahie, pour la première fois.

Elle fronça les sourcils et lui lança un regard aussi triste que noir, le poignardant.

— Assez de vos mensonges, cracha-t-elle, retenant des larmes de dépit. Je croyais… J'ai cru, bêtement, un instant, avoir appris à vous connaître.

Elle pensait avoir entrevu le véritable lui. Mais lui avait-il jamais dit la vérité, avant aujourd'hui ? Et même maintenant, comment savoir ?…

— Mais non, rit-elle sans joie, c'est impossible. C'était stupide de ma part.

Il fit un pas dans sa direction et voulut dire quelque chose, mais elle s'éloigna de lui en reculant, le maintenant à distance.

— L'attaque au ministère, dit-elle soudainement d'une voix dure, vous étiez au courant.

Ce n'était pas une question. Il mit un moment à comprendre qu'elle parlait des évènements de la veille ; et réalisant, il hésita à lui répondre, comme pris en faute.

— Je le suspectais, dit-il piteusement. Mais je vous jure que je…

— Et avez-vous, là aussi, fait "semblant" de… de vous sentir concerné ? Et pour… pour quoi ? que je vous tombe dans les bras ?

Tout avait été tellement parfaitement calculé, pensa-t-elle amèrement… chaque geste, chaque acte… d'une main de maître… pour la tromper…

— Hermione, ce n'est pas ce que vous…

Arrêtez ! Ne me parlez pas comme si, elle ravala sa salive… Comment croire quoique ce soit qui sorte de votre bouche ? Je n'ai plus rien à faire avec vous. Je n'ai plus rien à faire ici.

Elle lui tourna le dos pour partir. Mais dès qu'il entama un geste dans sa direction et entrouvrit les lèvres pour parler, elle sortit sa baguette et la pointa sur lui, le regard dur. Elle était sérieuse. Elle en avait assez entendu.

— Nous en avons terminé, Mr Malefoy. Je m'en vais.

Puis elle sortit, prit ses affaires et quitta les lieux maudits, pour regagner le sanctuaire de son appartement, trop longtemps délaissé.

Une fois seule chez elle, elle regarda un instant autour d'elle, perdue dans la pénombre, avant de s'écrouler sous le poids de toute cette histoire et d'éclater en amer sanglots, criant de rage.

Il avait voulu s'imposer à elle. Et il semblait qu'il avait réussi – elle ne savait comment – à se glisser sous sa peau, à la manière d'un serpent.

Dans la chambre bleue du manoir, vide de tout occupant, le torque d'or blanc reposait, abandonné et en évidence, sur le dessus de lit.

xxx

Hermione n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Pour la première fois, la sorcière se serait bien faite porter malade un lundi matin pour ne pas se rendre au travail. Mais elle ne voyait pas non plus l'intérêt de rester à se morfondre seule chez elle.

Arrivée au ministère et se dirigeant vers son bureau, la jeune femme se dit finalement que c'était peut-être bien de cela dont elle avait besoin dans le fond : de retrouver son quotidien et un semblant de normalité, pour oublier tout cette sordide affaire et le Serpentard qui allait avec…

Mais c'était, semblait-il, sans compter sur son meilleur ami. Pensant que ce serait une bonne idée de déjeuner ensemble, Hermione s'était naturellement dirigée vers le bureau de Harry. Mais avant même qu'elle ait eu le temps de frapper, la main encore suspendue dans les airs, la porte s'ouvrit devant elle, révélant un Harry soucieux qui lui souffla un :

— Il faut qu'on parle !

Avant de l'attraper pour l'entraîner à l'intérieur de l'espace partagé, vide pour l'instant de tout autre occupant, et de refermer la porte derrière eux.

— Que se passe-t-il ?

— Assieds-toi.

Elle obéit. Harry hésita, prenant place face à elle, rassemblant ses pensées.

— Je me suis entretenu avec Robards. Tu vas avoir du mal à croire ce que j'ai appris… Moi-même, je… Mais je t'assure que je n'étais au courant de rien ! Je n'aurais jamais…

Hermione le regarda avec de grands yeux.

— De quoi parles-tu, Harry ?

— C'est plus simple si tu… Regardes !

Il lui tendit un parchemin pour qu'elle le lise. Hermione reconnut une sorte de déclaration sur l'honneur, et fut surprise de reconnaître sa propre signature en bas du document.

"Moi, Hermione Jean Granger, accepte la mission…"

La date remontait à plus de six mois, avant l'été, au printemps dernier.

— Je ne me rappelle pas avoir déjà vu ce papier, dit-elle, étonnée. Qu'est-ce que cela signifie ?

— Il semblerait que tu aies été contactée en secret par le Bureau l'année dernière. Ils t'ont demandé ton accord pour prendre part à une future opération clandestine dont même toi tu n'avais pas tous les détails. Tu savais seulement qu'il pourrait y avoir des retombées sur ta vie privée, mais comme il s'agissait d'aider à arrêter les derniers Mangemorts, tu as bien entendu accepté.

— Mais… pourquoi je ne m'en souviens pas ?

— Tu as effacé tes propres souvenirs, dit-il tristement. Cela faisait partie du plan, pour que tout semble naturel… Tu n'as jamais été une très bonne actrice après tout, et tu le savais…

Le jeune homme semblait presque autant en vouloir à son amie qu'à lui-même.

— Je ne comprends pas.

— Le philtre d'amour, précisa-t-il. C'était les Aurors.

Hermione accusa le coup. Harry semblait clairement remonté contre sa hiérarchie, et mal à l'aise d'apprendre la vérité à la jeune femme.

— Alors, tout ceci était… un coup monté ?

Harry acquiesça.

— La cible était Malefoy. Le but était de l'atteindre, soit pour le discréditer auprès de ses supposés complices, ou avoir un point de pression sur lui, un recours légitime, pour l'obliger à coopérer…

Hermione était effarée.

— Ton verre contenait en plus quelques gouttes de Felix Felicis, pour garantir ta sécurité et ta… réussite.

Hermione se demanda alors si c'était dû à la chance liquide si Malefoy n'avait finalement pas bu l'Amortentia ? Personne à part elle n'était au courant de la vérité.

— Harry, souffla la sorcière du bout des lèvres, horrifiée, te rends-tu compte que je pourrais… que j'aurais pu être… accusée d'avoir violé, Lucius Malefoy ?

Le visage de Harry passa d'une teinte blanche comme un linge à un verdâtre presque maladif.

— Tu n'as rien à craindre ou à te reprocher, Hermione ! Ce genre de méthodes est, expliqua le Gryffondor en fronçant le nez avec dégoût… extrêmement rarement employées ! Ce sont de vieilles pratiques… datant de la première guerre des sorciers, du temps de la politique radicale de Barty Croupton. Seule une dérogation spéciale de la loi Shacklebolt sur la lutte post-guerre contre les mages noirs a permis actuellement une telle utilisation contrôlée…

Hermione leva la tête, surprise. Kingsley avait autorisé l'opération ?

Mais comme elle ne dit rien, Harry continua :

— Mais la réaction de Malefoy a été inattendue… Et finalement Robards a vu là une bonne occasion à saisir de l'espionner en t'infiltrant…

— Puis vous vous êtes rendus compte qu'il n'avait finalement rien à voir avec les Maîtres Inferi, conclut Hermione dans un murmure amer.

Harry grimaça, semblant hésiter encore, et Hermione se demanda ce qu'il pouvait bien avoir à lui révéler de plus.

— Ce n'est pas totalement vrai… Il avait bien été contacté par eux, même s'il a refusé de les rejoindre. A priori, il s'entretenait avec l'un d'eux le soir même où on l'a surpris à La Tête de Sanglier ! Il ne les a peut-être pas aidés, mais il ne les a pas dénoncés non plus à l'époque… Alors qu'il avait précieusement gardé des preuves contre eux.

Hermione pouvait sentir le mépris dans la voix du jeune Auror.

— Puis, sans prévenir et sans raison apparente, il s'est soudainement pointé de lui-même dans le bureau de Robards – le jour où on l'a croisé – pour déballer tout ce qu'il savait, et exiger en échange l'immunité et une protection. À condition que tu sois mise au courant de sa collaboration volontaire, et que tu sois missionnée de l'accompagner le soir de l'attaque du ministère, mais sans savoir que cela venait de lui.

— Attends une seconde, intervint Hermione, Luciu… – je veux dire, Malefoysavait que je travaillais pour vous ?

Harry haussa les épaules, incertain. Hermione ne comprenait plus rien. Quel avait été le but du sorcier ? Pourquoi agir ainsi ? Elle ne savait plus ce qu'elle devait en penser… Cela faisait beaucoup à ingérer.

Passé le choc, Harry se réjouissait que tout cela soit enfin terminé et derrière eux, sans conséquences graves apparentes - du moins de son point de vue, ou de ce qu'il en savait.

xxx

Hermione dormit encore très mal toute la semaine. Elle se demandait si toute cette affaire était réellement finie et oubliée, comme l'avait suggéré Harry. La sorcière s'était un instant demandé si elle devait des explications à Lucius, et s'était finalement ravisée, considérant ne rien lui devoir et qu'ils étaient quittes. En vérité, elle n'avait pas la force de ré-affronter le Serpentard, et était soulagée que le sorcier semble lui-même garder ses distances, et ne pas l'avoir recroisé au ministère pour l'instant. Elle était tantôt triste et abattue, tantôt frustrée et en colère. La jeune femme en voulait à tout le monde et au monde entier : à Robards, à Shacklebolt, à Lucius Malefoy… et surtout et aussi, à elle-même. Elle en avait assez d'être une marionnette dans les ambitions d'autrui. Elle avait plus que tout besoin de reprendre sa vie en main.

Elle était trop souvent hantée par ses nombreux souvenirs du peu de temps passé avec le Sang-Pur. Elle avait tant de fois été troublée, déstabilisée et même touchée par lui, croyant voir un autre homme, qu'il ne pouvait plus lui être indifférent. Se convaincre que tout ceci avait été faux, et qu'elle ne pouvait s'y fier, qu'elle devait l'effacer de sa mémoire, était un travail de tous les jours. Elle avait les nerfs à fleur de peau, et avait souvent envie de pleurer quand la fin de sa journée la harassait.

Pourquoi devrait-elle être celle qui en payait les pots cassés ? Ce n'est pas comme s'ils avaient rompu, par Merlin ! Il n'y avait jamais rien eu de sérieux entre eux…

Oh, comme elle l'y reprendrait volontiers… à oser lui parler de "jouer son rôle", "d'or de farfadet" ou "d'accord inchangé"… à lui tenir des propos comme quoi elle n'avait pas le choix, et qu'il ne s'agissait que de "tromper leur monde"… Tout ça soi-disant pour attraper les coupables… Alors, qu'en fait, il la testait pour savoir si oui, ou non, elle ferait une bonne amante ? C'était tout bonnement… ! La Gryffondor manquait de mots. Si le sorcier s'imaginait qu'il suffisait de quelques bons restaurants pour l'appâter, il se gourait lourdement… et elle lui montrerait de quelle magie elle était faite. Même si elle continuait, impuissante et misérable, à rêver de lui et de son corps.

xxx

Un matin, arrivant à son département au ministère, une tasse de café bien chaud à la main, Hermione surprit une discussion mouvementée dans les bureaux, entre son chef et ses collègues.

— Que se passe-t-il ? demanda la jeune femme à voix haute.

Une de ses collègues la prit vivement en aparté.

— C'est au sujet de l'inventaire septennal qui doit avoir lieu cette année, chuchota-t-elle discrètement. Le binôme habituel a démissionné, et le sorcier responsable restant refuse d'en prendre la charge tout seul…

Hermione haussa un sourcil, à la fois surprise et intéressée par la nouvelle. L'inventaire du Département de contrôle et de régulation consistait en un recensement tous les sept ans des plus importantes colonies de créatures magiques déclarées résidant sur le territoire. Il s'agissait d'un travail long et minutieux, et considéré par beaucoup comme extrêmement abrutissant et ingrat. Le poste était redouté et fui par ses collègues, et le chef d'Hermione semblait désespéré de trouver un volontaire pour la tâche.

— Moi, je veux bien le faire !

Tous les yeux se tournèrent vers elle. Hermione avait levé la main et parlé sans réfléchir.

— Granger, s'étonna son responsable, vous êtes sûre ? Vous n'aurez pas de binôme avec vous ! prévint-il.

— Hermione ! lui souffla un de ses collègues avec inquiétude, cherchant à la dissuader. Réfléchis un peu, tu en as pour des siècles ! rien que pour réussir à entrer en contact avec les êtres de l'eau ou les centaures…

La sorcière haussa les épaules avec désinvolture.

— C'est une bonne occasion pour apprendre la langue aquatique, plaisanta-t-elle.

— Il s'agit d'un contrat de minimum six mois, Granger, lui rappela son chef, demandant confirmation.

Des mois de voyage rémunérés à travers toute la Grande-Bretagne, à bivouaquer dans la nature en solitaire, et loin de tout (dont un certain) sorcier ?

Deux questions :

— Je signe où ? Et je pars quand ?

xxx


N.d.A :

Ah la la (Ha ha !), j'ai eu autant de plaisir que de mal à l'écrire celui-là !

J'espère que vous aimez…

Je me suis un peu inspirée de l'ambiance "espionnes civiles pendant la Guerre froide" (KGB, Mossad…) pour le twist scénaristique de l'enquête ; je voulais aussi aborder la notion de consentements réciproques, mais avec des retournements de situation pour pousser à questionner la moral des personnages et de l'univers... (bien sûr, tout ceci reste de la fiction – c'est avant tout pour se faire plaisir, et éventuellement gamberger un peu, plutôt que pour se prendre la tête)

Cela peut sembler un peu tiré par les cheveux, mais il était important pour moi qu'aucun des deux personnages ne soit ni entièrement en faute, ni totalement victime, dans l'affaire… (ou autant l'un que l'autre - j'aime les rapports d'égalité) ; et pour paraphraser un auteur de comics que j'aime bien "Si cela sert ou appuie le récit, on peut prendre quelques libertés avec la réalité" (avec comme règle : "en fiction, le sexy prime sur le plausible !")

L'important sont les sentiments que cela déclenche chez nous…

J'ai vraiment hâte de vous partager le dénouement à venir !

A bientôt, pour la fin de cette histoire,

Merci beaucoup d'avoir lu !

- LL.

NB. Et pour la petite anecdote : en fait, la scène de début dans le bureau n'était pas forcément prévue au départ, mais a été ajoutée quand je me suis rendue compte que j'avais en effet oublié de rendre sa baguette magique à Hermione à la fin du chapitre précédent ! XD (l'auteure aussi était distraite, décidément...)