Note de l'auteur : Bonjour, bonsoir ! Je suis généreux aujourd'hui, car je publie le deuxième chapitre révisé dans la foulée du premier. C'est un chapitre qui m'a donné pas mal de fil à retordre parce que je trouvais que la version originale ne rendait pas bien les émotions que j'essayais d'exprimer. J'espère que cette fois, le rendu y sera.
Je vous remercie de continuer de me lire, et j'espère que ça vous plaira. N'hésitez pas à me faire des retours, ça m'intéresserait beaucoup de savoir comment vous trouvez cette réécriture (autant pour les personnes qui découvrent que celles qui redécouvrent). Le chapitre 3 révisé arrivera au plus vite !
Je vous souhaite une très bonne lecture !
Chapitre 2 – Interrogatoire et réminiscences
Milo ouvrit les yeux avec difficulté. Et un sacré mal de crâne.
Qu'est-ce que c'était que cette douleur qui lui vrillait le cerveau ? Il devait encore s'être pris une sacrée cuite, avec Aiolia, ce n'était pas possible autrement. Franchement, il ne toucherait plus jamais à cette saleté d'ouzo. Combien de verres il avait pu s'enfiler ? Pour être honnête, il ne se souvenait même pas être sorti faire la fête avec 'Lia. Ah oui, quand même. Ce n'étaient pas des verres, qu'il avait dû s'enfiler, mais plusieurs caisses remplies de bouteilles. Pour faire un blackout pareil, ça devait être sévère.
Camus allait encore lui passer un savon. Le Verseau détestait qu'il se mette minable à ce point. D'ailleurs, c'était bizarre qu'il ne l'ait pas réveillé lui-même. Et en tournant la tête sur le côté, Milo constata que les rayons du soleil qui perçaient à travers la fenêtre de la chambre correspondaient à une heure avancée de l'après-midi.
Milo fut pris de stupeur face à ce constat. Et merde ! Il était attendu à l'entraînement, cet après-midi, jamais il n'y serait à l'heure ! Et il avait promis à Deathmask de l'affronter en combat amical. Non seulement Camus devait être en colère, mais en plus le Cancer ne supporterait pas de se retrouver comme un idiot au milieu des arènes. Il s'était mis deux chevaliers d'or à dos avec son manque de sérieux ! Autant dire qu'avec l'un et l'autre sur le coup, le combat ne durerait pas mille jours ! La prochaine fois qu'il croiserait Aiolia, il lui dirait qu'il faudrait calmer le jeu pendant les sorties, parce que ça devenait ingérable. Et Camus avait dû choisir de ne pas le réveiller pour qu'il prenne conscience son manque de responsabilité. C'était la seule solution possible.
Face à ces considérations angoissantes, Milo entreprit de se lever rapidement du lit. Il fallait qu'il rattrape son retard et qu'il minimise les dégâts autant que possible. Et d'un seul coup, dans son mouvement, une douleur aiguë lui traversa le bras. Un cri étouffé lui échappa.
« Aïe ! »
Bras gauche, comprit-il immédiatement. Le Scorpion baissa le regard dessus. Sa peau était pansée méticuleusement d'une quantité non négligeable de sparadrap.
Oh non. Ce n'était pas une cuite avec Aiolia qu'il s'était pris, comprit-il alors. C'était dix fois pire.
Le souvenir de sa mésaventure nocturne lui revint d'un coup. Comment une telle chose avait-elle pu lui sortir de l'esprit ? Il devenait définitivement dingue !
Camus. Il fallait qu'il trouve Camus, pensa-t-il tout de suite. Milo mit pied à terre. Cependant, à cause de son épuisement, ses membres furent peu alertes. Le Scorpion manqua de trébucher en se levant de son matelas, et se réceptionna contre le mur piteusement, au lieu de marcher en ligne droite en direction de la porte.
Ledit Camus n'était en fait pas bien loin. Le Verseau était en train de lire un énorme pavé dans le canapé du salon, (canapé qui avait vu de près le drame de la nuit précédente), lorsqu'il avait entendu Milo pousser un cri depuis la chambre. Il s'était alors rué là-bas pour vérifier l'état de son arachnide. En ouvrant la porte, il tomba sur un Milo accroché au mur comme il pouvait dans l'espoir de rester droit.
« Milo ! Ça va ? » s'inquiéta-t-il imperceptiblement.
Milo eut envie de se prendre la tête entre les mains tant il se sentit gêné d'être pris dans cette position de faiblesse, qui ne seyait point à la glorieuse chevalerie d'Athéna. Il fit de son mieux pour ne pas le montrer.
« Ça va, ça va, répondit-il avec une pointe d'agacement envers lui-même. Quelle heure il est ?
- Environ dix-sept heures, l'informa platement le Verseau.
- Dix-sept heures ?! » s'écria le Scorpion, paniqué.
Milo se repoussa violemment du mur, et se rua en avant dans l'espoir de sortir le plus vite possible de la pièce. C'en était fini de lui, le Cancer allait définitivement pouvoir ajouter sa tête à la merveilleuse collection de visages du quatrième temple. Le pas de course un peu hasardeux du grec, malheureusement, s'arrêta prématurément, causé par un deuxième croche-patte involontaire. Cette fois-ci, ce fut Camus qui le réceptionna avant qu'il ne tombe de tout son long contre le sol. Milo s'énerva davantage contre lui-même. Pourquoi ses jambes s'emmêlaient-elles toutes seules, maintenant ?! Comme s'il avait besoin de ça ! Il était suffisamment passé pour un nul comme ça, ces dernières vingt-quatre heures ! Assez pour tenir jusqu'à la prochaine décennie !
« Où est-ce que tu crois aller ? l'interrogea sévèrement son amant, tout en le redressant doucement contre lui pour croiser son regard.
- Les arènes ! s'exclama Milo pour toute réponse. Je dois… Deathmask, il va me tuer, je lui avais promis…
- Et tu crois que tu vas faire un opposant qualifié, avec tes jambes qui ne marchent pas ? le coupa le Verseau, sur un ton légèrement amusé.
- Dis, Camus, je ne te permets pas ! s'irrita le Scorpion, vexé. J'ai des choses à faire, et je suis sacrément en retard alors si tu voulais bien… »
Milo tenta de se dégager.
« Camus, mais laisse-moi passer, tu vois bien que j'ai des soucis à régler ! » s'énerva-t-il davantage. Milo essaya de se défaire avec force de l'étreinte de fer de Camus, mais sans aucun succès. Le Verseau manqua utiliser ses pouvoirs pour l'immobiliser complètement. Le Scorpion était vraiment en train de paniquer pour rien, et son état ne le conseillait pas.
« Déjà Milo, tu vas me faire le plaisir de te calmer, tonna Camus de sa voix froide. Sache que tu n'as aucun problème à régler.
- Mais tu m'as pas entendu, ou quoi ? s'écria Milo, qui se débattait toujours dans ses bras. Deathmask va me trucider ! Je devais faire un entraînement avec lui ! Et je suis tellement con que bien sûr, pas fichu de me lever à l'heure ! Alors si tu tiens à ce que je reste en vie pour t'honorer régulièrement, laisse-moi au moins aller m'excuser !
- Tu es vraiment têtu, Milo, lui asséna Camus, qui commençait à perdre patience. Tu peux m'écouter quand je te parle ? Je te dis qu'il n'y a aucun problème ! »
Milo expira un grand coup pour se calmer. Il commençait à fatiguer, et le Verseau n'était pas prêt de le lâcher, visiblement. Il cessa de s'agiter dans les bras de Camus, comprenant que ça ne servirait pas à grand-chose.
« Comment ça, il n'y a pas de problème ? lui demanda-t-il plus posément.
- J'ai parlé au Pope de la situation, lui annonça Camus d'une voix neutre. Il a accepté d'avertir tout le monde que tu prendrais du repos. Je suis absolument certain que Deathmask a été mis au courant. Tes tâches d'aujourd'hui ont été accomplies par d'autres chevaliers. »
Milo se figea entièrement, stupéfait.
« Tu as fait ça ? s'étonna-t-il sincèrement. Quand ?
- Ce matin, tôt », le renseigna platement son amant.
Il y eut un silence. Milo se contenta de croiser avidement le regard bleu foncé de Camus, confus.
« Ben ça… s'ébahit-il, soufflé que le Verseau ait été si prévenant. Je ne pensais pas que tu le ferais vraiment…
- Ta confiance en moi me touche, ironisa Camus, pincé.
- C'est pas ce que je voulais dire ! se rattrapa Milo, qui ne voulait pas passer pour un ingrat. C'est juste que… T'aurais pas dû te donner tout ce mal.
- Et pourquoi ça, Milo du Scorpion ? lui asséna Camus sur un ton dangereux. Donne-moi une seule raison valable. »
Milo n'en trouva pas, et il y eut un silence. Camus se contenta de l'observer attentivement.
« Shion nous a accordé à tous les deux une semaine de repos », lui annonça-t-il sans détour.
A ces mots, Milo écarquilla les yeux. Puis, il éclata d'un rire tonitruant. Mais voyant que Camus restait complètement impassible, il s'arrêta aussi sec.
« Attends, c'est sérieux ? fit-il, complètement incrédule. Mais comment tu as fait ?
- Je lui ai expliqué que tu étais tellement épuisé que tu t'étais infligé ta propre attaque sans le faire exprès, et que j'avais trouvé cela dangereux, répondit Camus. Alors, Shion m'a cédé une semaine pour que je puisse m'occuper de toi. Et pour que ça ne se reproduise pas, surtout. »
Milo continua de le fixer, interdit. Honnêtement, il n'en revenait toujours pas.
« Je ne comprends vraiment pas comment tu as fait pour qu'il nous donne une semaine, lui avoua-t-il. Et à nous deux, en plus !
- Disons que… lire tous ces pavés de rhétorique ne m'a pas été si inutile que ça », lui révéla tranquillement Camus.
Milo eut droit à un sourire franc – et rare – de la part d'un Camus qui avait tout de même l'air assez fier de lui. Le grec, ravi de le voir lui adresser un tel présent, lui en fit un en retour. Il lui sauta ensuite au cou et l'étreignit avec force.
« Oh merci, Camus, tu es vraiment le meilleur ! clama-t-il d'une voix forte.
- Je sais, » répondit le Verseau, que la modestie n'étouffait pas.
Milo n'aurait pu s'en formaliser.
Le français se dégagea doucement de l'étreinte, mais il garda sa prise sur son amant pour éviter qu'il ne vacille de nouveau.
« J'ai vraiment dormi longtemps, constata le grec.
- Tu semblais en avoir sacrément besoin… murmura Camus avec davantage de sollicitude. Mais tu dois avoir faim… En plus, avec tout le sang que tu as perdu cette nuit… Il ne serait pas de mauvais goût que tu avales quelque chose.
- Pourquoi pas, » accepta le Scorpion.
Camus guida Milo hors de la chambre jusque vers le salon, un bras préventif autour de ses épaules. Le français laissa le grec s'affaler sur le fameux canapé qu'il venait d'occuper. Milo préférait largement être assis, pour le moment. Il se sentait essoré.
« Attends-moi, je reviens avec de quoi nous faire un goûter », lui annonça sommairement le Verseau.
Camus, mimant ses dires, tourna les talons pour se rendre dans la cuisine. Milo en profita pour s'installer plus confortablement dans le canapé. Il remarqua alors l'énorme livre que son amant avait sans doute été en train de lire. Le Verseau avait sagement déposé l'ouvrage sur les coussins du canapé en allant vérifier l'état de son amant. Le Scorpion se fendit d'un sourire amusé. Comment Camus faisait-il pour lire des choses pareilles ? Il était incorrigible. Ce truc-là faisait la taille d'une encyclopédie. Remarque, cela ne le surprendrait même pas que c'en soit vraiment une.
Milo n'eut à attendre que quelques minutes avant que Camus ne revienne de la cuisine avec un plateau. Il y avait disposé deux tasses fumantes et une armée de gâteaux divers. Cela allait certainement plaire au Scorpion, s'était-il dit en les choisissant.
Le français avait d'ailleurs bien raison. Lorsqu'il posa son fardeau sur la table basse, le grec lui fit un sourire éclatant, apparemment ravi que le Verseau lui apporte tant de gourmandises. On dira ce qu'on voudra, Milo reste quand même un grand gamin, se dit Camus, intérieurement attendri par la spontanéité du grec.
« Cette tasse est pour toi, lui indiqua-t-il d'une main. Je t'ai fait un chocolat chaud. Et sinon, tu peux manger ce que tu veux. J'espère que tout ceci sera suffisant.
- Oh, merci, Camus ! lui sourit Milo, ravi de tout ce que le Verseau faisait pour lui. Tout est parfait… Tu n'as aucune inquiétude à avoir. Franchement, je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
- C'est à se demander, » le taquina son amant, un sourire en coin.
Milo, qui trouvait vraiment tout ce que lui avait présenté son amant diablement appétissant, ne contempla pas plus longtemps le plateau qu'il avait devant lui. Il décida d'entamer tout de suite son chocolat chaud. Camus, quant à lui, s'était préparé un thé, et il le saisit en même temps pour le boire. Evidemment, pensa le Scorpion en le goûtant, le chocolat était excellent, et réconfortant. Il sentit le liquide chaud et sucré s'immiscer dans son estomac trop vide, et cela lui fit un bien fou. Camus avait préparé pile ce qu'il fallait à un Milo qui avait besoin de reprendre du poil de la bête.
Quelques minutes passèrent dans un silence apaisant. Milo se régala de gâteaux et de chocolat, tandis que Camus l'observa du coin de l'œil en sirotant son thé. Mine de rien, il était toujours inquiet, même s'il n'avait pas envie de le montrer outre mesure pour éviter d'étouffer Milo. Il avait prévu de laisser un moment de calme au Scorpion avant que de le questionner sur les évènements de la veille, d'où ce qu'il avait gentiment préparé pour lui.
Le français s'était levé tôt ce matin-là, heureux de voir Milo dormir profondément. Comme il ne s'était pas réveillé avant la fin de l'après-midi, autant dire qu'il avait eu le temps de réfléchir à ce qu'il s'était passé. Et même en analysant les évènements à tête reposée, rien ne l'avait beaucoup plus rassuré. Même avec du recul, il trouvait la mésaventure de la nuit précédente très inquiétante, et il espérait bien pouvoir recevoir des réponses cohérentes de la part de son amant. Jusque-là, le Scorpion avait réendossé son rôle habituel. Sourires, posture nonchalante dans le canapé, légère irritation quand il s'agissait d'accomplir ses tâches du jour, et spontanéité amoureuse attendrissante. Seuls les restes de cernes et la fatigue dans ses yeux trahissaient ce qui lui était arrivé la nuit précédente. Mis à part cela… Milo donnait l'illusion d'être en parfaite santé. Soit le grec allait beaucoup mieux après sa nuit de repos, soit… Soit… Le masque allait finir par tomber à nouveau, se dit Camus en frémissant intérieurement.
Milo, quant à lui, voyait bien que Camus le surveillait discrètement. Le français pourrait essayer de le duper avec toutes les friandises du monde, il ne ferait pas vaciller son instinct et sa vigilance naturels comme ça. Le grec était touché que son amant s'inquiète pour lui, certes… Mais il redoutait les questions qu'il risquait de lui poser. Il savait que s'il lui parlait vraiment, Camus n'aimerait pas les réponses qu'il pourrait donner. Et la dernière chose qu'il voulait était de se fâcher avec son amant en plus du reste.
Lorsque Milo eut fini son chocolat et mangé correctement, il y eut un moment de flottement entre eux. Personne n'avait rien dit depuis un long moment. Alors, pour briser cette inertie désagréable, Camus se leva et posa sa tasse vide sur le plateau, à côté de celle qu'avait terminée son amant, et il le remporta vers la cuisine.
Le Scorpion, qui l'attendit avec angoisse sur son bout de canapé, savait très bien ce qui allait se passer ensuite. Le Verseau allait gentiment le cuisiner pour comprendre ce qu'il s'était passé la nuit précédente.
Oh, comme il n'avait pas envie de s'expliquer. Il avait le sentiment que ce qui lui arrivait, de toute manière, n'était pas explicable. Tout se bousculait dans sa tête, et il avait peur de ne pas arriver à garder la face devant Camus, s'il devait vraiment lui parler franchement de ce qu'il ressentait. Il avait l'impression que ça bouillonnait, à l'intérieur de lui, et s'il le faisait sortir… Ce serait moche.
Milo avait très envie de fuir, mais il savait qu'il n'aurait pas la paix tant qu'il n'aurait pas parlé avec Camus. Il se surprit à se dire qu'il aurait vraiment aimé rester endormi, s'il avait pu. Cela aurait au moins réglé ce problème-là, et tout le monde l'aurait laissé tranquille. Il ne rêvait qu'à ça, actuellement. Qu'on le laisse tranquille… Qu'on le laisse faire une pause… De toutes ces choses éprouvantes.
Quand Camus revint, il s'assit auprès de lui sur le canapé, en silence. Sans le toucher, mais tout proche de lui. Milo eut à la fois envie de se blottir dans les bras puissants du chevalier d'or, et de fuir son regard bleu nuit inquisiteur.
La première question ne tarda pas à être posée.
« Comment tu te sens ? » s'enquit le français à voix basse.
Milo dut avouer qu'il ne s'attendait pas à ce que ce soit celle-là qui fût posée en premier, et surtout pas sur ce ton à la fois doux et inquiet. Camus devait vraiment se sentir touché par la situation pour laisser poindre ses émotions dans sa voix.
« Ça va, répondit sommairement Milo.
- Tu me dis la vérité ? »
Camus se faisait presque suppliant, maintenant. Il avait vraiment dû l'inquiéter. Cela n'allait pas être facile à gérer. Milo, embarrassé, décida d'accéder à la requête.
« D'accord, capitula-t-il dans un souffle, et en évitant son regard. Pour être honnête, j'ai l'impression qu'un train m'est passé dessus. Ou plusieurs trains, même. »
Camus sembla satisfait de la réponse, même s'il ne fut pas heureux de ce qu'il entendit.
« Tu as l'air de t'être beaucoup épuisé, commenta-t-il, soucieux. Tu ne dors vraiment pas du tout, du tout ? »
Milo hésita. Déesse, qu'il n'avait pas envie d'avoir cette conversation. Mais Camus avait l'air sincèrement inquiet. Alors…
« Je dors… mal, soupira le Scorpion à mi-voix. Enfin… Je ne trouve pas le sommeil, plutôt. La nuit… Je finis par m'endormir, mais jamais pour très longtemps. Et après… Tu dois me réveiller, parce que j'ai des choses à faire en journée. C'est comme ça. »
Camus fronça les sourcils.
« Et depuis combien de temps est-ce que c'est comme ça ? s'enquit-il avec grand sérieux.
- Je sais pas, répondit Milo. Plusieurs semaines. Plus d'un mois, peut-être. Je n'ai pas bien la notion du temps... Trop longtemps, je crois. »
Camus garda le silence. Il devait ingérer les informations, les analyser. Et surtout, faire fi de cette pointe de tristesse dans la voix de Milo, qu'il n'aimait pas du tout. Il devait savoir précisément ce qu'il se passait. Le Scorpion ne pouvait certainement pas rester dans cet état. Il l'avait promis au Grand Pope, et puis… Que deviendrait-il, lui-même, si Milo perdait sa malice et son humour habituel ? Il n'osait y penser !
« Milo, l'interpella-t-il sur un ton uni. Je me doute que tu ne dois pas en avoir envie, mais il faut que tu m'expliques ce qu'il s'est passé cette nuit. »
Le Scorpion ne lui rendit qu'un regard peu convaincu.
« Je ne te jugerai pas, ajouta Camus, pour l'inciter à parler. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je cherche simplement à comprendre ce que j'ai vu. »
Il fallait vraiment que Milo lui parle, se disait le français, lui explique ce dont il avait besoin, et ils seraient obligés d'en passer par cette conversation. C'était primordial.
Milo garda le silence et déglutit péniblement. C'était certain, il n'avait pas envie d'en parler. Ou plutôt, il craignait d'en parler. Mettre les mots sur les choses… Ça les rendait réelles. Et Milo n'avait pas envie que ces choses le deviennent. Elles étaient bien assez envahissantes comme ça.
« Cette nuit… C'était un accident, c'est tout, prononça finalement le Scorpion.
- Pardon de te dire ça, Milo… répliqua vite le Verseau. Mais de mon point de vue, les évènements de cette nuit n'avaient guère l'air accidentels.
- J'avais pas prévu de m'infliger ma propre attaque, le renseigna Milo sur un ton nettement résigné. C'est arrivé malgré moi. Je ne l'avais pas voulu. A la base, je m'étais juste levé pour prendre un verre d'eau, comme je te l'avais dit. »
Il y eut un silence.
« Admettons que ta blessure soit accidentelle… reprit Camus, qui réfléchit à voix haute. Pourquoi n'as-tu pas fait tout de suite le nécessaire pour te soigner ? Tu le sais pourtant mieux que quiconque, que ton attaque provoque des hémorragies abondantes. Pourquoi te mettre en danger ainsi ?
- Quand je me suis aperçu de ma connerie, j'ai immédiatement cherché de quoi colmater ma plaie, grogna Milo. J'ai fouillé partout dans les tiroirs de la cuisine pour trouver quelque chose. Je ne suis pas fou !
- C'est donc ça que tu faisais quand je t'ai trouvé, n'est-ce pas ?
- Oui. »
Jusque-là, le récit de Milo se tenait à peu près. C'était déjà une chose, pensa le Verseau. Camus ne comprenait pas comment on pouvait s'infliger sa propre attaque accidentellement, mais il voulait bien agréer au récit de son amant s'il le justifiait correctement.
« Dans ce cas, pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu cherchais un pansement, au lieu d'un verre d'eau ? L'interrogea plus sévèrement Camus. Je t'aurais aidé à trouver de quoi te soigner immédiatement. Je ne crois pas que tu aurais trouvé quoi que ce soit dans la cuisine. De plus, je sais précisément où sont les affaires dans la trousse de secours. Tu peux d'ailleurs remercier mon sens de l'organisation, parce que… Je n'ose imaginer l'état dans lequel tu aurais été si j'étais intervenu plus tard. »
Milo hocha de la tête négativement, dépité.
« Je me sentais idiot, lui avoua-t-il d'une voix sourde. Idiot de m'être fait ça tout seul. Et puis… Je ne voulais pas t'inquiéter.
- Eh bien bravo, tu as réussi, ironisa Camus. Tu as de la chance que j'aie trouvé ton comportement suffisamment suspect pour venir vérifier ton état.
- Je suis désolé, Camus, s'amenda le Scorpion, honteux. Ce n'était pas mon intention, de te faire peur.
- Milo… l'interpella le Verseau, sans se perturber de son air chagrin. Si tu voulais vraiment remédier au problème… Comment se fait-il que je t'aie retrouvé par terre, en larmes, et le bras en sang ? »
Il y eut un autre silence. Pesant. Milo avait l'estomac complètement noué par cet interrogatoire. Il commençait à regretter d'avoir avalé quoi que ce soit avant de se livrer à cet exercice d'aveux pénibles. Il ne sut pas quoi répondre à Camus. Rien qui fasse sens. Pour lui, ou pour son amant.
« J'en sais rien, articula-t-il.
- Comment ça, tu n'en sais rien, fit Camus en fronçant les sourcils.
- Je savais plus quoi faire, lui avoua Milo sur ton las. J'avais trop de choses en tête. Il fallait que je soigne ma blessure, mais le temps qu'on discute, elle avait déjà eu le temps de tout tâcher… Et j'ai trouvé ça inutile de m'en occuper, sur le coup. J'étais fatigué, et… J'avais plus envie de penser à rien. »
Constat que Camus, une fois de plus, ne trouva guère rassurant. Que Milo puisse se sentir si fatigué, au point d'en oublier une blessure éminemment dangereuse…
Ce n'était vraiment pas bon signe. Milo était impulsif de nature, d'accord… Et il était fatigué, aussi, sans nul doute. Mais la fatigue n'expliquait pas tout. Ni ses larmes, ni… Cette irresponsabilité étrange.
« Quelles choses avais-tu en tête ? l'interrogea de nouveau Camus, en le regardant intensément. Est-ce que ce sont les mêmes que celles qui retiennent ton sommeil ?
- Oui, » prononça Milo d'une voix un peu rauque. Il n'arriva pas à croiser les yeux insistants de Camus. Parler lui coûtait suffisamment comme ça.
L'expression du grec était hantée, maintenant, constata Camus. Le français en vint à se demander s'il était vraiment raisonnable de trop le solliciter, ainsi. Milo avait toujours l'air épuisé, malgré ses longues heures de sommeil. Cependant, Camus choisit de faire taire sa prudence. Il savait qu'il devait en apprendre plus pour aider vraiment son amant. Si toutefois il en était capable. Car c'était la question qu'il était en train de commencer à se poser.
« Milo… Est-ce que ce sont les mêmes pensées qui ont causé cette blessure, à ton bras ? »
Le Scorpion hocha affirmativement de la tête. Il n'arriva pas à parler.
« Tu es sûr que tu ne t'es pas fait cette piqûre intentionnellement ? » continua Camus, déterminé à savoir.
Nouvel hochement de tête, négatif, cette fois.
« Donc… j'en déduis que c'est ton état d'esprit qui t'a mené à agir de cette manière ? Tes émotions… ? »
Milo ferma les yeux. Et il prit une grande inspiration. Puisque Camus voulait tant savoir… Il savait qu'il n'y couperait plus. Il était fatigué… Tellement fatigué. Résister aux assauts et à l'interrogatoire de Camus serait peut-être plus épuisant que de parler. Mais que le français ne vienne pas se plaindre si ça ne lui plaisait pas.
« Il y a tous ces souvenirs, commença péniblement le Scorpion, qui ferma les paupières et fronça les sourcils. J'ai du mal à m'en débarrasser. Ils tournent dans ma tête en permanence. »
Camus garda le silence, comprenant que le Scorpion venait de faire le choix de se livrer. Il se contenta d'observer Milo, pour tenter d'analyser les émotions qu'il y avait sur son visage. Celui-ci ne daigna pas rouvrir les yeux.
« Il y a… Mon entraînement, lui révéla le grec dans un murmure. Toutes ces nuits passées seul au Sanctuaire pendant que tu étais en Sibérie… Ou alors, ces nuits à combattre le poison que mon maître me mettait dans les veines… La brûlure et le désespoir que je ressentais quand je ne voyais pas l'aube arriver. Tu sais… Je ne voulais même pas la voir, l'aube, à l'époque… Parce que tout allait recommencer. Et puis, il y a eu le faux Grand Pope. Quand il m'a fait tuer des dizaines et des dizaines de gens. Toutes ces femmes, ces enfants… Cette petite fille, celle qui n'a pas fui devant moi. Qui a vu le monstre que je cachais. Et les fuyards à mettre à mort. Ils couraient tous sous une pluie d'aiguilles rouges. Il y avait du sang partout… Et moi j'ai peine à croire que j'en riais, à l'époque. J'étais fou. J'en redemandais presque, pour chasser l'ennui. Ensuite, il y a eu les gamins qui sont arrivés au sanctuaire. Qui m'ont fait comprendre que j'avais tué tous ces gens pour rien, et que rien ne justifiait mes actes. Tout ce sang… C'est moi qui l'ai fait couler. C'est ma faute et uniquement la mienne. Tout ça parce que… Je n'ai rien vu. Ou parce que je n'ai pas assez de… De morale, de valeur, ou que sais-je… J'ai toujours cru que mon jugement était impartial, que mon attaque était juste… Et maintenant… J'ai l'impression qu'il tâche tout, ce sang. Mes mains, mes vêtements… Et même nos draps. Des fois, quand on fait l'amour, je… Je… »
J'ai l'impression que je te tâche toi aussi, voulut ajouter le Scorpion, sans arriver à s'y résoudre. Les mots restèrent douloureusement coincés dans sa gorge.
« Et il y a eu ta mort, prononça-t-il dans un souffle tremblant. Je te revois… Quand je t'ai retrouvé gisant… dans la glace de ton temple. Tu étais tout froid, tout immobile, et tout était blanc… Et ensuite, il y eu de nouvelles nuits à essayer de… D'oublier ton visage… Cinq ans… Tout était si sombre… Et je… Je… J'arrive pas à, à… »
Le Scorpion ne réussit pas à terminer son monologue. Il eut l'impression subite d'étouffer. A force de laisser les paroles couler de lui, il eut l'impression de se perdre davantage en lui-même. Ces souvenirs étaient… terribles, insupportables. Milo, malgré lui, revit soudain le visage de Camus tel qu'il avait été ce jour maudit. L'image l'envahit tout entier, glaçante, puissante, impossible à échapper. Milo, pris dans l'étau de son propre passé, en oublia tout à coup la présence de son amant réel, à son côté, qui l'écoutait sans doute. Il rouvrit les yeux, paniqué de ne plus le voir, et de ne voir que sa mort, assourdissante et aveuglante… Et se rendit compte qu'il voyait flou. Ses yeux ne répondaient plus. Ils étaient incapables de se concentrer sur un point fixe. Qu'est-ce que c'était que ce délire ? Où était-il ? Il n'arrivait pas à faire sortir cette horrible image de sa tête, maintenant. La peau blanche de Camus, son visage immobile… Le Verseau était-il encore seulement là ? Il ne le voyait plus. Il ne savait plus où il était. S'était-il imaginé qu'il avait été là et que tout ça n'avait été qu'un beau rêve ? Si ça se trouvait, il était en train d'halluciner tout seul dans son temple ! Il devenait fou, définitivement. Il avait imaginé la résurrection de Camus. Ce n'était pas possible autrement. Ce constat lui donna envie de hurler, bien qu'il ne sente plus ses poumons. Il s'inventait ces chimères heureuses pour ne pas sombrer. En était-il réduit à cela ? Tout ne serait donc qu'illusion… ?
Camus, de son côté, regretta immédiatement d'avoir fait parler Milo à la seconde où il le vit se mettre à pâlir. Il observa avec inquiétude le grec prendre des respirations de plus en plus hésitantes, et se mettre inexplicablement à trembler. Camus se rapprocha instinctivement de son amant pour lui saisir la main, dans l'espoir de le faire réagir. Celle-ci continua de tressauter dans la sienne. Milo avait le regard fixe et vague, remarqua Camus en l'observant attentivement. Le Scorpion, qui ne semblait plus du tout être au courant de ce qu'il faisait et d'où il se trouvait, ne respirait à présent plus qu'en saccades. Le Verseau comprit alors ce qu'il se passait. Son amant était apparemment submergé par une panique soudaine et épidermique, sans doute à cause de ce qu'il venait de lui révéler, et il fallait l'en faire sortir rapidement, au risque que cela empire davantage. Camus prit un Milo complètement erratique par les épaules, et il appela son nom plusieurs fois, inquiet.
Le grec, au milieu de ses pensées noires et confuses, entendit la voix lointaine du français se répercuter plusieurs fois dans ses tympans. Camus… avait l'air de dire son nom, comprit-il soudain. Le Scorpion d'or se sentait très mal, et il avait toujours ce sentiment insupportable de s'étouffer, même d'agoniser… Mais il choisit de se concentrer sur le ton grave et familier de la voix de celui qu'il aimait. Milo voulut focaliser son regard trouble et embué de larmes sur quelque chose… Surtout sur ce qui devait être la silhouette de son amant, devant lui, qui essayait vraisemblablement de lui parler. Milo se rendit compte qu'il y avait deux mains, là, légèrement fraîches, sur lui. Elles étaient posées fermement sur ses épaules. Si elles étaient là… C'était que Camus était bien là, se dit Milo, qui essaya de se rassurer comme il put.
« Respire, Milo » entendit-il le Verseau lui ordonner.
Le Scorpion, obéissant, tenta de prendre une grande goulée d'air, mais il n'y parvint pas. Cela eut pour effet d'augmenter sa crainte d'un cran. Que se passait-il ? Pourquoi ne savait-il plus respirer ? Cela n'avait aucun sens ! Pourquoi ne fonctionnait-il plus ? Allait-il rester comme ça ? Allait-il mourir ?
« Oui, Milo. Essaye encore », retentit le timbre réconfortant du français. La voix de Camus lui sembla assourdie… Mais malgré toute la tension en lui, il fit le choix de s'y raccrocher. Il voulait y croire.
Le Scorpion fit une nouvelle tentative, et cette fois, il sentit l'air emplir ses poumons douloureusement. Ce fut comme respirer de nouveau après des minutes entières au fond d'un océan turbulent.
« C'est ça. C'est bien, Milo, l'encouragea la voix de Camus. Continue. De grandes respirations profondes. »
Petit à petit, suivant les ordres de son amant, Milo parvint à stabiliser sa respiration. Il sentit les tremblements qui l'avaient pris diminuer graduellement, et il se rendit compte à présent qu'il avait pleuré sans en avoir conscience, au vu de l'humidité étrange qu'il y avait sur ses joues. Camus le tenait toujours par les épaules et lui accordait son entière attention. Il continuait de lui parler calmement.
« Tout va bien, Milo, murmura Camus en le clouant de son beau regard bleu. Je suis là… Tu es en sécurité, tu es dans ton temple, avec moi. Il fait grand soleil dehors, et tout le monde va bien. Je suis là, et je ne vais nulle part… Plus jamais. »
Camus le rassura doucement pendant quelques minutes, jusqu'à ce que Milo retrouve définitivement son calme. Le Scorpion finit par se parer d'un air… Hébété. Cela avait été… Désagréable. Très. Il n'avait jamais rien vécu de pareil. Il avait l'impression que tout son corps avait tenté de lutter contre un danger imminent, mais en vain.
Alors, lorsque le français jugea que son vis-à-vis avait l'air sorti de sa panique, il décida de l'interroger précautionneusement.
« Tu te sens mieux ? l'interrogea-t-il sans le quitter des yeux.
- Oui, » parvint à prononcer Milo.
Le soulagement en fut intense pour lui. Enfin, il avait retrouvé sa voix. Il avait cru mourir, d'un seul coup, et ne plus jamais arriver à parler. Heureusement… Cela n'avait pas l'air d'être le cas. Heureusement.
Il y eut un silence.
« Qu'est-ce qui m'est arrivé ? » s'inquiéta le Scorpion, qui ne comprenait rien à ce qui venait de se produire.
Camus le regarda un instant, interdit.
« Je… Je ne suis pas un expert en émotions, lui avoua-t-il, embarrassé. Je crois que tu as fait ce qu'on appelle… Une crise d'angoisse. Je crois que c'est le terme pour cela. Mais… Tout va bien, Milo. C'est quelque chose de... Je ne sais pas si « normal » est le mot, mais ce que je veux dire, c'est que… Tu n'es pas en danger. »
Milo ne sembla pas vraiment satisfait par cette explication, mais il ne la commenta pas. Peut-être que le principal était que c'était terminé. Mais tout de même, quelle sensation affreuse. Il se sentait toujours légèrement nauséeux, et très fatigué.
« Je suis désolé, déclara-t-il d'une voix rauque.
- De quoi donc ? lui demanda le Verseau.
- Je ne voulais pas t'inquiéter, explicita Milo.
- Ne t'excuse pas, Milo, lui ordonna un Camus un peu las. Tu serais sans doute inquiet aussi. Cela n'a aucune importance que je le sois. N'y pense pas. Tu m'aiderais toi aussi si nos rôles étaient inversés. »
C'était une affirmation, et non pas une question. Camus savait parfaitement qu'il aurait le soutien entier et infaillible du Scorpion si une telle chose devait lui arriver.
Milo, en effet, ne contesta pas ce fait.
Camus, soulagé que le moment difficile soit passé, et sans même l'avertir, attira d'un seul coup son amant entre ses bras. Il l'étreignit de toutes ses forces, un peu rasséréné de sentir son corps s'écraser contre le sien. Le grec lui en faisait vraiment voir de toutes les couleurs.
« C'est moi qui suis désolé, Milo, soupira le Verseau. Je n'aurais pas dû te pousser à bout. Tu étais fatigué… Ce n'était pas raisonnable. Je ne voulais pas que tu te sentes aussi mal…
- J'ai choisi d'en parler, Camus, le rassura le Scorpion, qui se laissa bercer par l'étreinte ferme de son amant. Je suis le seul responsable. »
Cela n'empêcherait pas le Verseau de se sentir coupable quand même. Il trouvait déroutant et éprouvant de ramasser le Scorpion à la petite cuillère. Il n'y était vraiment pas habitué.
« Est-ce que je peux te demander une chose ? s'enquit-il, une pointe de timidité dans la voix.
- Tout ce que tu veux, lui assura tranquillement Milo.
- La prochaine fois que tu te sens accablé par tes pensées sombres, ne reste pas dans ton coin, lui enjoignit Camus. S'il te plaît. Viens me voir. Ou va voir qui bon te semble, je m'en fiche. Tu peux parler à qui tu veux, ça n'a pas d'importance pour moi. Mais s'il te plaît… Ne continue pas comme ça. Je ne sais pas si je pourrai régler ton problème à moi tout seul, ou même comprendre tout ce que tu as à dire… Mais je pourrai t'écouter. »
Milo hocha silencieusement de la tête dans les bras de Camus.
« D'accord, Camus, agréa-t-il simplement. La prochaine fois, au lieu de m'attaquer moi-même, je t'en parlerai. »
Camus fronça les sourcils, peu convaincu de ce qu'il analysa comme une pauvre tentative de faire de l'humour. Lui, cela ne l'amusait guère. Milo le sentit immédiatement, aussi, il redevint vite sérieux.
« Laisse tomber… murmura le Scorpion, dépité. Mais merci, Camus. De t'inquiéter et d'essayer de m'aider. Tu es la personne la plus merveilleuse que je connaisse. »
Pour appuyer ses dires, Milo se dégagea légèrement de l'étreinte, et il posa doucement ses lèvres sur celles de son amant. Camus lui rendit le baiser d'abord délicatement, puis avec un peu plus de fougue. Les deux amants s'embrassèrent comme ça quelques minutes, échangeant une multitude de petites attentions amoureuses, savourant le calme retrouvé. La tristesse au fond des yeux de Milo s'était maintenant résorbée. Il se sentait légèrement soulagé, malgré la violence de ce qu'il avait ressenti quelques minutes plus tôt. Avoir pu parler et ne s'être pas fait jeter par Camus l'avait tout de même grandement rassuré, sachant que le maître des glaces était parfois… Distant, quand il s'agissait de causer sérieusement sur ses émotions. Là, Camus avait été parfait de bout en bout. Vraiment… Le Verseau faisait des progrès que Milo trouvait impressionnants et même fulgurants, depuis qu'il était revenu. Il se demandait bien à quoi c'était dû.
Le Verseau, pour sa part, s'était fait un peu peur, à voir Milo se remettre aussi facilement dans un état inquiétant. Il se jura de veiller avec d'autant plus d'attention sur son bel amant. Il y avait effectivement un gros problème, il le voyait bien, et il sentait qu'il allait avoir du mal à le régler en une seule soirée, ou même une seule conversation avec lui. Cependant, il était heureux que Milo se soit reposé et qu'il ait accepté de lui parler. Il ne supporterait pas de le perdre, surtout pas après toutes ces guerres, et toutes ces séparations… Et c'est bien cette peur qui l'avait étreint, quand il avait découvert Milo affligé de sa propre attaque, la nuit précédente. Il allait bien s'occuper du Scorpion cette semaine, se promit-il, résolu. Il allait faire en sorte que Milo reprenne un rythme de sommeil normal. Il savait qu'une semaine ne suffirait probablement pas à régler complètement la question, au regard de ce que lui avait dit son amant, surtout si les insomnies étaient aussi ancrées… Mais il comptait soutenir le Scorpion jusqu'à ce que le problème finisse par s'estomper. Il savait bien que le son amant avait des horreurs dans son passé, et que peu pourraient les comprendre. Milo en était conscient lui-même. C'était le lot de beaucoup de chevaliers. Tous avaient plus ou moins souffert de leur condition, que ce soit par leurs entraînements, leurs affrontements ou des pertes d'êtres chers, tant l'espérance de vie au Sanctuaire pouvait s'avérer courte. Mais il savait qu'ils pourraient s'épauler tous les deux et que petit à petit, ils s'adapteraient à cette vie plus calme et plus paisible qui ne leur était pas familière.
Milo le sortit de ses pensées en le gratifiant d'un autre baiser léger.
« Je t'aime » lui souffla-t-il simplement.
Touché plus qu'il ne se l'avouait par ce genre de confessions, Camus l'embrassa sur le nez en retour.
« Je t'aime aussi, Milo » déclara-t-il dans un élan de sincérité amoureuse. Milo lui adressa un sourire rayonnant. Que Camus verbalise ce genre de choses était une rareté qu'il savait apprécier à sa juste valeur. Camus était tellement content de revoir Milo sourire après toutes ces émotions qu'il lui rendit lui-même un de ses sourires les plus solaires. Il en était capable, il ne fallait pas croire !
A la vue d'un tel phénomène, le regard tendre de Milo se teinta soudain de malice. Le Scorpion raffermit d'un seul coup la prise qu'il avait sur Camus pour le faire vaciller en arrière. Le français tomba sur le canapé sous le poids de son amant. Milo se cala à califourchon sur les hanches du Verseau, et se pencha vers lui avec un sourire tendancieux. Et lorsque sans surprise il l'embrassa avec une telle passion que le français faillit en oublier son propre nom, Camus eut la certitude que cette fois, il avait bel et bien retrouvé son Milo.
