Note de l'auteur : Vous vous trouvez sur le chapitre 4 révisé d'Errance Nocturne ! J'espère qu'il vous plaira !
Chapitre 4 – Frayeur
Durant la demi-heure qui suivit l'éclat du Scorpion, Camus entreprit de ranger la pièce dans laquelle il était pour se vider la tête.
Cette résolution prise, il ramassa d'abord la chaise que Milo avait cassée en petits morceaux et il la mit à la poubelle. Il en rachèterait une autre, peu importait. Le salaire que leur donnait Athéna était désormais plus que généreux.
Camus débarrassa ensuite la table, puis fit la vaisselle. Une petite demi-heure plus tard, lorsque tout fut enfin propre et rangé, que l'entièreté la pièce était en ordre et qu'il fut satisfait de son travail, il eut un moment d'hésitation réflexive. Milo n'était pas réapparu de leur chambre depuis qu'il s'y était retranché. En général, le Scorpion n'était jamais bien énervé contre lui très longtemps. Lors de leurs quelques accrocs, par le passé, Camus avait été habitué à le voir revenir, un sourire charmeur aux lèvres, lui présenter des excuses sincères. Et ce, facilement dans les vingt minutes suivantes. Milo n'appréciait jamais de rester dans une situation grippée avec lui, aussi, il faisait souvent le premier pas pour régler les choses entre eux. Le huitième gardien avait toujours été conscient de son caractère spontané, et il s'en était préoccupé et amendé s'il avait pu sortir de ses gonds quelquefois.
Mais aujourd'hui, rien. Camus ne savait pas s'il devait se sentir coupable ou blessé que le Scorpion ne reprenne pas ses esprits tout seul. Milo avait-il fini par se lasser de s'excuser ? Ou alors… Lui-même… Était-il possible qu'il ait froissé le grec à ce point-là ? Que celui-ci lui en veuille vraiment suffisamment pour ne même pas essayer de recoller les morceaux ?
Cette pensée envahit le Verseau d'effroi. Après tout, Milo venait de mettre une chaise hors d'état de nuire. Son amant avait beau être impulsif, il était rarement si destructeur.
Le français, perdu dans ses pensées, leva la tête. Son regard tomba directement sur les trois encoches que le grec avait laissées dans le mur. Camus savait pertinemment que Milo n'aurait pas osé l'attaquer, mais tout de même. Il trouvait étrange que son amant se soit emporté simplement du fait de simples questions. Des questions certes malheureuses, mais des questions innocentes tout de même. Même s'il n'avait pas forcément été très adroit, Hyôga ne n'avait pas manqué de respect au gardien des lieux. Mais c'était vrai que lui-même, il n'aurait pas dû laisser échapper ces mots sur son état devant tout le monde. Et d'un seul coup, il n'en était pas fier. Il avait l'impression qu'il avait provoqué tout ceci… Et en toute honnêteté, il avait été profondément décontenancé par la réaction volcanique et brutale du Scorpion.
Peut-être fallait-il qu'il s'excuse. Camus avait bon espoir qu'en agissant de la sorte, le huitième gardien serait vite ramené à la raison. Ils n'allaient pas restés fâchés toute la soirée pour trois paroles maladroites… Et puis, depuis qu'il avait eu la chance d'être ramené aux côtés de Milo, le onzième gardien considérait qu'il était de son devoir de ne pas gâcher son retour à la vie. Sa relation avec Milo était la chose la plus précieuse qu'on lui avait accordée de retrouver.
Camus n'avait que peu l'habitude de s'excuser, et qu'il choisisse de le faire était effectivement signe que les choses étaient d'importance. Le Verseau avait du mal avec les excuses, parfois, parce que pour sa part, sans preuve de bonne volonté, il trouvait ce genre de paroles creuses. Il préférait nettement les actes de repentir que les mots. Toutefois, le français savait que certains avaient besoin d'entendre des excuses de vive voix afin d'aplanir les choses et de repartir du bon pied. Si c'était ce dont Milo avait besoin, il ferait un effort.
Le Verseau se dirigea alors résolument vers la porte de la chambre qui avait claqué plus tôt, et il s'arrêta devant. Appréhensif, il colla son oreille contre elle, dans l'espoir d'évaluer précautionneusement ce qui pouvait se tramer à l'intérieur. Il sentit bien le cosmos du Scorpion, derrière le battant de la porte, mais il n'entendit pas de son. Intrigué, Camus se demanda ce que Milo pouvait bien fabriquer, en silence, dans la chambre. Son amant ne lisait que rarement de son propre chef… Et puis, Milo, faire une activité silencieuse de son plein gré… ? Impensable. Le Verseau le connaissait trop bien. Même quand il dormait, Milo remuait. Et là, il ne l'entendait pas bouger du tout. Imaginer le Scorpion rester tranquille était trop déroutant.
Camus décida de faire connaître sa présence avant d'entrer. Il avait très envie d'utiliser ses techniques d'espion, se glisser en douce dans la chambre pour s'avancer sur un terrain mieux préparé avec Milo, mais par intégrité personnelle, il ne le fit pas. Le Scorpion n'apprécierait certainement pas ce genre de comportement de sa part.
Fort de ce raisonnement, le français toqua à la porte. Il attendit un temps. Pas de réponse.
« Milo ? » appela-t-il, pour être sûr que sa présence allait être anticipée.
Le silence continua de régner. Camus fronça les sourcils, désagréablement surpris. Son amant était-il vraiment si fâché que ça ?
Ne voulant plus laisser de place au hasard, le Verseau entrebâilla la porte et passa la tête à l'intérieur de la pièce. Il y chercha immédiatement la silhouette de Milo. Et il la trouva bien vite. Son amant était assis en silence sur le lit, la tête basse. Ses cheveux longs formaient un rideau ondulé devant son visage. Malheureusement, le maître des glaces ne put pas distinguer son expression de là où il était. Le huitième gardien ne fit aucun mouvement pour attester qu'il l'avait entendu. Le Verseau choisit de prendre cela comme un bon signe. Si Milo avait toujours été autant en colère, il l'aurait probablement déjà envoyé bouler.
Rassuré par cette pensée, Camus entra pleinement dans la pièce, et s'approcha lentement de son amant.
« Ecoute, Milo… essaya-t-il. Je voulais m'excuser pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû dire ce que j'ai dit. Je comprends que tu te sois fâché et… et- »
Le français s'interrompit tout net. Arrivé à hauteur de Milo, il poussa une exclamation horrifiée.
Le Scorpion était de nouveau en sang.
Trois entailles rouges, visiblement fraîches, décoraient son corps. Il en avait une sur l'avant-bras droit, une autre dans l'épaule plus haut, et enfin une dernière un peu au-dessus de la hanche, du côté gauche. Marques qui ressemblaient sans conteste à la première, accidentelle, qu'il s'était fait la nuit précédente. Et elles saignaient beaucoup, évidemment. Le haut que portait Milo était progressivement en train de s'imbiber de son sang poisseux.
Le grec ne réagit ni au discours de Camus ni à son exclamation de stupeur. Non, il demeura la tête basse, immobile, et manifestement dans un état second. Le français se pencha à sa hauteur pour pouvoir mieux observer ce qu'il se passait. Il posa un doigt sous son menton et le força à rencontrer ses yeux.
Le Scorpion se laissa faire, et ses iris azur croisèrent docilement ceux de Camus.
Il n'y avait aucune expression sur le visage de Milo, se rendit compte le Verseau, qui en réprima un frisson d'horreur. Le Scorpion avait le regard fixe, et neutre. Une telle chose était extrêmement rare chez lui. Milo était d'ordinaire très expansif.
Camus sentit la peur l'envahir. Il ne fallait pas qu'il panique.
« Milo » tonna-t-il, dans l'idée de le sortir de sa transe. Il n'eut pas le temps d'en dire plus, car l'intéressé prit la parole.
« Ça marche pas. »
Camus fixa son amant, interdit.
« Qu'est-ce qui ne marche pas ? » l'interrogea-t-il d'une voix sourde.
Il y eut un silence. Il n'y eut pas plus de vie dans l'expression de Milo que précédemment.
« Ça, finit par expliciter le Scorpion, ponctuant son propos d'un vague geste de la main. Ça fait presque plus mal. Le poison… Il ne marche plus. »
Camus pâlit, bien malgré lui, ne voulant pas réfléchir aux implications terribles de ce que son amant était en train de lui dire. Par réflexe, il appuya une main sur l'avant-bras droit de Milo. Il avait dans l'idée de limiter au moins un peu le saignement de la blessure.
« Laisse, Camus, murmura platement le grec.
- Pardon ? s'étouffa le Verseau, éberlué de l'énormité que venait de lui sortir le Scorpion.
- Laisse, se répéta patiemment Milo, sur un ton pédagogique mais glaçant. Je l'ai mérité. J'ai voulu porter la main sur toi. »
Camus eut envie de hurler sur son amant pour son inconscience et cette déclaration absurde, mais il s'admonesta au calme.
« Non, tu n'as pas voulu porter la main sur moi, lui indiqua-t-il vivement. C'est ce pauvre mur qui s'est pris ton attaque. Arrête de dire des bêtises, par Athéna ! Laisse-moi te soigner, maintenant. Tu vas te mettre en danger ! »
Ce que vivait Milo était hors de ses compétences, pensa-t-il immédiatement, intérieurement paniqué. Le onzième gardien ne laissa pas le temps à son amant de répliquer quoi que ce soit de plus idiot, et il fonça ventre à terre chercher la trousse de secours. Il sortit prestement de la chambre, courut à travers les appartements de Milo, entra dans la salle de bain, et fit dégringoler toutes sortes d'objets des étagères dans sa hâte de trouver le nécessaire médical. Il ne se soucia absolument pas du bazar qu'il provoqua dans la pièce.
Le français revint précipitamment dans la chambre une fois qu'il eut trouvé de quoi soigner son amant, et à ce qu'il eut sous les yeux, il faillit en lâcher la trousse qu'il ramenait avec lui. Milo avait de nouveau laissé pousser son ongle rouge, et il semblait clairement considérer un nouvel endroit où se frapper.
Camus poussa un cri d'horreur en le voyant récidiver, et instinctivement, il envoya une gerbe glacée sur la main de son amant, qui sursauta au contact gelé.
« MILO ! TU ARRETES ÇA TOUT DE SUITE ! »
Milo commençait à pâlir dangereusement. Camus courut vers lui, la trousse bien en main. Il fallait à tout prix éviter que le grec ne s'évanouisse comme la nuit précédente.
« Enlève ton T-shirt, lui ordonna Camus, sur un ton n'admettant aucune objection. Plus jamais tu ne me fais ça, tu m'entends ?! Jamais ! Si je te retrouve encore comme ça, je ne réponds plus de mes actes ! »
Milo ne répondit rien. Il se contenta simplement de le toiser de son air hagard. Mais pourtant, il obéit à son ordre. Lorsqu'il souleva son T-shirt, et qu'il l'envoya bouler dans un coin de la pièce, Camus put voir de près l'ampleur des dégâts. Le grec s'était bien amoché.
Camus retint une nouvelle exclamation devant les blessures profondes qui décoraient le torse halé et musclé face à lui. Celles-là n'avaient pas été infligées par erreur, et elles avaient l'air bien plus sévères.
Le onzième gardien ne perdit pas de temps. Il se saisit du désinfectant et entreprit de nettoyer d'abord la plaie sur l'épaule. Le Scorpion n'objecta rien. Il se laissa faire, avec cet air vide qui ne voulait pas quitter son visage. Camus choisit de se focaliser sur sa tâche plutôt que sur la frayeur que lui procurait ce constat. Plusieurs compresses y passèrent. D'un doigt, il appuya sur la piqûre et il enflamma son cosmos, pour y souffler un peu de froid. Cela arrêterait momentanément la perte de sang, et cela anesthésierait peut-être légèrement la douleur. Milo ne réagit toujours pas. Camus sortit alors du sparadrap de la boîte et il enserra fermement l'épaule du Scorpion avec. Il réalisa un pansement du mieux qu'il put. Il répéta ensuite le processus sur le bras droit, puis sur le creux de la hanche. Pour le dernier pansement, il fut obligé d'enrouler le torse de son vis-à-vis de sparadrap, faute de mieux. Il espérait que les bandages tiendraient. Et que ces vilaines blessures cicatriseraient correctement.
« Allonge-toi, Milo », lui ordonna-t-il d'une voix ferme, une fois que tout fut pansé méticuleusement.
Voyant que le Scorpion n'avait pas l'air de vouloir désobéir, Camus l'aida à se caler sur le lit, en passant une main dans son dos afin d'accompagner son mouvement. Une fois Milo installé sur les draps, Camus se leva pour fouiller dans les placards, et lui trouver quelque chose de propre et confortable pour le rhabiller un peu.
« Qu'est-ce que tu fais, s'enquit Milo à mi-voix.
- Je te cherche de quoi te rhabiller de propre, expliqua Camus. Tu ne vas pas rester dans ce pantalon tâché de sang. Tu te sens de remettre un haut ?
- File-moi juste un bas, ça suffira », répondit distraitement le Scorpion.
Camus trouva vite ce qu'il cherchait : un bas de survêtement très ample, qui ferait aussi un excellent pyjama. Le Verseau, l'objet en main, revint vers Milo et s'assit sur le bord du lit. Le Scorpion fit un mouvement pour se redresser afin de prendre le pantalon à Camus, mais ce dernier l'en empêcha en posant une main ferme sur son torse.
« Reste où tu es, je vais t'aider. Evite de bouger, Milo. Je ne veux pas que tu rouvres tes blessures. »
Le Verseau déboutonna le jeans ensanglanté du Scorpion et il le retira doucement en le faisant glisser sous ses jambes. Il fit l'exact inverse avec le survêtement, qu'il enfila dans une jambe, puis une autre. Il souleva le corps de son amant pour faire passer l'habit jusqu'en haut, sous ses fesses, afin de le recouvrir comme il fallait. Une fois qu'il fut correctement rhabillé, Camus choisit de s'asseoir plus proche de lui, vers la tête de lit. Ainsi il put mieux voir l'expression du Scorpion, qui reposait désormais sur son oreiller. Terriblement inquiet, il caressa d'une main affectueuse la joue de Milo, afin de lui apporter un minimum de réconfort… Et pour se rassurer aussi lui-même.
« Comment tu te sens ? » s'enquit-il, en tentant de maîtriser sa voix.
Le grec, qui avait fermé les yeux au contact de la main, les rouvrit pour les plonger dans ceux du Verseau.
« Mal » grinça-t-il sommairement.
Camus se pencha et l'embrassa sur la tempe. Il avait du mal à se maîtriser complètement, sous le coup de ce qu'il ressentait, et la chose était peu commune pour lui. Les émotions qui montaient en lui le rendaient profondément confus. Le chevalier des glaces se sentait terriblement en colère. Contre Milo, mais aussi contre lui-même. Colère qui se transformait vite en peur… Et face à ce qu'il avait sous les yeux, une tristesse profonde l'envahit. Voir son amant soudainement alité, et ce, à cause de blessures qu'il s'était lui-même infligé, provoqua en lui une détresse qu'il n'aurait jamais crue ressentir.
Le français, face à son angoisse, refoula une subite envie de pleurer. Il se sentait complètement dépassé, et il était choqué de ce qui venait de se passer. Il commençait à comprendre qu'il était impératif de protéger Milo de lui-même, et il devait bien avouer qu'il ne savait pas de quelle manière il devait procéder pour y arriver. Quel idiot il avait été de le laisser seul après un accès de rage ! Il avait suffi d'une simple demi-heure pour retrouver son amant dans cet état inquiétant. Milo aurait désormais besoin de rester allongé toute la soirée.
Mais que se passait-il, enfin ? se désespéra le Verseau, complètement pris de court par les évènements. Il n'avait jamais vu ça. Il avait dû lire quelques récits similaires dans des fictions ou des bouquins à thème psychologique, mais pour lui, les tentatives d'autodestruction avérées étaient un mythe. Il n'aurait jamais pu imaginer que le fier chevalier du Scorpion en eût été capable. Lui qui était si solaire d'habitude… Si lumineux, si souriant… L'observer devenir tout à coup aussi sombre, aussi… Aussi inquiétant… Aussi terne… Était proprement terrifiant à constater.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Milo ? l'interrogea-t-il d'une voix clairement démunie. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
Le grec, allongé, le regardait toujours avec cet air indéchiffrable au visage. Son expression n'avait pas bougé depuis que Camus l'avait trouvé. Milo n'affichait qu'une neutralité déroutante et une vague confusion sur ses traits. Il n'avait pas l'air d'être en colère, ni d'avoir peur, ni de quoi que ce soit. Il était simplement… apathique.
« J'ai manqué te tuer. T'as pas peur ? »
Décidément, le grec avait du mal à changer de disque.
« Si… J'ai peur, Milo, lui avoua Camus en maîtrisant mal sa voix. Mais pas pour les raisons que tu crois. J'ai peur pour toi, pas de toi. Tout à l'heure… Tu ne m'aurais jamais fait de mal. J'en suis certain. Et tu devrais le savoir, non ? »
Il y eut un temps de silence. Le regard du Scorpion changea. Une lueur de panique éclaira le fond de ses yeux azur.
« Non, je ne sais pas, murmura-t-il précipitamment. Je ne sais pas ce que je suis capable de faire. Je suis dangereux… Je suis un monstre ! J'ai ce que je mérite ! D'ailleurs, jamais je n'aurai suffisamment ce que je mérite pour ça ! Rien que pour avoir tenté… Pour avoir osé… »
Milo commença à s'agiter. Camus écarquilla les yeux en le voyant enfin exprimer quelque chose.
« Laisse-moi faire, je… J'ai même pas assez expié ma faute ! »
Tout d'un coup, Milo donna facilement l'air d'ignorer où il se trouvait. Son ongle rouge reparut sur sa main, et avant que Camus ne puisse faire le moindre mouvement pour l'en empêcher, le Scorpion frôla avidement ses bandages avec son index pour trouver où frapper ensuite.
Le français réagit néanmoins à toute vitesse en le voyant faire. Il saisit précipitamment la main de Milo et la bloqua sur le lit. Il eut bien fait, car un coup d'Aiguille Ecarlate, qui était au départ destiné au corps du Scorpion, alla se ficher dans le mur. Le Verseau se jeta sur son amant et l'empêcha de se redresser en le plaquant de force sur le lit, faisant ainsi rempart à sa détresse avec son corps. La température de la pièce baissa. Milo tenta de se débattre, avec l'énergie du désespoir, sans doute dans l'idée de poursuivre son idée première, mais Camus, déterminé à le protéger, maintint sa prise sur lui et l'immobilisa complètement sous son poids.
« Arrête, Milo ! cria-t-il. Arrête ! Cesse de te débattre !
- Non ! Non, répéta Milo, qui paniquait complètement, à présent.
- ARRETE-TOI DE BOUGER ! IMMEDIATEMENT ! » hurla le Verseau, qui sentit la digue de ses émotions s'écrouler.
Cela eut le mérite de faire cesser brutalement le délire du grec, qui relâcha tous ses muscles d'un seul coup. Camus lui criait rarement dessus, et lorsque ce genre de choses arrivait, cela lui faisait l'effet d'une douche froide.
A l'instant où Camus sentit Milo s'immobiliser, il s'affaissa sur lui, au comble de l'angoisse. Sa prise se desserra un petit peu, mais pas complètement. Le Scorpion sentit Camus se mettre à trembler.
« Arrête, s'il te plaît, murmura le français comme il put. Je ne peux pas… C'est trop dur… »
Sa voix se brisa.
Milo, entendant Camus s'interrompre de cette manière, en eut le souffle coupé. Non, s'angoissa-t-il, le Verseau n'allait quand même pas… Il n'allait pas…
Celui-ci redressa la tête, semblant répondre à sa crainte.
Une larme solitaire coulait sur sa joue.
« Camus… » souffla Milo, qui n'en croyait pas ce qu'il voyait.
Une deuxième larme fit son apparition dans les yeux de son vis-à-vis. Oh non ! paniqua-t-il de nouveau. Qu'est-ce qu'il avait fait ! Il avait réussi à faire pleurer le Verseau !
« Camus, non ! le supplia immédiatement le Scorpion, dans une tentative maladroite de l'apaiser. Non, ne pleure pas, ne pleure pas… Je… »
Le grec s'interrompit, la gorge nouée. En fait, il ne sut quoi dire. La situation était exceptionnelle. Rassurer le Verseau lui sembla futile, après son éclat de panique précédent. De plus, il savait que dans son état, il ne saurait guère l'apaiser.
« Je ne peux pas te voir te faire ça, articula Camus à travers ses larmes. Je ne peux pas. Je ne veux pas… Je ne veux pas te perdre… Milo… Qu'est-ce que je ferais sans toi, moi ? »
L'intéressé, soudain terriblement désolé de ce qui était en train de se passer, voulut se dégager pour réconforter Camus, mais ce dernier resserra sa prise subitement quand il le sentit esquisser un mouvement.
« Plus jamais je ne veux te trouver dans cet état, Milo, l'avertit-il d'une voix incontrôlée. Plus jamais. Je ne peux pas le supporter. Que tu veuilles t'infliger ta propre attaque… Je n'y arrive pas. J'ai trop peur pour toi.
- Camus, tenta Milo.
- Non, tu vas m'écouter, le coupa son amant, qui pleurait toujours. Je ne veux plus que tu te fasses ça. Sous aucun prétexte. Tu vas me promettre sur-le-champ que tu ne vas plus tenter de t'automutiler. Je préfère encore te geler au lit plutôt que de risquer que tu ne te fasses du mal de nouveau. »
Cette perspective qui n'enchanta guère Milo. Mais il resta silencieux. En toute franchise, il ne savait pas s'il pourrait être capable de faire une telle promesse. A l'instant, il n'avait pas contrôlé son envie de se faire du mal. Elle était venue toute seule, sans qu'il ait réfléchi. Et sur le moment ses actes lui avaient semblé adéquats. Mais à présent… Son amant pleurait à cause de lui. Milo trouvait que ce qu'il s'était fait était au fond bien peu de chose, mais Camus semblait être d'un autre avis.
« Promets-le-moi, insista ce dernier. Promets-moi que tu ne vas plus essayer de te faire du mal.
- Camus, je…
- Promets-le-moi. »
Milo considéra Camus un moment. Il hocha négativement de la tête, ne sachant pas trop quoi faire. Camus le regardait de manière expectative, de l'autorité dans son regard troublé. Le huitième gardien détestait tant voir ces yeux magnifiques se mettre à couler. Alors… Si lui promettre cette chose-là était le seul moyen de le calmer…
« D'accord », capitula-t-il, malgré tout réticent à l'idée de ce qu'il se trouvait obligé de faire.
Milo en ferma les yeux un instant, pour se donner contenance. Puis il les rouvrit.
« Je te le promets, lui annonça-t-il d'une voix neutre.
- Tu me promets quoi ? le reprit le Verseau.
- Je te promets que je ne tenterai plus rien contre-moi-même, extrapola-t-il. Je ne me ferai pas de mal.
- Jure-le-moi, lui ordonna Camus.
- Je te le jure sur mon honneur de Chevalier d'Or, prononça Milo, dépité. Satisfait ?
- Jure-le sur ma tête, renchérit le Verseau.
- Non, je ne peux pas, s'effraya le Scorpion. Je ne jure pas sur la tête des gens que j'aime.
- Milo ! S'il te plaît.
- Bon, d'accord… se résigna le grec avec une grimace embêtée. Je le jure sur ta tête. »
A ces mots, Camus eut un soupir de soulagement. Il lâcha avec précaution les mains de Milo et il s'affala complètement au-dessus de lui. Dans son mouvement, il passa ses deux bras dans le dos de son amant pour l'enserrer tendrement, et il pressa son visage dans son cou. Il pleurait toujours silencieusement, mais cette fois, c'était du soulagement. En voyant le grec dérailler ainsi, et sans prévenir, en plus, il s'était fait une sacrée frayeur.
Milo referma ses bras sur Camus. Il caressa son dos d'un mouvement léger, dans l'optique de le réconforter un peu.
Cela prit quelques minutes, mais le onzième gardien parvint à se calmer totalement. Milo put sentir la respiration du Verseau redevenir régulière. Elle s'échouait désormais doucement au creux de son cou.
« Il va falloir que je m'excuse aux deux gamins », déclara le Scorpion pour briser la glace.
Camus laissa échapper un rire nerveux de là où il était. Il se redressa ensuite pour noyer ses yeux bleu nuit dans ceux azur de Milo.
« J'en ai bien peur », répondit-il avec un maigre sourire. Et sur ces paroles, Camus pencha son visage sur son amant, et il se saisit avec précaution de ses lèvres.
Pour une fois, Milo mit un peu de temps à répondre franchement à cette attention. Il appuya le baiser de manière craintive, mais néanmoins adoratrice. L'échange resta chaste et tendre.
Camus brisa le rapprochement de leurs bouches pour reprendre son souffle, et il en profita pour passer une main sur le visage de Milo. Il chassa sa frange indisciplinée de son visage.
« Hyôga et Shun m'ont chargé de te remercier pour le repas, déclara-t-il à voix basse. Ils ont trouvé ça très bon. »
Milo eut l'air sincèrement étonné.
« Il n'y a rien à remercier… Ce serait un miracle qu'ils aient envie de revenir après mon comportement de ce soir.
- Milo, le réprimanda Camus. Ne dis pas n'importe quoi. Ils seront très heureux de revenir, j'en suis sûr. Tu es une personne merveilleuse. Je ne sais pas qui ne voudrait pas t'avoir à sa table. »
Le Scorpion le contempla un moment, interdit.
« Merci, Camus. Tu es un ange. »
Pour illustrer son propos, il redressa sa tête de l'oreiller pour embrasser son Verseau sur la joue.
« Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit ? s'enquit celui-ci avec une sollicitude nettement inquiète. Dis-moi si je peux faire quelque chose pour toi.
- Je sais pas, Camus. Je me sens… à bout. »
Le Scorpion marqua une pause, et fit une grimace légère, mais douloureuse.
« Et j'ai mal. »
Milo ne réussit à admettre une telle chose que dans un murmure ténu.
« Tu veux mon cosmos, pour t'apaiser ? lui offrit immédiatement le Verseau. Un peu de froid pour soulager tes blessures ?
- Non, Camus, ne t'embête pas, décréta-t-il d'une voix lasse. Ça n'en vaut pas la peine. »
L'intéressé ne l'écouta absolument pas. Devant ce refus qu'il trouvait injustifié, il enflamma son cosmos et il partagea immédiatement son énergie avec Milo. Le Scorpion se détendit d'un seul coup sous l'ondée rayonnante qui l'enveloppait. La sensation lui rappela des rayons de soleil chaleureux sur sa peau, des rayons caressants et réconfortants, et non pas cruels et brûlants, comme pouvait l'être l'astre du jour en Grèce. Le cosmos du Verseau était à la fois familier et frais. Milo ferma les paupières sous la puissante ondée d'énergie. Il n'eut pas de mal à s'imaginer ailleurs, étendu dans une grande prairie d'herbe fraîche, balayée par un vent doux… Le tout sous un ciel clément et printanier.
Camus crocheta ses doigts dans ceux de Milo. Cela le rassura, de s'ancrer davantage contre son amant. Le Scorpion était là, avec lui, et il n'irait nulle part. Il serait là pour y veiller. Le français aimait son arachnide doré plus que tout. Chaque coup que le Scorpion s'était porté à lui-même avait eu comme un effet similaire au fond de son propre cœur. Camus aimait Milo immensément… Depuis toujours. Il l'aimait tout entier. Même s'il était colérique, même s'il était bordélique, même s'il était un peu sadique… Même si leur passé n'était pas fait que de joies… Toutes ces choses n'avaient aucune importance. Ils s'aimaient, et une telle chose était un miracle à apprécier à sa juste valeur. Par le passé, avant qu'ils se déclarent, tous les deux, Camus n'avait pu imaginer que Milo l'eût aimé de la même manière. Le Verseau s'était jugé trop différent et trop peu sociable pour attirer l'attention de qui que ce soit. Mais il y avait toujours eu Milo, Milo qui le regardait, qui lui souriait, qui le taquinait… Milo qu'il devait protéger. Milo qu'il aiderait, coûte que coûte. Milo qu'il ne laisserait pas seul.
Camus, sur ces pensées, posa un baiser au coin des lèvres de son amant, le cœur soudain débordant d'affection. Le français frôla sa joue de sa bouche, et dans sa course, il laissa son souffle s'échouer sur sa peau. Il lui fit un deuxième baiser amoureux sur son front, puis un troisième sur la jugulaire. Milo garda les yeux clos sous ces attentions toutes douces. Il se laissa simplement aller à l'apaisement immense que lui procurèrent les lèvres magiques de son incroyable amant. Camus employait décidément les grands moyens, se dit-il en savourant un autre baiser au creux de son oreille. Malgré ce que lui faisait Camus, Milo ressentait encore comme un malaise de fond, qui se tapissait en lui insidieusement. Heureusement, il avait l'impression que sa raison était en train de tenter de reprendre le dessus sur son affreux ressenti. Il ne savait pas pour combien de temps. Peut-être ne fallait-il pas y réfléchir. Peut-être n'était-ce pas important. Alors, il décida de se laisser aller dans les bras du Verseau qui le cajolait.
Camus qui était d'ailleurs assez entreprenant. Le Verseau avait dû avoir peur, comprit le Scorpion. Ce dernier n'arrivait pas à s'imaginer à sa place. Sa situation l'accaparait complètement, et il se sentait tellement pris par ses propres émotions qu'il n'arrivait pas à se projeter. Mais son instinct lui criait que le français cherchait à la fois à le réconforter, et à se rassurer lui-même à son contact. Et Milo n'allait certainement pas lui refuser une telle chose.
Camus, s'il n'avait pas pu tenter « le fantasme de la cuisine », en avait un moins avouable qui se formait dans son esprit, alors qu'il attrapait le lobe d'oreille de son Scorpion avec ses lèvres. Fermant les yeux, il savoura le parfum qui émanait de la peau brûlante de Milo. Son goût, qu'il connaissait parfaitement, la texture de son épiderme…
Non, se fustigea-t-il, sans pour autant arriver à arrêter sa caresse. Ils ne pouvaient pas. Milo était alité, et il ne fallait pas qu'il bouge. Il ne pouvait pas jeter son dévolu sur un blessé, aussi séduisant fût-il.
Pourtant, reposant ainsi sur torse joliment dessiné de Milo, orné de bandages qu'il avait lui-même appliqués, le français trouva l'idée de s'arrêter extrêmement difficile. Le grec était toujours brûlant au toucher. Et enivrant… Et beau, si beau… Tant que Camus avait beaucoup de mal à faire taire son désir naissant. Se rabibocher sur l'oreiller… Une technique vieille comme le monde, raisonna-t-il, fataliste.
Au bout de quelques instants, Camus choisit pourtant de se faire violence, afin d'éviter que la situation ne dérape. Milo était beaucoup trop attirant pour son propre bien, se dit-il, rougissant légèrement à cette même pensée. Il fallait vraiment qu'il s'arrête là. Prenant cette résolution raisonnable, le Verseau déposa un baiser chaste sur les lèvres de son amant et il décida de s'écarter progressivement.
« Pourquoi tu t'arrêtes ? murmura le Scorpion en fronçant les sourcils, toujours plongé dans le réconfort qu'il tirait de la présence du onzième gardien.
- On ne peut pas, Milo, rétorqua Camus sur un ton uni. Tu es blessé. Je ne veux pas que tu bouges.
- Je ne suis pas obligé de bouger, lui indiqua le grec avec malice. Jusqu'à présent, je ne bougeais pas, je te ferais remarquer.
- Milo, ce n'est pas raisonnable.
- On s'en fout, du raisonnable. Continue, s'il te plaît.
- Milo… s'exaspéra le onzième gardien.
- Allez, Camus, plaida le Scorpion en se mordillant la lèvre. Tu en meurs d'envie. Et moi aussi... Je suis sûr que tu sauras être très… inventif. Tu trouveras bien un moyen pour que je bouge pas. »
Milo était décidément ingérable, se désespéra intérieurement le Verseau. Le seul tintement de sa voix tentatrice faisait voler en éclat toutes ses bonnes résolutions. Camus eut une dernière once d'hésitation, aussi, il ne bougea pas.
« Camus, arrête de te faire prier, souffla le Scorpion. Finis ce que tu as commencé. Aime-moi. »
Milo tira Camus à lui sur ces belles paroles, et scella leurs bouches en un baiser passionné. Le maître des glaces, après cet intéressant exercice, dévisagea son amant de ses orbes marins, un mélange de sévérité et d'inquiétude luisant dans son regard.
« Tu as intérêt à ne pas bouger, le prévint-il d'une voix froide.
- Je serai sage comme une image, lui sourit le Scorpion.
- Ne fais pas des promesses que tu ne peux pas tenir, lui asséna rudement son interlocuteur.
- Oh, tu t'ennuierais autrement, non ? » le taquina l'intéressé.
Milo se redressa légèrement pour embrasser Camus au creux de l'oreille, et mordiller un peu cette dernière au passage.
Camus laissa échapper une expiration mal contrôlée sous sa langue exercée.
« Oui… souffla-t-il. Mais…
- Mais ? le reprit Milo d'une voix rauque.
- Mais… Ce soir, c'est moi qui m'occupe de tout. »
Milo rit sourdement et déposa un baiser léger sur son nez.
« Alors tu as intérêt à ne pas être ennuyeux… »
Camus haussa un sourcil fourchu, amusé malgré lui.
« Est-ce que tu insinuerais que je le suis, d'ordinaire ? se renseigna-t-il, ironique.
- Loin de moi cette idée.
- Tu vas voir si je suis ennuyeux, bougonna-t-il, légèrement vexé. Je vais même te faire mourir… d'ennui. »
Camus ponctua cette phrase en embrassant goulûment Milo dans le cou. Sa langue, lorsqu'elle sembla se lasser de cette zone, passa avec une lenteur toute calculée sur le haut de son torse, pour retracer la ligne d'une clavicule.
Si c'était cela, mourir d'ennui, Milo n'en demandait pas mieux.
Camus redessina les lignes des muscles parfaitement sculptés de son amant sous lui, d'abord de ses mains, puis de sa bouche. Il ne pouvait pas atteindre l'entièreté de la peau bronzée de Milo à cause de ces maudits bandages, alors il prit garde d'en goûter les contours avec application. Lentement. Sensuellement. Des baisers délicats, simples… Mais efficaces. Camus sentit Milo se tendre sous lui alors qu'il passa près d'un téton.
« Tu as raison… Qu'est-ce qu'on… s'ennuie » déclara le Scorpion dans un gémissement.
Le français ne répondit pas. Sa bouche décida d'aller flatter le début de ses abdominaux, plus bas. Milo, dans un moment de lucidité à travers son désir, se dit qu'il gagnait vraiment à se laisser faire, de temps en temps, et à s'abandonner aux caresses du Verseau, qui prenait moins souvent que lui l'initiative de leurs contacts. C'était une chose rare mais terriblement plaisante pour lui quand il y avait droit.
Camus, après un moment de caresses linguales de plus en plus avides et fiévreuses, descendit suffisamment bas pour atteindre la lisière de son survêtement. D'un geste délicat, il faufila la main sous les couches de tissu. Il alla directement se saisir de l'anatomie de son amant, qui se réveilla franchement à ce toucher. Milo, en sentant cette main fine se poser à cet endroit, poussa une longue plainte de plaisir.
Camus, satisfait, laissa sa main là où elle était, et se colla sur le corps de Milo pour joindre à nouveau ses lèvres aux siennes.
Prenant le parti de parsemer la bouche du grec de baisers, le français continua sa douce torture sur l'entrejambe de plus en plus dur de son amant, qui gémissait maintenant sans se retenir sur ses lèvres. Même enveloppé dans du sparadrap encombrant, Milo était extrêmement séduisant, pensa Camus, qui sentait le désir le consumer tout entier. Et même… Oui. Le sparadrap ajoutait un charme étrange à la scène. A la place du fantasme de la cuisine, il avait droit au fantasme du blessé alité. Et quand le blessé était une personne aussi splendide que celle qu'il avait sous les yeux…
Milo, quant à lui, n'en était pas à ce genre de considérations. Il était tout simplement au comble du plaisir de sentir son amant si habile s'occuper ainsi de lui… Mais il n'était pas sûr d'apprécier ce jeu inégal.
« Camus, essaya-t-il au sortir d'un baiser langoureux. Laisse-moi au moins… »
Une caresse un peu trop appuyée par la main experte de son amant, sous son pantalon, lui fit pousser une exclamation de plaisir violente, et il en oublia la nature même de cette revendication.
Quelques minutes passèrent ainsi, pendant lesquelles Camus prodigua à Milo des caresses de plus en plus audacieuses et sensuelles, le couvant et l'engloutissant de son magnifique regard sombre. Ces mains fines étaient en train de le rendre fou, plus fou qu'il ne l'était déjà, et ce n'était pas peu dire. Camus était… Si doué. Si magnifique. Pourtant, malgré l'extase, le Scorpion, qui sentait qu'il allait atteindre sa limite, finit par se rappeler ce qu'il avait voulu dire plus tôt. Et cela lui sembla d'autant plus important qu'il put sentir, physiquement, de temps à autre, que le Verseau prenait beaucoup de plaisir à ce petit jeu. Il était aussi dans un état d'excitation avancée, si l'on en croyait la bosse qui déformait le haut de son pantalon et qui se frottait sur son corps par intermittence.
Sentant l'orgasme approcher dangereusement, Milo saisit à contrecœur la main de Camus et arrêta son mouvement. Il en ressentit beaucoup de frustration, mais c'était important.
« Non, Camus. Ensemble… »
Le Verseau, qui écumait de désir à ce stade, se contenta de hocher de la tête. Il consentit alors à cette requête, laissant Milo déboutonner son jeans de là où il était. Celui-ci ne perdit pas de temps à plonger sa main puissante à l'intérieur du vêtement pour se saisir de ce qui l'intéressait. Camus laissa Milo lui offrir le même genre de caresses. Sentant des vagues de plaisir extrêmes l'envahir, le Verseau reprit lui-même son mouvement sur le Scorpion. Il fit attention à se caler sur le même rythme que Milo dans les attentions brûlantes qu'il lui donnait.
Les deux amants ne prirent pas la peine de se déshabiller totalement. Cela leur parut futile, puisque l'objectif était de limiter leurs mouvements en garantissant tout de même un plaisir commun. Et puis, ils appréciaient les variations dans leurs manières de s'aimer. Camus au-dessus et Milo en-dessous, ils atteignirent finalement le septième ciel au même moment, après un ballet de mains et de bouches savamment étudié et répété pendant des années.
Ils accompagnèrent leur osmose commune en s'embrassant passionnément. Leurs bouches s'entrechoquèrent, alors qu'ils se tendirent dans un même ensemble, laissant la preuve de leur désir mutuel souiller leurs doigts.
Sentant la tension redescendre dans son corps, Camus s'effondra sur le torse de Milo. Les bras du Scorpion se refermèrent immédiatement et naturellement autour de lui, comme si cela avait toujours été leur place.
Il y eut un silence entre les deux hommes, alors qu'ils redescendirent doucement de leur point d'orgue. Seules leurs respirations un peu saccadées troublèrent la tranquillité retrouvée.
Camus aimait ce calme après l'extase. Tout simplement parce qu'il aimait savourer la présence de Milo. En cet instant et pour toujours, il ne voulait être nulle part ailleurs que dans l'étreinte de son magnifique Scorpion. Et Milo, lui, était au comble du bonheur de tenir son beau prince des glaces au creux de ses bras puissants. Il ne le disait pas à Camus, mais même avec les années, il était toujours incrédule de sa chance d'avoir eu gain de cause avec lui. Le Verseau lui révélait un tout autre visage une fois qu'ils se retrouvaient seuls… Et Milo adorait cela. Il savait que c'était un privilège qui lui était exclusivement réservé, et cette simple pensée le rendait fou de bonheur. Il ne se lassait pas de voir le froid maître des glaces lentement fondre de désir à son contact, laisser tomber petit à petit son masque de maître des glaces, et s'abandonner dans ses bras comme si c'était sa seule et véritable place. Le grec se sentait parfois comme l'incarnation de la bassesse humaine à côté de son amant angélique, gracieux et altier. Camus acceptait de rester en sa compagnie, et ce, même avec autant d'années… Et Milo était le plus chanceux des hommes.
Camus porta son visage à la hauteur de celui de son amant pour goûter ses lèvres une fois de plus.
« Je t'aime, Milo », prononça-t-il en français, dans un murmure.
Décidément, le Scorpion enchaînait les miracles. Ces mots résonnaient si peu à ses oreilles, malgré la longévité de leur couple. Le grec fit un sourire lumineux, comblé.
« Je t'aime aussi, Camus. Plus que tout.
- J'espère que tu t'es ennuyé, déclara Camus.
- Oh que oui, rit Milo. Je dirais même que je me suis passionnément ennuyé.
- C'est bien. J'ai tout de même une réputation à tenir.
- C'est vrai. Tu es si beau, mon Camus.
- Toi aussi, Milo. Tu es beau. »
Le Scorpion appuya un peu l'étreinte de ses bras dans le dos du chevalier des glaces.
« Camus… Je suis épuisé. »
Voyant les paupières de son amant se mettre à papillonner péniblement, le Verseau posa ses lèvres sur sa joue, avec une tendresse touchante pour l'homme froid qu'il était censé incarner.
« Alors dors… chuchota-t-il à son oreille. Dors, Milo. Mon Milo. Je veillerai sur toi. »
Camus se délogea alors de leur étreinte pour changer de position. Il bascula du corps de Milo et se mit à ses côtés dans le lit. Il attira le Scorpion entre ses bras sans lui laisser le choix. Ils devraient tous deux retirer et nettoyer leurs vêtements… Mais pour l'instant, peu importait. Ils avaient mérité un moment de calme. Juste un moment.
Milo sourit amoureusement à Camus et il ferma finalement les yeux. Il se rapprocha un peu de son amant pour se blottir contre son torse. Une fois installé, il cala son visage au creux de son cou. Il avait l'air complètement essoré et il était toujours un peu pâle. C'est ce que constata un Camus qui s'inquiétait toujours malgré tout. La respiration du huitième gardien était profonde et régulière, mais le Verseau devinait aisément que ses blessures devaient le faire souffrir.
Cela n'empêcha pas Milo de sombrer rapidement dans un sommeil que le Verseau espéra réparateur, tirant réconfort et plaisir de la présence de son amant près de lui.
Camus, s'il avait enjoint son cher Milo à dormir, n'arriva pas à faire de même pour autant. Il était trop inquiet pour le Scorpion, après ces cauchemars et surtout ce qu'il avait vu son amant s'infliger sans prévenir. Il était inquiet, il voulait être là au moindre problème, et aussi, il voulait surveiller l'état des blessures de Milo. Il avait peur que son amant ne se rouvre par mégarde une entaille en bougeant dans son sommeil. Par conséquent, Camus garda l'œil ouvert malgré l'heure avancée de la nuit, incapable de dormir.
Vers trois heures et demie du matin, constatant qu'il n'y aurait aucun moyen qu'il trouve le sommeil, le français décida de se déloger des bras de Milo pour se trouver quelque chose à lire. Depuis leur lit, il alluma la lampe de chevet qui était sur la table de nuit. C'était un mignon petit meuble en bois que Milo avait trouvé chez un antiquaire, un jour qu'ils avaient été de passage en France tous les deux. Camus n'avait jamais vraiment compris pourquoi ce meuble-là en particulier avait provoqué un tel coup de cœur chez le huitième gardien, mais celui-ci ne s'en était jamais séparé. Milo, se souvenait-il, avait exprimé beaucoup d'enthousiasme en le voyant dans la boutique. Il était ensuite reparti avec, très content, et depuis, il trônait à côté de leur lit, dans le temple du Scorpion, et cela faisait des années et des années qu'il était là.
Camus se demanda soudainement ce que Milo pouvait bien y ranger, puisqu'il l'aimait tant. Curieux, il ouvrit le premier tiroir du haut, veillant à ce que la manœuvre soit silencieuse, pour éviter de gêner le sommeil de son amant outre mesure. Déçu, le français ne trouva rien d'autre que des piles usées, des boutons de rechange et des modes d'emplois inutilisés.
Pas décidé à renoncer comme ça, et surtout parce qu'il n'avait pas vraiment grand-chose à faire de sa nuit, Camus referma le tiroir du dessus, et en ouvrit un second un peu plus profond, juste en dessous. Là, il eut une moins bonne surprise. C'était apparemment là que Milo cachait des magazines plutôt tendancieux et coquins, une collection que ce maudit Kanon avait dû inspirer à son amant terrible au cours de sa jeunesse. Camus se souvenait que pendant son enfance, il avait vu le Gémeau numéro deux se balader avec des exemplaires de ces magazines douteux dans tout le Sanctuaire. Il s'était d'ailleurs fait copieusement réprimander par ce cher Saga, qui avait plutôt été du genre à lire des revues politiques malgré son jeune âge. Camus, à la vue de ces choses qu'il réprouvait au plus haut point (pourquoi Milo gardait-il des trucs pareils alors qu'ils étaient en couple ? Vraiment, il n'avait aucune once de respect !) allait fermer le tiroir, irrité, quand un détail le fit tiquer. Le meuble avait deux tiroirs, mais pourtant, il semblait plus vaste, analysa-t-il en stoppant son mouvement. Intrigué par son raisonnement, Camus retira totalement le deuxième tiroir de ses gonds, et il s'aperçut que dessous, là ou à l'extérieur on ne voyait que le bas du meuble, reposait une boîte simple et sans artifices. On aurait dit d'ailleurs que le meuble était prévu pour avoir ce double fond. On avait du mal à le soupçonner, surtout qu'il s'agissait d'une bête table de chevet. Peut-être était-ce ce qui avait tant plu à son compagnon, se rendit compte le Verseau. Enfin un mystère qui s'expliquait.
Camus, curieux de ce trésor caché, se saisit de la boîte et il la posa sur ses genoux, sur le lit. Il l'ouvrit rapidement, avide de connaître son contenu, et il tomba sur une montagne de paperasse. Qu'est-ce que Milo pouvait bien garder dans cette vieille boîte poussiéreuse ? Camus n'aurait pas soupçonné l'âme d'un archiviste en son amant.
Le Verseau prit donc un papier au hasard, et voici ce qu'il put y lire.
« Milo,
Il faut que tu arrêtes de m'écrire. Ce n'est ni raisonnable, ni sûr. On ne sait pas dans quelles mains pourraient tomber ces lettres. Je ne voudrais pas que tu aies des problèmes.
La vie en Sibérie est parfois un peu monotone, mais je m'y fais. Isaak et Hyôga font des progrès, même si je ne sais pas si Hyôga sera assez fort pour aller au bout de l'entraînement. Il n'arrête pas de pleurer sur sa défunte mère, et malgré tout ce que je peux lui dire, il n'arrive pas à lâcher prise et à se concentrer sur son devoir.
J'ai réussi à meubler correctement mon isba. C'est certainement plus luxueux que ce que vous avez au Sanctuaire. J'espère que tu t'en sors, dans ton temple, et que tu es suffisamment confortable pour dormir. Prends le temps de dormir, c'est important.
J'ai commencé à lire des livres à mes disciples, le soir, après l'entraînement. On dirait que ça les aide à trouver le sommeil. J'avais un peu de mal à les mettre au lit à l'heure au début, mais avec cette méthode, j'ai la paix. Tu pourrais essayer de lire un peu, toi aussi. Si tu veux, je te donnerai des conseils.
J'espère que tu te portes bien, Milo. Ne fais pas trop de bêtises. Sinon, tu auras affaire à moi quand je repasserai au Sanctuaire !
Ton ami,
Camus »
Ah… Il semblait qu'il venait de mettre la main sur leurs fameuses correspondances, se dit le Verseau, en laissant dériver le regard sur la paperasse qu'ils s'étaient échangé lorsqu'il était en Sibérie et Milo au Sanctuaire. A l'époque de cette lettre-là, ils n'avaient pas encore été un couple… Mais amoureux, certainement. Parce qu'ils avaient été amoureux tout de même un certain temps, l'un et l'autre, sans se le dire, avant que cela ne bascule, un jour. Cela avait mis un peu de temps, mais au fur et à mesure de ces lettres et de leurs entrevues, ils avaient fini par se rendre à l'évidence. Se cacher leur amour avait été stupide et dommage.
Voilà donc où Milo cachait ces fameuses lettres, se dit le français. Camus trouvait effectivement que la cachette n'était pas si mauvaise que ça. Personne n'aurait eu l'idée de fouiller sous des magazines cochons pour y trouver toute une correspondance sentimentale... A part lui. La boîte non plus ne payait pas de mine. Parfois, les cachettes les plus banales (ou les plus embarrassantes, puisque c'était davantage le cas) étaient les plus discrètes.
Camus se saisit d'une deuxième lettre.
« Milo,
Qu'est-ce que tu as fait ? Je t'avais dit qu'il ne fallait pas que tu désobéisses au Pope pour faire un crochet en Sibérie ! Tu es resté un peu trop longtemps ici, et je crains qu'on ne t'ait découvert. Tu ne me réponds pas, et je m'inquiète. D'habitude, il y a un délai moins long entre nos lettres. Je sais qu'en ce moment le Grand Pope est rigoureux, et qu'il est assez généreux sur les punitions. Dis-moi que tu vas bien ! Et si jamais tu t'étais pris une correction, soigne-toi bien. Il ne faut pas que ça s'infecte, si tu as des blessures.
De mon côté, l'entraînement avance bien. Mes deux apprentis sont maintenant capables de générer de la glace à volonté. Ce n'est qu'une question de temps avant que je ne puisse leur apprendre des attaques. Même si ces deux garnements savent déjà jouer aux batailles de boules de neige sans que je n'aie rien demandé. Isaak m'a envoyé un projectile gelé en plein dans la tête un jour que je revenais tranquillement à l'isba. J'ai eu l'opportunité de me venger, ne t'en fais pas.
Même si je m'occupe en enchaînant livre sur livre et l'éducation de mes disciples, je m'ennuie un peu sans toi, Milo. Je dois bien avouer que tes bêtises sont parfois distrayantes. Ne prends pas cela pour une invitation à en faire d'autres, néanmoins.
Et donne-moi de tes nouvelles au plus vite.
Ton ami à qui tu manques,
Camus »
Le Verseau se souvenait bien de cette fois-là. Il s'était fait un sang d'encre pour Milo. Le Scorpion, contre toute règle établie, était venu lui rendre visite un soir, en Sibérie, alors qu'il avait eu une mission en Russie de l'ouest. Milo n'avait pas voulu se priver un instant de l'opportunité de revoir Camus. Alors, en dépit des ordres du Grand Pope, qui avaient été de revenir au Sanctuaire monter la garde dès la mission accomplie, le grec avait désobéi pour aller profiter de son meilleur ami le temps d'une soirée. Camus avait écrit à Milo, mais aucune lettre ne lui était parvenue rapidement. Et pour cause, le Scorpion lui avait expliqué dans la lettre qui avait suivi, qu'il s'était pris une bonne correction en rentrant et une semaine dans les prisons du palais du Pope. Il avait mis deux semaines à se remettre de ses blessures correctement, et à envoyer une réponse à Camus. Mais Milo lui avait répété maintes et maintes fois que cette soirée où ils s'étaient vus avait valu toutes les sanctions du monde. Camus sourit devant cette réminiscence, et devant le romantisme du Scorpion. Ils n'avaient même pas encore été en couple que Milo avait déjà été capable de mettre sa vie en jeu juste pour ses beaux yeux. Attendri par ce constat toujours vrai à ce jour, Camus embrassa la joue de Milo, étendu sur le côté face à lui. Le Scorpion poussa un soupir de contentement dans son sommeil.
Camus trouvait cela étrange de retomber sur ces choses qu'il avait écrites il y avait des années. Tout cela était si loin. S'imaginer un temps où il n'avait pas été en couple avec Milo lui semblait dérisoire. En même temps, il l'avait toujours aimé. Et puis, avec toutes ces guerres… Sa vie d'avant lui faisait l'effet d'un mirage irréel.
Cette lecture lui donna d'ailleurs envie de relire quelques-unes des lettres que Milo lui avait envoyées, lui, et qui étaient rangées bien proprement dans un dossier de sa bibliothèque. Celui-ci était normalement bien caché derrière une rangée d'encyclopédies.
En attendant, il attrapa une troisième lettre.
« Mon Milo,
J'aurai bientôt achevé l'entraînement avec Hyôga. Je pense que d'ici quelques mois, je serai de retour au Sanctuaire pour une période prolongée. Je suis certain que cette nouvelle te remplira de joie.
Depuis qu'Isaak est mort il y a un an, l'entraînement n'a jamais vraiment été le même. Je pense que Hyôga fera un bon chevalier du Cygne, s'il respecte ce que je lui ai enseigné. On dirait qu'il a appris une leçon lorsqu'Isaak l'a sauvé des courants de la mer gelée. J'espère qu'il saura en tenir compte dans sa vie de chevalier.
Milo, les rumeurs dont tu m'as fait mention sur le Grand Pope et une fausse Athéna m'inquiètent. Je ne sais pas quelle est l'ambiance au Sanctuaire, mais j'ai effectivement reçu des missives ici qui me mettent en garde contre des ennemis éventuels à surveiller. Je ne voudrais pas avoir à rentrer trop tôt. Il faut que je finisse d'enseigner à mon disciple tout ce que je sais. Je mettrais en péril des années et des années de travail si j'étais appelé à venir garder mon temple de manière prématurée.
Sois sur tes gardes, Milo. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais j'ai un mauvais pressentiment. Alors, s'il te plaît, fais bien attention à toi.
Il s'est passé trop de temps sans que j'aie pu te revoir. Ton sourire et ton énergie me manquent. Non, tu me manques terriblement, tout entier. Même si je ne voudrais pas revenir au Sanctuaire avant l'heure, je le ferais avec soulagement en sachant que je reverrais au moins ton visage.
Je t'aime
Camus »
Cette lettre-là était bien plus récente, car le Verseau se souvenait parfaitement du contexte dans lequel il l'avait écrite. Elle datait de quelques mois avant la bataille du Sanctuaire. Le français frissonna en y repensant, d'un seul coup. Il jeta instinctivement un regard au Scorpion, qui était toujours profondément endormi. Camus n'arrivait pas à s'imaginer la vie sans Milo… Et repenser à cette bataille lui rappela soudainement que son amant, lui, avait dû vivre longtemps sans lui. Quelques années. Leur résurrection troublait d'ailleurs leurs âges respectifs. A l'époque, Milo avait été plus jeune que lui, de plus de six mois, mais avec quasiment aucun écart d'âge. Et à présent, le grec était, d'une manière étrange, plus âgé que lui d'environ cinq ans. Les cinq ans qui s'étaient écoulés entre la Bataille du Sanctuaire et la Guerre Sainte.
Tous les chevaliers avaient retrouvé un corps restauré par les soins de la déesse, et chacun était revenu dans une enveloppe charnelle qui avait l'âge de leur mort. Le cas le plus étrange à vivre était sans doute Aioros, qui avait été ressuscité dans un corps de jeune adolescent, puisqu'il qu'il avait succombé à quatorze ans. Aiolia se retrouvait avec un grand frère plus jeune que lui de presque une dizaine d'années. Dans cette histoire, le Verseau savait qu'il était loin d'être le plus à plaindre.
Cela n'empêchait pas que Milo avait dû vivre cinq longues années sans lui. C'était une donnée qui l'avait tant épouvanté quand il l'avait appris en revenant à la vie qu'il avait fait le choix de la mettre dans un recoin de son esprit, et qu'il avait tenté de ne plus y penser. Tous le deux s'étaient retrouvés, cela avait été suffisamment difficile comme ça… Et puisque les sentiments du Scorpion n'avaient jamais réussi à changer à son égard, tous les deux avaient pris la décision de recommencer à vivre ensemble et à s'entendre, afin de prendre une sorte de revanche sur tous les évènements qui avaient voulu les séparer. Et tout était allé vite, très vite… Il avait fallu se trouver un nouvel équilibre, se faire aux nouvelles activités dans le Sanctuaire nouvellement reconstitué, gérer l'émoi démesuré de Hyôga pendant les quelques semaines qui avaient suivi sa résurrection… Et comme Milo avait admirablement joué son rôle pendant des semaines, et qu'il portait à merveille ses vingt-cinq ans, Camus en avait mis de côté cette pensée-là.
Et la réalité lui sauta au visage, avec ces vieilles lettres, et le choc de ce qu'il avait vu le Scorpion se faire quelques heures plus tôt. Il y avait en fait un pan entier de la vie du grec dont le français ignorait pratiquement tout. Milo n'avait jamais dit grand-chose sur cette période probablement sombre, où il avait caché son deuil du mieux qu'il avait pu à son entourage. Du moins, c'est ce que Camus en avait déduit, puisque personne n'avait été mis au courant de leur relation avant qu'ils ne reviennent tous à la vie. Cela voulait dire que le Scorpion, malgré sa mort, en avait gardé le secret.
Camus comprit soudain d'où venait l'étrange expertise de Milo concernant la dissimulation et de la mise en scène. Il avait eu cinq ans pour s'y entraîner, potentiellement. Le Verseau se dit alors qu'il avait peut-être intérêt à aller demander conseil aux personnes qui l'avaient connu de près durant cette époque. Cela lui donnerait peut-être une idée sur la façon d'aider son amant à présent.
Milo poussa un grognement mécontent dans son sommeil. Camus le vit remuer un peu, et froncer les sourcils. Le Verseau délaissa la boîte qu'il avait entre les mains. Il reposa les lettres à l'intérieur et en ferma le couvercle, avant de tout remettre à sa place, sous la pile de ces magazines honteux. Une fois ceci fait, il revint s'installer près du Scorpion, qui commençait à s'agiter plus nettement. Un « non, non » suivi d'un gémissement plaintif s'échappa de sa gorge. Camus prit Milo entre ses bras et il le berça doucement, dans l'espoir d'apaiser sa vision désagréable. Et soudain, il entendit Milo prononcer son nom. Puis le répéter douloureusement. Le Verseau posa instantanément ses lèvres sur le front du Scorpion endormi et il enflamma son cosmos pour l'envelopper d'une énergie rassurante.
« Je suis là, Milo, je suis là. Tu fais un cauchemar, ce n'est pas réel. Chhhut, Milo. Repose-toi… »
Camus sentit son amant se détendre un peu au son murmuré de ses paroles. Milo reprit une respiration plus profonde et il se lova instinctivement dans le giron du Verseau, qui en devint tout attendri.
« Je t'aime », chuchota-t-il au Scorpion endormi.
Il n'avait jamais prononcé autant ces mots que durant les dernières vingt-quatre heures.
