Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir, je reviens pour poster la version rééditée du chapitre 7 de cette histoire. J'avoue que je pense qu'elle ne changera pas beaucoup de l'original, mais j'ai fait le même travail pour fluidifier davantage l'intrigue. Je pense que le gros de mon travail m'attend quelques chapitres plus loin, pour être honnête. Je pense que les deux trois chapitres qui viennent sont ceux qui me posent le moins de problèmes.

Bien évidemment, je vous remercie d'être arrivés jusqu'ici. Merci également à toutes les personnes qui me soutiennent en review, et toute la communauté silencieuse qui me lit (je sais que vous êtes là, et je vous remercie aussi).

Petite note et remerciement à Nova, qui m'a récemment laissé une review en guest, et qui m'a motivé.e à publier la version rénovée du chapitre ci-dessous: un immense merci à toi pour tous tes éloges, pour tout ce que tu as dit de très touchant sur cet écrit. Si jamais tu passes par là pour me relire, saches que ça me fait très plaisir d'avoir des retours même encore aujourd'hui. Si je t'ai fait passer un bon moment c'est bien le principal ! Et concernant la fin, eh bien, j'ai juste à dire que tous les goûts sont dans la nature, et également que ce que tu as lu était le texte "brut" de fonderie d'un de mes premiers jets d'écriture et de publication sur ce site. Je sais qu'il y a des erreurs, probablement des choses que j'écrirais autrement aujourd'hui, d'ailleurs c'est bien pour ça que je révise toute cette fic. Je compte bien la retravailler, et peut-être qu'un jour je publierai une version qui te plaira mieux ! Et merci aussi pour ta sollicitude, mais ne t'inquiète pas pour moi, sur le plan personnel tout va beaucoup mieux, et va aller encore mieux avec le temps !

Après tout ce blabla, je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 7 - Glaciation

Les quatre chevaliers du Scorpion, du Bélier, de la Vierge et du Lion étaient élancés dans les escaliers à la suite de Hyôga, qui les ramenait rapidement vers le lieu où ils s'étaient entraînés avec son maître. Les deux chevaliers des glaces avaient décidé de s'affronter amicalement sur une petite esplanade qui jouxtait le temple du Verseau. Il n'y avait pas meilleur lieu pour affiner un cosmos gelé.

Milo se faisait un sang d'encre. Camus n'avait pas dormi de la nuit, et il était donc affaibli. Manifestement trop pour se mesurer à son disciple. En plus, Hyôga avait atteint un sacré niveau avec les années. J'aurais dû y penser avant de l'encourager à partir s'entraîner avec lui, se fustigea Milo. Quel idiot. Le Verseau avait dû se pousser à fond alors qu'il avait été conscient qu'il était fatigué. Mais en même temps, Hyôga aurait pu faire attention, mince ! Aucune once de jugeote !

En arrivant sur les lieux, et coupant net aux réflexions angoissées de Milo, le Cygne guida le petit groupe jusqu'à l'endroit où Camus avait perdu connaissance. En avançant, les quatre chevaliers constatèrent que le français n'était pas seul. Saga des Gémeaux se tenait à côté du corps allongé de Camus, qui gisait par terre, inerte.

« J'ai eu la chance de croiser Saga en allant te prévenir, Milo, et il s'est proposé de l'aider », lui expliqua Hyôga lorsqu'ils arrivèrent à leur hauteur.

Le Gémeau avait une main posée sur le torse de Camus, inconscient, et recouvert de gel. Le troisième gardien semblait être en train d'utiliser son cosmos pour tenter de le faire revenir à lui.

« Ah ! Je suis bien content de vous voir arriver ! Les interpella l'ex-usurpateur en relevant la tête. J'ai essayé de le réchauffer un peu avec mon énergie, mais je pense qu'il faudra une personne supplémentaire pour m'aider à finir le travail. »

Milo, qui avait en tête de prêter main-forte à son amant, s'approcha de Camus sans réfléchir.

Et son regard se posa sur son visage.

Le Verseau était très pâle, et le givre sur sa peau donnait une teinte bleue à ses lèvres. Hyôga avait effectivement eu le temps de faire des progrès, et le maître des glaces n'avait pas dû se méfier assez. Une image bien connue et incontrôlée se superposa, dans l'esprit de Milo, à celle de son amant, actuelle, au sol, pris par le givre. Tellement similaire à…

Aiolia remarqua que son ami ne bougeait plus depuis quelques secondes, aussi, il l'interpella.

« Milo ? »

Le Lion toucha le bras de son confrère, histoire de le faire réagir, mais ce fut visiblement une erreur. A son contact, le Scorpion poussa un hurlement aigu et strident.

« Milo ? s'inquiéta immédiatement un Mû qui pensa avoir perdu cinq pour cent d'audition. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Qu'est-ce qui se passe ? »

L'intéressé se prit la tête entre les mains et il s'effondra au sol en boule, littéralement tremblant.

Le Bélier réagit au quart de tour, comprenant subitement.

« Shaka ! Va aider Saga à ranimer Camus. Et Aiolia, aide-moi. Il faut éloigner Milo ! »

Hyôga, qui était spectateur de la scène, contempla avec étonnement et inquiétude le fier chevalier du Scorpion se décomposer complètement et sombrer dans la tétanie à la vue de son mentor gelé. Culpabilisé, il se promit que la prochaine fois qu'il s'entraînerait avec son maître, il ferait plus attention.

Mû tira un Milo livide hors de vue de son amant. Comme le grec ne voulait pas bouger et se débattait presque pour rester, Aiolia ne fut pas de trop pour le forcer à se déplacer. Ils portèrent Milo plus qu'ils ne le firent marcher, pour aller l'installer dans le temple du Verseau. Ils entrèrent dans le salon du français, bien rangé, et ils firent s'asseoir un Milo tremblant et à la respiration saccadée sur le canapé. Mû s'accroupit en face de lui pour chercher son regard, et Aiolia s'assit à côté du Scorpion. Il posa une main rassurante sur son épaule.

« Milo, tu m'entends ? »

Le Scorpion avait les yeux ronds de terreur. Par conséquent, Mû décida de ne pas insister pour obtenir une quelconque réponse.

« Milo, l'appela encore le tibétain. Camus va bien. Il est juste un peu blessé, mais il va revenir à lui. Hyôga n'a pas frappé pour lui faire mal. Ce n'était qu'un entraînement. Il se remettra. »

Aiolia, de son côté, resta silencieux. Il tenait l'épaule de Milo depuis qu'il s'était assis à son côté, et il faisait des petits cercles de son pouce sur le haut de son bras pour tenter de l'apaiser.

Petit à petit, au fur et à mesure que le Bélier parla au Scorpion, celui-ci arriva à cesser de trembler et se remettre à respirer normalement. Mais ce fut une apathie anormale qui s'installa à la place. Le Scorpion refusa obstinément de parler. Il regardait droit devant lui, toujours pâle. Il était manifestement en état de choc. Rien de ce que lui disait Mû ou Aiolia pour le rassurer ne semblait faire l'affaire.

Au bout de quelques minutes, un deuxième cortège arriva dans le temple du Verseau, ramenant un Camus qui avait retrouvé des couleurs mais qui était toujours inconscient. Celui-ci était juché sur l'épaule du Gémeau numéro un. Saga passa devant eux avec le gardien des lieux sur le dos, et pourtant, Milo ne leva même pas la tête. Mais Aiolia, qui avait toujours une main sur l'épaule du Scorpion, sentit tous les muscles de son meilleur ami se tendre sous sa prise. Il recommença son mouvement rassurant, inquiet. Il avait rarement vu son confrère dans cet état. Saga se dirigea vers la porte de la chambre du Verseau rapidement, et il fut suivi de près par Hyôga, qui s'il était inquiet, était encore en état de marche. Le Cygne ferma la porte de la chambre derrière eux. Shaka arriva peu après, et il daigna, dans sa vaste miséricorde, leur fournir une explication sur l'état des choses.

« On a réussi à sortir Camus du gel en combinant nos cosmos, leur annonça-t-il avec son calme habituel. Il valait mieux le stabiliser avant de le transporter, mais il sera mieux allongé dans un lit. Il devrait reprendre connaissance maintenant qu'il est en meilleur état.

- C'est une bonne nouvelle, sourit Mû, qui reporta ensuite son attention sur le huitième gardien. Tu as entendu, Milo ? Camus va bien. Il va se réveiller bientôt, j'en suis sûr. »

Milo regarda Mû, mais il ne répondit rien. Il avait l'air sincèrement sonné.

« Il ne va pas mieux ? Demanda Shaka à Mû tout bas, désignant le Scorpion du menton.

- Pas vraiment, soupira le Bélier. Tu veux boire quelque chose, Milo, en attendant que Camus ne revienne à lui ? »

Mû n'obtint toujours aucune réponse, aussi, il décida pour le grec.

« Je vais lui chercher de l'eau, au moins, déclara le tibétain. Tu veux bien prendre le relais, Shaka ? »

Shaka obtempéra d'un signe de tête, et il vint se placer devant Milo, alors que Mû disparut dans la cuisine du Verseau.

« Il n'a pas prononcé un mot depuis qu'on est venu ici, expliqua Aiolia à la Vierge.

- Je vais lui offrir un peu de cosmos pour l'apaiser », déclara Shaka dans un élan d'altruisme.

Le chevalier d'or de la Vierge déploya alors un cosmos rayonnant et posa sa main bouddhique sur celle de Milo. Il lui envoya toute l'énergie rassurante qu'il sut puiser en lui. Même Aiolia, qui se trouvait à côté, pensa que c'était un cosmos extrêmement relaxant. Milo ferma simplement les yeux et se laissa emporter par l'ondée rayonnante qu'émettait Shaka.


Camus ouvrit les yeux dans un papillonnement de paupières. Il se sentait diablement affaibli. Tous ses muscles lui faisaient mal. Quiconque l'avait attaqué, il n'y était pas allé de main morte.

Lorsque son regard se posa sur le plafond de ce qu'il reconnut sa propre chambre, le français se demanda comment il était arrivé là. Son dernier souvenir avant qu'il ne perde apparemment conscience se situait sur un terrain d'entraînement. Oui, il s'était mesuré à son disciple, et puis, le trou noir.

Camus baissa le regard et il tomba sur le visage grave de Saga des Gémeaux, assis sur une chaise à côté de son lit. Il était flanqué de Hyôga, qui le regardait avec un mélange de soulagement et d'inquiétude dans les yeux.

Le Verseau fronça les sourcils. Que faisait Saga dans sa chambre ? Et surtout…

« Qu'est-ce qu'il m'est arrivé ? coassa-t-il.

- On dirait que ton disciple a un peu forcé sur le gel, répondit Saga sans se départir de son air sérieux.

- Je suis vraiment désolé, maître, s'excusa immédiatement Hyôga, debout à côté du chevalier d'or. J'aurais dû faire plus attention. Je t'ai envoyé une bourrasque de froid que je n'ai pas maîtrisée, tu es tombé… Et on a dû te ranimer. »

Camus ferma les yeux un instant, et soupira. Voilà qui expliquait la douleur dans ses muscles et la sensation d'engourdissement. Quand il choisit de rouvrir les paupières, il posa son regard saphir sur son disciple.

« Décidément, tu as fait des progrès, Hyôga, concéda-t-il. Je t'ai vraiment sous-estimé.

- Ne dis pas ça, maître, fit un Cygne assez gêné de ces compliments qu'il ne trouvait pas tellement mérités dans ces circonstances. Je manque de maîtrise, la preuve.

- C'est vrai. Mais tu es devenu très puissant. »

Camus fit une pause dans sa déclaration, mais ne laissa pas pour autant le temps à son disciple de répondre.

« Je suis très fier de toi, Hyôga, lui affirma-t-il avec grand sérieux. Il me semble que l'élève a amplement dépassé le maître.

- Ne dis pas de bêtises, Camus, balbutia son disciple. J'aurai toujours des choses à apprendre de toi.

- J'y compte bien, rétorqua le Verseau avec un sourire discret. Un vrai guerrier est en constant apprentissage. Sinon, il n'est pas un bon chevalier.

- C'est vrai, » acquiesça Hyôga.

Le Cygne ne s'était pas attendu à être congratulé, mais il était tout de même très heureux des compliments de son maître vénéré. La moindre louange de la part de Camus le touchait toujours immensément.

« Camus, comment tu sens ? s'enquit alors Saga.

- Pas en forme optimale, grinça à contrecœur le Verseau. Je pense que ça doit se voir.

- Il faudrait que tu te reposes, au moins ce soir, le conseilla le Gémeau.

- Probablement, agréa Camus. Et ne prends pas mal ce que je vais te demander, Saga… Mais… Mais qu'est-ce que tu fais là ? »

Saga essaya de cacher un sourire amusé, mais il n'y parvint pas vraiment.

« J'ai croisé ton disciple qui descendait les marches entre les temples, complètement paniqué. Je lui ai demandé ce qu'il se passait, et quand il m'a expliqué qu'il allait chercher Milo parce que tu étais blessé, je suis venu te porter assistance directement en attendant que les autres n'arrivent.

- Milo ? s'alarma Camus en entendant le nom de son amant. Oh, non… Hyôga, je ne sais pas si c'était une très bonne idée de le mettre au courant…

- Pardon, maître, mais c'est la première personne à laquelle j'ai pensé, lui avoua le disciple.

- Où est-il, d'ailleurs, si tu es allé le chercher ? voulut immédiatement savoir Camus. Pourquoi il n'est pas ici ? »

Hyôga regarda Saga, se demandant ce qu'il fallait dire.

« Il est ici, expliqua le Gémeau. Il est dans ton salon.

- Oui, il est avec Mû, Aiolia et Shaka. »

Camus sentit un malaise diffus se propager en lui. Il n'aimait pas ce préambule trop vague.

« Il a quelque chose que vous ne me dites pas, s'angoissa-t-il. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Milo a paniqué en te voyant au sol, l'informa Saga sans prendre de gants. Mû et Aiolia ont jugé bon de l'éloigner pour qu'il se calme.

- Il avait l'air d'être en état de choc, quand on t'a ramené dans ton temple », s'enferra inconsidérément Hyôga.

Camus garda son masque froid sur le visage, mais Hyôga discerna la lueur nettement inquiète dans son regard. Touché de cette manifestation affective, il jugea bon de rassurer son mentor.

« Ne t'inquiète pas trop, Camus. Il a trois chevaliers d'or pour s'occuper de lui. »

Le français ferma les yeux pour tenter de calmer sa vive inquiétude. Evidemment, Milo n'avait pas dû apprécier de le voir inconscient, par terre, probablement dans un état d'hypothermie avancé. Il avait voulu éviter de réveiller le traumatisme, car il commençait à comprendre que c'en était un, et c'était bien raté. En revanche, le maître des glaces n'en voulait pas à son disciple. Celui-ci était allé chercher la personne qui tenait le plus à lui, et c'était bien normal qu'il ait eu ce réflexe. Sans doute aurait-il agi de la même façon à sa place. Et au fond, Camus n'osait pas imaginer la rage de Milo s'il avait appris qu'il s'était blessé et que personne ne l'en avait averti. Il se promit de remercier le Bélier, le Lion et la Vierge pour leur aide précieuse.

« Je veux le voir, décida-t-il. Est-ce que vous pouvez l'informer que je suis réveillé ?

- J'y vais, maître, se proposa le disciple.

- Vas-y avec lui, Saga, décréta Camus. Je préfèrerais être seul avec Milo.

- Tu es sûr, Camus ? s'enquit le Gémeau, hésitant surtout par principe.

- Certain. Allez me le chercher, s'il vous plaît. Je pense qu'il a besoin de me voir réveillé. Et j'ai envie de le voir.

- D'accord. »

Sur ces paroles, Saga et Hyôga se levèrent de leur séant, et ils partirent à la recherche de Milo.

Ils ne mirent pas longtemps à le trouver. Le Scorpion était toujours sur le canapé du salon, sous l'œil attentif de ses trois collègues, et il bénéficiait encore du cosmos que lui offrait gracieusement Shaka. Mû était assis d'un côté sur le canapé, près de lui, et Aiolia de l'autre. Apparemment, le Bélier avait réussi à faire boire un peu Milo, si l'on en jugeait le verre vide qu'il tenait entre les mains.

En voyant les deux chevaliers sortir de la chambre, Aiolia et Mû levèrent un regard intéressé vers eux. Les deux arrivants se postèrent en face de Milo, qui essayait de se concentrer sur l'énergie zen de son confrère. Ce fut Saga qui parla en premier.

« Camus va bien.

- Heureux de l'entendre, grinça le Lion, qui n'était pas bien satisfait de voir l'état dans lequel était son meilleur ami à cause du Verseau.

- Milo ? » tenta Hyôga.

Le Scorpion ouvrit simplement les yeux, et ramena ses iris azurés sur le Cygne, qui le toisait avec une certaine appréhension. Le plus jeune prit cela pour une invitation à poursuivre.

« Camus est réveillé. Et… il te demande. »

En entendant ces paroles, Milo se leva dans un mouvement brusque. Son impulsivité lui en fit oublier ses bandages. Un cri étouffé lui échappa lorsqu'une douleur vive traversa sa poitrine.

« Eh, fais gaffe ! s'alarma Aiolia. Camus ne va pas s'envoler ! »

Le Scorpion ne prêta pas attention à sa remontrance. Il avait en tête de rejoindre son amant, et cela seulement. Les cinq chevaliers restants regardèrent le grec partir d'un pas rapide vers la chambre où Camus était allongé et refermer la porte derrière lui.

Mû ne put retenir un soupir. Au moins, Milo semblait redevenir fonctionnel…

De l'autre côté de la porte en bois, le huitième gardien s'avança de quelques pas dans la pièce. Il constata que le Verseau était effectivement étendu dans le grand lit qui trônait en son centre, sous un tas de couvertures bien chaudes. Camus baissa le regard sur lui en entendant le Scorpion entrer dans la chambre.

« Milo. »

Le Scorpion se figea devant la vision qu'il avait face à lui. Camus n'était pas aussi blanc qu'il l'avait été quand il l'avait vu dans l'arène d'entraînement, mais cette vision d'un Verseau tout frêle sous des couches de literie ne lui plaisait pas beaucoup plus. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine tant l'inquiétude était grande. Il avait eu tellement peur en revoyant Camus blessé… Et de manière tellement similaire à celle qui avait causé sa mort, qu'il avait cru revivre le pire. Ces images qu'il conservait en mémoire de sa première mort étaient terribles et il n'avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait en y pensant.

Camus vit que Milo était effectivement pâle, ce qui corroborait ce que Saga et Hyôga lui avaient dit de son état. De plus, le Scorpion avait une attitude très inhabituelle. Tel qu'il le connaissait, le grec se serait déjà rué sur lui pour l'étouffer dans étreinte disproportionnée. Or là, il avait les pieds glués au sol, et semblait pris d'une tétanie étrange.

« Milo ? hésita le Verseau devant l'attitude de son amant. Ne reste pas là… Viens. »

Cela eut le mérite de faire sortir le Scorpion de sa transe. Milo plongea son regard dans le sien, et s'avança davantage. Il contourna le lit et s'assit sur la chaise qu'avait occupée Saga quelques minutes plus tôt.

Le Scorpion garda le silence. Rigide dans son assise, il se tenait le dos droit, et semblait l'examiner froidement. Cela serra le cœur de Camus. Milo mettait une distance entre eux qu'il n'aimait pas. C'est le choc, pensa-t-il. Un mécanisme de défense.

Cela ne l'empêcha pas de vouloir le sortir de cet état désagréable. Camus avait besoin de la présence aimante du chevalier qu'il connaissait depuis toujours, et pas d'un automate sur la défensive.

« Milo… » l'implora-t-il encore en tendant une main vers lui.

Le Scorpion posa son regard dessus, le ramena sur le visage de son amant, et revint sur sa paume ouverte. Après un silence pesant, il sembla comprendre.

Le grec saisit donc délicatement la main que lui tendait le Verseau. Et maintenant qu'il avait une prise, le français le surprit beaucoup en le tirant soudainement complètement à lui. Milo atterrit assez peu gracieusement contre le bord du lit, les jambes dans le vide, et le bas de son torse tomba sur le bois du sommier dans un choc. Il en grimaça de douleur.

Merde, jura Camus dans sa tête. Il avait presque oublié que Milo était toujours blessé, et il n'y avait pas songé en le tirant à lui. Il avait juste ressenti le besoin urgent de le sentir contre lui, ainsi que de le sortir de son état second, et cette volonté lui en avait fait oublier tout le reste.

« Je suis désolé, Milo, s'amenda-t-il immédiatement, inquiet. Tu ne t'es pas fait trop mal ? »

L'intéressé ne répondit pas mais serra un peu la main qui tenait celle de son vis-à-vis, pour lui faire comprendre que ce n'était pas grave.

« Viens près de moi » murmura le français.

Milo accéda à la demande de Camus, et il utilisa l'espace libre qui se trouvait à côté du Verseau pour s'allonger auprès de lui sous les couvertures. Il avait une mine grave et… triste ? Camus n'aimait pas ce qu'il voyait.

Malgré son affaiblissement, le français fit l'effort d'avancer son visage tout proche de celui de son vis-à-vis pour l'embrasser.

Milo répondit au baiser, mais pas avec sa fougue habituelle. Il resta étrangement distant. Cela finit de décontenancer Camus, qui pourtant jouait dans un domaine où le Scorpion était d'habitude à l'aise : les rapprochements physiques.

« Milo ? s'inquiéta-t-il. Parle-moi. »

Il y eut un silence durant lequel le grec continua de dévisager Camus de ses yeux troublants, un air complètement terne au visage.

« Milo, continua Camus à voix basse. Je vais bien. Hyôga m'a un peu sonné, mais… Tout va bien. Il faut juste que je me repose. Milo ? Dis-moi quelque chose, je t'en prie.

- Camus », souffla l'intéressé pour toute réponse.

Le Scorpion enfouit son visage au creux de son cou, sentant comme une douleur énorme couler de lui.

« Ne me refais plus jamais ça, prononça-t-il d'une voix rauque. Camus. J'ai cru… J'ai cru que…

- Je suis là, Milo, le rassura le Verseau. C'était un entraînement, il n'y avait pas de danger mortel. »

Le Scorpion poussa un soupir tremblant.

« Je suis désolé, reprit le onzième gardien. J'aurais dû faire plus attention. Je ne voulais pas te faire peur à ce point.

- Non, c'est moi, répliqua Milo en fermant les yeux, la mine grave. J'ai été idiot de t'encourager à y aller. »

Camus secoua négativement de la tête, embêté. Il aurait bien aimé que tout ceci se passe autrement.

« On ne peut pas changer ce qu'il s'est passé », prononça-t-il dans un soupir.

Les deux amants furent interrompus par trois coups frappés à la porte.

Camus dévisagea Milo, l'air perplexe. Qu'est-ce qu'il se passait, maintenant ?

« Oui ? » répondit-il néanmoins.

La porte s'entrouvrit et Mû passa la tête dans la pièce, sans pour autant s'avancer plus, pour ne pas s'imposer.

« Je venais vous dire qu'on va y aller, avec Shaka, Saga, et Aiolia, annonça-t-il. Il faut qu'on rentre à nos temples. Mais Hyôga est prêt à se mettre à disposition, si vous avez besoin de quoi que ce soit.

- Oh. C'est vrai, répondit Camus depuis son lit. Ne vous retardez pas pour nous. Et, Mû… Je tiens à vous remercier tous de m'avoir soigné, et d'avoir tenu compagnie à Milo cet après-midi. Je vous inviterai à dîner un jour prochain. »

Milo écarquilla les yeux devant une promesse si franchement sociable de la part de son glacial amant. Le Verseau devait soit être très sonné ou très reconnaissant. Ou les deux, peut-être.

« Transmets-leur mes paroles, continua le français. Aussi, tu peux dire à Hyôga qu'il peut rester ici s'il le souhaite. Il y a une chambre en plus dans le temple dont je ne me sers pas. S'il tient à demeurer ici, qu'il la prenne.

- D'accord, agréa Mû. Ça va mieux, Milo ?

- Oui, merci, acquiesça le concerné, bien plus calme que la dernière fois que le Bélier l'avait vu. Et merci pour tout à l'heure. Dis-le aussi à Aiolia et Shaka, s'il te plaît.

- Très bien, agréa le premier gardien. Au moindre problème, vous pouvez lancer un appel mental à l'un d'entre nous. »

Le tibétain marqua une pause, et son regard se fit plus joueur.

« Mais, Camus, si jamais il devait y avoir une urgence et que tu voulais être discret, contacte Shura plutôt qu'Aphrodite, conclut-il en lui souriant d'un air entendu.

- Je me garderais bien de le faire, en effet, confirma le Verseau. Passe une bonne soirée, Mû.

- Bonne soirée à vous deux. »

Mû leur fit un dernier sourire et il referma la porte avec douceur, pour ne pas perturber davantage la tranquillité du couple. Milo se recala correctement dans le giron de son amant.

« Il va falloir qu'on ait une petite discussion, d'ailleurs, toi et moi, résonna la voix lasse du Scorpion.

- Et à quel sujet ? s'enquit calmement le gardien des lieux.

- Au sujet de ta manière d'envoyer trois chevaliers d'or me cuisiner à ta place, explicita Milo d'un air peiné. C'est pas très agréable, tu sais. »

Le Verseau ne se laissa pas perturber, mais le Scorpion sentit la fatigue dans sa voix lorsqu'il lui répondit.

« Et si on parlait de ça demain ?

- Pourquoi ?

- Je suis en convalescence.

- Moi aussi, je te ferais remarquer.

- Eh bien voilà, raison de plus.

- Camus, arrête de finasser.

- Finasser ? s'amusa son vis-à-vis. Mais où diable as-tu appris ce mot ?

- Ça forge l'esprit de te fréquenter. Mais ne change pas de sujet.

- Je n'en change pas. »

Milo embrassa Camus sur le nez, un peu amusé, lui aussi. Il connaissait bien les combines de son amant, et il savait que cela avait été une tentative avérée pour le faire changer d'état d'esprit. Camus avait essayé de jouer la carte « gamin espiègle. »

« D'accord, capitula le grec, voyant que le français n'avait pas envie de parlementer. Tu as gagné. Mais franchement, Camus… La prochaine fois, pose-moi directement tes questions, au lieu d'envoyer des larbins faire le sale boulot à ta place.

- Mais comment parles-tu de ton meilleur ami, Milo ? s'étonna celui-ci. Tu y vas un peu fort, quand même…

- Mon meilleur ami fait quand même des complots avec toi dans mon dos, bougonna le grec.

- Milo… Soupira le français. S'il te plaît. Je n'ai vraiment pas la force de m'engueuler avec toi, ce soir.

- Loin de moi cette idée, le renseigna distraitement l'intéressé.

- Tant mieux… murmura le Verseau en posant une main contre sa joue. Comment vont tes blessures ?

- Je supporte, lui assura le Scorpion. Je n'aime pas trop rester debout longtemps ou assis sans dossier, mais… Je suis un chevalier d'or, tu sais… C'est pas ces égratignures qui vont m'arrêter.

- Milo, tu es bien placé pour savoir que ce ne sont pas des égratignures, le reprit Camus.

- Peu importe, éluda le grec. Mais toi… Tu n'as pas mal nulle part ?

- Pas vraiment. Je me sens un peu raide, c'est tout. Et fatigué. »

Milo passa ses bras dans le dos de Camus et l'attira dans une étreinte douce et appuyée. Camus se gorgea avec délice de la chaleur du corps bouillant de son amant. Il avait l'impression bizarre de frissonner. C'était franchement inhabituel pour lui. La congélation dont il avait été victime ne lui avait pas fait du bien, en conclut-il immédiatement.

« Tu n'as pas froid, Milo ? Tu es torse nu depuis le début de l'après-midi.

- Froid ? s'étonna l'intéressé. Mais on est tous les deux sous trois tonnes de couvertures. Je vois pas comment. »

Puis Milo fronça les sourcils, perplexe.

« Attends… Est-ce que tu es en train de me dire que tu as froid, là ? Toi ? »

Camus mit une seconde de trop à répondre.

« Non, bien sûr que non, répliqua-t-il sur un ton sévère. Et certainement pas entre tes bras.

- Camus… le gronda le Scorpion. C'est pas grave, tu sais.

- Je viens de te dire que je n'ai pas froid, s'entêta Camus.

- C'est pas gentil de me prendre pour un idiot, lui fit remarquer son amant. Je sais que j'en suis un, mais quand même.

- Arrête de dire n'importe quoi, Milo, se renfrogna le onzième gardien. Je ne te prends pas pour un idiot.

- Non, mais tu me mens, affirma le Scorpion, sûr de lui. T'as le droit d'avoir froid. Ce serait bien normal après un choc gelé.

- C'est parfaitement absurde, grogna le Verseau, vexé. Tu sais bien que je suis un chevalier des glaces. Je ne crains pas le froid.

- Oh, j'ignorais cela, Camus du Verseau, se moqua le grec. Après tout, les chevaliers de ta maison sont réputés pour leurs techniques de maniement de la lave et leur amour des boîtes de nuit.

- Tu me donnes mal à la tête avec tes moqueries, Milo, le réprimanda l'intéressé.

- Non, mais, sérieusement, Camus… soupira le huitième gardien. T'as pas à faire semblant devant moi. »

De la même façon que tu te plais à le faire devant moi ? ironisa intérieurement le Verseau. Celui-ci se garda bien de le dire à voix haute. Il était trop épuisé pour risquer une vraie engueulade.

Milo, agissant de son propre chef, et sans lui demander son avis, l'engloba alors de son cosmos chaleureux. Camus se sentit tout de suite mieux, et il ferma les paupières pour se délecter de l'aura aimante de son amant. Oh, ils ne devaient pas utiliser leurs cosmos à des fins personnelles, c'était vrai, mais… C'était tellement bon, comme sensation. De ressentir l'énergie vitale de la personne qu'il aimait. Il aurait été prêt à rester ainsi des heures, froid ou pas.

« Ne t'épuise pas, Milo, lui demanda-t-il pourtant à contrecœur. Toi aussi, il faut que tu économises tes forces.

- Tu en as besoin, rétorqua son amant sur un ton définitif. Il est hors de question que j'arrête si tu te sens mieux comme ça. »

Camus resserra un peu son étreinte dans le dos de Milo en un remerciement muet. Il savait qu'il était inutile de convaincre son Scorpion d'arrêter.

Milo arrivait à mettre un baume miraculeux sur les frissons peu habituels qui parcouraient son corps. Camus choisit de se laisser simplement bercer par la sensation d'être entouré et protégé. Il aimait être dans les bras puissants du huitième gardien. Il aimait la manière dont ils prenaient soin l'un de l'autre. Il aimait le parfum de la peau mate de son amant, si proche de lui. Il aimait… Il aimait Milo, en fait. Il n'avait besoin de rien de plus.

C'est en faisant ce constat romantique, qu'un léger sourire aux lèvres, Camus sombra dans un sommeil soudain. Il n'eut aucun mal à le trouver, du fait de sa nuit blanche et de son exercice éprouvant. Il aurait voulu savourer la présence de Milo plus longtemps, dans la réalité… Mais lové tel qu'il l'était dans les bras protecteurs du Scorpion, le pays des rêves l'appela à lui sans qu'il ne s'en aperçoive.