Note de l'auteur: Bonjour tout le monde, ici le chapitre 9 révisé d'Errance Nocturne ! Je fais un peu avancer le rythme de mes publications vu que je publie son histoire complémentaire en parallèle.

Pour cette nouvelle édition, j'ai bien sûr conservé la trame principale, mais j'ai fait quelques modifications dans les dialogues des personnages, histoire de leur donner plus de cohérence et de justesse (notamment dans la scène qui va arriver avec Aphrodite). J'espère sincèrement que tout ça vous plaira et que vous appréciez cette version améliorée de mon histoire.

Merci énormément de revenir me lire, c'est très gentil à vous. Je vous laisse avec le texte !


Chapitre 9 – Fièvre

C'était une après-midi d'été particulièrement ensoleillée. Le mois de juin régnait sur le Sanctuaire, et l'astre du jour y était presque plus puissant que le Grand Pope lui-même. Quelques gardes se risquaient à faire des rondes sous la chaleur écrasante… Mais la plupart des chevaliers étaient bien forcés de trouver un coin d'ombre, ou un plan d'eau pour se rafraîchir. Les plages qui bordaient le domaine étaient surtout fréquentées par les chevaliers d'or, étant donné qu'elles étaient normalement interdites. Au Sanctuaire et pour ce genre de choses, c'était les ors qui faisaient la loi, et puis c'était tout. Les simples soldats préféraient éviter ces dieux vivants le plus possible, par peur de représailles, méritées ou non. Surtout ces démons du Cancer et des Poissons, qui avaient bien grandi et qui commençaient à être connus pour leur cruauté gratuite. Et puis, il y avait toujours le jeune Scorpion, benjamin des chevaliers d'or, un sale gosse qui vous surprenait régulièrement pour vous tendre un piège, caché derrière une colonne antique.

Pas aujourd'hui, pourtant. Il faisait chaud et il était bien plus sage de se cantonner à la fraîcheur des édifices en pierre.

Le jeune chevalier du Verseau, du haut de ses neuf ans, n'arrivait à trouver de repos nulle part. Son temple lui semblait se changer en four de minute en minute… Alors il essayait désormais l'ombre des arbres. On aurait pu penser la pierre plus isolante, mais le Verseau voulait un peu d'air, et il n'aimait pas nécessairement l'atmosphère renfermée des temples. Il avait donc choisi un pin parasol un peu à l'écart des douze maisons, et s'était assis à la base du tronc avec un livre, dans l'optique de s'occuper l'esprit. Il avait l'impression qu'il fondait de minute en minute, et la lecture était pour lui une distraction bienvenue au milieu de cette agonie.

Ce moment de calme ne dura, hélas, pas très longtemps. Camus était si concentré qu'il ne vit pas arriver le perturbateur de son après-midi dans le décor estival. Des grands yeux bleus avaient repéré sa gracieuse silhouette depuis un pan de colline rocailleux.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » l'interrogea une voix familière, alors que son propriétaire s'approchait de lui.

Camus releva les yeux de son bouquin à contrecœur, pour les poser sur l'inopportun qui lui servait de visiteur.

« Je lis. »

Un rire lui répondit.

« Je vois bien que tu lis ! Mais tu n'aimes pas la chaleur. Pourquoi tu es dehors ?

- Je pourrais te retourner la question. »

L'intéressé fit un grand sourire. Le vent fit virevolter ses boucles bleu-violet.

« Moi ? Je cherchais des grenouilles ! déclara-t-il fièrement.

- Tu cherches des grenouilles par ce temps, toi ? Le soleil t'a liquéfié le cerveau, ou quoi ?

- Ben, pourquoi pas ? Je suis sûr qu'il y en a par ici ! »

Camus haussa les sourcils, mais son vis-à-vis ne se laissa pas démonter.

« Tu ferais mieux de rester à l'ombre, Milo. Histoire de préserver le peu de neurones qu'il te reste.

- T'es méchant.

- Je suis réaliste.

- Pff, ça empêche pas que t'es méchant. »

Malgré son expression vexée, le Scorpion miniature était heureux. Cette remarque était une invitation voilée à rester avec lui à l'ombre. Son ami français avait son caractère, et il fallait sans cesse l'apprivoiser, mais Milo s'en fichait. Camus était son ami rien qu'à lui, et il acceptait ses amis comme ils étaient. Même si des fois, il était triste que le Verseau ne sorte pas plus de ses bouquins pour jouer avec lui. Il fallait toujours que ce soit lui qui le fasse fonctionner comme un enfant normal.

Milo s'assit à côté de son meilleur ami et pencha sa tête curieuse en-dessous du livre pour en déchiffrer le titre.

« Lé… piti… prasse.

- Le Petit Prince, le corrigea tout de suite Camus.

- Ça veut dire quoi ? »

Son ami ne l'en informa pas. Il préféra se replonger dans sa lecture. Sans doute pour éviter de faire la conversation à Milo. Après tout, le Scorpion était venu le déranger. Bon, pas que sa présence lui était désagréable… Mais son ami l'empêchait toujours de lire. Il avait tout le temps une aventure pressante dans laquelle l'embarquer.

Théorie qui se vérifia lorsque sans prévenir, Milo lui chipa le livre des mains.

« Alors, ça veut dire quoi ?

- Rends-moi mon livre !

- Pas avant que tu m'aies répondu !

- Rends-moi mon livre, je te dis ! Tu vas l'abîmer ! »

Milo s'amusa à mettre l'objet de convoitise hors de la portée du Verseau avec un sourire farceur.

« Donne-moi ça ! s'énerva Camus.

- Tu le veux tant que ça ? »

Camus le regarda d'un air menaçant, contrastant avec ses traits enfantins.

« Eh bien tu vas devoir l'attraper ! » s'exclama Milo, qui sauta sur ses jambes et se sauva.

Le petit Verseau, fou de rage contenue, se jeta à sa suite. Devant lui, il entendit clairement le rire tonitruant du Scorpion, qui lui cria « Tu m'attraperas pas ! » histoire de le narguer davantage.

C'était qu'il courait vite, le Milo, malgré ses huit ans. Au sein de la garde dorée, il était d'ores et déjà reconnu pour sa vitesse inégalée. Camus doutait d'arriver à le courser assez longtemps pour lui reprendre son livre. Constat qui l'énerva encore plus et qui l'enjoignit à redoubler d'énergie pour l'attraper. Le Scorpion passerait un sale quart d'heure lorsqu'il l'aurait rejoint. Meilleur ami ou pas.

Milo, de son côté, n'était même pas à sa vitesse de course maximale. Pour lui, cet exercice entre les rochers s'apparentait à une promenade de santé. Il se demandait bien ce qu'il y avait dans ce maudit bouquin pour que Camus ait décidé de dépenser toute son énergie à le courser. Le Scorpion était très content que son petit tour de passe-passe marche à ce point. Il avait voulu t'attention du Verseau, il venait de l'obtenir haut la main.

Camus, lui, avançait avec de plus en plus de difficulté. Maudit Milo. Ce petit monstre semblait puiser l'énergie du soleil et s'en gorger pour aller plus vite. Lui se sentait de plus en plus accablé par la chaleur et la lumière. Il avait la sensation progressive d'étouffer tant l'air entre ces rochers arides était brûlant. Sa peau cuisait, et il avait l'impression de respirer du feu. Il avait chaud, si chaud…

Camus finit par voir trouble. Devant lui, il vit Milo se retourner, un air inquiet sur le visage. Mais il n'eut pas le temps d'intervenir. Le français bascula de la falaise sur laquelle ils couraient et tomba sans pouvoir s'accrocher à quoi que ce soit en direction de la mer, en contrebas. La mer glacée. Son corps prit un choc thermique lorsqu'il entra en contact avec l'eau. Tous ses os lui semblèrent soudain de glace. Le froid l'envahit. Il était désormais complètement frigorifié. Pourtant, au milieu de sa panique, il sentit deux petites mains s'agripper à lui. Milo. Milo le remontait à la surface. Il allait atteindre le soleil, et ne plus avoir froid, plus que quelques mètres et ils allaient arriver à la surface. Quelques mètres…

Camus émergea non pas de la mer, mais de son rêve. Ses yeux s'ouvrirent sur le plafond de sa chambre plongée dans la pénombre. Un rêve, tout ça n'avait été qu'un rêve… Pourtant… La sensation de froid n'était pas partie. Il se sentait toujours aussi congelé que dans sa vision. Et il se rendit compte qu'il était en sueur. Le Verseau se mit à claquer des dents. Surtout ne pas utiliser mon cosmos gelé, se dit-il. Rien que de penser à ses capacités de chevalier lui donnait encore plus froid. Son corps fut parcouru d'une vague de frissons. De fait, il se sentait très mal. Et il avait soif.

Le français, dans sa détresse, chercha de la main une présence familière à ses côtés. Son bras tomba sur l'épaule de son amant, assoupi face à lui.

Camus ne voulait pas réveiller Milo, qui avait besoin de repos, et qui de plus, n'avait pas besoin de faire davantage d'insomnies. Mais il se sentait si mal. Il avait besoin de lui.

« Milo », chuchota-t-il en le prenant par l'épaule. Il la secoua doucement.

Son amant se réveilla d'un seul coup. En fait, il avait dormi d'un sommeil léger et il n'avait finalement réussi à s'assoupir que peu de temps auparavant. Ses inquiétudes constantes ne lui permettaient pas de dormir très profondément, et il était resté dans une sorte de stase désagréable, de laquelle le Verseau venait juste de le tirer.

« Camus ? » s'inquiéta-t-il tout de suite.

Milo s'alarma en sentant le Verseau pris de frissons incontrôlés.

« Milo… J'ai froid. »

Le Scorpion alluma instantanément la lampe de chevet. Et à la lumière, son amant avait l'air très mal. Il était pâle, en sueur, et il semblait transi de froid.

« Vraiment froid… » répéta Camus.

Milo posa tout de suite la main sur le front de son amant.

« Par Athéna ! Mais tu es brûlant ! » s'horrifia le Scorpion.

Ceci expliquait cela, pensa le Verseau.

Sans hésiter, Milo s'extirpa du lit. Il fallait trouver de quoi faire baisser la fièvre, et vite.

« Milo… souffla encore Camus. Ne me laisse pas…

- Je ne te laisse pas, répondit le Scorpion, qui s'efforça de rester calme. Je vais chercher de quoi te soigner. »

Sur ces paroles, Milo quitta la pièce au pas de course et se rua vers la salle de bain. Le Verseau y rangeait d'habitude la collection de médicaments qu'il possédait. Seulement, en ouvrant les placards, il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Pas de boîte pleine de cachets, seulement le nécessaire pour se laver, se raser, et même des crèmes solaires, mais pas de cachets à l'horizon. Ce constat le fit paniquer. Ventre à terre, il revint dans la chambre, ne comprenant pas où ça pouvait être.

« Camus ! Qu'est-ce que tu as fait de tous les médicaments ? Je ne les trouve pas !

- C'est normal, répondit à mi-voix le français. La trousse de secours est restée au temple du Scorpion.

- Oh non ! » s'horrifia Milo.

Il n'aurait ni la force ni le temps de descendre jusque chez lui trouver la trousse manquante.

« Attends-moi, Camus, je reviens. Il faut qu'on trouve de quoi faire baisser ta fièvre au plus vite. Je vais chercher ton disciple. »

Milo ne laissa pas le temps à son amant de répliquer, et il courut frapper chez Hyôga.

Le Cygne lui ouvrit, le cheveu hirsute et l'œil dans le vague.

« Hyôga, vite, aide-moi, Camus est très malade !

- Hein ? se réveilla davantage le Cygne.

- Aide-moi à faire baisser sa température ! Il est brûlant et je ne sais pas quoi faire ! »

Milo parlait à toute allure dans son angoisse.

« Qu'est-ce qu'il a ? s'étonna Hyôga, qui n'avait jamais vu ce phénomène arriver à son maître.

- Il tremble, il a froid, et il a de la fièvre. Il n'y a pas de médicaments et… »

La voix du huitième gardien se brisa. Celui-ci sentit des larmes lui monter aux yeux. Il les combattit courageusement. Hors de question qu'il ne s'effondre alors que son amant avait besoin de lui.

Hyôga ne manqua pas de le remarquer.

« Ouh, là, Milo. Du calme. Tout va bien. On va trouver une solution. »

Le Scorpion croisa ses bras sur sa poitrine dans l'espoir de se contenir. Puis sans prévenir, Hyôga eut un geste inattendu. Il se jeta pratiquement sur lui et le prendre dans ses bras. Milo écarquilla les yeux de surprise, mais qui sentit les larmes qu'il essayait de retenir couler. Il renifla. Qu'est-ce qui lui prenait, bon sang. Il en était réduit à pleurer dans les bras du gamin.

« Voilà, murmura Hyôga en faisant un cercle avec sa main dans le dos du Scorpion. Tout va bien. Chaque problème a une solution. »

Il finit par lâcher un Milo qui avait semblé se calmer un peu à son contact.

« Ça va mieux ? demanda-t-il avec un maigre sourire.

- C'était super bizarre, déclara le Scorpion, très surpris de la manœuvre. Mais merci. »

Hyôga eut un rire embarrassé.

« Maintenant, redis-moi tout ça calmement. »

Le Scorpion expliqua sommairement la situation.

« Et il n'y a vraiment rien ici ?

- Non. Camus a une immense trousse de secours, bien garnie, mais elle est évidemment restée chez moi. Il l'a utilisée ce matin pour changer mes bandages. C'est tellement bête, je sais exactement où elle est… Mais je ne pense pas que ce soit raisonnable de descendre trois temples et de les remonter alors qu'il y a urgence…

- Je vais aller chez Shura, se proposa d'office Hyôga. Il aura peut-être quelque chose pour calmer un peu la fièvre.

- Bonne idée, le loua le Scorpion, soulagé d'avoir de l'aide.

- Je pense que ça pourrait être bien de lui mettre un gant de toilette frais sur le front, en attendant. Et de faire en sorte qu'il reste bien sous les couvertures. Tu peux aussi préparer une bouillotte. Je crois qu'il en a une dans les placards de la chambre.

- D'accord, merci. Je vais regarder.

- Ça va aller, Milo ?

- Il faut bien.

- Bon, je me sauve, il n'y a pas de temps à perdre. »

Le Cygne partit sans prendre le temps de s'habiller convenablement, mais il n'en avait cure. Il était tard, et on n'était pas à un défilé de mode.

Milo retourna dans la chambre informer Camus de la situation. Il fit quelques pas dans la pièce et il s'assit au bord du lit pour passer une main sur le front de son amant, afin d'en chasser la frange. Camus frissonnait toujours. Cela lui fit un pincement au cœur.

« Ton disciple est parti chercher des médicaments chez Shura.

- Mh-mh, acquiesça le Verseau, qui regardait Milo comme s'il voulait se noyer en lui.

- Je vais m'occuper de toi en attendant. Tu as une bouillotte dans le coin ?

- Placard du haut », le renseigna platement le français.

Milo embrassa son Camus sur la joue avant de le délaisser pour trouver la bouillotte.

« Je vais la remplir. Je suis là tout de suite » promit-il.


Une demi-heure passa. Le Scorpion fit le nécessaire pour s'occuper du Verseau. Il mit de l'eau chaude dans la bouillotte, et la confia à Camus, qui claquait malheureusement toujours des dents. Il lui mit aussi un linge humide sur le front dans l'espoir de faire descendre un peu sa température. Il n'était pas médecin, il ne connaissait pas la marche à suivre, mais tant que son amant se sentait mieux, c'était le principal pour lui. Pour l'heure, il était assis au bord du lit, une main tenant celle de Camus et l'autre dans ses cheveux. Il remouillait plusieurs fois le linge, histoire de maximiser les chances que la température de Camus ne tombe. Milo s'inquiétait beaucoup, mais tentait de ne pas céder à la peur. Perdre encore le Verseau était une pensée insupportable, et elle ne voulait pas quitter son esprit. Alors ses doigts accomplissaient de petits cercles sur la main de Camus pour l'apaiser. Ainsi, il se rappelait de la présence de la peau de son amant, bien vivant, sous ses doigts. Camus avait les yeux mi-clos, et à part prononcer son nom sur un ton amoureux et fiévreux, il n'avait pas dit grand-chose. Milo ne savait pas s'il était préférable que Camus ne se rendorme. En un sens, cela lui permettrait de prendre le repos dont il avait indéniablement besoin, mais d'un autre, cela ne le rassurerait pas vraiment de le voir inerte. Sans compter qu'il faudrait le réveiller de nouveau pour lui administrer un traitement. En parlant de ça, où était ce maudit canard ?

Sa réponse lui fut donnée lorsque le Cygne arriva, en toquant sommairement sur la porte ouverte pour annoncer sa présence. Un air désolé s'afficha sur ses traits.

« Milo, l'interpella-t-il.

- Tu as les médicaments ? » s'empressa le Scorpion, qui se releva d'un coup.

Sa main resta bloquée dans celle de Camus. Avec un réflexe instinctif malgré sa fièvre et sa fatigue, le Verseau avait subitement raffermi sa prise sur son amant, de peur qu'il ne s'éloigne de lui.

« Milo, l'entendirent-ils murmurer.

- Je suis là, Camus, le rassura le grec d'une voix douce. Alors, Hyôga ? Tu les as, oui ou non ?

- Non, soupira le Cygne. Je suis vraiment désolé, Milo. On a retourné tout le temple pour en trouver, mais on a fait chou blanc. Shura avait d'autres médicaments, mais rien contre la fièvre. Il m'a dit que de toute façon, il n'en utilisait que très rarement. Il n'a pas beaucoup foi en l'industrie pharmaceutique. »

Milo poussa un grognement rageur.

« C'est pas vrai ! s'emporta-t-il. Jamais là quand il faut, cette maudite biquette !

- Il m'a suggéré d'aller voir chez Aphrodite, continua le Cygne en faisant fi de la colère du Scorpion. Apparemment, il aurait tout un arsenal sur lui. »

Milo se passa une main lasse sur le visage. Voilà ce qu'il avait voulu éviter.

« Je peux y aller, si tu veux, lui offrit le Cygne.

- Non ! Hors de question ! » trancha Milo, autoritaire.

Hyôga haussa les sourcils de surprise. C'était quoi, le problème ?

« Il faut bien soigner maître Camus, non ?

- Oui, mais je ne veux pas que tu ailles là-haut tout seul ! déclara le Scorpion.

- Pourquoi ? ne comprit pas le plus jeune. Tu es blessé, et maître Camus a besoin de toi ici.

- Aphrodite va t'arracher tous les commérages du monde, et ni Camus ni moi n'avons besoin de ça, décréta le Scorpion. Alors c'est moi qui vais y aller.

- Milo, je te promets que je ferai attention, essaya le russe.

- Non, non, refusa tout net Milo. Je ne laisse pas une proie facile entre les mains d'Aphrodite. Il vaut mieux que ce soit moi.

- Mais tu es blessé !

- Et alors ! Tu crois que ça me fait plaisir ? s'énerva le grec. Shura n'a rien dans ses placards, et Aphrodite sera au courant de toute de ma vie privée en cinq minutes si je te laisse y aller ! Alors bien sûr que je vais m'y coller !

- Milo, je ne suis pas si indiscret que ça, se vexa Hyôga.

- Ça se voit que tu connais pas Aphrodite, lui signifia le huitième gardien. Vraiment, ce n'est rien de personnel, gamin.

- Mais c'est juste histoire de lui demander des médicaments ! ne comprit pas le Cygne, borné.

- Hyôga, tu es bien trop innocent pour un être aussi manipulateur que le chevalier d'or des Poissons, le raisonna Milo. Crois-moi, tu me remercieras plus tard. Moi, ça fait des années que je le pratique, ce mec. Je sais qu'il risque de m'avoir, mais… Je préfère en porter la responsabilité. Fais-moi simplement confiance.

- Bon, d'accord, se résigna Hyôga. De toute façon, je sais bien que tu ne changeras pas d'avis.

- Merci, canard.

- Cygne.

- Canard.

- Je te déteste, Milo, s'exaspéra le pauvre Cygne. Dis-moi si je peux faire quelque chose pour Camus, en attendant.

- Surveille-le bien, lui ordonna le grec, ferme. Change son linge de temps en temps. Vérifie que la bouillotte marche toujours. Et ne te sers pas de ton cosmos pour le moment. Il est glacé, et comme Camus a froid... Fais-moi savoir mentalement le moindre changement.

- C'est tout ? s'assura le plus jeune.

- Oui, acquiesça le chevalier d'or. J'y vais, maintenant. »

Milo se pencha sur son amant pour chuchoter à son oreille.

« Camus, il faut que je m'absente. Je vais aller trouver de quoi te soigner. Ne t'inquiète pas, il y a ton disciple pour veiller sur toi. Je serai de retour le plus vite possible.

- Où tu vas ? s'éleva faiblement la voix du Verseau.

- Chez Aphrodite, murmura le grec.

- Reviens vite », lui demanda le français dans un souffle.

Milo se redressa et laissa la main de Camus. Il partit de la chambre d'un pas rapide, et il jeta un dernier coup d'œil derrière lui. Il vit Hyôga attraper une chaise et s'asseoir près du lit de son maître. Parfait, pensa-t-il. Heureusement qu'il pouvait compter sur le canard.


Les temples zodiacaux avaient une allure sinistre, la nuit, se dit Milo en approchant du temple des Poissons. Il trouvait que ces colonnes en marbre avaient quelque chose de menaçant dans l'obscurité de la montagne. Surtout la silhouette du temple du Verseau une fois le soleil couché. Cela lui rappelait bien trop un souvenir qu'il essayait d'effacer de sa mémoire. La fameuse remontée des marches entre les temples avec Athéna en tête après la bataille du Sanctuaire, pour ne trouver que des cadavres sur le chemin. Et découvrir avec effroi qu'il serait désormais le dernier chevalier d'or encore en vie pour protéger la déesse. Alors, se promener dans le domaine de nuit, ce n'était pas sa tasse de thé. Le temple du Verseau lui semblait chargé d'une mélancolie particulière, et c'était aussi le cas avec le temple des Poissons. Même si celui-ci lui semblait menaçant en partie parce que l'entretien qu'il allait avoir avec son propriétaire l'était. Mais c'était un autre débat.

Milo se dirigea vers les appartements privés du Poissons. Il espérait que les dires de Hyôga étaient exacts, et qu'Aphrodite possédait bien ces maudits médicaments.

Le grec toqua résolument à la porte, préparé au pire. Il se demandait dans quelle disposition il allait trouver son frère d'armes à cette heure avancée de la nuit. Était-il aussi méticuleux sur son apparence de jour comme de nuit ?

Aphrodite ne tarda pas à lui ouvrir, et Milo eut sa réponse. Celui-ci il était aussi impeccablement coiffé et maquillé qu'en journée. De fait, Milo n'avait jamais vu son frère d'armes autrement, même s'il l'avait côtoyé des années. De plus, il ne le réveillait sûrement pas, constata-t-il. Il y avait de la lumière dans son séjour et dans les pièces plus loin.

« Milo ! s'exclama Aphrodite avec enthousiasme, et sans sembler se soucier de l'heure tardive. Quelle bonne surprise !

- Salut Aphrodite, ponctua le Scorpion avec un vague signe de la main.

- Ta présence me flatte, lui affirma le Poissons sur un ton mielleux. Je te manquais tant que ça pour que tu viennes jusqu'ici en pleine nuit ?

- Euh, Aphro… hésita Milo, qui eut l'envie subite d'éclater de rire face au narcissisme bien rôdé de son confrère. En fait, j'avais un service à te demander.

- Tout ce que tu veux, mon chou ! agréa le suédois, ravi d'avoir un invité. Mais entre, entre !

- Non, ce ne sera pas nécessaire, j'ai juste besoin de…

- Oh, ne fais pas ton précieux, ça ne te va pas ! rit le Poissons. Entre donc ! »

Milo n'eut d'autre choix que de faire quelques pas dans le salon du chevalier des Poissons.

« Crabbie ! appela le suédois. Regarde qui est là ! »

Oh non, il ne manquait plus que ça, s'apitoya le Scorpion. Il ne serait pas seul avec son frère d'arme, et n'avait clairement pas besoin d'un témoin supplémentaire.

« Ça a intérêt à être intéressant, s'imposa la voix de Deathmask, qui s'avança dans la pièce vers leur visiteur. Oh ? Salut, Milo.

- Salut, répliqua le Scorpion.

- Alors, tu t'es fait jeter du temple du Verseau et tu viens faire la manche ici ? demanda sournoisement le Cancer.

- Hein ? s'étonna Milo. Qu'est-ce que tu racontes ?

- Enfin, Deathmask, tu pourrais être plus courtois envers mon invité, le rabroua Aphrodite.

- Oh, ça va, il est pas en sucre », grogna l'italien.

Aphrodite reporta son attention sur Milo.

« Alors, qu'est-ce que tu voulais me demander ? s'enquit l'hôte des lieux. Si c'est une panne de vernis rouge, pas de panique ! J'ai toutes les teintes, vermillon, écarlate, bordeaux… J'ai même d'autres couleurs. Ça ne te dit pas de changer le look de ton attaque ? Avoue que tu n'y avais même pas pensé ! Heureusement que je suis là.

- Aphro… fit Milo en se retenant de rire. Au risque de te décevoir, ça ne marche pas comme ça.

- C'est bien dommage, se désola le Poissons. Je t'aurais bien vu lancer des Aiguilles Turquoise, pour changer.

- Bon, alors, il accouche, monsieur manucure ? s'immisça le Cancer, qui n'avait pas la patience. C'est quel service que tu viens demander à cette heure ?

- J'aurais besoin de médicaments contre la fièvre, les renseigna Milo. C'est plutôt urgent.

- Tu sais, pour ce que tu as, je pense qu'il vaut mieux des antidouleurs, observa le Poissons en pointant du doigt les bandages du Scorpion.

- C'est pas pour moi, s'exaspéra le grec.

- Quoi, c'est pour Blanche Neige ? ricana l'italien.

- Il a pris froid », avoua Milo.

A ces mots, Deathmask éclata d'un rire mauvais.

« C'est pas drôle, Deathmask ! s'irrita Milo en le foudroyant du regard.

- Un peu, quand même, se défendit le Cancer.

- Comment il a fait ? s'enquit Aphrodite, très curieux.

- Un accident pendant qu'il s'entraînait, leur expliqua le Scorpion. Il a pris un coup de gel trop fort.

- Ah bon », ponctua le suédois.

Celui-ci l'observa attentivement, pensif. Milo n'aima pas son regard inquisiteur. Qu'est-ce que le Poissons allait encore trouver pour le mettre en défaut ?

« C'est quoi ces bandages ? l'interrogea Aphrodite. Ça a l'air sérieux. Tu t'es blessé à l'entraînement ? Je croyais que tu n'en faisais pas, cette semaine.

- Aphrodite, je suis pressé, lui fit comprendre le Scorpion, défensif.

- Oooh, il y a quelque chose que tu ne veux pas nous dire, observa malicieusement le Poissons. Tu sais bien qu'on ne me la fait pas.

- Aphrodite ! S'il te plaît, le supplia un Milo qui ne voulait vraiment pas perdre de temps.

- Ça va, ça va, ce que tu peux être méfiant, chantonna le suédois. Tu sais bien que je ne fais que m'inquiéter de ton bien-être.

- Que c'est touchant », ironisa Deathmask.

L'italien venait de lui ôter les mots de la bouche. Le grec croyait assez peu en l'altruisme naturel de son confrère.

« Je vais te chercher ton médicament, je reviens », lui annonça finalement le douzième gardien.

Aphrodite fit volte-face et disparut dans une pièce adjacente. Milo se retrouva seul à seul avec Deathmask dans un silence gênant.

« Tu n'as pas tenu tes engagements, toi, lui fit remarquer le Cancer. Tu m'avais promis un combat.

- On se la donnera quand tu voudras dès que je serai remis, décréta Milo.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Une dispute avec Camus qui a mal tourné ? s'enquit l'italien, goguenard.

- Arrête de dire n'importe quoi, aboya Milo, menaçant et, à cette heure tardive, manquant de patience.

- T'as raison, il est bien trop faible pour te porter un seul coup. »

Cette moquerie eut le don de faire monter la colère du Scorpion. Que Deathmask ait dit ça pour le provoquer, ou qu'il pense vraiment cela du Verseau, cela ne lui plaisait pas.

« Redis ça pour voir ! s'écria-t-il.

- Franchement, Milo, t'en fais un peu trop pour ta princesse, insista le Cancer dans sa moquerie. T'es moins le chevalier d'or du Scorpion que son chevalier servant ! Et vas-y que je te chouchoute, et vas-y que je défends ton honneur, et vas-y que je te rapporte tes médicaments en plein milieu de la nuit… Il ne sait rien faire tout seul, celui-là. »

Le Scorpion attrapa son vis-à-vis d'un geste vif et le bloqua contre le mur, plaçant son Aiguille Ecarlate sous sa gorge. Il allait faire ravaler ses paroles à l'italien bien comme il fallait.

« C'est pas par là, Antarès, je crois me souvenir, s'enfonça inconsidérément ce dernier.

- Ça suffit, Deathmask, siffla Milo, hors de lui.

- Milo, Crabbie, pas de ça dans mon salon, intervint soudain Aphrodite, qui venait de revenir dans la pièce. Je ne veux pas de sang sur mon tapis hors de prix. »

Le Scorpion lâcha le Cancer et s'approcha du Poissons.

« Tu as ce qu'il faut ?

- Bien sûr, lui sourit Aphrodite en lui donnant plusieurs boites de médicaments. J'ai toujours tout ce qu'il faut, pas comme ce rustre de Shura ! Tu sais très bien que je suis parfait.

- La perfection incarnée », ricana Deathmask.

Aphrodite ne prit pas la peine de réagir à la moquerie de son invité. Il le considéra comme s'il était un ver de terre, une expression hautaine au visage, avant de se détourner et de reporter son attention sur Milo.

« Merci, Aphrodite, le loua ce dernier en prenant tout ce qu'on lui donnait dans les bras. C'est très généreux de ta part.

- Bien évidemment ! apprécia le gardien des lieux. Je suis plutôt surpris que Camus n'ait pas ses propres médicaments sur lui.

- Ils sont dans mon temple, soupira un Milo qui aurait bien aimé faire autrement.

- Pourquoi ?

- On vit ensemble, je te rappelle, fit le Scorpion en haussant les épaules.

- Et il s'est servi de sa trousse de secours récemment, vu tes pansements, fit deux et deux le Poissons. Ça n'a pas l'air d'être des blessures ordinaires. C'est quoi ? »

Milo s'écarta d'Aphrodite comme si la réplique l'avait brûlé.

« Rien, s'entêta-t-il en croisant les bras, dans une maigre tentative de cacher ses blessures.

- C'est bizarre, vu la disposition des taches de sang, on croirait que c'est ton attaque » remarqua le Poissons mine de rien, l'air de tout.

Le Scorpion écarquilla les yeux devant la déduction cruellement juste de son confrère. Avait-il développé le don de lire dans les pensées ?

« Bien sûr que non ! nia fermement Milo. Tu me crois assez stupide pour m'attaquer moi-même ?

- T'es sûr que tu veux notre avis là-dessus ? intervint Deathmask avec un sourire sardonique.

- Non, trancha Milo sans le regarder.

- Tu peux nous le dire, Milo, tenta Aphrodite avec un sourire. On sait être discrets, tu sais. »

Bien sûr. Ces deux-là, c'étaient l'épitome de la discrétion. Le Poissons lui tendait un piège de débutant.

« C'est pas beau de mentir, vous savez, soupira sombrement Milo.

- Bon, d'accord, j'admets ! fit Aphrodite en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Mais en tout cas, pour que ce soit aussi sérieux, et puisque que tu ne confirmes pas que tu t'es fait ça à l'entraînement… Entraînement que tu ne fais pas cette semaine… Tu admettras que ça laisse peu d'options.

- Il faut que je vous laisse », blêmit le grec, qui comprit que son sort était scellé.

Aphrodite était un démon. Un vrai. Impossible de cacher quoi que ce soit à cet aimant à rumeurs.

Milo fit volte-face et d'un pas rapide, il regagna la porte pour retourner chez le Verseau.

« J'ai aussi mis des antidouleurs dans le paquet de médicaments ! l'interpella Aphrodite d'une voix forte. Utilise-les ! »

Le Scorpion, malgré la recommandation, partit sans demander son reste.


Lorsqu'il fut de retour chez le Verseau, Milo se demanda ce qu'il venait de déclencher. Il s'en voulait. Il avait l'impression de s'être fait avoir en beauté, sans rien pouvoir y faire. Aphrodite allait répandre la rumeur de ses blessures dans tout le Sanctuaire. Sa vulnérabilité ne serait plus un secret. C'était une chose qu'il avait voulu éviter à tout prix, et voilà où était le résultat. Il serait à jamais le fou qui non content d'assassiner, se portait des coups lui-même à l'occasion. Et il savait qu'il n'arriverait pas à faire taire le Poissons. C'était comme essayer d'empêcher une fuite d'eau avec ses mains. Ça ne menait nulle part et ça finissait quand même par rejaillir de plus belle.

Milo essaya néanmoins d'éloigner ces pensées de son esprit pour le moment. Il fallait soigner son Camus d'abord. Il pourrait se morfondre ensuite.

Au moment où il pénétra dans la chambre, le paquet de médicaments en main, Hyôga se leva de sa chaise pour venir à sa rencontre.

« Alors, il avait ce qu'il fallait ? s'enquit avec espoir le disciple.

- Oui, heureusement, soupira Milo, malgré tout soulagé d'être de retour. Comment il va ?

- Pas bien mieux, fit Hyôga avec un regard désolé pour le Verseau.

- Va chercher un verre d'eau, s'il te plait. Il faut qu'il avale un médicament.

- D'accord. »

Le Cygne parti, Milo s'approcha de son amant et prit sa main dans la sienne.

« Camus ? » l'appela-t-il doucement.

Le Verseau, qui avait les yeux fermés et les sourcils froncés, ouvrit ses orbes bleu marine pour contempler le Scorpion.

« Camus, je suis de retour. Et j'ai des médicaments. Il va falloir que tu te redresses pour boire. Tu veux bien ? »

Un simple hochement de tête lui fut rendu. Camus était toujours brûlant et manifestement, si l'on en croyait son expression défaite, il se sentait encore très mal. Milo l'embrassa tendrement sur la joue.

Hyôga revint, un verre d'eau à la main.

Milo l'aida à se redresser et comme il l'avait fait dans le canapé auparavant, il servit d'appui à son amant. Camus avait en effet du mal à rester droit.

Milo ouvrit une des boites que lui avait donné Aphrodite et en sortit un cachet.

« Tiens, il faut que tu boives celui-ci », dit-il en tendant un médicament à Camus.

L'intéressé avala le tout en petites gorgées. Le grec sentit les muscles du français jouer pour qu'il ne reste à la verticale. On sentait qu'il faisait un effort considérable pour demeurer dans cette position. Le Verseau se concentra pour boire l'intégralité de son verre d'eau. Il avait tout de même conscience que la fièvre entraînait parfois la déshydratation. C'était mieux de s'en prémunir. Son médicament avalé, Camus eut un relâchement soudain et complet. Sa tête retomba entièrement en arrière et tomba mollement sur une des épaules de Milo, qui le soutenait comme il pouvait, et il se sentit s'avachir sur le côté.

« Hé, là ! » le rattrapa le Scorpion, surpris d'un tel abandon de la part du Verseau.

Milo ne lutta pas et rallongea prestement Camus au fond de son lit. Il espérait vivement que le médicament aurait un effet rapide. Ce faisant, il reprit tout de suite la main de son amant dans la sienne. Camus lui rendit faiblement l'étreinte. Le Scorpion était vraiment inquiet : le Verseau était quand même peu souvent affaibli de cette manière. Hyôga l'avait bien amoché. Et aussi… Lui-même, avec ses problèmes, y avait contribué.

« Il va aller mieux, Milo », voulut le rassurer le Cygne.

L'intéressé ne répondit rien, et ferma brièvement les paupières.

« Comment ça s'est passé, avec Aphrodite ? »

Le Scorpion reporta son regard sur lui, un regard très las. Les mots ne pourraient exprimer correctement son désarroi.

« Si mal que ça ? » s'enquit le Cygne devant cette réponse muette.

Milo secoua la tête, fataliste.

« Ouais. Tu peux être sûr d'entendre une rumeur peu flatteuse sur moi d'ici demain matin. »

Le russe grimaça. Il avait de la peine pour Milo. Depuis le début, le Scorpion faisait de son mieux, et il ne méritait pas de telles complications.

« Je suis désolé. Tu veux que je reste pour veiller sur Camus ? Tu as l'air d'avoir besoin de te reposer aussi, Milo.

- Non, il vaut mieux que je le fasse, résista le Scorpion.

- Comme tu veux. Je serai dans la chambre, si tu as besoin.

- Merci. »

Milo pensait à juste titre qu'il valait mieux un peu d'intimité à Camus pour le moment. Le Verseau n'aimait pas beaucoup plus que lui se trouver dans un état de faiblesse avéré devant des témoins. Il était moins colérique, mais c'était à peu près tout.

Une fois Hyôga sorti de la pièce, Milo embrassa Camus sur la joue.

« Tu te sens de te rendormir ? demanda-t-il d'une voix douce.

- Je ne sais pas, prononça Camus, les yeux fermés. J'ai froid. »

Milo l'enlaça tendrement. Il ne savait pas s'il pouvait le réchauffer un peu comme ça, mais au moins, il lui montrait qu'il était là pour lui. A défaut de chaleur, il aurait déjà du réconfort.

« Tu veux que je te lise quelque chose, en attendant que tu te rendormes ? proposa le Scorpion.

- Tu ferais ça ? fit Camus d'une petite voix.

- Bien sûr, sourit Milo.

- Je veux bien », soupira le Verseau.

Milo se dirigea vers la bibliothèque et attrapa le premier livre en français qu'il trouva à sa portée.

« Je vais te lire quelque chose dans ta langue. Qu'est-ce que tu en dis ?

Camus ouvrit ses yeux enfiévrés et les posa sur Milo, qui se calait contre lui avec son ouvrage en main.

« Je t'aime, Milo. »

Milo embrassa son amant sur les lèvres à ces mots, très touché.

« Moi aussi. Je t'aime, Camus. »

Puis le grec ouvrit son livre et commença son récit.

« Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait « Histoires Vécues ». Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. »

Evidemment, se dit Camus, qui fit un maigre sourire en reconnaissant le texte tout de suite. Le Petit Prince