Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir, ici le chapitre 10 révisé d'Errance Nocturne. Un chapitre assez lourd en termes de thèmes abordés, sachez que les warnings du chapitre 1 s'appliqueront beaucoup ici.
J'espère que les modifications seront à votre goût et je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 10 - Le secret du Taureau
Comme une traînée de poudre, la rumeur se répandit dans tout le Sanctuaire aux aurores. Aphrodite, inquiet de la santé du huitième gardien, qui semblait s'automutiler, décida d'en parler à Kanon, qui était de passage dans son temple, et ami de Milo. Il ne lui rendait pas tellement service en se livrant à un tel commérage, mais que voulez-vous. Deathmask, qui se joignit à la discussion, sous-entendit que Camus menait Milo à la baguette et que potentiellement, il encourageait ce genre de pratiques dangereuses. Le Gémeau numéro deux ne le crut pas. Le quatrième gardien aimait se moquer de tous à tort et à travers sans vraiment le penser, et ce qu'il racontait ne collait vraiment pas avec ce qu'il connaissait du gardien du onzième temple. De plus, tous savaient que Milo n'avait pas besoin de suggestions pour avoir des idées tordues. Kanon, en rentrant à son temple, en parla à son frère, Saga, qui avait été témoin de l'accident du jour précédent. Celui-ci, intrigué par les développements récents, lui raconta ce qu'il avait vu en retour. Ainsi, de bouche à oreille, tous les chevaliers se firent passer le mot. Milo essayait son attaque mortelle sur lui-même, et Camus était capable, étonnamment, d'attraper froid.
Beaucoup des douze ors furent assez surpris d'entendre la nouvelle concernant Milo. Ils connaissaient le Scorpion comme un être jovial et fier. Même s'ils ne l'avaient pas vu beaucoup depuis que le Grand Pope l'avait mis à l'arrêt, ils s'imaginaient un coup de mou quelconque, pas de genre de tendances dangereuses. Toujours est-il que vers les dix heures et demie du matin, tous les chevaliers d'or connaissaient, grâce au Poissons, les racontars du jour.
Un chevalier d'or fut bien plus ébranlé que les autres en entendant cette nouvelle. Une personne qui extérieurement, ne semblait en aucun cas avoir plus de raisons que les autres de se sentir concerné par ce qui arrivait à Milo, mais toujours fût-il qu'en entendant l'histoire, le chevalier fut pris d'une vive inquiétude. Il décida, immédiatement, d'aller demander audience au Grand Pope pour lui faire part de ses inquiétudes.
Cette personne qui remontait les temples en direction du tout dernier, c'était Aldébaran du Taureau. Il avait appris la triste nouvelle ce matin-là en croisant Kanon, et depuis, il se sentait très angoissé pour son confrère. Pourquoi donc ? Il allait bientôt le révéler à son supérieur lorsqu'il atteindrait le temple d'Athéna.
Shion, au treizième temple, justement, lorgnait sur des papiers divers lorsqu'une main lourde frappa à la porte de la salle de son bureau. Ça y était. Les ennuis commençaient. Après tout, il était déjà dans les onze heures et personne n'était venu l'embêter encore, pratiquement un record. Il n'allait pas jeter la pierre à son visiteur.
« Entrez », appela-t-il d'une voix forte, sans lever les yeux de sa paperasse.
Aldébaran fit son apparition dans la pièce et s'agenouilla devant l'ancien chevalier d'or du Bélier, qui leva la tête de ses documents.
« Chevalier d'or du Taureau, l'accueillit-il sobrement. Que me vaut le plaisir ? »
On sentait déjà la lassitude dans la voix d'un homme, qui ayant retrouvé un corps de jeune, se savait coincé dans son rôle de Grand Pope pour au moins un centenaire de plus, si ce n'était le suivant également. Le brésilien se releva.
« Grand Pope, j'ai une requête à vous adresser.
- Je t'écoute ? l'invita patiemment celui-ci.
- Je me voulais savoir si vous pouviez demander à Athéna de collecter des fonds pour engager un psychologue au Sanctuaire. »
Shion fronça ses points de vie. Voilà une demande abrupte et bien étrange de la part du Taureau. Quelle mouche l'avait piqué, celui-là ?
« Un psychologue ? Mais pourquoi diable ?
- Beaucoup de chevaliers en auraient besoin, Grand Pope, s'expliqua Aldébaran. Vous savez, il beaucoup sont passés par des moments difficiles, pendant la guerre, et… Ça peut avoir un impact sur leur santé.
- Tu viens demander ça pour toi ? l'interrogea son supérieur, incompréhensif.
- Non, nia le brésilien. Je le fais pour quelqu'un d'autre. »
Shion soupira. S'adapter aux nouveautés de l'ère moderne n'était pas toujours son fort. Déjà qu'il devait comprendre comment fonctionnaient les écrans achetés par Athéna pour l'administration, voilà qu'il devait prendre en compte les demandes psychologiques de ses congénères. Le monde tournait décidément bien trop vite.
« Tu sais que ce que tu me demandes est très délicat, et un psychologue ici n'en aurait jamais fini… lui fit remarquer à fort juste titre l'ancien Bélier.
- Justement, renchérit le Taureau.
- Je doute qu'Athéna soit bien sensible à cette demande, ajouta Shion en le toisant de ses yeux violacés.
- Elle refuserait ? s'indigna Aldébaran. Même si la vie de ses chevaliers était en jeu ? »
Shion fronça une nouvelle fois ses points de vie. Le comportement de son chevalier d'or était pour le moins inhabituel.
« Je ne saisis pas ce que tu me dis, Aldébaran, déclara-t-il, désarçonné. D'abord, tu viens me voir pour me demander un psychologue, et maintenant, tu t'inquiètes de la vie tes frères d'armes. Tu as conscience que ces deux choses ne sont pas au même niveau ?
- Si, elles le sont, rétorqua Aldébaran, sûr de lui. Cela bénéficierait grandement à la sécurité du domaine. Je suis certain qu'un spécialiste de ce genre aurait pu empêcher Saga des Gémeaux de prendre le contrôle du Sanctuaire, par exemple. »
Ce n'était pas vraiment la chose à dire devant Shion, victime d'un assassinat sordide de la part de ce cher Gémeau.
« Aldébaran du Taureau, j'ai du travail, se renfrogna Shion. Si tu n'as rien d'autre à faire que venir me rappeler le jour de ma mort, tu peux disposer.
- Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! tenta se rattraper le Taureau, qui venait de se rendre compte de sa bourde.
- Ça me semblait plutôt clair, marmonna l'Ancien Bélier.
- Je ne viens pas vous parler de vous ou faire la morale à quiconque, lui expliqua Aldébaran. Je veux juste aider quelqu'un que j'estime, et qui aurait bien besoin d'un psychologue. En tout cas, Mû m'a déjà parlé de ça, et je pense que ça pourrait vraiment être utile au Sanctuaire.
- Mû te parle de psychologie ?
- Oui, c'est un sujet qu'il aime bien », l'informa le deuxième gardien.
Shion eut un sourire attendri à l'évocation de son disciple.
« Et tu dis que tu veux aider quelqu'un, releva son supérieur. C'est parce que tu crois cette personne en danger ?
- Oui, appuya fermement le Taureau.
- Est-ce que je peux savoir qui c'est ? »
Il y eut un silence. Le deuxième gardien sembla se tâter à donner le nom.
« Milo du Scorpion », lâcha-t-il finalement, la mine embêtée.
En l'entendant, Shion se prit la tête entre les mains, et il soupira bruyamment. Ces chevaliers d'or étaient tous impossibles.
« Aldébaran… Tu es vraiment en train de me dire, à mi-mot, que tu viens me voir parce que tu as entendu une rumeur douteuse d'Aphrodite des Poissons ? prononça-t-il, éberlué que les bêtises de son douzième chevalier d'or pussent provoquer ce genre d'effet.
- Grand Pope, si vous connaissez la rumeur, vous voyez bien que Milo a besoin d'aide ! ne se démonta pas le brésilien.
- Mais enfin ! s'emporta Shion, à bout de patience. Tu ne peux pas venir ici parce que tu t'inquiètes d'un racontar lancé par Aphrodite ! C'est le roi des commères ! Il ferait tout pour déclencher une tempête dans un verre d'eau !
- Mais Grand Pope, je pense que cette rumeur est vraie ! renchérit Aldébaran.
- Eh bien, je suis désolé de l'apprendre ! s'exclama son supérieur. Je te croyais pourtant plus raisonnable et pondéré, Aldébaran du Taureau.
- Mais vous le savez, pourtant, que quelque chose cloche avec lui ! tenta de nouveau le deuxième gardien. Vous avez décidé de mettre Camus et Milo en arrêt une semaine ! »
Shion se pinça l'arête du nez. C'était qu'il était têtu celui-là.
« Je l'ai surtout fait pour que Camus me laisse tranquille, lui avoua-t-il, las. Tu ne peux pas savoir comme le Verseau est insupportable dès qu'il vient pleurer chez moi pour quelque raison que ce soit. Il part dans sa rhétorique, il fait des grandes phrases et il m'exaspère. Alors, je ne dis pas qu'il ne se passe rien avec Milo. Mais si je leur accordé ce délai, c'est bien pour que le onzième gardien règle le problème de son côté. Vraiment, il est entre de bonnes mains, tu n'as pas à t'angoisser.
- Camus est tombé malade, vous n'êtes pas au courant ? s'étonna Aldébaran.
- Si, admit le Bélier, embêté. Mais et puis d'abord, pourquoi est-ce que tu viens me parler de Milo ? Vous n'êtes même pas proches, à ce que je sache !
- Non, pas vraiment, agréa le Taureau, gêné.
- Alors quoi ? s'irrita Shion, qui n'avait pas envie de perdre davantage son temps.
- J'ai mes raisons de m'inquiéter pour lui », lui confia le brésilien.
Shion prit une grande inspiration, et décida de considérer le problème plus posément. Aldébaran n'était pas le plus problématique de ses chevaliers d'or. Peut-être aurait-il quelque chose de plus raisonnable à lui raconter que les rumeurs véreuses d'Aphrodite des Poissons.
« Aldébaran… Si tu veux que j'accède à ta requête et que j'en touche éventuellement un mot à la déesse, il va falloir que tu m'expliques tes motivations, décréta-t-il. Je ne peux pas engager un psychologue sur du vent. Quel est vraiment le problème ?
- Ce serait un peu long à raconter, répondit timidement l'intéressé.
- Eh bien, assieds-toi, et explique-toi. Maintenant que tu m'as dérangé, autant y aller jusqu'au bout. »
Aldébaran prit place sur une des chaises devant le bureau du Grand Pope, dans un craquement peu rassurant de cette dernière. Shion croisa ses bras sur sa poitrine, attendant que le Taureau ne prenne la parole.
« Il y a quelque chose qu'il faut que je vous raconte sur Milo, commença le chevalier du Taureau. C'était cinq ans après la bataille du Sanctuaire, peut-être un mois avant que vous ne reveniez à la vie par les soins d'Hadès… »
La nuit était tombée sur le domaine depuis déjà de nombreuses heures.
La plupart des chevaliers d'or, à cette heure très tardive, étaient retranchés dans leurs temples. A part Shaka, qui méditait souvent la nuit, personne n'était encore debout. Personne… sauf Aldébaran.
Le Taureau était toujours alerte. Il avait entrepris de faire une ronde sur les hauteurs du domaine pendant la nuit. Celui-ci considérait que ce n'était jamais une mauvaise idée d'aller y faire un tour. Après tout, les temples qui suivaient ceux du Scorpion n'étaient plus gardés, et c'était bien d'aller y faire quelques rondes de temps en temps pour vérifier que tout y était en ordre.
C'était une heure qui pouvait sembler incongrue pour un tel tour de garde, mais depuis quelques temps, Aldébaran n'était pas tranquille. Il avait comme un mauvais pressentiment qu'il n'arrivait pas à s'expliquer. Il sentait qu'une présence maléfique était sur le point de s'éveiller et de s'abattre sur le domaine, et le nombre réduit de gardes dorés n'était pas pour le rassurer. C'était pour cela que cette nuit-là, il avait décidé de faire son tour en montant d'abord chez Athéna, pour s'assurer qu'elle allait bien, et qu'il avait redescendu ensuite tranquillement les temples en traquant la moindre anomalie dans chacun d'eux. Il avait fait les temples tous plus vides et sinistres les uns que les autres des Poissons, du Verseau, du Capricorne et du Sagittaire, et il se sentit donc un peu rasséréné en arrivant en vue du temple du Scorpion, le premier lieu enfin habité depuis le début de sa descente.
Il ne comptait néanmoins pas s'y attarder. Il devait être dans les trois heures et demie du matin, et il ne voulait absolument pas déranger Milo, surtout qu'il n'était que de passage. En fait, il avait hâte de rentrer à son temple, parce qu'après cette longue balade, il commençait à se sentir fatigué. Il serait bien mieux là-bas. Sa maison était dans une zone du domaine qu'il apprécierait d'autant plus après cette succession d'édifices vides à inspecter. Aldébaran était assez heureux d'avoir la présence de Mû à proximité, il devait bien se l'avouer. Il plaignait le Scorpion d'être aussi seul, et coincé perpétuellement entre des temples vides et hantés de souvenirs.
Aldébaran pénétra dans le hall du temple du Scorpion, plongé dans la pénombre. Seul le bruit de ses pas venait troubler le silence de la nuit. Le Taureau portait son armure d'or, et ses bottes en métal résonnèrent entre les colonnes du bâtiment à mesure qu'il le traversa. Il allait en atteindre la sortie quand il entendit un bruit de chute sourd. Cela provenait à coup sûr de la partie habitable du temple. Aldébaran tourna la tête en direction du son qu'il venait d'entendre. Qu'est-ce que c'était que ça ?
Le Taureau se tâta un instant à reprendre sa route en faisant fi de ce bruit étrange. Après tout, ce temple-là était gardé, et il n'avait aucune raison de s'y attarder. Au moindre problème, Milo était là pour se défendre. Seulement… Seulement voilà, son instinct lui criait que ce bruit était quand même suspect, même pour un temple habité, et qu'il ne perdrait rien à vérifier ce qu'il se passait. En plus, le Scorpion avait dû l'entendre aussi et devait déjà être en train d'enquêter sur la source du problème. Le Taureau toquerait à sa porte poliment, et il serait vite fixé. Ce n'était sûrement rien. Mais s'il demandait à Milo, il aurait la conscience tranquille. Qu'est-ce que cela lui coûtait de faire une petite vérification, après tout ?
C'est en sortant de cette réflexion que le Taureau fit un crochet vers les profondeurs du temple, jusqu'à arriver devant la porte des appartements privés du Chevalier d'Or du Scorpion. Il prit une inspiration, hésitant à déranger si tard le grec, et toqua à la porte. Le brésilien avait tendance à avoir la main lourde, alors même si Milo dormait, il ne pourrait que s'éveiller en l'entendant.
Seulement, après quelques secondes d'attente, le Taureau dut se rendre à l'évidence : personne n'allait venir lui ouvrir. Il insista, préoccupé.
Le Taureau n'entendait rien derrière le battant en bois lourd. C'était le silence complet. Il en vint même à se demander si la fatigue ne lui avait pas joué un tour, et s'il n'avait pas rêvé ce bruit sourd qu'il avait entendu. A présent, il s'inquiétait bien plus du fait que Milo ne lui ouvrait pas, alors qu'il faisait quand même un sacré raffut à la porte en tapant dessus. Il savait qu'il se ferait probablement engueuler lorsque le Scorpion lui donnerait gain de cause, mais il s'en fichait : la sécurité avant tout.
Pourtant, le Taureau eut beau attendre, rien ne se passa. Tout de même inquiet pour son frère d'armes, qui avait là un comportement inattendu, il décida d'essayer la poignée de porte. Sans succès, évidemment. Depuis quand est-ce que Milo s'enfermait chez lui ? Il avait toujours eu le sentiment que le temple du Scorpion était un endroit ouvert.
« Milo ! C'est Aldébaran ! J'ai entendu un bruit bizarre depuis chez toi. Je veux juste savoir si tout va bien ! »
Là encore, le silence se prolongea.
« Milo ! s'exclama le brésilien. Si tu n'ouvres pas, je vais avoir recours à la force, je te préviens ! »
Peut-être cela ferait-il bouger un peu le propriétaire du temple, se dit le deuxième gardien. Milo ne voudrait sans doute pas se retrouver avec une porte d'entrée fracassée pour rien.
Une minute de plus à attendre dans l'obscurité vint définitivement à bout de sa patience.
« Très bien, tu l'auras voulu, » gronda Aldébaran.
Le Taureau s'écarta de la porte et il chargea pour l'enfoncer d'un coup sec. Sous l'impact énorme de sa corpulence massive, le panneau en bois céda facilement.
Sans doute le deuxième gardien devrait-il s'excuser d'avoir défoncé sa porte d'entrée, mais Milo l'avait cherché. Il n'avait qu'à ouvrir aux gens. Après tout, celui-ci était censé garder son temple, et cette mission lui échoyait de nuit comme de jour.
Le Taureau s'avança dans la pièce à vivre du Scorpion, s'attendant à tout moment à ce que Milo ne se jette sur lui pour lui exprimer son mécontentement à coups d'Aiguille Ecarlate. Aldébaran s'enfonça un peu plus dans les appartements sans croiser personne pourtant, jusqu'à arriver dans la cuisine.
C'est là qu'il trouva Milo. Et en le découvrant par terre, et le teint pâle comme la mort, Aldébaran comprit tout de suite pourquoi il avait entendu ce choc sourd. C'était probablement le son qu'avait fait Milo en tombant au sol, emportant dans sa chute une bouteille vide, dont les restes étaient éparpillés autour de lui. Le Scorpion avait de profondes entailles au niveau des poignets, qui dégoulinaient de sang, et Aldébaran constata qu'un couteau rougeoyant trônait par terre près de la main droite du Scorpion.
Le chevalier se figea devant ce sinistre spectacle. Un « Milo » abasourdi se fraya un chemin entre ses cordes vocales. Il se rua immédiatement sur lui pour vérifier son pouls et sa respiration. Le cœur de Milo battait de manière erratique, mais il respirait toujours.
Aldébaran ne prit pas le temps de réfléchir. Il se saisit de la cape qu'il avait dans le dos et en déchira plusieurs pans pour faire un bandage improvisé sur les poignets ouverts du Scorpion. Le brésilien n'était pas très soigneux, mais le temps pressait, et il ne pourrait pas faire dans la dentelle. Il réalisa un bandage très serré, du mieux qu'il put pour stopper l'écoulement de sang, et il enflamma ensuite son cosmos pour essayer de ramener le Scorpion.
Au bout d'une dizaine de minutes, Aldébaran, très inquiet, constata que Milo avait fini par reprendre quelques couleurs. C'est à ce moment-là qu'il décida de soulever le Scorpion pour le porter jusqu'à son lit. Lorsqu'il se redressa, avec Milo dans les bras, son regard se posa sur une note que ce dernier avait laissée sur la table. Il déchiffra les mots irréguliers qu'avait écrits Milo, probablement peu de temps auparavant.
« Pardonnez-moi. »
Qu'est-ce qu'il lui avait pris ? se demanda Aldébaran, vivement inquiet. Heureusement qu'il l'avait entendu tomber ! S'il n'avait pas eu l'idée de venir vérifier, la garde dorée aurait diminué d'un chevalier important de manière inattendue. Aldébaran bénit son idée d'aller faire ce tour de garde. Il venait bel et bien de sauver la vie de Milo, dont le comportement l'étonnait au plus haut point. Depuis quand le chevalier d'or du Scorpion était-il aussi inconscient ? Une nouvelle guerre se préparait, et Milo était un des éléments les plus importants de l'armée d'Athéna. Il ne pouvait pas se permettre de partir de manière prématurée.
Nous ne sommes que des hommes, en vint à se dire le Taureau, qui posa le Scorpion sur son lit. Même quelqu'un d'aussi terrifiant et doué que son frère d'armes avait ses faiblesses. Mais cela n'excusait en rien son acte. Qu'un chevalier se mette minable en soirée, soit. Mais ça… Vraiment, c'était trop.
En plus, il avait croisé son confrère, ce jour-là, et il n'avait pas remarqué quoi que ce soit d'inhabituel dans son comportement. Le Scorpion avait affronté le Lion en combat amical – quelques bleus sur son corps en attestaient – et il avait ensuite pris le temps de discuter un peu avec lui, brièvement, mais toujours avec bonne humeur. Et douze heures plus tard, Aldébaran le retrouvait dans cet état. Il n'osait comprendre ce qu'avait voulu accomplir Milo. Avait-il projeté de mourir ? Ou était-ce un accident induit par l'alcool ? Parce que le gardien des lieux était vraisemblablement ivre, si l'on en croyait la bouteille vide qui avait trôné à côté de lui.
Aldébaran ne savait pas s'il devait s'emporter ou se sentir très triste pour Milo. De toute manière, ce qu'il avait vu n'augurait rien de bon. Pour lui, il y avait alcool, et alcool. Il avait lui-même quelques bouteilles chez lui, mais il préférait les ouvrir quand il avait de la compagnie, ou pour agrémenter un repas. Ce n'était pas la même chose de s'enfermer dans son temple et de boire une bouteille entière en pleine nuit, tout seul. Depuis combien de temps Milo faisait-il cela ? Était-ce quelque chose de régulier, ou l'avait-il attrapé à faire une bêtise isolée ?
Tout de même, frissonna Aldébaran en repensant à la scène. Il y avait le couteau, la note qu'il avait écrite… Non, cela ressemblait beaucoup à une tentative de suicide. Il n'y avait pas d'autre explication.
Aldébaran trouva une chaise pour s'assoir près du lit où il avait étendu Milo. Il vérifia à nouveau l'état de son frère d'armes. Son cœur battait de manière régulière, à présent. Et sa respiration était profonde. Milo l'avait échappé belle. Et manifestement, Aldébaran était arrivé peu de temps après qu'il se soit entaillé les poignets, ce qui lui avait évité de se retrouver dans un état plus grave encore.
Le Taureau bannit toute idée de rentrer à son temple pour cette nuit-là. Il devait rester jusqu'à ce que le Scorpion ne reprenne conscience. Il ne pouvait pas le laisser là, et en plus, il avait trop peur qu'il ne récidive. Il n'était pas si proche que ça du grec, mais il voulait savoir ce qu'il se passait. C'était grave, tout de même, ce qu'il avait découvert. Tellement grave qu'il ne savait pas trop quelle était la marche à suivre. Qu'allait-il faire, maintenant qu'il avait vu Milo de cette manière ? Devait-il en avertir la princesse Athéna ? Et s'il le faisait, comment réagirait la déesse ?
Aldébaran retira son casque à une corne et le posa par terre. Il ne savait pas quand Milo allait revenir à lui, alors, autant qu'il se mette à l'aise. Au moins, il pourrait reposer un peu ses jambes, à défaut de reposer son esprit.
Ce fut une quinzaine de minutes plus tard que Milo choisit de rouvrir péniblement les yeux. Aldébaran remarqua tout de suite le changement et posa sa main sur une de des épaules de son vis-à-vis.
Milo ramena son regard sur lui, un regard perplexe.
« Qu'est-ce que je fais là ? » marmonna-t-il dans un filet de voix.
Ses yeux prirent le temps de détailler le visage grave (et mécontent ?) d'Aldébaran au-dessus de lui.
« C'est une bonne question ! » gronda le Taureau.
Le grec fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que… Comment… »
Le regard du Scorpion tomba sur un de ses poignets. Il les scruta un instant, confus.
« Ça n'a pas marché » constata-t-il platement.
Le regard du brésilien se durcit en entendant ces paroles.
« Et ça aurait bien pu ! s'exclama-t-il, contenant à grand-peine sa colère. Je peux savoir ce que tu essayais de faire, Milo ?
- Je… »
Milo ne termina pas sa phrase. Ça aurait dû… marcher. Il n'avait jamais envisagé…
« Tu es complètement inconscient, ma parole ! s'emporta vivement le Taureau. Tu as bien de la chance que je sois passé par là cette nuit ! Que dirait Athéna en voyant un membre d'élite de sa garde se mettre dans cet état ! »
Le Scorpion ne répondit rien, et continua de rester silencieux, manifestement dans un état second. Il se sentait fébrile, et c'était comme s'il venait d'être repêché d'un trou noir.
« Qu'est-ce qui justifie que tu veuilles te faire autant de mal ? » l'interrogea Aldébaran, qui se calma un peu.
Milo le toisa de ses orbes bleu ciel, l'air profondément perdu.
« Me faire du mal ? Mais je… Je ne cherchais pas à me faire du mal ! déclara-t-il d'une voix instable.
- Et donc, tu choisis de t'entailler les veines en plein milieu de la nuit ! Moi, j'appelle ça te faire du mal, Milo ! s'énerva le brésilien.
- Je veux juste… Je veux simplement être en paix », avoua sourdement le Scorpion.
Aldébaran poussa un profond soupir. La nuit allait vraiment être longue. Quelle logique avait suivi le grec pour en arriver là ? Et surtout, pourquoi est-ce que personne ne s'en était rendu compte ? Pourquoi est-ce qu'il venait de tomber là-dessus sans prévenir ?
« Depuis quand est-ce que tu bois comme ça, aussi ? continua-t-il.
- Je ne sais pas… Je ne sais plus, chevrota la voix du huitième gardien.
- Milo… Tu es un chevalier d'or, lui rappela son frère d'armes. Ton comportement est inqualifiable. Tu en as conscience, j'espère ?! »
A ces mots, les yeux de Milo se mirent à couler tous seuls. Garder la face dans de telles circonstances était parfaitement dérisoire.
« Tu as raison… Je rate tout… Je suis trop idiot. »
Aldébaran se dérida un peu devant ce qu'il avait en partie provoqué. La détresse du Scorpion le touchait. Il pouvait ressentir sa peine d'ici. C'était comme si tout le corps de Milo dégageait son désarroi.
« Milo… Tu peux m'expliquer ton acte ? »
Le Scorpion ne se départit pas de son air malheureux, mais on sentit la résolution dans sa voix quand il répondit.
« Je suis désolé, Aldébaran. Je ne peux pas.
- Pourquoi ? s'étonna fortement celui-ci.
- C'est personnel, le renseigna sombrement son vis-à-vis. J'honore une promesse. Je ne peux pas t'en dire plus. »
Aldébaran prit une grande inspiration. Le Scorpion ne lui laissait vraiment pas d'autre choix.
« Très bien, Milo, accepta-t-il. Je le respecte. Mais dans ce cas, il va falloir que j'informe la déesse de ce qu'il s'est passé. Après ce que j'ai vu, on ne peut décemment pas te laisser seul dans ce temple. Surtout si tu ne veux donner aucune explication. »
A ces mots, Milo s'agita, pris de panique.
« Non ! cria-t-il. Tu ne diras rien ! »
Aldébaran fronça les sourcils. Il trouvait que son confrère n'était guère en posture de lui donner des ordres.
« Tu crois que tu vas m'en empêcher ?!
- Je t'en supplie, Aldébaran ! s'exclama le grec, au désespoir. Personne ne doit savoir !
- Pourquoi ? ne comprit pas le brésilien, irrité de le voir réagir ainsi. Tu es clairement en danger ! Je viens de te sauver la vie ! »
Milo secoua la tête.
« Personne ne doit savoir, s'entêta-t-il. Personne. Je… C'était une erreur, c'est tout.
- Comment tu peux dire ça, Milo ? s'agaça son frère d'armes. Tu essayes de te tuer et tu veux me faire avaler que c'est arrivé à ton insu ? »
Exactement, pensa très fort le Scorpion. Ce dernier souhaitait de tout son être que son confrère en conclue un bête accident, en dépit de toute logique.
« Milo, voulut le raisonner Aldébaran. Ta sécurité est en jeu. Et quand ta sécurité est en jeu, la sécurité du domaine entier est en jeu. Tu ne peux pas faiblir. Nous avons tous besoin de toi ici.
- Personne n'a besoin de savoir ce que j'ai fait ! le coupa le huitième gardien, paniqué.
- Milo, c'est pour ton bien ! tonna son confrère, à bout de patience. Tu ne comprends pas ?
- Aldébaran… essaya la voix brisée de Milo. Je ne pourrais pas le supporter. Je préfèrerais perdre mon titre de chevalier d'or plutôt que de penser que tout le Sanctuaire est au courant de mon déshonneur. »
Voilà qui était bien extrême, pensa le Taureau en se passant une main sur le visage. Le gardien des lieux ne lui facilitait pas la tâche.
« Ecoute, Milo. Peu m'importe comment, mais je veux te savoir en sécurité et en vie. Et pour moi, la seule façon de te maintenir en bonne santé parmi nous, tes frères d'armes qui t'estimons au plus haut point, c'est d'aller informer la déesse de ce qu'il se passe. Nous allons bientôt être en guerre, je le sens. Tu es un chevalier d'Athéna. Tu ne peux pas abandonner. Tu représentes un exemple de puissance et d'espoir. Nous ne pouvons pas nous passer de ta présence ! Tu nous es bien trop précieux ! »
Milo ferma brièvement les yeux. Sa mine devint grave. Aldébaran avait-il réussi à créer une brèche dans l'entêtement de son frère d'armes ?
« Aldébaran… J'ai un compromis à te proposer.
- Je t'écoute ? l'interrogea le Taureau, curieux.
- Tu me promets de te taire… proposa le Scorpion, soucieux. Et en échange, je te promets de ne plus jamais faire quoi que ce soit qui mettrait ma vie en danger… par moi-même. Exception faite pour les temps de guerre, tu sais bien que si je devais me sacrifier pour Athéna, je n'hésiterais pas.
- Tu me promettrais ça ? s'étonna Aldébaran, malgré tout méfiant. Et comment je peux être sûr que tu tiendras parole ?
- Je te le promets… En sachant que si je faillis à ma promesse, tu aurais le droit de briser la tienne et d'aller parler de ce que tu as vu à qui bon te semble. C'est ma condition. »
Aldébaran prit un temps pour considérer le marché. Vu l'état dans lequel il avait trouvé Milo, cela restait très risqué. Il n'avait aucune garantie réelle.
« Dans ce cas-là, laisse-moi ajouter la mienne. »
Milo le laissa continuer. Il n'était pas vraiment en position de force pour négocier, il le savait.
« Je ne sais pas ce que tu fais avec l'alcool, mais tu arrêtes, lui ordonna le brésilien. Tu peux boire de l'alcool, mais de manière raisonnable. Là, tu fais n'importe quoi. Je suis prêt à parier que tu as voulu accomplir cet acte en partie parce que tu étais ivre. J'ai raison, non ? »
Milo ne répondit rien, mais son air malheureux parla pour lui.
« Tu as combien de caisses d'alcool dans ce temple ? le questionna le deuxième gardien, inquisiteur.
- Je ne sais pas. Peut-être… cinq ou six, admit Milo d'une voix rauque.
- Fais-les disparaître, lui imposa Aldébaran. Pendant un mois. Tu feras ce que tu veux ensuite. C'est tout ce que je te demande. »
Milo essuya ses yeux d'un revers de main.
« D'accord, agréa-t-il entre ses larmes. C'est un marché. Je ne me ferai plus de mal, et je ne boirai pas d'alcool pendant un mois. Mais toi… Je t'en supplie… N'en parle à personne. »
Aldébaran lui offrit son assentiment muet en un hochement de tête. Il n'arriverait pas à savoir ce qui mettait Milo dans cet état, et quelle était la raison de sa tristesse, mais au moins, il venait d'avoir une meilleure garantie de sa sécurité. Et il ne manquerait pas de venir vérifier que son frère d'armes tenait parole.
« Milo, je ne sais pas pourquoi tu te sens aussi mal, mais sache que nous tous ici, nous t'apprécions et t'estimons énormément, lui rappela plus doucement le deuxième gardien. L'idée de te perdre est une pensée insupportable. Alors au nom d'Athéna et de tous nos frères d'armes… Il faut que tu te battes. On ne se connaît pas bien, c'est vrai, mais je sais que tu en as le courage. C'est ta force, sers-t'en ! »
Le Scorpion renifla.
« Merci, Aldé » prononça-t-il, un maigre sourire à travers ses larmes.
« Et ensuite ? voulut savoir Shion.
- Ensuite, compléta le Taureau, j'ai veillé sur lui le restant de la nuit, mais je n'ai rien pu en tirer de plus. Les jours qui ont suivi, je l'ai bien surveillé. Il avait l'air de s'être débarrassé de l'alcool, c'est vrai. Mais… Grand Pope, il serait trop dangereux d'ignorer la situation. Je considère qu'il trahit sa parole aujourd'hui en s'infligeant sa propre attaque, et je viens vers vous. S'il vous plaît. Il faut aider Milo. »
Shion ressentit une vive lassitude à ces paroles. Le cas de Milo semblait plus compliqué que ce qu'il n'avait pensé. Sur tout le Sanctuaire, il connaissait de bien meilleurs candidats à ce genre de comportements, et il n'aurait pas pensé le fier Scorpion capable de telles extrêmités.
« Et tu dis qu'il n'y avait pas de signes de ce qu'il allait faire avant ? s'assura le plus haut supérieur du domaine. Tu en es bien sûr ?
- Non, pas vraiment, réfléchit le Taureau. A vrai dire, je ne connaissais pas Milo si bien que ça. Et personne n'a jamais mentionné que Milo allait particulièrement mal, à l'époque. Comme je vous l'ai dit, je lui ai sauvé la vie complètement par hasard. Je ne pense pas qu'il aurait survécu si je n'étais pas passé dans le coin. »
Shion le regarda, pensif. Il venait d'apprendre des choses importantes, mais… Quelle serait la suite ?
« Est-ce que tu vas lui dire, Aldébaran ?
- Lui dire quoi ?
- Que tu m'as mis au courant de tout ça ?
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, lui avoua le brésilien, appréhensif.
- Ce serait peut-être une bonne chose, pourtant, le contredit Shion.
- Pourquoi ?
- Ça ferait de toi quelqu'un d'honnête à ses yeux, déjà, raisonna le chef du Sanctuaire. D'après ce que je comprends, c'était son souhait que tu ne divulgues jamais cet égarement. Maintenant que c'est chose faite, tu comprends bien que rien ne m'empêche, moi, d'en parler autour de moi. Ça ne lui fera pas plaisir de savoir que son secret n'en est plus un, mais c'est peut-être mieux pour lui qu'il en soit informé par toi plutôt que par quelqu'un d'autre.
- Vous allez rester discret, Grand Pope ? s'assura Aldébaran, qui se sentait coupable de son indiscrétion. Je vous en ai parlé, c'est vrai, mais je pense qu'il faut le crier sur tous les toits.
- Assurément, lui confirma l'ancien Bélier. Mais il faut que tu saches que si je le juge nécessaire, j'irai relayer cette information aux personnes que je souhaiterai. A part ça, le domaine sacré n'a pas besoin d'être mis au courant de l'intimité de l'un de ses membres d'élite. Vous êtes des chevaliers d'or, et représentez un exemple, et je ne veux en aucun cas entacher ce tableau auprès de vos subalternes. »
Aldébaran soupira, soulagé. Effectivement, il valait peut-être mieux qu'il aille parler à Milo lui-même, quitte à risquer de se prendre une Aiguille Ecarlate mal placée. De toute manière, c'était probablement une bonne idée d'aller s'enquérir poliment de son état.
« Aldébaran, j'ai une question à te poser, ajouta le Grand Pope après un silence. Est-ce que tu connais bien Camus ?
- Pas vraiment, non, lui répondit le brésilien, embarrassé. A vrai dire, je le connais encore moins que Milo. Je sais seulement qu'il est discret, peu sociable, et qu'ils sont en couple, tous les deux. Il faut dire qu'au Sanctuaire, il n'adresse la parole qu'à peu de monde, à part Milo, son disciple, et éventuellement, Saga et Shura.
- Donc tu ne saurais pas me dire si Camus est au courant de ce qu'il se passe vraiment ? l'interrogea encore Shion.
- Non, je ne saurais pas dire, désolé.
- D'accord, tant pis. »
Aldébaran le regarda, interdit. Il semblait attendre quelque chose.
« Alors, vous allez le faire ?
- Quoi donc ?
- Eh bien, engager un psychologue, comme je vous l'ai demandé.
- Je ne sais pas, Aldébaran, soupira son supérieur. Il faut que tu comprennes que la situation n'est pas simple. Je ne crois pas qu'un psychologue venant de l'extérieur de nos terres et qui découvrirait nos coutumes serait bien sensible à nos problèmes et notre mode de vie. Sans même parler du risque d'exposer notre existence au monde. En plus, on ne sait pas dans quel état est vraiment Milo.
- Mais Grand Pope ! s'exclama Aldébaran.
- Laisse-moi terminer, lui demanda calmement l'Ancien Bélier. Je n'ai pas dit que je n'allais rien faire pour l'aider s'il en a besoin. Je dois y réfléchir et peut-être m'entretenir avec la déesse. D'autres chevaliers pourraient avoir besoin des services de quelqu'un de doué en psychologie, mais je pense qu'il serait mieux de former quelqu'un de l'intérieur, si cette personne est d'accord. De toute manière, rien n'est fait.
- Je comprends, capitula Aldébaran.
- Pour ce qui est de Milo, je mènerai mon enquête, sois-en sûr, lui affirma Shion, déterminé. Je pense que la priorité est que j'évalue la situation avant que de décider quoi que ce soit.
- Merci, Grand Pope. »
L'atlante continua de le toiser de ses yeux améthyste.
« Est-ce que c'est tout ce dont tu voulais me faire part ?
- Je crois, oui.
- Très bien. Dans ce cas, je te remercie de m'avoir informé de ces éléments nouveaux. Mais il faut que je retourne à mon travail. Tu peux disposer, chevalier d'or du Taureau. »
Le ton définitif sur lequel avait été prononcé cette dernière phrase n'admettrait aucune objection, aussi, le Taureau se leva de sa chaise, fit un signe de tête déférent à son supérieur, et s'en fut tranquillement.
Une fois Aldébaran hors de sa vue, Shion poussa un soupir dépité. Ce que lui avait conté le brésilien était inquiétant, et très délicat. Ce n'était pas parce que le Scorpion avait fait une bêtise par le passé qu'il allait forcément la répéter. Cela ne servait à rien d'être alarmiste. En tant que chef du domaine sacré, il ne pouvait pas se le permettre. Mais il sentait que sur cette question particulière, il allait avoir besoin d'un avis extérieur.
« Dôhko, choisit-il d'appeler son frère d'armes télépathiquement. Viens au temple d'Athéna, s'il te plaît. J'aurais besoin de toi. »
