Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir! Je ne vous fais pas languir plus longtemps après le suspense que j'ai instauré au dernier chapitre, aussi, voilà le chapitre 13 de cette histoire! Il est un peu chaotique, mais j'espère qu'il vous plaira quand même. Camus va-t-il retrouver Milo? Les réponses sont enfin sous ces quelques lignes d'introduction.

Pour Miss MPREG : Merci beaucoup de ta review! Pour Camus qui doit retrouver Milo... Eh bien, je vais te laisser lire tout ça ci-dessous.

Merci à mes lecteurs et lectrices fidèles, et aux adorables reviewvers/euses! Bonne lecture à vous tous!


Chapitre 13 - Le pin parasol

Camus courait, courait, courait… Toujours plus vite. Ses pieds rebondissaient lestement sur les rocs de pierre. Leur unique destination, l'endroit où Milo était parti se réfugier après son coup d'éclat. La pluie avait commencé à tomber, en cette fin d'après-midi. Mais le Verseau n'en avait cure. En fait, il ne l'avait quasiment pas remarquée. Il avait uniquement en tête de rejoindre Milo. Un cataclysme se serait enclenché, que cela n'aurait pas arrêté sa course.

Tout le domaine semblait pris par la grisaille. Camus s'enfonçait au milieu des pierres calcaires et pointues des abords du domaine, guidé par le cosmos de son amant, qui résonnait au loin. Il s'éloignait des douze temples pour une partie plus sauvage du Sanctuaire, où il avait souvent joué étant enfant. Ou devrait-il dire, où Milo l'avait souvent entraîné pour jouer étant enfants. Bien sûr, c'était le Scorpion, enthousiaste, qui avait fait connaître au Verseau les joies de multiples aventures entre les rochers.

On pouvait entendre de plus en plus le bruit de la mer, non loin. La mer qui était à peu près aussi grise que le reste. C'est comme si le paysage lui-même s'était éteint. Tout semblait se perdre dans la brume de la pluie. Où était donc Milo ? Camus regardait de partout autour de lui, et cherchait de ses beaux yeux marins l'unique silhouette de l'homme qui saurait repeindre de couleurs vives, par sa seule présence, l'atmosphère grise. Son Milo… Le rouge de son Aiguille Écarlate était bien représentatif de tout son être. Pour Camus, le Scorpion était comme un papillon de jour au milieu d'une nuée de papillons de nuit. Une éclaircie au milieu de cette pluie.

Au bout d'un moment, et au détour d'un bond sur un rocher pointu, Camus finit par discerner une silhouette solitaire sous un arbre. Il n'avait même pas de doute quant à son identité. Il s'agissait effectivement de Milo. Il pouvait sentir son cosmos. Et puis aussi, le français aurait reconnu son amant à des kilomètres. A sa simple stature, à sa silhouette, à sa manière de se tenir. Le Verseau fut soulagé de le retrouver. Il avait eu tellement peur que le Scorpion ne soit allé se mettre en danger quelque part.

Il reconnut ce pin parasol, en s'en approchant plus. En fait, il aimait cet endroit. Il y avait passé beaucoup de temps à lire, ou à jouer avec Milo. D'ailleurs, il se rappelait bien qu'il avait essayé de se réfugier là lors des lourdes canicules. Mais en ce mois de mars, rien de tout cela. Une pluie fraîche accompagnait ses pas. Il n'était pas revenu là depuis très longtemps. Il se demandait s'il était même venu en ces lieux après son départ pour la Sibérie. Bizarre que Milo ait choisi cet endroit précis pour s'y réfugier.

Milo qui était d'ailleurs assis au pied de cet arbre, et qui avait la tête dans les mains. Camus passa sous les aiguilles du résineux et finit par s'arrêter tranquillement devant le Scorpion. Son amant n'avait même pas levé la tête, pourtant Camus savait que Milo était conscient de sa présence. Le Verseau n'avait pas besoin de voir le visage du Scorpion – il savait qu'il pleurait silencieusement.

Cette situation lui parut un peu étrange. D'habitude, en ce lieu, c'était Milo qui était venu le retrouver, et non l'inverse. Camus n'avait pas bien souvent eu besoin de chercher le Scorpion pour l'avoir auprès de lui. Et aujourd'hui, c'était lui qui lui courait après et qui essayait de le rejoindre.

Le Verseau finit par s'asseoir par terre, lui aussi, tout près de Milo. Il ne lui dit pas un seul mot. Il ne les avait pas. Alors, il s'avança et le cala progressivement entre ses bras. Milo enfouit simplement sa tête dans sa poitrine. Ils étaient tous les deux trempés par la pluie, et ils frémissaient un peu. Leurs chevelures dégoulinaient d'eau. Et les larmes de Milo coulaient toujours sans un bruit.

Camus et Milo restèrent là quelques minutes sans rien dire. Le Verseau préférait attendre que Milo se calme. Il le berçait doucement. Il avait le temps. Il avait l'éternité devant lui pour s'occuper de son amant. Cela prendrait le temps que cela prendrait, mais cela finirait par s'améliorer, se promit-il intérieurement.

Milo finit par arriver à cesser de pleurer, progressivement. Il gardait les yeux fermés, et il était toujours calé contre le torse ferme du maître des glaces, si bien que ce dernier ne pouvait voir son expression. Ce fut le Scorpion qui décida briser le silence.

« Tu ne devrais pas te trouver là. Tu es trempé, et tu vas aggraver ta fièvre. »

A qui la faute ? pensa le Verseau. Camus ne se sentait effectivement pas très bien. La course l'avait fatigué, et ses vêtements trempés lui donnaient froid. D'ailleurs, fait rare, il frissonnait contre son amant.

« Pardonne-moi pour tout à l'heure, Milo, murmura Camus sans se soucier de cette mise en garde. J'ai dit des choses qui dépassaient largement ma pensée.

- Il n'y a rien à pardonner, répliqua Milo sourdement. Parce que tu as raison sur toute la ligne.

- Je suis sorti de mes gonds, s'excusa encore Camus qui ne l'écouta pas. Je t'ai dit des choses horribles.

- Non…

- Si. J'ai eu tellement peur, Milo. La personne la plus décevante de nous deux, c'est moi. Je n'ai rien su voir. C'est pour cela que je te demande de me pardonner. »

Milo s'agrippa un peu plus fort à Camus.

« Tu n'es pas décevant, Camus, s'entêta Milo. Tu ne l'es jamais. Si tu tiens vraiment à avoir mon pardon, je te le donne.

- Merci, Milo. »

Il y eut un silence entre eux, qui fut interrompu par une vague de tremblements que le onzième gardien n'arriva pas à contenir.

« Camus ? » fit Milo en relevant finalement la tête. Il plongea son regard pour la première fois dans celui de son vis-à-vis pour l'observer réellement.

« Camus, tu es trempé. Tu trembles. Il vaut mieux qu'on rentre. Tu es en train de t'affaiblir encore plus.

- Je vais bien, Milo, nia courageusement son amant.

- Ne me mens pas, rétorqua le Scorpion avec une douceur ferme dans la voix. On rentre, et puis c'est tout. »

Camus ferma les yeux. Oui. Il avait froid. Il était crevé. Ses muscles lui faisaient mal, et il sentait poindre un mal de tête depuis quelques minutes.

« Que tout ça ne te fasse pas croire… Qu'on n'en parlera pas une fois rentrés. Je crois qu'il serait bon qu'on discute calmement, cette fois-ci. »

Milo le regarda d'un air neutre et hocha simplement de la tête. Et sans bien lui demander son avis, il attrapa Camus, le cala entre ses bras et se leva rapidement, soulevant son amant. Le Verseau n'apprécia pas d'être materné de la sorte.

« Milo… Qu'est-ce que tu fais ?

- Tu poses souvent des questions dont tu connais la réponse ? Je te porte.

- Je le vois bien ! Mais je sais marcher, protesta-t-il.

- J'espère bien. Mais tu es fatigué, et ça ira plus vite comme ça. »

Camus contint un soupir. Il était trop las pour s'offusquer. Il savait que Milo avait raison. Et il n'en pouvait plus de courir partout. Il ne voulait qu'une chose, c'était retrouver la chaleur d'un temple.

« Très bien. Tu as intérêt à me prouver que tu n'as pas perdu ta vitesse.

- J'y compte bien, répondit Milo avec un sourire en coin. Chez toi ou chez moi ?

- Chez toi », murmura Camus.

Milo donna son assentiment en un bref hochement de tête et il partit à une vitesse surprenante, même pour le Verseau. Camus était toujours calé dans ses bras, et il sentit à peine Milo bouger, alors que les rochers défilaient devant lui. Sa requête muette serait facilement exaucée : le temple du Scorpion serait très vite en vue.

« Pourquoi… cet endroit ? demanda Camus au milieu de sa course.

- Une vieille habitude, répondit évasivement le Scorpion en sautant habilement sur un gros rocher.

- J'aime bien cet arbre, dit le Verseau à mi-voix.

- Je sais », répliqua le Scorpion qui continuait ses grandes enjambées.

Milo finit par le mener à bon port : le temple du Scorpion se dessina devant eux progressivement, au rythme des sauts habiles de son propriétaire. Camus avait calé la tête dans le giron de Milo et se laissait porter comme une mariée. En d'autres temps, il aurait protesté, il se serait indigné d'avoir à passer pour un assisté, mais au fond, les circonstances étaient exceptionnelles. Il avait froid, et il voulait avoir Milo contre lui. Ne plus le lâcher maintenant qu'il l'avait retrouvé.

En entrant dans son salon, Milo posa délicatement Camus sur son canapé.

« Il faudrait que tu te sèches et que tu te réchauffes, observa le Scorpion.

- Allons à ta salle de bain, toi aussi, tu en as besoin.

- Je vais nous chercher des vêtements secs dans la chambre. Vas-y, je te rejoins.

- Merci. »

Milo se dirigea vers la chambre sans vraiment demander son reste, et Camus investit la salle de bain. Il ôta rapidement ses vêtements mouillés, et se précipita sous un jet d'eau brûlante. Elle était un peu trop chaude, peut-être, mais il était frigorifié, alors, il ne voulait pas baisser la température.

Le Scorpion ne perdit pas tant de temps que ça à le rejoindre, après avoir posé une pile de vêtements sur une chaise. Il ébroua un peu sa chevelure bleu-violet, geste futile, puisqu'il allait rejoindre Camus sous la douche, et il se défit de sa tenue trempée. Il arborait un air grave sur son joli visage.

Il se glissa plutôt discrètement aux côtés de Camus, qui s'était appuyé les yeux fermés face au mur. Il semblait pris dans une méditation intense. Milo pouvait presque entendre les rouages de son esprit fonctionner. Lorsque le Scorpion passa un bras sous l'eau, il eut presque un sursaut.

« Elle est brûlante ! »

Camus rouvrit les yeux et tourna la tête vers lui. Son expression, encadrée de mèches bleu-vert trempées, avait l'air plus vulnérable que d'accoutumée.

« Je sais. J'aime bien comme ça. »

Milo hocha la tête de dépit. Il n'allait pas lui refuser sa nouvelle lubie.

« D'accord… »

Le Scorpion prit le temps de s'habituer à la température un peu haute de l'eau avant de venir lui prendre la main, d'un geste simple et tendre. Contrairement à ce début d'après-midi, il n'avait aucune intention lubrique à l'esprit. Non, il cherchait simplement à renouer avec le Verseau, dont la forte colère l'avait quand même beaucoup remué. Alors il tentait un rapprochement plus romantique.

Le reste fut calme. Aucune parole ne fut échangée entre eux durant le temps de leur douche. Ils se lavèrent mutuellement, tendrement, mais rien de plus n'arriva réellement. Ils n'avaient pas vraiment le cœur à ça. L'heure était grave, et ils trouvaient assez futile d'essayer de détendre l'atmosphère vainement. Peut-être l'avaient-ils trop fait. Alors les caresses restèrent chastes, même si toujours attentionnées, et leurs visages sérieux.

Toujours aussi silencieusement, ils se rhabillèrent de sec et revinrent prendre place dans le salon. Le Verseau était heureux de se trouver là plutôt que dans son temple. Là-haut, il avait l'impression que quelque chose manquait ; il trouvait le temple de Milo plus chaleureux, même si moins bien rangé. Le temple du Scorpion respirait leur présence commune. Le fait qu'ils y vivaient tous les deux. Et puis, c'était chez Milo qu'ils s'étaient avoué leur attirance, pas chez lui. En plus, il savait instinctivement que Milo se sentait mieux lorsqu'ils restaient dans son temple. Camus ne s'expliquait pas bien pourquoi, mais le Scorpion ne semblait pas énormément à l'aise dans son temple à lui. Encore un mystère à ajouter à la liste, pensa-t-il.

Son amant le tira de ses réflexions en mettant une couverture bien chaude sur ses épaules, et en disposant sur la table basse devant lui une tasse de thé fumante. Milo était si… serviable.

« Tu devrais la boire, retentit le timbre attentif du Scorpion, qui s'assit auprès de lui sur le canapé. Tu n'as pas l'air au mieux de ta forme.

- Merci », répondit simplement Camus, ignorant l'observation certes vraie, mais peu flatteuse de son amant.

Milo s'était calé profondément dans son assise et l'observait avec attention, d'un regard pénétrant et troublant. Il semblait attendre. Peut-être que Camus parle, que Camus pose des questions… Mais devant la masse de choses qu'ils avaient à se dire, il ne savait pas trop par où commencer.

Camus prit la tasse que Milo lui avait généreusement servie, et il la sirota avec précaution – elle était encore très chaude. Il passait en revue ses questions dans sa tête, tout ce qu'il voulait dire, et ne pas dire, tout ce qu'il voulait savoir… Mais ce qu'il voulait, surtout, c'était trouver une solution au problème. Il commençait à le sentir, lui aussi, maintenant que Shion avait mis le doigt dessus… Milo souffrait peut-être réellement de toute cette communication qui ne marchait pas entre eux. Ce constat ne le mit pas de bien meilleure humeur. Le Verseau se savait peu enclin à se dévoiler. Il était taciturne, réservé… C'était dans sa nature. Alors pouvait-il vraiment blâmer Milo de ne pas savoir lui parler ? Il n'en savait rien… Il était déboussolé. Justement, auparavant, le Scorpion ne semblait guère se préoccuper d'avoir des vraies réponses de sa part. Milo parlait, parlait, parlait… Sans beaucoup de complexes. Il était beaucoup plus… Spontané. Rien à voir avec l'homme en face de lui, qui le dévisageait de cet air grave.

« Je crois que… Nous avons beaucoup de choses à mettre au point », finit par dire Camus, qui reposa sa tasse à moitié vide sur ses jambes. Il tourna la tête vers Milo pour accrocher son regard, et seul un hochement de tête lui fut rendu.

Milo détourna les yeux un instant. Il semblait perdu dans ses pensées. Lorsqu'il releva la tête pour revenir poser son regard sur son amant, il déclara :

« Camus, je sais que… Tu dois avoir beaucoup de questions. Mais en fait… Je me rends compte que j'en ai aussi. Toi, tu as écouté l'histoire de Shion… et moi, je ne sais toujours pas quoi penser de beaucoup de tes actes. Tu sais… On n'a jamais vraiment reparlé de… enfin, ce qui est arrivé depuis ta première mort, et je ne suis même pas sûr d'avoir vraiment tout compris de ça non plus. »

Si Camus était surpris de la requête, il ne le montra absolument pas. Il n'aimait pas se dévoiler, certes… Mais s'il devait demander des réponses à Milo à propos de son comportement, peut-être qu'il avait lui aussi le devoir d'être honnête avec lui. A jeu égal, chacun répondant aux interrogations de l'autre, tous les deux auraient moins l'impression de se livrer à un interrogatoire désagréable.

« Très bien, concéda Camus calmement. Tu peux me poser tes questions, Milo.

- Et tu y répondras ? fit ce dernier, incrédule.

- Je ferai de mon mieux. Voici ce que je te propose, réfléchit le Verseau en l'observant. Puisque nous semblons tous les deux avoir beaucoup de choses à nous dire, peut-être pourrions-nous poser une question chacun, à tour de rôle. Evidemment, je voudrais régler le plus gros du problème maintenant… Mais je ne veux pas te forcer à tout dire d'un coup. On peut aussi espacer cette conversation dans le temps si tu y tiens. »

Milo garda le silence quelques instants, et il donna son assentiment en un hochement de tête, appuyé d'un « d'accord » à voix basse.

« Qui commence, alors ? demanda le Scorpion.

- Je peux ? hésita Camus.

- Oui. »

Le Verseau le dévisagea un instant. Il fallait qu'il pose une question qui lui semblât pressante maintenant. Il ne savait pas combien de questions il aurait le droit de poser pendant cette « session ».

« Tu as une réserve d'alcool ici ? Ou même chez moi ? »

Milo haussa les sourcils, étonné. Pourquoi cette question en premier ?

« Non », répondit-il simplement.

Camus réprima un soupir de soulagement. Pas de réserves voulait dire, moins de risques de bêtises. Donc un danger en moins. Il incita d'un signe de tête Milo à poser sa question. Le Scorpion ferma les yeux, mais finit par se lancer.

« Pourquoi… Pendant la Bataille du Sanctuaire… Pourquoi avoir laissé passer Seiya et Shun ?

- Leur sort ne me concernait pas, fit Camus sur un ton égal. Je ne les avais pas éduqués. Je me doutais bien qu'ils allaient finir par arriver jusqu'en haut. S'ils avaient pu passer ta maison… Ils auraient passé la mienne encore plus facilement.

- Ne dis pas ça. Nous sommes égaux, tu le sais bien. Nos affrontements dureraient mille jours.

- Je n'y tiens pas », répliqua Camus avec l'ombre d'un sourire.

Milo lui rendit à son tour un pauvre sourire qui montrait bien qu'il n'était pas bien à l'aise. Cet exercice était ardu, mais nécessaire.

« A toi, Camus.

- Tout à l'heure… Tu as dit que… Ce jour-là, tu voulais… mourir pour me rejoindre. Milo… Pourquoi ? »

Cette question-là faillit révéler l'émotion sous le masque du chevalier des glaces. Même s'il employait toute son énergie à rester neutre, les paroles de Milo l'avaient beaucoup remué. Milo qui parut sincèrement très surpris de cette interrogation.

« Comment ça, pourquoi ? fit-il dans un froncement de sourcils. Elle est bizarre, ta question… Parce que je t'aime, tout simplement… Je ne sais pas trop quoi te dire de plus…

- Tu m'aimes vraiment au point de vouloir tout abandonner ? demanda encore Camus d'une toute petite voix.

- Si tu me perdais, raisonna Milo, qu'est-ce que tu ressentirais, Camus ?

- Je… Je ne sais pas, fit-il. Je… Je crois que je ne peux pas me l'imaginer. C'est… Cela doit être ma plus grande peur. »

Le Verseau avait baissé les yeux à cet aveu.

« Je ne sais pas trop quoi te dire pour me justifier… fit Milo pour combler le silence. J'ai tout fait pour tenir, même sans toi. Mais c'était très difficile. Avec le temps, j'avais fini par me demander si j'allais vraiment cesser d'avoir mal… Et comme j'en étais venu à la conclusion que ça n'allait jamais arriver…

- Tu préférais essayer d'abréger tes souffrances, compléta Camus d'une voix monocorde.

- Ouais… »

Camus prit la main d'un Milo qui avait un air profondément mélancolique au visage. Le Verseau se dit qu'il l'avait quand même rarement vu comme ça. Milo et mélancolique dans la même phrase… On aurait cru une blague, un oxymore.

« Milo… Je suis là, maintenant… Et tu vas en voir le bout, je te le promets. Tu sais… Je suis sûr que même si je n'avais plus été là… Tu aurais fini par avoir moins de peine, avec le temps. Parce que tu es courageux. Tu sais bien que ce n'est pas donné à tout le monde. »

Le Scorpion resserra sa prise sur la main de Camus. Il était touché par ses mots, même s'il n'était pas si sûr que Camus aie raison. Il ne savait pas s'il en verrait le bout réellement un jour. Et il pensait définitivement que sans lui à ses côtés, l'espoir n'était pas permis. Mais il y avait le toucher de cette main dans la sienne, qui lui rappelait que le destin avait fini par écouter ses prières et ramener son amant à ses côtés. Alors, il avait envie de croire le français, qui semblait si sûr de lui, et si plein d'espoir.

Le Verseau inclina la tête. Il attendait manifestement une nouvelle question de la part du Scorpion.

« Ça t'étonne tant que ça, que j'aie voulu mourir pour toi ?

- Tu n'as pas voulu mourir pour moi, pinailla le Verseau. Tu as voulu mourir à cause de moi. Ce sont deux choses différentes.

- Pas tant que ça, le contredit tout de suite Milo. Tu vois bien que la cause est la même.

- Je le sais. Mais l'acte de se sacrifier pour le bien d'une personne chère est quand même bien différent que de celui de vouloir tout abandonner parce qu'elle n'est plus là.

- Et t'en connais un rayon, toi, hein, dans tout ce qui est te sacrifier pour une personne chère… » bougonna Milo sans réfléchir.

Camus retira la main qui était dans la sienne pour venir croiser ses bras sur son torse.

« Je peux savoir ce que ça veut dire, ça ? s'offusqua-t-il derechef.

- Rien », marmonna Milo entre ses dents.

Mais le Verseau ne lâcha pas l'affaire aussi facilement. Il n'avait pas aimé cette insinuation.

« Ah non ! s'énerva-t-il. Tu vas me faire le plaisir de me répondre ! Je peux savoir ce que tu me reproches, au juste ?

- C'était une observation, c'est tout », grinça le Scorpion de mauvaise foi.

Cela eut le don de faire monter encore la colère de Camus d'un cran. Il détestait quand Milo s'amusait à lui mentir ouvertement, comme ça, sans aucun remords. Il se sentait complètement bafoué.

« Cesse de me mentir, Milo, siffla le Verseau sur un ton dangereux. Si c'est pour me parler de comment je suis mort… Et puis d'abord, tu n'as pas à me reprocher mes actes ! C'était mon devoir que de me sacrifier pour mon disciple ! Je devais lui apprendre ma technique ultime ! Nous étions dans le tort, nous autres chevaliers d'or, et tu le sais aussi bien que moi. Mon sacrifice faisait sens !

- Et moi ! Tu as pensé à moi ? s'exclama Milo. Non, hein ! Tu n'y as pas pensé une seconde. Normal ! Il est fort, Milo ! Il est souriant ! Il va s'en sortir sans moi ! Tu parles ! Tu sais quoi Camus ? Tu crois que t'as fait preuve d'altruisme en faisant ça ! Mais t'es qu'un égoïste ! »

Milo vit Camus verdir sous l'accusation. Son regard se fit aussi glacial que le vent de Sibérie.

« Égoïste, répéta-t-il froidement. C'est tout ce que tu penses de moi ? »

Camus se leva de son séant et lui tourna le dos pour partir. Milo comprit tout de suite son erreur.

« Non ! Camus, attends !

- Laisse-moi, Milo. J'ai besoin de réfléchir un moment », lui parvint la voix blessée de Camus, qui s'éloigna pour de bon.

Le Verseau ne partit pas loin, néanmoins. Il alla simplement dans leur chambre et il ferma la porte délicatement, malgré sa colère. Il avait compris qu'il valait mieux qu'il ne la laisse pas retomber sur Milo. Et ses paroles l'avaient peiné au-delà du possible. Comment osait-il dire de lui de telles choses alors qu'il avait fait ce sublime geste pour aider son disciple ! Ne le comprenait-il donc pas à ce point ?

Dans le salon, Milo poussa un profond soupir découragé. Ce n'était vraiment pas gagné. Il ne savait pas ce qu'il lui prenait, en ce moment. Il avait l'impression de se mettre en colère pour tout et n'importe quoi. Et même ce constat-là l'énervait. Il n'arrivait à rien ! Même pas à parler calmement avec son amant ! L'amour ne réglait pas tout. D'ailleurs, il était la source de bien de ses souffrances antérieures. Mais Camus n'y comprenait rien ! Il voyait tout de travers ! Il n'avait pas vécu cette douleur agonisante et brûlante, de vivre l'horrible impression que son corps est devenu un habit trop grand pour son âme. Cette sensation de froid mordant et ironique, en l'absence de son morceau de banquise favori. Milo en voulait effectivement à Camus de s'être laissé vaincre bêtement, sans même penser que sa vie avait assez de valeur pour vouloir la préserver ! Il ne se rendait pas compte ! Pour lui, il avait plus de valeur que tous les joyaux du monde ! Et il était parti comme ça alors qu'il aurait pu se rendre. En plus, le Verseau lui avait ouvertement affirmé qu'il savait bien qu'il n'aurait pu empêcher les chevaliers de bronze de passer. Camus avait sacrifié sa vie, et Milo ne comprenait que très mal pourquoi. Il y avait bien d'autres manières d'enseigner une technique qu'en mourant, non ? Et puis, pourquoi ce psychopathe de canard s'amusait à tuer ses proches, comme ça ? Et lui-même encore, pourquoi n'était-il pas intervenu ? Et là ! Il était complètement idiot. Il blessait Camus alors qu'il ne voulait que le contraire ! Il n'était pas fichu d'aligner trois questions sans s'énerver !

Ce n'était plus possible. Pourquoi ratait-il tout, comme ça… ? Et si un jour, Camus en avait marre ? Si un jour, il se lassait de ses colères, de ses faiblesses… De lui ? Que ferait-il alors ?

Milo sentit une vague de culpabilité mordante s'échouer sur lui. Doublée d'une angoisse aussi prenante. Il eut peur tout d'un coup que Camus lui en veuille suffisamment pour le laisser. Et s'il venait de commettre l'irréparable en disant n'importe quoi ? Et s'il ne l'avait pas fait maintenant, il en était complètement capable encore ! C'est vrai. Camus était déjà suffisamment conciliant d'être resté aujourd'hui. Mais demain ? Et le jour d'après ?

Il ne se comprenait plus. Pourquoi n'était-il plus comme avant ? Qu'est-ce qui lui prenait ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement être cette personne que Camus aimait ? Il avait l'impression d'apprendre à son amant à le détester de jour en jour! Et c'était insupportable !

Le Scorpion se rendit compte subitement de son état de nerfs. Son humeur avait fait une chute libre et soudaine. Il avait l'impression d'avoir mal partout à présent, tant sa détresse était grande, même s'il n'y avait aucune douleur physique. Tout son corps était tendu, et il ne savait pas si c'était la douleur, la peur ou la culpabilité qui lui donnait la sensation qu'il allait imploser. Et au milieu de ses pensées sombres, il finit par ressentir cette sorte d'urgence instinctive, qu'il reconnut tout de suite… Pour se distraire de sa douleur mentale, il avait envie de…

Milo regarda sa main droite, sur laquelle son ongle meurtrier avait poussé, une fois de plus. Il pouvait le faire. Cela ne prenait qu'une seconde. Juste pour oublier, se concentrer sur la sensation de brûlure dans sa peau, plutôt que celle de la brûlure dans son cœur.

Non ! se reprit-il, au prix d'un contrôle de lui-même très désagréable. Il avait promis à Camus… Il avait promis sur sa tête… Il ne fallait pas qu'il cède, même s'il en avait très envie…

Le Scorpion finit par comprendre, au bout de quelques minutes, qu'il n'arriverait pas à se contenir seul. Le silence du salon lui pesait de plus en plus. S'il restait isolé, il risquait de faire une bêtise.

Tremblant, il décida de se lever. Camus lui avait demandé de le laisser seul. Il risquait de se mettre en colère contre lui. Mais Milo ne pouvait pas briser sa promesse. Et il avait bien trop peur que le contrôle lui échappe, que l'envie soit trop forte s'il restait dans son salon à se morfondre.

Il fit quelques pas, lentement, pour se diriger vers sa chambre. Camus… Il avait dit des choses cruelles. Il regrettait. Il regrettait trop. Il fallait qu'il… Non. La porte, concentre-toi sur la porte, se dit-il, pour s'aider à avancer. La porte… Frapper à la porte. Voilà. Oublier le reste.

Ses doigts virent taper le bois devant lui. Lentement. Sans rythme bien naturel.

De l'autre côté, Camus boudait, manifestement. Milo n'eut aucune réponse. Il s'en doutait un peu, même s'il n'aimait pas ce silence… Et s'il n'y avait plus personne derrière cette porte ? Et s'il avait rêvé que Camus…

« Camus ? appela-t-il d'une voix tremblante. Camus… Je suis désolé mais je… Aide moi, je crois que je… J'ai envie de… Je… »

La porte s'ouvrit instantanément. Le Verseau lui offrit un visage neutre, et dans son regard, luisait encore une lueur très mécontente. Mais ce même regard tomba instantanément sur la main droite de Milo, qui n'avait pas rétracté son ongle meurtrier.

« Je t'ai promis que je le ferais plus… Mais si je reste seul… Je vais… Je risque de céder… » continua Milo confusément.

Camus écarquilla les yeux, sa colère momentanément oubliée, et il attrapa vivement la main de Milo pour te tirer après lui. Il le fit s'asseoir directement sur le lit, et il le cala sans beaucoup de forme de procès fermement entre ses bras. Le Verseau garda une main préventive sur celle de Milo, qui restait prête à frapper.

« Tout va bien, Milo, fit-il à voix basse. On va rester comme ça jusqu'à ce que l'envie passe. On a le temps. »

Camus sentait Milo trembloter contre lui. Il y avait vraiment du chemin à faire pour qu'il aille mieux, se dit-il avec lassitude.

« Camus… J'ai dit des choses horribles, je…

- Chhht. Tais-toi, lui intima le Verseau. On reparlera de ça plus tard, sois en certain, mais là, tout de suite, n'y pense pas. Il faut que tu te concentres sur autre chose. Par exemple… Ta respiration. Occupe-toi de respirer profondément. »

Il sentit, contre lui, Milo essayer de prendre une inspiration plus profonde.

« Tu sens le rythme de ma respiration ? » lui demanda calmement le français.

Il eut droit à un hochement de tête succinct.

« Très bien. Dans ce cas, essaye de caler la tienne sur le même rythme. Concentre-toi uniquement là-dessus. »

Il y eut un silence, durant lequel Milo fit des efforts pour essayer de sortir cette horrible envie de sa tête. Il fit ce que Camus lui avait demandé. Mais il y avait ce malaise, cette brûlure en lui… Il avait du mal à le faire partir.

« Camus, l'appela-t-il au bout de quelques minutes. J'ai tellement mal.

- Où ça ? s'inquiéta tout de suite le Verseau. Où tu as mal, Milo ? Tes blessures d'avant-hier, est-ce qu'elles…

- Non… le coupa la voix lasse du Scorpion. C'est pas ça.

- Alors, où ça ? Dis-moi.

- Partout, murmura Milo. Je ne sais pas. Là, surtout... »

Milo avait posé sa main sur son estomac pour illustrer son propos. Camus fronça les sourcils. En réponse, il lâcha momentanément l'autre main du grec, qu'il tenait par prévention, et il la posa à son tour là où Milo avait montré.

« Là ? Je ne sens rien… hésita-t-il.

- Ce n'est pas physique, expliqua le Scorpion. Quand je me sens mal, mentalement… Je le ressens à cet endroit.

- Ton estomac ?

- Je sais pas… Toute ma poitrine, même tout mon corps… Tout me fait mal… C'est pour ça que je… Je veux juste concentrer ma douleur ailleurs… Me blesser… Ça distrait mon attention…

- Tu ne feras rien de tout ça, l'avertit Camus froidement. Je ne te le permettrai pas.

- Ça continue de faire mal, fit-il d'une voix rauque. Je sais plus quoi faire…

- Te blesser n'est pas la solution, Milo, déclara son amant avec détachement.

- Mais j'ai mal ! gémit-il en réponse.

- Milo, écoute-moi. Tu ne te ferais pas du bien en aggravant tes blessures. Je te promets que tu vas finir par te sentir mieux. Il faut attendre que ton envie passe. Je te jure qu'elle va partir. Sois courageux ! »

Pour appuyer ses propos, Camus replaça sa main sur celle de Milo.

« Il faut que tu t'occupes l'esprit, en attendant. Continue à respirer comme je te l'ai dit. Concentre ton attention sur quelque chose… Par exemple… Essaye de trouver le plus de noms possible de personnages dans un univers que tu aimes bien. Tu penses que tu peux faire ça ? »

Le Scorpion hocha la tête et enfouit son visage dans le cou du maître des glaces. Il commença à égrener des noms de personnages fictifs dans sa tête. En prenant une franchise comme Star Wars, par exemple… Ou Marvel… Il y avait de quoi faire…

Les minutes s'égrenèrent lentement. Ni l'un ni l'autre ne changèrent de position. Camus attendait simplement que Milo lui dise son état. Il n'y avait pas grand-chose à faire qu'attendre qu'il aille mieux tout en affichant simplement son soutien et sa proximité. Il en était certain. Il avait un peu mieux compris cette tendance que Milo avait de vouloir se blesser lorsqu'il était mal. Il cherchait simplement à oublier ce qu'il avait en tête. Mais Camus considérait la pratique malsaine et faussement séduisante. Milo ne se rendait pas service du tout en voulant se frapper de son attaque. Il ne ferait qu'accentuer sa douleur mentale par sa douleur physique et il n'en avait clairement pas besoin. Néanmoins, le Verseau était tout de même heureux d'une chose : Milo était venu le chercher malgré sa colère précédente, et il lui faisait suffisamment confiance désormais pour être vu dans cet état. Même si Camus se doutait qu'intérieurement, son arachnide ne devait pas apprécier tant que ça de se montrer ainsi. Mais le français préférait mille fois avoir dans les bras son amant blessé dans sa fierté, plutôt que le retrouver en train de se vider de son sang dans le salon. Même si Milo n'avait pas l'air de s'être débarrassé de son problème, il avait au moins fait l'énorme pas en avant de chercher de l'aide auprès de lui. Chose qu'il n'aurait pas faite quelques jours plus tôt. Camus s'en sentait flatté, même s'il trouvait que cette responsabilité était écrasante. Soutenir Milo à bout de bras… Il ne savait pas combien de temps ce serait possible pour lui. Il l'avait fait deux jours et résultat, il était tombé malade. D'ailleurs, il se sentait un peu fiévreux, toujours, même s'il faisait tout son possible pour rester stoïque et ne pas inquiéter son amant.

Une dizaine de minutes passa ainsi sans que l'un et l'autre ne parlent. Ce fut au bout d'un moment que Camus vit Milo faire un mouvement pour se désengager un peu de leur étreinte. Il le laissa doucement se défaire de ses bras.

« Je… Je crois que je me sens mieux », fit Milo en baissant les yeux.

Camus jeta un œil rapide à la main qu'il avait toujours dans la sienne. L'ongle rouge de Milo avait disparu. Il ne voyait que le teint bronzé de la main de son amant sous la sienne. Le Verseau en fut soulagé. Il avait l'impression d'avoir plutôt assuré, cette fois.

« Tant mieux, murmura le Verseau, qui remonta la main sous le menton de Milo pour qu'il croise son regard. Tu as bien fait d'être venu me voir. Si tu te sens à nouveau comme ça, je t'en prie, viens me déranger. Quelles que soient les circonstances. Je serai là. »

Milo ferma les yeux un instant et hocha silencieusement de la tête.

« Merci, Camus. Excuse-moi pour tout à l'heure. Tu n'as rien d'un égoïste. Tu es la personne la plus généreuse que je connaisse… »

Camus le considéra un instant, insondable.

« Excuses acceptées », annonça-t-il seulement.

Et pour faire bonne mesure, il embrassa son Scorpion sur la joue. Milo lui fit un maigre sourire.

« Je suis désolé de m'être énervé comme ça, s'excusa-t-il encore. On essaye de parler, et je fais n'importe quoi… »

Le Verseau se contenta de le regarder avec neutralité. Milo continua :

« Ce qui s'est passé ce jour-là... C'était tellement horrible. Je crois que j'ai besoin d'un coupable et j'en trouve plein… C'est difficile. »

Camus le considéra et hocha de la tête.

« Milo, ce qui s'est passé est passé. Il me semble qu'il est vain de chercher un coupable, et encore plus de se perdre en conjectures. Les circonstances étaient compliquées, et tu le sais. »

Le français vit une lueur un peu blessée passer dans les yeux de son vis-à-vis.

« Je ne cherche pas à invalider ce que tu ressens, Milo, fit-il pour rattraper sa potentielle indélicatesse. J'ai peine à imaginer ta douleur et je ne te blâme pas pour tes sentiments. Nous n'avons pas eu la même éducation. Malgré le fait que j'aie été entraîné à ne pas me laisser influencer par mes émotions, tu es ma faiblesse, Milo. Alors, je te l'avoue, à ta place, je ne suis pas sûr de la façon dont j'aurais réagi. Mais tu ne peux pas contrôler le passé. »

Le grec poussa un soupir découragé.

« Je sais, répondit-il, amer. Je suis au courant.

- Milo, je ne te reproche rien, essaya encore Camus.

- C'est juste pas aussi facile que tu le dis, se justifia le Scorpion.

- Je le vois bien. Ce n'est pas pour ça que je ne t'écouterai pas si tu en as besoin », continua le Verseau, imperturbable.

Camus laissa errer son regard dans la pièce un instant, perdu dans ses réflexions.

« Je ne suis pas doué avec les émotions… compléta-t-il. Mais je souhaite t'aider, Milo. Si tu es en colère contre moi parce que je me suis sacrifié ce jour-là… A part des excuses, je n'ai rien à te donner.

- Je ne cherche pas à ce que tu m'en donnes, marmonna Milo. Tu ne vas pas non plus t'excuser de mourir. »

Il y eut un silence bref.

« C'est bizarre, tout ça, commenta le Scorpion. J'ai fait de mon mieux pour faire mon deuil, essayer d'accepter ta disparition… Et maintenant, t'es là, et je dois faire machine arrière comme si rien ne s'était passé.

- Tu sais bien que ce n'est pas le cas.

- Oui.

- C'est bien pour cela que je tiens à ce que tu me parles de tout ça. Milo… Je ne te demande pas de faire comme si rien n'était arrivé. La mascarade a assez duré, et cela ne nous fait pas du bien que de nous mentir et de ne pas nous parler.

- Facile à dire… ironisa Milo, toujours sur un ton aussi amer. Je vais avoir du mal à te faire un résumé de cinq ans en cinq minutes.

- Je ne te le demande pas, répondit Camus simplement.

- Camus… Tu dois en avoir conscience, maintenant. Je crois que je ne pourrai plus jamais être la personne que tu as connue. »

Milo baissa la tête.

« C'est cette peur qui t'empêche de dormir ? demanda le Verseau.

- Peut-être, en partie », admit Milo.

Camus porta sa main en avant pour la poser sous le menton de Milo. Le Scorpion releva la tête lentement. Le Verseau fit voyager ses doigts sur son visage, dans un effleurement, comme pour en redécouvrir les contours.

« Tu es toujours le même, à mes yeux, murmura le français posément. Tu n'as pas pris une ride. »

Milo se fendit d'un sourire amusé, malgré lui.

« J'ai une bonne crème anti-vieillesse, c'est pour ça, plaisanta-t-il.

- Menteur.

- Ouais. »

Milo attrapa la main de Camus qui était sur sa joue, et il l'embrassa.

« C'est la fièvre qui te fait faire de l'humour ? se renseigna-t-il.

- Ça doit être ça », répliqua le Verseau.

Milo sourit quelques instants, mais son visage finit par s'assombrir de nouveau.

« Camus, j'ai peur de ne pas arriver à redevenir comme j'étais il y a cinq ans.

- Je n'attends pas une telle chose de toi, le contredit le français immédiatement.

- Oui, mais… C'est de cette personne-là que tu es amoureux… » déclara le Scorpion tristement.

Le maître des glaces laissa montrer un bref instant son incrédulité. C'était donc de cela que Milo avait tant peur. Il craignait tout simplement qu'il ne l'aime plus ! Camus prit ses deux mains dans les siennes.

« Milo, prononça-t-il avec plus de chaleur dans la voix. T'ai-je donné à un seul moment, depuis notre résurrection, l'impression que je ne t'aimais plus ?

- Non, mais… J'ai tout fait pour essayer de retrouver ce que j'étais avant, ces derniers mois.

- Tu me crois donc aussi idiot pour penser que j'allais tomber dans le panneau, vraiment ?

- Non, c'est pas ce que j'ai dit », voulut se rattraper le Scorpion, presque craintivement, cette fois.

Camus secoua la tête, à la fois résigné et amusé.

« La résurrection a dû te faire perdre quelques-uns de tes rares neurones, mon cher Milo. Est-ce que tu crois sincèrement, un instant, que je sois capable de cesser de t'aimer ? »

Le Scorpion n'osait pas répondre oui, car il savait que la question était rhétorique, mais il devait avouer que la pensée lui avait souvent effleuré l'esprit. Le Verseau, voyant qu'il ne répondait pas, reprit un air plus sérieux.

« Milo… Je te connais depuis toujours. Depuis que tu es venu me voir avec ton sourire éclatant, pour me demander si je voulais être ton ami. J'ai accepté, et tu m'en as fait voir de toutes les couleurs. Tes farces, tes aventures, ton bavardage… Ton sens de l'organisation douteux… Tes accès de cruauté et de sadisme… Tes lubies et ton impulsivité… Je t'ai vu sous bien des formes. Je t'ai connu enfant, adolescent, maintenant adulte… Tu crois que tu es la même personne depuis le début ? Non, Milo. J'ai aimé l'enfant, j'ai aimé l'adolescent, j'ai aimé la personne que tu étais il y a cinq ans, et j'aime tout autant celle que tu es à présent. Il n'y a rien de plus simple. Et jamais tu ne devrais en douter. »

Milo resta interdit un moment devant la déclaration que lui avait fait Camus. Il crut avoir rêvé un instant, tellement elle était touchante. Il savait que le maître des glaces cachait un romantisme tenace sous sa carapace, et il était d'autant plus ému d'être le seul à y avoir droit.

« Tu pourrais dire quelque chose, sourit Camus. Je m'échine à te faire une longue déclaration romantique, et je n'ai même pas droit à une réponse. »

Milo n'accéda même pas à la demande. Il se jeta simplement sur le Verseau pour le gratifier d'un baiser passionné. Le français en profita pour passer ses doigts dans la longue chevelure bleue de son amant.

« Merci », murmura sincèrement Milo lorsqu'il lâcha sa bouche.

Le Scorpion posa son front tendrement contre celui de son vis-à-vis.

« Ta fièvre a pas l'air d'être en train de s'arranger, observa-t-il au bout d'un moment. Tu devrais peut-être te reposer un peu avant de dîner, ce soir. Tu ne veux pas t'allonger ? »

Camus opina du chef, réprimant un soupir. Milo avait raison. La tête commençait à lui tourner un peu, depuis quelques minutes. Se reposer n'était pas une mauvaise idée.

Milo le fit se coucher sur le lit et attrapa les couvertures qui s'y trouvaient pour les disposer sur son amant. Pour faire bonne mesure, il l'embrassa sur la joue.

« Est-ce que je peux te poser une dernière question ? » s'enquit le Verseau dans un murmure.

Milo lui donna un baiser léger sur les lèvres.

« Vas-y, lui intima-t-il.

- Cet arbre où je t'ai trouvé… Le pin parasol… Tu as dit qu'aller là-bas était une vieille habitude… Et je ne me souviens pas y être allé depuis des années… Pourquoi cet endroit ?

- Ah, ça, fit Milo, qui hésita. C'est un peu compliqué…

- Dis-moi. J'ai tout mon temps.

- D'accord. Eh bien… C'était un endroit que tu aimais bien, quand on était petits, non ?

- Effectivement.

- C'est aussi ce que j'en avais retenu. Alors voilà… Après ta mort, je… Comment dire… Parfois, certains jours, c'était trop difficile pour moi de me recueillir sur ta tombe ou au temple du Verseau… Alors à la place, j'allais là. Et je me souvenais. J'y venais assez souvent. J'avais l'impression de t'avoir encore un peu à mes côtés, à cet endroit-là. Alors mes pas m'ont guidé là automatiquement, j'imagine. Ce lieu, c'est un peu devenu mon refuge. »

Camus garda le silence quelques instants.

« Je vois… »

Il y eut une pause réflexive.

« Tu te recueillais donc tous les jours ? demanda-t-il, presque incrédule.

- Oui, fit Milo. Je faisais mon possible pour aller au cimetière, mais certains jours, la douleur était trop grande, et je n'y arrivais pas. Mais tu sais, ça m'arrivait aussi d'aller dans ce coin-là simplement pour admirer la vue. Après tout, c'est un bel endroit… »

Le Verseau hocha simplement de la tête.

« Merci, Milo. De me l'avoir dit… Tu es… »

Camus n'en dit pas plus, et le Scorpion vit distinctement ses yeux s'embuer. Néanmoins, le Verseau ajouta :

« Je n'ai pas les mots pour exprimer à quel point tu es… quelqu'un de merveilleux. »

Milo ferma les yeux un instant.

« Je ne le suis pas… Je t'aime, c'est tout. »