Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir! D'une régularité que je ne me connaissais pas, je suis encore là pour vous poster la suite! Cette histoire s'approche dangereusement de sa fin... Plus que deux chapitres après celui-ci, et on y sera! Ce chapitre 14 est assez tranquille, une sorte d'éclaircie au milieu de la tempête dramatique de cette histoire. Vous allez y retrouver un chevalier que je n'ai pas encore beaucoup exploité, et j'espère que vous aimerez la nouveauté !
Merci de me suivre encore et de continuer de me commenter, vous êtes tous et toutes adorables, sérieusement!
Pour Miss MPREG : Merci pour ta review! Les arbres sont des endroits apaisants et protecteurs, m'est avis, c'est pour cela que j'ai choisi ce genre de lieu plutôt qu'un autre. Effectivement, les deux chevaliers ont leur petit caractère et pas mal de contentieux, et la communication est délicate. Malgré tout, ils vont finir par apprendre de leurs erreurs, et la façon dont Camus a aidé Milo pendant le chapitre dernier en atteste! "L'interrogatoire" comme tu dis, va prendre une petite pause pendant ce chapitre... Que je vais te laisser découvrir!
Bonne lecture!
Chapitre 14 - Ancienne jeunesse
Il continuait de pleuvoir. Légèrement. Mais au fond, il ne faisait pas froid. L'eau lavait lentement le Sanctuaire paisible. Enfin, paisible… Pour le domaine, c'était toujours un terme bien relatif. Il y avait toujours Aphrodite pour faire du commérage, Marine pour réprimander Aiolia sur son manque de tact coutumier, Saga et Kanon pour s'adonner à des règlements de compte familiaux (pour ensuite se calmer instantanément et décider de faire une activité ensemble), et Kiki pour jouer un tour aux soldats communs sans que Mû ne s'en aperçoive… En bref, entre les édifices de pierre, il y avait toujours du mouvement, et ce, quelle que soit l'heure.
Depuis la hauteur de son huitième temple, Milo avait une vue dégagée, mais pas trop vertigineuse, sur une bonne partie du domaine. Mais peu lui importait réellement cette agitation coutumière, à part peut-être quand les rumeurs le touchaient lui-même, ou que Camus se fâchait contre lui. Le Scorpion avait longtemps vécu sans avoir le moindre voisin, et en tant qu'être sociable, c'était une solitude qu'il n'avait guère appréciée. Jusqu'à ce que le maître des glaces meure, du moins. Ensuite, il avait préféré se sentir seul en étant isolé que se sentir seul au milieu de ses pairs. Il n'aimait pas les contrastes ingrats de la vie en société, parfois. Et de toute manière il n'avait pas vraiment eu le cœur à se mêler aux autres ors. Seules les farces de l'apprenti Bélier avaient su lui arracher un sourire vraiment sincère. Il s'était revu dans ce gamin, enfin, il avait vu le reflet de son énergie et sa malice, avant que son entraînement cruel ne lui ôte son innocence.
Ses iris bleu ciel regardaient la pluie s'échouer sans cesse sur le parvis de son temple. Milo s'était assis en tailleur par terre, devant son entrée, n'ayant pas vraiment de siège. Il se serait bien calé plus confortablement sur les marches qui descendaient plus bas, mais il ne tenait pas à être trempé. Il était bien, à l'abri, à écouter le son de l'eau qui dégoulinait devant son temple. Il n'était pas contre un moment de calme, de contemplation. Il en avait rarement devant lui. Surtout depuis la résurrection. Il avait eu beaucoup de choses à faire, pour remettre le Sanctuaire en état. Le temps de repos que lui avait négocié Camus était une bonne chose, même s'il ne l'avait pas tant que ça trouvé reposant. Entre ses blessures à lui, et son amant qui tombait malade… Il avait vraiment eu de quoi s'occuper.
Le Scorpion avait repris une vieille habitude de surveillance, en somme. Même s'il était censé se reposer, officiellement, ses pas l'avaient guidé tout simplement et tout naturellement à son poste de garde, devant son temple. Il n'y avait plus grand-chose à craindre d'éventuels envahisseurs à présent, et c'était ce qu'Athéna leur avait dit. C'est pourquoi, même si les chevaliers d'or étaient tenus de rester dans le domaine, ils n'avaient pas pour obligation stricte de ne pas bouger de leurs temples. C'était grâce à cette réglementation moins rigide que Camus avait le droit de rester à plein temps chez Milo s'il le désirait. L'inverse était d'ailleurs tout aussi vrai. Et puis, cela arrangeait bien le Grand Pope lui-même : il avait le droit de partager un peu plus de temps avec son cher Dôhko. Le huitième gardien n'était pas vraiment dupe sur son voisin : les deux vétérans de la guerre sainte s'aimaient profondément, même s'ils n'étaient absolument pas démonstratifs devant leurs pairs. Contrairement à Camus et Milo qui avaient décidé de ne plus se cacher du tout, Dôhko et Shion ne semblaient pas vouloir faire partager leur intimité aux autres. Mais en même temps, quelque chose disait à Milo que la relation qu'entretenaient les deux anciens était assez peu comparable à celle qu'il entretenait avec son glaçon attitré. Quand on avait vécu aussi longtemps, et qu'on se connaissait autant… Finalement, le propos semblait dépasser le concept d'amour ou d'amitié. Les deux anciens avaient l'air davantage liés l'un à l'autre qu'amoureux, comme Milo et Camus. C'était quelque chose que le grec trouvait assez intéressant. Il n'avait jamais vraiment eu le luxe jusque-là de se projeter et de s'imaginer vivre longtemps avec le Verseau… Mais maintenant qu'il n'y avait plus de guerres… Il se demandait ce que deviendrait leur relation avec le temps. La seule chose qu'il ne pouvait pas s'imaginer, c'était simplement que celle-ci n'existe plus. Le Scorpion avait toujours eu cette impression que quelque chose d'indescriptible l'avait lié au le Verseau, depuis sa plus tendre enfance. Alors… Il était assez curieux de voir la suite. Ce que donne un lien entre deux personnes qui s'aiment plus fort que toute raison, dans la durée…
Milo eut un sourire tendre à cette réflexion. Camus venait à peine d'avoir 21 ans au mois de février, et lui-même avait 25 ans. Ils n'étaient certainement pas des vieux croulants. Ils l'étaient avant, à l'époque ou l'espérance de vie au Sanctuaire ne dépassait pas son âge à lui, mais avec la paix revenue… Il se retrouvait à se dire qu'il avait bien plus que cela devant lui, et cela lui semblait vertigineux. Et son amant… Cela amusait un peu le grec intérieurement que le Verseau aie pratiquement le même âge que son disciple. Bon, pratiquement… A trois ans près, par là. C'était dans ce genre de situation qu'on se rendait vraiment compte de la dimension immensément contre-nature de la résurrection. Et encore, Camus restait plus vieux que Hyôga. Ce n'était pas comme Aiolia qui se retrouvait avec un petit frère !
C'est au milieu de cette réflexion que Milo entendit des bruits derrière lui. Cela ne pouvait pas être Camus. Il se reposait, et il en avait bien besoin. Le Scorpion ne se retourna pas, mais essaya de distinguer, au son, à la démarche, qui allait passer par son temple. C'était quelqu'un qui venait depuis les hauteurs du domaine et qui descendait, manifestement. Milo savait que Dôhko avait dû redescendre un temple plus bas, et peu de monde était monté récemment. Lequel des chevaliers d'or était-ce… ? Il ne reconnaissait ni le son des pas légers d'Aphrodite, ni la démarche rigide de Shura… C'était un rythme qu'il avait très peu souvent entendu. Il y avait peu de chances que Shion quitte son palais à cette heure-là, et encore moins qu'Athéna décide de venir faire une visite surprise… Ce qui nous laissait…
« Salut, Aioros », fit Milo sans se retourner, intérieurement très fier de sa petite déduction.
Le Sagittaire, car c'était bien lui, s'arrêta à côté du Scorpion, toujours assis sur le devant de son temple.
« Bonjour, Milo. Je ne pensais pas te trouver à monter la garde ici, le salua Aioros avec un sourire. Tu fais du zèle ?
- Pas particulièrement, j'avais juste envie de prendre un peu l'air, répondit le Scorpion en tournant la tête vers lui. Mais toi, qu'est-ce que tu viens faire par ici ?
- J'allais chez Aiolia, déclara le brun. Il m'a invité à dîner, avec Marine.
- Ouh là, commenta son vis-à-vis. C'est vraiment une idée d'Aiolia, ça ?
- Euh… Je crois que c'est surtout Marine qui a insisté. Pour me connaître mieux, tu vois.
- Ah ! rit Milo. Ceci explique cela. Mais c'est pas un peu tôt pour dîner ? A moins que j'aie complètement oublié l'heure…
- Non, ne t'inquiète pas, il n'est pas si tard. Je devais venir avec un peu d'avance, de toute manière.
- Je vois. »
Aioros lui fit un deuxième sourire amical.
« Bon, je ne vais pas te déranger plus longtemps, je pense…
- Tu me déranges pas, l'assura Milo. Je ne fais rien de spécial, comme tu peux voir…
- Camus n'est pas avec toi ?
- Il se repose. Je suppose que tu as dû l'entendre, il est malade.
- La rumeur d'Aphrodite ? s'informa Aioros.
- Ouais.
- Euh, oui, je l'ai entendue », fit le Sagittaire d'une petite voix.
Devant la mine un peu embarrassée de son vis-à-vis, Milo eut un sourire amusé. Cela lui faisait un peu bizarre, quand même, de discuter avec Aioros. Le Sagittaire avait représenté un exemple de vertu de chevalier pendant toute son enfance, puis de haute trahison, puis de martyr héroïque aux yeux de tous, et au lieu d'un grand guerrier mature dont il avait pu se faire facilement l'image, il se retrouvait face à un adolescent, qui avait une dizaine d'années de moins que lui.
« T'inquiète, je ne cherchais pas à t'en blâmer. Je sais que les rumeurs d'Aphro font toujours très vite le tour du Sanctuaire.
- Oui, il est… Il est pas très discret, admit son interlocuteur avec un sourire gêné.
- Voilà », acquiesça le Scorpion en lui rendant un sourire conciliant.
Sur ces paroles, Milo décida de se lever et de s'épousseter un peu.
« Tu ne veux pas venir boire un verre deux minutes ? En fait, je peux surtout faire des boissons chaudes.
- Oh, je ne faisais vraiment que passer, Milo. Je ne voudrais pas déranger !
- Tu déranges pas du tout, lui répéta le Scorpion. Et puis, j'ai pas souvent eu l'occasion de discuter avec toi, je m'en rends compte. T'es mon voisin et je te connais à peine ! »
Aioros sembla hésiter.
« Je voudrais bien, mais j'ai peur d'être en retard…
- Oh, tu diras à Aiolia que c'est ma faute ! s'amusa le Scorpion. Je suis sûre que Marine sera contente de placer que je suis un irresponsable dans la conversation. Elle adore ça !
- Marine ne t'aime pas ? se renseigna le Sagittaire.
- Elle trouve plutôt que je suis une mauvaise influence. Comme pas mal de monde depuis que je suis gamin, alors, franchement, je me suis lassé de m'en offusquer ! »
Aioros se rappelait parfaitement qu'effectivement, le benjamin des apprentis chevaliers d'or, Milo, se faisait souvent copieusement réprimander d'amener son ami du Verseau à faire des bêtises qui ne lui ressemblaient pas. C'était surtout Saga qui s'en énervait, d'ailleurs, se souvint le Sagittaire. Milo avait bien grandi, tout de même, se dit-il avec un sourire. Aioros avait repris un rôle auquel il ne s'attendait pas : le plus jeune de cette génération de gardes dorés. C'était très étrange pour lui de se retrouver au milieu de cette armée de personnes qu'il avait connues en tant qu'enfants, dans ses souvenirs les plus récents avant sa mort. Et à commencer par son frère.
« C'est vrai que Saga disait ça de toi quand tu étais petit, admit le Sagittaire.
- Tu vois ? fit Milo avec un sourire malicieux.
- Bon, d'accord pour une boisson chaude, mais pas trop longtemps, hein ! Parce que même si c'est très gentil de ta part, je veux pas te faire porter le blâme.
- Pas de problème, répondit le Scorpion en l'invitant à le suivre. Qu'est-ce que tu préfères ? Café ? Thé ? Chocolat ? Je propose toujours chocolat, parce que c'est quand même une option moins austère. »
Milo fit entrer Aioros dans son salon. Le Sagittaire regardait un peu partout autour de lui, ne sachant pas trop où se mettre.
« C'est possible, un cappuccino ? demanda-t-il timidement en s'asseyant sur le canapé.
- Bien sûr », acquiesça Milo qui disparut dans la cuisine mettre la cafetière en marche.
Le Scorpion mit quelques minutes pour revenir avec les boissons entre les mains. Lorsqu'il réapparut dans le salon, il donna directement la tasse demandée à son voisin de temple.
« Alors, fit Milo qui s'assit en face de lui, comment ça va, la vie au Sanctuaire ? Je me rends compte que revenir à la vie avec une bonne décennie, voire plus, de retard, ça doit pas être évident. Tu as eu un peu l'occasion de faire connaissance avec les autres ?
- Un petit peu. Pas avec tout le monde, répondit doucement le Sagittaire. Mû a été très gentil. Et Aiolia me materne presque. Ça fait bizarre…
- C'est vrai que moi aussi, ça me fait bizarre d'être plus adulte que toi. T'as toujours plus ou moins été l'incarnation de la maturité, à mes yeux.
- On est un peu bête, quand on est gamin, sourit Aioros. J'étais comme les autres.
- Avec un sens de la justice en plus, quand même, loua son confrère.
- C'est gentil, Milo.
- Non, c'est vrai, répondit naturellement le Scorpion, qui sembla ensuite hésiter. Et… J'ose presque pas poser la question… Avec Saga… Ça va ? »
Aioros prit un air gêné.
« Ça va à peu près… Je lui ai pas beaucoup parlé. Il est venu me présenter ses excuses, et il n'y a pas de contentieux, entre nous. Mais il est si… vieux, maintenant », lâcha-t-il.
Milo éclata d'un rire franc.
« Ah non, le contredit le Scorpion. Le plus vieux, ça reste Kanon. Lui, il doit avoir dans les… Je sais pas en fait. Plus de trente ans ! T'imagines ! Même moi avec mes vingt-cinq piges des fois, je me dis que j'ai un sacré parcours !
- Oh, ça va, quand même, le rassura le plus jeune. S'il y a bien une personne au Sanctuaire qui a pas l'air d'un vieux, je pense que c'est toi…
- Merci, fit Milo sincèrement. Et puis, j'ai même pas parlé de Dôhko, lui, c'est quelque chose… Donc du coup pour Saga, j'imagine qu'avec autant d'années d'écart… Vous savez plus trop quoi vous dire ?
- C'est ça… Et puis, même s'il s'est excusé… Je pense qu'il se sent encore coupable… Alors c'est difficile d'avoir une vraie conversation avec lui.
- Hm… fit Milo avec plus de sérieux. C'est vrai que c'est compliqué, tout ça… Au moins, je suis content de voir que tu t'entends bien avec Aiolia. Tu peux pas savoir comment il nous soûlait tous avec son grand frère à l'époque… Enfin, ça c'était avant que tu ne sois considéré comme un traître, évidemment… Après ça, le pauvre, il était un peu la risée de tout le monde. Il a dû se battre pour inspirer le respect… »
Aioros prit un air plus triste.
« Je suis vraiment désolé qu'il ait eu à vivre ça… Déjà qu'il avait perdu son grand-frère, en plus, si tout le monde se moquait de lui…
- Pas tout le monde, le rassura Milo, touché du désarroi palpable de son vis-à-vis. Je faisais taire ceux qui se moquaient de lui assez rapidement, de toute façon. Enfin, pas devant lui. Il en avait pas vraiment conscience, je crois. Mais pour la plupart de ceux qui osaient dire quelque chose… Disons que… J'ai mes méthodes expéditives… »
Un sourire un peu inquiétant s'étira sur les lèvres du Scorpion. Aioros n'en fut pas tant que ça rassuré. Il n'osait pas demander à Milo combien de victimes potentielles étaient sur la liste de ces méthodes expéditives, car son expression seule donnait la réponse. Probablement pas mal.
« Ah, euh, émit-il, hésitant. Dans ce cas, merci de lui avoir donné ton soutien…
- C'est bien naturel, fit Milo sans se départir de son sourire narquois.
- J'imagine… »
Il y eut un silence entre eux.
« T'as bien grandi, quand même, déclara Aioros pour rompre le silence. Les derniers souvenirs que j'ai de toi avant la résurrection, c'était quand tu venais d'avoir ton armure d'or. T'étais vraiment tout gamin…
- Ouais, c'était il y a un moment, c'est sûr. Je te retournerais bien le compliment, mais bon… Toi, pour le coup, tu m'as l'air presque plus jeune que dans mes souvenirs.
- Ah bon ? s'étonna son voisin.
- Ben, ouais. A mes yeux t'étais un grand. Et en fait, maintenant, c'est moi, le grand. Tiens, d'ailleurs, c'est toi qu'es le plus jeune ici, de nous, c'est assez drôle. Bordel, quand je pense que Seiya est plus âgé que toi… »
Milo eut un rire amusé pour conclure son propos. Il vit Aioros siroter tranquillement sa boisson. D'après son expression, le café était bon. C'était déjà ça.
« Ça se passe bien, sinon, avec Camus ? demanda poliment Aioros.
- A part le fait qu'il est malade, ça va, merci.
- Je trouve ça assez amusant de vous savoir ensemble, observa le Sagittaire. Comprends-moi, avant que je ressuscite, vous étiez deux gamins… Et vous étiez déjà toujours fourrés ensemble. Avec Saga, on se demandait s'il était réellement possible de vous séparer.
- Le destin s'en est chargé tout seul, tu sais, répondit Milo avec un fond mélancolique dans la voix.
- Comment ça ? demanda le plus jeune.
- Camus est mort, pendant la Bataille du Sanctuaire. Et même avant ça… Il a dû partir plusieurs années entraîner ses disciples en Sibérie. C'était… vraiment long. »
Le Scorpion avait terminé sa phrase dans un soupir.
« Mais vous êtes ensemble maintenant, fit Aioros pour lui remonter le moral.
- Oui. Je t'avoue que j'avais fini par ne plus y croire.
- Allons, Milo… Désespérer, ça ne te ressemble pas. Où est donc passé le gamin farceur et énergique que j'ai connu ? »
Je ne sais pas, se dit Milo mentalement. C'était vraiment étrange de discuter avec une personne dont le dernier souvenir de vous était un enfant. C'est qu'on change, quand même, au cours d'une vie.
« Eh ben, lâcha le Scorpion. C'est pas pour rien que tu es le chevalier de l'espoir, toi.
- Tu sais, je suis encore très jeune, et je ne sais pas tout… Vraiment. Mais je sais quand même ça : l'espoir fait la force de l'humanité. Même quand les situations semblent inextricables. Même quand il n'y a pas de porte de sortie. Quand tout est désespéré… Nous… Nous, les chevaliers, on représente ça. Je pense. »
Milo lui fit un doux sourire. Il ne savait pas comment Aioros faisait pour avoir autant de sagesse et de conviction à son âge. Lui, à l'époque, il se demandait juste pourquoi est-ce qu'il ressentait de l'attirance pour quelqu'un qui manifestement n'était pas une femme. C'est vrai, il donnerait sa vie pour Athéna sans réfléchir. Mais bon… Il ne passait pas son temps à se demander quel était vraiment son rôle. Surtout que quand il se posait réellement la question, il n'arrivait pas à une réponse bien satisfaisante…
Mais les paroles de son confrère étaient assez agréables à entendre… L'espoir… C'était vrai. Il s'était beaucoup battu au nom de l'espoir… Hyôga l'avait battu pour le même but… Peut-être que c'était ça, le moteur de la vie…
« Merci, Aioros.
- Pourquoi ? s'étonna son frère d'armes.
- Ça fait plaisir de s'en rappeler, de ce que tu as dit.
- Ah ? Tout le plaisir est pour moi. »
Il y eut encore un silence réflexif entre eux.
« C'est dommage que Camus ne soit pas avec nous. Je n'ai pas trop eu le temps de faire connaissance avec lui non plus.
- Ouh là, s'amusa le Scorpion. Dans l'état où il est en ce moment, de toute manière, tu n'en tirerais pas grand-chose, je le connais. Déjà qu'il est pas très sociable quand il est reposé et de bonne humeur… Je te conseillerais pas de le fréquenter malade.
- Je vois, s'amusa Aioros. Effectivement, il n'a pas beaucoup changé. On dirait que tu restes le seul à arriver à l'approcher réellement.
- Oh, je ne suis pas complètement le seul. Il y a toujours Hyôga. Camus le montre moins, c'est vrai… Mais il aime beaucoup son disciple.
- C'est mignon, sourit Aioros, attendri. Je me demande si j'aurai des disciples, un jour… T'en voudrais, toi ?
- Moi ? s'étonna sincèrement Milo. Euh… J'avoue que je ne me suis jamais trop posé la question. Mais de toute manière… Il faudrait être un peu barge pour me confier des enfants en bas âge.
- Tu te sous-estimes, déclara fermement le Sagittaire.
- Oh, n'en sois pas si sûr…
- Et pourquoi pas ? Peut-être que tu te surprendrais toi-même. Regarde Camus : il a bien réussi, d'après ce que je vois.
- Ouais, mais Camus, il est responsable, discipliné, et tout… Moi… Je suis que dalle…
- Qu'est-ce que tu racontes encore comme bêtises, Milo ? Tu veux que je te rappelle à l'ordre comme quand tu étais gamin ?
- Sans façon, rit légèrement l'intéressé. Misère, si j'en viens à me faire réprimander par un gosse… C'est que l'heure est grave…
- Milo ! Qu'est-ce que je viens de te dire ! renchérit Aioros.
- D'accord, d'accord, chef… » capitula le Scorpion avec un sourire.
C'était effectif : Milo, vingt-cinq ans, venait de se faire gentiment gronder par un adolescent qui en avait dix de moins.
« Et puis d'abord, depuis quand est-ce que tu te sous-estimes, comme ça ? demanda le Sagittaire en fronçant les sourcils. D'après ce que m'a raconté Aiolia, j'ai compris que t'es assez sûr de toi, dans l'ensemble.
- Tu sais, Aioros, Aiolia a beau être mon meilleur ami… Il ne sait pas tout non plus.
- Il n'avait pas l'air bien surpris de la rumeur, pourtant », fit Aioros sans réfléchir.
Le visage de Milo s'assombrit instantanément.
« Ouais, bon… Ton frère s'amuse à comploter avec Camus dans mon dos pour avoir des infos compromettantes, aussi… » s'agaça un peu le Scorpion.
Aioros n'osa rien répondre. Il ne savait pas trop ce qu'il fallait dire.
« Enfin… Ça ne te concerne pas vraiment, se dérida un peu Milo au bout de quelques secondes. J'ai pas mal de soucis en ce moment, mais j'ai pas à te les mettre sur le dos.
- Tu peux me les dire quand même, si tu veux.
- C'est gentil, vraiment, mais beaucoup de gens ont déjà posé des questions, tu sais.
- Mais… Ça va, quand même ? Tu sais, on s'inquiète pas mal pour toi, nous autres.
- Oh, vous devriez pas. Ça en vaut clairement pas la peine.
- Milo ! Qu'est-ce que je t'ai dit ! Arrête de te sous-estimer ! Bien sûr que ça en vaut la peine ! »
Le Scorpion parut presque sursauter à cette réprimande.
« T'es un super bon chevalier, Milo. T'as aucune raison de penser que t'es pas important. Regarde un peu mon frère, il se fait du souci, j'en suis sûr. Et si tout le monde parle de toi, c'est que vraiment, tu comptes beaucoup. T'étais un bon gamin, Milo. Je vois pas pourquoi tu serais quelqu'un de moins bien maintenant. Et même, t'as dû t'améliorer avec le temps. En tout cas, moi, si dans dix ans je peux avoir ta prestance, je prends. »
Aioros avait conclu son réquisitoire avec un sourire bienveillant. Milo sembla un peu remué par ses paroles. Mais comment le Sagittaire faisait-il pour trouver des mots aussi réconfortants si facilement ?
« Merci… Mais tu sais… Tu n'as clairement pas besoin de ma prestance… T'en as déjà pas mal toi-même. Contrairement à moi, t'es une légende sur pattes.
- Mais toi aussi, Milo, toi aussi… Le redoutable Chevalier du Scorpion, qui fait régner la justice sur terre… Et qui sauve la demoiselle en détresse…
- Personne a cette image de moi, nia Milo en secouant la tête.
- Tu discutes pas assez souvent avec les gardes, toi. Bien sûr que c'est l'image que tu renvoies ! Et je n'en doute pas une seule seconde, que c'est vrai. T'avais déjà ce potentiel étant gamin. Tu ne peux qu'être une légende aujourd'hui ! »
Aioros lui fit un grand sourire. Milo était abasourdi de cette vague de positivité dont le Sagittaire le gratifiait. Décidément, c'était vrai… Il en avait gardé ce souvenir, et il le lui confirmait aujourd'hui. Aioros était réellement, de bout en bout, une personne profondément bonne, et généreuse.
« Merci, Aioros… Je ne sais pas trop quoi dire…
- Dans ce cas-là, dis rien, et accepte les compliments ! » s'exclama Aioros avec enthousiasme.
Milo lui fit un sourire attendri, touché. Aioros était en tout point comme dans ses souvenirs. Toujours prêt à aider les autres, et investi, on aurait dit, de la mission de faire retrouver le sourire à tous ceux qui semblaient l'avoir perdu.
« Ça me rappelle quand j'étais gamin, ça, observa Milo sur un ton rêveur. T'étais toujours là pour aider les autres. Remonter le moral de tout le monde.
- Ne le prends pas mal, Milo… Mais honnêtement, t'as l'air d'en avoir pas mal besoin… »
Milo lui fit un sourire mélancolique.
« Et toujours aussi observateur, à ce que je vois…
- Je ne dirais pas ça… C'est juste… Mon instinct, je crois.
- J'ai l'air si triste que ça ? s'informa le Scorpion.
- J'en sais rien… Mais t'as la même tête que les chevaliers qui se blessent gravement à l'entraînement et qui ne veulent rien dire pour ne pas inquiéter les autres. »
Milo secoua la tête, dépité. Les paroles d'Aioros avaient un peu de vrai, quelque part.
« Je me suis un peu disputé avec Camus, tout à l'heure… Ça doit être pour ça.
- Tu ne m'étonnes pas beaucoup, tenta le Sagittaire avec un sourire nostalgique. Quand tu étais petit, à chaque fois que tu boudais, c'était à cause de lui.
- Pas faux, rétorqua le Scorpion, une lueur amusée au fond de ses prunelles azur.
- Et vous vous êtes réconciliés ? se renseigna Aioros, soucieux.
- Oui… Enfin, c'est un peu compliqué, entre nous. On a un gros sac de nœuds à défaire ensemble, et ça risque de prendre un certain temps.
- D'accord, fit le Sagittaire en hochant la tête. Tu sais que si tu as envie de discuter un peu, tu peux venir dans mon temple. C'est vrai, je suis juste un gamin, par rapport à toi… Mais bon, je peux aussi t'apporter mon aide.
- C'est gentil de ta part, Aioros. Merci. T'es vraiment quelqu'un de bien.
- Merci. Mais toi aussi, tu sais.
- Merci », répondit Milo, touché.
Il y eut un silence entre eux. Aioros finit sa tasse de cappuccino calmement sous le regard un peu distant du Scorpion.
« Tu sais, un des derniers souvenirs que j'ai de toi, c'est toi qui viens me réconforter. C'est marrant comme les choses peuvent se répéter, des fois.
- C'est vrai, je m'en souviens, déclara Aioros, pensif. T'avais l'air vraiment malheureux, tout seul… Je me devais d'intervenir ! »
Milo lui fit un sourire entendu. Il avait bien fait d'inviter le Sagittaire cinq minutes. Sa journée avait été assez sinistre, jusque-là… Et le jeune grec avait réussi à remettre un peu de lumière au milieu de la grisaille de son esprit. Et honnêtement, c'était un exploit à mesurer à sa juste valeur. Une sorte de petit miracle, en somme. Pile ce que le jeune Sagittaire représentait. Ça, et l'espoir infaillible…
C'était une fin de matinée de novembre plutôt ensoleillée. Aioros du Sagittaire, comme à son habitude, remontait à son temple pour se restaurer un peu, après l'entraînement commun qu'il avait donné à des apprentis soldats, et un affrontement amical avec Kanon. Il était un peu préoccupé, en ce moment. Il avait l'intime conviction que quelque chose clochait avec Saga, avec qui il avait auparavant réussi à faire fleurir une solide amitié. Il le voyait désormais rarement hors de son temple, et ils passaient moins de temps ensemble, depuis quelques mois. Cela chagrinait un peu le Sagittaire, qui tenait aux relations autour de lui. Il s'entendait bien avec Kanon, même s'il avait moins d'atomes crochus avec lui. Le jeune Gémeau menait une vie un peu dévergondée qu'Aioros ne condamnait pas mais qu'il ne cautionnait pas non plus – il considérait qu'en tant qu'aînés de la chevalerie dorée, ils se devaient de donner un exemple de qualité à la jeune génération, qui avait été nommée assez fraîchement pour garder les différents temples. La dernière acquisition à la chevalerie d'or avait été le petit Milo, revenu de son île quelques semaines plus tôt, pour recevoir l'armure du Scorpion. Aioros avait eu aussi le plaisir de voir son petit frère accéder au rang de chevalier d'or du Lion cette même année-là. Il était très fier d'Aiolia, vraiment. Son frère avait un cosmos très prometteur, et il savait qu'il deviendrait quelqu'un de plus en plus redoutable avec les années. Il n'en doutait pas. Mais pour ce qui était de Saga… Il s'inquiétait. A chaque fois qu'il l'avait vu et qu'il avait posé la question, son ami n'avait pas vraiment voulu lui donner de réponse rassurante. Saga semblait assez préoccupé par la volonté de se perfectionner encore et encore, ce qu'Aioros ne comprenait pas trop, car aucune guerre n'était réellement encore à leurs portes, et le Gémeau émanait déjà d'une puissance terrible, presque terrifiante. Aioros se demandait bien ce qui avait provoqué ce changement soudain chez son frère d'armes, et ne pas arriver à mettre le doigt dessus l'ennuyait profondément. Enfin… Le Grand Pope les avaient convoqués tous les deux, et seulement eux deux, cette après-midi-là, pour une audience importante. Peut-être pourrait-il trouver le temps de discuter un peu avec le troisième gardien après cette réunion.
Le Sagittaire fut sorti de ses pensées lorsqu'il repéra au loin, sur un rocher rond, une toute petite silhouette assise la tête baissée. Aioros plissa des yeux pour mieux discerner l'enfant qui se trouvait là. Il distingua la couleur bleue-violette de sa chevelure, et il en déduisit facilement qu'il devait s'agir de Milo. Qu'est-ce qu'il faisait là tout seul ? Le Sagittaire avait pourtant été habitué à le voir courir partout avec Aiolia et faire des grimaces à la ronde. Ou essayer de tirer plus de deux syllabes de la bouche de Camus, à qui il se collait comme une moule à son rocher. Aioros tourna la tête pour observer autour de lui : non, pas de petit Verseau dans les parages. C'était bien suspect.
Aioros prit le parti de s'approcher doucement du Scorpion, qui n'avait pas bougé. Quand il fut arrivé à sa hauteur, il l'interpella :
« Hé, Milo. Qu'est-ce que tu fais là, tout seul ? »
L'enfant ne répondit pas. En fait, il ne bougea même pas. Aioros le contourna et alla s'accroupir face à lui pour mieux le voir. Le petit Scorpion arborait une expression chafouine sur son visage.
« Qu'est-ce qui se passe, Milo ? Tu boudes ?
- Non », répondit l'intéressé en détournant les yeux.
Aioros ne s'avoua pas vaincu.
« Tu ne veux pas aller jouer avec Aiolia ? C'est dommage de rester ici tout seul alors qu'il fait beau. Non ?
- J'ai pas envie de jouer. »
Aioros poussa un soupir.
« Dans ce cas, tu ne veux pas aller voir Camus, pour le tirer un peu de sa bibliothèque ? Je suis sûr qu'il s'ennuie à mourir, sans toi. »
Le Sagittaire avait prononcé cette phrase avec un sourire entendu. Quand Milo boudait, en général, c'était qu'il y avait anguille sous roche, voire Verseau sous gravier.
« Allons bon, reprit Aioros en l'observant encore. Qu'est-ce que Camus a fait, cette fois ? »
L'expression de Milo changea et se fit plus chagrine encore. Dans le mille, pensa le Sagittaire.
« Aioros, toi qu'es un grand… Pourquoi on est des chevaliers ?
- Nous sommes des chevaliers parce que nous servons Athéna, répondit son aîné le plus naturellement du monde.
- Mais on est fort, non ?
- Bien sûr qu'on est fort. On doit être fort pour protéger Athéna, et l'humanité.
- Mais et si on est pas assez fort ?
- Pourquoi cette question ? Tu as peur de ne pas l'être assez ? »
Milo ne répondit rien.
« Tu as l'armure du Scorpion, une des plus solides parmi les 88 qui existent. Rassure-toi, Milo. Si on te l'a donnée à toi, c'est que tu es très fort.
- Mais Camus a dit que… Il a dit qu'on pouvait mourir quand même.
- C'est vrai, Milo. Nous sommes forts, mais nous ne sommes pas infaillibles, malheureusement.
- Mais moi je veux pouvoir protéger Camus ! Pourquoi je suis chevalier si je suis même pas assez fort pour l'empêcher de mourir un jour ?
- Camus t'a dit que tu n'étais pas assez fort ?
- Quand je lui ai montré mon armure tout à l'heure, et que je lui ai dit que comme ça, je pourrais le protéger, il m'a dit que porter une armure ça n'empêche pas de mourir quand même.
- Peut-être que Camus ne veut pas que tu le protèges.
- Mais pourquoi ? demanda tristement le petit Scorpion. C'est mon ami ! Moi, je veux protéger mes amis.
- Je comprends, le rassura le Sagittaire. Ton armure est ta protectrice, c'est vrai. Et elle sera ton alliée pendant de nombreuses batailles. Mais Milo, tu dois te souvenir qu'en priorité, tu dois protéger Athéna. Ton ami Camus, il devra faire la même chose.
- Oui, mais je veux le protéger quand même.
- Je sais, bonhomme. Mais ton devoir de chevalier passe avant tout. C'est peut-être ce qu'il a voulu te dire. Et peut-être que lui aussi, il veut te protéger.
- Moi ? Pourquoi ça ?
- S'il t'a dit que ton armure ne te protège pas complètement de la mort, c'est sans doute parce qu'il s'inquiète pour toi. Il a peut-être peur qu'il ne t'arrive du mal, lui aussi.
- C'est vrai ? lui demanda Milo, plein d'espoir.
- Bien sûr, lui sourit Aioros. C'est ton ami, oui ou non ?
- Bah oui ! C'est mon ami rien qu'à moi !
- Tu vois ! Alors tant que vous serez là l'un pour l'autre, vous serez pratiquement invincibles. Je suis sûr que vous protégerez Athéna encore mieux ensemble. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Ouais ! s'exclama Milo, ravi. Merci, Aioros ! Il faut que j'aille le voir, alors! Comme ça, on pourra s'entraîner ensemble à protéger Athéna.
- Eh ben voilà, sourit le Sagittaire, ravi d'avoir redonné du poil de la bête au Scorpion miniature. Allez, cours donc le déranger, au lieu de rester tout seul sur ton caillou. Il ne te rendra pas plus fort, lui.
- T'as vachement raison pour un grand, rit Milo, son espièglerie retrouvée.
- Ça m'arrive », rit Aioros de bon cœur.
Milo sauta sur ses jambes, soudain débordant d'énergie.
« Je vais aller voir Camus ! Et je vais lui prouver que je suis assez fort pour protéger tout le monde ! Athéna, lui, l'humanité… Tout le monde ! Et j'ai même pas besoin d'une bête armure, d'abord, il va voir ! »
Le Scorpion n'en dit pas plus et se sauva immédiatement, courant vers le haut du domaine. Aioros eut un rire amusé malgré lui. Ce Milo était quand même un sacré numéro… On lui disait que Camus l'aimait bien, et hop ! Remis en état de marche pendant au moins une semaine. Ce qu'il fallait pas faire… En tout cas, une chose était sûre. Si le jeune Verseau avait espéré passer une après-midi tranquille, il risquait d'être déçu… Enfin, se dit Aioros. Cela ne lui faisait pas de mal de sortir un peu, à lui aussi. Les deux enfants avaient au moins le mérite de bien se compléter, conclut-il, amusé.
Alors que Milo partait en courant solliciter son ami, ce fut donc fier d'avoir redonné le sourire au petit Scorpion qu'Aioros repartit tranquillement pour son temple… Le repas n'attendait pas.
