Vous ne saviez pas quoi regarder à la télévision ce soir ? Mireba-chan a LA solution !

Bonsoir à toutes ! Cela faisait fort longtemps n'est-ce pas, comment allez-vous ? :) me revoilà en pleine forme avec un nouveau chapitre pour cette fanfiction qui se trouve être mon second petit bébé après PALIJPLH, et je sais que certaines d'entre vous en attendaient la suite avec impatience. Moi aussi, vous me direz, mais faute de temps bla-bla-bla... BREF ! Voici donc un chapitre explosif que j'ai chaudement apprécié d'écrire, pour vous dire c'est simple, je me suis couchée à 4 heures du matin pour l'avancer au maximum et le boucler il y a quoi, une trentaine de minutes ? Je m'excuse donc à l'avance pour les fautes de frappe et les erreurs d'accord de temps, je corrigerai le tout dans la semaine mais là, je ne tiens plus en place, il FAUT que je le publie.

Chapitre principalement axé sur Sakura : dans le chapitre précédent, on avait le point de vue de Sasuke et de Naruto lorsqu'ils tombèrent nez à nez face à la jeune demoiselle. Inversement ici, la scène et le chapitre sont écrits de son point de vue pour que vous puissiez savourer la description du torse sexy de Sasuke - que j'emmerde profondément suite au dernier chapitre va crever en enfer espèce de sale gosse de mes deux D: - tout en vous plongeant un peu plus dans l'intrigue de l'histoire. Parce qu'il va y en avoir, croyez moi kukuku ! 8D

Réponses aux reviews anonymes !

Tima-Chan : tout d'abord je voulais te remercier pour la multitude de commentaires que tu m'as laissé sur TOUTES mes histoires, franchement c'est juste énorme et génial, alors laisse moi te dire merci du fond du cœur ! Ensuite j'espère que cette histoire continuera de te plaire car j'ai bien l'intention de m'y investir autant qu'avec PALIJPLH ! :) Sasuke et Naruto BG dans leurs kimonos... c'est l'orgasme assuré ! Encore mille merci et à bientôt ! :D

Hinatamissa : OUI IL Y A UN AUTRE CHAPITRE ! et il y en aura d'autres héhé :D merci de ton engouement, j'espère que tu aimeras la suite !

Yuhi : je t'ai déjà remerciée pour ton commentaire, mais je le fais encore une fois... MERCI ! *-* et sorry pour l'attente xD

Et un énorme merci à Nefer-chan que j'ai appris à connaître au fil de nombreux MP suite à une simple review sur mon OS "At Last", avec qui j'ai longuement parlé du scénario de cette histoire et qui m'a progressivement aidée à mettre mes idées en place. Rien que pour ça, je te dédie ce chapitre avec plaisir ! :)


Sur ce, bonne lecture ! ;)


Les volutes de vapeur tournoyaient doucement devant mes yeux, balayés par un léger vent qui n'était pas désagréable à ressentir. Ma tête commençait légèrement à tourner après tout ce temps passé dans l'eau bouillante mais ô combien salvatrice pour ma peau. Enfin, mon corps était réchauffé, et surtout, quel bonheur de se sentir à nouveau propre… et femme. En dépit de toute ma volonté à fuir cette ville le plus rapidement possible, j'avais été contrainte de trouver des alternatives à d'autres problèmes tout aussi épineux. Après ma course effrénée pour mettre le maximum de distance entre cette femme et moi-même, je n'avais eu d'autre choix que de faire une pause dans une ruelle peu fréquentée, le corps en nage et les jambes en coton. Mais au moment où j'avais passé le revers de ma main sur mon front pour en essuyer la sueur, un petit cri de panique s'était échappé de mes lèvres en fixant mes doigts tremblants, noircis par l'encre qui s'était mélangée à ma transpiration. Mon camouflage avait tenu jusqu'à maintenant, j'avais au moins pu sauver les apparences devant les membres du Koueichiimura, mais cela ne signifiait pas que je ne pouvais pas être découverte aujourd'hui. Elle, avait bien compris la supercherie.

Sans savoir si cette femme leur avait dévoilé mon secret, comment pouvais-je m'en sortir sans avoir la certitude d'être à l'abri ? Un instant, j'avais fermé mes paupières pour mettre de l'ordre dans mes pensées, avant de les rouvrir presque sur-le-champ. Quitte à espérer glaner des informations, autant le faire en conservant mon apparence masculine. Au moins, je pourrais toujours me déplacer plus aisément qu'en étant une jeune femme. Sans compter que mes apparats rêches et abîmés correspondaient davantage à un jeune orphelin aux cheveux de jais crasseux, qu'à une jeune femme aux cheveux d'un rose aussi clair que les magnolias en été. Cependant, avant de songer à enduire de nouveau ma chevelure d'une épaisse couche d'encre visqueuse, il avait bien fallu que je me procure l'objet convoité en question, et cela s'était révélé être une tâche plus ardue que je ne l'aurais cru. Le marchand qui m'avait vendu les fioles en verre remplies du précieux liquide noirâtre n'avait cessé de me lorgner d'un œil mauvais tout le long de notre courte transaction, réticent au départ à me donner mes biens.

« Et à qui donc as-tu volé cet argent, espèce de vaurien ? » me crachait à la figure son regard méprisant et soupçonneux, comme m'accablant de tous les maux de l'univers.

Ma voix avait légèrement tremblé en lui expliquant que j'en avais besoin pour apprendre à écrire correctement, lui balançant à la volée que je n'étais qu'un orphelin à moitié illettré cherchant à se construire un avenir. Cette phrase l'avait fait s'esclaffer d'un rire tonitruant, rétorquant qu'un moins que rien comme moi n'arriverait jamais à rien, et je n'avais pas demandé mon reste, lui cédant quelques piécettes cuivrées avant de repartir en courant à toute allure, l'entendant encore rire à gorge déployée malgré la cacophonie du marché.

La première étape était passée, mais restait la suivante. Je m'étais hâtée de m'éloigner des quartiers marchands le plus rapidement possible tout en veillant à vérifier si je n'étais pas suivie. A l'heure actuelle, tomber sur l'un d'entre eux aurait été la pire des fatalités. Fort heureusement, j'avais instinctivement su où me rendre, et surtout comment. Cela ne faisait que trois jours que j'avais foulé pour la première fois de ma vie le sol de Konoha, cependant, pratiquement chaque endroit susceptible de m'être utile pour la suite des évènements était resté gravé dans ma mémoire. Aussi savais-je comment me repérer dans la ville pour gagner les faubourgs, où mes oreilles avaient pu capter le bruit généré par le torrent d'une rivière. C'était là que je m'étais rendue pour la première fois, pour me rafraîchir et me reposer après de longues heures de marche. Cette fois-ci encore, l'endroit était désert et j'étais descendue plus bas pour gagner la rive, avec pour seul son les feuillages des érables soufflés par un vent frais, se juxtaposant aux légers clapotis de l'eau. Une fois assise sur la terre ramollie par la rosée matinale, j'avais décidé, un court instant, de m'accorder un moment de répit… jusqu'à me réveiller, la joue collée contre des feuilles mortes humides, le regard brumeux.

Mon corps entier s'était redressé d'un seul coup, cherchant peu à peu à retrouver mes repères, à me remémorer le pourquoi de ma présence ici. Et surtout, comment avais-je pu m'assoupir dans un moment pareil ? Chaque parcelle de ma peau était glacée, mes cheveux teintés encore plus hirsutes et poisseux de saleté. Là, je ressemblais vraiment à un mendiant des bas fonds. Le soleil commençait déjà à décliner dans le ciel, et tous mes efforts pour m'échapper d'ici s'avéraient vains à cause de ma stupidité. Je grelottais, et grelottais encore, frictionnant mes membres engourdis par la fraîcheur de la nuit qui tomberait dans quelques heures. Les larmes avaient commencé à couler le long de mes joues, la panique me saisissant à toute vitesse, ne sachant que faire, ni où aller à cette heure-ci. Les visages souriants d'Hinata-san et d'Uzumaki-san s'étaient imposés dans mon esprit, et j'avais serré les dents pour empêcher les sanglots de sortir. Jamais je n'aurais du m'enfuir de cette manière. Ils m'avaient offert l'hospitalité, et moi, pour ma propre sécurité et mon intérêt personnel, je n'avais pas hésité à les trahir. Une parfaite lâche. Cependant, même s'il était inutile de songer à quémander leur pardon, je ne pouvais pas non plus demeurer ici à me terrer de la sorte. J'en finirais par mourir, et ça, je ne le pouvais pas me le permettre. Pas maintenant. Pas de cette façon-là.

Alors j'étais descendue encore plus bas, m'assurant d'être à l'abri de tous les regards, avant de me dévêtir lentement sans pouvoir empêcher mes joues de s'échauffer, honteuse, mais prête à faire fi de ma pudeur. Il le fallait. Lorsque je les défis, je sentis mes longs cheveux tomber en cascade dans mon dos, glissant machinalement les doigts pour séparer les mèches collées les unes aux autres par la crasse. Au contact de ce toucher rêche, presque désagréable, une partie de mon être ne put s'empêcher de se sentir désolée envers moi-même. Eux qui jadis étaient ma fierté, peut-être même mon plus grand atout et trait de féminité… Là, ils n'étaient que dégoût, aussi inconfortables qu'un lit de paille desséchée. Retrouveraient-ils jamais leur splendeur d'antan ? Puis, dans un effort surhumain, j'étais entrée dans l'eau glacée jusqu'à la taille avant d'inspirer un grand coup pour y plonger mon corps entier. C'était l'unique solution pour me débarrasser à la fois de ma teinture, mais aussi de mon aspect plus que repoussant. Un instant, j'avais ouvert mes paupières pour regarder les effluves sombres se dissiper dans la limpidité de la rivière, semblable à l'encre d'un pinceau que l'on noie dans un mince filet d'eau. Il m'avait fallu près d'une heure pour rincer chaque mèche de cheveux, vérifiant plusieurs fois leur netteté avant de m'attaquer à une autre. Je n'avais cessé de claquer des dents durant tout le temps de ma toilette, mes doigts étaient devenus fripés comme si j'avais le quintuple de mon âge, mais surtout, jamais je n'avais autant été frigorifiée de toute ma vie.

A la limite de l'évanouissement, je m'étais alors empressée de sortir de l'eau pour m'habiller plus vite que je ne l'avais jamais fait auparavant. Cela n'avait presque servi à rien, étant donné l'état dans lequel se trouvait mon kimono, usé jusqu'à la moindre couture, sale au-delà de l'inimaginable. Une contrainte de plus à ajouter à ma liste… Mes cheveux étaient encore passablement mouillés lorsque je pris la décision de sortir de ma cachette, et ce, sous ma réelle apparence. J'avais froid, terriblement froid même, alors je ne pouvais rester dans un tel état. Ma survie en dépendait, et peut-être même la sienne, qui sait. Et j'avais eu le temps de repérer le chemin pour me rendre à l'endroit que je convoitais depuis plusieurs jours, mais dans l'incapacité d'y poser un seul pied. Konoha possédait les bains publics les plus imposants du pays, avec sa source chaude naturelle réputée pour ses vertus médicinales et bienfaitrices. Avec de tels apparats, je ressemblais à une guenon, certes, mais tout de même à une femme. Le ticket nécessaire pour pouvoir passer la barrière de l'entrée aux bains, sans que l'on ne puisse ni me repérer, ni m'arrêter. Par mesure de précaution, j'avais tout de même opté pour des rues sûres et fréquentées pour me fondre dans la masse, encore présente malgré le soleil couchant. Des lampions commençaient à être allumés à hauteur des toits de certaines bâtisses, se balançant légèrement au rythme du vent qui se levait doucement avec l'approche de la tombée de la nuit.

Il me semblait avoir perçu quelques regards se poser dans ma direction, principalement masculins, et je m'étais efforcée de faire avec en continuant d'avancer coûte que coûte, ne tenant pas particulièrement à faire une mauvaise rencontre. Heureusement, la chance semblait être de mon côté cette fois-ci, et je n'avais pu m'empêcher de soupirer de soulagement en arrivant enfin à destination. Rien que le luxe de savoir que j'allais pouvoir profiter d'une source chaude avait rasséréné à la fois mon corps, mais surtout mon cœur. Consciente de ressembler plus à une mendiante qu'à une banale citoyenne de la ville, j'avais tâché d'entrer discrètement à l'intérieur des bains, peu désireuse d'être trop jugée sur ma tenue, voir lynchée pour oser venir dans un lieu public accoutrée de la sorte. Aussi avais-je ignoré de mon mieux les chuchotements dans mon dos lorsque je m'étais dévêtu de ce que l'on pouvait difficilement encore nommer un kimono, sans pour autant pouvoir masquer la contrariété et la gêne de mon visage. La honte m'avait assaillie de toute part, pointée du doigt comme une pestiférée, mais je ne pouvais qu'enrager furieusement contre moi-même. Si j'avais pris les bonnes décisions au bon moment, peut-être que rien de tout ceci ne serait arrivé… Les faits étaient là, au diable les remords. Mes doigts redevenus roses et gonflés tâtèrent ensuite le tissu encore humide pour en défaire le bandage de fortune serré autour de la poitrine, mes seins devenus douloureux à force d'être comprimés et aplatis depuis plusieurs jours.

Puis, j'avais troqué mes haillons contre la serviette blanche mise à disposition dans un petit casier, songeant à la chaleur du bain bouillant qui m'attendait, contrastant avec celui que je venais de prendre, glacial et insoutenable. Au moins ma peau était déjà plus nette qu'elle n'avait pu l'être avant que je me glisse dans le torrent de la rivière, et un petit sourire de réconfort s'était dessiné sur mes lèvres en longeant le couloir principal, par chance désert, qui menait aux différentes salles de bains. La seule idée de croiser un homme dans cette tenue plus qu'indécente me nouait l'estomac, autant par angoisse que par pudeur. Même s'il était impensable, et surtout improbable que je sois reconnue ; aussi infime soit-il, le risque subsistait. Je pénétrais alors dans la salle de bain réservée aux femmes, et ôtais aussitôt ma serviette. La gêne n'existait pas ici, je pouvais être celle que j'étais réellement sans avoir à me cacher du regard des autres, et c'était appréciable à souhait. Dans un premier temps, je m'étais d'abord empressée de remplir la petite bassine en bois de cèdre à l'aide d'un te-oke1, goûtant déjà au plaisir de sentir la vapeur brûlante sur ma peau au fur et à mesure que l'eau tombait dans le fond du maru-ko-oke2. Puis, une fois avoir pris place sur un koshikake3 un peu à l'écart des autres femmes, j'entrepris de débuter ma toilette. L'odeur si particulière et plaisante du savon avait chatouillé mes narines lorsque j'avais frotté ma serviette humidifiée contre le petit morceau de pain blanc, savourant pleinement le contact aussi doux que rêche sur mon corps en frottant celui-ci avec autant d'ardeur qu'un armurier qui astiquerait ses plus belles lames.

Il me fallut changer deux fois mon eau avant d'avoir achevé complètement de me laver de la tête aux pieds ; un léger parfum fleuri émanait à présent de ma longue chevelure devenue un peu plus souple et fluide au toucher. Avec un sourire béat sur les lèvres, je m'étais réjouie intérieurement d'être redevenue une femme à part entière, et mon allégresse n'avait pas échappé au regard d'une jeune femme assise à ma gauche deux tabourets plus loin, me renvoyant un large sourire amusé quant à mes joues empourprées de honte. Voilà le parcours du combattant contre lequel je m'étais heurtée pour parvenir à me rendre jusqu'ici, pour espérer obtenir le temps de quelques heures un moment de répit, aussi court soit-il. Tout semblait si paisible, la tranquillité et l'intimité de ces lieux me protégeant de toute menace extérieure, comme si ces murs me confinaient à l'abri de tous. Apaisée, comme purifiée de ma propre peur d'être attrapée. Seulement, la réalité finirait bien par me rattraper tôt ou tard. J'étais loin d'avoir oublié mon but initial, retrouver Tsunade demeurait avant tout ma priorité absolue mais… pouvais-je prendre le risque de poursuivre mes investigations à Konoha ? L'épisode qui s'était joué deux jours auparavant ne s'était pas effacé de ma mémoire ; bien trop fébrile à l'idée de glaner n'importe quelle information me permettant de retrouver sa trace, j'en avais oublié ma lucidité et m'étais jetée dans la gueule du loup avec stupidité, aveugle à tout danger. Jamais je n'aurais tenté de braver l'impossible en essayant de berner les malfrats qui avaient essayé de me liquider par la suite si je n'avais pas perdu mon self-control en les écoutant discuter dans une des auberges de la ville.

Lassée de n'essuyer que des réponses négatives ou désintéressées en demandant partout où j'allais s'il avait été vu une femme correspondant à sa description, j'avais fini par me retirer un petit moment dans cette enseigne miteuse en commandant une piètre tasse de thé, totalement insipide soi dit en passant, quand mes tympans avaient capté une conversation suffisamment suspicieuse pour éveiller mon intérêt. Un « gros coup », un « paquet important » ou quelque chose du genre, je ne me souvenais plus vraiment de leurs mots exacts mais n'avais pas non plus oublié qu'au moment où l'un d'entre eux avait mentionné des « longs cheveux blonds », mon sang n'avait fait qu'un tour. Presque au comble du désespoir, je n'avais pas réfléchi ni hésité une seule seconde avant de me décider à les suivre jusqu'à ce qui leur servait de repaire, à cent lieues d'imaginer la suite. Et cet incommensurable stress pour quoi ? Une sorte de contrat pour kidnapper la fille d'un noble de la ville me semblait-il me souvenir… dans tous les cas, rien qui ne me concernait, et surtout, aucune information la concernant, elle. Mon faible espoir s'était envolé aussi vite qu'ils ne s'aperçurent de ma présence, avant de s'élancer à ma poursuite dans les ruelles sombres de Konoha. Inutile de ressasser ce qui avait suivi ensuite ; d'un côté, ma rencontre avec le Koueichiimura m'avait sauvé la vie, mais de l'autre, elle n'avait fait que la conduire à sa perte aussi.

Un léger vertige s'empara de moi en repensant à ces souvenirs, et je me tapotais vivement les joues pour me sortir de cette torpeur, la chaleur étouffante régnant dans le rotenburo ayant eu raison de ma fatigue. Mon corps était considérablement reposé, l'eau chaude avait parfaitement détendu les muscles froids et endoloris, inutile d'en abuser plus longtemps. Je sortis doucement du bain pour ne pas m'étourdir davantage, et passais une dernière fois par la salle de bains commune pour me relaver rapidement afin d'éliminer les impuretés que l'eau avait pu laisser sur ma peau. Même s'il me fallait remettre ma vieille guenille sur le dos, j'escomptais bien réussir à marchander le lendemain même une tenue plus présentable et surtout passe-partout ; une femme pouvait facilement user de ses charmes pour obtenir gain de cause, contrairement à un jeune miséreux qui n'inspirait que méfiance et répulsion. Une part de mon esprit se souvint alors du couloir à longer avant de regagner le vestiaire des femmes, et je me levais du petit tabouret pour m'enrouler dans la serviette bien trop courte à mon goût, laissant de nouveau mes cheveux encore humides tomber sur mes épaules. Mais un détail non négligeable attira brusquement mon attention alors que je regagnai le couloir principal et mon corps cessa de se mouvoir sur le champ, le regard perdu dans le vide. Où donc allais-je bien pouvoir passer la nuit sans risquer de me faire agresser ? La fraîcheur de la nuit ne se priverait pas d'engourdir mon corps en l'espace de quelques heures ; inutile d'envisager de dormir à la belle étoile, j'y passerai probablement sans le moindre toit au-dessus de ma tête. Comme si je n'avais pas suffisamment d'obstacles sur ma route…

Un soupir désespéré s'échappa de mes lèvres et je repris lentement ma marche en gardant mon regard rivé au sol, les pensées s'entrechoquant les unes contre les autres dans ma tête. C'est alors que mon visage rencontra brutalement quelque chose de dur sans que je ne m'y attende et la violence du choc me ramena si violemment à la réalité que je reculais en titubant à moitié, une douleur vive se propageant le long de l'arrête de mon nez. Quelques secondes suffirent à me rendre compte que je ne venais pas de rentrer dans un mur, mais bel et bien contre quelqu'un… et qui plus est un homme. Raison suffisamment plausible pour expliquer le léger frisson qui avait parcouru mon dos au moment de l'impact, cette collision-ci bien plus douce et appréciable que ça ne l'aurait été contre un mur de brique ou de bois. Ma main gauche avait instinctivement empoigné la serviette au niveau de ma poitrine avant même de réaliser qui j'avais en face de moi, la pudeur faisant fi de tout le reste tandis que ma main droite s'était empressée de soulager mon nez encore titillé par des saccades de douleur. Je crus entendre des excuses mais le son parvint difficilement à mes tympans, mon cerveau aussi choqué que mon corps lui-même. Mon subconscient m'interdisait formellement de rouvrir les paupières, car ce que j'avais entrevu le temps d'un court instant avait suscité un émoi que je n'aurais jamais soupçonné ressentir un jour. Le contact de ce contre quoi je m'étais cognée ne m'avait pas semblé désagréable, et la vue était loin de m'avoir également déplu. Un torse puissamment bâti, des abdominaux légèrement saillants mis en valeur par une simple serviette nouée autour des hanches… Difficilement, j'avais contraint mon regard à se stopper sur les larges épaules finement musclées avant de fermer les yeux pour de bon, un puissant sentiment de gêne s'emparant de mon être. La chaleur du bain avait suffisamment rougi mes joues pour que cet homme ne puisse s'apercevoir de quoique ce soit. Et elles s'échauffèrent davantage lorsque je réalisai à mon tour que le regard de cet homme était braqué sur moi, ressentant de nouveau cet étrange frisson se propager sur ma peau. Les doigts resserrèrent un peu plus leur étau sur le bout de la serviette en comprimant davantage mes seins, tandis que je demeurais mortifiée de honte, en proie mentalement à diverses contradictions. Ce n'était pas la première fois de ma vie que je voyais le torse d'un homme, mais jamais encore je n'avais ressenti cette sensation bien trop peu déplaisante et trop éloignée des convenances. Il ne fallait pas, je ne devais pas penser ainsi ! Où était donc passé mon irréprochable vertu ? Lui-même semblait à présent s'être désintéressé de ma personne comme le laissait suggérer mon sixième sens, alors il fallait que je ressaisisse également. Des choses bien plus importantes m'attendaient. J'ôtai alors la main qui masquait en partie mon visage pour la laisser rejoindre sa jumelle avant de courber sommairement la nuque.

« E-Excusez-moi ! lâchai-je d'une voix tremblante et peu assurée, la curiosité m'incitant à relever enfin la tête pour scruter son visage, sachant pertinemment que je ne le reverrai plus jamais. Je ne vous… »

Soudainement aphone. Ma voix se brisa à l'instant même où mes yeux se posèrent sur sa personne, ses paupières closes s'ouvrant si vite que mon sang se glaça de frayeur sur le champ. Par pitié… non. Pas ça, tout mais pas ça. Mais supplier la clémence et la pitié des dieux ne m'était déjà plus d'aucune utilité… et ça, je ne le réalisai que maintenant. Que trop tard. Si bien que lorsque son regard plongea sur mon visage, une part de mon esprit se surprit à être encore consciente. Car je ne l'étais plus, plus vraiment en tout cas ; dès lors que je le reconnus, je sus immédiatement que c'en était fini de moi. Comment ? Comment arrivai-je à tenir encore debout, ici, face à lui dans ce couloir désert, mes yeux rivés dans les siens et mon cœur à l'agonie ? Sans pouvoir une seule seconde me soustraire à son regard, implacablement sombre, terriblement accusateur… dangereusement envoûtant. Si moi, je pouvais lire de la stupeur sur ses traits délicats, une surprise non contenue lui ; que pouvait-il déchiffrer sur les miens ? Reflétai-je cette empoisonnante terreur qui broyait mes tripes, si fort que le goût de la bile envahissait ma bouche ? Son silence m'oppressait davantage encore, mais ce n'était rien en comparaison de ses prunelles noirâtres auxquelles il m'était impossible d'échapper. Parce que dès l'instant où nos regards se croisèrent, dès que le son eut franchi la barrière de mes lèvres… il le sut. Il sut qui j'étais, tout comme je sus qu'il le savait. Comme je savais la sentence proche.

« Ben Sasuke, t'es encore là ? Qu'est-ce que tu… »

Ma conscience presque envolée se réanima un bref instant en reconnaissant le timbre chaleureux de cette voix, et je sus ma fin plus proche encore en sentant son regard se poser lentement sur moi. Non, pas ça non plus… Par pitié, pas lui… Tout mais pas lui. Mais j'étais bien incapable de réagir, bien incapable d'esquisser le moindre mouvement ; et le regard d'encre n'en finissait plus de me transpercer, comme s'il guettait une quelconque réaction de ma part. Lui-même n'avait pas réagi alors que son camarade l'avait appelé, alors qu'attendait-il de moi ? S'il m'avait reconnue, pourquoi laisser traîner les choses plus longtemps ? C'est alors que je réalisais avec plus d'effroi encore que cette autre personne ne se tenait qu'à quelques mètres de nous, qu'il était tout proche… bien trop proche pour que je puisse l'ignorer plus longtemps. Mon regard se détacha péniblement des impénétrables prunelles onyx, à croire que je n'avais plus la force de les éviter, pour se tourner légèrement vers la gauche. Il semblait perdu, presque perturbé par la scène qui se jouait entre nous, et un élan de remord me submergea aussitôt. Mais ce qui me frappa le plus en cet instant fut ce sentiment d'admiration qui émanait de sa personne ; il ne me regardait pas moi, mais la femme que j'étais. Puis fatalement, mes yeux se heurtèrent aux siens, et la stupéfaction qui se dépeigna sur son visage me noua l'estomac. Ses prunelles azures si chaleureuses apparaissaient soudainement anéanties, comme frappées d'une lucidité soudaine. Ce que je vis dans son regard me renvoya aussitôt à l'amère réalité de la situation ; lui aussi, venait de me débusquer. Un regard valait mille paroles, et le sien exprimait tant d'émotions qu'il était impossible de s'y méprendre. Les mêmes questions sans réponses assaillaient mon esprit de toute part, alors que je demeurais figée. Le moment n'était pas venu pour les supplications tardives car les dieux ne me seraient d'aucun recours ici. Pas aujourd'hui en tout cas. Si je voulais m'en sortir…

« Vous…

— Veuillez m'excuser, mais il ne me plaît guère de parler à un inconnu dans un lieu tel que celui-ci. »

De la surprise passa aussitôt dans le regard bleu, que je soutins parfaitement en tâchant d'abhorrer l'expression la plus neutre et désintéressée possible. Les mots étaient sortis de ma bouche avant d'en mesurer véritablement leur impact ; la voix avait été claire et le ton sec, presque tranchant sans pour autant sembler irrespectueux. C'était jouer dangereusement avec le feu que d'oser lui répondre de la sorte, mais au moins je gagnais du temps. L'air légèrement hautain que je me forçais à exprimer sembla suffire à le moucher vu son silence et le léger rouge de ses joues, comme gêné, sans savoir où se mettre. Si c'était réellement le cas… Délaissant son regard en le toisant légèrement, je resserrai davantage la pression de mes mains sur ma poitrine et entrepris de marcher avec assurance, le regard droit et impassible, la tête haute. Je ne me risquais même pas à jeter un regard en arrière vers l'autre, quasiment certaine que cette petite comédie n'avait eu aucun effet sur son jugement. Impossible, vu la transcendance de son regard charbonneux durant notre court échange visuel. Mentalement, je priais et suppliais pour que mon corps tienne bon, que mes jambes ne se dérobent pas à un moment aussi crucial. Mon cœur cognait si violemment dans ma cage thoracique que je me demandais si je n'allais pas finir par régurgiter ce qu'il restait dans le fond de mon estomac. Et même une fois entrée dans les vestiaires pour femmes, je continuais à agir de la même manière, sans pouvoir cependant réfréner les tremblements de mes mains. Ce qu'il venait de se passer était pire que tout ce que j'avais subi jusqu'à présent. Et si je croyais avoir sauvé les apparences auprès d'Uzumaki-san, rien ne pouvait m'affirmer que c'était réellement le cas. Uzumaki-san… J'avais senti ma gorge brûler en croisant son regard, en proie à l'envie de le supplier de me pardonner et l'envie de le fuir à toutes jambes. J'avais pris ma décision pourtant… mais le revoir n'avait fait que me confiner dans la solitude et dans le sentiment de peur d'être de nouveau abandonnée. A la vérité, si je m'étais enfuie, c'était aussi pour ne pas avoir à en souffrir ni avoir à regretter quoique ce soit dans le futur. Je revêtis mon kimono et mon hakama rapiécés avec lenteur, les gestes bien trop maladroits par rapport à d'habitude. Et de nouveau, ces pensées emplies de noirceur qui martelaient ma tête comme un marteau sur une enclume. Bon sang…

« Est-ce que tout va bien ? entendis-je alors sur ma droite. »

Mon regard se décala de quelques centimètres pour croiser des grands yeux bordés de cils, leur iris d'un doux marron me faisant songer à la couleur des châtaignes en automne. C'était la jeune femme qui m'avait souri avec malice au moment où je m'extasiais sur ma propreté ; encore maintenant, un petit sourire dessinait ses lèvres finement rosées, de beaux cheveux châtains encadrant son visage et baillant un peu sur ses épaules dénudées. Son expression bienveillante me fit instantanément penser au visage d'Hinata-san, et je sentis aussitôt mes yeux s'embrumer. Idiote que j'étais, comme si ressasser ces souvenirs pouvaient bien changer quelque chose, comme si les choses pouvaient encore rentrer dans l'ordre. Rien ne serait plus jamais comme avant, jamais… Rien ne serait plus jamais comme avant ? Cette pensée déclencha une sorte d'électrochoc en moi, comme si cette phrase apparaissait soudainement comme une évidence. Rien, rien n'était déjà plus comme avant. Avant, je menais une existence modeste mais paisible, j'étais heureuse à souhait ; maintenant, que me restait-il de cette utopie ? La scène qui venait de se jouer quelques minutes plus tôt dans ce couloir s'interposa brutalement dans mon esprit, l'âcre goût de la bile persistant sur la langue. Cet homme m'avait reconnue. Cet homme qui dès le départ, ne m'avait inspiré que terreur et méfiance ; cet homme qui dès notre première rencontre, s'était montré particulièrement hostile à mon égard. Cet homme, dont le premier regard m'avait grisée autant qu'effrayée. Uchiwa Sasuke.

Mon sang ne fit qu'un tour à la seule pensée de son nom et dans un geste brusque, j'attrapai ma besace pour la passer par-dessus mon épaule et faire volte-face pour sortir, lorsqu'une main m'agrippa le bras avec poigne.

« Où penses-tu aller comme ça ? Je peux t'aider si tu…

— Ne me touchez pas, m'écriai-je en me dégageant avec force avant de quitter la pièce en trombe, incapable de supporter l'idée d'être ici plus longtemps. »

M'aider ? Personne ne pouvait plus rien faire pour moi désormais, il était déjà trop tard. Et même si le regard que m'avait lancé cette femme avant que je ne m'enfuis m'avait paru franc et sincère, je ne pouvais pas accepter son aide. Car cela aurait signifié impliquer une personne de plus dans mes problèmes et ça, je ne pouvais le supporter. Seule la volonté de fuir pour tenter de survivre me rattachait à présent au monde réel, si bien que mes jambes se mouvaient avec rapidité et agilité sans que je n'aie besoin de leur commander de courir. Inconsciente, je courais à perdre haleine en zigzaguant dans les ruelles de Konoha, éclairées artificiellement par diverses illuminations, lampions, torches, lampes à pétrole… Certaines bâtisses demeuraient sombres, le clair de lune voilé par les épais nuages assombrissant le ciel sans étoiles ce soir. L'endroit où je me rendais était inévitable, presque devenu mon seul lieu de refuge dans cette ville que j'aspirais à fuir au plus vite. Mes pieds venaient à peine de fouler le sol encore humide que je perdis l'équilibre, roulant la faible pente avant de finir ma course au pied de la rivière, la tête la première dans un amas de terre et de feuilles mortes. Ma respiration était saccadée et mes yeux me brûlaient, la poussière se mêlant aux larmes chaudes qui brouillaient ma vision. J'enrageais. Me redressant sur mes genoux d'un geste brusque, j'enfonçais mes ongles dans le sol pour creuser plus profondément dans la terre avant d'enduire mes joues de boue, frottant mon visage sans douceur en serrant la mâchoire de rage. Je bouillonnais. Je fulminais intérieurement contre ma stupidité, ma naïveté, et contre tous les maux qui m'accablaient. Et plus la colère s'emparait de mon être, plus mes gestes étaient violents, incontrôlables. Je perdais littéralement les pédales, tout s'effondrait autour de moi. Mon monde s'écroulait. Les larmes salées n'en finissaient plus de couler le long de mes joues que je persistais à couvrir de saletés, incapable de contenir mes sanglots. Puis mes yeux se tournèrent vers le manteau noir de la nuit, reflétant la même noirceur que mon cœur éprouvait.

« Pourquoi ? Pourquoi vous acharnez-vous autant sur moi, hein ?! »

Ma voix étranglée porta faiblement cet appel désespéré vers les cieux, mes yeux se fermant alors que la peine comprimait davantage ma poitrine. Puis je baissais la tête, les ongles toujours enfoncés dans la terre fraîche.

« Je n'ai rien fait de mal, alors pourquoi… »

Jamais je n'avais autant maudit les dieux qu'en cet instant, tout en étant consciente que les accabler ne servirait à rien non plus. Ils ne s'en montreraient pas plus cléments, pire, leur châtiment n'en serait que plus redoutable. Mais après tout, que pouvait-il bien m'arriver de plus ? Mes chances de retrouver Tsunade venaient d'être réduites à néant, entièrement cette fois-ci. Ma véritable apparence avait été démasquée, et pas par n'importe ; qui le Koueichiimura pouvait se targuer de bénéficier du soutien de l'armée royale du Pays du feu, en plus d'avoir ses propres hommes à son commandement, et j'en passai. Autant dire que ma chevelure rose ne passerait plus aussi inaperçue qu'elle ne l'aurait pu si les circonstances avaient été différentes. Il ne me restait donc qu'une seule option pour espérer m'en sortir : quitter Konoha cette nuit-même, mais sous les traits de « Kizashi ».

Il me fallut plusieurs minutes pour reprendre le contrôle de mes émotions, attendant patiemment que s'atténuent mes sanglots et que cesse tout tremblement dans mon corps. Lorsque mes yeux redevinrent secs, je les frottais contre ma manche salie en reniflant un peu avant d'aller rincer mes mains dans l'eau glacée de la rivière, puis fouillais dans ma besace à la recherche des fioles contenant le liquide qui allait m'aider à m'échapper de cet enfer. Et ce fut aussi difficile que la fois dernière, mes cheveux bien trop longs et malheureusement bien trop propres pour que l'encre n'adhère complètement. Par chance, la quantité de fioles que j'avais achetées à ce grossier marchand suffit à recouvrir entièrement la chevelure soyeuse que j'avais si délicatement lavée ; par souci, je décidais de conserver les fioles quasiment à sec, songeant à leur possible réutilisation. Accroupie, la tête penchée vers le sol, je m'accordais une pause bien méritée en élaborant mentalement mon plan d'évasion de cette ville avant de réaliser un détail important. L'entrée principale par laquelle j'étais passée deux jours plus tôt devait probablement garder ses portes fermées la nuit, avec des sentinelles plantées comme des piquets à la fois à l'intérieur et à l'extérieur pour protéger la cité de toute attaque. Les gardes faisaient déjà des rondes quotidiennes la nuit, j'en avais croisé quelques uns lors de ma tentative de cambriolage ratée. Il fallait me rendre à l'évidence : ce n'était malheureusement pas cette nuit que je ferais mes adieux à Konoha.

Je soupirais longuement en serrant les dents pour garder mon calme, essayant de réfléchir à un autre moyen. Le plus sage – et le plus sûr surtout – était encore de me terrer ici jusqu'à l'aube, où je pourrais facilement me faufiler dans la charrette d'un marchand sur le départ. Si j'avais réussi à entrer dans la ville par ce procédé sans décombres, alors j'arriverais aussi à en sortir. Un long et intense grognement rompit brusquement le silence de la nuit et je posais une main sur mon estomac mécontent qui venait de se manifester. La peur m'avait fait perdre toute envie de nourriture, alors qu'à dire vrai, je mourrais littéralement de faim. Je n'avais rien avalé depuis la veille et les émotions avaient tantôt retourné mon estomac, tantôt creusé mon appétit. Il me fallait recouvrer des forces si je voulais mener à bien mon projet de fuite alors je n'avais guère le choix que de quitter ma cachette pour trouver de quoi me sustenter. Mais j'allais devoir me contenter de maigres denrées alimentaires si je voulais tenter de marchander dans une autre ville une tenue plus appropriée, et surtout ne pas faire ma fine bouche. Un bon bol de soupe chaude avec du riz me conviendrait parfaitement, mais encore fallait-il que je trouve où me procurer ces précieuses victuailles…

Après m'être assurée que mes cheveux étaient entièrement secs, je m'attelais à les rattacher sommairement comme j'avais pris l'habitude de le faire en prenant les traits d'un garçon, optant pour une coiffure simple pour mieux me fondre dans la masse. Enfin, j'inspirais profondément une grande bouffée d'air frais pour m'aérer l'esprit et chasser toute pensée fataliste, et surtout me donner tout le courage du monde, avant de décider de regagner les quartiers animés de la ville. Mon cœur battait encore anormalement vite dans ma poitrine, la panique encore bien présente dans mes veines. Ce que j'entreprenais était totalement suicidaire si l'on prenait en considération le fait que je pouvais tomber sur n'importe quel membre du Koueichiimura, ou faire une mauvaise rencontre tout court. Seulement je devais survivre par tous les moyens, et cela commençait par la nécessité de me nourrir afin d'être au meilleure de ma forme pour reprendre mes recherches dès lors que j'aurais quitté cette ville maudite, ses habitants compris. Plus rien ne me retenait à Konoha désormais, c'était vers l'avenir que je devais focaliser mon esprit, et cet avenir s'appelait « Tsunade ».

Les dieux semblaient avoir eu pitié de mes supplications car à cette heure tardive du soir, nul ne ferait attention à moi. Des rires gras résonnaient de ci de là dans la rue principale, marchands, palefreniers et autres gardes se chargeant d'écumer les auberges et tavernes de la ville. Un bruit de verre brisé me fit sursauter au moment même où je crus entendre des insultes et des cris de protestations, suivi de près par les pas rapprochés d'une patrouille de gardes faisant leur ronde non loin d'ici. Probablement une simple altercation à cause d'un excès de boisson, voire une rixe entre gangs ; quoique ce fut, il valait mieux presser le pas et passer son chemin en prétendant n'avoir rien entendu. Mon estomac criait violemment famine lorsqu'un doux fumet provenant d'une échoppe à quelques mètres chatouilla mes narines, l'eau me montant instantanément à la bouche. Mes jambes me conduisirent d'elles-mêmes vers la dite bâtisse en bois, le toit décoré de petits lampions colorés, un faible halo de lumière se distinguant derrière le rideau blanc. Ecartant celui-ci du revers de la main, je m'engouffrais en frissonnant de bien-être sous l'abri qui nous protégeait de la fraîcheur de la nuit puis m'avançais pour prendre place sur un tabouret, scrutant le dos du propriétaire de l'échoppe qui ne s'était pas encore aperçu de ma présence. Des cheveux d'un gris poivré dissimulé sous un calot, une carrure plutôt imposante. Une petite note clouée sur le mur me renseigna sur les plats proposés et sur le nom de l'enseigne, les caractères d'hiragana formant les syllabes « Ichiraku Ramen ». Un restaurant de nouilles… voilà qui allait largement contenter mon palais et mon appétit.

« Euh… excusez-moi monsieur, bredouillai-je en me forçant à pousser ma voix vers les tons graves. »

L'homme en question fit volte-face si brusquement que je me rétractais sur moi-même en ayant un mouvement de recul, me rattrapant au comptoir pour ne pas tomber en arrière. Grands dieux, n'y aurait-il donc aucun instant dans cette journée où je ne manquerai pas de mourir de frayeur ?

« Oh toutes mes excuses jeune homme ! Je ne vous avais pas entendu, c'est rare d'avoir encore un client à cette heure-ci vous savez ! »

Un large et chaleureux sourire fendait son visage marqué par le temps, accentuant les rides qui se contractaient au niveau de ses yeux assez bridés et de ses pommettes. La cinquantaine tout au plus. Un visage réconfortant en tout cas, quelqu'un qui ne me jugerait pas pour celui que je semblais être.

« Alors, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?

— J-je ne me suis pas encore décidé, balbutiai-je en baissant les yeux vers ma besace, l'odeur délicieuse me narguant davantage. Je… »

Pouvais-je réellement me permettre de manger à ma faim vu le maigre butin qui me restait ? Les fioles d'encre m'avaient coûté une petite fortune, mais cette acquisition avait été vitale pour ma survie. Faire demi-tour maintenant serait d'une impolitesse si extrême que je me refusais à partir sans excuses, sans lui avoir expliqué que je me retrouvais dans l'incapacité de le payer comme il l'exigerait. Mes états d'âme actuels devaient se lire facilement sur mon visage car je sentis son regard se diriger à son tour sur ma besace, me faisant violemment rougir de honte. J'avais eu mon lot de mensonges pour la journée, alors autant être honnête et faire profil bas devant lui…

« J-Je suis désolé, mais je ne vais pas pouvoir…

— Tu ne peux pas payer, c'est bien cela ? »

Mes dents mordaient si violemment ma lèvre inférieure que je sentis le goût du sang se diffuser peu à peu dans ma bouche, incapable de relever la tête pour lui faire face. Sa voix avait été un cran plus basse, et c'était là pour moi un signe de mépris. Déglutissant, j'acquiesçais faiblement à sa question en serrant avec force ma besace, totalement dépitée. Mais alors que j'allais descendre du tabouret, sa voix résonna un peu plus fort.

« Reste assis mon garçon, car tu vas avoir le privilège de goûter aux meilleures ramens de Konoha. »

Croyant avoir mal entendu, je me redressais pour tourner la tête dans sa direction, ce dernier m'ayant déjà tourné le dos pour commencer la préparation de son plat. Incrédule, je le regardais s'affairer à sélectionner ses ingrédients, tantôt taillant de fines tranches de viande rosée, tantôt hachant menu des branches de ciboule avec des gestes précis et soignés. De mon côté, je ne pouvais que le contempler sans piper mot en espérant ne pas m'être fourvoyée sur le sens de ses paroles. Peut-être allait-il me demander de lui rembourser cette dette plus tard, chose que j'aurais volontiers faite si j'en avais eu l'opportunité. Le bruit d'un bol posé devant mon nez me sortit de ma rêverie et j'ouvris de grands yeux ronds face à l'impressionnante portion de viande, totalement bouche bée.

« Et une portion de ramens au porc et au miso, une ! s'exclama t-il d'une voix enjouée, devant mon regard toujours aussi stupéfait.

— Mais je vous ai dit que…

— Les temps sont rudes pour tout le monde, mais ça ne veut pas dire non plus qu'il faille ne penser qu'à soi-même. Considère ça comme un acte de charité si tu le souhaites, reprit-il avant de me tourner de nouveau le dos pour nettoyer ses ustensiles de cuisine. Pour moi rien ne vaut le plaisir de voir un citoyen, quel qu'il soit, se régaler et manger avec appétit les ramens que je lui aurais soigneusement préparées. »

Mes yeux s'écarquillèrent aussitôt, s'embuant lentement en sentant une bouffée de bonté et de tristesse me submerger. La réalité n'était pas si cruelle que je ne le pensais, la gentillesse et l'entraide existaient encore dans ce monde, et j'en avais la preuve juste devant moi. Ce serait mentir que de prétendre ne pas avoir déjà ressenti ce sentiment auprès d'autres personnes ; Hinata-san et Uzumaki-san me l'avaient montré eux aussi, sans que je ne puisse jamais le leur rendre à mon tour. Ressasser une nouvelle fois ces souvenirs me serra un peu plus le cœur, ne pouvant rejeter la faute que sur moi-même.

« Mange ! aboya soudainement la voix du quinquagénaire, résonnant presque comme un ordre tandis que je manquais une fois de plus de tomber du tabouret.

— O-oui ! m'écriai-je en attrapant en vitesse une paire de baguettes en bois pour en détacher les parties, avant de courber sommairement la nuque. B-bon appétit ! »

Puis je ne me fis pas prier plus longtemps, remuant doucement le contenu du bol en humant avec délice l'odeur qui s'en échappait pour finir par me jeter avec férocité sur le plat. La saveur brûlante et exquise emplit aussitôt chaque recoin de ma bouche, savourant le moelleux de la viande et la texture souple des nouilles. Ma vue se brouilla imperceptiblement, et je reniflai un grand coup en essuyant mes paupières du revers de la main.

« Alors ? N'est-ce pas là les meilleures ramens que tu ais jamais mangé de ta vie mon garçon ? »

Vraiment… j'avais envie de pleurer. C'était des larmes de joie, d'une infinie gratitude, qui perlaient à mes cils. Méritais-je donc autant de gentillesse ?

« Si, soufflai-je entre mes lèvres en esquissant un faible sourire. C'est vraiment… délicieux. »

Mon sourire s'élargit davantage et je repris la dégustation de mon plat avec plus d'appétit encore, le cœur soudainement devenu plus léger. Je mangeais avec plus de disgrâce qu'un porc lui-même, engloutissant les ramens comme si je n'avais rien avalé depuis plus d'une semaine, sans me soucier du jus qui dégoulinait le long de mon menton et qui salissait un peu plus mes habits. Aussi achevais-je de terminer mon repas en buvant à grandes gorgées la soupe encore tiède, avant de reposer mon bol en respirant profondément sous son regard amusé, visiblement fier de lui.

« Je n'en peux plus.

— Estime-toi heureux, j'aurais pu te servir dans un modèle de bol encore plus grand que celui-ci.

— V-Vraiment ? bredouillais-je en imaginant une portion encore plus grande que celle que je venais d'avaler. Il faut être inhumain pour ne pas être rassasié avec la quantité que j'ai englouti.

— Tu n'es qu'un gringalet ! renchérit-il en s'esclaffant joyeusement. Mon plus fidèle client est capable d'engloutir trois maxi portions à lui tout seul, et sans en laisser une seule goutte ! »

La simple idée de reprendre un second bol me noua l'estomac, incapable d'imaginer quelqu'un en reprendre trois fois. Pour aimer à ce point se nourrir de choses aussi grasses et lourdes… oui, ça ne pouvait être que quelqu'un d'une forte corpulence. Un courant d'air s'engouffra à l'intérieur de l'échoppe et balaya quelques mèches devant mes yeux, me rappelant combien la nuit allait être fraîche et désagréable. Le ventre rempli, j'aurais plus de facilité à m'assoupir quelques heures pour quitter définitivement la ville aux aurores. Alors que je lui rendais mon bol en le remerciant, une idée me vint brusquement à l'esprit. Cela faisait certes trois jours que j'avais pénétré dans l'enceinte de Konoha, mais je n'en avais pas non plus exploré tous les recoins. S'il subsistait une faible probabilité d'en apprendre plus sur l'enlèvement de Tsunade, autant profiter du délai imparti pour glaner des informations. Et quoi de mieux que le tenancier du restaurant de ramens le plus réputé de la ville ?

« P-Puis vous demander quelque chose ? osai-je murmurer en relevant mon regard vers lui, à présent occupé à nettoyer son plan de travail.

— Hum ?

— Si… Si vous deviez retrouver quelqu'un dans une ville que vous ne connaissez pas, par quel endroit commenceriez-vous pour effectuer vos recherches ? »

Ses sourcils se froncèrent le temps d'un seconde, le pli sur son front se dessinant dans la chair de son visage marqué par le temps. L'air grave qu'il arborait me fit aussitôt regretter ma question, comme si ce que je venais de lui demander représentait un sujet tabou.

« Je me disais bien que je n'avais jamais vu ta tête dans le coin, répondit-il d'une voix calme tandis que je me ratatinais sur moi-même, son regard s'adoucissant au même moment. Ne crains rien petit, je n'ai pas besoin de savoir d'où tu viens ni qui tu es. Tu as mangé de bon cœur ce que je t'avais préparé, cela me suffit amplement. En revanche si tu me le permets, j'ai une seule et unique question à te poser. »

Son expression était redevenue sérieuse, et l'inquiétude que je pouvais lire sur les traits de son visage était loin de me rassurer. Non pas que je craignais sa question, mais plutôt ce contre quoi il semblait vouloir me mettre en garde.

« La personne que tu recherches est-elle si importante pour toi, au moins de risquer ta vie pour elle ? En vaut-elle vraiment la peine ? »

Un éclair de surprise passa dans mon regard à l'entente de sa phrase, me plongeant bien malgré moi dans mon passé. Aucun lien du sang ne nous unissait elle et moi, et pourtant, elle était ma seule et unique famille en ce monde. Elle qui m'avait recueillie dans son foyer, elle qui avait pansé tant de fois les blessures de mon cœur ; celle que j'étais aujourd'hui, je le devais à Tsunade. Je lui devais tellement et tout à la fois, que ma reconnaissance et ma loyauté envers elle demeuraient sans faille. Risquer ma vie pour elle ? La question ne se posait déjà plus.

« Elle l'est. Assurément. »

Ma voix n'avait pas tremblé, mon regard n'avait pas cillé. La réponse que je lui avais fournie était à la hauteur de ma détermination, et je sus à la vue de son sourire satisfait que j'avais su me montrer convaincante pour obtenir gain de cause. Il soupira d'un air contrit.

« Tu es plus coriace que tu n'en as l'air gamin. Moi qui espérais t'ôter ce projet de la tête, c'est raté on dirait…

— Où donc ? m'empressai-je de lui demander en me penchant, impatiente de connaître ma prochaine destination.

A ton avis, en dehors du marché et des tavernes, quel est l'endroit le plus susceptible de réunir toutes sortes d'individus en tout genre à cette heure tardive de la nuit ? »

Puis son regard se décala de quelques centimètres pour regarder quelque chose à l'extérieur, impossible à discerner de l'endroit où je me trouvais. Des rires résonnèrent alors dans la rue, bruyants et hilares, et d'autres encore plus doux, comme des gloussements… féminins.

« Le quartier des plaisirs… murmurai-je dans un souffle, les yeux à présent rivés sur ma gauche.

Yoshiwara4. Le quartier le plus fréquenté et animé de Konoha la nuit, le plus dangereux aussi.

— Dangereux ? A cause des malfrats vous voulez dire ? »

Il n'y avait eu aucun ton de plaisanterie dans ma voix, mais ma phrase suffit pourtant à le faire partir dans un puissant rire, sous mon regard perplexe. Il reprit bien vite son sérieux, m'affublant d'un nouveau sourire, narquois cette fois-ci.

« Mon gars, ce sont les femmes les plus dangereuses dans cette ville. Ce ne sont pas les bandits et autres renégats que tu dois craindre, mais bien elles.

— Pourquoi cela ?

Pourquoi cela ? Dis-moi voir, quel âge as-tu ?

— Dix-huit ans.

— Et tu n'as jamais encore goûté au plaisir de la compagnie d'une femme ? s'étonna t-il en ouvrant de grands yeux, ce à quoi je rougis fortement en détournant le regard. »

Pour le coup, je me sentais dans une situation vraiment inconfortable… Si j'avais su, je me serais tue bien avant que nous dérivions du sujet principal. Puis il m'expliqua la direction à prendre, jusqu'à conclure ses explications sur une mise en garde.

« Bah, tu es encore jeune et inexpérimenté après tout, c'est normal que tu ne connaisses pas encore les plaisirs de la vie. Quoiqu'il en soit, retiens bien ma leçon et ne t'aventures pas à rester trop longtemps dans cet endroit. C'est un conseil que je te donne.

— Entendu, je ferais attention. Je dois y aller maintenant, répondis-je en sautant du tabouret. »

Puis j'enfilais à la hâte ma besace par-dessus la tête avant de courber l'échine dans sa direction, incapable de trouver les mots justes pour lui faire comprendre combien j'étais reconnaissante.

« Je… Je ne saurais jamais comment vous exprimer toute la gratitude que j'éprouve à votre égard, et j'espère que vous saurez me pardonner l'offense que je vous ai faite tout à l'heure. Je suis sincèrement désolé.

— Ne me fais pas d'excuses va, j'ai bien compris que tu avais l'air d'être dans une situation désespéré. Sache en tout cas que tu seras toujours le bienvenu si jamais tu repassais dans le coin. »

Ses mots suffirent à m'insuffler un peu plus de courage et de réconfort, et je me redressais pour sonder son visage, toujours aussi bienveillant, lui renvoyant son sourire amical.

« M-Merci pour tout ! m'écriai-je en m'inclinant de nouveau, avant de m'élancer dans la direction qu'il m'avait indiquée. »

Je ne voulais pas pleurer, mais je n'arrivais pas à chasser ce sentiment triste de mon esprit non plus. Cette rencontre venait de changer radicalement mon état d'esprit, plus confiante, davantage rassurée dans mes moyens. Les dieux étaient revenus de mon côté en m'offrant cette bénédiction. Il ne me fallut que peu de temps pour gagner ma destination, ralentissant la cadence pour passer l'entrée du Yoshiwara en toute discrétion. Et c'était exactement tel que me l'avait décrit le tenancier de l'échoppe « Ichiraku Ramen ». Mon malaise s'intensifia un peu plus en déglutissant à la vue de tous ces hommes venus uniquement pour satisfaire leurs désirs. Si certains se plaisaient à venir pour écouter la douce mélodie d'un air de shamisen auprès d'une oiran5, d'autres n'avaient qu'une seule motivation, prendre du bon temps avec quelques courtisanes ou prostituées, communément appelées hashi-jōro et yūjo6. J'avançais dans cette atmosphère surréaliste tant bien que mal, sans savoir vraiment où aller ni vers qui me diriger pour obtenir des renseignements. Puis, prenant mon courage à deux mains, j'entrepris de commencer mon inquisition… mais la réalité me ramena radicalement sur Terre.

La première femme que je tentai d'aborder me scruta de la tête aux pieds dans une grimace de dégoût sans me laisser le temps de lui demander quoique ce soit. En second lieu, je manquais d'avoir le crâne fracassé par une bouteille de saké lorsque je voulus questionner deux courtisanes à priori seules, mais à priori seulement, n'ayant pas remarqué la présence d'un petit groupe d'individus posté un plus loin, et qui eux, m'avait vu arriver en toute innocence vers les deux jeunes femmes. Enfin, je venais d'échapper à ma troisième tentative sauf que cette fois-ci, c'était moi que l'on avait courtisé. Mon cœur battait encore à tout rompre dans ma poitrine, rajustant le col de mon kimono qu'une femme avait tenté de m'arracher de force en gloussant comme une dinde, après m'avoir accostée d'une manière bien trop sensuelle et peu conventionnelle à mon goût. Ici, le « Kizashi » que j'étais remportait un franc succès auprès de la gente féminine, et ce malgré mes haillons disgracieux. Appuyée contre un mur pour reprendre mon souffle, j'essayais de remettre de l'ordre dans ma tête en énumérant mentalement le nombre de maisons des plaisirs et salons de thé que j'avais comptés. Mon sixième sens s'alarma et je relevai la tête pour réaliser qu'effectivement, quelqu'un m'observait. Le sourire sensuel qui se dessina sur les lèvres teintées me fit lever les yeux au ciel, incapable de comprendre pour quelle raison les femmes semblaient s'intéresser à ma personne. Si elles convoitaient l'intérieur de ma besace, autant dire qu'elles ne repartiraient qu'avec une maigre compensation quant à leurs services. Soupirant, je commençais à m'éloigner lorsqu'une main m'agrippa subitement le bras, m'obligeant à faire face à la jeune femme qui me lorgnait dix secondes plus tôt. Pas encore…

« Navré, mais je ne…

— Tu le sais, que tu as des yeux vraiment extraordinaires pour un homme ? C'est la première fois que je vois un vert d'une telle intensité… Je suis totalement sous le charme, ajouta-t-elle en battant des cils avant de laisser ses doigts glisser sur le revers de ma main, me faisant froncer les sourcils. »

Et voilà, les ennuis recommençaient.

« Viens, reprit-t-elle d'une voix de velours en m'empoignant la main. Je vais te faire passer un moment si intense que tu ne voudras plus repartir avant le petit matin. Suis-moi…

— Vous savez, vous devriez avoir plus de respect envers la jeune femme que vous êtes et ne plus vous comporter de la sorte. »

Le sourire séducteur s'effaça aussitôt de son visage, ses airs de tentatrice disparaissant en même temps. C'était peut-être injuste et malvenu de lui parler ainsi, mais si ça me permettait de partir tranquille… Ma main libre se posa avec douceur sur la sienne, avant de la regarder droit dans les yeux.

« Il n'est pas trop tard pour faire machine arrière, vous le savez autant que moi. Une jeune personne aussi belle et intelligente que vous peut s'en sortir dans ce monde, sans être obligée de se vendre à n'importe quel dépravé du coin. Faites-vous davantage confiance. »

Un soupçon se surprise apparut dans le fond de son regard brun et je me dégageais de son emprise sans demander mon reste, sans me retourner non plus. Si j'avais eu pitié d'elle, il en était de même pour les autres. Fatalement, je priais pour que son sort lui soit plus favorable un jour, et qu'elle suive mon conseil. Pour ne pas me laisser gagner par mon pessimisme grandissant à vue d'œil, je décidais de tenter une nouvelle approche en choisissant directement de m'adresser à la tenancière d'un salon de thé. Mais le regard mauvais qu'elle m'adressa lorsque je lui répondis que je n'étais pas là pour jouir du plaisir de la boisson en compagnie d'une femme suffit à me décourager pour de bon, n'ayant malheureusement pas prévu en sortant de bousculer brutalement un jeune noble éméché, ce dernier ordonnant à ses hommes de main qu'il me soit infligé vingt coups de fouet pour cet affront. Et je bénissais les dieux du fond du cœur de m'avoir accordé de nouveau leur clémence, m'octroyant le courage et le déclic nécessaires pour prendre mes jambes à mon coup, chanceuse de l'état d'ébriété des hommes qui s'étaient lancés à ma poursuite. Actuellement cachée derrière des caisses entreposées dans une ruelle sombre et déserte, je tendais l'oreille pour m'assurer qu'ils ne m'avaient pas suivie, et ma peur redescendit d'un cran au bout de plusieurs minutes. Vraisemblablement, c'était peine perdue. La déception était présente, certes, mais bien loin de celle que j'avais pu éprouver deux jours plus tôt. Si je n'avais rien trouvé ici, c'est qu'il n'y avait rien à découvrir, tout simplement. Soufflant un grand coup, je m'apprêtais à sortir de ma cachette lorsque des murmures parvinrent à mes tympans, me contraignant à m'accroupir dans la pénombre pour ne pas être vue. J'allais fermer les yeux pour me reposer quelques secondes, mais ce que j'entendis me coupa instantanément toute envie.

« Le nécessaire a été fait, n'est-ce pas ?

— Bien évidemment, Sei-dono7. Mes hommes l'ont arrêtée alors qu'elle tentait de s'enfuir à l'est de Tanzaku. Elle n'a pas opposé résistance bien longtemps, nous ne lui en avons pas laissé le choix en tout cas. »

La dernière phrase me paralysa instantanément, incapable de respirer. Comme un coup d'estoc surgi de nulle part.

« Hm, excellent. Retrouver cette Koichi Tsunade nous aura donné du fil à retordre, je vais pouvoir l'en avertir, lui qui attendait ce jour avec impatience.

— Tout aussi futée qu'elle soit, elle n'aurait pu se cacher plus longtemps. Sa réputation de guérisseuse l'a précédée.

— Savoir que ce sont justement ces dons-là qui l'ont conduit à sa perte… Quel dommage. »

Ne pas crier, ne pas crier. Surtout ne pas me laisser submerger par le flot d'émotions qui envahissait ma tête et mon cœur, le corps entier secoué de légers tremblements. Ma main s'était instinctivement posée sur mes lèvres pour m'empêcher d'émettre le moindre son qui aurait pu les informer de ma présence, mais je perdais peu à peu toute conscience de bon sens. Ces interrogations qui m'assaillaient nuit et jour, enfin, la réponse était là, à quelques mètres de moi. Mais qui étaient ces hommes ? Je ne reconnaissais aucune de leurs voix, alors qui diable étaient-ils ? Et surtout, comment ? Comment pouvaient-ils être au courant pour Tsunade ? Bon sang… bon sang !

« L'affaire ne doit s'ébruiter sous aucun prétexte, et encore moins ici. Il serait aisé pour certains d'éveiller des soupçons à notre égard, et je n'y tiens pas particulièrement.

— Soyez rassuré, toutes les mesures de précaution ont été prises. Le Koueichiimura n'aura pas eu le temps de réaliser notre présence que nous aurons déjà quitté la ville.

— Je vous fais confiance. A quel endroit exactement ?

— Actuellement, mes hommes la retiennent près de…

— Pas ici. On dit que le vent qui souffle sur le village des feuilles est capable de porter le son le plus infime jusqu'aux confins de la frontière du pays du Feu. Je connais un endroit sûr. »

Les bruits de pas s'éloignèrent doucement, tandis que la colère s'épanouissait en moi avec rage. Leurs visages… je devais voir leurs visages. Il le fallait, impérativement. Ancrer dans ma mémoire chaque contour, chaque parcelle de leur peau. Tatouer leurs visages aussi profondément que la noirceur parcourait chacune de mes veines. M'imprégner de leurs images… pour les tuer cent fois dans ma tête ensuite. Leur faire payer mille fois ce qu'ils avaient osé lui faire subir. Tout discernement était futile, je n'avais que faire du reste. La peur ? Evaporée dès l'instant où ils avaient évoqué son nom. Aveugle et inconsciente, je me relevais en silence en titubant un peu, les jambes engourdies. Je leur ferais face, quoiqu'il arrive, je leur ferais face jusqu'au bout. Jusqu'à leur arracher la vérité sur l'endroit où ils la retenaient captive. Perdant subitement l'équilibre, je me rattrapais avec difficulté contre le mur, ayant totalement oublié leur présence… et eux réalisant la mienne.

« Qui est là ? résonna soudainement une voix glaciale, menaçante au point que mon sang se figea, n'ayant jamais connu un sentiment de terreur aussi accru que celui-ci. »

Ma main tremblante tâta aussitôt la ceinture de mon hakama, réalisant avec effroi et désespoir que mon katana ne s'y trouvait pas. Impossible… Comment n'avais-je pas pu me rendre compte de ce détail ? Dans la pénombre se dessinait les deux effrayantes silhouettes, comme si la mort elle-même était venue me chercher pour me conduire vers le trépas. Le bruit d'une lame sortie de son fourreau accentua vivement cette impression, le châtiment serait sans appel. Des larmes brûlantes s'écoulèrent le long de mes joues, mes membres tétanisés, prise au piège. Impossible de fuir ce funeste destin. Cette fois… c'était fini.

Tout se passa en un éclair. Une puissante poigne m'encercla brusquement la taille si violemment que mon estomac en sembla broyé ; le temps d'une fraction de secondes, et je me retrouvais au sol derrière le salon de thé où j'étais entrée, reconnaissant le rouge de la bâtisse à travers mes yeux mi-clos. Que venait-il de se passer, là, à l'instant ? Etait-ce cela, la mort ?

« Tu n'es vraiment qu'un imbécile fini, bordel ! rugit une voix sourde et puissante à quelques centimètres de moi. »

Cette intonation furieuse, poussée par une voix forte et impétueuse… Je la reconnus, au moment même où une main empoigna le col de mon kimono pour me redresser sans douceur sur mes jambes encore paralysées par la terreur et la conversation que je venais d'entendre.

« Dans quel guêpier t'es-tu encore fourré, hein ?! Ton cadavre égorgé joncherait les pavés de cette ruelle si je n'étais pas arrivé à temps ! »

Son regard était démentiel, alliant une colère sourde à une anxiété sans pareille, comme si mon sort lui importait plus que sa propre vie. Mais pour quelle raison ? Lui qui ne m'avait témoigné aucun geste de sympathie lors de notre rencontre, ne m'offrant que sarcasme et mépris. La raison de son geste m'échappait totalement, mais cela n'avait aucune espèce d'importance. Akimichi Chôji, le garde du corps de la voluptueuse Yamanaka-san, venait à l'instant de me sauver la vie.

« La satanée traque dans laquelle je me suis embarqué par ta faute ! Fallait te manifester plus tôt si tu voulais simplement prendre un peu de bon temps ! poursuivit-il en me dardant d'un regard mauvais, véritablement hors de lui. Allez, suis-moi maintenant ! »

Sa dernière phrase m'interpella aussitôt, réduisant à néant toutes mes espérances. Le… suivre ?

« Secoue-toi ! aboya t-il en me donnant une tape dans l'épaule avant de m'emboîter le pas. Tu m'as fait perdre suffisamment de temps comme ça, inutile de rester ici plus longtemps !

— … Je ne vous suivrai pas. »

L'expression de son visage se modifia du tout au tout, la fureur laissant place à l'agacement et à une surprise mal dissimulée.

« Comment ? Répète un peu ça ?

— Je n'irai nulle part, rétorquai-je en reculant, les poings serrés.

— Oh bien sûr que tu vas me suivre, et sans broncher en plus. Je n'ai pas passé la journée à te courir après pour revenir bredouille. Il y a des personnes qui t'a…

— Non ! Je ne retournerai pas là-bas, vous m'entendez ? Je n'y retournerai pas !

— Espèce de… »

Mes jambes esquissèrent de nouveau un mouvement de recul en faisant volte-face, mais il était déjà trop tard. Une seconde après et je me retrouvais la tête à l'envers, portée comme un vulgaire sac de riz. La colère me gagna, la frustration aussi. Tout ceci… pour revenir au point de départ ? Jamais !

« Lâchez-moi ! m'époumonai-je en martelant son dos à coups de poings, sans que cela ne le dérange le moins du monde. Je ne veux pas, je ne veux pas y retourner !

— Arrête de gesticuler si tu ne veux pas que je te laisse te fracasser la tête sur le sol, rétorqua t-il en commençant à marcher, la voix plus basse mais toujours aussi désagréable. Tu pourrais me témoigner un peu de reconnaissance au lieu de t'acharner à essayer de me frapper.

— Comme si j'allais vous remercier de me conduire à l'échafaud ! lui crachai-je à la figure en le cognant encore plus fort, loin de me calmer. Posez-moi à terre bon sang !

— Hors de question ! répliqua t-il d'une voix ferme, avant de soupirer d'un air agacé. J'ai promis à ma maîtresse de te retrouver coûte que coûte, alors ne compte pas sur moi pour te laisser filer en douce ! »

C'était… cette femme qui lui avait ordonné de me traquer ? Moi qui pensais que l'ordre lui venait du Koueichiimura, étant donné qu'il avait partie de l'organisation. Ce n'était pas auprès d'eux qu'il me conduisait… mais auprès d'elle ? Nous sommes toutes les deux des femmes. Un long frisson de panique parcourut mon échine au souvenir de ses mots. Non, non ! Quitte à choisir, plutôt mourir décapitée de la main d'un des membres du Koueichiimura, plutôt qu'avoir à faire face à cette femme !

« Relâchez-moi, repris-je de plus belle en me débattant encore plus, réprimant un cri de douleur lorsqu'il resserra son emprise sur mes côtes. Je ne veux pas la voir, je ne veux pas voir cette femme !

— Rassure-toi, je n'ai aucune intention de te conduire devant elle. Dans ton pitoyable état, ce serait lui manquer de respect que d'oser lui amener une vermine de ton genre ! Je te ramène au Koueichiimura.

— Pitié non !

— Ah, ferme-là un peu espèce d'insolent ! C'est comme cela que tu exprimes ta gratitude envers tes aînés qui t'ont nourri, logé et traité comme l'un des leurs ? »

La main que je levais pour lui administrer une nouvelle tape se figea aussitôt, mes yeux s'écarquillant sous l'impact de ses paroles. Ce qu'il venait de dire… était vrai. Et je le savais, au fond de moi, je le savais. Exténuée, lassée, je me laissais alors tomber de tout mon soûl contre son dos, incapable de réprimer les larmes qui tombaient les unes après les autres sur les pavés en granit. Tout était définitivement fichu, mort. Mon objectif, jeté aux oubliettes. Quant à la seule piste que j'aurais pu avoir… envolée elle aussi. J'aurais préféré être poignardée, car j'aurais au moins pu voir le visage de l'un de ses kidnappeurs. Peut-être qu'avec un peu de chance les dieux m'auraient épargnée et m'auraient laissé la vie sauve… mais peut-être pas. Peut-être était-ce simplement ma destinée de lui courir après, inlassablement, jusqu'à ce que la mort ne me délivre de ce tourment. Peut-être bien oui. Plus les minutes passaient, plus je savais l'issue inéluctable. Et lorsqu'il s'arrêta au bout d'un long moment en maugréant un « enfin ! » soulagé, je sus qu'il était définitivement trop tard pour faire machine arrière. Je me redressais en prenant appui sur ses épaules pour sauter à terre, clignant plusieurs fois des yeux pour me remettre du léger tournis qui s'emparait de moi, étant restée bien trop longtemps la tête en bas. Mon regard était vide, je me sentais vide. Peu importe ce qui allait se passer, je n'espérais plus rien.

« Allez, murmura t-il d'une voix plus calme en me poussant doucement dans l'entrée de la machiya éveillée à une heure aussi tardive, certaines pièces encore illuminées. »

Ma démarche dut lui sembler trop lente à son goût, car je l'entendis soupirer une énième fois avant de m'attraper par la manche pour me tirer derrière lui, les battements de mon cœur se faisant plus rapide et mon souffle plus court. J'avais peur malgré moi, j'étais tétanisée à l'idée de tous les revoir… de le revoir lui. Leur avait-il parlé de ce qu'il s'était passé dans les bains ? Peut-être même que tout le monde était au courant de ma véritable identité, peut-être même savaient-ils tous que j'étais une femme. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Seul leur accueil me confirmerait ou m'infirmerait cette hypothèse. Alors, lorsque la voix puissante d'Akimichi-san retentit dans le silence pour meugler un « Hé ! Venez voir un peu ce que je vous amène ! », je ne bronchai pas, dépourvue de tous mes sens en priant de toutes mes forces que le sort me soit favorable à moi aussi. Par pitié, qu'il le soit.

Des bruits de pas précipités résonnèrent aussitôt sur le parquet de la machiya, les battants d'un shōji s'ouvrant à la volée. Mon souffle…

« Chôji ?!

— Navré de vous déranger à cette heure-ci, mais j'ai cru bon vous rapporter au plus vite ce que vous avez perdu ce matin.

— Que… »

La voix grave d'Inuzuka-san s'estompa lentement, alors que je sentis son regard glisser sur ma personne. Pitié, pitié…

« Ça par exemple ! C'est bien toi Kizashi ? »

Kizashi. Cet homme ne leur avait donc rien dit.

« Bordel mais tu… Hé Naruto, ramène-toi en vitesse ! Kizashi est revenu ! »

Le cri de surprise qui s'éleva alors me serra si fort le cœur que j'en mordis ma lèvre, incapable de faire le moindre mouvement. Inuzuka-san nous rejoignit en trois enjambées et je baissais furtivement les yeux, honteuse, effrayée, mortifiée… désespérée.

« On peut dire que tu es béni des dieux pour avoir survécu une journée entière dans Konoha sans que l'on réussisse à te retrouver. Où étais-tu passé bon sang ? Tu t'es enfui si vite qu'on n'a même pas réussi à retrouver ta trace !

— Monsieur voulait apparemment s'amuser tout seul dans son coin, ricana le puissant garde du corps en m'administrant un coup de coude. Tu veux savoir où je l'ai débusqué ? Au beau milieu du quartier de Yoshiwara, juste au niveau des maisons des plaisirs qui longent la rivière !

— Vraiment ? Il fallait le dire alors si tu t'ennuyais, on t'y aurait accompagné avec plaisir mon gars ! Mais tu as vu dans quel état tu es ? Chôji t'a balancé dans un tas de boue ou quoi ?

— Il était déjà crasseux ce matin je te signale, intervint l'intéressé en me jetant un regard narquois avant de s'esclaffer en cœur avec le brun, mes yeux lui renvoyant mon incompréhension quant à ce qu'il venait de dire un peu plus tôt. »

Là, il venait tout juste de mentir à Inuzuka-san en lui cachant la véracité des faits. Il venait de taire ce qu'il s'était réellement passé, à savoir le fait qu'il m'avait sauvé in extremis de la mort. Pourquoi protéger ce secret ? L'honnêteté et la loyauté n'étaient-elles pas leurs principales valeurs ?

« Et bien, tu nous as ôté une belle épine du pied en nous le ramenant, merci Chôji ! Ça a du te prendre un temps fou pour le…

— … Kizashi ? »

Mon regard se décala au même instant où les deux hommes à côté de moi se retournèrent en direction du propriétaire de cette voix, et déjà, j'avais envie de pleurer. Le jeune homme aux cheveux blonds ébouriffés se tenait immobile au pied des marches en bois, Hinata-san à ses côtés, une main posée sur sa bouche. Le nacre de son regard intensément doux me renvoya toute l'anxiété qu'elle avait du ressentir, et le sentiment de remord s'intensifia un peu plus dans mes veines. Et l'expression soulagée d'Uzumaki-san me noua davantage l'estomac, ne sachant comment agir, ni quoi répondre. Me jetant alors à genoux, je ployais le dos en sentant mes vertèbres craquer, le front touchant presque le sol.

« Je suis désolé ! Je suis désolé ! »

Mes poings étaient violemment serrés, les ongles s'enfonçant dans ma chair pour m'infliger un peu plus de douleur. Car je leur avais causé tant de soucis, tant d'inquiétude, que revenir sans leur demander pardon aurait été une offense envers leur gentillesse et leur bonté. Et même s'ils décidaient de ne pas accepter mes excuses, soit, je le respecterais. M'excuser proprement, voilà ce qui animait à présent ma volonté.

« Je suis…

— Bon sang, ça suffit Kizashi. »

La proximité de ce son me fit brusquement relever la tête, croisant les deux orbes couleur azur à quelques centimètres de mon visage. A cet instant précis, j'étais encore incertaine quant au fait qu'il m'eut reconnue ou non dans les bains. Mais le sentiment sincère que je lus dans son regard, presque fraternel, fit disparaître en moi le doute qui pouvait subsister. C'est comme cela que tu exprimes ta gratitude envers tes aînés qui t'ont nourri, logé et traité comme l'un des leurs ? Oui, ces propos étaient vrais, réels. L'homme qui se tenait devant moi me considérait comme son égal, son camarade d'armes, et ce sans se soucier de savoir qui j'étais. Il m'acceptait parmi eux. Et rien ne pouvait me faire plus plaisir.

« Tu me raconteras tout demain, d'accord ? J'ai bien envie de casser une bouteille de saké avant d'aller me pieuter moi, ajouta t-il en se redressant sur ses jambes, sous mon regard ahuri.

— Hé, tu ne perds pas le nord toi ! s'exclama la voix d'Inuzuka-san. Chôji, tu restes boire une coupe avec nous hein ?

— Yamanaka-san va me…

— T'inquiète, on lui dira qu'on a forcé notre cher vieux camarade à se souler de bon cœur avec nous ! renchérit Uzumaki-san en riant d'une voix un peu forte, avant de tourner ses prunelles sur ma personne. Kizashi, tu bois aussi j'espère ? »

Et la main tendue dans ma direction ne me laissa pas vraiment le choix, encore moins le regard malicieux, un faible sourire gagnant mon visage alors que je l'attrapais pour me relever dans un geste brusque. Puis ils ouvrirent tous les trois la marche en direction de la machiya, Uzumaki-san ordonnant gentiment à la jolie brune d'aller se coucher ce qui la fit rougir en acquiesçant. Nos regards se croisèrent et je lui renvoyai son large sourire, rassurée et heureuse de la retrouver. Le saké coula à flot, j'avalais le contenu des guinomi que le blond me servait en grimaçant à chaque fois que le liquide brûlant se déversait dans ma gorge. Une, deux, trois… J'avais arrêté de les compter au bout de la cinquième, écoutant sans vraiment entendre non plus les trois énergumènes assis à mes côtés en riant comme des demeurés, visiblement fiers de leurs sujets de conversation qui me donnaient envie de vomir plus qu'autre chose, principalement grivois et totalement déplacés à mon sens. Je n'avais envie que d'une seule chose : me laisser aller à ma fatigue dans un futon moelleux en humant l'odeur poussiéreuse mais tellement nostalgique des tatamis. Alors que j'avalais difficilement une dixième ou onzième coupe, quelque chose remua brutalement mes boyaux en reposant mon guinomi sur la petite table basse. Une brusque bouffée de chaleur me fit frissonner, sentant la sueur perler sur mon front et dégouliner le long de ma tempe. Un relent de saké envahit ma bouche et je plaquai une main sur cette dernière en me relevant en titubant, puis ouvris les battants du shōji pour m'échapper dehors en me ruant vers un buisson. La nausée fut instantanée, si violente que ma vue se troubla alors que je régurgitai le contenu de mon estomac, un goût amer sur la langue.

« Tout va bien Kizashi ? s'éleva la voix d'Uzumaki-san dans mon dos, alors que je toussai pour reprendre mon souffle.

— Ç-Ça va ! m'écriai-je à sa suite, respirant profondément pour calmer les tremblements de mon corps. »

Ce spectacle était pitoyable, j'avais vraiment honte de m'être laissée entraîner de la sorte. Mais boire m'avait permis d'éclaircir mes idées, de retrouver peu à peu mes repères en me familiarisant avec le comportement qu'un homme se devait d'arborer. Et même si c'était à cent lieues de me plaire, je devais me comporter de la même manière pour me fondre dans leur communauté, quitte à me souler encore et encore. Me redressant péniblement, les jambes semblables à du coton, je me dirigeais alors vers le puits pour puiser de l'eau et m'aspergeais le visage pour reprendre mes esprits, appréciant le contact de l'eau fraîche sur ma peau. Une chose était sûre, le saké ne me réussissait pas.

« Je pensais que tu aurais quitté Konoha après ce qu'il s'est passé dans les bains, mais tu es finalement encore plus sotte que je ne le croyais. »

Mon corps se figea instantanément, la terreur sourde que j'avais ressentie quelques heures plus tôt refaisant aussitôt surface. Une fois encore, j'étais paralysée, dans l'incapacité d'esquisser le moindre mouvement. Les pas se rapprochèrent lentement, crissant sur les cailloux au sol tandis que mon cœur se trouvait au bord de l'explosion. J'avais envie de vomir.

« Je ne parlerai pas de ton secret, mais laisse-moi te donner un bon conseil, murmura la voix grave et implacable à une trentaine de centimètres de mon visage, m'insufflant plus de peur encore. Je ne sais pas pourquoi tu es revenue, mais tu aurais mieux fait de t'enfuir quand tu en avais l'occasion. Alors si cette opportunité venait à se reproduire, saisis-là et disparais sans jamais remettre les pieds dans cette ville. Compris ? »

Les traits de mon visage se crispèrent et j'acquiesçai en silence, le cerveau inconscient, mort. C'est alors que je sentis des doigts frôler ma joue pour m'obliger à lui faire face avec une infinie douceur… mortelle.

« Parce que si tu penses pouvoir survivre dans ce monde d'hommes tel que le nôtre, tu te trompes lourdement. Tu n'as aucun allié ici, et tu n'en auras jamais. Tu es seule. »

M'évanouir. Disparaître plutôt que d'avoir à supporter une seconde de plus son impénétrable regard sur moi.

« Et ne compte pas sur moi pour te faire une faveur sous prétexte que tu es une femme. Jamais. »

Sur ces dernières paroles, il s'écarta pour reprendre sa marche silencieuse, le bruit des sandales de bois sur le sol s'éloignant peu à peu, jusqu'à n'entendre comme seul son les éclats de rire d'Uzumaki-san et des deux autres. Mes genoux rencontrèrent lourdement le sol, en même temps que le seau d'eau se déversant à mes pieds. Disparaître… mourir. Mourir face à l'aversion et la haine de cet homme à mon égard. Ses yeux… je les avais déjà croisés. D'un rouge à la couleur aussi sombre et brillante que le rubis. Ceux d'un démon.

Car si la mort devait avoir un nom, elle porterait le sien. Si elle devait avoir un visage, elle choisirait le sien, si beau, si immaculé… si meurtrier. Mon sort était entre ses mains. Que je vive ou que je meure, le choix lui appartenait… comme il venait de me le faire comprendre.

A partir de cet instant, j'étais sous le joug total d'Uchiwa Sasuke.


Lexique du chapitre :

te-oke (1) : une cuvette profonde avec un manche qui sert à prélever dans le bain l'eau nécessaire à ses ablutions.

maru-ko-oke (2) : cuvette utilisée pour se laver (et dans lequel on trempe l'inévitable petite serviette blanche...).

koshikake (3) : petit siège sur lequel on s'accroupit confortablement pour se laver et se rincer avant de rentrer dans le bain.

Yoshiwara (4) :quartier célèbre d'Edo (aujourd'hui Tokyo) au Japon. Il était connu pour être le quartier des plaisirs célèbre pour ses artistes, ses courtisanes et ses prostituées. J'ai décidé de l'employer pour désigner le nom du quartier des plaisirs de Konoha.

oiran (5) : désigne une courtisane de haut-rang, à différencier des geishas qui sont apparues plus tard.

hashi-jōro et yūjo (6) : distinctement les courtisanes de bas-étage et les prostituées.

Sei-dono (7) : MOUAHAHAHA ! Mais qui est-ce ?! 8D je vous donne un indice fastoche : c'est un membre d'Akatsuki dans le manga, sauf que comme Kishimoto n'est pas foutu de donner des noms de famille à tous ses personnages, j'ai du improvisé. Sei est donc le signe distinctif d'un membre de l'Akatsuki, je vous laisse aller jeter un œil du côté de NarutoWiki pour découvrir son identité ! :B


... NIARK. NIARK. NIARK.

Décidément, écrire des chapitres avec des fins de ce genre, c'est vraiment orgasmique... et gougoulistique 8D

Je ne m'attarde pas plus longtemps pour vous laisser vous remettre de vos émotions, et j'ose espérer que ce chapitre vous aura satisfait autant que moi, que ce soit pour le côté sadique ou le reste :) Comptez sur moi pour mettre toute mon ardeur pour mener à bien cette histoire jusqu'au bout, et en faire une putain de fanfiction. C'est aussi pour cela que j'ai mis plus de temps à l'écrire, j'essaie de m'attarder sur les descriptions pour rendre chaque scène et chaque paysage encore plus réaliste, pour que vous vous sentez vraiment dans l'histoire.

A LA REVOYURE MES AMUUUURS ! Tendrement, éternellement et gougoulement vôtre, Mireba :3